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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 07:01
Une famille et une société sans repères

Ce roman passionnant, dérangeant, d’une incroyable audace, dresse en creux le portrait d’une civilisation déglinguée, en perdition, sans avenir, avec une rage et une énergie étonnantes. A 64 ans, Mathieu Belezi a vécut plusieurs vies, beaucoup voyagé, changé de nom, et depuis 20 ans sous ce pseudonyme est devenu un écrivain majeur. Dans sa dernière œuvre, admirablement construite, son écriture d’une liberté folle à la fois puissante et inventive nous entraîne dans une époque violente, individualiste auprès d’une famille au bord de l’implosion dont six de ses membres vont être successivement narrateurs. Le romancier parvient à nous captiver quel que soit le personnage et pas une ligne n’est à jeter dans ce texte dense, précis, tout autant effrayant que réjouissant. La même révolte plus ou moins contenue se retrouve chez les différents protagonistes de cette histoire, qui chacun à sa manière lui trouve un exutoire, que ce soit dans la fuite, le sexe, la violence ou l’alcool. Le premier d’entre eux est un homme de 45 ans qui depuis trois mois a quitté femme et enfants, ne supportant plus sa vie, préférant la liberté d’errer au volant de sa voiture sur les routes de sa région et dormir dans des chambres d’hôtel. Avant de le retrouver, le roman s’ouvre sur le viol et le meurtre d’une jeune fille par un supposé serial killer qui écrit Réveillez-vous sur le corps de ses victimes. C’est aussi ce que pourrait dire Mathieu Belezi aux lecteurs de ce roman électrisant, dont l’intensité de la langue et du propos donnent envie de réagir face à cette société qui court à sa perte, à cette misère affective. Paradoxalement, le plaisir que l’on prend à le lire est proportionnel au chamboulement que provoque cette histoire vénéneuse.

 

 

Le pas suspendu de la révolte - Un roman de Mathieu Belezi - Flammarion - 586 pages - 21 €.

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Published by Michel Monsay - dans Livres
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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 06:59
Thriller social renversant

Après un premier long-métrage remarqué et une série, « Les revenants », de très haute qualité, surtout la première saison, Fabrice Gobert revient avec un excellent deuxième film qui baigne une nouvelle fois dans l’étrange mais de manière différente. A 43 ans, ce réalisateur confirme son talent à installer un climat mystérieux qui flirte avec le fantastique, tout en restant dans la réalité ou plutôt une certaine réalité, poussant le spectateur à s’interroger jusqu’au bout sur la véracité de ce qu’il voit. Tout participe à la réussite de cet étonnant thriller paranoïaque, les cadrages, la mise en scène, les décors, les superbes lumières inquiétantes dans lesquelles évoluent les personnages, tous très bien écrits et interprétés. Laurent Lafitte, qui depuis quelques temps prend une nouvelle dimension, est impressionnant de justesse dans les différentes situations auxquelles il est confronté tout au long du film, où il fait preuve d’une étonnante capacité à jouer des émotions contradictoires, les autres comédiens n’étant pas non plus en reste. Au-delà du basculement anxiogène qui laisse circonspect autant le héros que le spectateur et change complètement le cours du film, le cinéaste traite habilement de la violence au travail, du mépris, et de l’incapacité qu’ont certains à se mettre à la place de l’autre. Cela démarre dans une salle de boxe où le poulain d’un homme de pouvoir, dirigeant d’une chaîne de télévision, gagne son combat après avoir été malmené mais ayant su réagir à la suite du regard noir que lui a lancé son patron. Cet homme avenant que l’on pourrait croire sympathique est plutôt glacial avec ses collaborateurs, arrogant, dominateur, se comportant de la même manière odieuse dans sa vie privée. Cette réussite insolente et insupportable se fissure par moments, notamment à cause d’une violente douleur au cœur qui lui revient ponctuellement. Admirablement construit, ce film joue avec l’intelligence et l’imagination du spectateur en l’emmenant dans un fantastique ordinaire à la recherche de la vérité, tout en questionnant subtilement sur notre capacité à changer et à se remettre en cause.

 

 

K.O - Un film de Fabrice Gobert avec Laurent Lafitte, Chiara Mastroianni, Pio Marmaï, Clotilde Hesme, Zita Hanrot, …

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19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 07:10
Le physicien Thibault Damour
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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 07:02
Prêts pour la rando
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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 07:04
Poste de contrôle
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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 07:23
Exploitation minière à l'abandon
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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 05:51
Promeneur sur le port de St Vaast
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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 06:46
Portrait en bleu
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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 07:13
« Un Président doit être un grand pédagogue »

Professeur à Sciences-Po Paris, dont il a dirigé durant 20 ans le centre de recherches politiques, Pascal Perrineau a aussi publié un grand nombre d’articles et de livres. Politologue recherché par les médias, il intervient régulièrement sur Public-Sénat, dans le Figaro et l’émission C dans l’air sur France 5.

 

Peut-on parler de changement durable du paysage politique après cette élection présidentielle ?

Pascal Perrineau - C’est la première fois sous la Vème République qu’aucune des deux grandes familles politiques françaises n’est présente au second tour d’une élection présidentielle. Il s’agit d’un bouleversement de la vie politique et des clivages qui lui donnent sens. Tout cela est à l’œuvre depuis plus d’une décennie avec le rejet de la politique par l’opinion, et la crise des grands appareils à gauche comme à droite. Le Parti socialiste est très mal en point mais ne disparaîtra pas, il mettra du temps à se restructurer et à s’en remettre. Quant à la droite, elle est soumise à une stratégie de séduction d’Emmanuel Macron qui va laisser des traces. En face de cette lame de fond, il y a eu un concours de circonstances impressionnant avec un Président sortant qui ne se représente pas, un candidat de la droite abattu en plein vol, et Mme Le Pen qui fait preuve durant le débat d’une agressivité incomprise par le public. Le clivage gauche-droite est remplacé aujourd’hui par un affrontement entre les partisans d’une société ouverte à ceux d’une société du recentrage national.

 

Comment percevez-vous la situation du FN ?

P.P. - Le score de Mme Le Pen sans être aussi élevé qu’elle l’espérait n’est pas négligeable, avec 11 millions d’électeurs il correspond à deux fois celui de son père. Néanmoins, le FN continue de buter sur le fameux plafond de verre. Les français utilisent ce vote pour protester mais ne font pas suffisamment confiance à ce parti pour gouverner. Il va y avoir un débat en interne sur les conditions pour briser ce plafond de verre, et apparemment les cadres ne sont pas d’accord entre eux sur l’évolution du parti. Pour les législatives, le FN aura certainement un groupe à l’Assemblée Nationale et il peut même aller nettement au-dessus des 15 députés, nécessaires à la formation d’un groupe, puisque certaines estimations envisagent jusqu’à 50 députés. Cependant il reste une force solitaire, qui pourra l’emporter dans certaines triangulaires mais où ce sera plus compliqué en cas de duel.

 

Quelles sont les raisons de la victoire d’Emmanuel Macron et va-t-il obtenir la majorité à l’Assemblée ?

P.P. - Emmanuel Macron incarne cette demande de renouvellement qui est présente dans la société française depuis des années sans trouver de véritable débouché. Les français ont découvert en moins d’un an quelqu’un qui connaît bien ses dossiers tout en étant capable d’inventer. Son jeune âge, l’éclectisme politique de son programme, le fait qu’il sorte du clivage gauche-droite et n’appartienne à aucun parti consacré, ainsi que son côté atypique, transgressif et audacieux ont contribué à sa victoire, de même que la faiblesse de ses adversaires. Il incarne aussi le vieux projet de gouverner au centre, à l’image de Valéry Giscard d’Estaing qui voulait rassembler deux français sur trois. Il n’est pas évident qu’Emmanuel Macron obtienne une majorité absolue avec une force totalement neuve, qui parfois a montré un peu d’amateurisme, en revanche il devrait obtenir une majorité de coalition. On voit mal les français imposer un mois après la Présidentielle une majorité de droite au Président de la République, d’autant que la droite montre des divisions et n’a pas vraiment de stratégie.

 

Croyez-vous au renouvellement que laisse augurer la liste de candidats de la République en marche ?

P.P. - Depuis des années, on dit que la classe politique est trop refermée sur elle-même et trop professionnalisée. Le fait que des hommes et des femmes venant de différents secteurs de l’économie et de la société française puissent entrer au Palais-Bourbon est une très bonne chose. Les demandes des forces vives du pays pourraient ainsi irriguer plus facilement les institutions politiques. Dans cette liste de candidats de la République en marche, il y a une forme d’ouverture générationnelle, démographique et sociale qui peut participer d’un renouvellement de la classe politique. Cela étant, il ne faut pas non plus se faire trop d’illusions, être parlementaire est une mission mais aussi un métier. On a vu dans le passé certains qui promettaient de renouveler profondément les choses, et aujourd’hui font plus de politique politicienne que les vieux partis eux-mêmes, je pense notamment aux écologistes ou aux tenants de mai 68.

 

Quelles sont les premières mesures que le nouveau Président pourrait prendre et y en aura-t-il pour le monde agricole ?

P.P. - Il devrait y avoir assez vite sur le code du travail des propositions adoptées par ordonnances, ce sera un premier test pour voir comment se comportent syndicats et salariés. Il va s’attaquer également à une deuxième vache sacrée, l’Education nationale, avec plus d’autonomie pour les établissements. Il y aura aussi des initiatives sur le terrain européen, afin de montrer que la France revient au premier plan dans l’Europe. Le Président Macron a d’ailleurs réservé sa première visite à Angela Merkel, réactivant ainsi l’axe franco-allemand, qui a toujours été le moteur pour que l’Europe progresse.

Le monde agricole traverse une crise profonde, on n’imagine pas que le nouveau Président n’ait pas entendu ses revendications et ne tente pas d’y répondre en partie dès les premiers mois, symboliquement c’est très important. Comme il l’a dit au soir de sa victoire, Emmanuel Macron ne s’appartient plus il appartient à la France, un pays qui est aussi une puissance agricole et dans la mémoire duquel l’agriculture et la population paysanne jouent un rôle symbolique essentiel.

 

Que pensez-vous du bilan de François Hollande ?

P.P. - C’est un bilan très en demi-teinte, les fondamentaux restent médiocres, que ce soit le chômage, la croissance et la dette publique, quant au niveau politique, c’est catastrophique, jamais un Président n’a laissé sa famille dans un tel état d’implosion. Pour François Hollande, qui a été plus de dix ans à la tête du parti socialiste, cela doit être très dur à assumer. Même sur les meilleures décisions du quinquennat, il y a toujours eu une mise en musique défaillante et faible, les réformes n’étaient pas mises en sens par le Président, ce qui a eu pour effet de diviser et de braquer l’opinion publique. Autre raison de ce bilan, une gauche socialiste qui a donné l’impression de s’éloigner de ses bases sociales et de s’embourgeoiser, phénomène que l’on retrouve dans beaucoup de pays d’Europe. L’une des mesures fortes que les gens retiendront du quinquennat est sans doute le mariage pour tous, qui ne s’adresse pas en priorité à la base populaire de la gauche. C’est un des éléments qui explique la déconnexion impressionnante entre le peuple et le Président sortant. La gauche a voulu cacher pendant des années ses différences de fond, elle est aujourd’hui fracturée en trois : Celle de la révolte, portée par Jean-Luc Mélenchon, celle de la gestion un peu radicale qui se retrouve derrière Benoit Hamon, et puis une gauche moderne, incarnée par Manuel Valls, qui se rapproche d’Emmanuel Macron.

 

Le nouveau Président va-t-il être d’entrée critiqué de toutes parts comme son prédécesseur et quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?

P.P. - Son caractère de nouveauté et son invention politique peuvent lui donner un délai, peut-être jusqu’à la rentrée de septembre, pour s’exprimer avant d’être soumis au jugement du peuple et des médias. Dans les erreurs à ne pas commettre, mais je ne crois pas que ce soit sa volonté, il ne faut pas retomber dans les fausses innovations qu’étaient la présidence normale ou l’hyper présidence, qui ont été des échecs. Emmanuel Macron entre bien dans la verticalité de la fonction présidentielle. Les français attendent qu’elle soit exercée avec son époque mais dans l’esprit de la Vème République, sans vouloir mettre cul par-dessus tête cette institution qui reste un élément de repère. La réforme n’étant pas un art facile en France, il devra montrer s’il a plus de talent que d’autres à organiser en amont un dialogue social, à oser affronter les oppositions à ses réformes. Mais il lui faudra aussi convaincre en expliquant à l’horizon de 5 ou 10 ans leur nécessité, d’ailleurs sur le système de retraites par points il a déjà commencé à mettre en perspective ce sur quoi cela devrait déboucher. Un Président doit être un grand pédagogue. Enfin, avec la majorité législative, il faudra assez vite voir quels sont les alliés du parti du Président et quel est le contrat de gouvernement. Les français ont besoin de clarté, de simplicité, c’est cela qui les rassurera.

 

 

Quelques repères

A la fois lorrain de naissance et tourangeau durant toute son enfance, ses racines provinciales sont restées très importantes pour ce parisien d’adoption qui délaisse régulièrement la capitale. Après des études de droit public et de sciences politiques, il commence comme chercheur avant de devenir professeur agrégé de sciences politiques d’abord à Grenoble, puis à Tours avant d’intégrer Sciences-Po Paris à la fin des années 1980. A 66 ans, il sort un nouvel essai intitulé « Cette France de gauche qui vote FN » (chez Seuil), et continue d’alterner recherches, cours et interventions dans les médias pour éclairer de son analyse la vie politique.

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30 mai 2017 2 30 /05 /mai /2017 07:36
Le cinéma passionnément

Avec une filmographie impressionnante depuis plus de 50 ans, Catherine Deneuve fait partie des plus grandes actrices de l’histoire du cinéma. Des parapluies de Cherbourg à Sage femme, elle n’a jamais cessé d’inspirer plusieurs générations de cinéastes, qui ont su mettre en valeur sa beauté et son talent à travers des rôles marquants ou surprenants, brouillant ainsi l’image de la star intouchable.

 

Même si le personnage que Catherine Deneuve incarne dans « Sage-femme » ne lui ressemble pas totalement, il y a néanmoins quelques similitudes comme le côté un peu fantasque, anticonformiste, ou la volonté quoiqu’il arrive d’aller de l’avant, de continuer à aimer la vie au jour le jour, d’être en mouvement. Foncièrement secrète, elle a réussi tout au long de sa carrière à préserver sa vie privée sans pour autant rechigner à donner des interviews afin d’accompagner au mieux la sortie de ses films : « J’essaie de ne pas trop me livrer, la moindre parole aujourd’hui est reprise sur les réseaux sociaux, sortie de son contexte, c’est effrayant. » Après avoir accepté d’évoquer sa sœur, Françoise Dorléac, morte dans un accident de voiture à 25 ans en 1967, d’abord dans un documentaire il y a 10 ans et récemment lors d’une interview au magazine Psychologies, elle ne souhaite plus désormais s’exprimer sur un sujet aussi personnel et sensible.

 

Une Dorléac peut en cacher une autre

Sans son ainée de 18 mois qui l’avait précédée dans le métier et avait proposé à un réalisateur de la prendre pour jouer sa sœur dans une comédie en 1960, quel aurait été la destinée de cette jeune fille de 16 ans qui rêvait de dessin, d’architecture, de nature ? Même si ce n’est pas une vocation, Catherine Deneuve se lance donc très tôt dans le cinéma en prenant le nom de sa mère, il ne pouvait y avoir deux jeunes actrices portant le même nom, et enchaîne rapidement les rôles. Son débit rapide vient de son enfance, où comme le disait François Truffaut, c’était la seule manière d’en placer une dans la famille Dorléac parmi ses trois autres sœurs, qui d’ailleurs en faisaient de même. C’est un peu comme un accent maternel qu’elle a gardé tout au long de sa carrière, devenu sa façon d’être sans que cela nuise à son parcours exceptionnel de longévité, densité et qualité. Pour expliquer ce flot ininterrompu, là où tellement de comédiennes arrivées à un certain âge disparaissent des radars, elle invoque la chance et ses choix, notamment vers des jeunes réalisateurs : « J’aime leur enthousiasme, un jeune cinéaste c’est une promesse. Je suis souvent porté par mon désir, ma curiosité, je privilégie la découverte et évite la répétition dans la mesure du possible. »

 

Derrière l’icône

Même si elle n’est pas accrochée à son image de très belle femme de façon désespérée ou excessive, elle reconnaît accorder de l’importance à une certaine élégance, qui souvent la caractérise, un peu comme une seconde nature et non une habitude. L’humour et la fantaisie qu’elle juge indispensables, l’ont toujours aidé à dépasser les moments difficiles. Quant à cette froideur qu’on lui a prêtée durant la première partie de sa carrière, elle l’analyse ainsi : « J’étais très réservée, voire timide et je n’ai jamais été quelqu’un de familier, sans que cela n’empêche les sentiments. Mon rôle dans Belle de jour de Luis Buñuel a aussi contribué à cette image. » Après environ 115 films, sans compter les documentaires et les téléfilms, elle ne ressent aucune lassitude, l’envie et l’inquiétude avant un tournage sont toujours là, de même que le bonheur de partager avec une équipe la genèse d’un film. Sa passion du cinéma est intacte, y compris pour aller dans une salle découvrir de nouvelles histoires, et ressentir cette exaltation face à une mise en scène ou des personnages bien sentis. Devant sa filmographie, elle ressent autant une certaine fierté que de l’étonnement : « Il y a une part de hasard mais aussi d’instinct qui m’ont aidée. Lorsque par exemple j’ai accepté de faire « Elle s’en va » d’Emmanuelle Bercot, un film et une réalisatrice que j’aime énormément, beaucoup étaient sceptiques. » Résultat, le film a reçu un très bel accueil et la performance de Catherine Deneuve a été saluée à sa juste valeur.

 

Quel parcours !

Parmi tous les grands cinéastes avec lesquels l’actrice a travaillé, elle a une tendresse particulière pour Demy, Truffaut, Polanski, Rappeneau et naturellement Téchiné, son « frère de cinéma » comme elle l’appelle, avec 7 films sous sa direction et un huitième l’année prochaine. La connaissant bien, il sait mieux que personne ce qu’il peut aller chercher au fond d’elle en la poussant plus loin que d’autres. Si l’un des films les plus marquants de sa carrière reste Les Parapluies de Cherbourg, c’est à la fois pour la rencontre déterminante avec Jacques Demy, sa première expérience de cinéma chanté, et son premier grand rôle. Même si sa voix a été doublée, elle a chanté en playback durant les deux mois de tournage et aujourd’hui encore elle se souvient des dialogues. Le film a remporté la Palme d’or à Cannes en 1964.

Des récompenses, Catherine Deneuve en a reçues dans les plus grands festivals, Cannes, Venise, Berlin, elle a aussi obtenu deux Césars et douze nominations, mais c’est peut-être le Prix Lumière décerné en octobre dernier qui lui tient le plus à cœur : « Je ne pensais pas que ce prix me toucherait autant mais c’était un moment très chaleureux, joyeux, pas solennel, et la reconnaissance de gens que j’admire. Etant très sensible à la situation des agriculteurs depuis longtemps, je leur ai dédié ce prix. Comme je suis proche de la nature et vais régulièrement à la campagne, je vois bien leur souffrance et suis reconnaissante du travail qu’ils accomplissent. »

 

Le bonheur de jouer

Le film de François Truffaut, « Le dernier métro », est sans doute le point culminant de ce parcours hors-normes. En plus de son triomphe aux Césars où il en a remporté 10, de son succès public, ce film a comblé Catherine Deneuve, qui au-delà du César de la meilleure actrice, a vécu des moments formidables durant tout le tournage avec la sensation d’accomplir avec l’équipe quelque chose de très fort. Elle aime par-dessus tout arriver le matin sur un plateau et sentir l’équipe s’affairer à la préparation de la première scène. Par contre, lorsqu’elle découvre un film dans lequel elle joue, c’est toujours difficile, elle ne peut s’empêcher d’être critique, ça va mieux ensuite. Sur sa manière d’aborder un rôle, elle précise : « Je ne suis pas le genre à apprendre mon texte longtemps avant ni à le travailler avec un coach. J’essaie simplement de m’approcher du personnage de façon assez secrète, intime, quelques temps avant de tourner. Ensuite, les essayages de costumes aident à voir un peu plus le personnage. Cela s’apparente à de l’impressionnisme, il se construit par touches. » Si dans son jeu, elle apporte souvent de la vivacité, de la légèreté, ce n’est pas ce qui caractérise « Tristana » de Luis Buñuel, qu’elle a beaucoup aimé jouer et dont les cinéphiles ont retenu la qualité de l’interprétation.

 

Indémodable

La notoriété ne l’a jamais empêché de faire quoi que ce soit, au point que certaines personnes soient parfois étonnées de la croiser dans des endroits où l’on ne l’attend pas forcément, comme le salon de l’agriculture par exemple. Si elle se sent bien dans son époque, elle a plus de mal avec les téléphones mobiles et cette manie de photographier à tout bout de champ, y compris ces grotesques selfies. La mode l’a toujours intéressée et aujourd’hui encore elle admire le talent de Nicolas Ghesquière ou Jean-Paul Gaultier, mais le nom de Catherine Deneuve a longtemps été associé à celui d’Yves Saint-Laurent : « j’ai eu la chance de le rencontrer et d’être habillée par lui alors que j’étais assez jeune, puis nous nous sommes ainsi accompagnés jusqu’au bout. Il avait un talent fou, c’était le plus grand couturier de son époque. Je suis restée toujours assez proche de la qualité, de la beauté des choses. Le rapport à la mode a changé, avant si vous n’aviez pas beaucoup de moyens il était difficile d’y avoir accès. Aujourd’hui avec des marques comme Zara ou H&M, qui sont à l’affût de ce que font les créateurs, on retrouve très vite les tendances dans la rue, c’est plutôt agréable à regarder. »

 

Une femme en mouvement

En dehors de son métier, qui lui prend beaucoup de temps entre les tournages et l’accompagnement des films en France et à l’étranger, même si elle souhaite dorénavant répondre un peu moins à la presse, Catherine Deneuve aime aller voir des expositions, recherche la nature même à Paris, et a besoin de se tenir informée de l’actualité pour être dans la réalité de la vie. A 73 ans, l’énergie physique qui l’a toujours définie et dont elle s’est servie pour interpréter tous les personnages qui composent sa filmographie et être active dans son quotidien, elle espère la conserver le plus longtemps possible afin de continuer à s’enthousiasmer pour des projets. Ces jours-ci, elle commence justement le tournage du nouveau film de Julie Bertuccelli, réalisatrice qui alterne documentaires et fictions. Le scénario très original plaît beaucoup à cette grande comédienne qui n’a pas fini de nous surprendre, d’autant que le bonheur de la retrouver à l’écran n’a pas pris une ride.

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Published by Michel Monsay - dans Portraits
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