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Le désir et la passion filmés avec une intelligence rare

Publié le par Michel Monsay

Le désir et la passion filmés avec une intelligence rare

Depuis 2015, le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi a pris une dimension impressionnante avec "Senses", "Asako" et récemment "Drive my car", qui vient d'obtenir l'Oscar du meilleur film étranger. Son nouveau film "Contes du hasard et autres fantaisies", dont la sortie a été retardée à cause du Covid, avait obtenu le Grand Prix du jury au Festival de Berlin 2021. Œuvre d'apparence plus légère que "Drive my car", ces Contes du hasard infusent aussi plus lentement. Passé une première saveur un peu frivole, ils se déploient dans toute leur majesté en une œuvre riche, sensuelle et attachante. En deux heures, Hamaguchi tresse trois histoires autour de personnages féminins dans une mise en scène merveilleusement harmonieuse, une direction d'actrices et d'acteurs impeccable, et une fluidité qui se glisse dans des dialogues brillants, violents ou troublants. Un art de la parole qui culmine dans la longue lecture d'un texte érotique, jeu de balle verbal entre une élève et un prof figé comme une pierre volcanique. Si la parenté avec Eric Rohmer est évidente, le cinéaste japonais est décidément un virtuose du portrait féminin. Ceux qu'il dresse dans ce nouveau film sont des femmes complexes, modernes, libres, et s'ancrent dans des variations sur le thème du hasard et de la séduction, les sentiments amoureux sont ainsi passés au crible. Paré de longs plans-séquences, filmant les visages comme des paysages, le film est aussi une ode aux mots échangés, qui apaisent ou réveillent, revigorent les âmes et font avancer les corps. C'est une douce enquête sur nos tumultes intérieurs que le cinéaste peint avec une mélancolique et cruelle délicatesse. Entre joie et tristesse, tout le film, d’une profondeur vertigineuse, d’un climat et d’une tonalité sans cesse changeants, est nourri de ces paradoxes, et confirme une nouvelle fois la beauté du regard de Ryusuke Hamaguchi.

Publié dans Films

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Regarder la vie qui passe

Publié le par Michel Monsay

Regarder la vie qui passe

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Le roi est mort

Publié le par Michel Monsay

Le roi est mort

Nous venons de perdre l'un des plus grands comédiens de tous les temps. Que ce soit au théâtre ou au cinéma, Michel Bouquet a marqué l'Histoire de son talent exceptionnel. J'avais eu la chance de le rencontrer en tête à tête en juillet 2007 pour écrire son portrait, le voici :

L'orfèvre du jeu

Le terme de monstre sacré pour Michel Bouquet n'est pas galvaudé, tant il fait l'unanimité au théâtre comme au cinéma, avec notamment 2 Molières et 2 Césars. A travers plus de 60 ans de carrière, ce travailleur acharné a porté l'art de l'interprétation à son sommet, avec une incroyable humilité et un amour inconditionné des auteurs.

C'est au bar du Terrass hôtel, tout près de chez lui dans le quartier de Montmartre à Paris, où il donne régulièrement ses rendez-vous, que l'on retrouve un Michel Bouquet fatigué, d'avoir joué  durant plusieurs mois "L'avare" au théâtre de la porte Saint-Martin, et par une bronchite contractée à Angers lors d'une représentation sous la pluie devant 1500 personnes. A 81 ans, la performance est proprement exceptionnelle quand on connaît l'énergie que demande un tel rôle. Cette impression de lassitude se dissipe très vite lorsque le grand comédien commence à parler des auteurs et de leurs textes, son œil redevient pétillant et l'on sent une certaine délectation à travers ses propos : "Les grandes œuvres se transforment avec le temps, au fur et à mesure des mouvements de la société, elles prennent un autre aspect, car en fait elles contiennent tout ce que l'humain peut penser. La question que je me pose chaque fois que j'aborde un texte, est pourquoi l'auteur l'a t'il écrit ? Pour L'avare, qui est l'une des pièces de Molière à la fois les plus drôles et les plus amères, où l'argent en est le personnage principal qui domine tout, l'auteur mélange les genres avec une étonnante modernité pour nous montrer que les hommes sont victimes de leur attachement à ces objets de fatalité que sont l'argent, la jalousie et le désir". Après avoir joué 250 fois cette pièce à la fin des années 80, Michel Bouquet pensait en avoir fait le tour mais en la relisant, il perçoit une insolence et une moquerie autour de cet argent tant vénéré aujourd'hui, il décide alors de la remonter : "Molière est un des exemples les plus provocants de l'écriture dramatique, j'aime son sens de la révolte".

Le théâtre en étendard

Rien n'est plus beau pour Michel Bouquet qu'une grande pièce de théâtre, c'est à son avis ce qu'il y a de plus difficile à écrire. Avec L'avare qu'il joue notamment avec son épouse Juliette Carré, il est comblé comme il l'a été tout au long de sa carrière sur les planches, en interprétant les plus grands auteurs. Il fut le comédien fétiche de deux grands dramaturges du XXe siècle dont il a créé bon nombre de pièces, six de Jean Anouilh et quatre de Harold Pinter, mais jouer des contemporains peut se révéler périlleux, comme Ionesco où les salles se vidaient tant son "Rhinocéros" déroutait. Il déplore d'ailleurs que les œuvres de cet immense écrivain à ses yeux, dont il a joué en 2005 "Le roi se meurt", qui lui a valu le Molière du meilleur comédien, ne soient pas davantage montées. Habité par le théâtre, Michel Bouquet est intarissable à propos des chefs-d'œuvre du répertoire : "Il est très difficile d'arriver à les respecter, un travail préalable mélangeant réflexion, curiosité, et intuition, peut permettre de trouver le sentiment qui retranscrit le propos de l'auteur. S'il est pratiqué honnêtement, ce jeu habité par la chair fait des merveilles dans la conscience des gens qui regardent, il apporte des justifications morales de vivre". Dès qu'on lui parle de son génie, Michel Bouquet se cache derrière tous ces dramaturges sans lesquels il ne serait rien, et cette relation fusionnelle, il la cultive depuis ses débuts en se remettant en permanence en question, pour être le plus juste possible. Tous les éloges autour de sa personne le rassurent et l'obligent  à la fois.

Quel parcours !

Sa carrière commence en 1944 alors qu'il n'a que 18 ans, le succès arrive très tôt, puisque trois ans plus tard, il joue 680 fois les rôles des jumeaux dans "L'invitation au château" d'Anouilh, où l'un sortait par une porte et l'autre entrait aussitôt, il garde un souvenir merveilleux de cet exercice de style. Puis avec Suzanne Flon, ils jouent "L'alouette" du même auteur près de 900 fois notamment en Amérique du Nord, du Sud et dans les pays de l'Est. Durant 63 ans, il ne quitte pour ainsi dire jamais les planches, ce qui ne l'empêche pas d'être parfois critiqué, mais il le prend avec philosophie : "Une mauvaise critique apporte énormément, il faut les bénir car dans une méchanceté, il y a toujours une part de vérité extraordinaire". Aujourd'hui, Michel Bouquet se trouve en décalage par rapport à notre époque : "Je représente quelque chose d'un monde qui va disparaître, lorsque l'on a bien fait son travail, il est temps que ça finisse et que d'autres prennent la place et imposent de la nouveauté". Pourtant personne n'a envie de voir cet immense comédien s'arrêter, surtout lorsqu'il livre une prestation comme celle du film "Le promeneur du champs de Mars" il y a deux ans, César du meilleur acteur. Il a abordé le rôle de François Mitterrand, d'abord avec le respect que la fonction impose à ses yeux, et en accord avec le réalisateur Robert Guédiguian, comme le portrait d'un monarque. Même s'il n'aimait pas beaucoup le personnage, il en admire la sincérité de la vocation, et comprend le cheminement qu'il a dû avoir dans ce monde de serpents pour arriver au poste suprême. C'est en saisissant le personnage qui se cachait en filigrane que Michel Bouquet va trouver cette incroyable justesse : " L'homme des Charente qui aimait son pays par-dessus tout, avec des traits de caractère que j'appréciais beaucoup chez lui, son courage, sa frivolité, sa grande intelligence, son charme et sa manière de s'accaparer les gens".

Cet art de l'invisible

Lorsque l'on essaie d'expliquer l'art d'un comédien, il faut prendre en compte tout ce qui n'est pas écrit dans le texte, ces gestes ou postures qui font la différence et peuvent rendre une interprétation magistrale, Michel Bouquet maître en la matière, répète une fois encore qu'il n'y ait pour rien : "C'est ce que le personnage fait de moi, je ne l'invente surtout pas, c'est lui qui me dit, ne mets pas ta main comme ça, ce n'est pas juste. Cette rencontre avec le personnage est toujours très émouvante, elle est l'intérêt même du jeu. Un comédien n'est pas dans le rationnel comme un médecin, au contraire, l'important est dans ce qui échappe, il lui faut par une part de naïveté". En jouant Harpagon soir après soir, Michel Bouquet ne sait jamais comment sera exactement son personnage, il y a toujours une part d'improvisation au dernier moment sur un terrain très balisé en amont. Ce travail préalable est encore plus important au cinéma afin de pouvoir être prêt le jour du tournage, mais il peut être réduit à néant par un réalisateur : "Si l'on à faire à un imbécile, on aura l'air d'un imbécile même si on a travaillé comme un fou avant, ça ne dépend pas de nous, alors qu'en scène le temps appartient à l'acteur, qui peut enrichir son jeu d'une représentation à l'autre". Dans la soixantaine de rôles qu'il a joué pour le grand écran, on pense tout de suite à Claude Chabrol qui l'a dirigé à sept reprises, notamment dans "La femme infidèle" et "Juste avant la nuit", mais aussi à ses très belles performances dans "Comment j'ai tué mon père" d'Anne Fontaine, qui lui vaut le César du meilleur acteur, et dans "Toto le héros" de Jaco Van Dormael.

La boucle est bouclée

Durant dix ans dans les années 80, il enseigne l'art dramatique au Conservatoire national, période où il dit avoir beaucoup appris en regardant les jeunes, alors que l'on pourrait penser l'inverse : "On ne peut pas apprendre à quelqu'un à jouer la comédie, les cours servent à se confronter à la difficulté et à la déontologie de ce métier. J'étais le premier spectateur des élèves, je leur disais souvent : entre ces deux répliques c'est très juste, et après ça déraille je ne sais pas pourquoi, il faut que tu en trouves la raison". Jean Vilar avec lequel il a travaillé au TNP, donnait lui aussi très peu d'indications : "Il disait simplement, tu démarres à 10 à l'heure, puis tu montes à 30, à 60, là tu redescends à 12 et tout de suite après tu remontes à 80, et quand on le mettait en application, c'était exactement ça". Avec ses jeunes élèves passionnés, il a sans doute dû retrouver cette flamme qu'il avait ressentie lui aussi, une trentaine d'années auparavant dans le même établissement. Avant d'entrer au Conservatoire, le jeune Michel Bouquet a été pensionnaire de 7 à 14  ans, une période sans ses parents qu'il vit difficilement, d'autant qu'il n'est pas du tout scolaire mais plutôt habité par le rêve. Ensuite il devient mécanicien dentiste et mitron durant l'Occupation pour aider sa mère, son père étant prisonnier. Malgré une condition modeste, il découvre le théâtre en allant avec sa mère et son frère au poulailler de la Comédie Française. Un jour, en ayant assez des petits boulots, il frappe à la porte d'un grand comédien de cette prestigieuse maison, Maurice Escande, également professeur. A partir de là, tout va s'enchaîner incroyablement vite puisqu'au Conservatoire avec Gérard Philippe, ils sont remarqués par Albert Camus qui leur propose de créer Caligula en 1945.

Un citadin aux valeurs paysannes

Cet homme qui se sent profondément rural, n'aimant pas l'intellectualité de la ville, même s'il y a vécu tout au long de sa vie, a appris le goût de l'effort durant les moissons qu'il allait faire en Bourgogne dans la famille de sa mère, ou en Franche-Conté du coté de son père où il gardait des vaches. Durant sa carrière, et même encore aujourd'hui en tournée avec "L'avare" jusqu'en mars 2008, il a toujours aimé jouer en province : "Il n'y a pas de phénomène de mode et on y trouve l'idée de la permanence de la condition humaine. La France est un pays sublime, fait d'un assemblage complexe où tous les gens sont contraires à leurs voisins. J'ai davantage confiance dans le monde paysan, car le pouvoir de l'homme est contesté par la nature, le chemin est rude". Son parcours a été guidé par deux valeurs essentielles à ses yeux, le travail et le doute qui s'accordent très bien pour un comédien. Durant tout l'entretien, Michel Bouquet a fait preuve d'une humilité qui caractérise souvent les grands hommes, et même lorsqu'il ne joue pas, mais parle simplement de son métier, il le fait avec sa voix fascinante et des intonations qui sonnent toujours justes, comme pour un texte.

Publié dans Portraits, Photos

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Son sourire manque à l'Académie

Publié le par Michel Monsay

Son sourire manque à l'Académie

Une pensée pour Jean-Loup Dabadie, dont on connaîtra bientôt le successeur au Fauteuil 19 de l'Académie française.

Publié dans Photos

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La force de la littérature pour raconter l'innomable

Publié le par Michel Monsay

La force de la littérature pour raconter l'innomable

Lauréat du Prix Medicis 2021, le nouveau roman de Christine Angot revient sur le drame qu'elle a vécu adolescente et a déjà traité plusieurs fois : l'inceste, mais jamais avec une telle netteté. Beaucoup considèrent "Le voyage dans l'Est" comme son meilleur ouvrage, et c'est la première fois qu'elle remporte un des principaux prix littéraires. Christine Angot s’approche de son sujet un peu plus précisément chaque fois, met le cœur à nu plus profondément. Les lecteurs qui la découvriront avec ce roman y verront le fonctionnement de l’horreur dans un récit tiré au cordeau, à la fois précis et distancié. Le souci de vérité, justesse et justice, y est extraordinaire. Elle montre, dans des pages insupportables, les mécanismes extrêmement subtils et perturbants qui poussent une jeune fille à se taire, à tomber dans le piège émotionnel tendu par son agresseur et à céder au chantage affectif, tout en révélant les mots et les gestes d’un homme qui affirme sa domination sur l’enfant, et l’assujettit en lui faisant croire qu’il s’agit d’amour paternel. La romancière nous raconte aussi une autre horreur, l’autre visage de la monstruosité, impensable, insoutenable : le silence de l’entourage, son refus de voir, d’entendre, de savoir, de croire, d’intervenir. Le talent de Christine Angot éclate dans la diversité des tons : la voix détachée ou indignée se mêle à la pensée follement intelligente de l’enfant piégée, en quête de maîtrise et de sens, les paroles douces et insinuantes ou la suffisance du père font résonner la menace, on est au cœur même de la détresse. Pourtant, Le Voyage dans l’Est n’est pas animé par l’énergie du désespoir mais par la puissance de l’espoir, la volonté d’être entendue, comme la fille qui s’obstinait à réclamer à son père, lettre morte, une relation normale. Elle aimait, admirait alors cet homme beau et cultivé qui parlait tant de langues. Depuis longtemps déjà, la langue vivante, celle qui vous garde vivante, c’est elle qui la parle. Ce roman est un livre miroir de toute son œuvre avec un style qui a changé par rapport à ses débuts, une sobriété qui rend le récit encore plus implacable et une vraie ambition littéraire. Il était vraiment temps qu’un prix prestigieux vienne mettre en lumière la puissance et l’exigence de l’œuvre que construit Christine Angot depuis plus de trente ans.

Publié dans Livres

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Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste

Publié le par Michel Monsay

Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste

Une autre très belle exposition vient de se terminer à la Fondation Custodia, où la nature est également magnifiée. Charles Donker est de ceux qui savent apprécier les paysages. L’artiste néerlandais, né en 1940 à Utrecht, travaille principalement sur le motif : « j’ai besoin de voir le ciel, d’entendre le bruissement des arbres, de regarder les oiseaux voler ou de ressentir le silence absolu de la nature » explique l’artiste. Cette exposition est revenue sur cinquante années de travail de Charles Donker, de ses eaux-fortes des années 1960 à ses aquarelles réalisées plus récemment un peu partout sur le globe (en France, en Espagne, en Équateur, au Pérou ou en Israël…). On voit ainsi évoluer ses œuvres dans le temps, à mesure que l’artiste évolue lui-même. Le dessinateur et graveur saisit les paysages avec un remarquable sens du détail qui témoigne d’une fine observation, et nous les retranscrit dans l’atmosphère si particulière créée par la technique de l’eau-forte. Les magnifiques aquarelles réalisées par l’artiste dans les années 1990-2000, contrastent par leurs couleurs avec les autres œuvres de l’exposition. Elles font voyager le visiteur au sommet des Pyrénées, dans plusieurs pays d’Amérique du Sud, mais surtout dans des paysages qui évoquent volontiers un monde imaginaire. Le merveilleux côtoie ainsi le plus réaliste et l’exposition permet de bien appréhender tout l’univers artistique de Charles Donker. Celui-ci nous rappelle que le monde se laisse avant tout apprécier par ceux qui savent bien l’observer. Il est considéré comme l’un des plus grands dans le domaine des arts graphiques, notamment celui de l'estampe contemporaine, et cette exposition lui a rendu un bel hommage.

Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste
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Charles Donker, un merveilleux dessinateur et aquarelliste

Publié dans Expos

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Peindre en plein air avant les impressionnistes

Publié le par Michel Monsay

Peindre en plein air avant les impressionnistes

A la Fondation Custodia, charmant hôtel particulier du XVIIIe siècle près de l'Assemblée nationale, vient de se terminer une belle exposition sur la peinture en plein air en Europe de 1780 à 1870. Bien avant que les peintres impressionnistes ne popularisent le travail en plein air, de nombreux artistes se sont essayés à l’exercice, multipliant les études de petit format. Cette pratique est au cœur de cette exposition qui présentait 150 études à l’huile, issues de la collection de la Fondation Custodia, mais aussi de la National Gallery of Art de Washington et du Fitzwilliam Museum de Cambridge. C'est à partir de la fin du XVIIIe siècle que l’usage de l’esquisse à l’huile en plein air fit partie intégrante de la formation des paysagistes européens. À la croisée de la peinture et du dessin, ces études étaient généralement exécutées sur papier. Peintes rapidement sur le motif, elles avaient pour objectif d’exercer l’œil et la main à saisir les fugitifs effets de lumière et de couleur. Fait particulier : toutes n’ont pas été conçues par leurs auteurs pour être montrées ni pour être évaluées à la hauteur d’œuvres d’art. Pourtant elles apparaissent bien souvent, comme le souligne avec justesse la Fondation, plus sensibles et séduisantes que les peintures travaillées entièrement en atelier. Des artistes venus de toute l’Europe et au-delà étaient exposés, dont les œuvres dialoguaient non de façon chronologique mais selon leurs sujets : arbres, rochers, eau, volcans, ciels, toits… Des thèmes qui occasionnent de fascinantes explorations des variations de la lumière, des feuillages vibrants dans le vent, de la violence précipitée d’une cascade ou de l’écume des vagues. Ainsi, l’œil du visiteur a pu parcourir avec délice des sujets intemporels, dont les artistes parviennent à rendre avec dextérité la texture et la densité. De petits bijoux visuels signés par des peintres dont la réputation n'est plus à faire comme Camille Corot, dont une très belle boîte de peinture était exposée, mais aussi par d'autres moins connus voire anonymes.

Peindre en plein air avant les impressionnistes
Peindre en plein air avant les impressionnistes
Peindre en plein air avant les impressionnistes
Peindre en plein air avant les impressionnistes
Peindre en plein air avant les impressionnistes
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Peindre en plein air avant les impressionnistes

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Emily Jane White, une très belle voix feutrée et pénétrante sur une pop-folk sombre

Publié le par Michel Monsay

Emily Jane White, une très belle voix feutrée et pénétrante sur une pop-folk sombre

Depuis son premier album paru en 2008, Emily Jane White n'a de cesse de faire évoluer les orchestrations de sa musique folk ténébreuse, support élégant à une poésie toujours plus engagée au fil des productions. En 2019, la chanteuse et musicienne californienne analysait ainsi notre rapport distancié à une nature en péril avec l'album Immanent Fire. Sur son nouveau projet qui vient de paraître, Alluvion, l'artiste aborde de sa voix grave, magnétique et envoûtante, la notion de deuil dans nos sociétés occidentales, de ces pertes résultant de l'injustice sociale et écologique, dans un bain de pop électro mélancolique. Elle était en concert à la Boule noire à Paris samedi dernier, accompagnée d'un guitariste bassiste et d'un batteur, elle-même jouant à la guitare et aux claviers, et sera en tournée dans de nombreuses villes françaises tout le mois d'avril. La retenue, la pudeur d’Emily Jane White sur scène, qui ne manipule pas son public et ne porte pas les émotions au paroxysme comme certains, font de cette femme, au-delà de son talent, une artiste à la sincérité touchante et rare.

Pour la voir en concert, voici un lien avec les dates françaises en avril.

Ci-dessous quelques photos prises à la Boule noire et son dernier clip qui donne un aperçu de sa voix et sa musique ensorcelantes.

Emily Jane White, une très belle voix feutrée et pénétrante sur une pop-folk sombre
Emily Jane White, une très belle voix feutrée et pénétrante sur une pop-folk sombre
Emily Jane White, une très belle voix feutrée et pénétrante sur une pop-folk sombre
Emily Jane White, une très belle voix feutrée et pénétrante sur une pop-folk sombre
Emily Jane White, une très belle voix feutrée et pénétrante sur une pop-folk sombre

Publié dans Chroniques

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L'égalité hommes femmes débattue par cinq hommes ...

Publié le par Michel Monsay

L'égalité hommes femmes débattue par cinq hommes ...

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Une histoire d'amour pudique et émouvante

Publié le par Michel Monsay

Une histoire d'amour pudique et émouvante

Quelque part entre la littérature d’Emily Brontë et le cinéma de Jane Campion, l'acteur et réalisateur Bouli Lanners nous raconte une histoire d'amour douce et urgente sur l’île sauvage de Lewis, en Écosse, entre landes inhospitalières et rochers éternels. Cette île est régie par la très austère Église presbytérienne au rigorisme implacable, pratiquant un calvinisme fondamentaliste. De ce monde dur et cruel à la religiosité étriquée, le personnage féminin de cette histoire, tout en maladresses hésitantes et confusion des sentiments, s’émancipe sans éclats. L’actrice Michelle Farley nuance avec une finesse précise ce rôle de femme à la dignité constante. Elle n’est pas enrôlée en porte-drapeau d’un féminisme de vindicte et de renversement radical. La liberté de cette femme est une conquête tranquille et secrète. La romance touchante qui nait sous nos yeux, presque naïve à force de retenue et de pudeur, ne s'épanche jamais à un débordement amoureux. Une forme de timidité adolescente retient les élans. Bouli Lanners n’exhibe pas une sensualité démonstrative : c’est un entrelacement de gestes suspendus, de regards de côté, de frôlements. Les étreintes épousent l’ascétisme de ce monde insulaire, clos sur lui-même. Les paysages d’une grande beauté, ciselés par l’Atlantique, mordus par un soleil pâle, parcourus par une herbe frissonnante, dialoguent avec les personnages. Laissant de côté son humour pince-sans-rire qui a marqué d’une plaisante fantaisie ses précédents films, le cinéaste Bouli Lanners s'abandonne aux sentiments avec une infinie délicatesse. Quant à l'acteur Bouli Lanners, que l'on avait adoré récemment dans "C'est ça l'amour" et la saison 2 de la série "Hippocrate", il livre ici également une interprétation très touchante. L’urgence occupe le film, plane comme un danger imminent sans qu’il soit nécessaire de le signifier. Au contraire, c’est une économie de mots, une rigueur baignée de douce mélancolie qu’observent à la fois le scénario et la mise en scène. Ce mélodrame, qui jamais ne cède à la tristesse, ressemble à son auteur, à l’humilité nécessaire qu’il pose en idée essentielle de son cinéma, et à une belle humanité.

Publié dans Films

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