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17 mai 2017 3 17 /05 /mai /2017 07:04
Beau, émouvant et foisonnant

Enfin récompensé du César du meilleur réalisateur l’an dernier, avec « Trois souvenirs de ma jeunesse », chroniqué dans ces colonnes, Arnaud Desplechin va de nouveau illuminer les écrans de son talent. Il revient une nouvelle fois au festival de Cannes, quasiment tous ses films y sont venus, cette fois pour en faire l’ouverture. A 56 ans, il est assurément l’un des tous meilleurs cinéastes français, sa dernière œuvre en est la parfaite démonstration dans l’intelligence de la mise en scène, les mouvements de caméra, les très gros plans si puissants, la direction d’acteurs, la construction tout autant complexe que fluide. Il nous emmène dans plusieurs histoires, utilise des retours en arrière, où on le suit aveuglément sans ne jamais perdre le fil et en prenant un immense plaisir à suivre ses personnages, dont certains se ressemblent, se dédoublent. Mathieu Amalric, pour la septième fois sous la direction du réalisateur, son alter ego en quelque sorte, joue merveilleusement un cinéaste tantôt chamboulé, tantôt frénétique, et les deux comédiennes qui l’entourent, Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg, sont aussi belles qu’émouvantes. Un homme arrive au ministère des affaires étrangères à Paris où il travaille. Avec des collègues ils évoquent le mystère qui entoure un diplomate dont ils ont perdu la trace. Ils se remémorent son entretien d’embauche au ministère, où l’on découvre un homme quelque peu lunaire. Puis, on se rend compte que tout cela sort de l’imagination d’un cinéaste en train d’écrire le scénario de son prochain film. Volontairement insomniaque pour échapper aux cauchemars qu’il fait immanquablement chaque nuit s’il essaie de dormir, il reçoit à 3h du matin un appel de son beau-père, secoué après avoir rêvé de sa fille disparue du jour au lendemain 21 ans plus tôt sans laisser aucune trace. On retrouve, comme souvent chez Arnaud Desplechin, une savoureuse dualité narrative qui donne à ce très beau film un relief composé de différentes strates toutes aussi passionnantes, mêlant habilement les genres en nous laissant admiratif devant ce formidable raconteur d’histoires.

 

 

Les fantômes d’Ismaël - Un film d’Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, …

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15 mai 2017 1 15 /05 /mai /2017 07:35
Préhistorique
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13 mai 2017 6 13 /05 /mai /2017 08:01
Echange intergénérationnel
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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 07:16
Visite commentée des huiles
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9 mai 2017 2 09 /05 /mai /2017 05:54
Au bout, la mer
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28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 08:21
Une vie après le 20h

Seule femme à avoir présenté en semaine sur TF1 privatisé le journal télévisé le plus regardé d’Europe, Laurence Ferrari continue aujourd’hui sur CNews à nous parler d’actualité et de politique. Du magazine « Sept à huit » sur TF1 dès 2000 à « Punchline » sur C8 en 2017, elle a également animé plusieurs émissions de reportages et d’interviews avec toujours un souci d’innovation.

 

Quelques jours après le débat avec les 11 candidats à l’élection présidentielle sur CNews et BFM TV, Laurence Ferrari revient sur le défi qu’elle a relevé avec Ruth Elkrief en animant cette grande première dans l’histoire de la Ve République. Grande première qui restera unique jusqu’à nouvel ordre, puisque ce sera la seule confrontation entre tous les candidats. La journaliste est plutôt satisfaite de la manière dont l’événement s’est déroulé : « Il n’y a pas eu de prise en otage du débat par un candidat qui aurait créé du trouble, nous voulions un échange républicain qui permette à chacun de s’exprimer. Même s’il a fallu parfois taper du poing sur la table pour faire respecter les temps de parole, s’il y a eu quelques imperfections, des thèmes que l’on n’a pas eu le temps d’aborder, le débat a été globalement de bonne tenue et intéressant. » Elle a pris beaucoup de plaisir dans cet exercice, notamment en observant les réactions des uns pendant que les autres parlaient. En tout cas bien plus qu’en dirigeant avec David Pujadas le débat de l’entre-deux tours en 2012 qui opposait François Hollande à Nicolas Sarkozy, où elle avait été marquée par la tension et la violence de l’affrontement. Entre-temps, elle a aussi présenté avec Ruth Elkrief en novembre 2016 un des débats de la primaire de la droite et en janvier 2017 un de celle de la gauche.

 

Une femme déterminée

Que ce soit dans ce genre de débats ou lors d’interviews, la particularité de Laurence Ferrari est d’être assez spontanée, réactive aux propos de son interlocuteur, concise et percutante dans ses questions. Une interview réussie, à ses yeux, consiste à bousculer le politique : « Il faut le sortir de ses éléments de langage, de son déroulé habituel, il a un rythme, une musique que l’on se doit de bien connaître pour essayer de perturber la mécanique et obtenir une réponse plus naturelle. » Être une femme lorsqu’on est exposé de la sorte, notamment durant ses quatre années au journal de 20h sur TF1, a pour conséquence que l’on pardonne moins que pour un homme. Son moteur, qui lui permet de couper court aux éventuelles critiques, est de savoir se remettre en questions, de progresser afin de moins se laisser déstabiliser et d’avoir le recul historique sur le parcours de son interlocuteur. Cela dit être une belle femme a néanmoins été un atout, reconnaît-elle, tout en précisant qu’il faut d’autant plus gagner ses galons et travailler. L’impression de facilité et de fluidité qu’elle donne à l’antenne nécessite des heures de préparation en amont avec son équipe pour maîtriser au maximum l’actualité du jour et le profil de l’interviewé.

 

Nouvelles chaînes, nouveaux défis

« Le direct Ferrari » de 18h à 20h du lundi au jeudi sur CNews (canal 16 de la TNT) s’est transformé le temps de la campagne en « Grand journal de la présidentielle ». Il s’agit d’une émission avec une interview, un débat et un traitement de la matière politique et des dernières nouvelles. Le dimanche à 11h45 sur C8 depuis septembre 2016, Laurence Ferrari présente « Punchline » un magazine politique davantage dirigé vers les jeunes, qui leur donne la parole et décrypte les phrases fortes de la semaine, comme celle de Philippe Poutou s’adressant à Marine Le Pen durant le débat : « Quand on est convoqué par la police, nous ouvriers, on n’a pas d’immunité ouvrière. Désolé, on y va. » Elle aime la complémentarité de ces deux émissions, par leur approche différente de la politique, et leur format, la seconde étant diffusée sur une chaîne généraliste, la première sur un chaîne d’infos en continu. Souvent critiquées, ces chaînes se sont imposées aujourd’hui dans le paysage audiovisuel, affirme la journaliste : « Elles sont de plus en plus regardées et des processus ont été mis en place pour éviter les erreurs ou donner des informations trop rapidement. Il y a également plus d’émissions avec des personnalités qui permettent un décryptage de l’actualité. »

 

En pleine lumière puis en lumière tamisée

Le 20h de TF1, tous les soirs de la semaine, aucune femme ne l’avait présenté depuis la privatisation de la première chaîne. Dès août 2008, Laurence Ferrari relève le défi en prenant la suite de 21 années de PPDA. Malgré la tension, cela reste une expérience incroyable pour la journaliste qui, au-delà d’être suivie chaque soir par une audience très importante, se rappelle notamment les reportages sur le terrain en Iran, en Afghanistan, au Groenland, l’interview de Barak Obama, la campagne présidentielle de 2012 avec le fameux débat. Après la violence de la surexposition médiatique du 20h et des critiques qui l’accompagnent, elle opte pour un projet plus serein en animant un talk-show 100% féminin sur D8 de 2012 à 2016, Le grand 8. Elle s’entoure de quatre chroniqueuses, dont Roselyne Bachelot avec laquelle le courant passe à merveille. Cette bande de filles qui ne se prend pas au sérieux traite toutes sortes de sujets dans la bonne humeur et parfois l’émotion. Parallèlement, dès 2013 elle présente aussi une émission politique quotidienne sur iTélé, intitulée Tirs croisés, poursuivant ainsi le fil conducteur de son parcours. La journaliste prouve ainsi qu’il y a une vie après le graal que représente le 20h, et se dit bien plus heureuse depuis 5 ans en ayant plus de liberté et de souplesse.

 

Le hasard fait bien les choses

Son enfance à Aix-les-Bains, entre lac et montagne, a été sportive, le ski l’hiver, la voile l’été, ainsi que la course à pied qu’elle pratique toujours aujourd’hui, de même que la natation et la gym qui sont à ses yeux le remède le plus efficace pour évacuer le stress de son métier. Sa vocation est née par hasard, confie-t-elle : « Je voulais être chirurgien mais la médecine n’a pas voulu de moi, je crois qu’elle a eu raison ! J’ai ensuite cherché pour quoi j’étais faite, et après une école d’attachée de presse à Lyon, sans grand enthousiasme, j’ai commencé à faire des stages, notamment à Europe 1 où j’ai eu un coup de foudre pour cette rédaction. Je l’ai intégrée tout en continuant mes études à Paris, en faisant un DESS de communication politique et sociale. » Elle reste ainsi 10 ans à Europe 1 où elle apprend le métier de journaliste en gravissant progressivement les échelons, avant d’intégrer le groupe TF1, d’abord à LCI en présentant des journaux, puis sur TF1 en remplacement de Claire Chazal le week-end. Durant cette période, elle crée avec son premier mari Thomas Hugues le magazine de reportages « Sept à huit », qu’ils présentent ensemble tous les dimanches durant 6 ans, fait assez rare et peut-être même unique pour être souligné. Avant de se voir confier le fameux 20h en 2008, elle part deux années sur Canal+ où elle produit et présente une émission politique assez novatrice, « Dimanche + ».

 

Le travail ne lui fait pas peur

Tout au long de ses 30 ans de carrière à la radio puis à la télévision, elle s’est servi des deux clés qui lui semblent indispensables pour réussir dans son métier : la curiosité et le travail, pour lequel elle n’a pas rechigné, « surtout lorsque l’on n’a pas fait d’école de journalisme », comme elle le souligne. En novembre dernier, la grève à iTélé a fait couler beaucoup d’encre et la position de Laurence Ferrari n’a pas forcément été bien comprise : « J’ai toujours soutenu la rédaction et ses revendications, et je suis restée au plus proche d’elle tout au long de la grève. Simplement, je n’ai pas voulu moi-même faire grève, ça ne fait pas partie de mes valeurs. Nous avons la chance d’avoir un métier de libertés, que l’on doit pouvoir exercer tous les jours, il y a un droit à informer et à être informé. J’ai été très meurtrie que la moitié de la rédaction parte dans ces conditions. »

 

Faire des choix

A 50 ans, le seul petit regret qu’elle peut avoir est de ne pas avoir fait plus de reportages sur le terrain, elle qui voulait à la base être reporter mais a finalement choisi de travailler en plateau : « Etant mère de famille, il est plus simple d’être présentatrice, cela permet de savoir l’heure à laquelle on rentre, que reporter où on ne sait jamais ce genre de choses, le choix s’est imposé de lui-même. » Du coup, c’est vraiment en interview qu’elle s’épanouit le plus : « Dès que j’ai quelqu’un en face de moi, il y a cette interaction dans l’échange, l’adrénaline, le challenge, c’est là que je suis vraie. »

La notoriété est arrivée dans la vie de Laurence Ferrari depuis sa période à TF1, surtout durant ses quatre années au 20h : « Vous entrez dans la vie des gens tous les soirs au moment du dîner, vous faites partie de la famille en quelque sorte. On entre ainsi dans la notoriété sans s’en rendre compte et on n’en ressort jamais. » Si elle vit très bien ce lien avec le public, elle a par contre systématiquement porté plainte pour atteinte à la vie privée contre la presse people. Energique, optimiste et impulsive, elle prend ses décisions très rapidement. En plus du sport qu’elle pratique régulièrement, la lecture a une place de choix dans son temps libre. Elle se voit bien continuer dans la veine politique, d’autant que le quinquennat à venir s’annonce intéressant, selon ses propos, tout en allant un peu plus sur le terrain pour traiter des sujets de société.

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26 avril 2017 3 26 /04 /avril /2017 06:27
« La prochaine PAC devra accompagner les agriculteurs vers un modèle durable »

Député européen socialiste depuis 2012 pour la circonscription du Grand Sud-ouest, Eric Andrieu est aussi premier Vice-président de la Commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen. Il a été élu fin janvier 2017 porte-parole des socialistes et démocrates européens pour l’agriculture.

 

En quoi consiste l’accord économique et commercial nommé CETA, et quels en sont les risques potentiels?

Eric Andrieu - Le CETA, constitue le premier accord de libre-échange d’envergure signé par l’Union européenne (UE). Il aura pour principales conséquences de supprimer près de 99% des droits de douane et d’établir des normes réglementaires communes entre les deux puissances commerciales, l’UE et le Canada. Cet accord donnera le « la » pour les prochaines négociations qu’aura à mener la Commission européenne dans les années à venir. Dès lors, la plus grande précaution s’impose lorsqu’il s’agit de valider un tel accord. Or, trop d’incertitudes entourent le contenu du CETA. Incertitudes juridiques sur l'indépendance et l'impartialité des tribunaux d'arbitrage censés traiter des litiges entre investisseurs et États. Incertitudes économiques ensuite : selon une étude américaine, le CETA entraînerait la perte de plus de 200 000 emplois en Europe, dont 45 000 en France. Au niveau de l’agriculture, il risque de mettre en péril notre filière bovine, déjà à bout de souffle, en ouvrant le marché européen à 50.000 tonnes de viandes bovines nourries au maïs OGM, aux antibiotiques et aux farines animales. Enfin, le CETA n’intègre pas l’urgence climatique et environnementale, pas plus que le principe de précaution.

Pour toutes ces raisons, avec l’ensemble des eurodéputés socialistes français, nous nous sommes opposés à cet accord, contrairement à la droite française et une majorité de parlementaires, qui ont voté pour le CETA le 15 février dernier. L’accord doit désormais obtenir l'aval du Parlement canadien avant son entrée en vigueur provisoire, probablement en juillet. S’agissant d'un accord dit mixte, les parlements nationaux, devront aussi se prononcer. Certains volets de cet accord, comme par exemple le mécanisme de résolution des litiges entre investisseurs et États, n'entreront pas en vigueur avant que tous les états membres aient ratifié le CETA.

 

Quels sont les enjeux de l'élection présidentielle au niveau de l'Europe ?

E.A. - Le premier enjeu de ce scrutin est de savoir si nous souhaitons rester ou non dans l’Union européenne et à quelle Europe nous aspirons. Une Europe libérale, une Europe solidaire ou une Europe des nations ? Une Europe mondialiste et libre-échangiste comme le préconisent M. Fillon et M. Macron, qui se sont exprimés pour le CETA, ou une Europe plus protectionniste, réorientée sur le marché européen et la défense de nos territoires ? En tout état de cause, le futur Président français devra prendre toute sa part dans la future orientation de l’Union Européenne. Le repli sur soi et la défiance actuelle légitime de nos concitoyens vis-à-vis de l'Europe doivent être transformés en une opportunité. Celle de redéfinir, avec les États membres qui le souhaitent, un vrai projet européen, plus intégré. Il est urgent de sortir de la dérive libérale actuelle et d’associer davantage le citoyen au projet européen.

 

Comment faut-il interpréter le pessimisme de Jean-Claude Juncker et son renoncement à briguer un second mandat ?

E.A. - Le pessimisme de Jean-Claude Juncker et son renoncement à briguer un second mandat sont deux choses distinctes. Le Président de la Commission européenne semble privilégier une Europe à plusieurs vitesses, ce que je partage. En tout état de cause, face au nouveau contexte international, nous avons besoin d’une Europe plus forte qui défende nos concitoyens, aussi bien à l'intérieur qu’à l'extérieur de nos frontières. Cela passe par une Europe de la Défense. L’Union doit enfin assurer son rôle avec conviction et redevenir cette puissance d'équilibre dont le monde a aujourd'hui tant besoin. Alors que nous venons de célébrer le soixantième anniversaire du Traité de Rome, l'idée européenne n'a jamais fait plus sens qu'aujourd'hui : nous avons besoin de davantage de solidarité et de coopération entre les peuples.

 

Pourquoi la PAC actuelle ne convient-elle pas et que faudrait-il changer dans la future PAC ?

E.A. - La Politique agricole commune ne satisfait ni les agriculteurs, ni les organisations environnementales, ni les citoyens qui sont également contribuables. Elle doit être réformée. Les rénovations successives adoptées depuis 1992 ont favorisé les modèles d’exploitation intensive orientés vers les marchés à l’export, eux-mêmes alignés sur les prix bas mondiaux, au détriment des structures familiales, pourtant plus performantes en termes d’emploi et plus résilientes. Nous devons mettre fin au libéralisme actuel dévastateur pour les agriculteurs, l’emploi, l’économie de nos territoires, et dangereux pour notre sécurité alimentaire. Le marché seul ne peut pas tout réguler.

La future PAC devra, en premier lieu, répondre à la question de la volatilité des prix afin de stabiliser les revenus de nos agriculteurs et leur permettre de vivre décemment de leur travail. Cela passe par un rééquilibrage de la valeur ajoutée en faveur des agriculteurs au sein de la chaîne alimentaire, une adaptation de la politique de la concurrence aux spécificités de l’agriculture, une amélioration dans la cohérence des dispositifs de gestion des risques et, enfin, par le rétablissement d’outils publics afin d’équilibrer l’offre et la demande.

 

Souhaitez-vous une PAC environnementale et comment devra se comporter la politique commerciale européenne vis-à-vis de la PAC ?

E.A. - La prochaine PAC devra accompagner les agriculteurs vers un modèle durable qui préserve la biodiversité et les ressources naturelles. Cette nouvelle PAC devra promouvoir une agriculture qui contribue aux objectifs de la COP21, et en fait un acteur clé de la lutte contre le réchauffement climatique. Enfin, il s’agira de re-territorialiser la Politique agricole commune. L’agriculture reste une activité structurante pour les territoires, qu’il faut valoriser.

La politique commerciale européenne devra être en cohérence avec la PAC si l’on veut préserver notre modèle agricole et nos territoires. Cela implique de lutter contre le dumping sanitaire social et économique, en interdisant les importations de denrées agricoles qui ne respectent pas les mêmes règles sanitaires, sociales et environnementales, mais aussi, d’exclure systématiquement nos filières sensibles des négociations commerciales.

 

Comment expliquez-vous que Mme Le Pen soit au deuxième tour malgré les affaires qui la concernent et quelles conséquences auraient ses propositions pour notre agriculture ?

E.A. - Le vote Le Pen est un vote antisystème. Dès lors, les révélations des affaires qui touchent le Front National, bien qu’elles soient nettement plus nombreuses qu’au sein des autres formations politiques, n’affectent que très peu son électorat, voir confortent le discours victimaire de Mme Le Pen.

La victoire de Marine Le Pen serait catastrophique pour l’économie française. Dans le domaine agricole, la sortie de l’euro entrainerait automatiquement une hausse massive des taux d’intérêt et empêcherait nos agriculteurs d’emprunter, et, de ce fait, de se développer. Par ailleurs, la sortie du marché intérieur aurait un effet dévastateur sur notre agriculture. Aujourd’hui, nous exportons plus de 63% de nos produits agricoles vers nos voisins européens. Enfin, que pèsera la France seule dans les négociations à l’OMC face aux géants que sont les États-Unis, la Russie, la Chine, ou encore le Brésil ? Face aux crises, nous avons besoin d’une approche commune et non l’inverse !

 

 

Quelques repères

Originaire de Narbonne, Eric Andrieu s’est formé à l’Institut agronomique méditerranéen. Il a été conseiller général de l’Aude avant d’en devenir vice-président puis conseiller régional du Languedoc-Roussillon avant d’en devenir également vice-président. A 56 ans il est très impliqué dans les questions agricoles, au Parlement européen où il est député depuis 2012, et aux côtés de Benoit Hamon dont il est le porte-parole pour l’agriculture, l’alimentation et le développement rural.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 07:14
Un drame époustouflant de retenue et de maîtrise

Il est des films à ne rater sous aucun prétexte tant leur pouvoir nous procure des émotions qui nous marquent à jamais, et nous font considérer le cinéma comme un art majeur. Pour son troisième long-métrage, ce réalisateur et dramaturge américain trop rare de 54 ans nous offre une merveille de mélodrame, d’une justesse qui laisse sans voix, n’usant d’aucun effet pour alourdir le propos et se permettant même des moments plus légers, sans que cela n’altère le rythme et l’équilibre parfait de ce scénario consacré par un Oscar. Si ce film a été unanimement salué comme un chef-d’œuvre par la critique et le public qui a eu le bonheur de le voir, il l’est par sa mise en scène lumineuse, précise, sa construction éblouissante de maîtrise et d’intelligence, son réalisme qui ajoute de l’intensité à la puissance émotionnelle de cette chronique familiale et sociale. Il l’est aussi par son lyrisme tout en finesse, sa caméra pudique mais toujours là où il faut, son interprétation irréprochable avec en son point culminant, Casey Affleck, prodigieux de souffrance et de violence intériorisée, dont la performance a été récompensée par de nombreux prix dont l’Oscar du meilleur acteur. Après un prélude sur un petit chalutier où un homme et son jeune neveu se chamaillent et se taquinent gentiment, le film démarre à Boston en hiver où l’on retrouve cet homme, la quarantaine, en train de déblayer la neige devant un immeuble, réparer une chasse d’eau, changer l’ampoule d’un plafonnier, jeter les poubelles, dégorger des toilettes bouchées. Employé à tout faire dans quatre immeubles d’un quartier populaire, il semble accepter son sort avec résignation même si parfois certains locataires, des enquiquineurs de première, se plaignent de son côté bourru et peu aimable. Le soir il va boire des bières en solitaire et lorsqu’il se fait draguer, il semble absent et préfère provoquer une bagarre avant de rentrer chez lui et s’endormir devant un match de basket à la télé. Le lendemain, un appel téléphonique le prévient que son frère a eu de nouveau une crise cardiaque, il saute dans sa voiture pour se rendre à l’hôpital de Manchester by the sea situé à 1h30 de Boston. Lorsqu’il y arrive, son frère est déjà mort. Tout au long de ce film inoubliable, le cinéaste nous livre avec une infinie délicatesse des éléments qui vont contribuer à mieux comprendre les personnages, les relations difficiles qu’ils peuvent avoir entre eux, et à donner à son cinéma intimiste une ampleur et une portée bouleversantes.

 

Manchester by the sea – Un film de Kenneth Lonergan avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, … - Universal – 1 DVD : 19,99 €.

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 06:46
Livres sur l'Europe

Voici une sélection de livres parus récemment sur l’Europe pour mieux comprendre les enjeux économiques, sociaux et pour entrevoir des solutions qui relanceraient l’Union européenne :

 

Joseph E. Stiglitz - L’Euro : Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe - Editions LLL.

Pour la première fois, Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, commet un livre sur la crise européenne et sur les impasses de l’euro comme monnaie unique. Comment en est-on arrivé à consacrer une monnaie conçue pour rapprocher les peuples et amener la prospérité et qui a fini par les diviser et plomber leur économie ? Un constat implacable de l’auteur qui propose également des solutions concrètes pour sortir de l’impasse.

 

Hubert Védrine - Sauver l’Europe ! - Edition Liana Lévi.

Avec une parole libre et sans détour, l'excellent Hubert Védrine analyse les ressorts de la crise de confiance dans l’Union européenne et développe des propositions claires pour la surmonter.

 

Jean Quatremer - Les salauds de l’Europe - Calman Levy.

Les salauds de l’Europe, ce sont à la fois les États, les maîtres de l’Union, qui ont trahi le rêve des pères fondateurs, et les démagogues qui essayent de faire croire qu’un retour vers le passé résoudrait tous les problèmes. Dans ce livre percutant, l’un des meilleurs spécialistes de l’Europe reprend un à un les arguments de ses opposants en démêlant le vrai du faux et rappelle que la construction communautaire, aussi perfectible soit-elle, reste la dernière utopie pacifiste d’une planète au bord de l’abîme.

 

Thomas Piketty et 3 autres auteurs - Pour un traité de démocratisation de l’Europe - Seuil.

Comment contenir le déferlement de la vague populiste qui risque de balayer nos démocraties ? Comment prévenir l'éclatement de l'Union européenne ? Pour en finir avec des politiques économiques disqualifiées, mettre l'austérité en minorité et lutter contre les inégalités, il est urgent de démocratiser le gouvernement de la zone euro.
Rédigé par une équipe pluridisciplinaire de juristes, politistes et économistes, repris par Benoît Hamon, le projet de traité, ici présenté et commenté, institue une Assemblée parlementaire de la zone euro permettant de promouvoir la justice fiscale et sociale.

 

Pierre Moscovici - S’il est minuit en Europe - Grasset.

C'est le livre d'un artisan et d'un partisan de l'Europe, excédé par la médiocrité politique, un livre « coup de gueule » contre ceux qui laissent dépérir la grande idée européenne. C'est aussi un plaidoyer pour ceux qui pensent qu’il faut redonner une chance à notre continent et au projet européen. Une contribution à la fois personnelle et politique, par un Européen de cœur, qui connaît intimement l'Europe et se bat pour qu'elle avance.

 

Céline Schoen - L’Europe des citoyens - Le Cherche-midi éditeur.

L'ONG L'Europe des citoyens, qui suit avec attention l'activité du Parlement européen à Bruxelles et à Strasbourg, a réuni quatre eurodéputés (Nathalie Griesbeck, Françoise Grossetête, Edouard Martin et Michèle Rivasi) à qui Céline Schoen, correspondante de presse et spécialiste des affaires européennes, a donné la parole. Ce travail prospectif, fruit de plusieurs mois d’échanges, a abouti à dix propositions concrètes pour enfin tracer une nouvelle feuille de route politique pour l’Europe.

 

Michel Aglietta et Nicolas Leron - La double démocratie - Seuil.

Le contexte historique actuel appelle un nouvel acte fondateur, comme le furent l’institution du marché commun ou la création de l’euro. Cet acte, les auteurs le situent dans un budget européen, avec sa double dimension d’élément constitutif d’un ordre politique et de fonction d’investisseur en dernier ressort pour recouvrer une croissance soutenable. Seul l’avènement d’une véritable puissance publique européenne peut permettre la revitalisation des démocraties nationales en desserrant l’étau réglementaire de l’UE. En concevant la possibilité d’un partage des responsabilités politiques entre ces deux niveaux, les auteurs envisagent la figure inédite d’une double démocratie.

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 08:45
Un voyage musical euphorisant

Ce groupe britannique qui existe depuis 23 ans sort un magnifique huitième album, sur lequel il est impossible de ne pas ressentir l’envie irrésistible de bouger aux rythmes envoûtants de leur musique. Trois musiciens de Dreadzone sont issus du groupe Big Audio Dynamite créé en 1984 par l’ancien guitariste des Clash. Autrement dit, ils cumulent des influences et une expérience qui contribuent pleinement à la richesse de ce disque, sans compter le talent des trois autres membres du groupe. Parmi eux le chanteur jamaïcain Earl Sixteen, dont la superbe voix, digne des plus grands chanteurs reggae, ondule sur la plupart des 12 morceaux imparables de cet album. Il est relayé sur certaines chansons par un autre chanteur ou quelques invités qui s’intègrent parfaitement à l’ensemble. Les compositions sont faites d’un somptueux mélange de reggae, dub, musique électronique, dance, techno, soul, avec des pointes celtiques voire orientales. Si le rythme est roi dans cette musique hybride avec des basses et des percussions bien présentes, ainsi qu’un mix de trouvailles du meilleur effet, l’aspect mélodieux n’est pas en reste, il fait de cet album un sommet de cette mouvance musicale. De même pour les textes, qui sont socialement et émotionnellement engagés, où il y est question de racisme, d’injustice, et de différents maux de nos sociétés et de nos vies. Tout est réuni pour faire de ce disque un moment inoubliable, tant l’équilibre parfait trouvé par le groupe est, chose assez rare, autant une invitation à danser qu’un plaisir à écouter en boucle ses chansons, qui prouvent une nouvelle fois que le mélange des genres non seulement permet à la musique de constamment évoluer mais le plus souvent donne des petites merveilles.

 

Dreadzone - Dread times - Modulor music - 1 CD : 20 €.

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