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« Nous allons créer un observatoire national des violences faites aux femmes »

Publié le par michelmonsay

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Après avoir été porte-parole de Ségolène Royal, en 2007 et pour les primaires socialistes de 2011, Najat Vallaud-Belkacem le devient pour François Hollande durant la campagne présidentielle, et aujourd’hui pour le Gouvernement, dont elle est la benjamine à près de 35 ans. Tout comme l’appétence qu’elle a montrée pour la fonction de porte-parole, on la sent totalement déterminée à faire évoluer les droits des femmes, dont le Président lui a confié le Ministère.

 

Pourquoi François Hollande a recréé ce Ministère ?

Najat Vallaud-Belkacem - Depuis 1986, il n’y avait plus de Ministère des droits des femmes de plein exercice, alors qu’il est indispensable pour prendre à bras le corps un certain nombre de sujets qui sinon ne sont pas traités. Mon objectif est de conscientiser la société sur le fait que contrairement à une idée reçue, les inégalités entre les femmes et les hommes existent et se sont même creusées. D’un point de vue professionnel, avec des écarts de rémunération en moyenne de 27%, un développement du temps partiel subit et de secteurs d’activités où les femmes sont très présentes, avec des conditions de travail et de rémunération particulièrement difficiles. Nous avons aussi perdu du terrain sur le droit des femmes à disposer de leur corps, avec la fermeture de 150 centres d’accueil IVG ces 10 dernières années. Sur la question des violences faites aux femmes, les moyens ne sont pas là pour mettre en œuvre la très bonne loi adoptée en 2010 sur une initiative partagée entre la gauche et la droite, en particulier pour accompagner les femmes qui cherchent à se sortir des violences conjugales.

 

Comment allez-vous travailler ?

N.V.-B. - Le retour de ce Ministère permet de remettre la focale sur ces sujets, avec un travail dans la transversalité avec l’ensemble des ministères, qui permet d’avoir des moyens et d’impliquer les acteurs dans la proximité. Comme par exemple former les magistrats et les policiers à la spécificité des violences conjugales. Pour être efficace sur tous ces sujets, je ressuscite le comité interministériel aux droits des femmes qui n’avait plus fonctionné depuis 12 ans, et qui se réunira en octobre sous la présidence du Premier Ministre, pour voir comment nous pouvons dans tous les domaines faire avancer les droits des femmes.

Nous avons la chance d’avoir un Président et un Premier Ministre qui sont convaincus du sujet, et ne se bercent pas d’illusions sur la soi-disant égalité entre les hommes et les femmes. Cette illusion est très présente dans la société et elle est l’un des freins contre lesquels il faut se battre le plus souvent.

 

Quelles sont les principales mesures que vous souhaitez mettre en œuvre rapidement ?

N.V.-B. - La conférence sociale des 9 et 10 juillet a mis l’accent sur la nécessité d’être plus efficace dans les dispositifs de sanctions, à l’égard des grandes entreprises qui ne respectent pas l’égalité professionnelle. Nous souhaitons également accompagner les PME dans la mise en œuvre de cette égalité. Comme elles n’ont pas les moyens dont disposent les grandes entreprises pour expérimenter des pratiques innovantes, nous les aideront à s’approprier ces pratiques. Nous allons créer à l’automne un observatoire national des violences, chargé d’étudier et connaître les faits. L’inexistence d’études perpétue le silence et donc le tabou autour de ce phénomène, et n’incite pas les femmes à parler. L’observatoire aura aussi pour mission de prévenir, d’accompagner, de proposer des politiques publiques, de généraliser des expérimentations qui marchent. Tout cela en lien avec les collectivités locales, c’est un sujet que l’on traite beaucoup dans la proximité. Nous travaillons avec la Ministre des affaires sociales et de la santé, pour mettre en place un accès équilibré sur l’ensemble du territoire à un service IVG, et sur la question de la contraception des mineures.

Les sujets du harcèlement sexuel et de la prostitution vous tiennent aussi particulièrement à cœur ?

N.V.-B. - Sur le harcèlement sexuel, il y avait un vide juridique et nous venons de faire adopter au Parlement un projet de loi. Ce nouveau texte est beaucoup plus protecteur, il définit de manière plus précise et plus large les faits de harcèlement, qui sont beaucoup plus nombreux que l’on pourrait le croire, certaines études parlent de 300 000 par an. Désormais, le harcèlement sexuel sera puni de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Aujourd’hui, 80% des personnes en situation de prostitution sont victimes de la traite, des réseaux et sont étrangères. Notre rôle est de trouver comment protéger ces personnes, comment prévenir leur entrée en prostitution, comment les aider à en sortir et trouver un emploi. Nous devons poursuivre le travail de réflexion sur tous les angles de ce sujet, pour réduire le nombre de portes d’entrée dans la prostitution. Il faut améliorer la prévention en termes d’information, d’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires, et d’éducation au respect entre les garçons et les filles.

 

Quelle est la situation des femmes dans le monde agricole ?

N.V.-B. - On a le sentiment d’une mutation ces dernières années, jusqu’alors les femmes d’agriculteur élevaient les enfants, géraient les tâches domestiques, aujourd’hui elles sont davantage l’alter ego des hommes dans la conduite de l’exploitation, voire la pilotent elle-même. Durant la conférence sociale, nous avons évoqué la problématique des retraites extrêmement faibles dans le secteur agricole, en particulier pour les épouses d’agriculteur dont beaucoup sont en situation de grande pauvreté. Nous voulons travailler sur la formation professionnelle et en particulier l’enseignement agricole afin d’améliorer certains sujets, notamment pour les jeunes filles. J’ai un déplacement en ce sens au mois de septembre en Aquitaine et en Limousin. Même si le monde agricole a des codes particuliers, on y retrouve pour les femmes, les difficultés que l’on connaît dans le reste de la société.

 

Comment jugez-vous votre rôle de Porte-parole du Gouvernement et les premiers mois du nouvel exécutif ?

N.V.-B. - C’est un exercice d’exactitude où lorsqu’on n’a pas l’information précise, on préfère ne pas répondre sans que ce soit de la langue de bois. Cela demande un énorme travail en amont pour se tenir informé de tous les dossiers de l’ensemble des ministères. Contrairement à la fonction de porte-parole de campagne, il n’y a pas de place au lyrisme, à l’interprétation personnelle, au sens de la formule, on se doit d’être très précis.

Le collectif budgétaire que l’on est en train d’adopter découle de l’ardoise que nous a laissée le précédent gouvernement, avec la nécessité de remettre de la justice dans les contributions des français à l’effort collectif, et en même temps faire face à toutes les dépenses non budgétées par nos prédécesseurs. Les engagements annoncés par François Hollande pour les trois premiers mois ont été respectés. Confronté à une situation difficile, notamment avec les plans sociaux, le gouvernement démontre à la fois une capacité à répondre à l’urgence avec des mesures comme le plan automobile, et à s’inscrire dans la durée avec la conférence sociale et des concertations sur différents sujets importants. Nous ne sommes pas là pour gérer à la petite semaine mais pour réformer structurellement le pays.

 

On parle de rentrée sociale difficile, d’efforts à venir, quels sont les projets du Gouvernement sur ces sujets ?

N.V.-B. - Nous voulons mettre fin à une anomalie du précédent mandat qui consistait à faire payer moins ceux qui avaient le plus, avec le bouclier fiscal et la réforme du barème de l’ISF. Il faut remettre de la justice dans le système fiscal, lutter contre la fraude et l’exil fiscal pour récupérer un certain nombre de recettes. Egalement, réfléchir en termes de dépenses pertinentes sur des secteurs stratégiques comme l’industrie, en soutenant l’innovation, la recherche, la technologie, et en luttant contre les délocalisations pour donner des bases plus saines à notre économie, relancer la croissance et l’emploi. Il faut toujours lier cette réflexion à ce que fait François Hollande au niveau européen.

L’abrogation de la TVA sociale a indiqué la voie que souhaite prendre le Président pour épargner les classes moyennes et populaires, en leur redonnant du pouvoir d’achat. Par ailleurs, une réflexion a été lancée pour savoir comment garantir la pérennité de notre système social. Concernant les entreprises en difficulté, la tonalité du débat a changé puisque nous essayons de remettre autour de la table systématiquement tous les acteurs concernés, pour envisager toutes les solutions possibles. Parfois, il faudra imposer la reprise par un repreneur viable, c’était une proposition de loi de François Hollande alors qu’il était dans l’opposition, nous allons l’adopter.

 

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Populaire et exigeant

Publié le par michelmonsay

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Depuis plusieurs années, Vincent Lindon est au sommet de son art. Il incarne ses personnages avec une justesse sidérante et a le bon goût de choisir ses films en faisant un quasi sans-faute. Cet homme bouillonnant au jeu physique et instinctif, aime les gens et s’en inspire par mimétisme pour toucher la vérité du métier de comédien. A 53 ans avec plus de 50 films à son actif, il est, chose assez rare, autant apprécié du public que de la critique et de la profession.

 

A l’affiche du plus beau film de la rentrée, « Quelques heures de printemps » , Vincent Lindon dont c’est la deuxième collaboration avec le réalisateur Stéphane Brizé après « Mademoiselle Chambon », a littéralement adoré à la fois le travail avec ce cinéaste et les deux scénarios qu’il lui a proposés. Si à la lecture d’une histoire, ce comédien instinctif rêve d’être le personnage, il acceptera le rôle, aucun autre critère ne compte : « Je ne choisis pas un film parce qu’il est engagé, a un rapport avec l’actualité, ou va me permettre d’être un acteur civique qui défend une cause. Cela dit, tous les grands films que ce soit des comédies ou des drames ont une résonnance sociologique. Pour qu’un film dure et entre dans la mémoire des gens, il ne doit pas être qu’une histoire, il doit aussi parler d’eux. »

Il se trouve que dans son dernier film il est question de la fin de vie, problème qui revient sur le devant de la scène avec la réflexion que vient de lancer le Président Hollande sur le sujet. Qu’un film soit rattrapé ou provoque l’actualité et que l’on en parle ailleurs que dans les pages cinéma, Vincent Lindon ne le recherche pas au début mais il en est ravi si cela arrive. Comme pour « Welcome » avec les immigrés clandestins de Calais. Il n’aime pas les classifications qui différencient un cinéma d’auteur d’un cinéma populaire, selon lui un film peut être les deux à la fois et il ne veut surtout pas être enfermé dans l’un ou l’autre.

 

Sa conception du métier

Même s’il ne souhaite pas trop parler de sa manière d’aborder un rôle, de s’approprier un personnage, il livre quelques pistes : « Si je cherche à expliquer comment je fais, je vais en devenir conscient et y perdre quelque chose. Je peux seulement dire que je regarde énormément les gens, leur façon de bouger, de parler, comment ils mettent leurs chaussures, retroussent les manches de leur chemise, tournent leur café, comment ils mangent. C’est ça qui m’intéresse et je pense que c’est là où sont les personnages, le reste est de la philosophie.» Lui qui vient d’une famille très bourgeoise, il n’est attiré que par des personnages appartenant aux classes moyennes ou des ruraux : « J’aime leur façon de vivre, d’être pudique avec leurs sentiments. » Etre acteur n’est pas un état mais juste un métier pour Vincent Lindon, et de ce fait il ne se sent pas supérieur aux autres et reste très abordable. Il aime faire des courses au supermarché, prendre le train, boire des coups au café avec des gens, avoir une vie de monsieur tout le monde.

Son jeu physique, qui utilise un incroyable mimétisme, s’épure avec le temps. Il essaie de plus en plus de remplacer une phrase par un regard, une réaction, une émotion, un silence. D’ailleurs, une dame croisée dans la rue lui a dit : « J’adore comment vous faites pour jouer en silence. »

 

L’incroyable absence de récompense

Depuis de nombreuses années, il est considéré comme l’un des tous meilleurs comédiens français et pourtant il n’a jamais obtenu de prix. A 35 ans, il l’analysait avec tristesse et aigreur, à 45 avec étonnement et aujourd’hui à 53 ans, avec philosophie et joie en se disant : « Pourvu que ça dure parce que ça commence à devenir très classe. Je préfère voir le titre du Parisien l’année dernière, « Vite un César pour Lindon », que de l’avoir. Pardon pour la comparaison mais Chaplin et Mitchum n’ont jamais eu l’Oscar, et Tom Hanks l’a eu deux fois. Ou bien en France, Montand, Ventura, Dewaere n’ont jamais eu de César, franchement ça a de la gueule de ne pas en avoir. » Il reconnaît cependant que des acteurs très talentueux ont un César, mais ce côté très direct lorsqu’il a quelque chose à dire quel que soit son interlocuteur, caractérise assez bien celui que l’on compare souvent à Patrick Dewaere.

Cette liberté qu’il revendique haut et fort est son luxe à lui, pour cela il n’est propriétaire de rien, ni maison, ni appartement, ni bateau, ni piscine et n’a aucun crédit. Il peut ainsi ne pas tourner pendant un moment, choisir les films qu’il veut, refuser des grosses productions mais lorsqu’il s’engage, il a une règle : « Un film est une entreprise et comme mon père m’a toujours appris à être scrupuleux, je ne veux pas qu’un producteur ou un distributeur perde de l’argent dans une entreprise à laquelle j’ai participé amplement. »

 

Des grands films et des belles rencontres

Sur la cinquantaine de films tournés, Vincent Lindon a l’impression que depuis 1996 et « Fred » de Pierre Jolivet, il s’est passé quelque chose et de ce fait sa filmographie a pris une autre dimension, même si avant il conserve une tendresse pour « La crise » et « Gaspard et Robinson ». Il faut bien reconnaître que depuis une quinzaine d’années, on l’a adoré autant que lui a pris du plaisir à tourner dans Vendredi soir, Welcome, Mademoiselle Chambon, Ceux qui restent, Ma petite entreprise, Toutes nos envies ou son dernier qui sort en septembre, Quelques heures de printemps. Cette carrière de grande qualité signifie aussi pour lui de belles rencontres humaines : « Coline Serreau, Philippe Lioret, Benoit Jacquot, Alain Cavalier, Stéphane Brizé, pour n’en citer que 5. Avec eux, au-delà de l’aspect cinématographique, c’est une façon de se parler, une courtoisie sur le tournage avec les gens de l’équipe et une absence de familiarité qui me plaisent. »

Le théâtre se jouant au moment de la journée où Vincent Lindon aime flâner, boire des coups, refaire le monde, il préfère s’en passer. Cela dit, le cinéma le comble pleinement par sa richesse, sa mobilité où chaque jour est différent, et il ne comprend pas ceux qui disent que le cinéma est moins dangereux que le théâtre du fait que l’on puisse refaire une prise. Lui, dès que la caméra tourne, il est à fond pour donner le meilleur de lui-même.

 

Une découverte qui a tout changé

Pourtant le cinéma est arrivé par hasard dans sa vie, en s’inscrivant à 24 ans au cours Florent où il y avait des belles filles, il ne pensait pas qu’il allait avoir le coup de foudre pour ce métier. L’adolescent avait rêvé d’être médecin, avocat ou haut gradé dans la police pour mener des enquêtes. Il garde un mauvais souvenir de son enfance jusqu’à 14 ans, avec plusieurs souffrances comme le divorce de ses parents, l’apparition de ses tics. Ensuite, cela s’est amélioré peu à peu et depuis l’âge de 20 ans, cet homme angoissé par la mort adore la vie tout en étant conscient de son caractère bouillonnant : « C’est vivant, ça bouge, ça circule à l’intérieur, je me sens comme le lapin Duracell, je fais marcher mon cerveau en permanence parfois pour des conneries, souvent même, j’ouvre ma gueule tout le temps pour dire ce que je pense y compris quand ça ne me regarde pas, et je suis souvent en colère. »

La presse people qui a régulièrement rendu compte de ses relations, il s’en moque éperdument et leur intente des procès pour le respect du droit à la vie privée et à l’image, et surtout pour qu’on lui fiche la paix.

 

Des valeurs saines

Nostalgique de la génération précédent la sienne, il n’apprécie que très moyennement notre époque : « Plein d’électrons se heurtent au sens de mes valeurs. » Il ne supporte pas les gens qui passent leur temps plongé dans leur téléphone mobile avec Twitter et Facebook notamment. Il revendique plus de civilité, d’humilité, d’attention aux autres. Lorsqu’il ne tourne pas, Vincent Lindon ne s’ennuie jamais, il aime passer du temps avec ses amis, s’occuper de ses enfants, courir, nager, jouer à la pétanque, regarder des films tard.

Sans plan de carrière même si elle évolue idéalement, il ne pense pas à l’avenir si ce n’est à continuer de découvrir des histoires qui déclenchent en lui l’étincelle : « Je n’ai jamais su vers où je voulais aller, je regarde souvent derrière pour voir si j’ai avancé, mais jamais devant. La définition de l’art est que l’on ne tombe jamais pile là où on l’avait décidé, ou alors on n’a pas fait de l’art. Si jamais demain, aucune proposition ne me plaît pendant 3 ans, j’arrête le cinéma et j’ouvre un restaurant. Je n’accepterai pas un film pour manger. Je ne galvauderai pas ce que j’ai fait avec autant de passion et de précision. »

 

Publié dans Portraits

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« On pourrait croire que nos métiers artistiques sont exempts de sexisme, mais c'est malheureusement faux »

Publié le par michelmonsay

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Interview réalisée dans le cadre d'un dossier sur les femmes suivi d'un portrait réalisé en septembre 2009

 

Depuis une dizaine d’années et la sortie de son 1er album, Jeanne Cherhal est l’une des artistes les plus attachantes de la chanson française. Après avoir reçu une Victoire de la musique décernée par le public en 2005, ses 2 derniers disques d’une très belle richesse musicale avec des textes mêlant subtilement émotion et humour, ont été vivement salués par la critique. A 34 ans, la chanteuse semble pleinement épanouie, notamment sur scène où elle montre une énergie et une sensibilité enthousiasmantes.

 

Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme durant votre parcours ?

Jeanne Cherhal - On pourrait croire que nos métiers artistiques sont exempts de sexisme, mais c'est malheureusement faux. J'ai la chance d'être ma propre « chef » et de me sentir respectée dans mon milieu, mais bien entendu, il y a toujours des hommes pour lesquels il est difficile d'admettre qu'une femme est leur égale, ou qu'elle est dans une situation d'autonomie.

Ça va de l'ingénieur du son qui vous accueille dans une salle, et au lieu de vous demander ce que vous souhaitez, s'adresse à l'un de vos musiciens ou techniciens parce que le langage technique ne serait pas l'apanage d'une femme; au type d'une maison de disque qui vous fait des avances déguisées sous couvert d'humour; en passant par le journaliste qui se permet des questions d'ordre privé quand il ne le ferait sans doute pas avec un homme. Il faut alors remettre rapidement les pendules à l'heure ! Comme dans tous les milieux.

 

Que demande-t-on de plus ou de différent à une femme dans le milieu où vous êtes ?

J.C. - Ce que l'on demande à un artiste comme à une artiste, c'est d'être singulier, de véhiculer de l'émotion, de créer, de parler aux gens. Mais j'ai l'impression qu'implicitement, on attend d'une femme une « sociabilité » pas forcément exigée chez un homme. Un chanteur un peu ours passera pour un être secret, tandis qu'une chanteuse ourse sera soupçonnée de dédain, ou de prétention mal placée.

 

Pourriez-vous nous confier quelques unes de vos plus grandes satisfactions en tant que femme ?

J.C. - Personnellement, j'ai eu l'impression de me réaliser lorsque j'ai produit un album toute seule, par exemple le dernier, Charade. Je n'avais pas de musiciens, le travail instrumental n'a reposé que sur moi. Je n'étais pas sûre de pouvoir le faire, alors une fois que le disque est sorti, j'ai été plutôt fière. Enfin, cette fierté a duré deux jours !

Par ailleurs en tant que femme, je me souviens avoir été invitée à la Journée internationale contre l'excision et les mutilations génitales, car j'avais écrit une chanson à ce sujet, « On dirait que c'est normal ». A la fin d'une grande réunion avec de multiples intervenants, ma chanson a été diffusée dans l'amphithéâtre, et toutes les femmes africaines qui étaient venues témoigner l'écoutaient avec beaucoup d'attention. J'ai rarement eu une telle émotion!

 

Comment percevez-vous le métier d’agricultrice, voyez-vous une évolution ces dernières années ?

J.C. - Je le perçois comme un métier difficile, épuisant et nécessitant un vrai amour de son travail. Je suis assez mal placée pour en parler car il n'y a pas d'agricultrices dans mon entourage proche, mais j'ai l'impression en effet que ce métier est en mutation.

Je me trompe peut-être, mais il me semble qu'il y a quelques années encore, une agricultrice était considérée avant tout comme une femme d'agriculteur, et devait à la fois avoir des compétences en comptabilité, travailler aux côtés de son mari et ne pas compter sur un salaire. Aujourd'hui j'ai l'impression qu'une évolution s'opère et qu'une femme agricultrice a désormais la possibilité d'exercer son talent pour elle-même, en travaillant avec et non plus pour ou grâce à son mari. C'est en tout cas un choix de vie que j'admire.


 

Portrait réalisé en septembre 2009

 

 

 

Plus pointilleuse et peut-être plus exigeante avec l'expérience, Jeanne Cherhal en plein enregistrement de son quatrième album qui sortira en janvier 2010, préfère se donner le temps nécessaire pour être totalement convaincue par son disque fini. De l'écriture à la réalisation et l'enregistrement, elle s'occupe de tout : "J'ai envie de creuser musicalement, notamment au niveau des arrangements." Elle a changé sa manière de travailler, en morcelant l'enregistrement et non plus en l'enchaînant durant trois semaines d'affilée. Dès que deux ou trois chansons sont écrites, elle entre en studio. L'enregistrement va s'étaler sur près d'un an, lui donnant ainsi un recul qui n'était pas possible auparavant.

Par ailleurs, elle a changé de maison de disques, en passant du label indépendant Tôt ou tard à Barclay, maison au prestigieux catalogue : "Avant de signer chez Barclay, j'étais déjà attirée par les artistes de ce label, et je me suis rendue compte que les gens qui y travaillent, ont un regard artistique très aiguisé dont je me sens vraiment proche."

 

Une évolution naturelle

Ce nouvel album qui sera plus fouillé musicalement, avec une tendance pop, Jeanne Cherhal l'a composé davantage à la guitare, il sera moins dans un format traditionnel avec couplet et refrain. Pianiste de formation, elle a toujours privilégié cet instrument au moment de créer une mélodie. La guitare est venue par la suite, elle lui ouvre aujourd'hui des horizons musicaux et harmoniques différents. Pour la première fois, elle a démarré l'écriture des chansons par les notes, puis sont venus les mots. Elle reconnaît que la musique sera plus présente dans cet album : "Avant, elle me servait à accompagner mes textes, il fallait tout le temps que je raconte un truc, aujourd'hui il y a de vrais passages musicaux."

 

De la solitude et des rencontres

L'un des moments qu'elle aime par-dessus tout dans son métier, est celui où elle vient de terminer la création d'une chanson et qu'elle en est contente : "C'est jubilatoire, j'ai encore l'impression de servir à quelque chose", elle ajoute à propos de son métier : "Il est solitaire dans l'aspect créatif, où j'ai besoin d'être dans ma bulle, mais le reste du temps je ne l'envisagerai pas sans toutes ces rencontres qui me font avancer, et les relations fortes avec les musiciens et techniciens lors des tournées."

A ce propos, Jeanne Cherhal réclame de plus en plus à son producteur d'aller chanter à l'étranger, même si cela est plus compliqué à organiser : "J'adore découvrir des pays en faisant ce que j'aime le plus au monde, chanter. On est partis 3 semaines en Afrique centrale dans 5 pays différents, l'expérience humaine a été fabuleuse. J'ai également un souvenir très émouvant  d'un concert à Beyrouth, où les affiches avaient été arrachées, et pourtant le soir la salle était remplie."

 

La portée d'une chanson

Jusqu'à présent, elle n'a laissé à personne le soin de lui écrire une chanson, par pudeur ou frilosité, elle ne se reconnaît pas dans les mots des autres. Pourtant les sujets abordés dans ses chansons ne sont jamais prémédités : "Quand je commence un texte, je ne sais jamais de quoi il va parler, je me laisse emporter par la musicalité des mots, et ensuite ça prend sens." S'il paraît évident qu'elle aime l'humour, elle donne à ses chansons, un point de vue volontairement féminin sur le monde sans se sentir pour autant engagée : "Une chanson n'est pas un bulletin d'information ni un programme politique, c'est avant tout une émotion, un bout de vécu." Ses influences vont de Barbara à Serge Gainsbourg, en lorgnant vers un aspect plus rock avec la chanteuse anglaise P.J. Harvey.

Par souci d'honnêteté, elle a besoin de se sentir concernée personnellement par ce qu'elle chante, voilà pourquoi elle n'abordera jamais certains thèmes comme elle l'a fait récemment en écrivant pour Amandine Bourgeois, la Nouvelle star 2008. Jeanne Cherhal a adoré ce nouvel exercice d'écrire pour les autres, qui lui permet de faire tomber les barrières qu’elle se fixe. Cette chanson intitulée "Etranger" sur la douleur de ne pas avoir connu son père durant l'enfance, elle ne se sentait pas de la chanter et a été bluffée par l"interprétation de la jeune artiste, dont elle a tout de suite apprécié le charisme, l'humilité et le talent. A l'écoute, on reconnaît tout de suite la patte de Jeanne Cherhal. Cette réussite devrait certainement donner le jour à de nouvelles collaborations.

 

Une fille très scène

La scène a toujours été très présente dans la carrière de Jeanne Cherhal, dès ses débuts où elle se produit seule avec son piano jusqu'à sa dernière tournée internationale en 2007 et 2008. Malgré l'expérience de 10 années de concerts et une incontestable renommée, le trac est présent comme au premier jour au moment de se produire devant un public, quelque soit la taille de la salle. Pourtant, la jeune nantaise se fait vite remarquer, on lui propose de participer au Printemps de Bourges un an seulement après son premier concert. Elle y rencontre son futur tourneur et sa future maison de disques.

Son premier album en 2002 est tout naturellement un enregistrement public. Depuis, elle a découvert l'univers du studio avec tout ce que l'on pouvait y faire, et à chaque nouveau disque, elle se fait un peu plus plaisir en osant de nouvelles trouvailles. Dès le second intitulé "12 fois par an", elle reçoit le grand prix du disque de l'Académie Charles Cros et une Victoire de la musique.

 

S'enrichir avec les autres

Il y a beaucoup de fraîcheur et de liberté dans la manière dont Jeanne Cherhal conçoit son métier. Elle n'hésite pas à répondre à des sollicitations juste pour le plaisir, et sortir régulièrement du cadre très formaté album, promo, tournée que suivent la plupart des artistes. Ainsi avec J.P. Nataf l'ancien chanteur du groupe "Les Innocents", elle a fondé un duo où ils interprètent des reprises dans des bars ou des premières parties. De même avec Katel une jeune chanteuse amie : "On a travaillé une douzaine de titres, des chansons françaises des années 1968-69, pour les chanter à l'occasion d'un concert unique. C'est du temps, ce n'est pas lucratif, mais j'adore çà." Elle a également participé au conte musical de Louis Chédid, "Le soldat rose", et parmi ses autres rencontres et collaborations, elle garde un souvenir ému du duo enregistré avec Jacques Higelin, intitulé "Je voudrais dormir".

 

Un élan artistique

L'étudiante qui se destinait à devenir prof de philo, délaisse du jour au lendemain le mémoire qu'elle prépare pour l'obtention de sa maîtrise, afin de se lancer dans la chanson. En faisant du théâtre amateur parallèlement à ses cours, elle croise un jeune auteur compositeur interprète. C'est la révélation : "J'ai compris à ce moment-là que c'était ça que je voulais faire, écrire des chansons." Après avoir rêvé d'être danseuse étant enfant, elle en fait tous les jours durant 4 ans dès l'âge de 9 ans, elle apprend ensuite le piano avec un prof durant une année puis préfère continuer toute seule son apprentissage. Cet instrument va devenir l'élément central de sa création musicale, même si aujourd'hui elle tend à s'émanciper.

Récemment, Jeanne Cherhal a eu l'occasion également de pousser un peu plus loin son expérience de comédienne, en étant l'une des interprètes de la pièce de théâtre "Les monologues du vagin", et en jouant dans deux courts métrages. Ce n'est pas pour autant qu'elle se considère lancée dans cette carrière : "Je suis tellement critique vis à vis des comédiennes qui chantent, que je me demande si j'ai une réelle légitimité là-dedans. Si ça doit se faire ça se fera, mais je ne vais pas le provoquer." La danse n'a pas non plus disparu de sa vie, puisqu'elle continue à en faire pour le plaisir, du classique elle est passée au contemporain.

Parisienne depuis seulement 5 ans, elle s'est totalement acclimatée à la capitale alors qu'elle arrivait tout droit d'une maison en pleine campagne de la région nantaise : "Je vis aujourd'hui dans un quartier du XXe qui ressemble à un village, je connais tous mes voisins et je prends le métro en évitant les heures de pointe. Je profite de la vie parisienne de manière privilégiée." A 31 ans, elle est bien dans sa vie et en particulier dans son métier, et il y a fort à parier que 2010 pourrait bien être l'année Jeanne Cherhal. 

 

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« Je n’ai pas souffert d’être une femme pour la bonne raison que je n’ai jamais voulu le pouvoir »

Publié le par michelmonsay

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Interview réalisée dans le cadre d'un dossier consacré aux femmes

 

Après avoir appris le métier aux côtés de Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber à l’Express, Catherine Nay rejoint Europe 1 où elle est journaliste politique et éditorialiste depuis 37 ans. Elle a toujours su préserver sa liberté et imposer un statut à part avec les livres qu’elle a consacrés avec succès aux hommes politiques, notamment François Mitterrand et Nicolas Sarkozy.

 

Quel a été votre parcours pour parvenir à ce que vous êtes aujourd’hui ?

Catherine Nay - Un jour, alors que j’étais adolescente et voyageais en train avec ma mère et mes frères, il y avait une femme assez jolie dans le couloir, qui fumait accoudée à la fenêtre entrouverte, elle était pour moi l’image de la liberté et je me disais qu’elle devait être journaliste. J’ai toujours voulu faire ce métier pour m’échapper et être indépendante. Afin d’y parvenir, étant originaire de Dordogne, je savais que je ne devais pas faire mes études à Bordeaux mais à Paris. Après avoir convaincu mes parents, j’y suis partie après le Bac avec une amie, où j’ai essayé plusieurs options d’études avant d'entamer une licence de droit. J’ai vite compris que l’indépendance était économique. Ayant jeté mon dévolu sur l’Express que je trouvais moderne, j’y ai fait un stage, puis en 1968 j’ai arrêté ma licence en 3ème année pour devenir journaliste.

L’ambition de ce 1er newsmagazine était de traiter l’actualité autrement que dans un quotidien, avec des papiers incarnés, en y mettant de la pâte humaine et en proposant des portraits. Françoise Giroud pensait que les hommes politiques parleraient plus facilement à des journalistes femmes pourvu qu’elles ne soient pas trop bêtes. Nous étions trois pour la politique avec chacune son pré carré, je m’occupais de la droite. Cela a été merveilleux d’apprendre le métier aux côtés de Françoise Giroud. Je suis resté 7 ans à l’Express, puis en 1975 j’ai intégré Europe 1 et comme dans le fond j’étais un peu timide, je n’étais pas tentée par la télévision.

 

Dans ce métier difficile et plutôt masculin qu’est la radio, avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme ?

C.N. – Assez vite, j’ai voulu écrire des livres à la fois pour prendre du recul sur l’actualité, et comme j’étais la seule fille au service politique d’Europe 1, pour me démarquer des garçons et m’imposer. Je me disais si mes livres marchent, j’aurai un statut qui m’évitera les corvées inintéressantes, comme aller tendre un micro à la sortie du conseil des ministres ou aller attendre à 23h à Roissy le retour d’un politique en déplacement. J’aime par-dessus tout le travail de longue haleine qu’est l’écriture d’un livre, en menant une grosse enquête durant des années. Mon premier livre paru en 1980, « La double méprise » sur la difficile relation entre Giscard et Chirac, s’est bien vendu et de ce fait a changé ma vie. Je ne peux pas dire que ma carrière a été difficile puisque dans le fond j’ai fait ce que j’ai voulu, sauf que j’ai eu des patrons avec lesquels je ne m’entendais pas comme Jérôme Bellay, qui m’a ignoré durant 9 ans à défaut de pouvoir me virer. Dans le métier de journaliste, il y a deux formes de carrière, les solistes et les chefs d’orchestre, j’ai toujours préféré la première même si je participe beaucoup à la vie de la rédaction. Comme femme, j’ai réussi dans un milieu d’hommes en travaillant beaucoup et en préservant ma liberté grâce au succès de mes livres et au bonheur que j’ai eu à les concevoir, notamment « Le noir et le rouge » sur Mitterrand. Je n’ai pas souffert d’être une femme pour la bonne raison que je n’ai jamais voulu le pouvoir.

 

Comment percevez-vous le métier d’agricultrice ?

C.N. – Tout d’abord un grand respect pour ces femmes qui font un métier très dur. J’ai toujours été fasciné par la capacité d’adaptation des agriculteurs. On a l’impression d’un métier éternel qui ne change pas, alors qu’aujourd’hui beaucoup ont des ordinateurs et sont au fait des dernières décisions de Bruxelles. Même si dans certains secteurs cela paraît plus facile, la vie de femmes d’agriculteur est un vrai apostolat avec peu de loisirs, beaucoup de contraintes, des sacrifices pécuniaires, surtout qu’à la télévision leur est proposée toute une gourmandise de la vie dont elles sont exclues. Je suis frappé par leur intelligence, leur bon sens et leur solidité. C’est un métier qui ne doit pas se perdre et j’admire celles qui veulent bien continuer ou prendre la relève.

 

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Une trajectoire hors normes

Publié le par michelmonsay

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D'abord médecin rhumatologue puis chercheuse jusqu'à devenir Docteur ès sciences en étant Bac + 19, Claudie Haigneré est à ce jour la seule femme astronaute européenne à avoir volé dans l'espace. Après avoir été Ministre de la recherche puis des affaires européennes, elle dirige aujourd'hui Universcience, la réunion du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l'industrie.

 

Depuis deux ans et demi, Claudie Haigneré s'est vue confier la mission de regrouper le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l'industrie de Paris, dans un même établissement public appelé Universcience. Elle en a été nommée présidente en février 2010, une évidence dans la continuité de son parcours. La science, la technologie, le partage des connaissances, la transmission ont toujours été ses principales motivations. Pouvoir agir en réunissant ces deux lieux prestigieux l'a incitée à relever le challenge : "On est dans une civilisation de l'information, à la fois  complexe et accélérée avec des avancées scientifiques, des progrès technologiques. Il est important pour le public d'avoir des repères, Universcience a l'ambition d'accompagner chacun. Pour autant, cette réunion n'est pas facile, les deux maisons étant de taille, de culture et de statut différents, je dois penser à un avenir qui nous soit commun sans que chacune ne perde son âme et son identité."

 

Mettre la science à portée de tous

Cet ambitieux projet l'amène à rechercher des partenaires en région et des moyens financiers pour le mettre en place. Outre les subventions des ministères de la culture et de la recherche, Universcience a obtenu dans le cadre du grand emprunt 2010, une enveloppe dédiée à des investissements d'avenir, notamment dans le domaine de l'égalité des chances sur l'ensemble du territoire. A ce sujet le 1er forum territorial de la culture scientifique et technique qui s'est tenu en septembre 2010, a réuni l'ensemble des acteurs nationaux et régionaux pour définir la meilleure gouvernance possible à la mise en place de cet enjeu majeur du XXIe siècle irrigant aussi les territoires ruraux.

Comme le précise Claudie Haigneré : "Mon rôle est d'organiser la meilleure médiation entre les savoirs des scientifiques et la connaissance de chacun. Être un passeur entre les cahiers des chercheurs et ce que le public peut s'approprier de manière à comprendre la science et la technologie. Autant dans l'éducation des plus jeunes en suscitant des vocations que dans la formation à la responsabilité de citoyen, pour préparer l'avenir avec audace et créativité."

 

La politique pour servir la science

Femme d'engagement sur des sujets qui lui sont chers plutôt que femme politique, elle n'a toujours accepté des missions que dans des domaines où elle se sentait légitime. Lorsque Jean-Pierre Raffarin lui propose de devenir Ministre de la recherche en 2002, puis Ministre des affaires européennes en 2004, elle témoigne d'un cursus scientifique impressionnant et d'une collaboration de travail avec l'agence spatiale européenne de plusieurs années. Cette période au gouvernement, malgré un contexte difficile de guerre contre "l'intelligence" et de "non" au référendum du traité européen, a permis à Claudie Haigneré de porter certaines de ses convictions jusqu'au bout.

En premier lieu, elle a reconstruit la politique spatiale française et européenne après l'explosion en plein vol d'Ariane 5 en 2002, et depuis, plus aucun échec pour la fusée européenne sur les 38 lancements effectués. Une autre grande fierté pour la ministre de la recherche est l'attribution à la France, du lieu de construction et d'exploitation du démonstrateur du réacteur de fusion nucléaire ITER. Grand projet de production d'énergie par une fusion comme au cœur des étoiles, en collaboration avec l'Europe, les Etats-Unis, la Russie, le Japon, la Chine et l'Inde. Claudie Haigneré et son équipe ont aussi eu l'idée d'une agence nationale de la recherche, qui sera créée juste après son départ du gouvernement. Elle ajoute : "Je suis heureuse qu'entre 2004 et aujourd'hui, il y ait eu une prise de conscience concernant l'importance du développement de la recherche et des technologies innovantes. En 2004, ma voix a commencé à porter, la rue m'a aidée à la diffuser et aujourd'hui la recherche est une priorité reconnue et mise en œuvre."

 

Une élève surdouée

Au commencement de ce parcours, il y a une petite fille de 12 ans qui voit à la télé les premiers pas de l'homme sur la lune : "Ce qui appartenait au domaine du rêve est devenu possible. Je n'ai pas décidé cette nuit-là de devenir astronaute mais quelque chose s'est allumée dans ma tête, j'ai lu des revues, regardé des reportages." Claudie Haigneré est une brillante élève qui arrive au Bac avec 2 ans d'avance, ce qui l'empêche d'intégrer l'INSEP pour devenir prof de gym. Elle choisit alors médecine pour étudier la physiologie et l'anatomie afin de bien préparer le concours de l'INSEP l'année suivante. En finissant major cette première année si difficile, il lui paraît évident qu'elle doit continuer, tout en ne s'éloignant pas trop de sa première passion.

Elle devient médecin rhumatologue, spécialiste en traumatologie du sport, puis développera ensuite un programme de recherche en vol sur le fonctionnement du corps qu'elle présentera lors de sa candidature pour devenir astronaute. De sa pratique médicale, elle retient : "J'ai choisi d'exercer en équipe à l'hôpital Cochin la rhumatologie, qui n'est pas une spécialité d'urgence, où l'on s'occupe du fonctionnement du corps en prenant le temps d'expliquer au patient." Sa soif d'apprendre toujours plus, la pousse à aller jusqu'à Bac + 19 en accumulant les diplômes et en devenant étudiante chercheuse au CNRS, ce qui lui permet d'obtenir le titre de Docteur ès sciences.

 

L'aventure spatiale

L'appel à candidatures du Centre national d'études spatiales en 1985 pour recruter des astronautes, recueille 1000 dossiers, seulement 7 sont retenus dont une femme, Claudie Haigneré. Elle analyse ainsi sa sélection : "Des compétences, la détermination, une bonne santé, des bons critères physiques, physiologiques, psychologiques, une bonne structuration, des capacités à s'adapter, à communiquer, à apprendre les langues, et une part de chance." Après ses années de recherche en neurosciences sur le rôle de la gravité dans la coordination des mouvements, elle est choisie pour être astronaute doublure sur des vols franco-russes et part s'entraîner en 1992 à la cité des étoiles près de Moscou. Elle y passe près de 10 ans où malgré des entraînements difficiles durant lesquels elle se donne à 200%, être la seule femme ne lui pose pas de problèmes.

Elle devient la première et unique femme astronaute européenne à avoir volé, et ce à 2 reprises en 1996 (station orbitale russe MIR) et 2001 (Station Spatiale Internationale) où elle séjourne en tout 25 jours dans l'espace : "D'un seul coup tout se met en œuvre, vous êtes installé tout en haut de la fusée et c'est la mise à feu. Ce que vous aviez répété en simulateur s'avère bien différent de la réalité. En 8 min les 3 étages de propulsion de la fusée mettent en orbite le vaisseau Soyouz à 200 km de la terre, puis s'ensuivent 48h de manœuvres pour s'amarrer à la station spatiale qui se trouve à 400 km. La station se déplace à 28 000 km/h, on fait donc 16 fois le tour de la terre par jour. C'est magique d'ouvrir la porte de l'écoutille, d'être en microgravité, de regarder par le hublot… avec cette responsabilité de mener à bien le programme scientifique à bord de la station. Le retour est plus viril que le décollage qui se fait par poussées progressives. Ca bouge énormément et c'est tellement au-delà de ce que notre système vestibulaire est capable de comprendre, que j'ai eu l'impression la 1ère fois de m'écraser contre le pupitre de bord. J'ai donc fermé les yeux pendant une minute, le second vol, je ne les ai pas fermés."

 

Une reconnaissance à double sens

En tant que médecin et scientifique, Claudie Haigneré a particulièrement apprécié durant ses 2 vols, de découvrir les possibilités qu'a le corps d'utiliser les 3 dimensions de l'espace. Le spectacle vu par le hublot lui a fait prendre encore davantage conscience, de la responsabilité des humains face à la beauté et la fragilité de la terre porteuse de vie au milieu du cosmos noir. Toutes ces années passées en coopération internationale au cours des missions au sol et dans l'espace ou en travaillant pour l'Agence spatiale européenne lui ont apporté beaucoup de bonheur et de nombreuses distinctions russes, allemandes et françaises en étant notamment Commandeur de la Légion d'honneur.

A 55 ans, lucide sur son incroyable parcours, elle conclue simplement : "Avec tout ce que l'on m'a donné, j'ai eu beaucoup de chance, et de part toute l'estime que l'on m'a témoignée, je suis redevable à beaucoup de gens. Voilà pourquoi je suis aujourd'hui dans la transmission, le partage et la promotion de la culture scientifique et technique. Avoir cette responsabilité est une fierté et un engagement total."

 

Publié dans Portraits

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La beauté d’une pop-folk foisonnante

Publié le par michelmonsay

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Vivier créatif inépuisable, l’Angleterre continue à fournir à la musique pop, de jeunes groupes étonnants. Alt-J, raccourci clavier sur Mac qui fait apparaître un triangle, est le nom d’une jeune formation de musiciens originaires de Leeds qui ont entre 22 et 26 ans, initialement étudiants en Beaux-arts et littérature anglaise. Leur 1er album est une petite merveille d’une richesse musicale et d’une originalité à en faire pâlir plus d’un. Si on pense parfois à Radiohead, Vampire Weekend voire Simon and Garfunkel, ces 4 jeunes anglais ont dès à présent leur propre identité en naviguant entre une pop euphorisante et un folk serein et émouvant. Syncopée, exigeante, mélodique, leur musique surprend à chacun des 13 morceaux du disque par sa puissance créative qui explore sans cesse de nouveaux horizons. L’aspect répétitif et routinier de certains albums n’existe pas ici, changements de rythmes, harmonies vocales d’une grande beauté, on ne s’ennuie pas une seconde à l’écoute de ces paysages musicaux aux formes et aux couleurs enivrantes. Vocalement, cet album est d’une rare qualité tant par la voix très singulière du chanteur qui possède un registre incomparable, que par les chœurs, les jeux, les variations avec ses acolytes. On plonge et replonge sans fin dans ce bain de jouvence sans jamais s’en lasser, en ayant à chaque écoute la surprise d’en découvrir un peu plus, et en ressentant morceau après morceau les bienfaits de cette musique miraculeuse. On tient là incontestablement, l’un des tous meilleurs disques de cette année.

 

 Alt-J – An Awesome Wave – Pias – 1 CD : 12,99 €.

 

Publié dans Disques

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Un peu d’espoir malgré tout

Publié le par michelmonsay

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De manière inattendue, Thierry Binisti réalisateur de télévision de 48 ans dont c’est le 2ème long-métrage, nous offre un très beau film en adaptant un roman de Valérie Zenatti, qui aborde la situation israélo-palestinienne par un biais inhabituel et touchant. La romancière qui a coécrit le scénario, les dialogues et a été très présente durant tout le développement du film, dès la préparation jusqu’au montage, a apporté toute sa connaissance et son vécu de la conjoncture si particulière de ce pays. A l’image de son héroïne, l’auteure est partie avec ses parents vivre en Israël durant son adolescence avant de revenir en France 8 ans plus tard, après avoir accompli son service militaire là-bas. Ces années qui l’ont profondément marquée, ainsi que la manière très impliquée dont s’est emparé le réalisateur de cette histoire, donnent au film une authenticité et une simplicité remarquables. Les comédiens sensibles et très justes contribuent à ce que cette bouteille à la mer ne reste pas lettre morte. Ce long-métrage montre aussi qu’Israël n’est pas uniquement synonyme de guerre et d’attentats, même s’ils sont malheureusement bien présents, mais que des gens vivent au quotidien dans ce pays, plutôt mieux côté israélien que palestinien bien évidemment. Une jeune française de 17 ans qui habite Jérusalem avec ses parents, suite à un attentat dans son quartier, écrit une lettre à un palestinien imaginaire pour comprendre cette violence aveugle. Elle met son message dans une bouteille et demande à son frère militaire de la jeter dans la mer près de Gaza. La bouteille échoue sur une petite plage où 5 jeunes palestiniens passent le temps. L’un d’entre eux va répondre par mail à cette inconnue israélienne. Sans angélisme ni manichéisme, cette histoire captivante à la fois pleine de charme et de violence sous-jacente, adopte un double regard pour mieux cerner les espoirs et les contradictions des uns et des autres sans prendre parti.                                                                                                                      

 Une bouteille à la mer – Un film de Thierry Binisti avec Agathe Bonitzer, Mahmoud Shalaby, Hiam Abbass, Jean-Philippe Ecoffey, … - Diaphana – 1 DVD : 19,99 €.

Publié dans DVD

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Le pouvoir émotionnel et fulgurant du cinéma

Publié le par michelmonsay

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Grand oublié du palmarès de Cannes, le film fascinant, dérangeant et d’une incroyable créativité de Leos Carax, a complètement fait chavirer le festival et beaucoup y ont vu un vrai chef-d’œuvre. Lorsque la lumière se rallume à la fin du film, on reste complètement abasourdi par l’invention, la poésie, la beauté, la cruauté, l’humour, et la richesse des images que l’on vient de recevoir durant près de 2 heures. Plusieurs jours sont nécessaires pour digérer ce film inclassable, et en mesurer toute la dimension. Il est à la fois un magnifique hommage au cinéma où de nombreuses scènes font écho à des grands maîtres du 7ème art, mais aussi au jeu de l’acteur et à sa capacité de transformation, Denis Lavant y est étonnant. Holy motors nous tend aussi un miroir de nos vies, de la société avec ses outrances et ses évolutions. A 51 ans, Leos Carax l’enfant terrible du cinéma français, prend une magistrale revanche sur ses détracteurs et ceux qui ne lui ont pas permis de tourner pendant 13 ans. Un homme se réveille en pleine nuit dans sa chambre d’hôtel, et par une porte dérobée se retrouve dans une salle de cinéma pleine de spectateurs qui semblent endormis. L’action peut alors démarrer sur les traces de monsieur Oscar, homme d’affaires vivant dans une superbe maison avec gardes du corps, qui s’installe à l’arrière d’une très longue limousine pour partir au travail. Le chauffeur, qui est une femme, lui annonce qu’il a neuf rendez-vous dans la journée. Après quelques appels, il entame une métamorphose qui va lui permettre d’endosser la peau d’un personnage totalement différent de ce qu’il est, pour honorer son 2ème rendez-vous. On suit en étant littéralement hypnotisé la journée de monsieur Oscar, et en traversant toutes les émotions que le cinéma est capable de nous faire vivre.                                                                                                                   

 

Holy motors – Un film de Leos Carax avec Denis Lavant, Edith Scob, Kylie Minogue, Eva Mendes, Michel Piccoli, …

 

Publié dans Films

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