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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 07:21
« Homme enthousiaste, plein d'énergie, homme de la ville et homme des champs »

Journaliste à RTL, chef du service qualité de la vie, Virginie Garin tient une chronique quotidienne tous les matins intitulée « C’est notre planète ». Il y est question d’environnement mais aussi d’agriculture, elle vient d’ailleurs de couvrir son 23ème salon. Ayant côtoyé Xavier Beulin durant ses 6 années à la tête de la FNSEA, elle nous fait part de sa perception de l’homme.

 

On pouvait apprécier ou non sa vision de l'agriculture ... s'interroger sur le fait qu'il dirigeait une grosse entreprise tout en étant syndicaliste. Je me demandais souvent comment il réalisait cette prouesse de pouvoir défendre toutes les filières agricoles, tant leurs intérêts de plus en plus divergent. Xavier Beulin était un homme d'une grande intelligence. Les conversations étaient souvent de haut niveau. Je me souviens d'un "cours" sur la financiarisation un après-midi au sénat en pleine crise de l'élevage, avant qu'il ne parte en courant, retrouver son scooter. J'avoue que je n'avais pas tout compris. Homme enthousiaste, plein d'énergie, homme de la ville et homme des champs, il savait faire la synthèse entre le monde urbain et la ruralité. Il en connaissait les enjeux. Le consommateur et l'agriculteur vivent en symbiose. Couper le lien serait une régression, un appauvrissement, un risque pour la société. Je retiendrai surtout de lui son ouverture d'esprit. Xavier Beulin était un homme tolérant et progressiste sur les questions sociétales et donc exemplaire pour toute une profession.

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 07:54
« Xavier Beulin était habité par sa fonction à la tête de la FNSEA »

Journaliste audiovisuel incontournable depuis le début des années 1970, Jean-Pierre Elkabbach a occupé de nombreux postes allant de présentateur de JT, animateur d’émissions, jusqu’à président, notamment au sein d’Europe 1, Antenne 2 puis France télévisions, et Public Sénat. A 79 ans, alors qu’il démarre une nouvelle carrière sur C News, il nous parle de Xavier Beulin qu’il a bien connu.

 

Notre première rencontre a eu lieu un matin à Europe1, il a suffi des quelques instants qui précèdent le direct pour que nous comprenions, l’un et l’autre, que nous allions nous entendre.

Chaleureux, franc, grave, et toujours courtois, il était ce qu’il ne paraissait pas d’abord : un homme de la Terre, un frère des agriculteurs en souffrance, un militant pour le développement du Maghreb et de l’Afrique, un « guerrier » de la paix. Peu de responsables politiques et syndicaux s’attachent d’emblée à défendre les causes qui les font vivre, lui oui !

Il avait une intuition du monde et une connaissance de ses dangers.

Xavier Beulin était « habité » par sa fonction à la tête de la FNSEA. Il ne concevait pas de ne pas consacrer tout son temps et toute son énergie à son engagement. Son beau regard et sa voix traduisaient, pour moi, et sa franchise et son angoisse.

Il n’a cessé de se battre pour redonner des chances à l’agriculture, des revenus, de la dignité et un destin aux agriculteurs. Il pouvait porter ce combat à travers toutes ses activités. En réalité, elles n’en faisaient qu’une : à la fois chef d’un syndicat, puissant et orgueilleux, et patron d’une entreprise internationale.

Ses différentes responsabilités mettaient en valeur sa patience, ses qualités et son style: échanger, argumenter, convaincre : c’est-à-dire dialoguer pour imposer sa vision d’une agriculture moderne, qui utilise aussi bien le numérique, les drones et l’Intelligence artificielle. Une agriculture proche des citoyens et telle qu’il la décrivait dans son dernier livre et dans ses émissions avec moi.

Je ne suis pas le seul auquel il va manquer, d’ailleurs, il me manque déjà.

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 07:09
« Xavier Beulin a fait entrer la FNSEA dans le XXIe siècle »

Ancien Ministre de l’agriculture sous Jacques Chirac, Philippe Vasseur, qui est aujourd’hui Commissaire pour la revitalisation et la ré-industrialisation des Hauts-de-France, a bien connu Xavier Beulin dont il nous parle avec émotion.

 

Après l’avoir croisé un certain nombre de fois, j’ai véritablement fait la connaissance de Xavier Beulin en 2000 lorsqu’il a succédé à Jean-Claude Sabin à la tête de Sofiprotéol. C’est quelqu’un que je regrette beaucoup, nous avions non seulement des souvenirs communs mais aussi des convictions partagées. Xavier avait une personnalité complexe, avec à la fois une certaine forme de pudeur mais en même temps de l’empathie avec les gens. Il avait aussi une grande ouverture d’esprit. Son caractère a été forgé par une histoire personnelle difficile, la perte de son père alors qu’il avait 17 ans et la reprise de l’exploitation à l’âge où d’autres pensent à s’amuser. Cela l’a amené assez tôt à prendre en considération un certain nombre de difficultés de la vie.

Je me souviens lui avoir dit lorsqu’il avait le projet de postuler à la présidence de la FNSEA : Tu n’es pas assez démagogue pour cela; et il m’avait répondu : Ne t’inquiète pas, je suis capable de parler aux paysans et eux-mêmes le seront aussi d’entendre le discours que je souhaite tenir sur la mutation du monde agricole. Résultat, il a fait entrer la FNSEA dans le XXIe siècle et a replacé l’agriculture dans une trajectoire économique, ce qui n’est pas du tout contradictoire avec l’aspect humain. Nous partagions cette notion d’économie responsable, j’ai d’ailleurs été à ses côtés lorsqu’il a créé l’Open Agrifood à Orléans. Il a été le défenseur d’un pluralisme agricole avec toutes ses composantes tout en rappelant la vocation de production de l’agriculture. Il estimait que l’agriculture française était assez forte pour retrouver sa position sur les marchés à l’exportation.

Xavier Beulin a redonné une grande vision à l’agriculture, en mettant en avant sa modernité avec l’utilisation de technologies nouvelles, mais aussi en soutenant qu’elle devait s’impliquer davantage dans son aval afin de pouvoir peser sur l’utilisation de sa production, et aussi dans la société. Il a d’ailleurs été président du conseil économique, social et environnemental de la région Centre, ce qui démontrait bien sa dimension pluraliste et la place qu’il avait su prendre sur le plan régional. Il serait dommage que le prochain président de la FNSEA ignore la trajectoire tracée par Xavier mais je ne pense pas que ce sera le cas, Christiane Lambert est dans cette logique de modernité même s’il peut y avoir quelques petites différences.

Tout au long de sa carrière, commencée aux Jeunes Agriculteurs à 17ans, il a su avoir une constance, une logique dans les décisions qu’il prenait à la fois pour l’agriculture, sur son territoire et dans les responsabilités qu’il a eues chez Sofiprotéol et Avril. En restructurant et en développant le groupe Avril, il a démontré qu’un agriculteur était capable de s’investir, de faire les bons choix stratégiques et de lutter à armes égales avec de grands industriels. Il savait s’entourer, faire confiance aux hommes et aux femmes qui travaillaient avec lui. S’il avait de nombreuses casquettes, il y avait un fil rouge, une complémentarité et pas de dispersion dans des activités qui n’avaient rien à voir avec le monde agricole. C’était un homme qui aimait la vitesse, autant à moto que par sa capacité à réfléchir très vite.

Je constate que l’on est critiqué de son vivant et encensé lorsqu’on est mort, mais les hommages unanimes à Xavier n’ont pas été faits en se reniant de la part de personnes opposées à son action qui ont dit : On ne partageait pas sa vision mais on reconnaissait que l’homme était sincère, engagé et efficace. Être à la fois cash, direct tout en donnant le sentiment qu’il ne trichait pas, telle était la personnalité de Xavier Beulin qui a su être respecté tout au long de sa carrière.

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 07:32
« Xavier Beulin avait cette intuition que l’axe Nord-Sud allait devenir stratégique »

Fondateur de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED) en 2006, dont il a été longtemps le délégué général avant d’en devenir le président, Jean-Louis Guigou nous parle de Xavier Beulin qu’il a bien connu et de l’intérêt pour l’Europe de se tourner vers son Sud.

 

Vous avez dit de Xavier Beulin qu’il était un être d’exception, en quoi l’était-il ?

Jean-Louis Guigou - Xavier Beulin avait non seulement une vision du long terme, des capacités à fédérer, mais aussi des valeurs et des principes qu’ils mettaient en application. La conjonction de ces qualités lui a permis d’être un vrai leader qui inspirait confiance tant à la FNSEA que chez Sofiprotéol. Il a su structurer Sofiprotéol puis Avril et leur a fait réaliser de nombreuses innovations, mais tout autant et surtout il a fait comprendre à la FNSEA beaucoup de choses. Avant lui, on brulait les camions de tomates venant du Maroc, aujourd’hui les leaders agroalimentaires ont compris qu’ils avaient besoin de la rive Sud de la méditerranée. Il avait cette intuition que l’axe Nord-Sud allait devenir stratégique, que la géographie et la différence de climats marquaient profondément une complémentarité.

En octobre dernier, nous étions reçus avec Xavier Beulin à l’Elysée par le Président Hollande avec des patrons français, maghrébins et africains subsahariens. A la fin de nos échanges, Xavier Beulin a conclu sur une demande qu’il formulait personnellement au Président : Il faudrait sécuriser la traversée du Sahara pour les échanges commerciaux afin de pouvoir aller d’Alger à Lagos en toute sécurité. Deux mois plus tard, il ne se s’était pas douté que lors d’un important forum africain, la grande nouvelle serait la révélation d’une route transsaharienne reliant Alger à Lagos, achevée courant 2017.

 

Qu’a-t-il fait concrètement pour faire avancer les choses sur l’intégration Nord-Sud ?

J-L.G. - Xavier Beulin a été membre fondateur de l’IPEMED, il a toujours mobilisé son groupe Avril pour contribuer financièrement au développement de l’institut, et durant 4 ans en a été le président du conseil de surveillance. Il a été un grand avocat de notre cause par le discours auprès des plus hautes autorités et par les actes en engageant son groupe dans les échanges Nord-Sud par des investissements dans plusieurs pays africains. Xavier Beulin avait compris que l’on ne pouvait plus traiter les pays du Maghreb et de l’Afrique uniquement à travers la vente de nos surplus de production, mais qu’il fallait les amener à produire eux-mêmes. Il était donc convaincu que pour aider ces pays à se développer, les grandes entreprises avaient intérêt à vendre leur savoir-faire plutôt que leurs produits. J’ai aussi le souvenir lors d’une réunion de travail le 25 janvier dernier, qu’il m’avait demandé de finaliser le label méditerranéen, pour lequel il militait depuis un moment, afin de protéger des produits comme l’huile d’olive, le blé dur ou les dattes. Nous allons donc tout faire pour que le Parlement européen valide ce label.

 

Comment vous est venue l’idée de créer IPEMED en 2006 ?

J-L.G. - Je voyais cette complémentarité que nous pourrions avoir avec le Sud, riche en énergie et en main-d’œuvre, tout en ne comprenant pas pourquoi on faisait monter cette main-d’œuvre pour travailler chez nous, ce qui déclenchait des mouvements hostiles voire radicaux comme la poussée de l’extrême droite, plutôt que faire descendre le capital. Personne n’osait porter ce discours de peur d’être accusé de délocalisation, alors qu’il s’agit de coproduction. Je me suis intéressé alors à ce que faisait déjà l’Amérique, le Japon ou la Chine avec leur Sud. Cette hypothèse de coopération avec les pays méditerranéens que j’avais émise en 2006 est devenue aujourd’hui une réalité incontournable, avec des pays du Nord développés mais vieillissants et en pleine stagnation, et des pays du Sud, jeunes, émergeants et en pleine croissance. Il m’a fallu 10 ans pour transformer une intuition à laquelle seul 2% de la population croyait. Aujourd’hui 20 à 30% y adhère. L’Afrique peut être la cause de nos pires malheurs ou de notre bonheur, soit nous ne faisons rien et c’est par centaines de milliers que les africains traverseront la méditerranée. Soit nous nous associons avec ces pays pour travailler ensemble, mais il n’est plus question de charité, de dons, cela est un mépris total.

 

Que fait concrètement IPEMED ?

J-L.G. - Nous produisons des idées et nous les vendons, parmi elles, la coproduction entre pays du Nord et du Sud et la régionalisation de la mondialisation. Face à la mondialisation non régulée se constituent des régions. D’après un rapport de la CIA sur l’état du monde, trois grandes régions vont structurer la planète à l’avenir: L’Amérique, l’Europe et la Chine avec leur Sud, et celle qui va dominer sera celle qui aura avec son Sud les rapports les plus efficaces, les plus humains et les plus dignes, et non pas celle qui exploitera son Sud. Avec la mondialisation les chaînes de valeur étaient éclatées, on produisait des sièges en Argentine, des boulons au Vietnam et on faisait venir le tout pour assembler. Mais comme l’Europe est condamnée à produire de la qualité, afin de pouvoir la contrôler les chaines de valeur aujourd’hui se compactent, c’est la base de la régionalisation. Pour qu’elle réussisse, il faut un couplage entre des pays développés matures et juste à côté un ou des pays émergeants, à l’image des Etats-Unis avec le Mexique ou la Colombie, ou de l’Allemagne avec les pays de l’Est. De notre côté, nous avons la chance d’avoir les pays du Maghreb sur l’autre rive de la méditerranée, il nous faut donc favoriser leur industrialisation.

 

L’avenir de l’Europe va-t-il se jouer en son Sud ?

J-L.G. - Il vient d’y avoir une réunion à Versailles des quatre plus grandes puissances européennes, la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie qui semblent en accord pour une Europe à plusieurs vitesses avec un noyau dur afin d’avancer sur certains points fondamentaux. C’est une bonne chose, mais les défis auxquels nous sommes confrontés autant au nord qu’au Sud, le terrorisme, les migrations, le réchauffement climatique, les énergies renouvelables, nous ne pourrons les relever qu’ensemble. Si chaque pays essaie de le faire individuellement, nous n’y arriverons pas. L’Algérie vient de lancer un projet pour construire 40 sites de photovoltaïque solaire, qui produiront l’équivalent de 4 centrales nucléaires. Dans une logique de coproduction et de développement du pays, l’appel d’offres international comprend de la formation professionnelle, la production sur place des turbines et des centrales, et non pas de venir simplement produire de l’énergie au plus bas prix.

Il faut donc mutualiser nos efforts, échanger nos expériences pour éviter de faire les mêmes erreurs et tenir compte des progrès réalisés de part et d’autre. C’est par l’économie avec des résultats probants de coproduction que les mentalités changeront, que les peurs s’estomperont, et que l’on arrivera à convaincre les derniers sceptiques qu’il faut aller investir dans ces pays en mutation.

 

Pourquoi votre nouveau cheval de bataille en plus de la méditerranée est-il l’Afrique, et quel a été le rôle de François Hollande sur ce continent ?

J-L.G. - La conséquence des révolutions arabes est que nous sommes passés d’une méditerranée marginale, cul de sac de l’Europe, à une méditerranée centrale, pivot. Les pays du Maghreb ne sont plus dans une relation univoque avec l’Europe, ils se tournent maintenant vers leur Sud. D’ailleurs le capital et les grandes entreprises commencent déjà à anticiper que c’est en Afrique subsaharienne que le XXIe siècle va se jouer. C’est pourquoi nous avons créé la fondation La Verticale Afrique Méditerranée Europe dans la même logique que l’IPEMED.

François Hollande a cassé le système « Françafrique », dont on se souvient des bijoux de Bokassa ou des valises pleines d’argent des correspondants africains. Il a été le premier chef d’Etat à dire stop à ces trafics d’influence, et à soutenir que l’Afrique était l’avenir de la France et de l’Europe mais dans des relations plus saines. Avec Jean-Yves Le Drian et Manuel Valls, ils ont contribué tous les trois à faire avancer la cause africaine auprès des entreprises et de l’opinion, et à se faire aimer des africains.

 

Quelques repères

Jean-Louis Guigou est originaire d’Apt dans le Vaucluse. Ingénieur agronome et professeur agrégé d’économie, il s’est très rapidement spécialisé sur les problèmes de territoire. Sa carrière est à la fois celle d’un universitaire à Paris XII et à Avignon notamment, et d’un haut fonctionnaire. Il est marié à Elisabeth Guigou depuis 1966. Après avoir travaillé au cabinet de Michel Rocard, alors Ministre du Plan, il passe une partie de sa carrière à la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) comme chargé de mission puis comme délégué. Dès 2002 il s’intéresse aux acteurs de la méditerranée avant de fonder en 2006 IPEMED. A 78 ans, il est aujourd’hui président de l’IPEMED, fondateur de La Verticale Afrique -Méditerranée - Europe et milite au quotidien pour l’intégration Nord-Sud avec un avenir commun.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:06
"Mon expérience me fait dire que les hommes politiques valent globalement mieux que ce que l'on en dit"

Presse écrite, télévision, radio, Alain Duhamel est depuis plus de 50 ans l'incontournable journaliste politique que tout le monde connaît, pour son enthousiasme, sa voix gourmande et surtout sa grande connaissance de cet univers. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques, il a écrit de nombreux essais et ouvrages historiques, et vit à 76 ans sa dixième campagne présidentielle.

 

Comment voyez-vous l'évolution du monde en 2017 et comment doivent se positionner l'Europe et la France dans cette nouvelle donne ?

Alain Duhamel - De toute évidence il y a un réveil des nationalismes, dont Poutine fait son idéologie officielle et que Trump incarne aussi à sa manière. A peine arrivé à la Maison-Blanche, il met déjà en œuvre des mesures protectionnistes en annulant l'accord de libre-échange transpacifique, et veut faire de même avec l'accord transaméricain. Cela signifie que l'on entre dans une période dangereuse. Beaucoup de grandes crises, y compris celle débouchant sur la Première guerre mondiale, sont nées de batailles protectionnistes. Il y a un moment où les affrontements commerciaux peuvent devenir financiers puis militaires. En plus, Trump dans sa campagne a pris des distances avec l'alliance Atlantique, et Poutine a augmenté son budget militaire de façon extrêmement conséquente alors que l'économie russe va très mal.

L'Europe doit avoir une politique commerciale extérieure beaucoup plus agressive pour défendre ses intérêts. Comme Trump annonce des droits de douanes très élevés sur toute une série de produits, les européens devront prendre des mesures de rétorsion telles, que Trump fléchisse et accepte des compromis. Parallèlement, il faut que l'Europe se donne les moyens militaires de sa défense autonome, mais cela prendra de nombreuses années. La France, étant la première puissance de l'Union dans ce domaine et la troisième au monde derrière les Etats-Unis et la Russie, doit jeter les bases d'une défense européenne avec les britanniques s'ils le veulent, mais je pense qu'ils le voudront même s'ils s'y sont opposés jusqu'à présent.

 

Faut-il craindre les agissements de Donald Trump, notamment en Europe ?

A.D. - Durant les six premiers mois, il va prendre des décisions spectaculaires, provocatrices, qui feront un peu peur à tout le monde, feront remonter les taux d'intérêt par exemple et créeront un sentiment d'instabilité. Dans un deuxième temps, il y aura une réaction y compris américaine qui le poussera à faire des compromis et aller moins loin qu'il ne l'annonce au départ. Cela dit, il peut y avoir des dégâts pendant la première phase, je pense notamment au Mexique avec lequel les relations seront épouvantables. Trump va également essayer de diviser les européens, comme les britanniques le font avec leur Brexit, mais pour l'instant c'est l'inverse qui se produit. N'oublions pas que l'Europe est le premier marché commercial du monde, loin devant les Etats-Unis, la Chine et les autres, nous ne sommes donc pas démunis, à condition d'utiliser nos armes de façon cohérente. La pugnacité voire l'agressivité du Président américain et de la Première ministre britannique vont resserrer les rangs des européens, mais la solidarité mécanique n'est pas suffisante il doit y avoir une autorité politique. La seule solution est la reconstruction du duo franco-allemand avec des leaders décidés à incarner l'Europe et à prendre des risques.

 

Justement, comment se positionnent les candidats à l'élection présidentielle sur l'Europe ?

A.D. - Plusieurs d'entre eux veulent pour l'Europe une réforme des traités, c'est de la blague vu qu'elle ne peut se faire qu'à l'unanimité et des pays seront toujours là pour bloquer. Si on ne peut pas changer les traités en revanche il est possible de changer les pratiques. Rien n'empêche à l'intérieur de la zone euro de faire des rapprochements fiscaux notamment pour la fiscalité des entreprises. On tourne autour depuis des années, et aujourd'hui sous la pression américaine, britannique et russe, il serait bon d'avancer dans cette direction, ce qui renforcerait l'Europe et nos entreprises. Emmanuel Macron serait le meilleur candidat pour l'Europe, il est en effet le seul à se proclamer européen et à vouloir faire avancer l'Union, d'abord à l'intérieur de la zone euro mais aussi en règle générale. Il est très entreprenant sur le sujet. Ayant été Ministre de l'économie il négociait sans arrêt à Bruxelles, il connaît donc parfaitement les dossiers.

 

En quoi cette élection présidentielle ne ressemble-t-elle à aucune autre ?

A.D. - Elle arrive au terme de 40 ans de crise, il y a donc un rejet de la part des victimes de la crise au niveau occidental qui crée une instabilité sans précédent. Par ailleurs, on est à la fin d'une série d'alternances qui ont donné aux gens le sentiment que la droite et la gauche classique étaient insuffisantes voire impuissantes, il y a de ce fait la tentation d'essayer des solutions nouvelles. Quatre candidats les incarnent : Mélenchon, qui a mis de l'écologie dans son socialisme et se réclame contre le monde financier et contre l'Alliance Atlantique. Hamon, avec son programme utopique, auquel il est préférable de ne pas croire, mais on ne peut pas nier que ce soit un programme alternatif. Macron, dont on ne sait pas très bien tout ce qu'il veut, il n'a d'ailleurs pas intérêt à le dire trop vite et il l'a compris, mais c'est un phénomène que l'on n'a jamais connu. Jamais un candidat n'ayant ni parti, ni mandat électoral, ni idéologie constituée est parvenu à une telle percée, il s'agit bien là d'un désir de nouveauté. Le Pen, l'incarne aussi à sa manière, avec un programme de protection des uns et d'agression contre les autres, même si on peut juger cette nouveauté régressive. En face, Fillon est le seul classique avec une base électorale solide mais une vulnérabilité sur le plan social. Il va certainement en rajouter sur le côté régalien, identitaire, autorité, valeurs, ce qui empêche d'ailleurs le FN de progresser depuis qu'il est candidat, mais cela ne lui garantit pas du tout de gagner (interview réalisée avant l'affaire).

 

Comment expliquer le manque d'envergure aujourd'hui des politiques?

A.D. - Les élus et les dirigeants ont moins d'argent qu'avant, il y a aujourd'hui un plafond et une loi de non-cumul des mandats, moins de stabilité avec pratiquement à chaque élection les sortants qui perdent, et beaucoup plus d'insultes. De nos jours, un homme politique est un homme insulté, qu'il soit bon ou mauvais. Les trois quarts des français considèrent que tout homme politique est corrompu et qu'il ne les écoute pas, ce qui est totalement faux. Ces différents facteurs ont pour conséquence que les meilleurs étudiants, qui avant voulaient faire de la politique, choisissent maintenant d'aller dans le secteur privé. Résultat, nous avons des politiques de seconde classe. Pour inverser la donne, il faudrait un leader charismatique qui réussisse sa politique avec des mesures inattendues, pour que la population y reprenne goût et lui rende un peu d'estime. Mon expérience me fait dire que les hommes politiques valent globalement mieux que ce que l'on en dit, qu'ils font le plus souvent ce qu'ils peuvent et en tout cas plus qu'on ne le croit. Lionel Jospin, par exemple, a été un très bon Premier Ministre.

 

Va-ton sortir du clivage gauche-droite et que vous inspire la gauche et la droite aujourd'hui ?

A.D. - On ne sortira pas du clivage gauche-droite mais il y a d'autres clivages actuellement qui comptent tout autant, ceux de la mondialisation, de l'Europe, de l'immigration, d'un certain libéralisme ou conservatisme sur le plan des mœurs. La gauche termine ce quinquennat profondément divisée et je ne vois pas comment elle peut éviter d'être battue. Cela dit, le parti socialiste a connu tout au long de son histoire des oppositions avec deux lignes idéologiques complètement différentes, et il n'est aujourd'hui dans l'intérêt de personne de provoquer une scission. Ce n'est qu'à la rentrée de septembre vraisemblablement que l'on saura si le PS, qui sera très affaibli et avec beaucoup moins de représentants, choisira la ligne réaliste ou celle plus chimérique. Quant à la droite, ce n'est pas la première fois qu'un homme de gouvernement modéré, tel qu'Alain Juppé qui avait pourtant le meilleur programme, se fait battre. Giscard, Barre ou Balladur l'ont précédé, la faute à un tempérament qui ne les avantage pas pour faire campagne et défendre leurs propositions.

 

 

Quelques repères

Commencer à 23 ans par Le Monde vous pose la qualité d'un journaliste. Il travaillera plus tard également au Point et à Libération entre autres. Sa carrière à la télévision l'a vu animer ou participer à de nombreuses émissions comme L'Heure de vérité, 100 minutes pour convaincre, Cartes sur table ou Mots croisés. Il a aussi animé deux débats du second tour de l'élection présidentielle. Il est en parallèle une référence de la chronique ou l'édito politique à la radio, d'abord sur Europe 1 durant 25 ans et à RTL depuis 1999. Essayiste et historien de la politique, il a écrit plus d'une quinzaine d'ouvrages et a été élu en 2012 membre de l'Académie des sciences morales et politiques.

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 08:53
Interview d'Emmanuel Macron sur l'agriculture et la ruralité

Après avoir été Secrétaire général adjoint de l'Elysée puis Ministre de l'économie, Emmanuel Macron a fondé le mouvement En Marche en avril 2016, et se présente à 39 ans à l'élection présidentielle en dehors des partis traditionnels.

 

Quelles sont vos propositions pour que l’agriculture et l’agroalimentaire redeviennent un enjeu stratégique au niveau français et européen ?

L’agriculture est une question vitale : l’alimentation, l’environnement, la vie de nos territoires en dépendent. C’est aussi le travail de millions de Français et un secteur économique stratégique : sans paysans, il n’y a pas de pays. J’agirai au niveau européen pour une politique commune vis-à-vis de l’Amérique et de l’Asie quant à nos échanges commerciaux. J’imposerai que les démarches administratives soient simplifiées avec une administration facilitatrice. Je veux que le budget de la PAC soit préservé, mais que son fonctionnement soit profondément rénové. Concrètement, je veux la simplifier pour que les agriculteurs passent moins de temps à remplir leur formulaire télépac. Elle doit aussi permettre de mieux répondre à la volatilité des prix ou aux mécanismes de verdissement, avec une règle simple : un peu plus d’aides quand cela va mal et un peu moins d’aides quand cela va bien.

 

Aujourd’hui l’agriculteur n’est pas correctement rémunéré dans la chaîne de production et sa situation est très fragile. Que proposez-vous pour une répartition plus équitable de la valeur afin que les paysans continuent de vivre dignement de leur métier ?

Ce que je veux, c’est permettre aux agriculteurs de vivre non pas des aides publiques, mais de leur travail. Et pour cela, nous devons leur garantir des prix qui rémunèrent. Depuis 30 ans, les prix agricoles ont à peine bougé : c’est inacceptable. Face à la libéralisation des échanges, à l’augmentation de la productivité agricole, à la transformation de la grande distribution, il est grand temps de réagir. Pour que les prix rémunèrent, il faut agir en trois sens. D’abord, il faut renforcer le pouvoir de négociation des agriculteurs face aux industriels et à la grande distribution. La création d’associations d’organisations de producteurs aux pouvoirs accrus devra être simplifiée et encouragée. Et lorsqu’une association d’organisations de producteurs existera, je veux que l’industriel ou la centrale d’achat soit dans l’obligation de négocier directement avec elle.

Pour que les prix rémunèrent, il faut aussi monter en gamme. Voilà pourquoi je lancerai un plan d’investissement massif pour l’agriculture et un système de paiement pour services environnementaux : il représentera deux cents millions d’euros par an à destination des agriculteurs. Il faut enfin que les consommateurs s’engagent. La réglementation doit les y inciter, en particulier en matière d’étiquetage. Autre mesure, qui me tient particulièrement à cœur parce qu’elle a été pensée d’abord pour les agriculteurs : le « droit à l’erreur ». Si une norme n’a pas été respectée de bonne foi, parce que l’exploitant l’ignorait, et qu’elle ne met pas en cause la santé ou la sûreté des personnes, alors il ne sera pas sanctionné.

 

La ruralité est essentielle dans notre pays et pour l’agriculture. Quel est votre projet pour redynamiser les territoires ruraux, notamment par rapport aux services publics, à l’accès aux nouvelles technologies, aux emplois, au foncier ?

Je veux que la France de la ruralité soit une France de la réussite. Et la réussite passe d’abord par l’accès aux emplois et au numérique. Je veux donc accélérer le déploiement du mobile et de la fibre optique, en permettant que l’Etat reprenne rapidement la main si les opérateurs ne respectent pas leurs engagements. La réussite, c’est aussi l’accès aux services publics, et notamment à la santé. Je doublerai donc l’ouverture des maisons de santé d’ici à 2022, et je développerai rapidement la télémédecine. La réussite, c’est enfin l’accès au foncier. Aujourd’hui, le prix de la terre et la transmission du patrimoine deviennent un obstacle à l’installation pour les jeunes agriculteurs. Plus largement, j’ouvrirai la question de la fiscalité locale pour les ruraux car la pression fiscale s’est beaucoup accrue ces dernières années de manière injuste. Être volontaire, déterminé : voilà comment nous permettrons aux agriculteurs et aux ruraux de réussir et de vivre de leur travail.

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 08:20
Interview de Jean-Luc Mélenchon sur l'agriculture et la ruralité

Après avoir été membre du parti socialiste et ministre de l'enseignement professionnel du gouvernement de Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon est député européen depuis 2009, et se présente à 65 ans pour la deuxième fois à l'élection présidentielle, cette fois hors cadre des partis, sous la bannière de la France insoumise, mouvement qu'il a fondé en 2016.

 

Quelles sont vos propositions pour que l’agriculture et l’agroalimentaire redeviennent un enjeu stratégique au niveau français et européen ?

Jean-Luc Mélenchon - Mais ils sont un enjeu stratégique pour la France ! Ils fournissent l’essentiel de notre alimentation et l’agriculture est au cœur de la nécessaire transition écologique de notre économie. Je propose un nouveau pacte entre les paysans et l’ensemble de la société : d’un côté vous vous engagez dans la transition écologique de vos systèmes de production, afin d’offrir des produits de qualité à toutes et à tous, de garantir un environnement sain et de contribuer à la lutte contre le changement climatique ; de l’autre la société reconnait votre droit à une juste rémunération du travail, à des conditions de vie dignes et à tous les moyens nécessaires pour vous accompagner dans cette transition. Le libéralisme vous a entrainé dans une course folle au productivisme, au détriment de la qualité des aliments, de l’environnement, de votre propre santé et parfois de votre vie, alors que seule une minorité profite de ce système. Je vous propose de libérer la paysannerie et la société de cet enfer du libéralisme et du productivisme.

 

Aujourd’hui l’agriculteur n’est pas correctement rémunéré dans la chaîne de production et sa situation est très fragile. Que proposez-vous pour une répartition plus équitable de la valeur afin que les paysans continuent de vivre dignement de leur métier ?

J-L.M. - Les prix agricoles sont la clé de voûte de la rémunération du travail paysan. Dans des marchés dérégulés, la majorité des paysans ne vivront jamais dignement de leur métier, les prix seront toujours tirés vers le bas, en plus d’une grande instabilité d’une année sur l’autre. Tous ceux qui prétendent que la contractualisation va résoudre le problème des prix mentent aux paysans. La contractualisation entre éleveurs et industriels laitiers, même si elle incluait une clause sur les prix, ne pourra jamais garantir de façon durable des prix rémunérateurs si, dans le même temps, la grande distribution peut acheter ailleurs son lait moins cher. Je propose, selon les secteurs de production, trois mesures principales pour garantir des prix rémunérateurs et stables : la réintroduction de mécanismes de régulation des marchés au moyen de limitations de production, la fixation de prix minimums aux producteurs ou de coefficients multiplicateurs maximums et l’introduction de taxes aux frontières chaque fois que nécessaire. Ceci est incompatible avec les règles libérales de l’Union européenne. C’est pourquoi, nous sortirons des actuels traités européens de libre-échange.

 

La ruralité est essentielle dans notre pays et pour l’agriculture. Quel est votre projet pour redynamiser les territoires ruraux, notamment par rapport aux services publics, à l’accès aux nouvelles technologies, aux emplois, au foncier ?

J-L.M. - Mon projet est aussi de redonner de la vie à nombre de territoires ruraux aujourd’hui abandonnés par l’Etat. L’agriculture paysanne et écologique que je défends jouera un rôle déterminant dans cette revitalisation. Pour cela, elle sera soutenue par une politique de prix agricoles, une politique foncière pour l’installation de jeunes et une politique de soutien à la transition écologique. Il s’agit de stopper l’hémorragie de la population agricole et de créer 300.000 emplois. Mais mon projet est aussi de rétablir une égalité réelle entre citoyens en matière d’accès aux services publics. C’est pourquoi, la réinstallation de nombre d'entre eux (écoles, poste, santé, transports, etc.) constitue une autre priorité en milieu rural.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 08:26
Interview de Yannick Jadot sur l'agriculture et la ruralité

Député européen depuis 2009, à 49 ans Yannick Jadot a remporté en novembre dernier la primaire écologiste. Il est de ce fait le candidat d'Europe Ecologie Les Verts à l'élection présidentielle.

 

Quelles sont vos propositions pour que l’agriculture et l’agroalimentaire redeviennent un enjeu stratégique au niveau français et européen ?

Yannick Jadot - Il est compliqué de parler d'enjeu stratégique lorsqu'il s'agit de nourrir les gens : l'agriculture n'est pas un secteur d'activité comme les autres. L'écueil néolibéral dans lequel nous sommes tombés condamne une large majorité de paysans à une guerre économique sans fin, qu'ils ne peuvent pas gagner. Les crises se succèdent, toujours plus violentes ; et les remèdes ponctuels n'ont plus d'effets, si ce n'est obliger un nombre croissant d’agriculteurs à remplir des dossiers d'aide pour survivre.

Le modèle agricole que nous défendons doit garantir notre souveraineté alimentaire avec des produits de qualité, protéger les travailleurs de la terre et assurer le renouvellement des ressources naturelles dont nous dépendons pour vivre.

Nous proposons de relocaliser massivement notre agriculture et d'accompagner les agriculteurs vers le bio et la labellisation, en allouant 50% des fonds de la PAC à cette restructuration. Nous avons pour objectif de quadrupler la SAU en bio sur la mandature. Nous mettrons pour cela en place une politique volontariste d'accès au foncier et de lutte contre l'artificialisation des sols, notamment en zone périurbaine. Pour assurer des débouchés aux agriculteurs et une alimentation de qualité au plus grand nombre, 100% des cantines (publiques et privées) seront approvisionnées en produits locaux, biologiques ou paysans. Ce sont des synergies que nous voulons favoriser, entre territoires, agriculteurs et citoyens.

 

Aujourd’hui l’agriculteur n’est pas correctement rémunéré dans la chaîne de production et sa situation est très fragile. Que proposez-vous pour une répartition plus équitable de la valeur afin que les paysans continuent de vivre dignement de leur métier ?

Y.J. - Les prix de ventes des produits agricoles sont beaucoup trop bas pour couvrir les frais et la rémunération des agriculteurs. Par contre, les intermédiaires, les grandes surfaces, les marchands de semences et de matériel réalisent eux des marges injustifiées. Le modèle actuel doit se métamorphoser le plus possible en une agriculture et une filière agro-alimentaire de proximité, génératrice de revenus dignes et de produits de qualité.

Les solutions à la crise agricole sont dans nos territoires. Dès à présent, le travail de tous les agriculteurs doit être reconnu dans le prix de leurs produits. L’alimentation est la condition même de la vie de tous les êtres humains, et ses producteurs doivent être respectés à ce titre.

 

La ruralité est essentielle dans notre pays et pour l’agriculture. Quel est votre projet pour redynamiser les territoires ruraux, notamment par rapport aux services publics, à l’accès aux nouvelles technologies, aux emplois, au foncier ?

Y.J. - Les conditions d’existence se sont dégradées dans beaucoup de nos zones rurales. Le sentiment d’abandon persiste.

Nous voulons engager la transition écologique des territoires ruraux, pour leur permettre de valoriser leurs ressources locales et d’apparaître comme des lieux où il est possible de concrétiser des projets professionnels et de mieux vivre. C'est en relocalisant, conservant et réimplantant l'activité que nous redynamiserons les zones rurales.

Il faut assurer un maillage des transports publics sur tout le territoire, et en finir avec les déserts médicaux en soutenant l’installation de médecins en maisons de santé adossées à des unités de premiers soins. L’aménagement du territoire doit garantir la cohésion sociale, et le maintien des services publics partout.

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 08:26
« La liberté de la presse est celle qui permet de vérifier l’existence de toutes les autres »

Journaliste au Point durant 10 ans, puis éditeur, et directeur du centre de formation des journalistes (CFJ), Christophe Deloire a aussi écrit plusieurs livres avant de devenir en 2012 secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF). A 45 ans, il est totalement investi à la tête de cette ONG internationale dans la défense de la liberté de la presse partout dans le monde.

 

En quoi consiste l’action de RSF ?

Christophe Deloire – Nous défendons une information libre, indépendante, pluraliste. Avec des correspondants dans 130 pays et 13 bureaux à travers le monde, RSF publie dans plusieurs langues, et intervient sur le terrain en fournissant à des journalistes des moyens pour leur sécurité ou développer leur capacité. L’organisation accorde ainsi environ 200 bourses par an à des journalistes qui ont besoin de se mettre à l’abri ou à des médias pour les soutenir, comme celle que j’ai signée hier à un média irakien. Grâce à nos campagnes de communication et de plaidoyer, RSF intervient également dans les lieux de pouvoir, y compris au Conseil de sécurité de l’ONU, où j’ai fait un discours le 27 mai 2015 lorsqu’une résolution a été adoptée sur la protection des journalistes. Pour mesurer les effets de notre action, il suffit d’interroger des journalistes comme Can Dündar, bête noire du régime turc d’Erdogan, le président turc avait en effet demandé la prison à vie à son encontre. Can Dündar vous dira qu’il a pu être libéré après 4 mois d’emprisonnement grâce à RSF et la pression internationale. Nous intervenons aussi en France, récemment nous avons favorisé les négociations pendant la crise à iTélé. Depuis 4 ans que je suis arrivé à la direction de RSF, je me rends compte de la notoriété internationale de cette ONG née en France, qui a aujourd’hui la capacité de mobiliser bien au-delà de nos frontières.

 

Est-ce que le nombre de journalistes tués ou emprisonnés diminue ?

C.D. - Malheureusement le nombre de journalistes en prison a notablement augmenté, particulièrement du fait de la Turquie, sans qu’il ne diminue en Chine par exemple, quant au nombre de journalistes tués dans le monde, il reste constant entre 60 et 80 chaque année. Derrière ces chiffres, chaque fois qu’un journaliste est assassiné, ce sont des dizaines voire des centaines d’autres qui iront un peu moins loin dans leurs investigations, qui cesseront d’enquêter sur des trafiquants au Mexique ou d’aller faire des reportages dans le Sud de la Turquie ou en Syrie. Le danger est que les populations soient ensuite soumises à des flux d’information mensongers ou filtrés par les intérêts des états, des multinationales et des groupes religieux radicaux. Les nouvelles technologies ont de ce fait une influence désastreuse par la diffusion des rumeurs, des opinions infondées et des propagandes. Il n’y aura pas de lutte contre le réchauffement climatique ou contre la corruption, de marché honnête et libre, de développement économique de quelque pays que ce soit sans journalistes. Comme m’a dit le grand journaliste birman Win Tin lorsque je l’ai rencontré peu de temps avant sa mort, lui qui a passé 19 ans en prison : La liberté de la presse est celle qui permet de vérifier l’existence de toutes les autres.

 

Quels sont les bons et les mauvais élèves en matière de liberté de la presse ?

C.D. - La Finlande et les pays d’Europe du Nord sont en tête depuis des années du classement mondial de la liberté de la presse, en corrélation avec le niveau de démocratie de ces pays. Mais récemment le Premier Ministre finlandais a fait pression sur des journalistes, chose totalement inhabituelle qui prouve que même en Finlande cela peut arriver. Tout en bas du classement, évidemment la Corée du Nord, mais aussi l’Erythrée dont est issu de nombreux migrants qui fuient l’un des gouvernements les plus despotiques de la planète. RSF a une radio à destination de ce pays, Radio Erena, seul média indépendant que peuvent écouter les érythréens, qui émet depuis Paris deux heures d’informations par jour. On remarque aussi une forte dégradation en Pologne où il y a une transformation des médias publics en médias d’Etat. Il y a à l’inverse une amélioration en Birmanie, même si elle est insatisfaisante, où l’on ne met plus des journalistes dans des cages à chiens comme ce fut le cas sous la junte. En France comme dans beaucoup de pays, le problème réside dans le recul de l’indépendance des médias, même s’il faut espérer que la loi Bloche récemment adoptée améliore les choses. Nous avons publié un rapport sur ces oligarques milliardaires qui font leur shoping dans les médias, avec pour certains la tentation de penser : je suis propriétaire donc je fais ce que je veux, à l’image d’un enfant avec ses petits soldats.

 

Comment sortir de la crise de confiance que traverse la presse ?

C.D. - Ce serait dramatique pour une société si les journalistes, qui font honnêtement leur travail en voulant enquêter et aller au fond des choses, finissaient par disparaître derrière les faiseurs de journalisme de divertissement. La défiance généralisée qui existe aujourd’hui dans le monde concerne aussi la presse, notamment en France où elle est assez prégnante. Pourtant la confiance est indispensable au bon fonctionnement d’un système, que ce soit la santé, l’économie, la presse, mais certains groupes sociaux se sentent exclus du contenu des médias. Pour retrouver cette confiance, il faudra passer par une transparence totale sur les méthodes afin de les distinguer de celles d’un complotiste, par une honnêteté absolue, une indépendance éditoriale scrupuleuse, et éviter les conflits d’intérêts.

 

Que pensez-vous des révélations d’informations top-secrètes ?

C.D. - Si je crois évidemment à la transparence, je ne pense pas néanmoins que tout doit être mis sur la place publique. Le respect de la vie privée est une notion importante, y compris lorsqu’il s’agit de la surveillance des états. Il n’est pas illégitime qu’un état ou n’importe quelle structure cherche à protéger ses secrets. La question est que les informations d’intérêt public puissent sortir, et pour cela les journalistes ou leurs sources doivent être protégés. Joseph Pulitzer disait : la seule information intéressante est celle qui est volée. Cela peut choquer mais je ne crois pas que les citoyens auraient envie qu’on ne leur donne que des versions officielles. J’apprécie la démarche d’Edward Snowden qui propose des révélations tout en expliquant qu’il faut un filtre, et il confie ce soin à des journalistes.

 

Comment voyez-vous 2017 sur le plan international ?

C.D. - Avec Poutine d’un côté, bientôt Trump de l’autre, Xi Jinping en Chine, Erdogan en Turquie, Modi en Inde, Duterte aux Philippines, il y a de quoi être un peu inquiet. La Chine par exemple essaie d’exporter son modèle politique et journalistique, en investissant beaucoup en Afrique sur la question médiatique et en finançant des écoles. Il n’y a pas grand-monde aujourd’hui pour résister à ce modèle des hommes forts, la diplomatie américaine nous servait beaucoup jusqu’à présent pour exercer une pression, cela va devenir vraisemblablement plus difficile. Il serait bien que l’Europe saisisse l’occasion de devenir enfin le continent qui fasse rêver. Pour en finir avec cette dépression si caractéristique à notre pays, la France doit s’ouvrir, regarder ailleurs, arrêter de se refermer sur soi, elle a besoin d’un peu de vent frais et les médias ont un rôle à jouer pour cela. De même, il faut arrêter de s’écharper sur le symbolique, sur des sujets qui n’ont aucun intérêt.

 

Pourquoi l’islamisme a réussi à infiltrer notre société et comment le contrer ?

C.D. - Longtemps, il y a eu un discours mensonger des gouvernements, qui prétendaient lutter contre des influences étrangères sur l’islam de France, et dans le même temps les encourageaient. On a toléré beaucoup trop de choses sous couvert de ce jeu diplomatique, des états qui géraient leurs ressortissants sur notre territoire, un discours communautariste très encouragé, et on a sans doute sous-estimé le danger. Il y a eu une progression idéologique, un travail de sape dont on se rend compte aujourd’hui avec stupéfaction. Pour contrer cet islamisme, au-delà des mesures de police dans les quartiers, d’un changement de discours politique, il faut faire rêver, avoir une forme d’ambition. Un pays, dont l’envie et le désir semblent faiblir ne fait pas rêver, ce qui laisse la place à ceux qui finalement font un peu plus rêver, aussi choquant que cela puisse paraître, en proposant une espèce de force. Une partie de ceux qui sont devenus djihadistes ont essayé d’entrer dans l’armée française, cela traduit un besoin d’aspiration. Il y a un manque d’horizon sur ce qui nous rassemble.

 

 

Quelques repères

Originaire d’un village de l’Allier où ses parents vivent toujours, Christophe Deloire est plutôt matheux mais sait très jeune qu’il veut être journaliste. Son parcours est atypique puisqu’il fait l’Essec, part ensuite faire son service national à Berlin pour TF1, avant de devenir journaliste au Point. Il est ensuite éditeur chez Flammarion, directeur du CFJ, et parallèlement écrit quelques livres. Depuis 4 ans qu’il est à la tète de RSF, sa vie est faite de merveilleuses rencontres et de très nombreux voyages, pour défendre la presse lorsqu’elle est en danger dans sa liberté ou son indépendance.

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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 09:54
« L’économie sociale et solidaire fait la preuve que performance économique peut rimer avec utilité sociale »

Nommée par le Gouvernement fin décembre 2015 Déléguée interministérielle à l’économie sociale et solidaire (ESS), Odile Kirchner a un parcours professionnel mixte. Cette énarque a travaillé à la direction du Trésor, notamment comme secrétaire générale du Conseil national de l’industrie, chez Renault, Oséo et a participé à la préparation de la loi ESS.

 

En quoi consiste l’ESS et concerne-t-elle tous les secteurs de l’économie ?

Odile Kirchner - Héritière de l’histoire économique et sociale de notre pays, l’ESS regroupe de longue date les associations, les fondations, les coopératives et les mutuelles. Elle s’est ouverte depuis la loi du 31 juillet 2014 aux sociétés commerciales qui produisent de l’utilité sociale, et partagent ses valeurs de gouvernance participative et de réinvestissement majoritaire des bénéfices dans le développement de l’entreprise. L’ESS occupe une place croissante dans l’économie française, 225 000 entreprises la composent et elle fait travailler 2,3 millions de salariés, soit près de 13 % de l’emploi salarié privé. C’est plus que le secteur de la construction ou celui du transport.

L’ESS est très présente dans l’action sociale (elle représente 61 % des emplois du secteur), le sport et les loisirs (54 %), les arts et les spectacles (27 %), l’enseignement et l‘éducation populaire (19 %). Elle l’est aussi, avec les coopératives et les mutuelles, dans les activités financières et l’assurance avec une part de 30 % de leurs emplois. Le monde agricole est bien sûr présent dans l’ESS avec près de 7000 associations employant 90 000 salariés, 12 500 coopératives sous régime agricole employant 150 000 salariés, avec toutefois une contraction d’emploi ces dernières années, et 530 mutuelles occupant 35 000 salariés.

 

Qu’apporte concrètement l’ESS et  quelle est la taille moyenne d’une entreprise de l’ESS ?

O.K. - L’ESS est un modèle d’entreprendre qui fait la preuve que performance économique peut rimer avec utilité sociale. C’est une économie de proximité qui crée de l’activité, du lien social et de l’emploi sur les territoires. L’ESS porte haut et fort le concept d’innovation sociale, qu’il faudrait faire reconnaitre au même rang que l’innovation technologique. A titre d’exemples : l’insertion par l’activité économique pour ramener en situation de travail ou de formation des demandeurs d’emploi qui en étaient éloignés, la réparation et le réemploi des objets plutôt que leur destruction en déchets, la lutte contre le gaspillage alimentaire, les épiceries sociales et solidaires, les circuits courts producteurs consommateurs, le coaching des demandeurs d’emploi avant leurs entretiens d’embauche et l’appui au recrutement des jeunes issus de la diversité.

En moyenne, l’entreprise de l’ESS occupe 11,8 salariés pour 9,4 dans l’ensemble du secteur privé. Elle peut se prévaloir d’un dynamisme économique qui se poursuit : entre 2000 et 2015, l’emploi a progressé de 26% dans l’ESS pour 7% dans l’emploi privé. Avec toutefois des situations récentes contrastées, l’aide à domicile, la petite enfance et le tourisme social notamment, subissant une concurrence de plus en plus vive du secteur lucratif privé.

 

Quels sont les points forts de la France sur l’ESS ?

O.K. - La France est particulièrement dynamique et a une longueur d’avance en termes de structuration de l’ESS, de dialogue avec les pouvoirs publics, de financements. J’en prends pour preuve la croissance en 2015 de 24 % de l’épargne solidaire, qui atteint 8,5 milliards d’€. L’ESS reste toutefois, en tant que telle, encore insuffisamment visible du grand public. C’est pourquoi est organisé chaque année en novembre un « mois de l’ESS » qui rassemble 2000 manifestations diverses : conférences, forums, portes ouvertes, salons, projections de film, événements festifs, pour faire découvrir au plus grand nombre cette autre façon de concevoir l’économie.

 

Quelle est votre mission en tant que déléguée à l’ESS ?

O.K. - Ma mission est d’accompagner l’économie sociale et solidaire dans son changement d’échelle. Une grande ambition ! L’ESS dispose d’un réel potentiel de croissance d’activité et d’emplois, dans de nombreuses filières économiques porteuses. Pourtant ses entreprises, les structures associatives notamment, reposent souvent sur un modèle de développement patient, et cantonné à des territoires limités. Les entreprises de l’ESS ont aussi, comme le reste de l’économie, à faire face à des mutations fortes de la demande et des attentes des clients et des bénéficiaires, à la concurrence accrue dans certaines filières du secteur privé, aux défis de la transformation numérique.

Cette mission consiste concrètement à soutenir et promouvoir le développement de l’ESS, consolider sa structuration, faire grandir ses entreprises en mobilisant le « dispositif local d’accompagnement »(DLA), faire évoluer leur modèle économique vers une hybridation de leurs ressources faisant une plus large place au financement privé. Mais aussi aider à essaimer les pratiques « inspirantes » d’un territoire à l’autre, assurer la concertation entre les pouvoirs publics et les acteurs de l’ESS, animer, en appui à la Secrétaire d’Etat Martine Pinville, les travaux du Conseil supérieur de l’ESS, et représenter la France dans les instances européennes et internationales compétentes dans ce domaine. Je dispose d’un réseau de correspondants à l’ESS au sein des préfectures de région, qui jouent un rôle majeur pour une économie qui agit énormément dans la proximité.  

 

Pourquoi les territoires sont si importants au développement de l’ESS ?

O.K. - Compte tenu de sa forte intégration dans les territoires, l’ESS a besoin pour se développer de s’appuyer sur une véritable stratégie régionale. Cette stratégie est élaborée comme le prévoient la loi ESS et la loi NOTRe, dans une démarche de construction entre la région, les différentes collectivités locales concernées et les acteurs de l’ESS, représentés notamment par les chambres régionales de l’ESS (CRESS).

L’ESS est une économie locale par nature, mais aussi par conviction, car elle porte le développement d’une économie centrée sur l’humain, génératrice d’emplois locaux et soucieuse de son impact sur le territoire. Elle apporte des solutions nouvelles pour recréer de l’activité et du lien social dans les zones rurales ou périurbaines atteintes par la désaffection croissante des acteurs de l’économie classique. Les statistiques en témoignent : derrière la part moyenne de 12,7% pour l’ESS de l’emploi salarié privé au niveau national, se cache une forte disparité. Sept départements comptent plus de 20 % d’emplois de l’ESS et ce poids est nettement plus élevé à l’échelon de certains territoires et bassins d’emplois, notamment en zones rurales.

Prenons l’exemple des pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), autre innovation de l’ESS que la loi a consacrée. Il s’agit pour une entreprise de l’ESS de démultiplier son impact sur son territoire en entrainant dans des dynamiques économiques d’autres acteurs locaux : des entreprises de l’économie classique, les collectivités territoriales, d’autres entreprises de l’ESS, et des centres de formation ou organismes de recherche. Une centaine de PTCE en métropole et dans les territoires d’outre-mer se sont constitués pour investir, développer de nouvelles activités et des projets d’innovation sociale, créer de l’emploi, recréer de la compétence, mutualiser des ressources, générer des courants d’affaires les uns pour les autres.

 

De quelle nature est le lien du monde agricole avec l’ESS ?

O.K. - Les entreprises agricoles sont présentes dans les PTCE. Je cite l’exemple de la coopérative des fermes de Figeac, qui a développé un modèle très pertinent et performant d’investissement collectif dans les énergies renouvelables. Elle a également entrainé de nouvelles activités dans un PTCE avec la commercialisation des productions locales, viande, lait, fromage, la recréation de compétences de bouchers sur le département, et la vente en restauration collective,  générant à leur tour d’autres activités qui s’inscrivent dans cette boucle de croissance locale. Je relève aussi que c’est un projet agricole, Echanges Paysans Hautes-Alpes, qui a reçu cette année le prix Coup de cœur du mois de l’ESS.

Au-delà de l’implication des coopératives agricoles dans le mouvement coopératif, le monde agricole a beaucoup de raisons d’être un acteur dynamique de l’ESS sur les territoires. Les chambres d’agriculture et les CRESS ont à y travailler en commun !

                                                                              

Quelques repères

Née à Metz et élevée dans le Nord-Pas de Calais, Odile Kirchner après une maîtrise de maths enseigne dans un premier temps les sciences économiques et sociales. Puis elle fait l’ENA, rejoint la direction du Trésor où elle travaille sur la gestion de la dette publique et la coopération avec les pays africains. Elle intègre ensuite Renault où elle occupe différents postes qui contribuent au lancement de nouvelles entités et activités. Revenue dans l’administration économique, elle effectue une mission chez Oséo, contribue au projet de loi sur l’ESS, et devient secrétaire générale du Conseil national de l’industrie. A 61 ans, elle est nommée Déléguée interministérielle à l’ESS.

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