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Un délice de raffinement et d'intelligence

Publié le par Michel Monsay

Un délice de raffinement et d'intelligence

Park Chan-wook s’est imposé depuis près de vingt ans comme l'un des plus passionnants représentant d’un cinéma sud-coréen à la fois exigeant et populaire, d'abord avec des films assez violents comme "Old boy", puis il a infléchi son style vers plus de douceur et de subtilité il y a six ans avec le magnifique "Mademoiselle". "Decision to Leave" prolonge brillamment le mouvement. En remportant le Prix de la mise en scène il y a un peu plus d'un mois au Festival de Cannes, amplement mérité aux dires de tous les observateurs, le cinéaste a été récompensé pour son niveau de maîtrise dramaturgique et esthétique, avec une inventivité visuelle qui saute aux yeux à chaque plan et dans une chorégraphie narrative vertigineuse. Il tord et réadapte en permanence les codes du polar, afin de donner à l'investigation au centre de l'intrigue un arrière-goût de sensualité, et à l'étrange romance, qui nait entre les deux personnages principaux, des airs suspicieux. Les sentiments sont d’une photogénie constante. L’intrigue serpente, avec ses pièges, ses impasses. C’est un dédale de suppositions, un océan de beauté bercé par la 5e Symphonie de Mahler, dans lequel on se perd avec enchantement. On pense au "Vertigo" (Sueurs froides) d’Alfred Hitchcock dans cette relecture du mythe de la femme fatale et dans un jeu de manipulations hitchcockien hautement ambivalent, propice à tous les renversements. Park Chan-wook poursuit ici le geste de cinéma qu’il avait déjà initié avec son chef-d’œuvre "Mademoiselle", en composant une toile de maître d’une extrême précision, où chaque rupture de ton fait sens dans une réalisation d'une élégance rare et une narration virtuose qui bouscule nos repères habituels. Il faut juste accepter de se laisser emporter corps et âme dans un mouvement lyrique fascinant, comme une lame de fond impétueuse, sur un amour impossible, celui de deux êtres qui ne peuvent se quitter.

Publié dans Films

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La puissance inégalée du grand écran

Publié le par Michel Monsay

La puissance inégalée du grand écran

On n’avait pas ressenti cela depuis un moment : l’excitation éprouvée devant le spectacle d’une grande machinerie qui se met en route, le petit vertige suscité par la mise en orbite d’un blockbuster inspiré et inspirant. Le film évite le piège du simple coup de peinture censé rafraîchir une façade intacte, bien au contraire, il donne un sacré coup de vieux au "Top Gun" original, avec ses effets de style tenant du clip vidéo dont l’impact sur leur époque n’a d’égal que leur ringardise, une certaine idée de la masculinité toxique, et plus généralement une vision très macho d’une Amérique triomphante. Même si le scénario de "Top Gun : Maverick" n'est pas révolutionnaire, l'arrogance du personnage central a disparu et il y a même un peu d'autodérision et d'ironie par-ci par-là, et surtout le film transpire cette envie de ressusciter les films d’action où les effets spéciaux n'étaient pas la règle. Point d'image de synthèse ici, afin de livrer l’expérience la plus authentique possible, les acteurs, grâce à un entraînement intensif de cinq mois, se sont habitués aux principes fondamentaux du vol et de la force G, et ont tourné eux-mêmes leurs séquences dans de vrais F-14 en plein vol, pilotés par des militaires. Plus de 800 heures de rushs ont été emmagasinés afin d'offrir un résultat ébouriffant qui nous colle littéralement à notre siège. Dans la continuité de ses cascades folles sur les derniers Mission : Impossible, Tom Cruise redéfinit avec "Top Gun : Maverick" la notion de grand spectacle, portée ici par un vrai point de vue de mise en scène à l’intérieur de cockpits d’avions lancés à pleine vitesse, et non sur l’expansion toujours plus grande des effets spéciaux. Voilà un message clair adressé à Hollywood par l’une des ultimes stars d’action à l’ancienne : remballez vos fonds verts et vos doublures numériques. A bientôt 60 ans, Tom Cruise continue de repousser ses limites physiques, le temps ne semble pas avoir de prise sur lui. Que l'on aime ou pas l'acteur, force est de constater qu'il n'a pas de rival pour les films de pure action avec de vraies cascades, comme Belmondo à son époque.

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Hilarante comédie à tiroirs qui rend hommage à l’artisanat du cinéma

Publié le par Michel Monsay

Hilarante comédie à tiroirs qui rend hommage à l’artisanat du cinéma

"Coupez !" est une magnifique déclaration d’amour au cinéma mais aussi à ceux qui le font. Avec une structure narrative complexe qui réserve son lot de rebondissements, l’ovni brille par son écriture aux petits oignons, qui manie un humour absurde savoureux dans les dialogues et les situations en décalage complet, et par sa mise en scène inventive, précise et rythmée. Michel Hazanavicius, à qui l'on doit "The artist" et ses innombrables récompenses, mais aussi les deux premiers OSS 117 avec Jean Dujardin, nous offre un bijou de comédie où les vannes fusent aussi rapidement que le grand guignol prend possession de chaque situation. On est dans l’absurde, le burlesque, un grand bazar où chaque personnage arrive à briller dans l’unique but de nous faire rire. Et à ce jeu-là, Romain Duris est désopilant, ainsi que toute la troupe qui s'en donne à cœur joie. Michel Hazanavicius est un cinéaste qui aime le cinéma, dans toute sa dimension, sous toutes ses coutures. Roi du pastiche, du détournement et du montage, il s’attaque avec "Coupez !" au film de genre. Mais un genre peut en cacher un autre. En nous racontant la laborieuse mise en œuvre d’un film de zombies, le réalisateur nous offre une incroyable comédie de cinéma. Les OSS étaient un clin d’œil aux séries B d’espionnage et "The Artist", aux grands mélos made in Hollywood. " Coupez !" est un hommage à ses petites troupes qui fabriquent un film, le bricolent, l’imaginent, se surpassent quand survient la catastrophe, l’imprévu qui ne figure pas dans le scénario. Beauté de l’engagement, on y croit, on tourne, quoi qu’il advienne, quoi qu’il en coûte. Michel Hazanavicius s’amuse de cette mise en abîme en réalisant trois films en un, sans accroc, raccord parfait. Ce film délirant, qui a fait l'ouverture du Festival de Cannes, confirme le talent du cinéaste et de Romain Duris pour la comédie, et offre au spectateur une expérience unique des plus réjouissantes.

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Un mélodrame familial intense et fascinant

Publié le par Michel Monsay

Un mélodrame familial intense et fascinant

"Frère et sœur" condense à lui seul tout ce qui fait la grandeur du cinéma d’Arnaud Desplechin. D’abord, comme à son habitude, c’est un film très écrit. L’art, le théâtre, la littérature sont présents à travers les personnages principaux, laissant libre court au cinéaste pour faire rouler son sens du romanesque. C'est un film sensuel, âpre, tourmenté, scandé de brusques instants de douceur. On y hurle et on y chuchote. La caméra, toujours merveilleusement placée, enchaîne de sublimes gros plans, scrute les tremblements d’une paupière, s’attarde sur un regard dans le vague. Les images sont la langue naturelle d'Arnaud Desplechin. Il n’a pas peur des mots non plus. C’est un athlète complet du cinéma, qui pourrait être le fils du grand Bergman. "Frère et Sœur" renoue avec la veine de "Rois et Reine" et "Un conte de Noël" autour des liens conflictuels des membres d'une famille : Secrets, mensonges, trahisons et autres blessures profondes, le cinéaste éclaire un puits de sentiments enfouis. Comme toujours chez le cinéaste, les comédiens ont une partition de haut vol à jouer, qui leur permet d'exprimer totalement l'étendue de leur talent, d'autant qu'ils sont admirablement dirigés. C'est bien sûr le cas ici avec Marion Cotillard et Melvil Poupaud, mais aussi avec les rôles secondaires qui ne sont pas en reste, à l'image de Golshifteh Farahani et Patrick Timsit. A 61 ans, Arnaud Desplechin est décidément l'un des cinéastes les plus passionnants de notre époque, outre la maîtrise et la virtuosité qui transparaît dans chacun de ses films, et celui-ci en est un parfait exemple, de même que les épisodes réalisés pour la deuxième saison de "En thérapie" avec Suzanne Lindon, il y a le magnifique regard qu'il pose sur ses comédiens tout en étant un redoutable explorateur des tréfonds de l’âme humaine.

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Touchante chronique familiale au cœur des années 80

Publié le par Michel Monsay

Touchante chronique familiale au cœur des années 80

L'un des courts-métrages de Mikhaël Hers s'inspirait librement d'un roman de Patrick Modiano, et son premier film, « Memory Lane » (2010), reprenait le titre d'un autre ouvrage de l'écrivain français, observateur si minutieux du travail incertain de la mémoire et du vacillement existentiel. Depuis ses débuts, Mikhaël Hers, un peu à la manière d'un Modiano du cinéma, donne naissance à des fictions délicates où il met en scène des protagonistes fragiles qui tentent de composer avec la violence du monde. Quatre ans après « Amanda », ce film bouleversant sur un jeune homme (Vincent Lacoste) contraint de passer à l'âge adulte après les attentats ayant endeuillé Paris, le cinéaste signe une nouvelle œuvre sensible qui confirme sa place essentielle dans le paysage du cinéma français. Mikhaël Hers, avec son art de l'ellipse et de la suggestion, reste fidèle à lui-même et, loin de toutes surenchères, filme avant tout des moments en creux qui témoignent des blessures secrètes et des états d'âme de ses personnages. C’est un puzzle humain sur les questionnements, les aspirations, la transmission et l’engagement, du tâtonnement à la révélation. La sensibilité du cinéaste se coule dans la description de ses créatures cinématographiques, au gré des jours et des nuits. Il y a de la mélancolie dans ces découvertes successives, soumises à l’abandon des couches du passé, mais il y a surtout un appétit grandissant pour le présent en marche, et pour la promesse de l’inconnu. La forme au lyrisme délicat épouse le propos. Le mélange des différents supports d’images, 16 mm, 35mm, numérique, filtres, archives urbaines des années 80, extraits de films, crée une matérialité palpable, dans laquelle les personnages évoluent avec une légèreté pourtant profonde. Charlotte Gainsbourg trouve ici l'un de ses plus beaux rôles, et Noée Abita, que l'on avait beaucoup aimé dans "Ava" et "Slalom", confirme son talent tout en sensibilité et spontanéité. Peu de cinéastes donnent l’impression, comme Mikhaël Hers, d’être en quête de douceur, sans honte ni mièvrerie, sans besoin non plus de s’en justifier. Une douce nostalgie enveloppe le film, notamment dans les très beaux plans de Paris, et on se laisse emporter par un impressionnisme envoûtant qui parvient à retenir le temps, suprême luxe, que l'on déguste avec un plaisir infini.

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Etouffant et révoltant

Publié le par Michel Monsay

Etouffant et révoltant

Il est des films dont on ressort avec la colère au ventre. Varsovie 83, une affaire d’État fait partie de ceux-là. Ce thriller politique et judiciaire polonais, inspiré de faits réels, raconte comment une bavure policière se transforme en un insupportable cauchemar orwellien, avant de devenir une affaire d’État. Le réalisateur Jan P. Matuszynski évoque dans son film les mensonges, les manipulations, les menaces, les chantages les injustices d’un régime criminel, en l'occurrence la dictature communiste de Jaruzelski, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. Le cinéaste expose des faits, rien que des faits. Sa caméra observatrice est distanciée et le film ne cherche ni lyrisme ni sentiments. Le choix de la mise en scène, aux couleurs et lumières froides, renforce l’impression d’oppression. La peur, le soupçon et la méfiance habitent la ville, les rues, les immeubles. Grâce à un nombre conséquent de seconds rôles plus vrais que nature, le film révèle les différentes facettes de cette sombre machination. La reconstitution de cette époque est impressionnante jusqu'au moindre détail et participe à la tension qui se dégage de chaque plan. Même si l'on enrage tout au long de cette histoire glaçante, il faut voir ce genre de film pour ne pas oublier, et comme le dit le réalisateur : « C'est en ravivant la mémoire que nous pouvons espérer que l'histoire ne se répète pas »

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Hymne à la famille burlesque, mélancolique et déchirant

Publié le par Michel Monsay

Hymne à la famille burlesque, mélancolique et déchirant

Panah Panahi, le fils de Jafar Panahi à qui l'on doit les très beaux "Trois visages", "Taxi Téhéran" ou "Le ballon blanc, livre un premier film débordant d’humanité, de tendresse et de poésie en adoptant le format de la tragi-comédie. "Hit the road" est un road-movie qui réjouit autant qu'il bouleverse par l’intelligence et l’originalité avec lesquelles il traite le sujet douloureux de l’exil. Comme son père, Panah Panahi utilise la voiture et ses passagers en guise de microcosme de la société iranienne. Un lieu d’échanges pour suggérer plutôt que montrer les ravages d’un régime autoritaire. Il a certes hérité d'un sens aigu de la composition du cadre, une expertise dans l’euphémisme et le non-dit, et une maîtrise de la direction d’acteurs, il n'y a qu'à voir ce qu'il arrive à obtenir du jeune garçon (insupportable et hilarant) et de la mère (bouleversante), mais le ton burlesque, le dialogue pétaradant, l’intrusion d’un onirisme débridé et le goût pour les intermèdes musicaux font preuve d’une liberté de création rafraîchissante. A travers les beaux paysages du Nord de l'Iran, le film évoque l’exil forcé de nombreux jeunes iraniens qui préfèrent se tourner vers l'Occident pour une vie meilleure, mais doivent accepter l'arrachement à leur pays, à leur famille, à leur langue. Constamment surprenant, bourré d'astuces visuelles et de beaux plans soigneusement composés, « Hit the Road » slalome sans cesse entre légèreté et tristesse pour composer un premier film singulier et touchant.

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Un très beau film sensuel et engagé

Publié le par Michel Monsay

Un très beau film sensuel et engagé

Caméra d'or au Festival de Cannes 2021, qui récompense la meilleure première œuvre toutes compétitions confondues, Murina envoûte par sa beauté et son ambiguïté. C'est le premier long-métrage d'Antoneta Alamat Kusijanovic, une réalisatrice croate de 36 ans vivant à New-York. Le film, qui fut présenté à la Quinzaine des réalisateurs, élabore un récit où le paradis et l’enfer s’affrontent dans la splendeur infertile des îles Kornati en Croatie. A la fois éden et prison pour la jeune héroïne qui, depuis sa naissance, n’a jamais quitté ces terres ceintes par l’Adriatique, et y a grandi sous le joug despotique de son père. A travers un subtil récit d'émancipation contre le machisme ambiant et la toxicité de ce géniteur tyrannique et rétrograde, ce premier film captive avec son intrigue tendue, ses virées sous-marines, sa photographie lumineuse de la française Hélène Louvart, et ses personnages bien dessinés, chargés de regards et de non-dits qui trahissent des émotions à vif. Désir, frustration, embarras, amour, colère... Le voyage est intense. Dès lors, ce n'est plus seulement l'adolescente qui nage en apnée dans ces eaux troubles, c'est le spectateur, accroché par le suspense. Coproduit par Martin Scorsese, ce très beau film signe des débuts fracassants pour Antoneta Alamat Kusijanovic, et impose une personnalité artistique qui rappelle déjà celle de Jane Campion, qui, comme elle, plébiscite la nature sauvage, une mise en scène physique et sensuelle, et une héroïne en guerre. On pense aussi au Mustang de Deniz Gamze Ergüven, et la lutte contre ce patriarcat archaïque que l'on aimerait voir disparaître à jamais.

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Le désir et la passion filmés avec une intelligence rare

Publié le par Michel Monsay

Le désir et la passion filmés avec une intelligence rare

Depuis 2015, le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi a pris une dimension impressionnante avec "Senses", "Asako" et récemment "Drive my car", qui vient d'obtenir l'Oscar du meilleur film étranger. Son nouveau film "Contes du hasard et autres fantaisies", dont la sortie a été retardée à cause du Covid, avait obtenu le Grand Prix du jury au Festival de Berlin 2021. Œuvre d'apparence plus légère que "Drive my car", ces Contes du hasard infusent aussi plus lentement. Passé une première saveur un peu frivole, ils se déploient dans toute leur majesté en une œuvre riche, sensuelle et attachante. En deux heures, Hamaguchi tresse trois histoires autour de personnages féminins dans une mise en scène merveilleusement harmonieuse, une direction d'actrices et d'acteurs impeccable, et une fluidité qui se glisse dans des dialogues brillants, violents ou troublants. Un art de la parole qui culmine dans la longue lecture d'un texte érotique, jeu de balle verbal entre une élève et un prof figé comme une pierre volcanique. Si la parenté avec Eric Rohmer est évidente, le cinéaste japonais est décidément un virtuose du portrait féminin. Ceux qu'il dresse dans ce nouveau film sont des femmes complexes, modernes, libres, et s'ancrent dans des variations sur le thème du hasard et de la séduction, les sentiments amoureux sont ainsi passés au crible. Paré de longs plans-séquences, filmant les visages comme des paysages, le film est aussi une ode aux mots échangés, qui apaisent ou réveillent, revigorent les âmes et font avancer les corps. C'est une douce enquête sur nos tumultes intérieurs que le cinéaste peint avec une mélancolique et cruelle délicatesse. Entre joie et tristesse, tout le film, d’une profondeur vertigineuse, d’un climat et d’une tonalité sans cesse changeants, est nourri de ces paradoxes, et confirme une nouvelle fois la beauté du regard de Ryusuke Hamaguchi.

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Une histoire d'amour pudique et émouvante

Publié le par Michel Monsay

Une histoire d'amour pudique et émouvante

Quelque part entre la littérature d’Emily Brontë et le cinéma de Jane Campion, l'acteur et réalisateur Bouli Lanners nous raconte une histoire d'amour douce et urgente sur l’île sauvage de Lewis, en Écosse, entre landes inhospitalières et rochers éternels. Cette île est régie par la très austère Église presbytérienne au rigorisme implacable, pratiquant un calvinisme fondamentaliste. De ce monde dur et cruel à la religiosité étriquée, le personnage féminin de cette histoire, tout en maladresses hésitantes et confusion des sentiments, s’émancipe sans éclats. L’actrice Michelle Farley nuance avec une finesse précise ce rôle de femme à la dignité constante. Elle n’est pas enrôlée en porte-drapeau d’un féminisme de vindicte et de renversement radical. La liberté de cette femme est une conquête tranquille et secrète. La romance touchante qui nait sous nos yeux, presque naïve à force de retenue et de pudeur, ne s'épanche jamais à un débordement amoureux. Une forme de timidité adolescente retient les élans. Bouli Lanners n’exhibe pas une sensualité démonstrative : c’est un entrelacement de gestes suspendus, de regards de côté, de frôlements. Les étreintes épousent l’ascétisme de ce monde insulaire, clos sur lui-même. Les paysages d’une grande beauté, ciselés par l’Atlantique, mordus par un soleil pâle, parcourus par une herbe frissonnante, dialoguent avec les personnages. Laissant de côté son humour pince-sans-rire qui a marqué d’une plaisante fantaisie ses précédents films, le cinéaste Bouli Lanners s'abandonne aux sentiments avec une infinie délicatesse. Quant à l'acteur Bouli Lanners, que l'on avait adoré récemment dans "C'est ça l'amour" et la saison 2 de la série "Hippocrate", il livre ici également une interprétation très touchante. L’urgence occupe le film, plane comme un danger imminent sans qu’il soit nécessaire de le signifier. Au contraire, c’est une économie de mots, une rigueur baignée de douce mélancolie qu’observent à la fois le scénario et la mise en scène. Ce mélodrame, qui jamais ne cède à la tristesse, ressemble à son auteur, à l’humilité nécessaire qu’il pose en idée essentielle de son cinéma, et à une belle humanité.

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