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Effacer l'historique

Publié le par Michel Monsay

Effacer l'historique

Pour leur neuvième long-métrage, le duo Benoît Delépine et Gustave Kervern ont reçu l'Ours d'argent du 70e anniversaire du festival de Berlin. Tourné en 16 mm ce film, à l'image granuleuse comme pour résister à la technologie de pointe, est sans doute le meilleur du duo, le plus abouti, celui où ils vont au bout de leur critique féroce de la mondialisation, de cette société hyper connectée, de ces géants du Net qui gouvernent nos vies, et de la puissance parfois destructive des réseaux sociaux. Les gilets jaunes ne sont pas loin, c'est d'ailleurs sur un rond-point que les trois personnages centraux de cette comédie autant hilarante qu'inquiétante se sont connus. Cette France périphérique, qui souffre d'isolement, de surendettement, de misère existentielle, d'uberisation de l'emploi, des ravages de l'intelligence artificielle, est magnifiquement représentée par Blanche Gardin, Denis Podalydès et Corinne Masiero, tous trois excellents en victimes de ce monde absurde et déshumanisé. Cette réconfortante amitié et solidarité entre les trois compères agit comme une bulle d'oxygène teintée de poésie sur leur réalité déprimante. Ce film jubilatoire au goût amer, ponctué de situations et de répliques burlesques, nous fait passer constamment du rire à l'émotion grâce au talent, à la liberté, à l'audace et au profond humanisme des deux cinéastes, qui derrière la satire désespérée laissent entrevoir malgré tout un peu d'espoir.

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Eva en août

Publié le par Michel Monsay

Eva en août

Indiscutablement, la perle du mois d'août à ne manquer sous aucun prétexte, ce cinquième long-métrage de Jonas Trueba, cinéaste espagnol de 39 ans, est le premier à sortir en France. Petite merveille qui fait penser à Eric Rohmer, ce film de déambulations dans un Madrid très chaud durant la première quinzaine du mois d'août est à l'instar de l'univers du cinéaste français, à la fois léger et existentiel. La caméra suit amoureusement l’héroïne de 33 ans, qui a décidé de rester dans sa ville pour ses vacances à l'inverse de ses amis, afin de la redécouvrir avec l’innocence et l'émerveillement que l'on peut avoir lorsque l'on voyage à l'étranger, et que l'on a perdu sur notre environnement quotidien. Au grès de rencontres, on découvre peu à peu ce personnage qui écoute beaucoup les autres mais dont on ne sait quasiment rien, interprété avec une grâce infinie par Itsaso Arana, coscénariste du film. On la sent une peu à la dérive dans sa vie mais pas du tout accablée, juste très émotive tout en étant solaire et rieuse, le cinéaste filme toujours à bonne distance cette jeune femme qui cherche à devenir une vraie personne et à trouver sa vérité. Ce film parsemé de très beaux plans ralentit le temps, s'attarde sur des détails, des gestes qui souvent sont occultés au cinéma, et de ce fait crée des espaces de réflexion, de contemplation, cela fait un bien fou dans cette époque où il faut aller toujours plus vite.

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Eté 85

Publié le par Michel Monsay

Eté 85

Depuis une vingtaine d'années, François Ozon est un réalisateur prolifique mais si on l'apprécie autant, c'est avant tout pour l'audace, la liberté et l'originalité de son cinéma dans des genres différents, même s'il affectionne particulièrement les histoires troubles. Vu qu'il tourne beaucoup, certains de ses films sont parfois un peu moins bien, comme Woody Allen dans un autre registre, mais un grand nombre d'entre eux restent ancrés dans nos mémoires, on pense à "Grâce à Dieu", "Frantz" ou "Dans la maison" pour ne citer qu'eux, et "Eté 85" est assurément un bon cru. Cette histoire d'amour lumineuse et tragique utilise comme souvent chez le cinéaste une narration qui oscille entre passé et présent construite en différentes strates comme un puzzle, et l'on y retrouve plusieurs thèmes qui lui sont chers. Lorsqu'il a découvert en 1985 le livre dont ce film est une adaptation, François Ozon avait l'âge des protagonistes de l'histoire. En le portant à l'écran, il a décidé de le transposer à cette époque du mitan des années 80 en la reconstituant minutieusement, et en utilisant de la pellicule plutôt que de tourner en numérique, ce qui donne à l'image un grain et des couleurs qui nous renvoient 35 ans en arrière et ajoutent à la sensualité des très beaux plans où le cinéaste parvient à saisir le désir, la passion, la fougue, la fragilité et la violence du sentiment amoureux. Qu'il s'agisse d'une histoire entre deux garçons n'est pas le sujet, il y a un côté universel dans cette romance adolescente enflammée tout à la fois légère et grave. Les comédiens, comme très souvent chez Ozon, sont particulièrement justes, notamment les deux jeunes héros aussi différents que complémentaires, l'un s’apparentant à un fauve alors que l'autre apparaît plutôt comme un agneau découvrant la force de la passion. Tourné au Tréport, station balnéaire normande très photogénique qui a su garder le charme d'une certaine époque, ce film empreint de nostalgie qui devait être en compétition au Festival de Cannes emporte tout sur son passage, autant par la fraîcheur de cette initiation amoureuse que par la puissance émotionnelle qui s'intensifie au fil de l'histoire.

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Dark waters

Publié le par Michel Monsay

Dark waters

Quel plaisir de pouvoir retourner au cinéma, et pour cette reprise le plaisir est double en allant voir le nouveau film du cinéaste américain Todd Haynes, dont nous avions adoré "Carol" avec Cate Blanchett et "Loin du paradis" avec Julianne Moore, tous deux d'une beauté esthétique et d'une puissance émotionnelle rares. Pourfendant le conservatisme américain depuis le début de sa carrière, Todd Haynes s'aventure pour la première fois dans la retranscription de faits réels en filmant le combat perdu d'avance de David contre Goliath, un avocat qui se bat contre un géant de l'industrie chimique afin de prouver que cette entreprise est responsable d'une pollution de l'eau en Virginie-occidentale provoquant des cancers et autres maladies mortelles. On est loin ici du film triomphant avec un héros parvenant à ses fins dans sa lutte contre l'injustice. Remarquablement interprété par Mark Ruffalo, par ailleurs initiateur du projet et pleinement investi dans la protection de l'environnement, l'avocat, à travers l'enquête qu'il mène durant des années, ne peut que constater les ravages du capitalisme sur la santé et l'environnement, et espérer pour ses clients victimes de cet industriel sans état d'âme que des sommes dérisoires au regard des profits gigantesques que l'entreprise engrange. Au-delà du constat d'une planète souillée par des pollueurs qui restent trop peu condamnés, ce film glaçant, à l'image de l'atmosphère crépusculaire qui y règne de bout en bout, nous prend à la gorge, nous donne la nausée, nous révolte mais au final provoque un sentiment d'impuissance, et cela Todd Haynes le retranscrit parfaitement. Avant qu'il ne soit définitivement trop tard, ce film nous oblige à réagir à tous les niveaux de la société, du simple citoyen au sommet de l’État pour boycotter systématiquement ces entreprises criminelles.

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Les fausses confidences

Publié le par Michel Monsay

Les fausses confidences

Mise en ligne dans le cadre du programme "Théâtre et canapé" par le théâtre de l'Odéon durant cette période de confinement, cette très belle adaptation cinématographique de la pièce de Marivaux est un mélange exquis de finesse, de légèreté, de grâce qui explore très intelligemment les délicates liaisons de l'amour et de l'argent. Réalisé par le grand metteur en scène de théâtre, Luc Bondy, qui a dirigé l'Odéon durant les trois dernières années de sa vie, ce film est sa dernière œuvre puisqu'il est mort durant son montage à l'âge de 67 ans. Tournée entièrement dans les très beaux espaces du théâtre de l'Odéon, transformé pour l'occasion en hôtel particulier, cette adaptation d'une subtile modernité est un vibrant hommage à Marivaux dont le langage et les intrigues font toujours autant merveille. La caméra virevolte de la terrasse aux sous-sols, en passant par l'escalier monumental, aux salons, à la cuisine, au foyer, et participe à la jubilation qu'éprouve le spectateur devant cette représentation unique en son genre. Les acteurs, tous excellents, ont vécu une expérience intense en tournant la journée le film et jouant le soir la même pièce sur la scène de l'Odéon dans une version plus classique. En évitant les pesanteurs du théâtre filmé, Luc Bondy enchante à travers cette lumineuse adaptation son amour de Marivaux, des acteurs et de ce lieu magique qu'est le théâtre de l'Odéon.

Le film est ci-dessous :

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Une intime conviction

Publié le par Michel Monsay

Une intime conviction

Suite à la polémique provoquée par TF1 et M6, Canal +ne pourra diffuser ses programmes en clair que jusqu'au 31 mars. Dans les films à voir d'ici-là, il y a aujourd'hui à 15h15 ou 15h45 (à vérifier), ce passionnant premier film d'Antoine Raimbault sur l'affaire Viguier, une femme disparue en février 2000 qui n'a jamais été retrouvée et dont le mari a été accusé du meurtre. Après avoir été acquitté en 2009, Jacques Viguier va être jugé en appel un an plus tard, le film s'ouvre un mois avant le début du procès. Le réalisateur opte pour la sobriété et la rigueur dans la reconstitution judiciaire de cette affaire où le doute est au centre des débats. Il tourne les scènes de procès de manière quasi documentaire avec deux caméras très mobiles, qui participent à nous faire vivre intensément les échanges, et le montage rythmé et toujours bien senti donne au film un impact supplémentaire. Le scénario, s'il est basé strictement sur la réalité jusqu'aux noms et déclarations des protagonistes, ajoute un personnage de pure fiction, convaincu de l'innocence de l'accusé jusqu'à en devenir obsédé, qui forme un duo explosif avec l'avocat de la défense. Olivier Gourmet est une fois de plus magistral, il campe avec une justesse impressionnante Eric Dupond-Moretti notamment dans sa plaidoirie. Les comédiens qui l'entourent sont très probants, particulièrement Marina Foïs qui confirme à chaque nouveau rôle son talent dramatique. Cette affaire, par ce film remarquable, nous interroge sur la présomption d'innocence, les rumeurs colportées, la surmédiatisation de ces faits divers, les dysfonctionnements de la justice et de la police, et les ravages que tout cela peut provoquer.

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Celle que vous croyez

Publié le par Michel Monsay

Celle que vous croyez

En ces temps de confinement, profitons des programmes de Canal +, qui sont en clair pour tous les détenteurs de box quel que soit l'opérateur. Je vous recommande vivement ce film de Safy Nebbou, à qui l'on doit notamment le très beau "Dans les forêts de Sibérie", qui est en rediffusion le 21 mars à 9h55, le 22 mars à 23h ou le 23 mars à 11h15. Juliette Binoche y est sublime de beauté, de grâce, d'émotion, elle interprète merveilleusement ce rôle complexe d'une femme qui refuse de vieillir, tout à la fois perdue, vulnérable, sensuelle, manipulatrice. De plus elle est admirablement filmée par une caméra amoureuse de cette actrice fascinante. A ses côtés, l'incontournable François Civil, le jeune comédien le plus en vue du moment, y est très bien. Judicieusement construit, ce film explore l'univers des réseaux sociaux en mettant en avant les incroyables possibilités et bonheurs qu'ils procurent mais aussi les ravages qu'ils peuvent occasionner.

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Le cas Richard Jewell

Publié le par Michel Monsay

Le cas Richard Jewell

A près de 90 ans, Clint Eastwood continue d'enrichir une filmographie impressionnante en s'intéressant à des héros ordinaires qui se sont retrouvés confrontés à des situations extraordinaires pourtant ancrées dans la réalité. Dans ce film qui critique en creux le pouvoir néfaste de la presse et du FBI, le cinéaste arrive à partir d'un personnage antipathique, limite réactionnaire, à nous le rendre attachant en racontant dans une beau classicisme à la sobriété rigoureuse, sans effet tapageur, cet incroyable fait divers survenu durant les Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996. Personnage ambigu, empli de contradictions, que l'on aime passionnément pour certains aspects et que l'on déteste pour d'autres, ce constat vaut d'ailleurs dans une moindre mesure pour le héros de son film comme pour son pays, Clint Eastwood a passé une bonne partie de sa vie à explorer la complexité humaine en dynamitant les clichés quitte à adopter parfois un point de vue provocateur. L'acteur qui joue le rôle de Richard Jewell, cet agent de sécurité très à cheval sur les règles et qui se montre inflexible en usant de l'autorité que lui confère son uniforme, livre une performance étonnante toute en nuances et parvient au fil de l'intrigue à montrer les différentes facettes de son personnage. A ses côtés l'excellent Sam Rockwell que l'on avait apprécié dans "3 Billboards", film pour lequel il avait reçu un Oscar, mais aussi dans "Vice" où il jouait George W. Bush, et dans la série "Fosse/Verdon" où il était Bob Fosse. La mère de Richard Jewell est interprétée avec beaucoup de justesse par Kathy Bates, l'inoubliable infirmière oscarisée de "Misery". Une fois de plus le grand Clint a réussi son coup en nous montrant sans filtre l'Amérique sous son vrai jour, avec ses aberrations, ses monstruosités, ses injustices, ses paradoxes, mais aussi ses héros à l'ancienne qui se cachent pour pleurer et ont des valeurs humaines derrière une apparence revêche.

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La fille au bracelet

Publié le par Michel Monsay

La fille au bracelet

Ce drame judiciaire autour d'un procès aborde habilement et sans complaisance la méconnaissance et l'incompréhension des parents sur ce que sont devenus leurs enfants à l'adolescence, et nous plonge dans le fossé qui les sépare. En laissant toute sa place à l’ambiguïté et au mystère de l'affaire qui est jugée lors de ce procès, une jeune fille accusée d'avoir tué sa meilleure amie, le cinéaste Stéphane Demoustier construit son film avec rigueur et justesse en exploitant au mieux les codes de la dramaturgie que représente une cour d'assises, en l’occurrence celle de Nantes dans le très beau palais de justice dessiné par Jean Nouvel. Anaïs Demoustier, sœur du réalisateur, est parfaite comme toujours sauf qu'ici elle évolue dans un registre très différent de ses précédents rôles, les autres comédiens sont également impeccables, notamment la jeune Melissa Guers, qui pour sa première prestation impressionne. Un film qui dérange autant qu'il fascine sur les rapports filiaux, les mœurs des adolescents, en dessinant aussi le portrait d'une jeune fille au comportement et aux réactions équivoques qui ouvrent en grand la porte au doute sans qu'elle puisse jamais se refermer.

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Play

Publié le par Michel Monsay

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Une bonne comédie est toujours une denrée rare, voilà pourquoi lorsqu'on en découvre une, il faut savourer notre plaisir surtout si en plus elle s’avère attachante et nous fait rire indirectement à nos dépens. C'est le petit miracle que réussit le troisième film d'Anthony Marciano, en faisant vivre à ses personnages des situations que l'on a tous vécues durant notre enfance, adolescence et en tant que jeune adulte. Outre la justesse et la drôlerie de tous ces moments qui défilent à l'écran, le procédé utilisé  participe à ce que ce film générationnel des années 1990 et 2000 fonctionne au-delà de l'identification des personnes concernées par cette époque. En fabriquant des faux rushes que le personnage principal est censé avoir tourné dès l'âge de 13 ans avec le caméscope qu'il reçoit en cadeau et durant les 25 années suivantes, le réalisateur propose une expérience très originale à la vision de son film. Le spectateur a en effet l'impression de pénétrer dans 25 ans de la vraie vie d'un jeune homme, de sa famille et de ses amis, captée sur le vif à chaque moment important avec des ratés, des voix qui se chevauchent, des flous, et non impeccablement reconstituée et mise en scène comme dans un film traditionnel. La fraîcheur des comédiens contribuent au pouvoir comique et émotionnel de cette histoire, notamment la délicieuse Alice Isaaz, dont la grâce, le naturel et le charme très touchant confirme toutes les qualités entrevues dans un registre différent avec le personnage tout en retenue de "Mademoiselle de Joncquières". Cette emballante comédie romantique tendre et nostalgique, sur le temps qui passe et les choix bons ou mauvais qui ponctuent nos vies, n'est jamais plombante et prend délibérément le parti d'en sourire.

Publié dans Films

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