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Les misérables

Publié le par Michel Monsay

Les misérables

En allant voir le Prix du jury du Festival de Cannes, on se doutait que le film serait fort, percutant, qu'il montrerait la banlieue sans filtre, mais on n'imaginait pas à quel point on sortirait en état de choc de la projection. La cité des Bosquets à Montfermeil qui est au cœur du film, Ladj Ly, documentariste de 39 ans, la connait parfaitement puisqu'il y a passé son enfance et y vit encore aujourd'hui. Voilà pourquoi son premier long-métrage de fiction a un tel impact, au-delà du talent indéniable du cinéaste. Cette cité, il l'a filmée au quotidien depuis 20 ans, notamment au moment des émeutes de 2005, et tout ce qu'il a mis dans cette fiction est inspiré de faits réels qu'il retranscrit sans manichéisme ni clichés. Il n'y a pas ici de bons flics ou de gentils jeunes, chacun a ses torts. Il en ressort un constat d'une justesse inouïe sur la complexité de ces quartiers, où la violence est omniprésente et où l'embrasement est évité grâce à des petits arrangements entre les différents clans et la police, mais aussi où les politiques ont laissé la situation pourrir depuis 40 ans. Scénario, mise en scène, cadrages, jeu des acteurs professionnels ou ceux venant de la rue, rien n'est laissé au hasard par Ladj Ly, sans compromis avec une chaîne de télévision ou un distributeur, pour construire ce film inoubliable, dont la montée en puissance au fil de l'intrigue prend aux tripes face à tant d'incompréhension et de misère sociale. Souhaitons à cet autodidacte qui se veut rassembleur que son message soit entendu par le plus grand nombre, et qu'il triomphe en février prochain en remportant l'Oscar du meilleur film étranger.

Publié dans Films

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Martin Eden

Publié le par Michel Monsay

Martin Eden

Le cinéma italien nous offre coup sur coup deux films éblouissants, après "Le traitre" chroniqué lundi dernier sur ce blog, l'adaptation du roman de Jack London, "Martin Eden", est une totale réussite tant dans la forme que sur le fond poétique et politique. Transposée à Naples, même si cela pourrait être n'importe quelle ville portuaire, cette histoire d’apprentissage, d'émancipation et de désillusion, sans indication précise de temporalité, navigue librement à travers le XXe siècle. Le film, tourné en pellicule 16 mm donnant un grain et des couleurs qui évoquent une certaine nostalgie, est traversé à la fois de vraies images d'archives, et d'autres fabriquées par le réalisateur mais tout aussi émouvantes. Luca Marinelli, Prix d'interprétation à la Mostra de Venise, dont la présence physique, l'énergie, le charme mais aussi la capacité à faire ressortir les paradoxes de son personnage, donne remarquablement vie à cet autodidacte prolétaire qui s'élève par la culture, notamment la littérature qu'il dévore pour s'instruire et devenir écrivain lui-même. Pietro Marcello, jeune cinéaste italien de 43 ans, lui aussi autodidacte prolétaire qui s'est formé aux Beaux-arts, signe un film passionnant qui suit le parcours de Martin Eden, en procédant très finement par flashbacks ou ellipses, et à travers ce personnage il explore les évolutions et contradictions socio-culturelles du XXe siècle, le conflit des classes, l'affirmation de la culture de masse, l'individualisme, avec intelligence, créativité et un sens esthétique évident.

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Le traitre

Publié le par Michel Monsay

Le traitre

A près de 80 ans, Marco Bellocchio est en pleine forme et signe l'un de ses plus beaux films, à la fois politique et intimiste, une fresque magistrale sur le démantèlement de la mafia sicilienne grâce aux révélations d'un repenti. Pas de héros ici ni de monstre mais la retranscription sans concessions du parcours de ce mafieux, qui à l'aube des années 1980 ne se reconnaît plus dans ce qu'est devenue la Cosa Nostra, dont les "valeurs" sont bafouées par la montée en puissance du chef des Corleone et ses pratiques barbares. Remarquablement filmée et mise en scène, autant lors des spectaculaires procès que dans les scènes d'assassinats ou lors des confrontations avec le juge Falcone, cette œuvre majeure sur la mafia, malgré le nombre impressionnant de films et séries qui existent, restera une référence incontournable. L'interprétation de Pierfrancesco Favino est un mélange de charisme, de force tranquille, de vulnérabilité, l'acteur passe du portugais au sicilien ou d'un air menaçant à une tendresse touchante avec un naturel impressionnant, et au-delà de sa performance, les comédiens qui l'entourent sont irréprochables. Virtuose, subtil, réaliste, ce film magnifique et terrifiant démontre que l'on peut toujours aborder un sujet, même s'il a été maintes fois exploité, pour peu que l'on trouve l'angle qui va le transcender et que l'on ait le talent pour le rendre passionnant. Le génial cinéaste italien en apporte la preuve en ajoutant un chef-d'oeuvre de plus à sa filmographie.

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Chambre 212

Publié le par Michel Monsay

Chambre 212

Il y a un peu plus d'un an, nous avions été enchanté et bouleversé par "Plaire, aimer et courir vite", mais le cinéaste n'est pas le genre à s'endormir sur ses lauriers. A 49 ans, Christophe Honoré multiplie les projets de mise en scène de théâtre, d'opéra et poursuit une filmographie dense et profondément originale qui le place dans la catégorie de ceux dont on attend avec impatience la prochaine création. Sur fond de comédie vaudevillesque, il nous offre cette fois un conte sur le mariage, l'infidélité, le temps qui passe et les ravages qu'il induit, les frustrations et les regrets enfouis, avec une délicieuse légèreté qui par moments glisse sur des accents plus sombres. Son scénario et sa mise en scène théâtrale peut faire penser à du Bertrand Blier des grands jours ou du Alain Resnais, à travers un savant mélange d'absurde et de rêve qu'il rehausse d'une dose de magie et de poésie dans un tourbillon émotionnel. Pour que ce facétieux pas de côté sur la réalité nous entraîne dans son sillage, il fallait des dialogues savoureux, corrosifs et des comédiens irréprochables. Pari gagné sur toute la ligne, avec à sa tête une Chiara Mastroianni étincelante de liberté, de malice en Dom Juan féminine. Pour habiller l'ensemble comme souvent chez Christophe Honoré, la musique est très bien choisie, et l'on ressort de ce film d'une merveilleuse inventivité à la fois le cœur léger tout en ayant l'impression d'avoir explorer en finesse tous les méandres de la vie d'un couple.

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Portrait de la jeune fille en feu

Publié le par Michel Monsay

Portrait de la jeune fille en feu

Ce film magnifique, dont l'élégance et la beauté visuelle illumine chaque image, a obtenu le Prix du scénario au Festival de Cannes. Ode à la création, à l’émancipation des femmes si compliquée au XVIIIe siècle, à la passion amoureuse, cette œuvre à l'image d'un tableau est composée de plans épurés, concentrés sur les visages, les corps, les textures, les paysages, et filmés avec une grâce infinie. Les comédiennes, Adèle Haenel et Noémie Merlant, sont remarquables d'émotion retenue qui peu à peu se libère, de justesse, de sensualité. A 40 ans, Céline Sciamma pour son 4ème film poursuit en costumes dans la veine d'un cinéma féministe subtil, émouvant, qui interroge sur la place de la femme dans nos sociétés, et en l’occurrence ici de leur absence dans l'histoire de l'art. En s'approchant au plus près d'une artiste peintre et de son modèle, une jeune aristocrate sortie de son couvent pour être mariée à un inconnu, la cinéaste filme comme rarement l'a été fait jusqu'à présent la naissance du désir. Il y a un peu du Jane Campion dans ce film qui nous bouleverse à plus d'un titre.

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Ad astra

Publié le par Michel Monsay

Ad astra

Pour son septième long-métrage, James Gray, un maître du septième art, nous offre à 50 ans une nouvelle merveille. Après nous avoir emmené en Amazonie dans "The lost city of Z", c'est dans l'espace qu'il situe la majeure partie de son nouveau film en signant l'un des tous meilleurs du genre. Tout à la fois spectaculaire et intimiste, "Ad astra" est remarquablement filmé, que ce soit lors d'impressionnantes séquences sur la lune, Mars, et autour de Neptune, ou à l'intérieur des stations ou engins spatiaux, mais aussi en s'approchant au plus près des visages. Brad Pitt livre ici peut-être sa meilleure interprétation, juste, sobre, il incarne parfaitement cet astronaute qui a une maîtrise totale de ses émotions, un pouls ne dépassant jamais 80 pulsations, mais une vie affective et amoureuse désastreuse. La relation père-fils souvent au cœur de la filmographie de James Gray est une nouvelle fois très présente ici, admirable Tommy Lee Jones dans le rôle de ce père, également astronaute, qui a passé sa vie en quête d'une vie extraterrestre, ce père que le fils admire, aime et déteste tout autant. Dénuée de sentimentalisme racoleur et de musique trop présente, cette odyssée spatiale et intérieure tournée en 35 mm et non en numérique est d'une captivante beauté.

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Once upon a time in Hollywood

Publié le par Michel Monsay

Once upon a time in Hollywood

Très attendu pour de multiples raisons, le nouveau Tarantino tient toutes ses promesses et s'inscrit comme l'un des tous meilleurs dans la filmographie du cinéaste. A 56 ans, pour son dixième long-métrage si l'on compte Kill Bill (volume 1 et 2) comme deux films à part entière, il nous replonge dans le Hollywood de son enfance, en 1969 très exactement, avec une nostalgie et une mélancolie sublimes teintées d'une pointe de parodie dont il a le secret. Difficile de ne pas jubiler devant un film de Tarantino, sa manière de filmer, de mettre en scène, ses choix de musique, tout participe à ce subtil mélange de virtuosité, de fluidité, de délectation à s'attarder sur des visages, des gestes, des objets, et ce film regorge de séquences jouissives. Le duo formé par deux des plus grandes stars du cinéma fonctionne à merveille, Leonardo DiCaprio est comme toujours excellent et Brad Pitt, flegmatique et beau gosse, campe finement un personnage bien plus complexe qu'il n'y paraît, sans oublier la superbe Margot Robbie qui interprète délicieusement Sharon Tate, à laquelle le cinéaste rend un hommage très touchant. Amoureux fou de cinéma, même s'il s'agit ici en grande partie de séries télé, Tarantino se sert de son immense culture dans ce domaine pour faire revivre magistralement cette période transitoire entre l'âge d'or hollywoodien, et l’avènement d'une nouvelle génération prodigieuse incarnée par Scorcese, Coppola ou Spielberg. C'est l'époque où l'on recycle les vieilles recettes qui ont fait rêver plusieurs générations, comme le western, dont la télévision s'empare pour créer des héros récurrents ou qui s'offre une nouvelle vie avec le western spaghetti. A travers ce conte mêlant habilement fiction et réalité, Tarantino multiplie les hommages, les références, et met en lumière les acteurs secondaires, les cascadeurs, les coulisses et l'artisanat du septième art dans ce film flamboyant où chaque plan est un régal.

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Yesterday

Publié le par Michel Monsay

Yesterday

A 62 ans, l'anglais Danny Boyle fait partie des cinéastes dont on ne sait pas à l'avance ce qu'ils vont nous raconter tant sa filmographie aborde tous les genres, de "Petits meurtres entre amis" à "Steve Jobs" en passant par "Trainspotting" ou "Slumdog millionaire" qui a remporté 8 Oscars. Associé au scénariste roi de la comédie anglaise sous toutes ses formes, Richard Curtis, de "Mr Bean" à "Bridget Jones" mais aussi "Quatre mariages et un enterrement" ou "Coup de foudre à Notting Hill" pour ne citer qu'eux, Danny Boyle livre une vibrante déclaration d'amour aux Beatles par le biais de cette comédie romantique très efficace que lui a écrite le scénariste. Ne boudons pas notre notre plaisir, c'est un vrai bonheur de redécouvrir les chansons de ce groupe mythique revisitées par l'acteur chanteur Himesh Patel, dont il s'agit du premier rôle au cinéma. Il y est très convaincant, autant vocalement que dans son jeu plein de fraîcheur, de même que Lily James, sa partenaire touchante qui son joue son manager, meilleure amie et amoureuse attendant indéfiniment qu'il se déclare. Pétri de bons sentiments, ce film qui nous fait passer un moment très agréable est aussi une critique acerbe des studios de musique et plus globalement du show business, dont la principale motivation est la rentabilité.

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So long, my son

Publié le par Michel Monsay

So long, my son

Le cinéma asiatique est décidément en plein boom, il continue de nous passionner en nous offrant régulièrement des films remarquables, qu'ils soient coréens comme "Parasite", japonais comme "Asako" et "Une affaire de famille" ou chinois comme "Les éternels" et maintenant "So long, my son". Dans ce dernier, le cinéaste de 53 ans Wang Xiaoshuai évoque la cruauté de la politique de l'enfant unique instaurée en Chine en 1979 et abolit en 2015, à travers le destin d'un couple qui la subit de plein fouet suite à un drame dont il ne se remettra jamais. Usant de flashbacks et d'ellipses, le réalisateur construit très judicieusement la narration, donnant à son histoire une puissance et une émotion qui nous touchent profondément. Outre la reconstitution très réaliste de la Chine des années 1980 jusqu'à nos jours, ce mélodrame est  d'une pudeur et d'une vérité bouleversantes dans sa mise en scène et ses plans toujours filmés sous le bon angle. Tous les comédiens participent pleinement à l'impact émotionnel de ce film, y compris les rôles secondaires, et  le couple d'acteurs qui en est le centre a reçu les prix d’interprétation masculine et féminine au festival de Berlin, pour leur performance symbolique d'êtres sacrifiés par une politique arbitraire où le collectif l'emporte toujours sur l'individu, quitte à le broyer. Ces deux êtres soudés malgré les épreuves, ne se plaignent jamais, affichent la plupart du temps  une dignité indéfectible,  se parlent peu, ne se regardent pas plus. Cette chronique familiale, sociale, politique, baignée d'une déchirante mélancolie, est tout autant une peinture très juste de la Chine qu'une fresque romanesque intimiste dont les héros resteront longtemps dans nos esprits. 

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Amazing Grace

Publié le par Michel Monsay

Amazing Grace

L'enregistrement audio de ce concert demeure l'album gospel le plus vendu de tous les temps, mais il aura fallu attendre 47 ans pour voir le film réalisé lors de ces deux journées d'enregistrement mémorables dans une modeste église du quartier noir de Los Angeles en janvier 1972, à cause d'une erreur de synchronisation entre l'image et le son. Tourné en 16 mm par Sydney Pollack et 5 caméramans, ce film malgré ses imperfections techniques est un moment de pur bonheur qui nous permet d'assister à la performance hors normes d'une chanteuse époustouflante en état de grâce total. Bouleversante d'intensité, de concentration, de simplicité, de puissance, possédée par la musique et le sacré du gospel, Aretha Franklin irradie de tout son être et de sa voix sublime dans une sorte de transe envoûtante où l'émotion est présente à chaque plan, qu'il soit sur la diva, le chœur qui l'accompagne ou le public. Ce film dans une conception et une énergie brutes, sans témoignages pour alourdir le propos ni effets spéciaux,  donne toute la mesure du talent de la reine de la soul et du gospel.

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