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La touchante difficulté de communiquer entre un père et son fils

Publié le par Michel Monsay

La touchante difficulté de communiquer entre un père et son fils

Pour raconter cette histoire simple qui échappe à chaque instant au misérabilisme, une histoire que Samir Guesmi définit joliment comme « une déclaration d'amour sans effusion », le comédien devenu cinéaste joue à merveille de la suggestion et de l'épure. En 1 h 20 et sans un plan de trop, sur fond de décors parisiens ordinaires remarquablement filmés, il met en scène une petite merveille de sensibilité, où les silences et les regards se substituent aux dialogues redondants et aux laborieuses explications de texte. On appréciait beaucoup l'acteur Samir Guesmi, après ce premier film bouleversant, on est désormais en droit d'attendre beaucoup du cinéaste. "Ibrahim" est aussi un film profondément social, qui donne à voir les petites gens et le Paris populaire comme rarement dans le cinéma français. Il adopte une mise en scène toute en retenue, en pudeur et en délicatesse pour raconter ces deux hommes qui ont tant de mal à dire leurs sentiments. L’un s’est trop endurci, l’autre est encore trop fragile, et cette vulnérabilité d’Ibrahim, derrière sa carapace d’ado, le nouveau venu Abdel Bendaher la fait vibrer à merveille. Touche aussi dans ce film, la volonté de montrer, sans grandiloquence, ce qui compte dans l’existence. De regarder en face le dénuement d’un quotidien matériellement difficile pour parler du soutien qui permet de tenir le coup, de l’affection qui change tout. Des choses que le cinéma ne raconte pas souvent, et rarement aussi bien.

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Une merveille d'authenticité et d'humanisme

Publié le par Michel Monsay

Une merveille d'authenticité et d'humanisme

Après deux très beaux films, "Les chansons que mes frères m'ont apprises" et "The rider", la cinéaste d'origine chinoise qui vit aux États-Unis depuis de nombreuses années, Chloé Zhao, a littéralement tout raflé avec son troisième film, "Nomadland" : le Lion d'or à Venise, trois Oscars, meilleur film, meilleure réalisation (c'est seulement la deuxième fois qu'une femme remporte cet Oscar) et meilleure actrice pour l'excellente Frances McDormand, deux Golden globes, quatre Bafta anglais. Cette razzia est totalement méritée, tant ce film est remarquable à tout point de vue. Fidèle à sa méthode immersive, Chloé Zhao met une nouvelle fois en lumière les laissés pour compte de l'Amérique profonde avec une tendresse infinie, en filmant de vrais nomades et en obtenant d'eux une émotion réaliste souvent bouleversante. Proche du documentaire par moments, la cinéaste prend le temps de donner la parole à ces déclassés qui se sont inventés un mode de vie alternatif pour faire face à un deuil, la pauvreté ou la maladie. Qu'elle filme les petits détails de la vie de son héroïne ou les grands espaces américains, la réalisatrice est toujours juste dans le choix de ses cadres, de sa mise en scène entre lyrisme et cinéma vérité, elle nous touche profondément.

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Portrait sans concession et d'une grand beauté d'un génie

Publié le par Michel Monsay

Portrait sans concession et d'une grand beauté d'un génie

L’ambition d’Andreï Konchalovsky pour concevoir Michel-Ange est immense : comment élucider les tourments d’un artiste hors du commun, dont l’art sublime a perduré jusqu’à nous ? Avec ce vingt-quatrième long-métrage, le cinéaste russe inclassable de 83 ans, qui travailla longtemps avec Andreï Tarkowski et fut proche de Pier Paolo Pasolini, offre une réponse personnelle, une vision spectaculaire, dont la beauté est omniprésente. S’entourant d’historiens spécialistes de la Renaissance, huit années auront été nécessaires à la réalisation de ce film, dont le spectateur découvre, dès les premières images, le très haut niveau d’exigence. La reconstitution historique est en premier lieu renversante. Chaque plan ressuscite la magie de la Toscane d’alors, telle une succession de tableaux vivants invitant à la contemplation. Le film puise dans le néoréalisme italien pour retranscrire au plus juste l’essence et l’authenticité du peuple italien de la Renaissance à travers le parcours fiévreux de Michel-Ange, le cinéaste faisant de cet artiste virtuose, un être pauvre et crasseux. Sa violence est à la mesure de sa sensibilité, de sa fougue créatrice et de son opportunisme. Alberto Testone, choisi par le cinéaste pour sa ressemblance stupéfiante avec le maître, lui confère une présence impressionnante, un visage émacié et un regard profond, souvent halluciné. Loin du biopic traditionnel, ce très beau film excelle dans une mise en scène dépouillée et minimaliste, mis à part quelques séquences d'anthologie, et la photographie semble elle-même issue des œuvres picturales de l’époque.

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Une fantaisie tendre et caustique quelque peu désenchantée

Publié le par Michel Monsay

Une fantaisie tendre et caustique quelque peu désenchantée

On avait beaucoup aimé "Au revoir là-haut" et "Neuf mois ferme", voilà pourquoi on attendait avec impatience le nouveau film d'Albert Dupontel, mais la crise sanitaire a interrompu sa carrière une semaine après sa sortie le 21 octobre dernier. Entre-temps, "Adieu les cons" a été plébiscité aux Césars où il en a récolté sept, dont celui du meilleur film et meilleur réalisateur, mais aussi celui du meilleur acteur dans un second rôle pour Nicolas Marié, le fidèle complice de Dupontel, qui est une fois de plus irrésistible. Avec la réouverture des cinémas, heureusement que les distributeurs et exploitants ont trouvé un accord pour donner une deuxième chance à tous les films stoppés à cause de la pandémie, et ce malgré tous ceux qui attendent pour sortir. Le cinéma de Dupontel s'est adouci en comparaison de ses premiers films, il est moins trash et beaucoup plus maîtrisé, et c'est tant mieux, tout en gardant des moments de folie dignes d'un dessin animé, et des savoureuses trouvailles visuelles. Dans un mélange de désenchantement et de romantisme, ce joli film nous offre autant de scènes hilarantes que d'autres toutes en émotion. Le cinéaste se sert de l'absurdité et de la déshumanisation de notre société pour élaborer le cadre de son film, dans lequel il plonge trois personnages victimes d'injustice sous différentes formes. Les comédiens sont tous excellents quel que soit le registre dans lequel ils interviennent, et nous entraînent dans cette cavale haletante sous forme de tragédie burlesque que l'on suit avec enthousiasme entre rire et larmes.

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Un électrochoc essentiel et déchirant au-delà des mots

Publié le par Michel Monsay

Un électrochoc essentiel et déchirant au-delà des mots

Ce documentaire plus que bouleversant témoigne comme jamais de l'horreur de la guerre pour la simple et bonne raison qu'elle a été vécue et filmée par une femme au péril de sa vie durant 5 ans à Alep en Syrie. Entre les premières manifestations contre le régime du dictateur Assad que Waad  Al-Kateab capte avec son téléphone sans aucun projet en tête, et rapidement la dégradation de la situation qu'elle filme avec une caméra jusqu'à son exil forcé sous ultimatum avec son mari et sa petite fille en décembre 2016, la jeune femme nous fait partager son quotidien terrifiant, néanmoins traversé par quelques tranches d'humanité, d'amour, d'amitié, et elle le fait comme un acte de résistance, pour continuer à vivre et arriver à supporter ce cauchemar épouvantable. Outre l'incroyable courage de cette femme qui continue de filmer même lorsque ce qui se passe devant sa caméra devient effroyable, celui de son mari est héroïque, jeune médecin urgentiste, il opère sans discontinuer dans des conditions on ne peut plus précaires et tente de sauver des vies qui ne tiennent souvent qu'à un fil, y compris celles de jeunes enfants. Si ce film, qui provient de 500 heures de rushs et que Waad Al-Kateab a réalisé ensuite avec l'aide d'un documentariste anglais, est adressé à sa fille Sama née dans ce chaos, il constitue aussi la preuve de l'enfer qu'a vécu la population syrienne sous les bombardements du régime d'Assad et de ses alliés russes. La jeune femme, qui intervient régulièrement en voix off durant le film, ne comprend pas que le monde ait pu laisser perpétuer de telles atrocités sans réagir. Il est à espérer que "Pour Sama" servira un jour de pièce à conviction lors d'un procès, devant la Cour pénale internationale, de ces criminels qui ont massacré des hommes, des femmes et des enfants, pour se maintenir au pouvoir. Ce moment de cinéma est d'autant plus inouï que l'on est dans la réalité et non la fiction, au cœur de cette guerre qui a fait 388 000 morts et poussé à l'exil 12 millions de personnes, le vertige que l'on ressent en voyant ces images nous transperce littéralement et nous marque à jamais.

Ce film indispensable est accessible à la location sur la VOD de votre box pour 3 €.

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Une animation métaphorique très puissante

Publié le par Michel Monsay

Une animation métaphorique très puissante

Ce petit film d'animation de treize minutes est tout à la fois inquiétant, mystérieux, poétique et fait appel à tous nos sens. Le César du meilleur court-métrage d'animation qu'il vient d'obtenir, récompense autant l'histoire de la colère d'un enfant face à l'intrusion du petit ami de sa mère, aux allures de mâle dominant, dans sa relation privilégiée avec celle-ci, que le graphisme des dessins faits d'aquarelle sur papier noir. Ce récit œdipien évoque les contes pour enfants à l'atmosphère sombre, sans l'édulcoration que l'on y trouve souvent, avec un effet cathartique, et explore la psyché de cet enfant à travers des visions mentales voire cauchemardesques où l'on navigue entre fantasme et réalité. L'ours, mélange de douceur et de sauvagerie, est au centre de la révolte de cet enfant contre l'injustice qu'il ressent, cette colère qui va rejoindre celle d'autres enfants dans la deuxième partie du film. La réussite de "L'heure de l'ours" d'Agnès Patron tient évidemment à son univers épique, tourmenté et ses dessins touchants et expressionnistes, mais aussi à la fabuleuse bande son où l'absence de dialogues laisse toute la place au moindre bruit de criquets, de vent dans les herbes hautes, ... et à la très belle musique de Pierre Oberkampf, où les instruments à vent et les percussions répondent aux violons et violoncelles lorsque la colère de l'enfant s'intensifie.

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Drunk

Publié le par Michel Monsay

Drunk

En 1998, nous avions découvert Thomas Vinterberg, un jeune danois de 29 ans qui avait marqué les esprits et remporté le Prix du jury au Festival de Cannes pour "Festen", un film autour d'une fête de famille qui dégénère méchamment. Il aura fallu attendre 22 ans pour que le cinéaste retrouve cet humour ravageur qui bouscule le puritanisme ambiant de notre époque, pour nous offrir un film drôle, tragique, tendre, libertaire, touchant, irrationnel. Sans jamais être moralisateur, Thomas Vinterberg explore tout le spectre de l'alcool, des délices de l'ivresse aux effets dévastateurs, sans céder au politiquement correct mais sans tomber non plus dans l'irresponsabilité. Sa caméra est vivante, avec des plans qui rappelle "Festen" en bien plus maîtrisés, qu'elle soit en mouvement ou fixe sur des visages, elle nous enivre et nous fait penser par moments à celle de John Cassavetes. La mise en scène instinctive laisse une part à l'improvisation, qui apporte au film dans certaines scènes une folie douce grisante, et les comédiens se glissent parfaitement dans ce schéma en insufflant une belle humanité à leur personnages qui passent de la mélancolie à l'euphorie. A la tête de la distribution, Mads Mikkelsen, au magnétisme saisissant, fait évoluer par petites touches le professeur d'histoire qu'il interprète avec une intelligence de jeu remarquable. Conçu comme un hymne à la vie, celle où l'on garde le goût du risque, de la curiosité, où l'on refuse une existence médiocre, ennuyeuse, ce très beau film donne aussi matière à réflexion sur la consommation d'alcool, assez répandue au Danemark tout comme dans beaucoup de pays si l'on y réfléchit, qui concerne toutes sortes de public y compris des très jeunes, en favorisant la désinhibition mais avec le danger de l'addiction puis de la déchéance.

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Antoinette dans les Cévennes

Publié le par Michel Monsay

Antoinette dans les Cévennes

Alors que l'automne commence à s'installer sérieusement, cet excellent film nous replonge dans les délices de l'été et qui plus est dans les magnifiques décors des Cévennes. Tournée en Scope, ce qui donne une ampleur, un lyrisme et une image d'une grande beauté, l'histoire d'Antoinette se déploie comme une comédie existentielle qui passe intelligemment du burlesque à l'émotion. C'est aussi le très beau portrait d'une femme enthousiaste, impulsive, pétillante, puérile, amoureuse, parfois pathétique mais si touchante, si humaine. Difficile de ne pas fondre pour ce personnage, mais aussi pour Laure Calamy qui l'incarne divinement bien, elle est tout autant irrésistible pour sa drôlerie, sa sensualité, que pour sa capacité à nous émouvoir dans toutes sortes de situations. Le grand public l'a découverte il y a 5 ans dans la première saison de la série "Dix pour cent" mais elle tourne régulièrement depuis une dizaine d'années, a obtenu un Molière en 2018 pour "Le jeu de l'amour et du hasard", et nous avions été impressionnée par sa performance dans le film "Ava" il y a 3 ans. Le rôle d'Antoinette lui apporte un écrin à la dimension de son talent, et les autres comédiens qui l'entourent ne sont pas en reste, y compris l'âne. Ce film en mouvement regorge de très beaux plans sur le chemin Stevenson, notre héroïne suit en effet les traces de Robert Louis Stevenson, l'auteur de "L'île au trésor" avait arpenté les mêmes sentiers plus d'un siècle auparavant, et avait écrit en 1879, "Voyage avec un âne dans les Cévennes". Cette comédie décalée, imprévisible, brouille les pistes et nous emmène au gré des rencontres vers des moments tendres, cocasses, touchants, dérangeants, pour en faire au final un film réjouissant qui nous fait un bien fou.

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Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait

Publié le par Michel Monsay

Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait

Depuis 20 ans, Emmanuel Mouret explore le sentiment amoureux, le désir, l'inconstance, les imbroglios qui peuvent en résulter, avec un raffinement et un humour qui en ont fait un cinéaste dont on attend avec gourmandise le nouveau film. Son dixième en date, peut-être son plus beau, remarquablement écrit dans ses dialogues et sa construction, est teintée cette fois d'une touche de mélancolie qui apporte une dimension nouvelle dans l'univers du réalisateur, à laquelle on adhère totalement. Les films d'Emmanuel Mouret font penser par moments à un subtil mélange de Woody Allen et d'Eric Rohmer. Grâce à une mécanique virtuose, le cinéaste enchaîne dans sa nouvelle réalisation les péripéties sentimentales de ses personnages, entre tromperie, générosité, sincérité, mensonge, amour véritable, frustration. On est littéralement happé par ce tourbillon amoureux, d'autant que le réalisateur n'utilise quasiment pas le systématique champ contre-champ que l'on voit partout, et privilégie des plans englobant les deux comédiens, donnant ainsi plus de force et d'ampleur à son propos. Les comédiens, très bien filmés et dirigés, offrent une belle partition d'où ressortent le doute et l'ambivalence de leurs personnages. Camélia Jordana, bouleversante dans ce qui est sans doute son plus beau rôle, et Niels Schneider, qui nous montre ici une autre facette de son talent, interprètent avec une touchante retenue les deux principaux protagonistes de cette histoire de déceptions amoureuses. Le cinéaste nous entraîne dans une ronde entre présent et passé avec une remarquable fluidité qui contrebalance la complexité des sentiments de tous les personnages, et signe un film gigogne à la fois jubilatoire et émouvant avec un art du récit qui nous épate.

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Dans un jardin qu'on dirait éternel

Publié le par Michel Monsay

Dans un jardin qu'on dirait éternel

Cette merveille de délicatesse, de simplicité mais aussi de raffinement, de subtilité, qui met en alerte tous nos sens, est le premier film à sortir en France du réalisateur japonais, Tatsushi Omori, et le dernier de la grande comédienne Kirin Kiki, dont on a pu admirer l'immense talent dans "Une affaire de famille" ou dans "Les délices de Tokyo", mais qui est décédée peu après le tournage à 75 ans. Le cinéaste suit avec beaucoup de grâce une jeune femme de 20 ans qui se cherche, admirablement interprétée par la ravissante et sensible Haru Kuroki, et qui va progressivement se trouver en apprenant l'art du thé, qu'elle reçoit comme une philosophie de vie. L'impressionnant cérémonial de cet art ancestral fait de gestes, d'attitudes, d'objets, d'humilité, de précision, filmé comme une sorte de chorégraphie qui varie au fil des saisons, est transmis par une fascinante maîtresse de thé incarnée donc par Kirin Kiki, cette icône du cinéma japonais. Entre douceur, insouciance, rire, la jeune héroïne et sa cousine vont peu à peu se heurter à la difficulté de se faire une place dans la société japonaise, encore un peu plus lorsque l'on est une femme, et l'art du thé va leur apprendre entre autre la patience et la capacité à ressentir pleinement l'instant présent. Ce très beau film empreint de poésie et de sagesse est une expérience sensorielle unique, une fine réflexion sur la vie, le temps qui passe, dont on ressort éblouit avec une maxime en tête : "Chaque jour est un bon jour".

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