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Entre jeu de dupe et jeu de massacre

Publié le par Michel Monsay

Entre jeu de dupe et jeu de massacre

Qui a peur ? est un précipité de réalité documentaire, un état des lieux des conflits politiques et intimes qui animent les artistes de théâtre aujourd’hui, mais où aussi le théâtre devient la scène métaphorique des dérives de notre société contemporaine et le lieu de tous les règlements de compte. De nombreux thèmes sont abordés comme la post-colonisation, le conflit de génération, le #metoo dans le monde de l’art, le politiquement correct, la discrimination positive, les relations de pouvoir sur les plateaux, et tout se dit frontalement, tout se joue pour pouvoir mieux s’en libérer, comme un exorcisme. Malgré tout, c’est aussi une déclaration d’amour à ceux qui inscrivent leur vie dans cet art. Le texte corrosif, retors, dérangeant et, pour toutes ces raisons, intrigant, est signé du dramaturge et romancier belge Tom Lanoye. Cet auteur de 65 ans est un explorateur des parts maudites de l’être humain, le monstrueux ne lui fait pas peur et il ne prend d’ailleurs pas de gants avec les héros de sa pièce. Tom Lanoye nous parle du milieu théâtral, mais aussi de crise sociale, d’absence de reconnaissance pour des vies dédiées à leur travail. La pièce s’attache à dire, par le jeu et le mensonge, la vérité sur le milieu artistique. Dans Qui a peur ?, une langue brutale et crue surgit, une langue qui creuse et fait apparaître la béance des failles des êtres. Il s’agit également d’un pastiche de la pièce Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee. Comme dans la pièce américaine, l’ambiance flotte entre hystérie et perversité, domination et humiliation, et les quatre comédiens, souvent très convaincants, s'en donnent à cœur joie dans ce registre. Qui a peur ? suscite le débat, pose des questions et nous épargne les réponses faciles, c'est tout à son honneur.

Qui a peur ? est à voir au Théâtre 14 jusqu'au 25 mai.

Publié dans Théâtre

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Bouillonnant conte musical en clair-obscur

Publié le par Michel Monsay

Bouillonnant conte musical en clair-obscur

Rachel Arditi, la sœur de Pierre, et Justine Heynemann, la fille du réalisateur Laurent Heynemann, qui ont coécrit le texte, la première jouant dans la pièce et la seconde la mettant en scène, sont nées au moment où quatre filles en colère créent le premier groupe de punk féminin britannique, The Slits : entre 1976 et 1977. Les auteures en font des figures attachantes, dont l’épopée, qui durera quatre ans, jusqu’en 1979, s’incarne en un spectacle formidablement vivant, énergique et tendre. La musique, jouée et chantée en direct par de très bons interprètes, fait ici partie intégrante de la dramaturgie : elle se tisse parfaitement avec les dialogues et la narration. L’époque revit à travers les morceaux choisis et réinterprétés avec brio, et qui composent un véritable paysage fait de colères, de désirs, de sensibilité et de lucidité face au Royaume Uni de Margareth Thatcher : De Patti Smith aux Clash, en passant par les Sex Pistols, les Stooges d'Iggy Pop voire même les Rolling Stones, sans oublier les propres chansons des Slits. Justine Heynemann et Rachel Arditi inventent dans cette pièce les dessous du parcours de ce groupe comète dans un mélange d’humour, d’impertinence joyeuse et de mélancolie embrumée, à travers une écriture espiègle et délurée, malicieuse autant que profonde, avec cette façon de faire vivre des détails, de créer des personnages touchants, des situations expressives, dans une succession de scènes qui nous font basculer du rire à l'émotion. De l’histoire de ces quatre filles coiffées avec un pétard, qui se cognent à la vie, au machisme et aux abus, de ces quatre jeunes femmes puissantes et fragiles à la fois, ces aventurières qui n’ont pas eu froid aux yeux et ont réussi à conserver d’arrache-pied le contrôle total de leur image auprès de leur maison de disque, Justine Heynemann et Rachel Arditi en tirent une épopée scénique réjouissante et galvanisante qui reconnecte avec la faculté d’agir coûte que coûte quand le désir est là, d’essayer plutôt que de rester dans son coin, quitte à se planter, suivre ses instincts, ses convictions, ses motivations, ne pas abandonner. Sur un plateau au désordre tout punk, à la sauvagerie endiablée, leur désespérance est pleine de vitalité, de rythme, de musicalité brute et folle. Une comédie musicale comme on n’en a guère l’habitude, frémissante de colère et d’audace, qui nous transporte totalement.

Punk.e.s est à voir à la Scala à Paris jusqu'au 6 avril.

Publié dans Spectacles, Théâtre

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Un couple à cran à l'ère du confinement

Publié le par Michel Monsay

Un couple à cran à l'ère du confinement

Dennis Kelly, qui est depuis une vingtaine d’années un auteur phare de l’autre côté de la Manche à la fois de théâtre mais aussi de séries, comme l'excellente Utopia chroniqué sur ce blog, s’empare d’une période récente mais qui, on le sent, commence à entrer dans l‘Histoire, celle du confinement. Quatre ans déjà en effet que le monde s’arrêtait et que nous étions assignés plusieurs semaines à résidence face à la violence de la pandémie de Covid. Quatre ans déjà qu’il fallait signer des autorisations pour sortir de chez soi et que les cellules familiales étaient mises à rude épreuve. Or, quand on est un couple comme celui de Together, qui d’emblée déclare se détester, réciproquement, on imagine le caractère vertigineux de l’aventure. Le texte de Dennis Kelly déploie parallèlement d’autres dimensions : Un arrière-plan politique où se rappellent à notre mémoire ce monde d’après qui n’adviendra certainement jamais, mais aussi les manquements, en Angleterre encore plus criants qu’en France, dans le traitement de la pandémie par les autorités publiques. Également bien sûr, car c’est l’une des marques de fabrique de l’auteur anglais, cette insondable violence que chaque humain porte en lui, capable du meilleur comme du pire, d’amour comme de haine, d’altruisme comme de cruauté. Dans Together, l’histoire du couple emprisonné dans le confinement s’épaissit d’un deuil familial, d’une sexualité à la fois éruptive et menacée de disparition mais aussi de ce petit être qui cimente le couple, leur fils Alfie, qu’on ne voit jamais et qui semble bien intrigué par la mort. Très complémentaires Emmanuelle Bercot et Thomas Blanchard interprètent parfaitement ce couple qui avance sur une ligne de crête entre la gravité, la violence des propos, la noirceur des sujets et la manière dont l’auteur les traite avec cet humour décapant. Une nouvelle fois remarquable, Emmanuelle Bercot, mélange de gouaille, d'ironie et de rébellion frustrée, l'actrice-réalisatrice passe avec finesse du comique au tragique. Cette pièce, qui se caractérise aussi par un savant et récurrent jeu d’adresses au public, navigue de manière très harmonieuse entre l'humour et le drame, le rire et les larmes dans l'intimité de ce couple qui se déteste, mais qui en même temps s'aime toujours, avec une dimension politique très bien sentie.

Together est à voir au Théâtre de l'Atelier.

Publié dans Théâtre

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Le besoin vital du regard de l'autre

Publié le par Michel Monsay

Le besoin vital du regard de l'autre

On connaissait Stéphane de Groodt comédien et chroniqueur, qui n’a pas son pareil pour jouer avec les mots à la vitesse de l’éclair souvent dans le registre de l'absurde, désormais il est également auteur. Dans sa première pièce, Un léger doute, il joue aux côtés de l'excellent Éric Elmosnino, ainsi que Constance Dollé et Bérangère McNeese, toutes deux très à l'aise dans le dédoublement de leurs personnages et dans les situations décalées que provoquent le texte. C’est un voyage en absurdie, selon son expression, que nous propose de découvrir Stéphane de Groodt. Il explore avec finesse et ingéniosité la vie d’un acteur lorsque le public sort de la salle, laissant ses personnages sans vie. Le rideau se baisse, les spectateurs s’en vont et ensuite ? Quand le rideau se relève, s’agit-il de la comédie qui se joue ou de la vie qui reprend ses droits ? Entre fiction et réalité, on ne sait plus qui est qui… Avec ce scénario original, ce Léger Doute nous emmène dans le monde singulier, mais pluriel de Stéphane De Groodt, sur les traces d'un Ionesco ou d'un Beckett. L’idée de cette pièce lui est venue pendant le confinement. Quand il n’y a pas de public, qu’il n’y a personne pour regarder les personnages, les comédiens, que deviennent-ils ? Eh bien, les personnages meurent… Quand il n’y a pas un regard porté sur eux, qui sont-ils ? Comme le dit l'auteur : Si vous vivez seul sur une île déserte, vous ne savez pas si vous êtes grand, petit, intelligent, drôle… On a besoin du regard de l’autre. C'est une espèce de mise en abyme du théâtre, une pièce dans la pièce. Dans un laisser-aller progressif, les comédiens incarnent parfaitement exaspérations, mesquineries et dégoûts suscités peu à peu par la vie de couple, et se retrouvent dans des quiproquos hilarants qui démantèlent les règles du savoir-vivre. Avec cette acuité loufoque, qui fait tout le charme de son style, Stéphane De Groodt embarque avec lui les doux rêveurs que nous sommes, ceux qui aiment la bizarrerie et la poésie burlesque, dans cette pièce où le rire est au rendez-vous.

Un léger doute est à voir au Théâtre de la Renaissance jusqu'au 7 janvier.

Le besoin vital du regard de l'autre
Le besoin vital du regard de l'autre

Publié dans Théâtre

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De l'énergie à revendre

Publié le par Michel Monsay

De l'énergie à revendre

A-t-on vraiment envie de rire en ce moment ? On pourrait dire que c'est le propre des époques troublées : le monde va à sa perte, dansons sur un volcan. Raviver et moderniser la comédie de 1851 d’Eugène Labiche Un chapeau de paille d’Italie est le pari gagné du grand metteur en scène de théâtre public, Alain Françon, avec ses 19 interprètes sur le plateau, ce qui devient extrêmement rare. Vincent Dedienne et Anne Benoît sont au cœur d’une troupe survoltée et d’un trio de musiciens qui interprète en direct dans les loges proche de la scène une partition électro-pop de Feu! Chatterton. La musique ne fait pas que meubler les changements de décor, elle entraîne les corps dans une course folle, tirant le spectacle par moments vers la comédie musicale. La pièce multiplie les quiproquos les plus dingues, avec au passage un jeu de massacre dont personne ne sort grandi : bourgeois parisiens, salons aristocratiques, commerçants de province. En 1851, Un chapeau de paille d’Italie était en avance sur son temps, le vaudeville ne prenant essor que dans le dernier tiers du XIXe siècle, mais Labiche pose déjà les bases de ce genre théâtral et de sa folie souterraine. Derrière l'amant dans le placard, le mari trompé, les quiproquos et les portes qui claquent, se cache la bêtise crasse d'une classe, la bourgeoisie, obsédée par l'argent. Les rapports hommes-femmes y sont vus avec une pertinente drôlerie flirtant avec l’absurde, et une contemporanéité étonnante. Alain Françon a suffisamment d'élégance pour faire entendre sans surligner la violence du patriarcat dans un art de la comédie qu'il pousse au burlesque. Vincent Dedienne est drôle, facétieux, virevoltant, et toute la troupe est au diapason avec une mention spéciale à Anne Benoît, qui se glisse avec truculence dans la peau du beau-père à rouflaquettes, et Suzanne de Baecque, godiche sacrifiée qui se contorsionne de manière irrésistible dans sa robe de mariée, mise à mal par une épingle coincée. L'intrusion d’un groupe de rock dans une fable du XIXe siècle est un anachronisme réjouissant. Car si les costumes sont d’époque, la portée de la mise en scène d'Alain Françon est, pour sa part, contemporaine. Elle vient percuter une société dont les tropismes racontent du monde une tendance actuelle et fâcheuse à radicaliser les différences plutôt que de les apaiser. Ces différences d’origines sociales, géographiques, sexuelles ou intellectuelles s’exposent et s’affrontent dans Un chapeau de paille d’Italie. Alain Françon a intelligemment choisi de monter cette pièce folle entre lumière et noirceur, tendresse et férocité dans une mise en scène physique fondée sur la course, l'absurde et le grotesque.

Un chapeau de paille d'Italie est à voir au Théâtre de la Porte Saint-Martin jusqu'au 31 décembre.

Publié dans Théâtre

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Un sommet d'abjection tout à la fois drôle et épouvantable

Publié le par Michel Monsay

Un sommet d'abjection tout à la fois drôle et épouvantable

Cette pièce particulièrement bien ficelée, créée en 2010, lauréate de trois Molières dont celui de la meilleure pièce du théâtre privé, avait connu à l'époque un beau succès avec 700 représentations, elle est reprise aujourd'hui dans une nouvelle version au Théâtre Hébertot. Les deux autres Molières étaient revenus à Julien Sibre, qui a adapté et mis en scène la pièce de Vahé Katcha. Cinq amis sont invités chez les Pélissier pour l’anniversaire de madame. Nous sommes en 1942, dans un appartement bourgeois. Les victuailles proviennent du marché noir : tout va bien malgré la guerre. Mais deux officiers allemands sont tués au pied de l’immeuble et tout bascule dans le cauchemar. En représailles, la Gestapo exige qu’ils choisissent deux otages parmi eux. D’autojustifications en petites lâchetés, de comportements odieux en gestes ignobles, tous les personnages se compromettent. La mise en scène rend bien compte de la mécanique infernale déclenchée par l’injonction barbare. Les dessins animés de Cyril Drouin, projetés par moments en arrière-plan, ont la force et la noirceur de ceux de Marjane Satrapi, et les comédiens déploient une énergie efficace, notamment l'excellent Thierry Frémont, abject en collabo, pour interpréter ce texte féroce, voire insupportable mais souvent drôle sur la médiocrité humaine.

Le repas des fauves est à voir au Théâtre Hébertot.

Publié dans Théâtre

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Réjouissante comédie acide sur la famille

Publié le par Michel Monsay

Réjouissante comédie acide sur la famille

Emmanuel et Armelle Patron, frère et sœur dans la vie, ont écrit une pièce qui pulvérise la relation entre parents et enfants une fois que l’argent pénètre par effraction dans la chère famille. Tout le monde en prend pour son grade et, dans des scènes ubuesques, cocasses et renversantes, la comédie manque de se muer en tragédie. Cette farce jubilatoire démantèle le lien familial sans s’encombrer de tabous inutiles. D’une manière ou d’une autre, chaque spectateur se reconnaîtra dans les coups de griffe que s’échangent les personnages. Ce spectacle, malin, fin, intelligent et vif, convoque sur scène cinq comédiens dont le plaisir est communicatif et le talent au service de cette comédie à rebondissements incessants, et à la précision dramaturgique implacable. Pas un dialogue ne sonne faux. Pas un cliché qui ne vole en éclats.

Chers parents est à voir au Théâtre de Paris jusqu'au 2 avril.

Publié dans Théâtre

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Enthousiasmant spectacle de théâtre musical

Publié le par Michel Monsay

Enthousiasmant spectacle de théâtre musical

Le récit, de la vie rocambolesque de François Courdot, compositeur français qui rêve de faire carrière en Amérique, est le fil conducteur de cette pièce de théâtre musical épatante. Portées sur scène par les comédiennes et chanteuses Cloé Horry et Marion Rybaka, accompagnées du pianiste Raphaël Bancou, ses folles aventures nous feront traverser, outre l’Atlantique, l’histoire de l’opérette et de la comédie musicale au XXe siècle avec humour et talent. En effet Contre-temps mêle les musiques entre autres de Leonard Bernstein, Duke Ellington ou Cole Porter à celles d’Offenbach, Purcell ou Courdot, bien sûr. Les interprètes naviguent d’un style à l’autre avec une aisance bluffante. C’est le festival du larynx, un véritable défi vocal. Tous les arrangements ont été inventés par Raphaël Bancou, musicien virtuose qui s’éclate sur scène à jouer des morceaux pleins de vie et de style. Grâce en plus à une écriture et une mise en scène habiles, qui réserve bien des surprises, le spectacle fait tout cela à la fois : Il amuse, émeut, provoque l’admiration, pique la curiosité, et se termine sur un coup de théâtre fracassant.

A voir à l'Artistic théatre

Publié dans Théâtre

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Joyeuse farce à l’italienne caustiquement misogyne

Publié le par Michel Monsay

Joyeuse farce à l’italienne caustiquement misogyne

La célèbre pièce de Shakespeare, immortalisée à l’écran en 1967 par le duel entre Elisabeth Taylor et Richard Burton, traverse la question des relations de domination entre les sexes. Frédérique Lazarini en propose une adaptation resserrée qui orchestre à merveille le déploiement et les tumultes du sentiment amoureux et de la guerre des sexes, mais aussi la question du rôle, du jeu, du masque social. Le spectacle reprend un procédé cher au grand Shakespeare, une mise en abyme alerte qui mêle divers outils de jeu et diverses époques, jusqu’à l’atmosphère des merveilleuses comédies italiennes si pleines de tendresse, de férocité, de drôlerie, mettant en lumière les fanfarons et souvent les petites gens. Frédérique Lazarini a en effet métamorphosé la tourbillonnante comédie shakespearienne (1594) en une de ces farces caustiques et tendres qu’affectionnait le cinéma italien des années 1950-1960. Shakespeare d'ailleurs aimait fort l’Italie, on le voit à ses nombreuses pièces qui s'y déroulaient. En homme de la Renaissance, il narguait tout type de frontières. Et sans doute appréciait-il la liberté et l’audace de narration de la commedia dell’arte qui y surgirent au début du XVIe siècle. Nous sommes ici sur la place d’un village accueillant un cinéma ambulant, avec l’écran en fond de scène. Les gradins du théâtre prolongent les bancs installés sur le plateau, tandis qu’entre la scène et l’écran s’articule une relation finement équilibrée, depuis des intermèdes savoureux jusqu’au dialogue entre personnages, l’un filmé à l’écran et l’autre joué sur le plateau. Inscrits dans cet ancrage italien joyeux et exubérant, les comédiens interprètent avec assurance et précision la partition. Frédérique Lazarini a retiré la sous-intrigue façon jeu de l’amour et du hasard qui vient se superposer à l’intrigue principale dans le texte original. Elle a permuté l’épilogue en le remplaçant par un manifeste féministe extrait d’Une chambre à soi de Virginia Woolf. Elle a ajouté des chansons en italien, des chorégraphies clownesques et quelques accessoires délicieusement anachroniques, bref elle réinvente Shakespeare avec talent pour notre plus grand bonheur.

La mégère apprivoisée est à voir à l'Artistic théâtre

Publié dans Théâtre

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Un humour savoureux contre le ridicule des conformismes sociaux

Publié le par Michel Monsay

Un humour savoureux contre le ridicule des conformismes sociaux

En s’inspirant d’un manuel intitulé Les Règles du savoir-vivre dans la société moderne publié par la baronne Staffe à la fin du XIXe siècle, Jean-Luc Lagarce sème de doute, depuis la fin du XXe siècle où il écrit : cherche-t-il à réaliser une simple étude sociologique des us et coutumes d’une époque révolue ou plutôt à révéler, pour mieux s'en moquer, leurs potentielles ramifications dans la nôtre ? Connaissant son goût pour l’ironie mordante, il est aisé de pencher, et c’est heureux, pour la seconde option. Pour ce faire, la réécriture opérée par le dramaturge dédouble les personnalités autant que les voix. Déroule, d’un côté, celle de la baronne Staffe. Avec l’assurance de ceux qui lisent les écrits gravés dans le marbre, elle transmet tous les préceptes qui, de la naissance à la mort, doivent guider l’existence et l’attitude des personnes, qu’on imagine, de bonne famille. A l’en croire, tout, du parrainage aux fiançailles, du contrat de mariage aux noces d’argent, des noces d’or au deuil, est réglé comme du papier à musique. A chaque événement, correspond un cérémonial écrit à l’avance, dicté par des « on » et des « il faut », qui, malgré leur origine indéterminée, pèsent très lourd dans la balance, tels d’immuables commandements. Et puis, il y a cette voix commentatrice et perturbatrice, celle de Jean-Luc Lagarce, qui de temps à autre, s’immisce dans l’impeccable déroulé pour mieux le railler. Sous son regard aiguisé, ces « règles du savoir-vivre », gentiment désuètes et surannées, sont cruellement tournées en ridicule, réduites aux fondations d’un carcan de classe excluant, dont il faudrait une bonne fois pour toutes se libérer pour, enfin et réellement, basculer dans une société moderne. Cette dissociation, une légende théâtrale, Catherine Hiegel, l’incarne à elle seule avec une aisance et un plaisir non dissimulé. Comme taillé sur-mesure, le rôle lui permet, tout à la fois, de jouer la bonne sœur, prêtresse du savoir-vivre, rigide et sévère, le nez dans ses manuels, mais aussi d’user de ce je-ne-sais-quoi un peu narquois, voire franchement cynique, avec l’esprit malin et affûté qu’on lui connait. Sourire en coin, yeux au ciel, attitude blasée, elle édicte les préceptes de la bonne société autant qu’elle les démolit, et se nourrit de la plume acerbe de Jean-Luc Lagarce pour fomenter des saillies aiguisées qui font le sel de son écriture : la précision, l’ironie et l’humour pince-sans-rire. Le résultat sur scène est étincelant, drôle et délicieusement vachard.

A voir au Théâtre du Petit Saint-Martin

Publié dans Théâtre

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