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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 08:05
Avec virtuosité elle nous prend dans sa toile

On ne présente plus Fred Vargas, dont les romans policiers rencontrent un très large public et sont le plus souvent encensés par la critique, qui une nouvelle fois nous éblouit par son talent. A 60 ans, cette femme discrète, archéologue, zoologue et médiéviste de formation, avec son univers si différent des autres auteurs de polars, sans violence ni rythme effréné, sans faits divers réel non plus, nous offre une œuvre grandiose où la réflexion, l’humour, la tendresse, la poésie, le jeu avec les mots enchantent les pages. Avec un sens étonnant du détail, une rigueur scientifique, elle tisse progressivement sa toile d’où le flegmatique commissaire Adamsberg, héros récurrent et très attachant de neuf de ses romans, va tenter de se sortir. Au-delà de l’intrigue construite avec finesse et malice, d’une sensibilité environnementale et animale en filigrane, la romancière aborde pour la première fois les violences faites aux femmes dans toute leur cruauté, leur ignominie et leur lâcheté. Depuis une quinzaine de jours, le commissaire Adamsberg est en vacances en Islande et a quasiment oublié la brigade criminelle qu’il dirige dans le 13e arrondissement de Paris. Un message écrit le ramène contre son gré vers la réalité et l’oblige à rentrer en France. Il retrouve son équipe pour enquêter sur la mort d’une femme de 37 ans écrasée par deux fois sous les roues d’un 4x4. Très dialogué, ce formidable polar, où les personnages secondaires ont tous une réelle épaisseur et où les rapports humains qu’ils soient bienveillants ou brutaux sont toujours bien sentis, est à la fois érudit et réjouissant tout en confirmant la belle singularité de cette romancière si précieuse.

                                                                                                   

Quand sort la recluse - Un roman de Fred Vargas - Flammarion - 478 pages - 21 €.

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23 juin 2017 5 23 /06 /juin /2017 07:01
Une famille et une société sans repères

Ce roman passionnant, dérangeant, d’une incroyable audace, dresse en creux le portrait d’une civilisation déglinguée, en perdition, sans avenir, avec une rage et une énergie étonnantes. A 64 ans, Mathieu Belezi a vécut plusieurs vies, beaucoup voyagé, changé de nom, et depuis 20 ans sous ce pseudonyme est devenu un écrivain majeur. Dans sa dernière œuvre, admirablement construite, son écriture d’une liberté folle à la fois puissante et inventive nous entraîne dans une époque violente, individualiste auprès d’une famille au bord de l’implosion dont six de ses membres vont être successivement narrateurs. Le romancier parvient à nous captiver quel que soit le personnage et pas une ligne n’est à jeter dans ce texte dense, précis, tout autant effrayant que réjouissant. La même révolte plus ou moins contenue se retrouve chez les différents protagonistes de cette histoire, qui chacun à sa manière lui trouve un exutoire, que ce soit dans la fuite, le sexe, la violence ou l’alcool. Le premier d’entre eux est un homme de 45 ans qui depuis trois mois a quitté femme et enfants, ne supportant plus sa vie, préférant la liberté d’errer au volant de sa voiture sur les routes de sa région et dormir dans des chambres d’hôtel. Avant de le retrouver, le roman s’ouvre sur le viol et le meurtre d’une jeune fille par un supposé serial killer qui écrit Réveillez-vous sur le corps de ses victimes. C’est aussi ce que pourrait dire Mathieu Belezi aux lecteurs de ce roman électrisant, dont l’intensité de la langue et du propos donnent envie de réagir face à cette société qui court à sa perte, à cette misère affective. Paradoxalement, le plaisir que l’on prend à le lire est proportionnel au chamboulement que provoque cette histoire vénéneuse.

 

 

Le pas suspendu de la révolte - Un roman de Mathieu Belezi - Flammarion - 586 pages - 21 €.

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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 06:47
Troublant récit initiatique dans l’Espagne post-franquiste

Considéré comme l’un des plus grands romanciers de notre temps, Javier Marias éblouit dans sa dernière œuvre par l’intelligence de son écriture. Sa langue d’une envoûtante richesse mais toujours accessible, nous emmène au-delà de l’intrigue vers des digressions d’une justesse impressionnante. A 65 ans, le madrilène ausculte dans ce magnifique roman les comportements de l’Espagne franquiste et surtout postfranquiste, vu qu’une grande partie de l’histoire se passe en 1980 lorsque le pays est en pleine transition démocratique. Cela étant, le cœur du roman tourne autour d’un couple d’une quarantaine d’années, et les nombreux personnages gravitant autour qui chacun à son niveau est touché par ce vent de liberté après les années de plomb. A travers l’histoire personnelle de ce couple et le comportement des uns et des autres sous Franco, l’écrivain questionne le pardon, le mensonge, la trahison, le secret, les non-dits, l’amour, l’amitié et bien d’autres thèmes avec toujours une extrême lucidité et une acuité à analyser les consciences pour comprendre le sens de nos actes. Un homme, pas loin de la soixantaine, entreprend de nous raconter son histoire et celle des personnes qu’il a côtoyées lorsqu’il avait 23 ans et était secrétaire particulier d’un réalisateur à Madrid. Il nous évoque d’emblée le mariage désastreux de son patron uni depuis une vingtaine d’années à une femme dévouée et amoureuse, mais qu’il rudoie verbalement pour une raison mystérieuse. Le réalisateur fait part au jeune homme d’une rumeur qui le tracasse concernant un ami de longue date, et va le charger d’enquêter à son sujet. En suivant l’apprentissage de ce brillant jeune homme, le romancier nous passionne, nous intrigue et nous éclabousse de son immense talent à mêler l’intime, le contexte historique et une réflexion magistrale sur les choses de la vie.

 

Si rude soit le début - Un roman de Javier Marias - Gallimard - 576 pages - 25 €.

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 06:46
Livres sur l'Europe

Voici une sélection de livres parus récemment sur l’Europe pour mieux comprendre les enjeux économiques, sociaux et pour entrevoir des solutions qui relanceraient l’Union européenne :

 

Joseph E. Stiglitz - L’Euro : Comment la monnaie unique menace l’avenir de l’Europe - Editions LLL.

Pour la première fois, Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, commet un livre sur la crise européenne et sur les impasses de l’euro comme monnaie unique. Comment en est-on arrivé à consacrer une monnaie conçue pour rapprocher les peuples et amener la prospérité et qui a fini par les diviser et plomber leur économie ? Un constat implacable de l’auteur qui propose également des solutions concrètes pour sortir de l’impasse.

 

Hubert Védrine - Sauver l’Europe ! - Edition Liana Lévi.

Avec une parole libre et sans détour, l'excellent Hubert Védrine analyse les ressorts de la crise de confiance dans l’Union européenne et développe des propositions claires pour la surmonter.

 

Jean Quatremer - Les salauds de l’Europe - Calman Levy.

Les salauds de l’Europe, ce sont à la fois les États, les maîtres de l’Union, qui ont trahi le rêve des pères fondateurs, et les démagogues qui essayent de faire croire qu’un retour vers le passé résoudrait tous les problèmes. Dans ce livre percutant, l’un des meilleurs spécialistes de l’Europe reprend un à un les arguments de ses opposants en démêlant le vrai du faux et rappelle que la construction communautaire, aussi perfectible soit-elle, reste la dernière utopie pacifiste d’une planète au bord de l’abîme.

 

Thomas Piketty et 3 autres auteurs - Pour un traité de démocratisation de l’Europe - Seuil.

Comment contenir le déferlement de la vague populiste qui risque de balayer nos démocraties ? Comment prévenir l'éclatement de l'Union européenne ? Pour en finir avec des politiques économiques disqualifiées, mettre l'austérité en minorité et lutter contre les inégalités, il est urgent de démocratiser le gouvernement de la zone euro.
Rédigé par une équipe pluridisciplinaire de juristes, politistes et économistes, repris par Benoît Hamon, le projet de traité, ici présenté et commenté, institue une Assemblée parlementaire de la zone euro permettant de promouvoir la justice fiscale et sociale.

 

Pierre Moscovici - S’il est minuit en Europe - Grasset.

C'est le livre d'un artisan et d'un partisan de l'Europe, excédé par la médiocrité politique, un livre « coup de gueule » contre ceux qui laissent dépérir la grande idée européenne. C'est aussi un plaidoyer pour ceux qui pensent qu’il faut redonner une chance à notre continent et au projet européen. Une contribution à la fois personnelle et politique, par un Européen de cœur, qui connaît intimement l'Europe et se bat pour qu'elle avance.

 

Céline Schoen - L’Europe des citoyens - Le Cherche-midi éditeur.

L'ONG L'Europe des citoyens, qui suit avec attention l'activité du Parlement européen à Bruxelles et à Strasbourg, a réuni quatre eurodéputés (Nathalie Griesbeck, Françoise Grossetête, Edouard Martin et Michèle Rivasi) à qui Céline Schoen, correspondante de presse et spécialiste des affaires européennes, a donné la parole. Ce travail prospectif, fruit de plusieurs mois d’échanges, a abouti à dix propositions concrètes pour enfin tracer une nouvelle feuille de route politique pour l’Europe.

 

Michel Aglietta et Nicolas Leron - La double démocratie - Seuil.

Le contexte historique actuel appelle un nouvel acte fondateur, comme le furent l’institution du marché commun ou la création de l’euro. Cet acte, les auteurs le situent dans un budget européen, avec sa double dimension d’élément constitutif d’un ordre politique et de fonction d’investisseur en dernier ressort pour recouvrer une croissance soutenable. Seul l’avènement d’une véritable puissance publique européenne peut permettre la revitalisation des démocraties nationales en desserrant l’étau réglementaire de l’UE. En concevant la possibilité d’un partage des responsabilités politiques entre ces deux niveaux, les auteurs envisagent la figure inédite d’une double démocratie.

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 08:44
Livres élections présidentielles

Voici une sélection de livres parus à l'occasion de l'élection présidentielle, d'abord ceux des candidats qui ont pris la plume à cette occasion, puis des essais de journalistes ou spécialistes du monde politique :

 

Emmanuel Macron - Révolution - Xo éditions.

Le fondateur du mouvement En Marche raconte pour la première fois son histoire personnelle, ses inspirations, sa vision de la France et de son avenir. Un livre fort, singulier, qui pose les fondements d’une nouvelle société.

 

François Fillon - Faire - Albin Michel.

A travers le récit de sa vie politique, d'une analyse de la situation et du monde qui nous entoure, le candidat Les Républicains trace les lignes d'un projet pour replacer la France en tête.

 

Jean-Luc Mélenchon - L'avenir en commun - Seuil.

Le candidat de la France insoumise propose de construire un programme dicté par des choix dans l'intérêt général humain, et non sous l'emprise de la peur et du chacun pour soi, pour changer l'histoire de notre pays.

 

François Bayrou - Résolution française - Editions de l'Observatoire.

Le président du Modem va droit à l’essentiel des choix à faire pour notre avenir en n’éludant aucun des problèmes qui inquiètent les français, avec des réponses de fond pour que le pays prenne un nouveau départ.

 

Nicolas Dupont-Aignan - France lève-toi et marche - Fayard.

Le candidat de Debout la France raconte sa rupture définitive avec la classe politique traditionnelle, son parcours, et nous livre son projet pour sortir la France de la crise et régler les problèmes des Français.

 

François Midon - Les raisons de la colère des français vues d'en bas - Melibee.

Simple citoyen retraité de 67 ans, fils d'agriculteurs, il a passé sa carrière dans le monde de l'entreprise. François Midon, passionné par la chose politique, a rédigé cet ouvrage dans le but d’apporter sa contribution, au renversement de l'ordre des choses où tout part du haut pour aller vers le bas, dans l'élaboration des programmes pour les prochaines élections présidentielles et législatives. Il veut rappeler ainsi que le politique a pour mission de servir le peuple et de contribuer à son bonheur.

 

Agnès Verdier-Molinié - Ce que doit faire le (prochain) Président - Albin Michel.

Directrice de la Fondation iFRAP, un think-tank qui évalue les politiques publiques, Agnès Verdier-Molinié trace une feuille de route. Plus qu’un programme, c’est une obligation morale de résultat. Elle démontre que la situation de la France est à haut risque, alors que nous avons pourtant toutes les clés pour éviter le mur en sortant de l’asphyxie fiscale et de la prolifération des normes et des lois.

 

Cécile Alduy - Ce qu'ils disent vraiment - Seuil.

Chercheuse à Sciences-Po et professeur de littérature à Stanford, Cécile Alduy analyse la logique du discours des politiques qui se disputent l'élection présidentielle de 2017. Selon elle, plus que jamais, la bataille des idées passera par celle des mots. Et celui qui imposera son propre sens de la "laïcité" ou de la "République" aura remporté une victoire idéologique, au-delà même des résultats électoraux.

 

Olivier Rouquan - En finir avec le Président ! Editions François Bourin

Politologue et enseignant-chercheur en sciences politiques, Olivier Rouquan questionne dans ce livre le suffrage universel direct institué par De Gaulle, qui aujourd'hui est une foire d’empoigne et répond de moins en moins aux attentes des électeurs. Selon lui, après trois quinquennats ratés, la revitalisation du parlement, l’extension du recours au référendum et une plus grande participation des citoyens à la décision semblent aujourd’hui plus nécessaires que jamais.

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 08:48
La troublante rencontre de deux solitudes

Récompensé il y a trois mois par le Prix Interallié, ce magnifique douzième roman de Serge Joncour est tout à la fois une comédie humaine de notre époque, et l'histoire d'une rencontre improbable mais miraculeuse. A 55 ans, cet écrivain qui s'est construit entre Paris et la Nièvre, dont sa famille est originaire, et qui adore sillonner la France en train, décrit merveilleusement autant la réalité urbaine que rurale avec un étonnant sens du détail, mais aussi avec malice, tendresse et lucidité. La solitude des villes, l'absence d'écoute, le surendettement ou les magouilles dans les banlieues, la difficulté de s'en sortir en étant agriculteur ou en étant créatrice de mode face à la mondialisation, les dégâts des pesticides, sont autant de thèmes dont l'auteur se serre pour tisser la toile de sa trame. Et au beau milieu de toutes ces angoisses de nos sociétés contemporaines, il y dépose deux êtres totalement opposés et les fait se rencontrer en élaborant une intrigue surprenante et admirablement bien construite qui nous passionne loin des idées reçues. Un ancien agriculteur et joueur de rugby de 46 ans, d'un mètre quatre-vingt-quinze pour cent kilos, a quitté l'exploitation familiale du Lot et s'est reconverti depuis deux ans, après le décès de sa femme, dans le recouvrement de dettes à Paris. Quand s'ouvre le roman, il arrive dans un pavillon défraîchi de banlieue chez une vieille dame pour lui réclamer un impayé de 700 euros. Coincée par une panne informatique aux caisses d'un Monoprix, une jeune femme qui a tout ce qu'elle désirait dans la vie, sent à l'image de cet incident que tout se dérègle depuis quelques mois. Capable de glisser du sourire aux larmes sans que l'on s'y attende, Serge Joncour fait preuve d'un remarquable pouvoir romanesque et érige avec sensibilité l'amour comme rempart à tous les tracas de notre temps.

 

Repose-toi sur moi - Un roman de Serge Joncour - Flammarion - 427 pages - 21 €.

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 09:25
Le jazz dans tous ses états

A l’occasion de son 53ème album de la collection « 100 photos pour la liberté de la presse », Reporters sans frontières (RSF) s’associe à la célèbre agence Magnum afin de nous proposer une superbe sélection de moments insolites, émouvants ou simplement beaux mettant en scène des musiciens de jazz. Cette musique qui se conjugue forcément en noir et blanc apparaît ici à travers ses plus grands interprètes, que les photographes de Magnum ont saisis merveilleusement en concert ou lors de moments plus intimes. On sent dans ces clichés toute la spontanéité du jazz, l’improvisation, la performance, les gestes, les postures, on entend presque les notes s’envoler des instruments. En plus de ces très belles photos qui nous racontent le jazz sous toutes ses formes, il y a dans l’album des textes d’amoureux de cette musique fascinante comme Jean-Pierre Marielle, Jacques Gamblin ou la grande romancière Toni Morrison et un sublime dessin de Sempé. Enfin pour compléter l’ensemble et comme dans chaque album de RSF, l’organisation fait le point sur la liberté de la presse dans le monde à travers une carte, des reportages, un dossier sur le journalisme d’infiltration et l’interview d’un grand journaliste d’investigation allemand. En 2016, 74 journalistes sont morts dans l’exercice de leur métier, RSF se bat quotidiennement contre cela et la vente de ces albums constitue une ressource essentielle pour l’ONG.

 

Jazz – 100 photos pour la liberté de la presse – Reporters sans frontières – 144 pages – 9,90 €.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 09:34
Emouvant hommage à travers une quête de la vérité d’une vie

En remportant le Prix des prix littéraires, qui récompense depuis 2011 le meilleur livre parmi les huit grands prix littéraires attribués à l’automne, « Laëtitia ou la fin des hommes » confirme qu’il est bien l’une des plus belles réussites de 2016. Egalement lauréat du Prix Médicis et du Prix littéraire Le Monde, Ivan Jablonka, écrivain et historien de 43 ans, a écrit un livre hybride entre roman, récit et essai qui démontre parfaitement ce que la littérature peut apporter au réel tout en lui étant d’une fidélité scrupuleuse. L’auteur a mené une enquête auprès des proches de Laëtitia Perrais, cette jeune fille de 18 ans sauvagement assassinée en janvier 2011 près de Pornic, mais aussi auprès des magistrats, avocats, journalistes, gendarmes et autres personnes ayant été mêlées à cette affaire. Il a aussi dépouillé les archives concernant la victime et a assisté au procès de son meurtrier. Le résultat est sidérant autant pour la reconstitution glaçante de la vie et la mort de Laëtitia, que pour la radiographie implacable d’une certaine société française à la périphérie des villes, faite d’inégalités et de pauvreté. Le constat se fait à plusieurs niveaux, celui de l’environnement de Laëtitia, qui a passé sa courte vie dans une insécurité quasi permanente entre alcoolisme, violence, inceste, et qui malgré tout tentait de s’en sortir. Celui de l’Etat avec un Président qui s’empare avec populisme de la vive émotion d’un fait divers pour incriminer la justice. Mais aussi d’un point de vue social, où les hommes continuent à faire tant de mal aux femmes voire aux enfants. Admirablement construit, ce livre essentiel redonne vie à Laëtitia pour la faire exister au-delà de ce crime abject dont elle a été victime et du meurtrier qui l’a commis. Pour une fois qu’un écrivain n’est pas fasciné par le prédateur mais s’emploie à restituer sa dignité à l’absente, on ne peut que remercier Ivan Jablonka, qui a rendu Laëtitia inoubliable.

 

 

Laëtitia ou la fin des hommes – d’Ivan Jablonka – Editions du Seuil – 366 pages – 21 €.

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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 08:07
L’effondrement des certitudes

Passionné d’art sous toutes ses formes, après de brillantes études littéraires, Luc Lang en parallèle de sa carrière d’écrivain enseigne l’esthétique à l’Ecole nationale supérieure d’arts. A 60 ans, il sort un magnifique onzième roman à lire, à voir, à entendre tant son pouvoir sensoriel est éclatant. La langue de cet écrivain est un pur bonheur. Avec une utilisation de la ponctuation très originale, un incroyable sens du rythme, cette histoire puissante, admirablement mise en mots et construite, est dotée d’un pouvoir de fascination irrésistible qui nous enchaîne à son héros comme pour vivre au plus près le cataclysme qu’il doit affronter. On le suit de Paris en Normandie, puis dans les Pyrénées et jusqu’au Cameroun dans une tension quasi permanente, où l’on peut mesurer la fragilité du bonheur, la méconnaissance de l’autre, le poids des secrets de famille, la capacité humaine à rebondir, à se reconstruire, à se remettre en question. Les descriptions d’une précision virtuose aussi bien lorsqu’il s’agit de paysages, de l’univers dans lequel évoluent les protagonistes, que de la géographie intérieure du personnage central et de ses relations avec les autres, tout contribue à donner un relief impressionnant à cette histoire. Nous sommes un vendredi soir, un homme de 37 ans est au téléphone avec sa femme lorsque la communication se coupe, il essaie de la rappeler mais impossible de la joindre. Elle a un poste important au Havre et rentre le vendredi dans sa maison à Saint-Mandé, tout près de Paris, pour retrouver son mari et ses deux enfants. Sauf que cela fait plusieurs semaines qu’elle ne rentre que le samedi en fin de matinée. Déçu, il espérait que pour leurs dix ans de mariage, même s’ils ne doivent le fêter que le lendemain, elle rentrerait vendredi soir. Après avoir dîné avec ses enfants et avoir cogité sur la raison de ce dérèglement, il s’endort devant son ordinateur. A 4h du matin, il est réveillé en sursaut par le téléphone, c’est la gendarmerie qui lui annonce que sa femme a eu un grave accident de voiture. C’est beau un écrivain au sommet de son art, on se demande vraiment quels sont les critères d’attribution des prix littéraires et comment les différents jurys ont pu oublier une telle merveille.

 

Au commencement du septième jour – Un roman de Luc Lang – Editions Stock – 538 pages – 22,50 €.

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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 08:18
Tout pour réussir sa vie, et pourtant …

Pour son douzième roman, Catherine Cusset rend un vibrant hommage à son meilleur ami qui s’est suicidé en 2008 à l’âge de 39 ans. Elle élabore sans concessions un portrait vivant, bouleversant et très original en s’adressant directement à lui. Le livre est écrit à la deuxième personne du singulier, comme si la narratrice qui n’est autre que Catherine Cusset s’était mise dans la tête de son ami, pour revivre sa vie en se servant de la fiction afin de combler les ignorances. A 53 ans la romancière française vivant à New-York, qui est en lice pour le prix Goncourt pourrait bien cette année décrocher le gros lot tant cet autre qu’on adorait nous touche profondément. Son écriture brillante, son style direct, rapide, parfois cruel mais qui sait se faire tendre, nous entraîne sur les traces d’un homme qui a tout pour réussir et être heureux, mais dont le caractère imprévisible par moments, les maladresses, les mauvais choix vont peu à peu assombrir son horizon. En nous dévoilant dès le prologue la fin de l’histoire, l’auteure nous invite à essayer de comprendre avec elle ce qui a poussé son ami à en arriver là. Une jeune femme de 22 ans reçoit le prix du meilleur mémoire de fin d’études lors d’un cocktail dans une université à Richmond aux Etats-Unis. Si elle aperçoit le sourire chaleureux d’une amie au premier rang, elle ne voit pas son petit ami, professeur de 39 ans dans cette université, pourtant repérable avec son mètre quatre-vingt-dix. Les deux femmes s’éclipsent à la fin des discours et se rendent au domicile de Thomas, qu’elles découvrent mort avec un sac sur la tête et les copies de ses étudiants répandues à ses pieds. Ce tableau en clair-obscur explore avec une saisissante lucidité et une intensité psychologique la descente aux enfers de cet ami qui dévore la vie, passionné de musique, de cinéma, naturellement doué, entouré d’amis, de femmes, mais se heurtant à de nombreuses désillusions qui le fragilisent chaque fois un peu plus.

                                                                                                                      

 L’autre qu’on adorait – Un roman de Catherine Cusset – Gallimard – 291pages – 20 €.

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