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livres

Bouleversante chronique d'un meurtre annoncé

Publié le par Michel Monsay

Bouleversante chronique d'un meurtre annoncé

Les tragédies commencent souvent par annoncer la couleur de leur fatalité pour mieux dérouler toutes les étapes d’un récit qui va mener à l’inéluctable. Comme si revisiter le parcours qui entraîne vers la tragédie pouvait permettre de comprendre ce qui s’est passé, pourquoi ça s’est passé, et si elle aurait pu être évitée. Sur fond d’Amérique raciste, notamment celle des années 60, la romancière revisite les étapes de la vie de sa mère assassinée le 5 juin 1985 à l'âge de 41 ans. Grande poétesse américaine, récompensée notamment par le Prix Pulitzer en 2007, Natasha Trethewey avait choisi pour s'en sortir l'amnésie, le silence et fuir Atlanta, la ville du drame. En y revenant 30 ans plus tard pour son travail, elle va ressentir le besoin de faire ressurgir tout ce passé enfoui, et entreprendre de raconter la vie de sa mère autant en s'autorisant l'évocation de souvenirs familiaux, qu'en se plongeant dans les douloureuses archives judiciaires de l'affaire. Avec des mots d'une grande justesse, ce récit sidérant de dignité, de courage, de sensibilité, de puissance et de liberté, raconte l'enfance et ses parfums, mais aussi ses peurs dans un Mississippi ségrégationniste ou le Ku Klux Klan continue de frapper, les violences faites aux femmes, l'impossibilité au final de se défaire d'un passé traumatique, et par la force de son écriture, Natasha Trethewey parvient au fil des pages à faire résonner la voix de sa mère. L'écrivaine s'approprie enfin l'héritage que lui a légué Gwendolyn Ann Turnbough : "La mort même de ma mère, écrit-elle, est rachetée dans l'histoire de ma vocation, lui donne un sens au lieu d'en faire quelque chose d'insensé. C'est l'histoire que je me raconte pour survivre." En affrontant cette blessure qui ne guérit jamais, l'écrivaine livre un récit intime déchirant qui est autant une forme d'hommage à sa mère qu'une manière de ne plus vivre à l'ombre de cette violence, de cette tristesse, mais d'avancer désormais forte de l'appui de cette femme tant aimée.

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Un roman d'une grande ingéniosité narrative

Publié le par Michel Monsay

Un roman d'une grande ingéniosité narrative

La grand romancier britannique nous offre dans son nouveau livre un modèle d'humour british à l'ironie cinglante sur la duplicité des êtres. William Boyd nous plonge en 1968 dans la ville balnéaire de Brighton, sur le tournage d'un film prétendument d'art et d'essai, où il entrelace les histoires avec bonheur en faisant ressortir les faux-semblants de l'existence, l'ambiguïté de ses personnages qui mènent une double vie et sont contraints de mentir aux autres comme à eux-mêmes, au risque de se perdre. L'ébullition de cette époque qui sert de toile de fond au récit est le révélateur explosif des névroses de nos héros. Démarré sur le mode caustique, volontiers cruel, le roman distille des notes plus tendres dans la dernière partie, où chacun trouve sa ligne de fuite, plus ou moins radicale. La beauté et le pouvoir évocateur de l'écriture de William Boyd font merveille dans ce roman jubilatoire que l'on dévore avec un plaisir infini.

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Un très beau roman sobre et prenant

Publié le par Michel Monsay

Un très beau roman sobre et prenant

Entre le destin d’Henri, son frère handicapé, et celui de Buster Keaton, génie comique et homme tragique, la discrète et talentueuse Florence Seyvos tisse, dans Le Garçon incassable, un réseau de correspondances et d’échos très touchant. Pour évoquer la solitude, la douleur physique, la résistance secrète et têtue des deux garçons, stoïques face à la violence des hommes et de la vie. Roman inoubliable, Le Garçon incassable est l’un des dix-huit titres qui inaugurent la très belle collection de semi-poches Bibliothèque de l’Olivier, créée à l’occasion des 30 ans de la maison d’édition. C'est une fille inclassable qui a écrit Le Garçon incassable. Florence Seyvos a de solides bagages pleins de trésors, et fait son chemin mine de rien, depuis une vingtaine d'années. Scénariste de quatre films de Noémie Lvovsky (La vie ne me fait pas peur, Les Sentiments, Faut que ça danse ! et, plus récemment, Camille redouble), lauréate en 1995 du Goncourt du premier roman avec Les Apparitions (où un handicapé mental de 5 ans se prenait pour une voiture), et auteure de livres pour la jeunesse. Retraçant les existences de ses deux protagonistes, Florence Seyvos marche sur deux fils, le burlesque et le tragique. Et c’est dans cette double tension que se déploie un roman superbement obstiné et émouvant.

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L'humour comme planche de salut

Publié le par Michel Monsay

L'humour comme planche de salut

L'autobiographie dessinée de Riad Sattouf est un véritable phénomène éditorial. Sortie en 2014, cette série sous-titrée Une jeunesse au Moyen-Orient  s'est déjà écoulée à plus de trois millions d'exemplaires ! Des chiffres dignes d'Astérix ou Lucky Luke pour des ouvrages épais publiés sans tambours ni trompettes chez une tout jeune éditeur, Allary Editions. Magie du bouche à oreille, amplifié et relayé par une critique enthousiaste et unanime. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Loin d'être franco-française, l'audience de L'Arabe du futur  est devenue mondiale. Traduite dans dix-sept langues (dont le finnois et le coréen), multi-récompensée, publiée un peu partout en Europe, la série, fait rarissime, a même traversé l'Atlantique. Pourquoi un tel engouement ? Pas simplement parce que la guerre en Syrie donne envie d'en apprendre davantage sur ce pays et son histoire récente. Même si le témoignage de Sattouf qui a passé là-bas, et en Lybie, la majeure partie de son enfance, est précieux et laisse voir en filigranes comment cette société en est arrivée là, même si L'Arabe du futur n'a pas de prétention documentaire. L'histoire en tant que telle se déroule dans les années 80-90, bien avant que le pays ne soit à feu et à sang. Sattouf y raconte la vie à hauteur d'enfant, à travers les yeux du petit garçon blond qu'il était alors. Riche, nuancée, à la fois très accessible et durablement marquante, cette autobiographie touche un public beaucoup plus large que celui des amateurs de BD. L'arabe du futur appartient au club très fermé des romans graphiques, qui abolissent l'espace entre dessin et littérature. Il n'est pas donné à grand monde de transcender ainsi le récit intime pour en tirer un langage universel. Pourtant, ce n'est pas un sujet facile de prime abord. Qui irait se passionner pour cette histoire familiale se déroulant il y a trente ans dans un Moyen-Orient écartelé entre archaïsme et progrès ? Avec un regard incisif et son sens du détail propice au sourire, passant de la tendre chronique à la peinture du tableau politique abordé de biais, Riad Sattouf nous livre la vision perplexe, amusée ou fascinée, mais aussi très aiguisée, d'un enfant sur le monde arabe. Si l'atmosphère est pesante, le ton reste léger. Du général au particulier, et retour, dans un puzzle d'instantanés, Sattouf met au jour, par touches, les failles et les dérives d'une société, d'un régime, d'un système. Il fait mine de s'en amuser, mais n'use de l'anecdote que pour mieux enfoncer le clou. Pour ses petits-cousins syriens, Riad, ce garçon tout blond venu d'ailleurs, ne peut être qu'un Juif, ce qui est l'insulte ultime, la stigmatisation répétée à l'infini, jusque dans les figurines en plastique avec lesquels jouent les enfants, où les soldats israéliens sont toujours représentés dans des poses fourbes et des attitudes de traîtres. Quant au père, aussi omniprésent que déroutant, avec ses blagues maladroites, sa mauvaise foi, sa frime surjouée et ses contradictions, à la fois autoproclamé athée, et partisan fier du Coran, défenseur des valeurs modernes et grand croyant des dictateurs arabes, il incarne à lui seul le malaise généralisé qu'on perçoit en fond de décor. L’originalité du coup de crayon de ce roman graphique sert un scénario qui se suffit à lui-même, drôle, mais aussi parfois choquant, troublant ou dérangeant dans sa vérité.

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Portrait à la fois dur et émouvant d'une mère

Publié le par Michel Monsay

Portrait à la fois dur et émouvant d'une mère

Il n'a que 28 ans, et Édouard Louis est déjà une figure importante de la littérature, ses trois premiers romans ont été traduits dans une trentaine de langues et ont fait l'objet d'adaptations théâtrales, cinématographiques et bientôt en série.  Pour composer ce nouveau texte, écrit à la première personne, il extrait des bribes, des éclats, des morceaux de la vie de cette femme qui est sa mère et, à la fin, ces fragments forment un tout troublant et touchant. Il retrace la descente aux enfers d’une jeune fille privée d’éducation, condamnée au mariage à 18 ans, à des maternités non choisies, à la pauvreté, à des hommes alcooliques et violents. Violence sociale, violence patriarcale qui empêchent cette femme d'être maîtresse de sa vie jusqu'à une métamorphose inattendue. Même Édouard Louis, qui ne se ménage pas dans son récit, avait honte de cette mère abîmée par la vie et au langage populaire. On peut voir cependant un parallèle entre les trajectoires de la mère et du fils, qui ont réussi à s'extraire des souffrances de leur condition de femme et d'homosexuel. En une petite centaine de pages, Édouard Louis réussit à dire violemment et lumineusement à la fois l’intime et le politique dans ce récit puissant et finalement assez tendre.

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Un roman tendre et intelligent sur notre époque

Publié le par Michel Monsay

Un roman tendre et intelligent sur notre époque

En mettant en scène un jeune assistant parlementaire et une hackeuse, Alice Zeniter interroge différentes facettes de l’engagement politique dans une France en crise. Dans ce grand roman de l'engagement, elle met en scène une génération face à un monde violent et essoufflé, une génération qui cherche, avec de modestes moyens mais une contagieuse obstination, à en redessiner les contours. L'auteure s'empare intelligemment de nos existences contemporaines qu'elle transfigure en autant de romans marquants, "L'art de perdre" avait beaucoup fait parler de lui il y a quatre ans, sur ce que signifie aujourd'hui faire de la politique. Chacun à sa façon, les personnages de cette histoire prenante cherchent comment défendre une démocratie en panne de valeurs. Formidablement documenté et pédagogique, en plus d'être remarquablement construit et romanesque, le propos d'Alice Zeniter est courageux. Renouer avec une littérature engagée plus forcément à la mode, et faire rayonner une conscience collective, est un pari audacieux qu'elle élabore avec succès. Dans cette fascinante plongée au cœur du pouvoir et d'Internet, la romancière nous invite à aller regarder la vie d'un peu plus près, à la manière d'un Robert Capa, dont il est question dans ce roman, qui ausculte les événements du présent (Gilets jaunes, Anonymous sur Internet, ...) sans le recul pour les analyser, avec la peur de se fourvoyer en les accompagnant ou la tentation d'en rester spectateur. Passionnant.

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Une BD puissante en forme d'hommage à un photoreporter atypique

Publié le par Michel Monsay

Une BD puissante en forme d'hommage à un photoreporter atypique

Le scénariste de bande-dessinée Jean-David Morvan a une passion pour les photographes, et après avoir consacré des albums à Cartier-Bresson, Capa, Steve McCurry, et Abbas, c'est au tour de Stanley Greene, moins connu du grand public mais qui a marqué son époque, entre 1989 et 2017, par ses images brutes et chargées d'émotion prises au cœur de conflits et autres lieux de désolation. Miné par une hépatite C et mort dans le dénuement à 68 ans, Stanley Greene a pourtant ­reçu le prestigieux prix Eugene Smith et été récompensé cinq fois par le World Press Photo. Avant de devenir photoreporter, il a été peintre, acteur, Black Panther, oiseau de nuit, héroïnomane, photographe de mode, et ce personnage fascinant aurait pu inspirer une œuvre romanesque à JD Morvan, mais l'auteur de cette BD a eu l'excellente idée de se mettre dans la tête de Stanley Greene et de le faire parler post-mortem à la première personne en se servant d'entretiens que le photographe a donnés. Ce procédé, non seulement donne du rythme à ce livre mais en plus nous fait découvrir au plus près la personnalité de cet homme intègre, écorché, esthète, romantique, qui s'était donné pour mission de témoigner des atrocités que des populations endurent dans le monde. De nombreuses photos de Stanley Greene répondent à la narration et aux très beaux dessins de Tristan Fillaire, qui à 25 ans signe un premier album enthousiasmant et très prometteur dans un style quasi réaliste avec un trait limpide qui accompagne parfaitement le propos.

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Un magnifique roman rural qui fait sens

Publié le par Michel Monsay

Un magnifique roman rural qui fait sens

On ne peut que se réjouir lorsque des romanciers comme Serge Joncour sont récompensés par des prix littéraires, d'abord cela donne de la valeur à ces trophées, et surtout cela apporte à des grands écrivains une juste reconnaissance et la possibilité d'être lu par un plus grand nombre. Déjà lauréat du Prix Interallié 2016 pour l'excellent "Repose-toi sur moi", chroniqué dans ces colonnes, Serge Joncour a donc reçu le Prix Femina en novembre dernier, et c'est amplement mérité tant son roman nous passionne par sa capacité à nous raconter une histoire d'amour sans jamais tomber dans la mièvrerie, l'auteur coutumier du fait est l'un des rares à réussir cet exercice délicat, mais aussi à nous plonger dans une fresque familiale avec en toile de fond la course folle vers le progrès et la modernité, qui parfois mène à la catastrophe. En mêlant l'intime aux grands événements, "Nature humaine", dont l’action court de la grande canicule de l’été 1976 à la puissante tempête de décembre 1999, Serge Joncour, dans un art subtil de la narration en utilisant des allers-retours dans le temps d'une parfaite fluidité, se sert des erreurs du passé qui ont provoqué des crises sanitaires et environnementales pour mettre en lumière une large palette de problématiques contemporaines. Le héros du roman, un jeune agriculteur du Lot qui vit dans des paysages sublimes, est confronté de plein fouet à la mutation des campagnes et aux pratique délétères, et comme le laisse sous-entendre le remarquable titre "Nature humaine" qui a plusieurs significations, il n'y a pas d'un côté la nature et de l'autre les humains, nous formons un tout sous peine d'aller droit dans le mur. Lui-même d'origine paysanne, Serge Joncour mieux que quiconque nous fait partager son amour de la nature, et dans ce merveilleux roman il parvient magistralement à faire progresser l'intrigue sur trois niveaux, socio-politique avec une humanité qui perd la tête, familial avec une tradition paysanne de quatre générations prête à voler en éclats, et personnel avec l'histoire d'amour tourmentée que vit le personnage central. En d'autres termes, il explore avec une admirable acuité la nature humaine dans toute sa complexité.

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Une autobiographie vivante et romanesque

Publié le par Michel Monsay

Une autobiographie vivante et romanesque

Récompensé par le Prix Femina étranger, ce récit écrit au fil des jours et non rétrospectivement est une œuvre autobiographique en trois volets, dont "Le coût de la vie" est le deuxième mais qui peut se lire sans nécessairement avoir lu le premier "Ce que je ne veux pas savoir". Dramaturge, poétesse et romancière anglaise de 61 ans, originaire d'Afrique du Sud, Deborah Levy partage avec nous sa vie en direct avec intelligence, humour voire loufoquerie, et pudeur, nous raconte des anecdotes qui font sens, des digressions savoureuses, s’appuie sur de nombreuses références littéraires, et réfléchit sur l'acte d'écrire, la féminité, la maternité, l'amour, le mariage, la liberté, l'émancipation pour une femme dans une société qui reste patriarcale. C'est passionnant, brillant, on peut penser à Emmanuel Carrère par moments, le récit est tout à la fois patchwork et limpide, léger et profond, on n'est pas loin d'un roman tant le style de Deborah Levy est visuel, sensoriel, vif, frais, et l'on suit ses confidences avec un plaisir gourmand sans cesse renouvelé, passant du sourire à l'émotion.

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Une merveille de roman graphique

Publié le par Michel Monsay

Une merveille de roman graphique

C'est un véritable choc que cette adaptation du puissant roman de Steinbeck, remarquablement mis en scène par la dessinatrice illustratrice Rébecca Dautremer qui parvient à recréer avec une étonnante inventivité l'Amérique des années 1930. Au-delà du magnifique objet que représente ce livre de 420 pages par son format, sa qualité de papier et son poids, le travail colossal entrepris par l'artiste durant 16 mois et le défi ô combien réussi de s'attaquer à une œuvre mythique de la littérature américaine forcent le respect. Ce court roman du Prix Nobel de littérature, basé sur une touchante histoire d'amitié, est d'une noirceur totale avec en arrière-plan la crise économique de 1929, le racisme, la misogynie, l'exploitation des plus faibles,  une société individualiste et inégalitaire, en d'autres termes l'échec du rêve américain. Pour l'illustrer, les dessins somptueux de Rébecca Dautremer se présentent sous différents cadrages, formats, styles ou matières, les décors, personnages, détails, fausses publicités, intègrent totalement le texte original, et sont inspirés de photographies de Dorothea Lange et Walker Evans ou viennent de l'imagination débordante de l'illustratrice, pour former au final une œuvre nouvelle à part entière. Les personnages prennent vie sous nos yeux, leur solitude, leur fragilité, les illusions qu'ils entretiennent, les soumissions, les capitulations douloureuses, tout cela transparaît dans ces admirables planches réalisées au crayon et à la gouache sur du papier aquarelle. A 49 ans, Rébecca Dautremer est déjà l'une des toutes meilleures dessinatrices d'albums pour la jeunesse, mais avec cet impressionnant travail graphique, qui mélange bande dessinée, livre d'images et roman graphique, non seulement elle donne à l’œuvre de Steinbeck une résonance et une profondeur insoupçonnées, mais elle atteint en plus un niveau qui nous laisse béat d'admiration.

Une merveille de roman graphique
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