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« Il faut sortir de l’incantation et des propos d’estrade »

Publié le par Michel Monsay

« Il faut sortir de l’incantation et des propos d’estrade »

Elu du XVIIIe arrondissement de Paris, Pierre-Yves Bournazel est à la fois conseiller de Paris et de la région Ile-de-France Les Républicains. Il est en charge de la candidature de Paris pour les Jeux 2024 et de la politique du cinéma de la région. Parallèlement, il s’est engagé auprès d’Alain Juppé pour l’élection présidentielle, dont il est un de ses porte-paroles.

 

Vous qui êtes originaire de Corrèze, quelles sont les pistes à explorer pour que la ruralité et le monde agricole se portent mieux ?

Pierre-Yves Bournazel - La ruralité a subi de plein fouet un certain nombre de mutations, et pour faire revenir la population, en finir avec le désenclavement, il faut une vraie stratégie d’emploi. Les nouvelles technologies, comme le numérique avec l’économie et les métiers qui en découlent, sont une chance pour le monde rural. Elles mettent tous les territoires à égalité en permettant de travailler facilement à l’endroit de son choix. Il faut donc investir dans cette logique du numérique afin de pouvoir agir sur le tourisme et l’attractivité d’une région pour les entreprises.

Pour le monde agricole, il faut réorienter la PAC par un soutien concret aux agriculteurs, sécuriser les relations entre les différents acteurs des filières, alléger les charges sociales, fiscales et règlementaires, soutenir l’investissement et l’innovation pour renforcer la compétitivité du secteur, refondre le statut des exploitations agricoles qui doivent être considérées comme des entreprises. Il faut aussi réformer notre système de retraites pour mettre fin à des inégalités qui ne sont plus acceptables, avec des pensions indécentes notamment pour des agriculteurs.

 

La nouvelle génération que vous incarnez contribue-t-elle à faire bouger les lignes en matière politique ?

P-Y.B. - Cette nouvelle génération doit amener un renouvellement des pratiques politiques pour mettre fin au cumul des mandats parlementaires et exécutifs, avec des élus à temps plein dans leur mission sur le terrain. Elle ne doit pas être dans l’idéologie mais la réalité en expérimentant, en recherchant des solutions efficaces avec les acteurs de la société civile. C’est ce que je m’efforce de faire dans le 18ème à Paris, arrondissement de la diversité dans lequel je vis. Tous les jours, en étant à l’écoute des habitants, j’apprends et je comprends des situations complexes, ce qui permet de favoriser le dialogue et la construction de projets. Mais il faut pour cela donner plus de liberté et de responsabilité aux collectivités territoriales qui sont au plus près du terrain. En étant dans le concret, comme je le fais, on sort des logiques partisanes qui sclérosent, cloisonnent et empêchent de faire les réformes nécessaires. Il m’arrive de voter des projets de la ville de Paris alors que je suis dans l’opposition, ce qui me donne d’ailleurs plus de légitimité pour dire ce qui ne fonctionne pas. Notre génération doit être créative, audacieuse et courageuse mais elle doit aussi accepter la transmission de personnes plus expérimentées qui ont également cet état d’esprit. Je n’aime pas que l’on me reproche mon âge en me disant que je suis trop jeune pour assumer des responsabilités, mais je n’aime pas plus que l’on reproche à d’autres leur âge parce qu’ils seraient trop expérimentés.

 

Quels sont les enjeux de la primaire de la droite et du centre, et sur quoi va-t-elle se jouer ?

P-Y.B. - Pense-t-on que c’est dans la radicalité, la division, le clivage permanent, que l’on peut obtenir des résultats ? Pour ma part, j’ai la conviction que pour réformer le pays et pouvoir agir dans un contexte de tension internationale, de risque terroriste, de difficultés économiques et sociales, le prochain Président de la République devra avoir une capacité de rassemblement des français autour d’un projet. Aujourd’hui, ne pas dire ce qui est doucereux à l’oreille des français, mais plutôt ce qui est bon pour l’avenir de la France, est une force face à la montée des populismes et de la démagogie, qui d’ailleurs ne résoudraient en rien les problèmes mais les aggraveraient. Avec Alain Juppé nous sommes des patriotes et non des nationalistes, Romain Gary disait : « Le patriotisme est l’amour des siens quand le nationalisme est la haine des autres ».

Je note que certains candidats ont peut-être trop regardé les shows de M. Trump, et dans cette primaire il ne faut pas que l’on « Trump » les français. Cela va se jouer sur l’efficacité des projets, mais aussi sur les tempéraments et les caractères. Il faut sortir de l’incantation et des propos d’estrade. Ce n’est pas en ressemblant à Marine Le Pen qu’on la battra. Tous les français peuvent aller voter à cette primaire, il n’y a pas besoin de carte de parti, il faut simplement vouloir l’alternance, notamment pour tous ceux qui ont été déçu par M. Hollande. En ne faisant qu’un mandat, Alain Juppé ne sera pas obnubilé par sa réélection. Si l’on ne veut pas de Mme Le Pen ni subir son candidat, il faut le choisir les 20 et 27 novembre.

 

Pourquoi la droite a voté contre la piétonisation des voies sur berge à Paris, et de manière globale quelles sont les relations entre Paris et la région ?

P-Y.B. - Ce n’est pas un problème parisien mais régional, les personnes qui circulent en voiture à Paris viennent essentiellement de la banlieue. On ne décide pas seul contre les maires des communes environnantes et contre la région sans concerter ni dialoguer, d’ailleurs l’enquête publique le dit. Je ne suis pas opposé et même favorable à terme et dans d’autres conditions à l’aménagement des voies sur berge. Il faudrait pour cela que la décision soit partagée avec les partenaires et qu’il y ait des solutions alternatives. La région Ile de France a beaucoup  de retard sur les transports en commun, faute d’investissement suffisant de la gauche pendant 20 ans. Il y a le projet du Grand Paris express porté par Valérie Pécresse qui va nous aider à désengorger Paris de la voiture, mais il faudra quelques années. Quant aux propositions de la présidente de la région, elles ne sont pas suivies d’effet par Mme Hidalgo et je le regrette. Notamment construire des parkings aux portes de Paris, permettant ainsi aux personnes venant de banlieue de pouvoir garer leur voiture et prendre les transports en commun. Cela délesterait la capitale et aurait un réel impact sur la pollution. Anne Hidalgo et Valérie Pécresse sont capables de travailler ensemble en bonne intelligence dans l’intérêt général, notamment sur la candidature de Paris pour les Jeux de 2024 et sur le tourisme, mais sur certains sujets il y a des différences de méthode.

 

Approuvez-vous l’aménagement de camps de réfugiés à Paris et quelle est votre position sur le problème dans sa globalité ?

P-Y.B. - Les campements sauvages sont la honte de Paris. C’est à la fois indigne pour les réfugiés qui vivent dans des conditions déplorables d’hygiène et de sécurité, et pour les riverains qui subissent toutes les nuisances. Un centre d’accueil peut être un moindre mal à conditions qu’il y ait concertation sur le lieu d’implantation, que ce ne soit pas toujours dans les quartiers qui connaissent déjà des problèmes de précarité. Mais aussi que ce soit un lieu qui cherche l’efficacité des politiques publiques, qu’il y ait une accélération des procédures de droit d’asile et pour ceux qui n’en bénéficieront pas, il faut une politique extrêmement ferme de reconduite à la frontière. Si l’on veut accueillir dignement les personnes, on doit mener une politique équilibrée et cohérente.

En même temps, je demande qu’il y ait une action forte au niveau de l’Etat pour démanteler les réseaux de passeurs qui profitent de la misère humaine pour gagner de l’argent, il faut durcir les sanctions. Il doit y avoir aussi une politique européenne avec un cap, pour agir sur Frontex, réformer Schengen et harmoniser le droit d’asile européen. Quand aurons-nous une stratégie internationale pour éradiquer l’Etat islamique en Syrie et en Irak, d’où fuient de nombreux réfugiés ? La France et l’Europe doivent également mettre au point une stratégie de développement et de coopération dans les pays d’où viennent les migrants économiques, pour leur permettre de vivre dignement sur leur terre.

 

Quel est votre sentiment sur la montée de l’islamophobie et la difficulté à parler sereinement des musulmans en France ?

P-Y.B. - Je suis un républicain et ne distingue pas les citoyens en fonction de leur origine, leur confession, leur condition sociale ou leur génération. Je demande seulement de manière transversale que chacun ait l’amour de la France et la volonté de la servir. La haine du juif, du musulman ou de l’autre est inacceptable, elle doit être condamnée et combattue avec la même force. La laïcité n’est pas la négation des religions, elle signifie qu’au-dessus des convictions religieuses, tout à fait respectables, il y a la communauté nationale avec le respect des valeurs républicaines. Pour contrer l’islamophobie, il faut montrer que l’immense majorité des musulmans de France se sent partie prenante du destin du pays, et n’a pas à être distinguée des autres citoyens à cause de son appartenance religieuse. Par contre, lorsqu’il y a un problème de fondamentalisme, il faut le traiter et lutter fermement contre la radicalisation sans accepter les dérives. Personne, quel que soit sa confession, ne doit imposer des lois religieuses dans un pays républicain et laïc. Il ne faut pas chercher à opposer les citoyens les uns aux autres, surtout en matière de distinction religieuse.

 

En quoi la candidature de Paris aux Jeux 2024 est-elle si importante pour notre pays ?

P-Y.B. - Comme il s’agit du plus grand événement au monde, c’est un formidable coup de projecteur sur Paris et la France pour donner envie d’investir dans notre pays. Nous travaillons dans l’unité, avec l’Etat, la ville de Paris, la région Ile de France et le monde sportif, afin d’assurer l’attractivité économique et culturelle du pays, mais aussi pour améliorer la vie quotidienne. L’organisation des Jeux olympiques et paralympiques peut s’avérer très positive dès lors que sont prises les bonnes décisions. Nous voulons faire en sorte que ce soit un accélérateur des politiques publiques en faveur d’un développement des réseaux de transport, du décloisonnement des quartiers et de la création de nouveaux éco-quartiers, d’une amélioration de la formation professionnelle dans l’innovation, le numériques et les métiers du sport. En plus, 95% des équipements existent déjà ou seront temporaires, il y a donc une sobriété financière contrairement à d’autres villes candidates.

 

                                                                                

Quelques repères

Natif du Cantal, il a vécu toute son enfance en Corrèze où sa famille vit toujours, département auquel il est très attaché même si aujourd’hui il est pleinement investi dans le 18ème arrondissement de Paris. Après avoir fait Sciences-Po, il a travaillé au Parlement européen, au ministère de la justice, et à son compte dans le conseil. A 39 ans, ce passionné d’histoire est engagé à fond dans la vie publique et politique, dans laquelle il a des objectifs pour 2017 avec Alain Juppé et en 2020 où il aimerait incarner la relève pour Paris.

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Un parcours qui force l’admiration

Publié le par Michel Monsay

Un parcours qui force l’admiration

L’étoile française des Jeux paralympiques de Rio, avec trois médailles dont deux en or sur le 400m et le saut en longueur, Marie-Amélie Le Fur, a illuminé la compétition de son talent et son sourire indéfectible. Un public grandissant a découvert avec engouement les exploits de cette championne, dont le palmarès compte désormais trois titres paralympiques, quatre mondiaux et de nombreuses médailles.

 

A son retour des Jeux paralympiques de Rio, Marie-Amélie Le Fur a le corps endolori. Sa préparation avant les Jeux a été fortement perturbée par une blessure à la cuisse qui a failli compromettre sa participation. Comme elle s’est malgré tout alignée dans quatre épreuves de la catégorie des athlètes amputés de membres inférieurs, les deux dernières courses l’ont fait énormément souffrir. Ce qui ne l’a pas empêchée d’obtenir une médaille de bronze sur le 200m et de finir sixième du 100m. Par contre, pour le saut en longueur et le 400m, tout s’est passé pour le mieux, elle a en effet remporté les deux titres paralympiques en améliorant pour les deux disciplines le record du monde. Même si elle a connu une belle médiatisation après les Jeux de Londres, notamment l’année suivante en  2013 avec les championnats du monde en France, elle savoure celle d’aujourd’hui qui est forcément plus forte : « C’est agréable un tel engouement. Grâce notamment aux retransmissions de France télévisions, les gens sont prêts maintenant à regarder du handisport pour l’aspect performance, bien plus qu’avant où ils étaient trop attachés à la notion de handicap. »

 

Un grand bonheur

Avec sa première médaille d’or paralympique sur le 100m à Londres en 2012, la plus dure à obtenir à ses yeux, celle qui libère et permet d’aborder la compétition plus sereinement, les Jeux de Rio sont évidemment le plus beau moment de sa carrière avec deux nouveaux titres, mais aussi avec la médaille d’or sur le 400m malvoyants de Nantenin Keita : « La réussite de mon olympiade passait par celle de Nantenin. Cela fait dix ans que nous sommes très proches, elle est ma partenaire de chambre dans la vie sportive et j’ai construit ma carrière à ses côtés, nous nous sommes toujours soutenues. » Outre le bonheur éprouvé pour son amie, Marie-Amélie Le Fur a pris tout autant de plaisir sur le côté humain de l’événement, en étant aussi heureuse d’être sur la piste que de partager ces Jeux avec l’équipe de France et avec sa famille qui était présente à Rio.

 

Le stress en moins

Un travail sur le mental lui a permis d’aborder la compétition avec beaucoup moins de stress, d’ouvrir sa bulle de concentration, qui était auparavant très hermétique et générait un stress négatif, ce qui parfois la faisait totalement passer à côté d’un concours de saut en longueur. Elle joue aujourd’hui davantage avec le public avant chaque saut. Cela s’est révélé payant à Rio où elle s’est présentée sans trop de confiance avec seulement deux petits entraînements en arrivant sur place, alors qu’elle n’avait pas sauté depuis deux mois suite à sa blessure. Résultat, elle bat le record du monde dès son premier essai et construit sa victoire saut après saut jusqu’au dernier où elle s’élance avec un sentiment de plénitude totale. Pour le 400m, son manque de préparation s’est fait ressentir à la fin de la course mais lorsqu’elle a franchi la ligne d’arrivée, et vu son nom sur le panneau d’affichage ainsi qu’un nouveau record du monde, elle a explosé de joie. Sur le podium, les deux marseillaises chantées par une partie du public lui ont aussi procuré beaucoup d’émotion.

 

Le handisport en pleine évolution

Cette perfectionniste, jamais satisfaite de ce qu’elle fait, aime l’entraînement et possède une vraie culture de l’athlétisme, sport qu’elle a démarré bien avant d’être amputée de la jambe gauche : « Cela me permet d’aborder le 400m, ma discipline de prédilection, plus facilement en acceptant de me faire mal, ce qui n’est pas encore le cas de certaines de mes adversaires que le 400m peut effrayer. C’est un sprint très long où le corps souffre énormément, qui nécessite une construction et une intelligence de course que l’on ne retrouve pas sur le 100m. »

Malgré ses succès, Marie-Amélie Le Fur se rend compte que la concurrence est de plus en plus rude, un professionnalisme pour le handisport se développe dans certains pays et de ce fait les performances sont en constante évolution et les athlètes se spécialisent davantage. Ce constat est une bonne chose pour le handisport mais le professionnalisme n’est pas encore une réalité en France. La championne espère qu’en cas de victoire de la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux 2024, dont elle copréside le comité des athlètes avec Teddy Riner, il y aura un déclic pour professionnaliser le handisport et améliorer la détection. Aujourd’hui, elle est obligée d’avoir un travail à côté et même si elle bénéficie d’un détachement de 50%, les temps de repos sont quasi inexistants avec neuf séances d’entrainement par semaine.

 

Parler du handicap sans tabous

La couverture médiatique des Jeux paralympiques de Rio avec 100 heures de direct est une grande première, puisqu’à Londres il s’agissait uniquement de résumés et de différés. Entre-temps, il y a eu les Jeux d’hiver de Sotchi en 2014 avec déjà du direct pour suivre notamment les exploits de Marie Bochet. Cette évolution n’empêche pas la difficulté de pouvoir parler du handicap librement : « Un commentateur a dit à propos de la fin de mon 400m : « Elle en a plein les jambes ». Le problème est que cela ait choqué, alors que cette expression fait partie de la langue française, d’ailleurs cela m’a fait rire. Les gens doivent comprendre que l’on ne doit pas adapter son discours dès lors que l’on parle d’une personne en situation de handicap. On peut rire de tout, et nous les premiers on en rit énormément. »

Afin de faire avancer les choses, elle répond aux nombreuses sollicitations pour aller parler du handicap dans les écoles, une fois par semaine, ou lors de séminaires d’entreprises. Elle aime particulièrement les échanges avec les enfants où il est question de notion de différence, d’accessibilité, où elle montre le matériel et explique que le handicap n’est pas forcément une souffrance au quotidien. Pour sa part, elle l’oublie totalement et lorsqu’elle est en jupe ou en short, c’est le regard des gens qu’elle croise, même s’il est toujours bienveillant, qui lui rappelle qu’elle a une prothèse.

 

L’accident

Ce handicap est survenu à l’âge de 15 ans pour Marie-Amélie Le Fur, après un accident de scooter où un automobiliste ne l’a pas vue au moment de tourner. Les nombreuses fractures ont entrainé l’amputation de la partie inferieure de sa jambe gauche, qu’elle a vécue sur le moment à la fois comme un soulagement de la douleur et la possibilité d’une nouvelle vie grâce à une prothèse. Son entourage et sa force de caractère lui ont permis de tout de suite positiver sans s’apitoyer sur son sort, même si certains jours elle pleurait et se rejetait. Si elle n’en veut pas à l’automobiliste pour son erreur, qui peut arriver à tout le monde selon ses propos, elle ne comprend pas qu’il ne soit pas venu la voir pour prendre de ses nouvelles.

Ses copains des jeunes sapeurs-pompiers, tout de suite après l’accident, ont l’idée de mettre en vente à son profit un t-shirt avec la citation de Saint-Exupéry « Fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité », maxime qu’elle a fait sienne depuis. Cette opération lui permet de s’acheter des prothèses de sport qui l’aident dans sa rééducation. Elle participe ensuite au tournage d’un téléfilm où elle est la doublure de l’héroïne, une jeune fille amputée suite à un accident qui découvre l’athlétisme et ses capacités à courir. Ce tournage lui offre sa première prothèse de course appelée lame. Quatre mois seulement après son accident elle recourt, et son ascension vers les plus hauts sommets de l’athlétisme handisport est impressionnante.

 

Une carrière qui s’est adaptée

Lorsqu’elle démarre l’athlétisme à l’âge de six ans, c’est davantage pour accompagner sa sœur, mais au bout d’un an ou deux elle commence à se régaler dans les disciplines de demi-fond. Consciente qu’il est difficile d’en vivre, elle se projette sur un vrai métier qui la passionne, sapeur-pompier : « Pour le rapport aux autres, leur venir en aide, et ne jamais savoir ce que réserve une journée qui commence. Le plus dur après mon accident a été de faire le deuil de ce métier. » Elle est néanmoins toujours très proche de cet univers puisque son mari est pompier et elle conserve beaucoup d’amis à la caserne de Blois, sa ville d’origine. Parallèlement à l’athlétisme, elle poursuit ses études jusqu’à un master de recherche en physiologie du mouvement humain, mais EDF lui fait une proposition qui lui permet à la fois de s’entraîner et d’avoir un métier à côté. Elle trouve ainsi simultanément un sponsor en intégrant le team EDF et un employeur en travaillant à la centrale nucléaire de Saint-Laurent des Eaux, où elle accompagne les managers dans leurs projets de changement.

 

La championne n’a pas dit son dernier mot

Toujours à la recherche du geste parfait, elle estime ne pas maîtriser à 100% sa lame et avoir encore une marge de progression. Ce qui laisse supposer qu’après la coupure de compétitions d’un an ou deux dont elle a besoin pour elle et pour son entourage, il est fort probable que Marie-Amélie Le Fur revienne avec pour ambition de finir en beauté aux Jeux de Tokyo en 2020. A tout juste 28 ans, la championne qui pensait arrêter après Rio a toujours des rêves à plus ou moins court terme : « D’abord, vivre avec un peu plus de légèreté dans un premier temps, construire une vie de famille, évoluer professionnellement, mais aussi toujours l’ambition d’aller plus vite, plus loin en atteignant les 6 m en longueur. Sportivement ce n’est pas fini … »

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Les ravages d’une société ultra libérale

Publié le par Michel Monsay

Les ravages d’une société ultra libérale

A 80 ans, le lion rugit toujours aussi fort et son dernier film a bouleversé le festival de Cannes au point de remporter la Palme d’or. Ken Loach rejoint ainsi le cercle très fermé des cinéastes ayant reçu deux palmes. Eternel révolté devant l’injustice et les dysfonctionnements de nos sociétés, le réalisateur anglais a mieux que quiconque tout au long de sa carrière donné la parole à ceux qui souffrent, aux démunis, aux laissés-pour-compte que l’on n’entend quasiment jamais, en leur rendant leur dignité. Comme dans beaucoup de ses films, il parvient à nous passionner pour des histoires ordinaires grâce à une justesse de ton remarquable qui se ressent dans sa mise  en scène, ses cadrages, ses dialogues. Mais aussi dans un scénario très bien construit, une étonnante capacité à trouver des inconnus pour incarner ses personnages et les diriger de manière à les rendre plus vrais que nature, enfin une sincérité et un courage sans concessions assez uniques dans le monde du cinéma. Dans ce film où il dénonce la cruauté d’une administration anglaise semi-privatisée, qui se comporte de manière cynique pour accorder ou refuser une aide sociale à des personnes dans la détresse, il met en avant, par opposition, une histoire de solidarité et fraternité qui humanise un peu cette société devenue folle. Un menuisier de 59 ans, veuf, qui a été victime d’une crise cardiaque, doit faire appel pour la première fois de sa vie à l’aide sociale, afin d’obtenir une pension d’invalidité en attendant de pouvoir reprendre son travail, ce que son médecin lui interdit jusqu’à nouvel ordre. Malgré cela et après un interrogatoire ubuesque, la société mandatée par l’administration le juge apte à travailler et refuse de lui verser l’indemnité à laquelle il a pourtant droit. Il se voit donc obligé de s’inscrire au chômage, où commence pour lui un vrai calvaire. Un jour en attendant son tour à Pôle emploi, outré par le comportement de la conseillère et du responsable de l’agence à l’encontre d’une jeune femme avec deux enfants, il prend sa défense devant tout le monde. Ce film indispensable, qui met en lumière la brutalité de notre époque est tout à la fois révoltant, touchant mais malgré le constat douloureux, laisse entrevoir quelques notes d’espoir pour une société plus fraternelle.                                                                                                                      

 

Moi, Daniel Blake – Un film de Ken Loach avec Dave Johns, Hayley Squires, …

Publié dans Films

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Rock délicieusement mâtiné d’Orient et d’Afrique

Publié le par Michel Monsay

Rock délicieusement mâtiné d’Orient et d’Afrique

En écoutant les premiers accords de ce superbe album, on a d’abord l’impression de pénétrer un univers rock avec une guitare virtuose et une batterie lourde qui marque un rythme syncopé. Puis rapidement, des sonorités africaines, plus particulièrement du Sénégal, viennent brouiller les cartes, avant qu’une ligne mélodique orientale achève le tableau. Ce que vous avez cru reconnaître comme étant une guitare électrique est en réalité un oud, l’instrument roi du monde arabe, un luth avec une caisse en forme de demi-poire, que Mehdi Haddab a rendu électrique. Ce franco-algérien de 43 ans, qui sort avec Speed Caravan son deuxième album, a déjà eu plusieurs expériences musicales au sein d’autres groupes et fait admirer son talent en jouant avec Rachid Taha, Jacques Higelin ou Alain Bashung. Autant enfant du rock, dont il s’est abondamment nourri de Led Zeppelin à Jimi Hendrix, que de musique orientale dont il saupoudre magnifiquement ses compositions, il a choisi pour cet album conçu à Dakar de s’ouvrir encore un peu plus en intégrant des ambiances sénégalaises. La voix abrasive de Pape Diouf sur un des deux seuls morceaux chantés, l’autre étant par Hindi Zahra, des percussions enivrantes, des rythmes dansants, l’Afrique noire et le Maghreb se mélangent au rock puissant de Mehdi Haddab pour constituer une musique irrésistible qui se renouvelle sans cesse. Cette richesse tout au long des 9 morceaux s’aventure même sur un groove funk ou une envolée électro. En brassant naturellement les cultures et les genres musicaux, ce maître de l’oud électrique nous offre un album euphorisant d’une totale maîtrise, malgré la difficulté de ne pas se perdre en se nourrissant d’autant d’influences.

                                                                                                                 

Speed caravan – Big blue desert – World Village/Harmonia Mundi – 1 CD : 17,85 €.

Publié dans Disques

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Tout pour réussir sa vie, et pourtant …

Publié le par Michel Monsay

Tout pour réussir sa vie, et pourtant …

Pour son douzième roman, Catherine Cusset rend un vibrant hommage à son meilleur ami qui s’est suicidé en 2008 à l’âge de 39 ans. Elle élabore sans concessions un portrait vivant, bouleversant et très original en s’adressant directement à lui. Le livre est écrit à la deuxième personne du singulier, comme si la narratrice qui n’est autre que Catherine Cusset s’était mise dans la tête de son ami, pour revivre sa vie en se servant de la fiction afin de combler les ignorances. A 53 ans la romancière française vivant à New-York, qui est en lice pour le prix Goncourt pourrait bien cette année décrocher le gros lot tant cet autre qu’on adorait nous touche profondément. Son écriture brillante, son style direct, rapide, parfois cruel mais qui sait se faire tendre, nous entraîne sur les traces d’un homme qui a tout pour réussir et être heureux, mais dont le caractère imprévisible par moments, les maladresses, les mauvais choix vont peu à peu assombrir son horizon. En nous dévoilant dès le prologue la fin de l’histoire, l’auteure nous invite à essayer de comprendre avec elle ce qui a poussé son ami à en arriver là. Une jeune femme de 22 ans reçoit le prix du meilleur mémoire de fin d’études lors d’un cocktail dans une université à Richmond aux Etats-Unis. Si elle aperçoit le sourire chaleureux d’une amie au premier rang, elle ne voit pas son petit ami, professeur de 39 ans dans cette université, pourtant repérable avec son mètre quatre-vingt-dix. Les deux femmes s’éclipsent à la fin des discours et se rendent au domicile de Thomas, qu’elles découvrent mort avec un sac sur la tête et les copies de ses étudiants répandues à ses pieds. Ce tableau en clair-obscur explore avec une saisissante lucidité et une intensité psychologique la descente aux enfers de cet ami qui dévore la vie, passionné de musique, de cinéma, naturellement doué, entouré d’amis, de femmes, mais se heurtant à de nombreuses désillusions qui le fragilisent chaque fois un peu plus.

                                                                                                                      

 L’autre qu’on adorait – Un roman de Catherine Cusset – Gallimard – 291pages – 20 €.

Publié dans Livres

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Une vie semée de blessures irréparables

Publié le par Michel Monsay

Une vie semée de blessures irréparables

A 67 ans, le maître espagnol fait partie des plus grands cinéastes au monde, et chacun de ses films est l’assurance d’être transporté dans un tourbillon de sentiments dont lui seul a le secret. Après une première partie de carrière avec des œuvres assez subversives mais déjà de très belles pépites, depuis Tout sur ma mère Pedro Almodóvar nous offre de sublimes portraits de femme et une intensité romanesque qui nous fait chavirer. Son art du récit tout en maîtrise avec des flashbacks, des ellipses, des rebondissements, sa belle mise en scène classique, ses cadrages qui se resserrent régulièrement sur les visages de ses personnages, sa flamboyance dans l’utilisation des couleurs, tout est là pour que le maître compose sa toile. Une nouvelle fois, son génie éclate dans le mélodrame, qu’il construit de manière implacable avec plusieurs strates pour le renforcer, et en s’appuyant comme il sait si bien le faire sur des actrices dont il tire le meilleur. Outre Rossy de Palma, une habituée d’Almodóvar qui campe ici une femme de ménage cruelle, ce sont deux nouvelles venues dans l’univers du cinéaste, qui interprètent l’héroïne à deux époques de sa vie en embrasant la caméra par leur beauté et leur sensibilité. Dès le très beau premier plan, la magie du cinéma d’Almodóvar opère. Une étoffe d’un rouge hypnotique, filmée en gros plan, donne l’impression de respirer. La caméra recule pour découvrir les plis de la robe que porte une femme d’une cinquantaine d’années, en train de préparer des cartons. Elle quitte son appartement madrilène pour aller vivre au Portugal avec son compagnon. En allant faire quelques achats avant le départ, elle croise la meilleure amie d’enfance de sa fille. Cette rencontre fortuite, qui lui a apporté des nouvelles de sa fille, décide Julieta à ne plus quitter Madrid. Avec ce magnifique mélo, qui par moments évoque certains films d’Hitchcock, Almodóvar souligne la fragilité de nos vies, de nos relations amoureuses et filiales, aborde le sentiment de culpabilité, et signe là une de ses œuvres les plus sombres mais tellement envoûtantes.

                                                                                                         

Julieta – Un film de Pedro Almodóvar avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, …

Publié dans DVD

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Ambiance mauve sur un concept

Publié le par Michel Monsay

Ambiance mauve sur un concept

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Les bras en l'air

Publié le par Michel Monsay

Les bras en l'air

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Vision multiple

Publié le par Michel Monsay

Vision multiple

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Famille à contre-jour

Publié le par Michel Monsay

Famille à contre-jour

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