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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 07:42
Bouleversant et drôle à la fois

Incontestablement l’une des plus belles surprises du premier semestre 2017, ce très beau film inspiré de l’histoire du slameur Grand corps malade évite tous les pièges et parvient même à changer notre perception des tétraplégiques. En s’attelant lui-même à mettre en images ce qu’il a vécu, Grand corps malade, qui signe à 39 ans son premier long-métrage, épaulé par le réalisateur de ses clips, a trouvé la bonne distance pour traiter un sujet lourd avec humour, tendresse et émotion mais sans emphase ni apitoiement. Les comédiens, qui se sont immergés avant le tournage dans le centre de rééducation où Grand corps malade est passé et où le film a été tourné, sont d’une étonnante justesse y compris dans le moindre geste ou posture. Au-delà du réalisme indispensable pour la crédibilité du propos, il n’y a ni complaisance, ni même pudeur afin de retranscrire au mieux le quotidien de ces abîmés de la vie. Le film démarre en caméra subjective à travers les yeux d’un jeune homme de 20 ans alors qu’il est sur un brancard et ne peut voir que le plafond de l’hôpital où il se trouve et des visages penchés au-dessus de sa tête. En plongeant dans une piscine insuffisamment remplie, il s’est fracturé une vertèbre cervicale qui s’est logée dans sa moelle épinière. Son réveil, après l’opération qui le laisse tétraplégique incomplet, est pour le moins compliqué puisqu’en plus de son handicap, sa vision est toujours limitée au même champ et une intubation l’empêche de pouvoir parler. Après le générique, le jeune homme arrive au centre de rééducation où une nouvelle vie commence pour lui. Ce long-métrage d’une grande humanité met en lumière la patience et l’humour nécessaires pour ne pas sombrer, l’attention portée à l’autre, mais c’est aussi un bel hommage au personnel soignant même si parfois Grand corps malade l’égratigne un peu. Malgré un sujet difficile, le beau succès public et critique de Patients atteste que ce film à la réalisation rythmée parvient à nous passionner de bout en bout avec ses personnages très touchants que l’on quitte à regret.

 

Patients - Un film de Grand corps malade et Mehdi Idir avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Yannick Rénier, Nailia Harzoune, … - Gaumont vidéo - 1 DVD : 14,99 €.

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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 07:27
Dans la peau d’une femme en état de choc

Début 2017, par le hasard de la programmation, sont sortis à un mois d’intervalle deux films du réalisateur chilien Pablo Larrain, un sur le plus grand poète de son pays, Neruda, et le second qui est aussi sa première incursion américaine, sur la femme la plus photographiée du XXème siècle. A contrepied de la mode du biopic, le talentueux cinéaste de 40 ans évoque ces deux personnages à un moment crucial de leur vie, et creuse au plus profond pour sonder leurs contradictions, mais aussi la manière dont ils se sont évertués à contrôler leur image et par là-même à forger leur légende. Dans ce moment terrible que vit Jackie Kennedy les jours qui suivirent l’assassinat du Président américain, l’excellent scénario primé à la Mostra de Venise navigue intelligemment dans le temps pour essayer de saisir qui fut réellement cette femme élégante, cultivée et fascinante. La caméra de Pablo Larrain suit au plus près la moindre émotion sur le visage de son héroïne, qu’elle soit torturée par la douleur lorsqu’elle est seule, ou tout en maîtrise pour ne rien laisser paraître. Natalie Portman est époustouflante de justesse y compris dans les plus petits détails de son interprétation, signalons aussi dans son dernier rôle, John Hurt en prêtre très touchant à l’écoute de cette femme perdue. Après un gros plan sur le visage hagard de Jackie qui marche dans la propriété en bord de mer des Kennedy dans le Massachussetts, un journaliste de Life arrive pour l’interviewer une semaine après l’assassinat de son mari. Communicante avant l’heure, cette femme veut livrer sa propre version des événements pour écrire la légende du président défunt et indirectement contribuer à la sienne. Distante voire cassante la plupart du temps, elle va néanmoins raconter avec émotion au journaliste l’horreur de ce 22 novembre 1963 mais aussi quelques moments phares qui ont précédé ou suivi, tout en lui rappelant qu’il ne pourra pas publier certaines révélations. Ce film bouleversant nous replonge au cœur d’un drame historique que nous connaissons tous mais en nous le faisant revivre différemment. Il dessine surtout avec sensibilité un formidable portrait de cette première dame tout autant démunie que déterminée.

 

Jackie - Un film de Pablo Larrain avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt, … - France Tv distribution - 1 DVD : 19,99 €.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 06:32
Un seul être vous manque

A 77 ans, Marco Bellocchio est l’un des derniers grands maîtres du cinéma italien, qui tout au long de son œuvre a su mêler avec talent et force, l’intime, le politique et le social. Son dernier film empli de nostalgie et de mélancolie s’articule dans la sphère de l’intime, mais le social et le politique ne sont jamais très loin de ce bouleversant drame familial. De nombreux allers-retours dans le temps à plusieurs époques entre 1969 et 1999 n’empêchent pas la mise en scène d’être toute en fluidité, et de mettre très finement différents moments de la vie du personnage central en résonnance avec la mort, la solitude, la souffrance, le mensonge qui l’ont accompagné durant ces 30 années. Le cinéaste capte les non-dits, les blessures enfouies, l’imaginaire enfantin avec des plans d’une étonnante puissance émotionnelle, relayé par des comédiens dont le jeu sobre et intense est au diapason, notamment un jeune garçon au regard déchirant. Les intérieurs souvent dans un très beau clair-obscur apportent un aspect mystérieux à cette histoire douloureuse qui ne sombre jamais dans le mélodrame. Nous sommes à Turin en 1969, un garçon de 9 ans faisant ses devoirs est attiré par sa mère pour venir danser le twist avec elle sur une musique qui passe à la radio. On sent une grande complicité entre eux et beaucoup de joie. Puis, ils regardent terrifiés et serrés l’un contre l’autre Belphégor à la télé. On les retrouve ensuite dans un bus où la mère apparaît beaucoup plus sombre et perdue dans ses pensées. C’est maintenant la nuit, elle vient étreindre son fils qui dort, en lui disant « Fais de beaux rêves ». Un cri perçant du père réveille le garçon un peu plus tard, il se lève et voit une effervescence dans l’appartement. On commence par lui mentir et lorsqu’on lui dira que sa mère est morte, il refusera d’y croire. Ce film poignant explore très intelligemment les dégâts provoqués par un traumatisme durant l’enfance, et l’impossible guérison que l’enfant grandissant et ensuite l’adulte recherchent en vain.

 

Fais de beaux rêves - Un film de Marco Bellocchio avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Nicolo Cabras, … - Ad Vitam - 1 DVD : 19,99 €.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 07:14
Un drame époustouflant de retenue et de maîtrise

Il est des films à ne rater sous aucun prétexte tant leur pouvoir nous procure des émotions qui nous marquent à jamais, et nous font considérer le cinéma comme un art majeur. Pour son troisième long-métrage, ce réalisateur et dramaturge américain trop rare de 54 ans nous offre une merveille de mélodrame, d’une justesse qui laisse sans voix, n’usant d’aucun effet pour alourdir le propos et se permettant même des moments plus légers, sans que cela n’altère le rythme et l’équilibre parfait de ce scénario consacré par un Oscar. Si ce film a été unanimement salué comme un chef-d’œuvre par la critique et le public qui a eu le bonheur de le voir, il l’est par sa mise en scène lumineuse, précise, sa construction éblouissante de maîtrise et d’intelligence, son réalisme qui ajoute de l’intensité à la puissance émotionnelle de cette chronique familiale et sociale. Il l’est aussi par son lyrisme tout en finesse, sa caméra pudique mais toujours là où il faut, son interprétation irréprochable avec en son point culminant, Casey Affleck, prodigieux de souffrance et de violence intériorisée, dont la performance a été récompensée par de nombreux prix dont l’Oscar du meilleur acteur. Après un prélude sur un petit chalutier où un homme et son jeune neveu se chamaillent et se taquinent gentiment, le film démarre à Boston en hiver où l’on retrouve cet homme, la quarantaine, en train de déblayer la neige devant un immeuble, réparer une chasse d’eau, changer l’ampoule d’un plafonnier, jeter les poubelles, dégorger des toilettes bouchées. Employé à tout faire dans quatre immeubles d’un quartier populaire, il semble accepter son sort avec résignation même si parfois certains locataires, des enquiquineurs de première, se plaignent de son côté bourru et peu aimable. Le soir il va boire des bières en solitaire et lorsqu’il se fait draguer, il semble absent et préfère provoquer une bagarre avant de rentrer chez lui et s’endormir devant un match de basket à la télé. Le lendemain, un appel téléphonique le prévient que son frère a eu de nouveau une crise cardiaque, il saute dans sa voiture pour se rendre à l’hôpital de Manchester by the sea situé à 1h30 de Boston. Lorsqu’il y arrive, son frère est déjà mort. Tout au long de ce film inoubliable, le cinéaste nous livre avec une infinie délicatesse des éléments qui vont contribuer à mieux comprendre les personnages, les relations difficiles qu’ils peuvent avoir entre eux, et à donner à son cinéma intimiste une ampleur et une portée bouleversantes.

 

Manchester by the sea – Un film de Kenneth Lonergan avec Casey Affleck, Michelle Williams, Kyle Chandler, … - Universal – 1 DVD : 19,99 €.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 08:44
Une femme en résistance

Depuis sa projection au dernier festival de Cannes, ce film a beaucoup fait parler de lui pour ses qualités cinématographiques, mais aussi pour l'écho qu'il trouve dans la destitution de la présidente brésilienne Dilma Roussef, victime d'un coup d'Etat pour ses partisans, dont l'équipe du film. Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur brésilien de 48 ans, anciennement journaliste, enthousiasme avec cet admirable portrait de femme, doublé d'une chronique douce-amère montrant une autre facette du Brésil d'aujourd'hui. A travers la résistance d'une femme face à un promoteur immobilier sans scrupules, il nous laisse entrevoir un pays touché par la corruption, la spéculation et les dégâts du libéralisme. Cette femme d'une soixantaine d'années, libre et hédoniste, est remarquablement interprétée avec force et sensualité par la star brésilienne Sonia Braga qui est entouré de comédiens irréprochables. Avec une grande fluidité dans sa mise en scène, de merveilleux cadrages qui captent de plein fouet les rires et les émotions des personnages, de très beaux plans-séquences, le cinéaste fait preuve d'une sensibilité qui emporte notre adhésion de la première à la dernière image. En 1980, sur une plage de Recife dans le Nord du Brésil, une voiture s'amuse à faire des embardées. A son bord, Clara une journaliste musicale à la trentaine radieuse et au sourire dévastateur fait découvrir à son frère et sa belle-sœur un morceau enthousiasmant du groupe Queen. Ils rentrent ensuite à l'appartement de Clara et son mari, où une fête est organisée en l'honneur des 70 ans d'une tante. Après les hommages des enfants, le discours émouvant du mari nous apprend que Clara se remet à peine d'un cancer du sein. Trente ans plus tard, on la retrouve seule dans ce même appartement qui fait face à l'océan Atlantique. Avec une indolence fascinante, ce superbe film embrasse le mouvement de la vie et se sert subtilement d'ellipses, de souvenirs, de rêves pour donner au passé un rôle majeur dans le présent.

 

 

Aquarius - Un film de Kleber Mendonça Filho avec Sônia Braga, Maeve Jinkings, Humberto Carrão, ... - Blaq Out - 1 DVD : 15 €.

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 08:15
Remarquable comédie amère sur la filiation

Le troisième long-métrage de cette réalisatrice allemande de 40 ans a suscité une rare unanimité de la presse lors du dernier festival de Cannes, et les américains s’apprêtent à en tourner un remake avec Jack Nicholson. Il faut dire que ce film est unique, il est un savant mélange de burlesque décalé, d’émotion contenue, de charge politique et sociale, avec en son cœur un amour filial difficile entre un père et sa fille, contrarié par une incompréhension autant générationnelle que due à une société néolibérale aliénante. La cinéaste installe le spectateur sur la même ligne de doute que les personnages, jouant ainsi sur la gêne que provoquent de nombreuses situations avec les facéties sans limites du père. Très exigeante, elle soigne les moindres détails pour être le plus réaliste possible et pouvoir se permettre des digressions fantaisistes. Sa caméra capte merveilleusement les non-dits sur les visages de ces excellents comédiens, notamment les deux principaux dont le jeu tout en nuances permet à leurs personnages de laisser transparaître des fêlures derrière la façade. Un homme d'une soixantaine d'années fait croire au facteur lui apportant un colis qu'il est destiné à son frère, et comme celui-ci sort de prison le paquet serait peut-être piégé ou contiendrait des objets érotiques. Toni, le soi-disant frère qui en réalité est le même homme affublé d'une perruque hirsute et d'un dentier ridicule, et que l'on va retrouver régulièrement tout au long du film, vient récupérer le colis et avoue à la fin au facteur la supercherie avec bonhommie en lui donnant un billet. On comprend vite que cet homme adore faire des blagues à longueur de temps, même si parfois elles peuvent avoir un but moins potache notamment avec sa fille, redoutable femme d'affaires travaillant pour un grand cabinet de conseil. Totalement imprévisible, ce film dérange, émeut, nous fait rire même si parfois le malaise n’est pas loin, questionne le sens de la vie, la définition du bonheur, et impressionne par son audace tant sur le fond que sur la forme. 

 

Toni Erdmann - Un film de Maren Ade avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, ... - Blaq Out - 1 DVD : 19,99 €.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 09:17
Les limites du pardon

Pour son deuxième film, le premier qui sort en France, ce jeune cinéaste singapourien de 33 ans aborde un thème on ne peut plus délicat, la peine de mort, et rarement traité sous cet angle, celui du bourreau. Sobriété et précision sont les maîtres-mots qu’il adopte pour nous plonger sans détours dans une prison de haute sécurité, avec un remarquable sens du cadrage et de nombreuses scènes dans un fascinant clair-obscur. A Singapour, pays ultra-sécuritaire, où un trafiquant de drogue peut être sans état d’âme condamné à mort par pendaison, le réalisateur avance sur des œufs et si l’on sent son opposition à la peine capitale, ce n’est jamais de manière appuyée. En préambule, le film démarre auprès d’un gardien de prison ayant la charge de bourreau, cinq minutes avant la mise à mort d’un condamné. Puis très vite, un retour en arrière nous ramène au moment où il intègre cette prison de haute sécurité, répondant à un questionnaire sur ses éventuels antécédents politiques ou psychiatriques et les motivations de sa vocation. Comme il veut aider ceux qui sont prêts à changer pour les rendre meilleurs, il est affecté à la réinsertion. Ce thriller psychologique, qui propose une vision plus réaliste d’un bourreau que celle souvent caricaturale à laquelle on est habitué, se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît et questionne magistralement la notion de rédemption, les limites du bien et du mal, et la difficulté de la société à pardonner quelle que soit la faute.

 

Apprentice - Un film de Boo Junfeng avec Fir Rahman, Wan Hanafi Su, … - Condor Entertainment – 1 DVD : 19, 99 €.

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 08:47
Redoutable film catastrophe lourd de sens

Le cinéma sud-coréen n’en finit pas de nous étonner en nous offrant régulièrement des petites pépites, et en se révélant au niveau asiatique le réservoir le plus prolifique de cinéastes de grand talent. Après trois films d’animation à l’univers et au propos assez sombre, ce réalisateur de 38 ans que l’on découvre pour la première fois sur nos écrans s’attaque à un film réel avec des comédiens. Pour un coup d’essai il s’agit d’un coup de maître. Yeon Sang-ho réussit la triple équation de nous tenir en haleine, voire de nous effrayer tout au long de ce film catastrophe suffocant où l’on perçoit un zeste d’humour, de délivrer un message politique très lucide sur l’état de notre société, de nos comportements et en particulier du capitalisme sauvage sud-coréen, et enfin de brosser un tableau très touchant sur la relation entre un père trader égoïste en passe de divorcer et sa fille délaissée qui souffre en silence. Un éleveur de porcs arrive avec sa camionnette dans une zone mise en quarantaine à cause d’une fuite toxique provenant d’une usine biochimique. En voulant répondre à son téléphone, il percute et tue un chevreuil. Au bout de quelques secondes, l’animal se relève comme si de rien n’était mais ses yeux sont vitreux. Changement de décor, dans une société financière, des traders spéculent en vendant toutes les actions de l’entreprise biochimique incriminée pour faire chuter le cours et la sauver. Remarquablement filmé et débordant d’idées de mise en scène, ce long-métrage est bien plus efficace, rythmé et inventif que nombre de blockbusters américains.

 

Dernier train pour Busan- Un film de Yeon Sang-ho avec Gong Yoo, Yumi Jung,… - ARP sélection – 1 DVD : 19,99 €.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 08:28
Drôle et déchirante comédie douce amère

Même si le cinéma italien n’est plus ce qu’il était, il y a de temps à autre encore quelques pépites qui nous rappellent le charme de la comédie italienne, capable de nous faire passer avec maestria du rire aux larmes. C’est exactement ce qu’arrive à faire Paolo Virzi dans ce film, où il enchaîne des scènes hilarantes avec d’autres très touchantes d’où ressort une belle humanité. Ce réalisateur italien de 52 ans se bonifie avec l’âge, ses derniers films étant bien plus maîtrisés et réussis que les premiers, notamment celui-ci qui malgré un sujet difficile parvient constamment à trouver la juste mesure et à nous enthousiasmer. Aborder la folie, la dépression, la bipolarité et la solitude que cela entraîne chez les personnes qui en souffrent, avec autant de grâce et de justesse, nécessite un scénario impeccable avec des personnages particulièrement bien écrits dans toute leur complexité. En plus de ces atouts, la caméra filme amoureusement dans la lumière ocre de la Toscane les deux comédiennes principales, remarquables chacune dans leur rôle, notamment Valéria Bruni Tedeschi qui signe là une de ses plus belles interprétations. Dans une magnifique villa transformée en institution thérapeutique pour des femmes mentalement instables, une grande bourgeoise extravagante et très bavarde tente de s’installer dans le minibus qui emmènent quelques pensionnaires se promener en ville. Le problème est qu’elle n’a pas le droit de sortir de la propriété, étant sous mesures judiciaires restrictives. Très sensible aux paroles ou marques d’affection qu’on lui témoigne, elle a néanmoins du mal à tisser des liens avec les autres résidentes. L’arrivée d’une jeune femme mal en point, fragile et plutôt introvertie, l’intrigue. Rapidement, elle lui propose de l’aider. Ce très beau film, qui fait penser par moments à « Thelma et Louise », nous embarque dans sa folie douce en nous procurant des émotions contrastées et en rendant ces deux femmes pas si dingues excessivement attachantes.

                                                                                                                      

Folles de joie – Un film de Paolo Virzi avec Valéria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazotti, Valentina Carnelutti, … - Bac films vidéo – 1 DVD :19,99 €.

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19 octobre 2016 3 19 /10 /octobre /2016 07:11
Une vie semée de blessures irréparables

A 67 ans, le maître espagnol fait partie des plus grands cinéastes au monde, et chacun de ses films est l’assurance d’être transporté dans un tourbillon de sentiments dont lui seul a le secret. Après une première partie de carrière avec des œuvres assez subversives mais déjà de très belles pépites, depuis Tout sur ma mère Pedro Almodóvar nous offre de sublimes portraits de femme et une intensité romanesque qui nous fait chavirer. Son art du récit tout en maîtrise avec des flashbacks, des ellipses, des rebondissements, sa belle mise en scène classique, ses cadrages qui se resserrent régulièrement sur les visages de ses personnages, sa flamboyance dans l’utilisation des couleurs, tout est là pour que le maître compose sa toile. Une nouvelle fois, son génie éclate dans le mélodrame, qu’il construit de manière implacable avec plusieurs strates pour le renforcer, et en s’appuyant comme il sait si bien le faire sur des actrices dont il tire le meilleur. Outre Rossy de Palma, une habituée d’Almodóvar qui campe ici une femme de ménage cruelle, ce sont deux nouvelles venues dans l’univers du cinéaste, qui interprètent l’héroïne à deux époques de sa vie en embrasant la caméra par leur beauté et leur sensibilité. Dès le très beau premier plan, la magie du cinéma d’Almodóvar opère. Une étoffe d’un rouge hypnotique, filmée en gros plan, donne l’impression de respirer. La caméra recule pour découvrir les plis de la robe que porte une femme d’une cinquantaine d’années, en train de préparer des cartons. Elle quitte son appartement madrilène pour aller vivre au Portugal avec son compagnon. En allant faire quelques achats avant le départ, elle croise la meilleure amie d’enfance de sa fille. Cette rencontre fortuite, qui lui a apporté des nouvelles de sa fille, décide Julieta à ne plus quitter Madrid. Avec ce magnifique mélo, qui par moments évoque certains films d’Hitchcock, Almodóvar souligne la fragilité de nos vies, de nos relations amoureuses et filiales, aborde le sentiment de culpabilité, et signe là une de ses œuvres les plus sombres mais tellement envoûtantes.

                                                                                                         

Julieta – Un film de Pedro Almodóvar avec Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, …

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