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films

1917

Publié le par Michel Monsay

1917

Il y a une vingtaine d'années on découvrait "American beauty", Sam Mendes remportait alors 5 Oscars pour son premier film, et depuis le cinéaste anglais n'a cessé de nous surprendre et nous passionner jusqu'aux deux derniers James Bond, notamment l'excellent "Skyfall". A 54 ans, pour son huitième film il nous plonge en totale immersion au cœur de la Première guerre mondiale en ne quittant pas deux soldats envoyés en mission à travers les tranchées, no-man's-land, barbelés, lignes ennemies, pour tenter d'empêcher une catastrophe. Outre l'incroyable virtuosité des mouvements de caméra, cadrages, mise en scène, Sam Mendes nous montre l'horreur de cette guerre comme très rarement, la vie ne tenant qu'à un tout petit fil, la mort omniprésente, la puanteur et le sordide des situations, avec un réalisme et un fatalisme oppressants qui nous laisse sonnés lorsque la lumière se rallume après être passé par toutes sortes d’émotions. Le réalisateur a eu la bonne idée de ne pas prendre de stars pour interpréter les deux personnages principaux, ce qui participe un peu plus à la crédibilité et au pouvoir de cette histoire, d'autant que les deux comédiens apportent une candeur et une spontanéité incomparables. Le scénario inspiré des récits du grand-père du cinéaste est très habilement construit, à la manière d'une course contre la montre insoutenable, mais ne restant pas à la surface des choses, laissant paraître en arrière-plan une réflexion lucide sur la condition humaine. Cette expérience viscérale que Sam Mendes fait vivre au spectateur, en plus d'être un très grand film, nous rappelle la chance que nous avons de ne pas vivre une guerre.

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La vie invisible d'Euridice Gusmao

Publié le par Michel Monsay

La vie invisible d'Euridice Gusmao

Prix Un certain regard au Festival de Cannes, ce bouleversant mélodrame brésilien, dont l'action se situe principalement dans les années 1950 avec un épilogue de nos jours, nous raconte la vie sacrifiée de ces femmes invisibles victimes d'une société patriarcale, empêchées de s'émanciper, de choisir leur métier, leur mode de vie, et ne disposant même pas de leur corps. Ce film indispensable, qui vous donne honte d'être un homme, s'attache au destin de deux sœurs fusionnelles et joyeuses qu'un père arriéré va empêcher de se revoir après l'erreur de jeunesse de l'une d'elles. Cette domination masculine insupportable, que l'on espérait d'un autre temps trouve malheureusement un écho violent dans le Brésil d'aujourd'hui avec le régime réactionnaire de Bolsonaro. Pour donner corps à cette émouvante histoire de sororité dans cet univers machiste, étouffant, les deux actrices qui incarnent les sœurs apportent fougue et passion dans leur interprétation généreuse et habitée. La superbe photographie granuleuse de la française Hélène Louvart nous plonge dans un Rio d'une autre époque aux couleurs saturées, et contribue un peu plus à rendre ce film déchirant. Le cinéaste de 53 ans, Karim Aïnouz, n'élude aucun aspect de ce que subit une femme dans sa vie quotidienne qu'elle soit mariée ou fille mère obligée de travailler en usine et se prostituer, le réalisme de sa mise en scène participe à nous oppresser un peu plus. Son film est chargé de sensualité, de musique, de drame, de larmes, de sueur et de mascara, mais aussi  imprégné de cruauté, de violence et de sexe, tous ces ingrédients contribuant à en faire une œuvre intime et sociale puissamment féministe et profondément marquante.

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J'accuse

Publié le par Michel Monsay

J'accuse

Adapté de l'excellent roman, "D.", de Robert Harris, duquel Roman Polanski avait déjà porté à l'écran, le non-moins excellent "The ghost writer", ce film passionnant sur le scandale de l'affaire Dreyfus dissèque dans les moindres détails les dessous de cette mascarade de justice et de cette vindicte populaire irriguées par un antisémitisme nauséabond, notamment au sein de l'armée. Magistralement reconstituée et mise en scène, cette affaire qui a marqué la fin du XIXe siècle se vit ici entre aventure historique et récit d'espionnage dans une ambiance glaciale qui contribue au malaise de cette odieuse injustice. En suivant le colonel Picquart, antisémite déclaré, qui après avoir été nommé à la tête du Renseignement découvre que les preuves contre Deryfus ont été fabriquées, Polanski et Harris nous font redécouvrir le rôle essentiel de ce colonel dans la réhabilitation de Dreyfus, avec un sens remarquable du suspense tout en collant strictement à la réalité. Les comédiens sont tous grandioses, autant Jean Dujardin que face à lui tous ces grands noms du théâtre, le cinéaste s'entourant d'un casting impressionnant pour donner encore plus d'impact à cette machination d’État. Dès la première séquence, le ton est donné lors de l'abominable dégradation publique du capitaine Dreyfus devant 4000 soldats et une foule hurlant à la mort du traitre juif, ce climat étouffant, anxiogène et paranoïaque sera présent jusqu'au dernier plan. Grand Prix du jury à la Mostra de Venise, "J'accuse" vient combler le vide sidérant dans le cinéma français, mis à part Georges Méliès, où aucun réalisateur ne s'était emparer du sujet. Polanski, tout en rigueur et en classicisme du meilleur effet, signe le film référence sur cet événement traumatisant de notre histoire, et dépeint avec une redoutable efficacité une société rongée par l'antisémitisme, qui malheureusement trouve encore des échos plus de cent ans après et malgré l'horreur de la Shoah.

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Proxima

Publié le par Michel Monsay

Proxima

Pour son troisième long-métrage, Alice Winocour, cinéaste de 43 ans également scénariste, elle a d'ailleurs obtenu le César du meilleur scénario pour Mustang qu'elle a coécrit avec Deniz Gamze Ergüven, nous offre son meilleur film à ce jour, une aventure spatiale sans scène dans l'espace mais circonscrite à la longue préparation d'une femme astronaute avant le décollage pour la station spatiale internationale. Être à la fois astronaute et femme relève d'un double exploit, le film le montre admirablement, tant cet univers à tous les niveaux n'est pensé qu'au masculin. Beaucoup de films, notamment ces derniers temps, sont inspirés par l'espace et sa conquête, mais celui d'Alice Winocour traite le sujet sous un angle inédit passionnant, beaucoup plus intimiste que les autres même si les scènes physiques ne manquent pas. Il dissèque à la fois   l'entrainement extrêmement dur que doivent subir les astronautes, mais aussi avec beaucoup de subtilité le déchirement pour une mère à se séparer de sa fille pour une mission dont elle a rêvé toute sa vie et qui va durer un an. La cinéaste, qui a obtenu l’autorisation de filmer à l'intérieur de l'Agence spatiale européenne à Cologne, du Star city près de Moscou et du cosmodrome de Baïkonour, a choisi  de se concentrer sur l'essentiel en décors réels, avec une intensité émotionnelle toujours présente, sans effets spéciaux, ni le côté sensationnel dont les américains se gargarisent. Eva Green est parfaite dans le rôle de cette mère héroïque, dans un mélange de douceur, de froideur et détermination, mais aussi de fragilité et de doutes. A travers ce vibrant hommage aux femmes astronautes, Alice Winocour signe une œuvre poignante, filmée à hauteur de femme, dont la mise en scène réaliste et épurée apporte une remarquable densité au propos.

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Les misérables

Publié le par Michel Monsay

Les misérables

En allant voir le Prix du jury du Festival de Cannes, on se doutait que le film serait fort, percutant, qu'il montrerait la banlieue sans filtre, mais on n'imaginait pas à quel point on sortirait en état de choc de la projection. La cité des Bosquets à Montfermeil qui est au cœur du film, Ladj Ly, documentariste de 39 ans, la connait parfaitement puisqu'il y a passé son enfance et y vit encore aujourd'hui. Voilà pourquoi son premier long-métrage de fiction a un tel impact, au-delà du talent indéniable du cinéaste. Cette cité, il l'a filmée au quotidien depuis 20 ans, notamment au moment des émeutes de 2005, et tout ce qu'il a mis dans cette fiction est inspiré de faits réels qu'il retranscrit sans manichéisme ni clichés. Il n'y a pas ici de bons flics ou de gentils jeunes, chacun a ses torts. Il en ressort un constat d'une justesse inouïe sur la complexité de ces quartiers, où la violence est omniprésente et où l'embrasement est évité grâce à des petits arrangements entre les différents clans et la police, mais aussi où les politiques ont laissé la situation pourrir depuis 40 ans. Scénario, mise en scène, cadrages, jeu des acteurs professionnels ou ceux venant de la rue, rien n'est laissé au hasard par Ladj Ly, sans compromis avec une chaîne de télévision ou un distributeur, pour construire ce film inoubliable, dont la montée en puissance au fil de l'intrigue prend aux tripes face à tant d'incompréhension et de misère sociale. Souhaitons à cet autodidacte qui se veut rassembleur que son message soit entendu par le plus grand nombre, et qu'il triomphe en février prochain en remportant l'Oscar du meilleur film étranger.

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Martin Eden

Publié le par Michel Monsay

Martin Eden

Le cinéma italien nous offre coup sur coup deux films éblouissants, après "Le traitre" chroniqué lundi dernier sur ce blog, l'adaptation du roman de Jack London, "Martin Eden", est une totale réussite tant dans la forme que sur le fond poétique et politique. Transposée à Naples, même si cela pourrait être n'importe quelle ville portuaire, cette histoire d’apprentissage, d'émancipation et de désillusion, sans indication précise de temporalité, navigue librement à travers le XXe siècle. Le film, tourné en pellicule 16 mm donnant un grain et des couleurs qui évoquent une certaine nostalgie, est traversé à la fois de vraies images d'archives, et d'autres fabriquées par le réalisateur mais tout aussi émouvantes. Luca Marinelli, Prix d'interprétation à la Mostra de Venise, dont la présence physique, l'énergie, le charme mais aussi la capacité à faire ressortir les paradoxes de son personnage, donne remarquablement vie à cet autodidacte prolétaire qui s'élève par la culture, notamment la littérature qu'il dévore pour s'instruire et devenir écrivain lui-même. Pietro Marcello, jeune cinéaste italien de 43 ans, lui aussi autodidacte prolétaire qui s'est formé aux Beaux-arts, signe un film passionnant qui suit le parcours de Martin Eden, en procédant très finement par flashbacks ou ellipses, et à travers ce personnage il explore les évolutions et contradictions socio-culturelles du XXe siècle, le conflit des classes, l'affirmation de la culture de masse, l'individualisme, avec intelligence, créativité et un sens esthétique évident.

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Le traitre

Publié le par Michel Monsay

Le traitre

A près de 80 ans, Marco Bellocchio est en pleine forme et signe l'un de ses plus beaux films, à la fois politique et intimiste, une fresque magistrale sur le démantèlement de la mafia sicilienne grâce aux révélations d'un repenti. Pas de héros ici ni de monstre mais la retranscription sans concessions du parcours de ce mafieux, qui à l'aube des années 1980 ne se reconnaît plus dans ce qu'est devenue la Cosa Nostra, dont les "valeurs" sont bafouées par la montée en puissance du chef des Corleone et ses pratiques barbares. Remarquablement filmée et mise en scène, autant lors des spectaculaires procès que dans les scènes d'assassinats ou lors des confrontations avec le juge Falcone, cette œuvre majeure sur la mafia, malgré le nombre impressionnant de films et séries qui existent, restera une référence incontournable. L'interprétation de Pierfrancesco Favino est un mélange de charisme, de force tranquille, de vulnérabilité, l'acteur passe du portugais au sicilien ou d'un air menaçant à une tendresse touchante avec un naturel impressionnant, et au-delà de sa performance, les comédiens qui l'entourent sont irréprochables. Virtuose, subtil, réaliste, ce film magnifique et terrifiant démontre que l'on peut toujours aborder un sujet, même s'il a été maintes fois exploité, pour peu que l'on trouve l'angle qui va le transcender et que l'on ait le talent pour le rendre passionnant. Le génial cinéaste italien en apporte la preuve en ajoutant un chef-d'oeuvre de plus à sa filmographie.

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Chambre 212

Publié le par Michel Monsay

Chambre 212

Il y a un peu plus d'un an, nous avions été enchanté et bouleversé par "Plaire, aimer et courir vite", mais le cinéaste n'est pas le genre à s'endormir sur ses lauriers. A 49 ans, Christophe Honoré multiplie les projets de mise en scène de théâtre, d'opéra et poursuit une filmographie dense et profondément originale qui le place dans la catégorie de ceux dont on attend avec impatience la prochaine création. Sur fond de comédie vaudevillesque, il nous offre cette fois un conte sur le mariage, l'infidélité, le temps qui passe et les ravages qu'il induit, les frustrations et les regrets enfouis, avec une délicieuse légèreté qui par moments glisse sur des accents plus sombres. Son scénario et sa mise en scène théâtrale peut faire penser à du Bertrand Blier des grands jours ou du Alain Resnais, à travers un savant mélange d'absurde et de rêve qu'il rehausse d'une dose de magie et de poésie dans un tourbillon émotionnel. Pour que ce facétieux pas de côté sur la réalité nous entraîne dans son sillage, il fallait des dialogues savoureux, corrosifs et des comédiens irréprochables. Pari gagné sur toute la ligne, avec à sa tête une Chiara Mastroianni étincelante de liberté, de malice en Dom Juan féminine. Pour habiller l'ensemble comme souvent chez Christophe Honoré, la musique est très bien choisie, et l'on ressort de ce film d'une merveilleuse inventivité à la fois le cœur léger tout en ayant l'impression d'avoir explorer en finesse tous les méandres de la vie d'un couple.

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Portrait de la jeune fille en feu

Publié le par Michel Monsay

Portrait de la jeune fille en feu

Ce film magnifique, dont l'élégance et la beauté visuelle illumine chaque image, a obtenu le Prix du scénario au Festival de Cannes. Ode à la création, à l’émancipation des femmes si compliquée au XVIIIe siècle, à la passion amoureuse, cette œuvre à l'image d'un tableau est composée de plans épurés, concentrés sur les visages, les corps, les textures, les paysages, et filmés avec une grâce infinie. Les comédiennes, Adèle Haenel et Noémie Merlant, sont remarquables d'émotion retenue qui peu à peu se libère, de justesse, de sensualité. A 40 ans, Céline Sciamma pour son 4ème film poursuit en costumes dans la veine d'un cinéma féministe subtil, émouvant, qui interroge sur la place de la femme dans nos sociétés, et en l’occurrence ici de leur absence dans l'histoire de l'art. En s'approchant au plus près d'une artiste peintre et de son modèle, une jeune aristocrate sortie de son couvent pour être mariée à un inconnu, la cinéaste filme comme rarement l'a été fait jusqu'à présent la naissance du désir. Il y a un peu du Jane Campion dans ce film qui nous bouleverse à plus d'un titre.

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Ad astra

Publié le par Michel Monsay

Ad astra

Pour son septième long-métrage, James Gray, un maître du septième art, nous offre à 50 ans une nouvelle merveille. Après nous avoir emmené en Amazonie dans "The lost city of Z", c'est dans l'espace qu'il situe la majeure partie de son nouveau film en signant l'un des tous meilleurs du genre. Tout à la fois spectaculaire et intimiste, "Ad astra" est remarquablement filmé, que ce soit lors d'impressionnantes séquences sur la lune, Mars, et autour de Neptune, ou à l'intérieur des stations ou engins spatiaux, mais aussi en s'approchant au plus près des visages. Brad Pitt livre ici peut-être sa meilleure interprétation, juste, sobre, il incarne parfaitement cet astronaute qui a une maîtrise totale de ses émotions, un pouls ne dépassant jamais 80 pulsations, mais une vie affective et amoureuse désastreuse. La relation père-fils souvent au cœur de la filmographie de James Gray est une nouvelle fois très présente ici, admirable Tommy Lee Jones dans le rôle de ce père, également astronaute, qui a passé sa vie en quête d'une vie extraterrestre, ce père que le fils admire, aime et déteste tout autant. Dénuée de sentimentalisme racoleur et de musique trop présente, cette odyssée spatiale et intérieure tournée en 35 mm et non en numérique est d'une captivante beauté.

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