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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 07:32
« Xavier Beulin avait cette intuition que l’axe Nord-Sud allait devenir stratégique »

Fondateur de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED) en 2006, dont il a été longtemps le délégué général avant d’en devenir le président, Jean-Louis Guigou nous parle de Xavier Beulin qu’il a bien connu et de l’intérêt pour l’Europe de se tourner vers son Sud.

 

Vous avez dit de Xavier Beulin qu’il était un être d’exception, en quoi l’était-il ?

Jean-Louis Guigou - Xavier Beulin avait non seulement une vision du long terme, des capacités à fédérer, mais aussi des valeurs et des principes qu’ils mettaient en application. La conjonction de ces qualités lui a permis d’être un vrai leader qui inspirait confiance tant à la FNSEA que chez Sofiprotéol. Il a su structurer Sofiprotéol puis Avril et leur a fait réaliser de nombreuses innovations, mais tout autant et surtout il a fait comprendre à la FNSEA beaucoup de choses. Avant lui, on brulait les camions de tomates venant du Maroc, aujourd’hui les leaders agroalimentaires ont compris qu’ils avaient besoin de la rive Sud de la méditerranée. Il avait cette intuition que l’axe Nord-Sud allait devenir stratégique, que la géographie et la différence de climats marquaient profondément une complémentarité.

En octobre dernier, nous étions reçus avec Xavier Beulin à l’Elysée par le Président Hollande avec des patrons français, maghrébins et africains subsahariens. A la fin de nos échanges, Xavier Beulin a conclu sur une demande qu’il formulait personnellement au Président : Il faudrait sécuriser la traversée du Sahara pour les échanges commerciaux afin de pouvoir aller d’Alger à Lagos en toute sécurité. Deux mois plus tard, il ne se s’était pas douté que lors d’un important forum africain, la grande nouvelle serait la révélation d’une route transsaharienne reliant Alger à Lagos, achevée courant 2017.

 

Qu’a-t-il fait concrètement pour faire avancer les choses sur l’intégration Nord-Sud ?

J-L.G. - Xavier Beulin a été membre fondateur de l’IPEMED, il a toujours mobilisé son groupe Avril pour contribuer financièrement au développement de l’institut, et durant 4 ans en a été le président du conseil de surveillance. Il a été un grand avocat de notre cause par le discours auprès des plus hautes autorités et par les actes en engageant son groupe dans les échanges Nord-Sud par des investissements dans plusieurs pays africains. Xavier Beulin avait compris que l’on ne pouvait plus traiter les pays du Maghreb et de l’Afrique uniquement à travers la vente de nos surplus de production, mais qu’il fallait les amener à produire eux-mêmes. Il était donc convaincu que pour aider ces pays à se développer, les grandes entreprises avaient intérêt à vendre leur savoir-faire plutôt que leurs produits. J’ai aussi le souvenir lors d’une réunion de travail le 25 janvier dernier, qu’il m’avait demandé de finaliser le label méditerranéen, pour lequel il militait depuis un moment, afin de protéger des produits comme l’huile d’olive, le blé dur ou les dattes. Nous allons donc tout faire pour que le Parlement européen valide ce label.

 

Comment vous est venue l’idée de créer IPEMED en 2006 ?

J-L.G. - Je voyais cette complémentarité que nous pourrions avoir avec le Sud, riche en énergie et en main-d’œuvre, tout en ne comprenant pas pourquoi on faisait monter cette main-d’œuvre pour travailler chez nous, ce qui déclenchait des mouvements hostiles voire radicaux comme la poussée de l’extrême droite, plutôt que faire descendre le capital. Personne n’osait porter ce discours de peur d’être accusé de délocalisation, alors qu’il s’agit de coproduction. Je me suis intéressé alors à ce que faisait déjà l’Amérique, le Japon ou la Chine avec leur Sud. Cette hypothèse de coopération avec les pays méditerranéens que j’avais émise en 2006 est devenue aujourd’hui une réalité incontournable, avec des pays du Nord développés mais vieillissants et en pleine stagnation, et des pays du Sud, jeunes, émergeants et en pleine croissance. Il m’a fallu 10 ans pour transformer une intuition à laquelle seul 2% de la population croyait. Aujourd’hui 20 à 30% y adhère. L’Afrique peut être la cause de nos pires malheurs ou de notre bonheur, soit nous ne faisons rien et c’est par centaines de milliers que les africains traverseront la méditerranée. Soit nous nous associons avec ces pays pour travailler ensemble, mais il n’est plus question de charité, de dons, cela est un mépris total.

 

Que fait concrètement IPEMED ?

J-L.G. - Nous produisons des idées et nous les vendons, parmi elles, la coproduction entre pays du Nord et du Sud et la régionalisation de la mondialisation. Face à la mondialisation non régulée se constituent des régions. D’après un rapport de la CIA sur l’état du monde, trois grandes régions vont structurer la planète à l’avenir: L’Amérique, l’Europe et la Chine avec leur Sud, et celle qui va dominer sera celle qui aura avec son Sud les rapports les plus efficaces, les plus humains et les plus dignes, et non pas celle qui exploitera son Sud. Avec la mondialisation les chaînes de valeur étaient éclatées, on produisait des sièges en Argentine, des boulons au Vietnam et on faisait venir le tout pour assembler. Mais comme l’Europe est condamnée à produire de la qualité, afin de pouvoir la contrôler les chaines de valeur aujourd’hui se compactent, c’est la base de la régionalisation. Pour qu’elle réussisse, il faut un couplage entre des pays développés matures et juste à côté un ou des pays émergeants, à l’image des Etats-Unis avec le Mexique ou la Colombie, ou de l’Allemagne avec les pays de l’Est. De notre côté, nous avons la chance d’avoir les pays du Maghreb sur l’autre rive de la méditerranée, il nous faut donc favoriser leur industrialisation.

 

L’avenir de l’Europe va-t-il se jouer en son Sud ?

J-L.G. - Il vient d’y avoir une réunion à Versailles des quatre plus grandes puissances européennes, la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie qui semblent en accord pour une Europe à plusieurs vitesses avec un noyau dur afin d’avancer sur certains points fondamentaux. C’est une bonne chose, mais les défis auxquels nous sommes confrontés autant au nord qu’au Sud, le terrorisme, les migrations, le réchauffement climatique, les énergies renouvelables, nous ne pourrons les relever qu’ensemble. Si chaque pays essaie de le faire individuellement, nous n’y arriverons pas. L’Algérie vient de lancer un projet pour construire 40 sites de photovoltaïque solaire, qui produiront l’équivalent de 4 centrales nucléaires. Dans une logique de coproduction et de développement du pays, l’appel d’offres international comprend de la formation professionnelle, la production sur place des turbines et des centrales, et non pas de venir simplement produire de l’énergie au plus bas prix.

Il faut donc mutualiser nos efforts, échanger nos expériences pour éviter de faire les mêmes erreurs et tenir compte des progrès réalisés de part et d’autre. C’est par l’économie avec des résultats probants de coproduction que les mentalités changeront, que les peurs s’estomperont, et que l’on arrivera à convaincre les derniers sceptiques qu’il faut aller investir dans ces pays en mutation.

 

Pourquoi votre nouveau cheval de bataille en plus de la méditerranée est-il l’Afrique, et quel a été le rôle de François Hollande sur ce continent ?

J-L.G. - La conséquence des révolutions arabes est que nous sommes passés d’une méditerranée marginale, cul de sac de l’Europe, à une méditerranée centrale, pivot. Les pays du Maghreb ne sont plus dans une relation univoque avec l’Europe, ils se tournent maintenant vers leur Sud. D’ailleurs le capital et les grandes entreprises commencent déjà à anticiper que c’est en Afrique subsaharienne que le XXIe siècle va se jouer. C’est pourquoi nous avons créé la fondation La Verticale Afrique Méditerranée Europe dans la même logique que l’IPEMED.

François Hollande a cassé le système « Françafrique », dont on se souvient des bijoux de Bokassa ou des valises pleines d’argent des correspondants africains. Il a été le premier chef d’Etat à dire stop à ces trafics d’influence, et à soutenir que l’Afrique était l’avenir de la France et de l’Europe mais dans des relations plus saines. Avec Jean-Yves Le Drian et Manuel Valls, ils ont contribué tous les trois à faire avancer la cause africaine auprès des entreprises et de l’opinion, et à se faire aimer des africains.

 

Quelques repères

Jean-Louis Guigou est originaire d’Apt dans le Vaucluse. Ingénieur agronome et professeur agrégé d’économie, il s’est très rapidement spécialisé sur les problèmes de territoire. Sa carrière est à la fois celle d’un universitaire à Paris XII et à Avignon notamment, et d’un haut fonctionnaire. Il est marié à Elisabeth Guigou depuis 1966. Après avoir travaillé au cabinet de Michel Rocard, alors Ministre du Plan, il passe une partie de sa carrière à la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (DATAR) comme chargé de mission puis comme délégué. Dès 2002 il s’intéresse aux acteurs de la méditerranée avant de fonder en 2006 IPEMED. A 78 ans, il est aujourd’hui président de l’IPEMED, fondateur de La Verticale Afrique -Méditerranée - Europe et milite au quotidien pour l’intégration Nord-Sud avec un avenir commun.

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 07:07
La vie comme un roman

Si son nom est souvent associé à la Bretagne, pour laquelle il a une passion et a écrit un dictionnaire amoureux, Yann Queffélec est depuis plus d’une trentaine d’années un écrivain qui compte. De son roman « Les noces barbares », prix Goncourt 1985 à « L’homme de ma vie » sur son père, ses ouvrages, près d’une quarantaine, sont le plus souvent à la fois des succès publics et critiques.

 

Même si pour lui l'écriture est une passion, un besoin viscéral, un métier à plein temps, dans le sens où il n'y a pas une journée sans laquelle Yann Queffélec ne prenne sa plume, il est particulièrement investi actuellement dans l'élaboration du dictionnaire amoureux de la mer. Au vu de la réussite de son dictionnaire amoureux consacré à la Bretagne paru en 2013, il a souhaité en accord avec son éditeur prolonger le bonheur éprouvé à évoquer sa région de prédilection, cette fois en nous contant sa passion de la mer. Pour l'un comme pour l'autre, il écrit l'ouvrage d'environ 800 pages d'un seul et même souffle et non comme une suite d'entrées, puis il le fragmente pour respecter le principe du dictionnaire. L'édition illustrée parue fin 2015, dans laquelle il a tenu à choisir lui-même en grande partie les photos en regard des textes, comporte quelques ajouts comme l'hommage à Florence Arthaud qu'il a bien connue, ou un chapitre plus étoffé sur les phares, quelque peu délaissés aujourd'hui avec les nouvelles technologies comme il le déplore, et pour lesquels il a une grande affection.

 

La Bretagne, la mer et le père

Bien qu'étant né et ayant vécu une grande partie de sa vie à Paris pour des raisons familiales, il se sent avant tout breton. Originaire du Finistère Nord par sa famille, il y passait toutes ses vacances durant son enfance et a continué tout au long de sa vie à faire la navette entre la Bretagne et Paris, ville qu'il aime énormément à la manière d'un touriste de passage. Son centre névralgique étant définitivement la mer, à laquelle il pense de façon quasi obsessionnelle : « Je ne peux pas écrire sans être en permanence relié à des images ou des métaphores maritimes, le style cadencé que l’on me prête est certainement dû au bruit de la mer qui ne quitte jamais mes tympans. »

S’il y a une personne qui a influencé Yann Queffélec, il s’agit bien de son père Henri sur lequel il a écrit en 2015 « L’homme de ma vie » : « J’avais besoin de faire le point à ce moment de mon existence avec cet homme prodigieux, et la relation racinienne que l’on a eu. Je l’aimais, il ne m’aimait pas, mais je n’ai jamais voulu en avoir un autre, j’ai toujours été fier de l’avoir eu pour père. En m’attelant à ce livre, j’ai trouvé une écriture contradictoire qui m’a bien plu entre l’éloge, la célébration du talent d’écrivain de mon père à un moment où il est de moins en moins connu, tout en rappelant l’injustice dont il a fait preuve à mon égard. » On sent bien que si la plaie est refermée, le fait de remuer ces souvenirs a été douloureux même si l’écrivain dit s’être amusé à retrouver l’homme drôle et spirituel qu’était son père.

 

Les dessous de l’écriture

Près d’une quarantaine de livres à son actif, qu’il a tous écrits à la main : « J’ai l’impression qu’un ordinateur ne draine pas toutes les couches de la sensibilité qu’un stylo est capable de sonder au plus profond. » Pour lui, un écrivain s’améliore avec l’âge, son savoir-faire s’affine, son écriture se simplifie. Le point de départ de ses romans est toujours une image, une scène qui l’a frappé provenant entièrement de son imagination. A partir de là, il développe des situations, voit comment elles peuvent s’enchaîner, se familiarise avec les personnages et seulement après envisage un plan et une mécanique. Pour Les noces barbares, voici le point de départ qu’il avait en tête : « Une gamine en petite robe des années 1950 dans une région sablonneuse, elle rejoint amoureusement le militaire qui l’a demandé en mariage à ses parents et qui va la violer avec ses copains avant de repartir pour les Etats-Unis. »

La notion de style, selon lui, est très importante dans la qualité d’un roman et dans ce qui fait un grand écrivain, mais elle doit être accompagnée de l’émotion que procure une histoire et de vrais personnages avec toutes les contradictions dont peut faire preuve un individu. Ce dernier point manque souvent, à ses yeux, dans les romans français. Il reste convaincu que le roman est le plus beau genre de la littérature : « J’aime cette schizophrénie de l’écriture autorisée par un roman, ce dédoublement, ce moment où un écrivain se met à parler avec la voix de quelqu’un, sa violence, ses sentiments barbares auxquels il n’était absolument pas préparé et qui ne sont pas les siens. »

 

Le prix Goncourt

Défenseur des prix littéraires, il les juge forcément injustes mais reconnaît leur pouvoir : « Ils font de la littérature une fête, ils créent de l’enthousiasme, mobilisent l’attention, divisent l’opinion, mettent de la passion là où il n’y en a pas assez le reste du temps. » Yann Queffélec a été lauréat du prix Goncourt en 1985 pour son deuxième roman, « Les noces barbares », qui s’est vendu toutes éditions confondues à plus de 2 millions d’exemplaires, a été traduit dans plus d’une trentaine de pays et adapté au cinéma deux ans plus tard. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a apprécié cette récompense à sa juste valeur : « J’ai manifesté trop bruyamment ma satisfaction, non pas de manière orgueilleuse mais j’étais dans la jubilation permanente, j’invitais tout le monde à déjeuner. Ce comportement a exaspéré le milieu littéraire, je peux le comprendre mais comme mon père m’avait fait honte à cause de ce prix, j’allais flamber. »

Il ne considère pas pour autant qu’il s’agisse de son meilleur roman mais reconnaît que malgré ses maladresses de débutant l’histoire et les personnages ont touchés. Ses préférences vont plutôt à « Disparue dans la nuit », ou « Les sables du Jubaland » même s’il n’aime pas les titres, et « Boris après l’amour » son roman le plus britannique à la fois tragique et railleur, surprenant et varié dans les directions qu’il prend.

 

Une vocation naturelle

Son enfance lui a laissé un souvenir contrasté. Tout en étant très entouré, il était un gamin solitaire à cause du comportement dépréciateur de son père, et se racontait en permanence des histoires. Sa vocation est certainement née de cela mais aussi de sa mère : « Elle me racontait merveilleusement bien des histoires et je voulais faire aussi bien qu’elle en racontant des histoires aux autres. » Sa mère décède alors qu’il vient juste de finir Hypokhâgne, il décide alors de se consacrer à sa passion du bateau, univers qu’il a côtoyé durant toute son enfance avec son oncle yachtman, à tel point qu’il ne se rappelle plus à quand remonte sa première fois sur un bateau. Avec son propre voilier, il navigue durant quelques années pour son plaisir ou en transportant des passagers mais sa petite entreprise fait faillite, n’étant pas un homme d’affaires selon ses dires. Grâce au prix Goncourt, il se rachètera un superbe voilier de 15 mètres et même si aujourd’hui il n’a plus de bateau, il continue à naviguer ponctuellement sur ceux des copains, notamment avec de grands marins comme Thomas Coville ou Franck Cammas lors de petites sorties en mer de 3 ou 4 jours.

 

La chance au rendez-vous

A 25 ans, il a l’opportunité d’écrire pour les pages culturelles du Nouvel Obs., il y découvre avec enthousiasme la littérature internationale, qui va l’aider dans son approche de l’écriture. La liberté des auteurs américains le fascine, il en rencontre un certain nombre, notamment Jim Harrison qui devient un ami. Son rédacteur en chef au Nouvel Obs., Pierre Ajame, qui dirige une collection musicale chez un éditeur, lui commande la biographie d’un compositeur de son choix. Ce sera Béla Bartók, que Yann Queffélec admire tant pour sa musique que pour sa personnalité rebelle. Il s’agit de sa première publication et l’on sent tout de suite un souffle romanesque qui va caractériser toute son œuvre, quel que soit le type d’ouvrage. La musique aura une place à part dans sa vie, surtout le piano, avec déjà son père qui en jouait, puis sa sœur Anne et sa première femme Brigitte Engerer, deux très grandes interprètes. Le hasard lui fait rencontrer la grande éditrice Françoise Verny, qui a lancé bon nombre d’écrivains. Elle croit tout de suite en son talent et lui permet de publier son premier roman « Le charme noir », sur la guerre d’Algérie.

 

Ecrire, boire et manger

Chaque matin, Yann Queffélec observe le même rituel qu’il ne changerait pour rien au monde, il se lève vers 7h, démarre par 20 minutes de lecture et à 7h45 il se lance : « Lorsque je me mets à écrire le matin, il y a une demi-heure de grâce, comme sur un bateau qui file vers le large sur une mer formée mais pas trop forte. La page se donne, s’ouvre, s’abandonne et vous êtes le roi. » Carpe Diem est bien la maxime qui le caractérise le mieux, ce bon vivant qui aime boire et manger avec ses amis et qu’il a du mal à quitter ensuite, aime par-dessus tout la vie : « J’ai énormément de mal à aller mal. » En plus de la voile, le sport a toujours été présent, notamment le tennis et la course qu’il continue toujours à pratiquer.

A 67 ans, il a l’intime conviction que le moment est venu pour lui d’écrire ses plus beaux livres : « Je suis à la fois dans un état de demi sagesse, en tout cas moins tout fou que je ne l’étais, j’ai tous mes moyens physiques et mentaux à ma disposition, et en plus un savoir-faire apporté par le temps et l’expérience. »

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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 08:26
Artiste majeur à découvrir d’urgence

Cet auteur-compositeur-interprète américain de 58 ans est peu connu du grand public, et pourtant son talent fait le bonheur de ceux qui ont pu l’écouter depuis une trentaine d’années, soit en groupe soit en solo comme ici avec son dixième album. Il est comme cela des injustices dans le domaine de la musique, où des pseudos stars accaparent la lumière alors que de grands artistes mériteraient tellement une reconnaissance à leur mesure. Ce disque est l’occasion rêvée de découvrir Mark Eitzel, qui en travaillant avec Bernard Butler, l’ancien guitariste du groupe anglais Suede, a ouvert son univers folk à une pop somptueuse. L’association des deux artistes donne onze morceaux d’une beauté à couper le souffle alternant puissance, lyrisme, entrain et fragilité. En plus de signer la réalisation de l’album, Bernard Butler y joue plusieurs instruments et apporte tout son savoir-faire, acquis en ayant travaillé avec de nombreux groupes et chanteurs de renom. La voix de Mark Eitzel suave, veloutée, vibrante ou simplement délicate se fait merveilleusement l’interprète de textes qui nous racontent une Amérique cabossée, avec des personnages se raccrochant à ce qu’ils peuvent, loin de l’Amérique de Trump. La palette musicale enrichie, de ce chroniqueur précieux d’un pays qui ne fait plus rêver, s’étale d’un folk nu à la sensibilité qui n’est pas sans rappeler Nick Drake, à une pop-rock aux rythmes efficaces en passant par des envolées symphoniques ou psychédéliques. Lorsque l’on a goûté aux différentes émotions que procure cet album indispensable, il devient illusoire de s’en passer. Cela confirme qu’en musique il faut toujours essayer de trouver ces pépites cachées et oubliées, leur découverte a une saveur incomparable

 

Mark Eitzel - Hey Mr Ferryman - Decor records/ La Baleine - 1 CD : 17 €.

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 08:44
Une femme en résistance

Depuis sa projection au dernier festival de Cannes, ce film a beaucoup fait parler de lui pour ses qualités cinématographiques, mais aussi pour l'écho qu'il trouve dans la destitution de la présidente brésilienne Dilma Roussef, victime d'un coup d'Etat pour ses partisans, dont l'équipe du film. Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur brésilien de 48 ans, anciennement journaliste, enthousiasme avec cet admirable portrait de femme, doublé d'une chronique douce-amère montrant une autre facette du Brésil d'aujourd'hui. A travers la résistance d'une femme face à un promoteur immobilier sans scrupules, il nous laisse entrevoir un pays touché par la corruption, la spéculation et les dégâts du libéralisme. Cette femme d'une soixantaine d'années, libre et hédoniste, est remarquablement interprétée avec force et sensualité par la star brésilienne Sonia Braga qui est entouré de comédiens irréprochables. Avec une grande fluidité dans sa mise en scène, de merveilleux cadrages qui captent de plein fouet les rires et les émotions des personnages, de très beaux plans-séquences, le cinéaste fait preuve d'une sensibilité qui emporte notre adhésion de la première à la dernière image. En 1980, sur une plage de Recife dans le Nord du Brésil, une voiture s'amuse à faire des embardées. A son bord, Clara une journaliste musicale à la trentaine radieuse et au sourire dévastateur fait découvrir à son frère et sa belle-sœur un morceau enthousiasmant du groupe Queen. Ils rentrent ensuite à l'appartement de Clara et son mari, où une fête est organisée en l'honneur des 70 ans d'une tante. Après les hommages des enfants, le discours émouvant du mari nous apprend que Clara se remet à peine d'un cancer du sein. Trente ans plus tard, on la retrouve seule dans ce même appartement qui fait face à l'océan Atlantique. Avec une indolence fascinante, ce superbe film embrasse le mouvement de la vie et se sert subtilement d'ellipses, de souvenirs, de rêves pour donner au passé un rôle majeur dans le présent.

 

 

Aquarius - Un film de Kleber Mendonça Filho avec Sônia Braga, Maeve Jinkings, Humberto Carrão, ... - Blaq Out - 1 DVD : 15 €.

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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 08:36
Fresque romanesque de haute volée

Seulement 6 films en 22 ans de carrière, James Gray aime prendre le temps nécessaire pour mener à bien ses projets. On peut d'un côté le regretter, mais vu le bonheur que le cinéaste nous procure chaque fois, il est impossible de lui en vouloir. Pour le moment, savourons son dernier chef-d'œuvre, nouveau drame historique après "The immigrant", dont le tournage épique dans la jungle colombienne n'est pas sans rappeler celui d'Apocalypse now ou certains films de Werner Herzog. Le réalisateur américain de près de 48 ans nous conduit dans les pas d'un grand explorateur au début du XXème siècle, dont la soif de découverte doublée d'une grande noblesse de l'exercice avec un respect des tribus rencontrées, contrairement à d'autres, ont un pouvoir fascinant et nous laisse admiratif devant un tel parcours et un tel courage. Tourné en 35 mm, autrement dit avec de la pellicule et non en numérique, le film regorge de magnifiques images dont les couleurs, les lumières et les cadrages confèrent à cette œuvre d'un somptueux classicisme une vérité et une puissance évocatrice. Ce projet ambitieux ne se contente pas de soigner sa forme, James Gray explore comme il en a le secret les liens familiaux à travers l'ascendance honteuse du héros, l'amour indestructible avec sa femme et la relation complexe avec son fils ainé. Le film s'ouvre en 1906 sur une grande partie de chasse au cerf en Irlande où l'on découvre un jeune officier de l'armée britannique, malin et adroit qui débusque et abat l'animal avant les autres. Malgré sa prouesse, il ne reçoit pas les honneurs de la haute société britannique lors de la réception qui suit, la faute à un père alcoolique et joueur qui a déshonoré son nom. La société royale de géographie lui propose alors une mission tout à fait inattendue, qui lui permettrait de laver ce nom. Superbe film d'aventures qui n'oublie pas l'intime, le nouveau James Gray, en plus de nous passionner et nous éblouir par sa maîtrise, est une œuvre humaniste dans laquelle le héros soutient que nous sommes tous fait du même bois malgré nos différences apparentes, et malgré les tristes sires qui se croient supérieurs. Plus d'un siècle après, cela n'a malheureusement pas changé.

 

 

The lost city of Z - Un film de James Gray avec Charlie Hunnam, Sienna Miller, Robert Pattinson, ...

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 08:14
Joli coup de crayon
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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 07:39
A chacun sa couleur
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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 08:03
Carcasse de bateau sur ciel dégagé
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6 mars 2017 1 06 /03 /mars /2017 08:20
Motivés pour la biodiversité
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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:06
"Mon expérience me fait dire que les hommes politiques valent globalement mieux que ce que l'on en dit"

Presse écrite, télévision, radio, Alain Duhamel est depuis plus de 50 ans l'incontournable journaliste politique que tout le monde connaît, pour son enthousiasme, sa voix gourmande et surtout sa grande connaissance de cet univers. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques, il a écrit de nombreux essais et ouvrages historiques, et vit à 76 ans sa dixième campagne présidentielle.

 

Comment voyez-vous l'évolution du monde en 2017 et comment doivent se positionner l'Europe et la France dans cette nouvelle donne ?

Alain Duhamel - De toute évidence il y a un réveil des nationalismes, dont Poutine fait son idéologie officielle et que Trump incarne aussi à sa manière. A peine arrivé à la Maison-Blanche, il met déjà en œuvre des mesures protectionnistes en annulant l'accord de libre-échange transpacifique, et veut faire de même avec l'accord transaméricain. Cela signifie que l'on entre dans une période dangereuse. Beaucoup de grandes crises, y compris celle débouchant sur la Première guerre mondiale, sont nées de batailles protectionnistes. Il y a un moment où les affrontements commerciaux peuvent devenir financiers puis militaires. En plus, Trump dans sa campagne a pris des distances avec l'alliance Atlantique, et Poutine a augmenté son budget militaire de façon extrêmement conséquente alors que l'économie russe va très mal.

L'Europe doit avoir une politique commerciale extérieure beaucoup plus agressive pour défendre ses intérêts. Comme Trump annonce des droits de douanes très élevés sur toute une série de produits, les européens devront prendre des mesures de rétorsion telles, que Trump fléchisse et accepte des compromis. Parallèlement, il faut que l'Europe se donne les moyens militaires de sa défense autonome, mais cela prendra de nombreuses années. La France, étant la première puissance de l'Union dans ce domaine et la troisième au monde derrière les Etats-Unis et la Russie, doit jeter les bases d'une défense européenne avec les britanniques s'ils le veulent, mais je pense qu'ils le voudront même s'ils s'y sont opposés jusqu'à présent.

 

Faut-il craindre les agissements de Donald Trump, notamment en Europe ?

A.D. - Durant les six premiers mois, il va prendre des décisions spectaculaires, provocatrices, qui feront un peu peur à tout le monde, feront remonter les taux d'intérêt par exemple et créeront un sentiment d'instabilité. Dans un deuxième temps, il y aura une réaction y compris américaine qui le poussera à faire des compromis et aller moins loin qu'il ne l'annonce au départ. Cela dit, il peut y avoir des dégâts pendant la première phase, je pense notamment au Mexique avec lequel les relations seront épouvantables. Trump va également essayer de diviser les européens, comme les britanniques le font avec leur Brexit, mais pour l'instant c'est l'inverse qui se produit. N'oublions pas que l'Europe est le premier marché commercial du monde, loin devant les Etats-Unis, la Chine et les autres, nous ne sommes donc pas démunis, à condition d'utiliser nos armes de façon cohérente. La pugnacité voire l'agressivité du Président américain et de la Première ministre britannique vont resserrer les rangs des européens, mais la solidarité mécanique n'est pas suffisante il doit y avoir une autorité politique. La seule solution est la reconstruction du duo franco-allemand avec des leaders décidés à incarner l'Europe et à prendre des risques.

 

Justement, comment se positionnent les candidats à l'élection présidentielle sur l'Europe ?

A.D. - Plusieurs d'entre eux veulent pour l'Europe une réforme des traités, c'est de la blague vu qu'elle ne peut se faire qu'à l'unanimité et des pays seront toujours là pour bloquer. Si on ne peut pas changer les traités en revanche il est possible de changer les pratiques. Rien n'empêche à l'intérieur de la zone euro de faire des rapprochements fiscaux notamment pour la fiscalité des entreprises. On tourne autour depuis des années, et aujourd'hui sous la pression américaine, britannique et russe, il serait bon d'avancer dans cette direction, ce qui renforcerait l'Europe et nos entreprises. Emmanuel Macron serait le meilleur candidat pour l'Europe, il est en effet le seul à se proclamer européen et à vouloir faire avancer l'Union, d'abord à l'intérieur de la zone euro mais aussi en règle générale. Il est très entreprenant sur le sujet. Ayant été Ministre de l'économie il négociait sans arrêt à Bruxelles, il connaît donc parfaitement les dossiers.

 

En quoi cette élection présidentielle ne ressemble-t-elle à aucune autre ?

A.D. - Elle arrive au terme de 40 ans de crise, il y a donc un rejet de la part des victimes de la crise au niveau occidental qui crée une instabilité sans précédent. Par ailleurs, on est à la fin d'une série d'alternances qui ont donné aux gens le sentiment que la droite et la gauche classique étaient insuffisantes voire impuissantes, il y a de ce fait la tentation d'essayer des solutions nouvelles. Quatre candidats les incarnent : Mélenchon, qui a mis de l'écologie dans son socialisme et se réclame contre le monde financier et contre l'Alliance Atlantique. Hamon, avec son programme utopique, auquel il est préférable de ne pas croire, mais on ne peut pas nier que ce soit un programme alternatif. Macron, dont on ne sait pas très bien tout ce qu'il veut, il n'a d'ailleurs pas intérêt à le dire trop vite et il l'a compris, mais c'est un phénomène que l'on n'a jamais connu. Jamais un candidat n'ayant ni parti, ni mandat électoral, ni idéologie constituée est parvenu à une telle percée, il s'agit bien là d'un désir de nouveauté. Le Pen, l'incarne aussi à sa manière, avec un programme de protection des uns et d'agression contre les autres, même si on peut juger cette nouveauté régressive. En face, Fillon est le seul classique avec une base électorale solide mais une vulnérabilité sur le plan social. Il va certainement en rajouter sur le côté régalien, identitaire, autorité, valeurs, ce qui empêche d'ailleurs le FN de progresser depuis qu'il est candidat, mais cela ne lui garantit pas du tout de gagner (interview réalisée avant l'affaire).

 

Comment expliquer le manque d'envergure aujourd'hui des politiques?

A.D. - Les élus et les dirigeants ont moins d'argent qu'avant, il y a aujourd'hui un plafond et une loi de non-cumul des mandats, moins de stabilité avec pratiquement à chaque élection les sortants qui perdent, et beaucoup plus d'insultes. De nos jours, un homme politique est un homme insulté, qu'il soit bon ou mauvais. Les trois quarts des français considèrent que tout homme politique est corrompu et qu'il ne les écoute pas, ce qui est totalement faux. Ces différents facteurs ont pour conséquence que les meilleurs étudiants, qui avant voulaient faire de la politique, choisissent maintenant d'aller dans le secteur privé. Résultat, nous avons des politiques de seconde classe. Pour inverser la donne, il faudrait un leader charismatique qui réussisse sa politique avec des mesures inattendues, pour que la population y reprenne goût et lui rende un peu d'estime. Mon expérience me fait dire que les hommes politiques valent globalement mieux que ce que l'on en dit, qu'ils font le plus souvent ce qu'ils peuvent et en tout cas plus qu'on ne le croit. Lionel Jospin, par exemple, a été un très bon Premier Ministre.

 

Va-ton sortir du clivage gauche-droite et que vous inspire la gauche et la droite aujourd'hui ?

A.D. - On ne sortira pas du clivage gauche-droite mais il y a d'autres clivages actuellement qui comptent tout autant, ceux de la mondialisation, de l'Europe, de l'immigration, d'un certain libéralisme ou conservatisme sur le plan des mœurs. La gauche termine ce quinquennat profondément divisée et je ne vois pas comment elle peut éviter d'être battue. Cela dit, le parti socialiste a connu tout au long de son histoire des oppositions avec deux lignes idéologiques complètement différentes, et il n'est aujourd'hui dans l'intérêt de personne de provoquer une scission. Ce n'est qu'à la rentrée de septembre vraisemblablement que l'on saura si le PS, qui sera très affaibli et avec beaucoup moins de représentants, choisira la ligne réaliste ou celle plus chimérique. Quant à la droite, ce n'est pas la première fois qu'un homme de gouvernement modéré, tel qu'Alain Juppé qui avait pourtant le meilleur programme, se fait battre. Giscard, Barre ou Balladur l'ont précédé, la faute à un tempérament qui ne les avantage pas pour faire campagne et défendre leurs propositions.

 

 

Quelques repères

Commencer à 23 ans par Le Monde vous pose la qualité d'un journaliste. Il travaillera plus tard également au Point et à Libération entre autres. Sa carrière à la télévision l'a vu animer ou participer à de nombreuses émissions comme L'Heure de vérité, 100 minutes pour convaincre, Cartes sur table ou Mots croisés. Il a aussi animé deux débats du second tour de l'élection présidentielle. Il est en parallèle une référence de la chronique ou l'édito politique à la radio, d'abord sur Europe 1 durant 25 ans et à RTL depuis 1999. Essayiste et historien de la politique, il a écrit plus d'une quinzaine d'ouvrages et a été élu en 2012 membre de l'Académie des sciences morales et politiques.

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  • Journaliste pigiste et photographe de reportage après avoir été comédien
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