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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 08:16
Sympa, mais est-ce suffisant ...?
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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 08:26
« La liberté de la presse est celle qui permet de vérifier l’existence de toutes les autres »

Journaliste au Point durant 10 ans, puis éditeur, et directeur du centre de formation des journalistes (CFJ), Christophe Deloire a aussi écrit plusieurs livres avant de devenir en 2012 secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF). A 45 ans, il est totalement investi à la tête de cette ONG internationale dans la défense de la liberté de la presse partout dans le monde.

 

En quoi consiste l’action de RSF ?

Christophe Deloire – Nous défendons une information libre, indépendante, pluraliste. Avec des correspondants dans 130 pays et 13 bureaux à travers le monde, RSF publie dans plusieurs langues, et intervient sur le terrain en fournissant à des journalistes des moyens pour leur sécurité ou développer leur capacité. L’organisation accorde ainsi environ 200 bourses par an à des journalistes qui ont besoin de se mettre à l’abri ou à des médias pour les soutenir, comme celle que j’ai signée hier à un média irakien. Grâce à nos campagnes de communication et de plaidoyer, RSF intervient également dans les lieux de pouvoir, y compris au Conseil de sécurité de l’ONU, où j’ai fait un discours le 27 mai 2015 lorsqu’une résolution a été adoptée sur la protection des journalistes. Pour mesurer les effets de notre action, il suffit d’interroger des journalistes comme Can Dündar, bête noire du régime turc d’Erdogan, le président turc avait en effet demandé la prison à vie à son encontre. Can Dündar vous dira qu’il a pu être libéré après 4 mois d’emprisonnement grâce à RSF et la pression internationale. Nous intervenons aussi en France, récemment nous avons favorisé les négociations pendant la crise à iTélé. Depuis 4 ans que je suis arrivé à la direction de RSF, je me rends compte de la notoriété internationale de cette ONG née en France, qui a aujourd’hui la capacité de mobiliser bien au-delà de nos frontières.

 

Est-ce que le nombre de journalistes tués ou emprisonnés diminue ?

C.D. - Malheureusement le nombre de journalistes en prison a notablement augmenté, particulièrement du fait de la Turquie, sans qu’il ne diminue en Chine par exemple, quant au nombre de journalistes tués dans le monde, il reste constant entre 60 et 80 chaque année. Derrière ces chiffres, chaque fois qu’un journaliste est assassiné, ce sont des dizaines voire des centaines d’autres qui iront un peu moins loin dans leurs investigations, qui cesseront d’enquêter sur des trafiquants au Mexique ou d’aller faire des reportages dans le Sud de la Turquie ou en Syrie. Le danger est que les populations soient ensuite soumises à des flux d’information mensongers ou filtrés par les intérêts des états, des multinationales et des groupes religieux radicaux. Les nouvelles technologies ont de ce fait une influence désastreuse par la diffusion des rumeurs, des opinions infondées et des propagandes. Il n’y aura pas de lutte contre le réchauffement climatique ou contre la corruption, de marché honnête et libre, de développement économique de quelque pays que ce soit sans journalistes. Comme m’a dit le grand journaliste birman Win Tin lorsque je l’ai rencontré peu de temps avant sa mort, lui qui a passé 19 ans en prison : La liberté de la presse est celle qui permet de vérifier l’existence de toutes les autres.

 

Quels sont les bons et les mauvais élèves en matière de liberté de la presse ?

C.D. - La Finlande et les pays d’Europe du Nord sont en tête depuis des années du classement mondial de la liberté de la presse, en corrélation avec le niveau de démocratie de ces pays. Mais récemment le Premier Ministre finlandais a fait pression sur des journalistes, chose totalement inhabituelle qui prouve que même en Finlande cela peut arriver. Tout en bas du classement, évidemment la Corée du Nord, mais aussi l’Erythrée dont est issu de nombreux migrants qui fuient l’un des gouvernements les plus despotiques de la planète. RSF a une radio à destination de ce pays, Radio Erena, seul média indépendant que peuvent écouter les érythréens, qui émet depuis Paris deux heures d’informations par jour. On remarque aussi une forte dégradation en Pologne où il y a une transformation des médias publics en médias d’Etat. Il y a à l’inverse une amélioration en Birmanie, même si elle est insatisfaisante, où l’on ne met plus des journalistes dans des cages à chiens comme ce fut le cas sous la junte. En France comme dans beaucoup de pays, le problème réside dans le recul de l’indépendance des médias, même s’il faut espérer que la loi Bloche récemment adoptée améliore les choses. Nous avons publié un rapport sur ces oligarques milliardaires qui font leur shoping dans les médias, avec pour certains la tentation de penser : je suis propriétaire donc je fais ce que je veux, à l’image d’un enfant avec ses petits soldats.

 

Comment sortir de la crise de confiance que traverse la presse ?

C.D. - Ce serait dramatique pour une société si les journalistes, qui font honnêtement leur travail en voulant enquêter et aller au fond des choses, finissaient par disparaître derrière les faiseurs de journalisme de divertissement. La défiance généralisée qui existe aujourd’hui dans le monde concerne aussi la presse, notamment en France où elle est assez prégnante. Pourtant la confiance est indispensable au bon fonctionnement d’un système, que ce soit la santé, l’économie, la presse, mais certains groupes sociaux se sentent exclus du contenu des médias. Pour retrouver cette confiance, il faudra passer par une transparence totale sur les méthodes afin de les distinguer de celles d’un complotiste, par une honnêteté absolue, une indépendance éditoriale scrupuleuse, et éviter les conflits d’intérêts.

 

Que pensez-vous des révélations d’informations top-secrètes ?

C.D. - Si je crois évidemment à la transparence, je ne pense pas néanmoins que tout doit être mis sur la place publique. Le respect de la vie privée est une notion importante, y compris lorsqu’il s’agit de la surveillance des états. Il n’est pas illégitime qu’un état ou n’importe quelle structure cherche à protéger ses secrets. La question est que les informations d’intérêt public puissent sortir, et pour cela les journalistes ou leurs sources doivent être protégés. Joseph Pulitzer disait : la seule information intéressante est celle qui est volée. Cela peut choquer mais je ne crois pas que les citoyens auraient envie qu’on ne leur donne que des versions officielles. J’apprécie la démarche d’Edward Snowden qui propose des révélations tout en expliquant qu’il faut un filtre, et il confie ce soin à des journalistes.

 

Comment voyez-vous 2017 sur le plan international ?

C.D. - Avec Poutine d’un côté, bientôt Trump de l’autre, Xi Jinping en Chine, Erdogan en Turquie, Modi en Inde, Duterte aux Philippines, il y a de quoi être un peu inquiet. La Chine par exemple essaie d’exporter son modèle politique et journalistique, en investissant beaucoup en Afrique sur la question médiatique et en finançant des écoles. Il n’y a pas grand-monde aujourd’hui pour résister à ce modèle des hommes forts, la diplomatie américaine nous servait beaucoup jusqu’à présent pour exercer une pression, cela va devenir vraisemblablement plus difficile. Il serait bien que l’Europe saisisse l’occasion de devenir enfin le continent qui fasse rêver. Pour en finir avec cette dépression si caractéristique à notre pays, la France doit s’ouvrir, regarder ailleurs, arrêter de se refermer sur soi, elle a besoin d’un peu de vent frais et les médias ont un rôle à jouer pour cela. De même, il faut arrêter de s’écharper sur le symbolique, sur des sujets qui n’ont aucun intérêt.

 

Pourquoi l’islamisme a réussi à infiltrer notre société et comment le contrer ?

C.D. - Longtemps, il y a eu un discours mensonger des gouvernements, qui prétendaient lutter contre des influences étrangères sur l’islam de France, et dans le même temps les encourageaient. On a toléré beaucoup trop de choses sous couvert de ce jeu diplomatique, des états qui géraient leurs ressortissants sur notre territoire, un discours communautariste très encouragé, et on a sans doute sous-estimé le danger. Il y a eu une progression idéologique, un travail de sape dont on se rend compte aujourd’hui avec stupéfaction. Pour contrer cet islamisme, au-delà des mesures de police dans les quartiers, d’un changement de discours politique, il faut faire rêver, avoir une forme d’ambition. Un pays, dont l’envie et le désir semblent faiblir ne fait pas rêver, ce qui laisse la place à ceux qui finalement font un peu plus rêver, aussi choquant que cela puisse paraître, en proposant une espèce de force. Une partie de ceux qui sont devenus djihadistes ont essayé d’entrer dans l’armée française, cela traduit un besoin d’aspiration. Il y a un manque d’horizon sur ce qui nous rassemble.

 

 

Quelques repères

Originaire d’un village de l’Allier où ses parents vivent toujours, Christophe Deloire est plutôt matheux mais sait très jeune qu’il veut être journaliste. Son parcours est atypique puisqu’il fait l’Essec, part ensuite faire son service national à Berlin pour TF1, avant de devenir journaliste au Point. Il est ensuite éditeur chez Flammarion, directeur du CFJ, et parallèlement écrit quelques livres. Depuis 4 ans qu’il est à la tète de RSF, sa vie est faite de merveilleuses rencontres et de très nombreux voyages, pour défendre la presse lorsqu’elle est en danger dans sa liberté ou son indépendance.

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 09:23
La performance de jeu

Beaucoup le connaissent par Catherine et Liliane, le programme court humoristique en clair sur Canal +, mais Alex Lutz est avant tout un formidable performeur de one-man-show, ce qui lui a valu le Molière de l’humour cette année. Il est également metteur en scène pour d’autres artistes, et en tant qu’acteur on commence à le voir de plus en plus au cinéma où il a aussi réalisé son premier film.

 

Alors qu’il s’apprête à démarrer le tournage d’un film dans lequel il tient le rôle principal, Alex Lutz a dû annuler à contrecœur quelques représentations en province de son spectacle, à cause du changement de dates du tournage. Parallèlement il continue Catherine et Liliane sur Canal + à 20h45 en clair, mais en dehors du Petit journal depuis la rentrée de septembre. Alex Lutz est Catherine, la blonde, et Bruno Sanches est Liliane dans cette revue de presse facétieuse parfois cinglante, où deux secrétaires épluchent l’actualité des personnalités du spectacle et de la politique. De plus cette année, une fois par semaine un invité vient se prêter au jeu, et le vendredi les deux compères interprètent une parodie de souvenirs télévisuels, cela peut être une série, une chanson, une publicité. Comme les tournages de ces petits programmes sont groupés sur une journée ou deux, Alex Lutz en profite dès qu’il le peut pour filer près d’Orléans dans sa maison avec ses chevaux et ses prairies, où peu à peu il s’installe. C’est le parfait compromis qu’il recherchait avec sa femme et son fils, un joli coin de campagne pas trop loin de Paris.

 

Catherine est débordée …

A la fois, humoriste, acteur, metteur en scène et auteur, Alex Lutz aime alterner des périodes où il ressent un énorme appétit pour s’exprimer artistiquement sous différentes formes, et d’autres durant lesquelles il n’a envie de rien et n’est pas malheureux pour autant. Actuellement, plutôt dans une phase assez dense, il vient de mettre en scène avec beaucoup de plaisir Caroline Loeb dans un monologue où elle s’approprie la parole de Françoise Sagan.

Si la séparation avec Yann Barthès et le Petit journal a été un déchirement de part et d’autre, Alex Lutz et Bruno Sanches n’ont jamais eu aucun problème avec Vincent Bolloré quant à leur liberté de ton. L’irrésistible interprète de Catherine a par ailleurs le soutien de Canal + pour ses spectacles et ses films, il n’avait donc aucun intérêt à quitter la chaîne. L’idée de Catherine et Liliane est née dans la rue, où les deux comédiens en se promenant tombent sur deux femmes pipelettes et ils se mettent spontanément à les imiter. Après avoir creusé l’idée, ils la proposent à M6 puis la développe un peu plus sur France 2 dans l’émission de Stéphane Bern « comment ça va bien », avant que Canal + leur mettent le grappin dessus en 2012 et permette au tandem d’acquérir une belle notoriété.

 

Le bonheur d’incarner

La capacité d’Alex Lutz à se métamorphoser, notamment en femme, en le faisant aussi bien, est le fruit d’un incroyable don d’observation et de retranscription, doublé d’une passion pour les rôles de composition : « Le moindre détail a son importance et doit trouver en soi la vérité permettant au geste qui n’est pas le vôtre de devenir le vôtre avec le plus de sincérité possible. J’aime les personnages qui ont un genou à terre, qui sont humains, vulnérables, je déteste le cynisme, l’œil amusé, le gros malin qui sait tout. Je préfère la poésie, mon humour n’est pas systématiquement drôle, il y a de la folie, de l’absurde. » Déjà petit, lorsqu’il y avait une grosse colère familiale à table, il cherchait quelque chose de drôle pour désamorcer, aujourd’hui encore il ne met jamais de l’huile sur le feu et préfère avoir un humour apaisant. Dans son spectacle, dont l’affiche fait penser à une publicité pour Kinder, il y a de l’enfance et de la nostalgie qu’il moque allègrement. Si l’écriture est un moment douloureux il n’envisage pas de la confier à quelqu’un d’autre, et c’est très tôt le matin qu’il est le plus efficace, étant facilement déconcentré le reste de la journée.

 

Une consécration qui en appelle d’autres

En mai dernier, Alex Lutz a présenté la cérémonie des Molières sur France 2, dont il garde un souvenir fort : « Je suis très heureux de ce que l’on a pu faire, il y a eu des moments d’onirisme que je voulais présents à la télé, et les différents sketches ont représenté tous les théâtres : absurde, lyrique, sérieux, poétique. » Durant cette cérémonie, il a reçu le Molière 2016 de l’humour, une récompense qui l’a beaucoup touché, lui qui a toujours été très moyen dans ses études. Il a su assez tôt qu’il voulait être artiste et avait déjà ce goût pour l’observation des gens, des situations, ainsi que pour l’imitation. Adolescent, il commence à prendre des cours de théâtre amateur à Strasbourg, sa ville d’origine, et dès l’âge de 17 ans il touche ses premiers cachets de comédien professionnel. Tout s’enchaîne assez rapidement, en plus de jouer il accepte, même s’il ne sait pas le faire, de s’occuper de la scénographie, de l’éclairage, d’être assistant à la mise en scène, afin de pouvoir vivre de son métier. Puis, il crée sa compagnie de théâtre, commence à écrire et mettre en scène, rencontre les bonnes personnes d’abord dans la capitale alsacienne, puis à Paris, Sylvie Joly, Pierre Palmade, et Jean-Marc Dumontet son producteur avec lequel il entretient une relation d’une grande franchise, qui va lui permettre d’affiner son one-man-show et rencontrer un beau succès dès les premières représentations en 2007.

 

Acteur et metteur en scène

Il a mis du temps à assumer qu’il était vraiment acteur : « J’ai commencé tôt mais j’étais très mal dégrossi, pas fini. Un garçon lorsqu’il est jeune, à l’image du vin, n’est pas très bon, il a besoin de se buriner, on a rien envie de lui donner, alors qu’une fille dès 16 ans peut faire des merveilles. » Parallèlement, être metteur en scène est aussi important pour Alex Lutz : « Je suis très concret dans mon approche de la mise en scène afin que le comédien me donne ce que j’attends de lui ou d’elle. Je ne suis pas hystérique mais je n’aime pas les palabres pendant trois heures et préfère que l’on essaie, quitte à se tromper et recommencer. » Même si son nom est associé à l’univers de la comédie en tant qu’acteur, il aime aussi les rôles plus dramatiques et a d’ailleurs joué Brecht et Beckett pour le théâtre public. Au cinéma, qui est arrivé plus tard dans sa carrière, on commence à lui proposer des personnages plus contrastés. En 2015, il a même réalisé son premier film, « Le talent de mes amis », qui n’a pas très bien marché mais il le prend avec philosophie : « Cela m’a fait de la peine tout en me remettant les idées en place. Le succès n’est pas un dû, celui que je rencontre sur scène ou avec Catherine et Liliane n’implique pas que le public va se précipiter lorsque je fais un film, c’est normal. »

 

Les avantages et les inconvénients

A 38 ans avec déjà 20 années de carrière, lorsqu’on lui demande de regarder dans le rétroviseur, il y a d’abord les rencontres marquantes qui reviennent, au premier rang desquelles Sylvie Joly, qu’il a côtoyé de manière très proche et dont il a mis en scène le dernier spectacle, il cite aussi Depardieu, Jean Dujardin, Claude Lelouch et Mario Luraschi le célèbre cascadeur et dresseur équestre pour le cinéma avec lequel Alex Lutz travaille actuellement. A côté de cela, le plaisir énorme d’un Olympia ou d’un Châtelet qui se lève à la fin de son spectacle reste inouï pour l’humoriste : « Il faut le prendre comme un shoot mais ce n’est pas cela qui est important dans la vie. » Au rayon des retours très positifs, il y a aussi des grands acteurs comme Michel Bouquet ou Isabelle Adjani qui l’ont complimenté sur son travail, ou les très nombreux articles élogieux dans la presse. A l’inverse une critique injuste, qui se méprend sur l’origine et la motivation d’un projet, comme celle du journal Le Monde sur « Le talent de mes amis », le touche vraiment : « J’aurai préféré qu’elle critique le film plutôt que de s’en prendre au fait que je venais de Canal + avec un financement facile. Si j’avais voulu faire un film simple avec 12 millions de budget et un casting de choix, j’aurais fait Catherine et Liliane, au lieu de ça j’ai fait un film avec mes copains et aucune personne connue. C’est d’autant plus dommage que cette journaliste est une belle plume, mais l’axe utilisé pour taper n’était pas loyal. »

 

Une nature passionnée

Parfois un peu colérique, il est joyeux et mélancolique à la fois, généreux, fidèle, et aime qu’on le laisse tranquille dans son coin. Lorsqu’il n’est pas sur scène, devant ou derrière une caméra, ou avec une perruque blonde sur la tête, il aime par-dessus tout monter à cheval, peindre, cela a failli être sa vraie vocation, et se balader dans la campagne. Le succès, il l’apprécie à sa juste valeur mais il ne veut pas qu’il soit trop envahissant : « J’aime bien qu’on me reconnaisse, mais si cela n’arrive pas c’est très bien aussi. Parfois il y a un petit regard du genre : ah tiens ce ne serait pas la bonne femme qui fait Chantal et Marianne … »

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 09:25
Le jazz dans tous ses états

A l’occasion de son 53ème album de la collection « 100 photos pour la liberté de la presse », Reporters sans frontières (RSF) s’associe à la célèbre agence Magnum afin de nous proposer une superbe sélection de moments insolites, émouvants ou simplement beaux mettant en scène des musiciens de jazz. Cette musique qui se conjugue forcément en noir et blanc apparaît ici à travers ses plus grands interprètes, que les photographes de Magnum ont saisis merveilleusement en concert ou lors de moments plus intimes. On sent dans ces clichés toute la spontanéité du jazz, l’improvisation, la performance, les gestes, les postures, on entend presque les notes s’envoler des instruments. En plus de ces très belles photos qui nous racontent le jazz sous toutes ses formes, il y a dans l’album des textes d’amoureux de cette musique fascinante comme Jean-Pierre Marielle, Jacques Gamblin ou la grande romancière Toni Morrison et un sublime dessin de Sempé. Enfin pour compléter l’ensemble et comme dans chaque album de RSF, l’organisation fait le point sur la liberté de la presse dans le monde à travers une carte, des reportages, un dossier sur le journalisme d’infiltration et l’interview d’un grand journaliste d’investigation allemand. En 2016, 74 journalistes sont morts dans l’exercice de leur métier, RSF se bat quotidiennement contre cela et la vente de ces albums constitue une ressource essentielle pour l’ONG.

 

Jazz – 100 photos pour la liberté de la presse – Reporters sans frontières – 144 pages – 9,90 €.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 07:56
Dans l’intimité d’un artiste pas comme les autres

Tellement de choses ont été dites ou écrites sur Peter Doherty, que l’on oublie parfois qu’il y a derrière l’image d’enfant terrible du rock anglais un talent d’auteur compositeur tout à fait remarquable. A 37 ans, il semble s’être sorti de l’enfer de la drogue et de tous les démons qui le poursuivent et ont failli l’anéantir comme son amie Amy Winehouse, à qui il rend hommage dans deux chansons. Avec ce deuxième album solo enregistré à Hambourg où il a séjourné plusieurs mois, sept ans après l’excellent Grace/Wastelands, Peter Doherty poursuit une carrière multiple. Dans une veine rock avec ses différents groupes, The Libertines ou Babyshambles, et plus contrastée lorsqu’il est seul comme ici, où son romantisme peut s’exprimer à travers une pop-folk d’une douce mélancolie. Sa voix si reconnaissable d’où émane un charisme participant à l’attrait que suscite celui qui n’a jamais supporté d’être considéré comme une star, et par moments des instruments plus acoustiques qu’à l’accoutumée font de cette nouvelle collection de onze chansons, un fascinant voyage intime qui nous permet de mieux connaître Peter Doherty. Cet album est assurément l’une des belles surprises de cette fin d’année, regorgeant de touchantes mélodies et de quelques incursions rock dont l’artiste a le secret.

 

Peter Doherty – Hamburg demonstrations – BMG – 1 CD : 15,99 €.

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 09:34
Emouvant hommage à travers une quête de la vérité d’une vie

En remportant le Prix des prix littéraires, qui récompense depuis 2011 le meilleur livre parmi les huit grands prix littéraires attribués à l’automne, « Laëtitia ou la fin des hommes » confirme qu’il est bien l’une des plus belles réussites de 2016. Egalement lauréat du Prix Médicis et du Prix littéraire Le Monde, Ivan Jablonka, écrivain et historien de 43 ans, a écrit un livre hybride entre roman, récit et essai qui démontre parfaitement ce que la littérature peut apporter au réel tout en lui étant d’une fidélité scrupuleuse. L’auteur a mené une enquête auprès des proches de Laëtitia Perrais, cette jeune fille de 18 ans sauvagement assassinée en janvier 2011 près de Pornic, mais aussi auprès des magistrats, avocats, journalistes, gendarmes et autres personnes ayant été mêlées à cette affaire. Il a aussi dépouillé les archives concernant la victime et a assisté au procès de son meurtrier. Le résultat est sidérant autant pour la reconstitution glaçante de la vie et la mort de Laëtitia, que pour la radiographie implacable d’une certaine société française à la périphérie des villes, faite d’inégalités et de pauvreté. Le constat se fait à plusieurs niveaux, celui de l’environnement de Laëtitia, qui a passé sa courte vie dans une insécurité quasi permanente entre alcoolisme, violence, inceste, et qui malgré tout tentait de s’en sortir. Celui de l’Etat avec un Président qui s’empare avec populisme de la vive émotion d’un fait divers pour incriminer la justice. Mais aussi d’un point de vue social, où les hommes continuent à faire tant de mal aux femmes voire aux enfants. Admirablement construit, ce livre essentiel redonne vie à Laëtitia pour la faire exister au-delà de ce crime abject dont elle a été victime et du meurtrier qui l’a commis. Pour une fois qu’un écrivain n’est pas fasciné par le prédateur mais s’emploie à restituer sa dignité à l’absente, on ne peut que remercier Ivan Jablonka, qui a rendu Laëtitia inoubliable.

 

 

Laëtitia ou la fin des hommes – d’Ivan Jablonka – Editions du Seuil – 366 pages – 21 €.

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 09:17
Les limites du pardon

Pour son deuxième film, le premier qui sort en France, ce jeune cinéaste singapourien de 33 ans aborde un thème on ne peut plus délicat, la peine de mort, et rarement traité sous cet angle, celui du bourreau. Sobriété et précision sont les maîtres-mots qu’il adopte pour nous plonger sans détours dans une prison de haute sécurité, avec un remarquable sens du cadrage et de nombreuses scènes dans un fascinant clair-obscur. A Singapour, pays ultra-sécuritaire, où un trafiquant de drogue peut être sans état d’âme condamné à mort par pendaison, le réalisateur avance sur des œufs et si l’on sent son opposition à la peine capitale, ce n’est jamais de manière appuyée. En préambule, le film démarre auprès d’un gardien de prison ayant la charge de bourreau, cinq minutes avant la mise à mort d’un condamné. Puis très vite, un retour en arrière nous ramène au moment où il intègre cette prison de haute sécurité, répondant à un questionnaire sur ses éventuels antécédents politiques ou psychiatriques et les motivations de sa vocation. Comme il veut aider ceux qui sont prêts à changer pour les rendre meilleurs, il est affecté à la réinsertion. Ce thriller psychologique, qui propose une vision plus réaliste d’un bourreau que celle souvent caricaturale à laquelle on est habitué, se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît et questionne magistralement la notion de rédemption, les limites du bien et du mal, et la difficulté de la société à pardonner quelle que soit la faute.

 

Apprentice - Un film de Boo Junfeng avec Fir Rahman, Wan Hanafi Su, … - Condor Entertainment – 1 DVD : 19, 99 €.

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 08:47
Redoutable film catastrophe lourd de sens

Le cinéma sud-coréen n’en finit pas de nous étonner en nous offrant régulièrement des petites pépites, et en se révélant au niveau asiatique le réservoir le plus prolifique de cinéastes de grand talent. Après trois films d’animation à l’univers et au propos assez sombre, ce réalisateur de 38 ans que l’on découvre pour la première fois sur nos écrans s’attaque à un film réel avec des comédiens. Pour un coup d’essai il s’agit d’un coup de maître. Yeon Sang-ho réussit la triple équation de nous tenir en haleine, voire de nous effrayer tout au long de ce film catastrophe suffocant où l’on perçoit un zeste d’humour, de délivrer un message politique très lucide sur l’état de notre société, de nos comportements et en particulier du capitalisme sauvage sud-coréen, et enfin de brosser un tableau très touchant sur la relation entre un père trader égoïste en passe de divorcer et sa fille délaissée qui souffre en silence. Un éleveur de porcs arrive avec sa camionnette dans une zone mise en quarantaine à cause d’une fuite toxique provenant d’une usine biochimique. En voulant répondre à son téléphone, il percute et tue un chevreuil. Au bout de quelques secondes, l’animal se relève comme si de rien n’était mais ses yeux sont vitreux. Changement de décor, dans une société financière, des traders spéculent en vendant toutes les actions de l’entreprise biochimique incriminée pour faire chuter le cours et la sauver. Remarquablement filmé et débordant d’idées de mise en scène, ce long-métrage est bien plus efficace, rythmé et inventif que nombre de blockbusters américains.

 

Dernier train pour Busan- Un film de Yeon Sang-ho avec Gong Yoo, Yumi Jung,… - ARP sélection – 1 DVD : 19,99 €.

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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 08:23
Une merveille de jazz afro-cubain

Dès les premières notes, le piano répond aux percussions puis les cuivres entrent dans le jeu et on est transporté directement au cœur de Cuba. C’est bien de cela dont il s’agit dans ce disque intitulé Abuc, le palindrome de Cuba. À 41 ans, le génial pianiste cubain Roberto Fonseca revisite la musique de son pays dans toute sa diversité. Avec des parents musiciens, il a commencé très tôt  son apprentissage par les percussions, cela s’entend constamment dans sa musique, avant de choisir le piano et devenir un jazzman de grande envergure et de renommée internationale. Passé par le Buena Vista Social Club où il a accompagné les plus grands chanteurs et musiciens cubains, il a aujourd’hui son propre groupe avec lequel il peut laisser libre cours à sa technique, son sens du rythme, et se montrer aussi inspiré dans les morceaux à l’incroyable swing que dans des passages plus intimistes. Son piano, qu’il soit au premier plan ou qu’il se fonde avec les autres instruments, nous éblouit  tout au long des 14 morceaux. La batterie, les percussions, la contrebasse et toutes sortes de cuivres ne sont pas en reste, de même que les voix cubaines invitées, comme celle de la maman de Roberto Fonseca qui chante un émouvant boléro. Talentueux compositeur, il conjugue la musique cubaine à tous les temps, aussi bien en ressuscitant l’ambiance des dancings de la Havane au son d’un grand orchestre, que dans des ambiances plus modernes, et quel que soit le temps employé, ses compositions nous touchent profondément. Ce superbe album, qui mêle les genres avec un étonnant naturel, est tout à la fois débordant d’énergie, de générosité et parsemé de moments de grâce au parfum nostalgique.

                                                                                                                      

Roberto Fonseca – Abuc – Impulse ! / Universal – 1 CD : 15,99 €.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 08:11
Eau gaspillée
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