Plus fort que la maladie

Publié le par Michel Monsay

Plus fort que la maladie

Rien de mieux pour bien démarrer l’année que ce superbe film, montrant le meilleur de l’être humain, capable de repousser les limites de l’impossible par sa seule détermination et la force que lui procure l’amour indéfectible de sa compagne. Transposer au cinéma l’incroyable vie du célèbre astrophysicien Stephen Hawking était un pari délicat, dont il fallait proscrire tout pathos et sentimentalisme. James Marsh, cinéaste anglais de 51 ans qui alterne documentaires et fictions, relève brillamment le défi en nous offrant une œuvre romanesque et émouvante mais jamais larmoyante. Admirablement bien filmée par une caméra inventive et une lumière toujours très belle, cette histoire est également magnifiée par l’interprétation sensible et impressionnante d’Eddie Redmayne dans le rôle du professeur Hawking, mais aussi de Felicity Jones qui incarne son épouse. Le film est à la fois un vibrant hommage à ce génie scientifique, et une touchante histoire d’amour qui ne ressemble à aucune autre. Nous sommes en 1963, deux amis d’une vingtaine d’années filent à bicyclette dans les rues de Cambridge pour rejoindre l’université où ils étudient la cosmologie. L’un d’eux, Stephen, surdoué pour résoudre les problèmes insolubles de leur professeur, fait la connaissance lors d’une soirée, malgré sa timidité, d’une charmante étudiante en poésie. Une idylle va naître entre eux alors que Stephen continue de préparer un doctorat de physique, mais des signes avant-coureurs de crispation et de déformation des mains et des pieds commencent à apparaître chez le jeune homme. Si la mode des biopics ne donne pas toujours des œuvres enthousiasmantes, il faut saluer l’excellent travail de toute l’équipe de ce film, tant artistique que technique, pour faire connaître au plus grand nombre le travail et le destin unique de Stephen Hawking.

                                                                                                                      

Une merveilleuse histoire du temps – Un film de James Marsh avec Eddie Redmayne, Felicity Jones, Charlie Cox, David Thewlis, …

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Cœur indépendant dans le salon de guerre

Publié le par Michel Monsay

Cœur indépendant dans le salon de guerre

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La pêche attendra ... les mots fléchés d'abord !

Publié le par Michel Monsay

La pêche attendra ... les mots fléchés d'abord !

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L’hôpital du rire aux larmes

Publié le par Michel Monsay

L’hôpital du rire aux larmes

Ce film a été l’une des très belles surprises de 2014, en obtenant un joli succès au box-office et auprès des critiques avec un sujet difficile, le milieu hospitalier, traité de manière beaucoup plus réaliste que les séries américaines sur le même thème, dont les saisons se succèdent sans ne jamais lasser le téléspectateur, et pourtant … La réussite d’Hippocrate est en grande partie due au vécu du réalisateur, également médecin. Pour son deuxième long-métrage, assez autobiographique, il nous plonge avec une remarquable justesse qui n’empêche pas l’humour, au cœur d’un service hospitalier, et plus particulièrement auprès des internes de l’établissement. Le cinéaste de 38 ans ne s’arrête pas à l’étonnante vraisemblance de chaque geste, chaque situation avec les patients, les infirmières, les médecins, il dénonce très efficacement tous les maux dont souffrent le monde hospitalier aujourd’hui par manque de moyens et d’effectif, parfois au détriment des malades. Il pointe également le doigt sur ces médecins étrangers ne venant pas de la zone euro et travaillant dans les hôpitaux français, qui non seulement sont exploités mais doivent s’astreindre à un parcours du combattant pour obtenir le droit d’exercer. Les comédiens sont tous très bien, notamment Reda Kateb qui possède un vrai magnétisme et interprète dans un mélange de sobriété et d’énergie contenue, un médecin algérien faisant fonction d’interne. Le film démarre avec un autre interne, un vrai celui-là, de 23 ans, lors de sa première journée dans le service que dirige son père. Le jeune homme assez sûr de lui au départ va rapidement être confronté à la difficulté de la pratique, et de fait à ses propres limites et ses propres peurs. Voilà une œuvre très attachante qui avance dans un parfait mélange romanesque et documentaire, en étant tour à tour drôle et émouvante.

                                                                                                                    

Hippocrate – Un film de Thomas Lilti avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt, … - France TV distribution – 1 DVD : 19,99 €.

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Être philosophe ou ne pas être

Publié le par Michel Monsay

Être philosophe ou ne pas être

Chercheur, essayiste et professeur de philosophie politique à l’Université américaine de Paris et à l’Ecole Polytechnique pour la partie enseignement, et dans un laboratoire du Muséum national d’histoire naturelle et du CNRS pour la recherche, Cynthia Fleury, dont la parole est très prisée des médias, est également psychanalyste.

 

Pour en finir avec la sinistrose ambiante, qui existait bien avant les horribles attentats de ce début d’année, et le succès inquiétant du suicide français d’Eric Zemmour, le parfait remède est un livre d’entretiens intitulé « Nos voies d’espérance »,  avec 10 grands témoins dont Nicolas Hulot, Erik Orsenna, Pierre Rabhi et Cynthia Fleury. Cet ouvrage paru en octobre dernier et dont les droits sont entièrement versés aux Restos du cœur, ne se contente pas d’établir un diagnostic de notre société, il propose des pistes et des réflexions avec un pouvoir pédagogique afin de retrouver la confiance. Pour Cynthia Fleury, cette démarche participe à un travail de transmission, où elle essaie dans une partie de ses écrits de rendre son langage davantage accessible à un plus grand nombre. Une autre partie, aussi importante pour elle, est constituée notamment d’articles scientifiques plus ardus, qui renvoient à un travail universitaire et une réflexion qu’elle approfondie au fil du temps : « Un philosophe construit les légitimités de demain. En philosophie politique, il interroge la question du juste, du contrat social. »

 

L’écriture au centre de sa pensée

Son ouvrage, dont on a incontestablement le plus parlé, est « La fin du courage » paru en 2010, qui est le premier écrit se nourrissant de sa pratique de psychanalyste démarrée en 2008 : « Le succès d’un essai provient toujours de la rencontre d’une théorisation et d’un sentiment de vécu. Il était évident que la question du courage dans le monde public à l’aune de celle du découragement qui pèse sur notre société, auraient un écho, et je le voyais déjà avec mes patients. Cet ouvrage a un ancrage théorique, puisque je m’interroge depuis assez longtemps sur la régulation démocratique, les valeurs de nos sociétés, ce qui crée la cohésion, ce qui fracasse la solidarité, mais à la différence de mes précédents écrits, il y a une incarnation plus directe avec la parole des patients. La théorie et la pratique se rencontraient. » Les deux premiers écrits de Cynthia Fleury s’inscrivaient dans une expérience assez radicale d’écriture philosophique frisant par moments la poésie. Les suivants sont plus en prise avec le réel, avec chaque fois la dimension du je, qu’elle utilise comme un marchepied pour amener le lecteur à une réflexion plus générale.

 

L’apport de la psychanalyse

Après un parcours d’analysante commencé jeune, elle est devenue psychanalyste sans l’avoir prémédité, suite à l’écriture de son essai « Les pathologies de la démocratie », pour lequel elle a rencontré nombre de médecins et de psychologues du travail afin d’analyser les dysfonctionnements de notre société. Elle explique ce que son nouveau métier lui apporte : « Les sociologues font un travail de statistiques, d’enquêtes, de terrain, la philosophie n’a pas une tradition de terrain, elle a une tradition hypothétique, problématique qui me va absolument. Cependant, mon terrain philosophique étant l’Etat de droit et la protection de sa durabilité, la psychanalyse permet la verbalisation de l’individu dans l’Etat de droit, ce qui est un apport considérable. Par ailleurs, en psychanalyse le lien avec les autres se fait toujours. »

L’emploi du temps de Cynthia Fleury se répartit aujourd’hui en trois tiers, la journée pour la recherche et l’écriture ou pour l’enseignement, et les fins d’après-midi et week-ends sont consacrés à la réception des patients. Ces trois activités, si elles construisent une réflexion, une compétence pour aider les autres, mais aussi du lien, se révèlent très dures dans leur pratique : « Ecrire est une souffrance, ne pas écrire l’est tout autant, il n’y a donc pas d’issue. Enseigner est un enfer, cela vous demande une très grande implication, cela vous mange littéralement, de même que les patients, dont on doit réceptionner tous les maux, mais fondamentalement les trois sont nécessaires. »

 

Enseignement et recherche

Malgré la difficulté de l’exercice, elle enseigne la philosophie morale et politique depuis plus d’une dizaine d’années à l’Université américaine de Paris en français et en anglais, mais aussi à l’Ecole polytechnique actuellement et à Sciences-Po jusqu’à l’année dernière. Sans oublier un enrichissant parcours de professeur invité, au Liban durant quatre ans, au Japon, aux Etats-Unis, en Pologne et à l’Université de Cambridge. Le cœur de son enseignement s’appuie sur des grands textes et grandes théories, mais aussi en se nourrissant de l’actualité, comme récemment la question de l’euthanasie, pour en analyser le sens philosophique et éthique.

Autre versant de son activité, la recherche en philosophie politique qu’elle effectue dans un laboratoire du Muséum national d’histoire naturelle et du CNRS, a pour sujet la réforme des vieilles démocraties comme celle de la France, des Etats-Unis, et de leurs institutions, les transformations comportementales des individus, leur singularité, la place de la nature dans le contrat social : « Cela consiste, lorsque vous vous penchez sur un concept, à en faire toute l’historiographie, comment il a été pensé, les controverses qu’il a suscitées, puis voir si vous-même apportez une étape supplémentaire. Soit par la création d’un autre concept, soit par une interprétation nouvelle ou un renversement de la théorie. Est philosophe, celui qui à la fois fait de l’histoire de la philosophie et crée des concepts. »

 

Sollicitations en tous genres

De part son statut rare de philosophe psychanalyste, la pertinence et l’érudition de son travail scientifique, Cynthia Fleury apporte une manière de penser assez différente de ses confrères. Sa parole est prisée aussi bien pour des colloques universitaires, des conférences dans des domaines très variés, de l’agriculture aux hôpitaux en passant par les entreprises, les collectivités et bien d’autres univers, mais aussi par les médias. Autant dans la presse écrite, où elle est régulièrement interviewée sur tel sujet pour donner son point de vue, qu’à la radio sur France culture et France Inter ou la télévision dans C dans l’air et Ce soir ou jamais. Parallèlement, elle tient une tribune hebdomadaire dans l’Humanité depuis onze ans et occasionnellement dans Le Monde et Libération, où là encore elle se sert d’un sujet d’actualité pour proposer une réflexion plus approfondie : « Un philosophe construit les légitimités de demain. En philosophie politique, il interroge la question du juste, du contrat social. » Toutes ces contributions ont pour but de participer au débat public, et interpeller le conférencier, le lecteur, l’auditeur, le téléspectateur. Parallèlement, elle a un engagement civil et non partisan, en ayant créé avec d’autres le Collectif Roosevelt en 2012 et en étant membre du conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l’homme.

 

Viscéralement philosophe

Dès l’âge de 13 ans, Cynthia Fleury a commencé à ressentir ce qu’allait être sa vie sans pour autant connaître à l’époque le sens du mot philosophie : « La puissance de la parole, de la juste verbalisation, le fait de tenter de dire avec les mots ce qui se passe, cela m’a paru évident que ma voie était là. Ma position dans mon environnement, dans le monde, m’avait amenée à un constat de faiblesse, d’impuissance, et par le biais du dire je sentais que je pouvais agir. N’ayant pas une facilité de présence au monde, la philosophie m’a aidée à rester en vie. Comme j’étais une enfant responsable, il était hors de question que je commette un acte irréversible. Cela n’avait pas de sens, j’ai donc essayé de trouver et de fabriquer du sens. Comme un artisan fabrique des chaussures, je fabrique du sens, c’est un outil parmi d’autres pour transformer le monde, vivre, rester en vie, aimer. »

Territoire masculin qui peu à peu s’ouvre, il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour avoir un texte respectueux des femmes en philosophie. Cela n’a pas empêché Cynthia Fleury d’entreprendre des études de philosophie jusqu’au doctorat en présentant une thèse sur la métaphasique de l’imagination. C’est avec son premier directeur de recherche qu’elle se spécialise en philosophie politique. Aujourd’hui à 40 ans, elle est entièrement investie dans sa triple activité, souhaite avoir plus de temps à l’avenir pour approfondir et structurer sa pensée au travers de recherches et d’écrits, réduire le nombre d’heures de cours en France et avoir de nouvelles expériences d’enseignement à l’étranger, enfin continuer les échanges d’une grande richesse avec ses patients.

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"Tous les dessinateurs humoristiques que je connais ne croient en rien"

Publié le par Michel Monsay

"Tous les dessinateurs humoristiques que je connais ne croient en rien"

Il y a une semaine nous découvrions avec stupeur, l'horreur du carnage perpétré au coeur de la rédaction de Charlie hebdo. Une semaine plus tard, nous sommes toujours aussi bouleversés par ces attentats barbares démarrés avec l'assassinat de dessinateurs que nous aimions tant, et dont l'humour empreint de liberté nous faisait si souvent rire. Voici une petite interview de Wolinski réalisée en 2012, un an après le portrait publié précédemment sur ce blog.

En ayant publié une centaine de livres et travaillé pour plus de 40 journaux, Georges Wolinski est l’un des dessinateurs de presse les plus demandés et les plus prolifiques. A 78 ans, il continue d’être au cœur de l’actualité avec une grande expo rétrospective à la BNF, deux livres qui retracent sa carrière riche et diversifiée, et chaque semaine ses dessins dans Paris-Match, Charlie hebdo et le JDD.

 

Pouvez-vous nous parler du métier de dessinateur humoristique ?

Georges Wolinski - La passion du dessin commence très jeune, il y a des gosses qui courent derrière un ballon, d’autres comme moi préfèrent crayonner ou lire. Très tôt, j’ai aimé dessiner ce que je voyais dans les livres que l’on m’offrait, et à 11 ans je me suis acheté mon 1er livre du grand dessinateur Dubout. Tous les dessinateurs humoristiques que je connais ne croient en rien, ne respectent rien à part l’intelligence, et de ce fait nous n’avons pas le même regard que les autres sur le monde. Le moment que je préfère est celui toujours inattendu, où je m’aperçois que j’ai trouvé l’idée que je cherchais depuis des heures, pour illustrer le thème du dessin que je dois faire. Tout d’un coup, je me dis tiens voilà c’est ça, le dessin est fait et ça me paraît évident. Lorsque je fais des dessins publicitaires, c’est plus facile, vu que c’est très bien payé, je prends un malin plaisir à le faire très vite.

 

Quel regard portez-vous sur le monde agricole ?

G.W. - Je suis avant tout un citadin, étant né à Tunis et vivant depuis longtemps à Paris, mais vers 13 ans, j’ai quitté la Tunisie pour rejoindre ma mère à Briançon à la fin des années 40. Du monde agricole, j’ai le souvenir de gens habillés très simplement, les femmes étaient en noir, ils cultivaient des pommes de terre dans la montagne avec les difficultés que posait la neige en hiver. Aujourd’hui, c’est un monde un peu lointain pour moi, mais j’ai toujours du plaisir à parler avec des paysans. Ils ont une sorte de sagesse, de façon d’être, une intelligence qui ne me déplaît pas, j’aime leur mentalité, leur simplicité. En tant que consommateur, je préfère acheter français quitte à attendre que les fruits et les légumes soient de saison et proviennent d’une région française. Il y a une sorte de rituel de l’honnêteté chez les paysans français. Par ailleurs, j’aime aussi lorsque je fais de la route voir la beauté de tous ces champs cultivés.

 

De quoi est faite votre actualité ?

G.W. - Une grande exposition retraçant 50 ans de dessins se tient du 28 juin au 2 septembre à la Bibliothèque Nationale de France. Il y aura 500 dessins allant des premiers que j’ai faits durant la guerre d’Algérie en étant sur place, jusqu’à aujourd’hui. Parallèlement sort un livre « Wolinski 50 ans de dessins » aux éditions Hoëbeke, qui est une sorte de catalogue amélioré de l’expo. Egalement, un livre de 900 pages, intitulé « Le pire a de l’avenir » aux éditions du Cherche Midi, où je raconte ma vie pour la 1ère fois en mots, mais aussi en dessins. Enfin, toutes les semaines je continue ma collaboration avec Paris-Match, Charlie Hebdo et le Journal du Dimanche.

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Une provocation tendre et coquine

Publié le par michelmonsay

En hommage à Wolinski et à toutes les victimes de cette journée funeste qui nous a tous bouleversés, voici le portrait que j'avais écrit en 2011 après l'avoir rencontré chez lui, où il m'avait reçu avec simplicité et gentillesse en évoquant avec émotion et autodérision les souvenirs d'une carrière exceptionnelle de tendre provocateur, tout en me disant : "Un humoriste ne doit pas être méchant, mais plutôt féroce contre ceux qui font du mal ou pensent mal."

 

 

Georges Wolinski 006

Avec 50 ans de carrière dans de nombreux journaux de tous horizons et une centaine de livres parus, Wolinski est devenu l’un des plus fameux dessinateurs que la presse ait connu. Son style de dessin rapide, à la fois grivois et contestataire, a toujours été courtisé. Ce caricaturiste reste aujourd’hui encore un observateur très pertinent de notre société, et particulièrement de la relation homme/femme.

 

Une exposition à la BNF pour célébrer ses 50 ans de dessins, accompagnée de deux livres, l'un lié à l'expo avec 400 planches retraçant sa carrière, et l'autre intitué "Le pire a de l'avenir" où il se raconte pour la première fois en mots mais aussi en dessins. A près de 78 ans, Georges Wolinski est toujours aussi réclamé. Il essaie de mener tout cela de front, même s’il se trouve imprudent d’avoir accepté ces sollicitations qui viennent s’ajouter aux dessins qu’il fournit chaque semaine pour Charlie hebdo, Paris Match et le Journal du dimanche. Sans oublier les régulières demandes annexes, comme celle de Jérôme Clément l’ancien président d’Arte, qui lui a demandé l'année dernière un dessin pour illustrer le carton d’invitation de sa soirée de départ, qui a réuni 2000 personnes à Chaillot.

Dans le troisième documentaire consacré à Wolinski diffusé en janvier 2011 sur Arte, inévitablement sont revenues les questions pour « Monsieur je ne pense qu’à ça ». Cette réputation l’amuse, au contraire de sa femme Maryse qui lui rétorque agacée : « Mais tu es quand même un dessinateur politique ! » Les femmes ont toujours été au centre de sa vie. Depuis sa plus tendre enfance, il était déjà attiré par leur beauté. Elles l’inspirent et leur présence lui est indispensable pour vivre et dessiner.

 

Trouver sa voie

Le dessin est apparu assez tôt comme une issue de secours pour le jeune Wolinski. Pas très doué pour les études et ne parvenant pas à devenir architecte, il travaille dans un premier temps pour l’entreprise de tricotage mécanique des parents de sa première femme. Parallèlement à ce gagne-pain, il poursuit sa passion pour le dessin en s’inspirant des magazines satiriques underground américains et d’Albert Dubout : « On ne devient soi-même qu’après avoir beaucoup imité les autres ». La découverte du journal Hara-kiri et la rencontre avec Cavanna qui accepte de publier ses dessins absurdes et bizarres, décident Wolinski à abandonner le petit confort apporté par son travail, et à se lancer pleinement dans le métier de dessinateur au début des années 60.

Veuf à 32 ans après le décès soudain de sa femme dans un accident de la route, il compense cette solitude en créant des petits dessins érotiques qui commencent à construire sa réputation. Mai 68 est un autre élément déclencheur de sa carrière. En se sentant concerné par les événements, son dessin se politise et ses collaborations se diversifient notamment à gauche dans un premier temps avec les journaux Action et L’enragé.

 

Tout le monde le veut

Son travail provocant plait aux publicitaires qui le sollicitent pour illustrer leurs slogans, comme celui de Mars, « Un coup de barre ? Mars et ça repart ». Cette manne financière tombe à pic et lui permet d’être plus à l’aise pour s’occuper de ses deux filles qu’il élève seul depuis la mort de sa femme. Dès lors tout s’enchaîne, ses albums de dessins se vendent bien et on lui confie Charlie mensuel, un magazine de BD dont il s’occupe durant 10 ans, en faisant découvrir des dessinateurs américains, anglais, italiens et français. Il est de plus en plus courtisé pour travailler sur des supports de tous horizons comme Le journal du dimanche, où il rencontre Maryse qui va devenir sa seconde femme. « J’étais devenu le contestataire de service, chaque dimanche au-dessus de mon dessin était inscrit : Je conteste. » Puis il travaille pour L’Humanité qui l’envoie à Moscou et dans différents pays de l’ancienne Union soviétique avec ses crayons dans ses valises.

De sa longue collaboration à Hara-kiri et Charlie hebdo, Wolinski analyse la première période de 1960 à 1985 : « Le journal a commencé à déplaire à la fin des années 70, il était excessif, bête et méchant, pipi caca. D’ailleurs, ils viennent de publier « le pire de Hara-kiri », je n’ai pas revu tout cela avec plaisir, ce n’est pas marrant. » On sent qu’à l’égard des co-fondateurs de ces revues, il garde une tendresse et une admiration pour Cavanna, et beaucoup moins pour le professeur Choron dont il déplore l’influence néfaste sur le contenu des journaux.

 

Libre mais jamais méchant

Quel que soit le journal pour lequel il a dessiné, Wolinski revendique d’avoir toujours eu la liberté de laisser ses crayons s’exprimer : « J’ai toujours défendu mes idées, mes opinions et n’ai jamais baissé le ton. Ceci dit, je pouvais dessiner une fille à poil dans Charlie hebdo mais pas dans le Journal du dimanche. » il ajoute pour démontrer cette liberté : « Claude Cabanes, l’ancien rédacteur en chef de L’Humanité, m’avait dit qu’il n’y avait pas un dessin que je faisais pour Paris-Match qui n’aurait pas pu passer dans L’Humanité. »

Si la politique l’inspire toujours autant, Wolinski a évolué avec son époque et ses dessins sont moins cinglants, il tacle à ce propos un de ses collègues : « Siné est ridicule de continuer à faire de la provocation dans le style mai 68. Je me rappelle avoir été terrifié à l’époque par un de dessins dans L’enragé, dont le texte était : si vous voyez un CRS blessé, achevez-le ! » Wolinski ne s’est jamais reconnu dans cette virulence.

 

A la gloire du dessin de presse

Inconditionnel d’Albert Dubout, il a contribué en intercédant auprès de Jacques Chirac, à ce qu’il y ait une exposition hommage au grand dessinateur à la Bibliothèque nationale de France en 2006. Du coup, le Président aimant déjà les livres de Wolinski et ayant apprécié cette démarche, lui a remis la Légion d’honneur. Sur la centaine de livres publiés, il y a quelques bandes dessinées, mais la majeure partie d’entre eux sont des recueils de dessins parus dans la presse, qui se sont toujours plutôt bien vendus. A l’image de J’étais un sale phallocrate à 70 000 exemplaires l’année de sa parution en 1979, puis 10 000 par an durant 10 ans. Il déplore l’évolution du marché : « Ce genre de recueil ne se vend plus beaucoup, maintenant il faut trouver un thème qui soit vendeur. Cela m’énerve, je n’ai pas envie de faire des livres avec l’obsession de trouver des idées qui se vendent bien. » Malgré tout, son dernier album en date sorti en décembre 2010 sur la sexualité des français de De Gaulle à Sarkozy, qui fait pourtant près de 400 pages et coûte 46 euros, a bien marché.

 

Il n’y a pas que les dessins

L’écriture a toujours été un élément très important pour Wolinski, dans ses dessins pour faire vivre ses personnages et ne pas rester dans le symbolisme. Également, il a écrit, co-écrit ou adapté des comédies absurdes et loufoques pour le théâtre et le cinéma voire la télévision avec Palace. L’écriture des autres l’intéresse aussi beaucoup, il a lu régulièrement tout au long de sa vie des romans, de L’amant de Lady Chatterley quand il était jeune à Houellebecq aujourd’hui, et se considère assez cultivé par rapport à la plupart des dessinateurs. C’est cependant à cette famille des humoristes qu’il revendique son appartenance : « Nous nous servons de cette arme fatale qu’est l’humour pour vivre, nous avons besoin de rire de ce qui n’est pas drôle. Aujourd’hui, on ne trouve de vrais humoristes que chez les dessinateurs, les autres sont souvent méchants. Un humoriste ne doit pas être méchant, mais plutôt féroce contre ceux qui font du mal ou pensent mal. »

 

La recette de son succès

Spécialiste de ce que l’on appelle le dessin rapide dont le but est de faire rire ou sourire, il s’inscrit dans cette tradition française de dessinateur de presse qui est née au lendemain de la Révolution avec à l’époque de grands caricaturistes comme Daumier. Pour trouver les thèmes qu’il veut aborder, Wolinski se nourrit quotidiennement de la presse écrite, des livres et de la télé : « Je prends des notes, et quand j’ai trouvé un sujet qui m’inspire, je cherche parfois longtemps comment je vais représenter les personnages et quel dialogue je vais leur faire dire. Puis, arrive un moment où le dessin est fait et je ne m’en suis pas aperçu. » Il aime à la fois choquer en pensant à la tête de la personne découvrant son dessin, mais aussi alerter sur un travers de notre société.

S’il assume pleinement les paradoxes qui composent sa personnalité, il y a un point sur lequel il est inflexible : le refus de toute croyance. En se rapprochant des 80 ans, il commence à ressentir une certaine anxiété face au temps qui passe trop vite et aspire à être tranquille, peinard, sans problèmes, en continuant à travailler et à se déplacer en France ou à l’étranger à l’occasion de conférences ou de festivals, comme il aime le faire régulièrement.

 

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« L’humour est un langage que j’ai toujours aimé »

Publié le par michelmonsay

En hommage à Cabu et à toutes les autres victimes de cet horrible carnage perpétré par des fanatiques d'une écoeurante lâcheté, voici une petite interview réalisée en 2012 et un portrait que j'avais écrit en 2008 après l'avoir rencontré au siège de Charlie hebdo et avoir déjeuné avec ses amis de la rédaction, un moment de rigolade et d'insouciance. Son sourire et ses dessins vont terriblement nous manquer

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Petite interview de Cabu et portrait réalisé en juin 2008

 

Aussi à l’aise dans la bande-dessinée, le dessin de reportage et la caricature, Cabu avec plus de 50 ans de créations à son actif, n’a jamais cessé de combattre la bêtise. Après avoir travaillé pour de nombreux journaux, il est toujours fidéle à 74 ans à Charlie Hebdo et au Canard Enchainé qui publient chaque semaine ses dessins, et il continue parallèlement à sortir régulièrement des livres.

 

Pouvez-vous nous parler du métier de dessinateur humoristique ?

Cabu - A 10 ans, j’ai gagné un concours de dessin dans le journal « Cœur vaillant » et depuis je n’ai pas arrêté de dessiner. Le dessin était à destination d’une affiche publicitaire pour un stylo, et j’y avais représenté un élève avec les pieds sur son bureau et les mains dans les poches, qui regardait son stylo écrire tout seul. Admirateur de Dubout, je recopiais à l’époque ses dessins pour comprendre comment il faisait. Dès l’âge de 15 ans, j’avais 3 dessins par semaine qui étaient publiés dans le quotidien régional de Reims.

L’humour est un langage que j’ai toujours aimé. Un dessin est un fusil à un coup où l’on réunit beaucoup de choses, il y a une élégance à synthétiser une scène de la vie en une seule image avec un dialogue très court. Cela s’apparente à un théâtre, où le dessinateur serait le metteur en scène qui arrangerait la vie comme il le souhaite sur une feuille de papier, en inventant des personnages. Pour ma part, j’ai toujours eu une prédilection pour le français moyen. Notre ressort est de chercher à dénoncer la bêtise en faisant rire. Le moment que je préfère arrive lorsque j’ai trouvé l’idée et que je me mets à la réaliser, mais aussi lorsque la caricature est réussie. En ce moment, il faut refaire complètement le casting et ce n’est pas facile, notamment avec Jean-Marc Ayrault qui a un visage assez régulier. Il y a aussi beaucoup de femmes au gouvernement, et elles sont bien plus compliquées à caricaturer.

 

Quel regard portez-vous sur le monde agricole ?

C. - J’ai le regard d’un parisien même si je vais régulièrement dans la Sarthe où mon épouse a une maison. C’est un métier très dur et je ne comprends pas pourquoi les paysans ont autant besoin de subventions, ils devraient pouvoir vivre du fruit de leur travail. D’un autre côté, les céréaliers vivent très bien avec des subventions dont ils n’auraient pas besoin. Leurs exploitations sont de plus en plus grandes et deviennent des usines à blé, orge, colza ou autre, cela n’a plus rien d’artisanal. En plus, ils respectent moins l’environnement que les petits agriculteurs, en supprimant notamment les haies et en utilisant des pesticides qui provoquent entre autre la disparition des abeilles. J’ai toujours recherché des produits bios depuis le début, et j’ai appris récemment que la France ne produit pas assez de bio et qu’elle est obligée d’importer des produits d’Allemagne. Cependant, même si cela reste marginal dans notre pays, de plus en plus de jeunes paysans s’intéressent à l’agriculture bio ou raisonnée.

 

De quoi est faite votre actualité ?

C. - Je prépare un livre sur New-York qui sortira aux éditions des Arènes début novembre. C’est un ouvrage de croquis dans lequel j’ai beaucoup dessiné les habitants de cette ville monde où il y a une incroyable diversité. Sinon, je viens de publier un livre aux éditions du Cherche-Midi intitulé « Peut-on encore rire de tout ? », où je démontre que l’on peut encore faire les mêmes blagues qu’il y a 20 ans, même si l’intégrisme religieux est plus présent et essaie régulièrement de nous censurer. Un autre livre vient de sortir aux éditions Les Echappés, « La nouvelle France des beaufs », qui réunit tous les reportages que j’ai faits pour Charlie hebdo depuis 20 ans. On pourra voir cet été quelques uns de mes dessins dans deux expositions, une au musée Jean Jaurès de Castres sur les 50 ans de dessins du Canard Enchaîné, et une à Avignon au musée Louis Vouland autour de la Société protectrice de l’humour.

 

Portrait réalisé en juin 2008

 

 

Ce cher Cabu a oublié notre rendez-vous, pour se faire pardonner il nous invite avec la gentillesse qui le caractérise, à déjeuner avec l'équipe de Charlie hebdo dans une ambiance simple et conviviale au bistrot du coin. On y évoque le festival de Cannes, où la rédaction du journal satirique est allée monter les marches pour présenter le film de Daniel Leconte, "C'est dur d'être aimé par des cons". Cette phrase est celle trouvée par Cabu pour illustrer son dessin en couverture de Charlie hebdo du 8 février 2006, qui montre le prophète se lamentant devant la bêtise des intégristes. Ce numéro avait battu des records de vente en publiant les caricatures de Mahomet, ce qui a valu un procès au journal, qu'il a finalement gagné. C'est d'ailleurs Jacques Chirac qui avait poussé la grande mosquée de Paris à intenter ce procès, Nicolas Sarkozy et bien d'autres avaient pris la défense de Charlie hebdo.

 

Bannir l'intégrisme

Le film retrace toute cette affaire, de la création du dessin de Cabu au procès un an plus tard. La présentation à Cannes est venue clore cette aventure, comme le souligne Cabu : "C'est comme un pied de nez, comme une farce, mais c'est aussi la fin d'un combat pour la laïcité, thème pour lequel on est amené à se battre régulièrement. En 2002, pour l'élection de Miss Monde au Nigeria, qui avait causé la mort de deux cents personnes au cours d'émeutes provoquées par des islamistes intégristes, j'avais dessiné Mahomet en mafieux, verre de cognac et cigare à la main, devant des femmes voilées, en parrain de l'élection de 'Miss sac à patates' avec en légende : Je choisis la Belle de Fontenay." Ce dessin lui a valu de recevoir 900 mails de menaces de mort à la rédaction. Par contre 4 ans plus tard pour l'affaire évoquée précédemment, point de menace directe, mais les autorités décident de mettre une garde rapprochée avec deux policiers auprès de Cabu durant 15 jours.

 

40 ans plus tard

Ce soixante-huitard attardé, comme il se qualifie, est au cœur des commémorations de mai 68 avec plusieurs ouvrages sur le sujet, dont Cabu 68 un mélange de conversations et de dessins : "Je ne suis pas mécontent que l'on reparle de mai 68, ces idées de liberté, de justice, d'égalité sont éternelles. Les slogans comme "non à la société de consommation" sont toujours d'actualité, c'est même de pire en pire. De la même manière, étant un vieil écolo et défenseur de l'agriculture bio, je ne suis pas mécontent que tout le monde s'approprie actuellement les idées écologistes." Cette époque en 68 marque un tournant dans le dessin de presse, qui se politise davantage jusqu'à devenir presque uniquement politique aujourd'hui.

 

Le dessin et rien d'autre

 Dès l'âge de 12 ans, Cabu a déjà la passion du dessin, il gagne un concours, s'entraîne à recopier les oeuvres de Dubout qu'il trouve dans Ici Paris ou Le Hérisson, journaux humoristiques qu'il demande à sa grand-mère de lui acheter en cachette de son père. Puis, il découvre le Canard enchaîné et une forme de dessin plus politique. A 15 ans, ce natif de Chalon en champagne publie 3 dessins par semaine dans l'Union de Reims alors qu'il est encore au lycée. C'est avec ce quotidien régional qu'il commence à apprendre son métier, en croquant notamment les membres du conseil municipal. Il redouble sa seconde et arrête sa scolarité, pour se consacrer pleinement à sa passion en intégrant l'école Estienne d'arts graphiques à Paris. Puis il part faire son service durant 27 mois en Algérie au moment de la guerre, il en revient profondément antimilitariste. Même si au début, il doit faire la queue pour proposer ses dessins dans les rédactions, Cabu n'a jamais connu de vaches maigres et a toujours pu vivre de son métier.

 

Trouver sa voie

A son retour d'Algérie, son dessin devient plus corrosif, d'autant qu'il y a une émulation au sein de l'équipe de Hara-Kiri, qu'il intègre à sa création en 1960 : "Cavanna a réuni une équipe de dessinateurs voulant faire de l'humour assez grinçant, non pas sur des fadaises mais des vrais sujets de société. On se moquait même de la publicité, alors qu'aucun journal ne pouvait le faire. J'ai d'ailleurs été ravi de travailler tout au long de ma carrière pour les deux journaux qui ne vivaient pas de la publicité, Hara-Kiri devenu Charlie hebdo ensuite et le Canard enchaîné, cela donne évidemment plus de liberté." Ce qui ne l'empêche pas parallèlement de dessiner pour de très nombreux supports, y compris Le Figaro au moment du procès Ben Barka en 1967. Il travaille à la fin des années 70 et durant les années 80 à la télé, notamment dans l'émission Récré A2 où il apprécie le contact avec les enfants en leur faisant passer l'amour du dessin. Sa carrière pour le petit écran est riche de collaborations assez diverses, de Droit de réponse avec Michel Polac, à Télé-matin, au Soir 3 ou au 12-13 de FR3. Chaque fois, il adapte son style sans jamais se renier.

 

La portée d'un dessin

"C'est souvent un choc, une exaspération où l'on ressent le besoin de réagir qui donne envie de prendre un feutre, explique Cabu. Un dessin, c'est un fusil  à un coup, et pour qu'il soit réussi, il doit d'abord faire rire ou sourire avant même de communiquer l'indignation qui l'a provoqué. On ne peut pas changer grand-chose avec nos dessins, c'est juste un peu de poil à gratter." Il rend hommage à Goscinny avec lequel il a travaillé pour le magazine Pilote et à Cavanna, pour l'avoir aidé à trouver ses personnages récurrents et son style. Du grand Duduche au beauf, il n'a cessé de croquer les travers de notre société sans se fixer de limites, ce qui lui a valu d'avoir 11 procès dont 6 avec l'armée, et au final il en a perdu 10. Ce fameux beauf créé en 1974, a évolué au fil des années, il a commencé contremaître dans une usine d'armement et aujourd'hui il travaille dans la communication. Parmi les choses qui l'énervent le plus, il y a les voitures 4x4 dans Paris ou la chanson formatée qui envahit les ondes radios, ce qui est insupportable pour lui, amoureux inconditionnel de jazz et de la poésie simple et accessible de Charles Trenet.

 

Comme un besoin vital

Il n'aime pas les dessins avec deux personnages qui se parlent, et une bulle au-dessus, il préfère ceux sur lesquels on s'attarde un peu pour apprécier la qualité, notamment celle de la caricature. Ce qui ne veut pas dire que le texte n'est pas important, il commence même par cela, le plus dur étant de trouver les mots justes et d'être le plus concis possible. Rares sont les journées où il ne prend pas son feutre, outre la vingtaine de dessins qu'il propose chaque semaine au Canard enchaîné et à Charlie hebdo, il a sans arrêt des sollicitations de tout ordre. Affiches, livres, tracts, étiquettes de vin, journal municipal de Paris…après 55 ans de dessin, le plaisir est toujours là, surtout dans le dessin unique plus que pour une bande-dessinée.

Cabu a pu montrer fin 2006 une autre facette de son talent, à l'occasion d'une grande exposition à l'Hôtel de ville de Paris où étaient montrés une sélection de dessins sur la capitale. L'artiste adore sa ville d'adoption et ne sort jamais sans son carnet. Il a représenté Paris avec tendresse, nostalgie ou moquerie dans ces oeuvres inédites assez différentes de ce qu'il publie dans les journaux. La précision du trait et la justesse des attitudes ont suscité l'admiration auprès des visiteurs.

 

Continuer à vivre de sa passion

Tout au long d'une carrière qu'il n'a aucune envie d'arrêter, il aura touché à toutes sortes de dessins : du reportage, de la BD, du dessin pour enfants, de la caricature, de l'illustration. Il est quelque peu inquiet pour l'avenir du dessin, à cause de la presse gratuite qui n'en utilise pas : "Un dessin n'est pas assez consensuel, et ces nouveaux journaux ont peur des retombées. Pourtant un dessin, c'est une part de liberté d'expression et d'opinion, mais ces supports n'ont aucune ligne éditoriale et ne proposent aucune réflexion."

A 70 ans, Cabu est toujours un dessinateur contre qui cherche à déranger, tout en étant resté un grand enfant riant facilement aux plaisanteries de ses camarades. Pour preuve un dessin paru il y a quelques mois lors de la disparition de Jacques Martin, rappelant son émission L'école des fans : "J'avais mis un petit Sarkozy en culotte courte, Jacques martin lui demandait : qu'est-ce que tu veux faire plus tard mon petit, et Sarkozy répondait : je veux me taper ta femme !" La plus grande fierté de Cabu est d'avoir réussi à vivre de son métier, surtout lorsqu'il repense à ce que lui disait son père professeur aux Arts et métiers : "Si on pouvait gagner sa vie avec des dessins, ça ce saurait !"

 

 

Publié dans Portraits

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« Il faut apaiser, rassembler et engager des réformes de fond »

Publié le par Michel Monsay

« Il faut apaiser, rassembler et engager des réformes de fond »

Candidat à la primaire de la droite et du centre pour l’élection présidentielle, l’ancien Premier Ministre et Maire de Bordeaux, Alain Juppé, dont la côte de popularité ne cesse de grimper, devrait entamer ces jours-ci une longue campagne qui pourrait le mener à la fonction suprême.

 

Pourquoi vous être déclaré si tôt candidat à la primaire de l’UMP pour la présidentielle et comment vivez-vous votre popularité actuelle ?

Alain Juppé – J’ai annoncé ma candidature assez tôt pour avoir le temps d’aller à la rencontre des Français, afin de les écouter et de construire avec eux le projet que je leur proposerai le moment venu. Très souvent, les projets politiques viennent d’en haut, ils sont élaborés par quelques petits groupes de travail nationaux, alors que mon souhait est de faire émerger du terrain, des idées et des attentes. Durant toute l’année 2015, je vais sillonner le pays en organisant non pas des meetings mais des tables rondes avec des chefs d’entreprise, leurs salariés, des responsables associatifs, des jeunes, des élus locaux…

En termes de popularité, j’ai tout connu, le meilleur comme le pire, ce qui m’a appris à relativiser. Comme disait Jacques Chirac : il faut mépriser les hauts et repriser les bas. Cela étant, évidemment que ma popularité actuelle me fait plaisir. 

 

N’est-ce pas un désavantage de ne pas être à la tête de votre parti et à qui vous adresserez-vous pour faire passer vos idées ?

A.J. - J’ai été chef de parti pendant de longues années et je n’avais pas envie de le redevenir. Cela peut être un désavantage en vue des primaires, puisque l’appareil de l’UMP sera a priori au service de son Président, mais cela peut aussi être un avantage, avec une plus grande liberté de manœuvre, et davantage de recul. D’autant que l’on ne peut pas dire que les partis politiques aient une grande popularité en ce moment. 

Au-delà des partis, je souhaite m’adresser à tous les Français, en commençant par tous ceux qui se réclament de la droite et du centre, tous ceux qui se désolent de la manière dont notre pays est gouverné aujourd’hui, et tous ceux qui sont convaincus que les idées du FN sont pernicieuses pour la France. Il faut apaiser les conflits inutiles et ne pas faire ressurgir un certain nombre de débats clivants, qui ne correspondent pas à des attentes prioritaires, comme le vote des étrangers. Cela dit, il n’est pas question de renoncer à engager de profondes réformes pour notre économie, notre éducation, notre fiscalité et notre modèle social.

 

Qu’est-ce qui vous différencie de Nicolas Sarkozy, votre principal concurrent pour la primaire ?

A.J. – Nous appartenons à la même famille politique. Beaucoup de choses nous rapprochent et il y aura probablement un large accord sur des sujets fondamentaux comme la compétitivité de nos entreprises, ou les missions régaliennes de l’Etat. Il y aura aussi des différences, que nous verrons émerger petit à petit dans les projets présentés par les uns et les autres. Par exemple, j’ai eu l’occasion de dire clairement qu’à mon sens, le mariage de personnes de même sexe était largement accepté par la société et qu’il ne serait pas de bonne politique de provoquer un conflit en abrogeant des lois antérieures. Par ailleurs, si l’on diminue le nombre de parlementaires, comme il faudra le faire, en leur donnant des circonscriptions plus larges, et si l’on veut qu’ils jouent davantage leur rôle de contrôle du Gouvernement, le cumul des mandats est aujourd’hui dépassé. Je ne suis pas certain que Nicolas Sarkozy soit sur la même ligne. Une élection présidentielle, c’est une relation de confiance entre un peuple et un homme ou une femme, celui ou celle qui sera, aux yeux des Français, le plus à même de conduire le pays dans le contexte national et international de 2017.

 

Quel est votre sentiment sur la politique de François Hollande et en particulier sur la réforme territoriale ?

A.J. - Je suis en désaccord sur bien des points, sur la méthode et sur le fond. Avec tous ces changements de direction permanents, les Français sont perdus : où va-t-on ? Quel est le cap ? Ensuite, les réformes sont souvent mal ficelées, et mal expliquées. Sur la réforme territoriale, à Bordeaux, la communauté urbaine est devenue métropole le 1er janvier, et sous cet aspect la réforme a du sens. En revanche, c’est un cafouillage entre régions et départements. Nous allons élire des conseillers départementaux en mars prochain sans savoir quelles seront les compétences des uns et des autres. Nous avions engagé une bonne réforme avec le conseiller territorial, pour diminuer le nombre d’élus et rapprocher le département et la région, cela a été annulé, c’est absurde. Je ne suis pas sûr que le fait de regrouper le Limousin, le Poitou-Charentes et l’Aquitaine rapproche le pouvoir de décision du terrain, notamment dans le monde rural qui va se sentir encore plus éloigné des centres de décision.

Plus grave, les signaux envoyés au monde de l’entreprise ont été très négatifs, et le mal est loin d’être corrigé. Et surtout, dans les choix de fond qui nous différencient, les efforts nécessaires pour maîtriser durablement la dépense publique ne sont pas faits.

 

Où se situe l’UMP aujourd’hui et que pouvez-vous faire pour contrer la montée du FN ?

A.J. - L’UMP doit clarifier sa ligne politique dans les mois qui viennent en œuvrant au rapprochement de la droite et du centre pour éviter de s’enfermer sur un segment de l’opinion publique. Un rapprochement avec le FN est exclu, les différences sont majeures. Il faut quand même expliquer aux Français que le FN est un mélange de démagogie de gauche, comme la retraite à 60 ans, et une vision de l’Europe cataclysmique. Sortir de l’Euro et de Schengen reviendrait à faire exploser la construction européenne, et dans l’état du Monde aujourd’hui, ce serait un drame. On voit bien par ailleurs qu’il y a toujours au fond de l’idéologie du FN un sentiment de racisme et de xénophobie. Une étude récente démontre que les actes antisémites, qui sont repartis à la hausse, trouvent leur origine prioritairement à l’extrême-droite, et ce malgré le charme qu’essaie de déployer Marine Le Pen vis-à-vis de l’électorat juif. Je vais m’employer à démontrer aux Français tentés par le vote FN, que ce parti les trompe et n’améliorera en aucun cas leur situation personnelle, bien au contraire. Le pays doit être solidaire et responsable, c’est uniquement si l’on retrouve de la croissance, si les entreprises fonctionnent que l’on pourra améliorer le sort du plus grand nombre, ce n’est pas en montant les Français les uns contre les autres.

 

Pourquoi le rôle de l’opposition est-il de contrer systématiquement les projets de loi du gouvernement et n’est-ce pas une des raisons de l’agacement des français vis-à-vis des politiques ?

A.J. - Le Sénat essaie d’avoir une opposition constructive, parfois il amende les textes sans s’y opposer systématiquement. Par contre, à l’Assemblée, c’est une opposition plus frontale. La loi Macron, par exemple, n’est pas à la hauteur des enjeux mais il y a un certain nombre d’orientations qui ne sont pas étrangères à ce que nous voulons faire. Je suis pour une libéralisation du temps de travail, et dans la mesure où l’on franchit un petit pas dans ce sens, pourquoi s’y opposer ? Nicolas Sarkozy estime que ce n’est pas assez. C’est une question de tempérament, on peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Cela dit, il faut bien mesurer l’état de l’opinion, une partie d’entre elle est tellement exaspéré du pouvoir en place, que cela pousse un certain nombre d’entre nous à pratiquer une opposition systématique. Une autre fraction de l’opinion en a effectivement assez de ces conflits radicaux, même si parfois le conflit peut faire surgir des initiatives ou des vérités. Pour ma part, je suis plutôt porté vers la modération… ce qui n’est pas la voie de la facilité.

 

L’agriculture fait-elle partie de vos priorités ?

A.J. - L’agriculture et la filière agroalimentaire sont des atouts majeurs de notre pays et il ne faut à aucun prix les laisser s’affaiblir. Nous sommes l’une des toutes premières puissances agricoles du monde et c’est une chance pour tous les Français. Le monde agricole est très contrasté, la viticulture par exemple se porte mieux, la vendange a été bonne, mais certains secteurs se portent très mal et des efforts doivent être faits pour les aider. Plus généralement, l’agriculture a besoin, comme l’économie toute entière, d’une cure de liberté. Aujourd’hui, elle étouffe de la multiplication des normes et des réglementations. Il faut certes évoluer vers une agriculture durable mais en redonnant un peu d’air à nos agriculteurs. J’aurai l’occasion, dans le courant de l’année 2015, de formuler des propositions précises dans ce domaine.

 

                                                                                 

Quelques repères

Originaire de Mont-de-Marsan, après de brillantes études à l’Ecole normale supérieure, Sciences-Po et l’ENA, il devient assez rapidement un proche collaborateur de Jacques Chirac. Durant sa carrière, Alain Juppé sera président du RPR puis de l’UMP et occupera plusieurs postes ministériels aux Affaires étrangères, à la Défense, à l’Ecologie et au Budget. En 1995, il est durant deux ans le Premier Ministre de Jacques Chirac. Aujourd’hui à 69 ans, avec une image d’homme sage et modéré, il semble avoir de réelles chances de conquérir l’Elysée.

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Publié le par Michel Monsay

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