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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 06:56
« Tout va trop vite et l’humain perturbe le cycle naturel de la vie »

Directeur depuis 25 ans de l’Institut européen de bouddhisme tibétain, Joseph Serra, 59 ans, a été aussi vice-président de l’Union bouddhiste européenne. Il s’est toujours employé à développer le dialogue interreligieux et celui entre la science et la spiritualité. Parallèlement, ingénieur diplômé et professeur agrégé en génie civil, il s’investit aujourd’hui dans l’éducation à l’environnement.

 

Quelle est la relation de votre religion avec l’agriculture et l’environnement ?

Joseph Serra - Comme pour tout humain, être concerné par l’environnement n’est apparu qu’avec l’essor récent et sans précédent de l’industrie et de la technologie. Aujourd’hui l’humanité consomme près de 1,4 planète, plus que ce que la planète ne peut régénérer. Sa Sainteté Sakya Trizin, grand maître bouddhiste tibétain, a écrit une prière « La crise écologique : une prière souhait » dont voici quelques extraits :

« A cause d’une énorme quantité d’actions dégénérées, l’avidité extrême de certains convoite les ressources du monde. Les arbres et les forêts sont coupés, ce qui déséquilibre l’élément eau et les pluies. … D’innombrables usines produisent des nuages de fumées qui polluent l’air et causent des maladies sans précédent…. La protection naturelle de la couche d’ozone se perce et des maladies de peau incurables apparaissent. Les conséquences de puissants désirs inassouvis risquent de transformer rapidement ce monde en désert… »

L’une des menaces des plus sérieuses est celle de l’alimentation. L’agriculture et l’élevage y sont liés. Avec l’arrivée de la chimie dans l’histoire récente de l’agriculture conventionnelle, les engrais ou fertilisants ont fait leur apparition. La poussée des blés et des herbes a conduit à l’apparition des désherbants. Or sans oligo éléments, le sol est déséquilibré et le champignon progresse plus vite vers la graine avec des blés plus courts. Les fongicides font leur apparition. Les insectes se retrouvent dans un environnement dévitalisé et se rabattent sur le blé, d’où les insecticides. De plus, dévitalisés à 90%, les sols se mettent à mourir. Aujourd’hui, 40% des sols arables de la planète sont ainsi dégradés.

L’élevage industriel présente pour les bouddhistes une double difficulté. D’une part on en a besoin biologiquement pour notre santé, et d’autre part un être vivant nous donne sa vie créant un lien karmique (une sorte de dette).

La transformation des produits rend l’humain malade. Comment en effet rester en bonne santé sans vitamines, antioxydants etc. ? Sans compter tous les poisons, adjuvants et même nanoparticules, inconnues du grand public, que nous ingérons sans cesse.

                                                              

Quelles sont les pratiques alimentaires spécifiques à votre religion et en quoi consistent-elles ?

J.S. - Nous recommandons le régime végétarien. Mais chacun est libre. Pour certains jours du mois ou durant certaines cérémonies, nous avons également des pratiques de jeûne. Il s’agit par exemple de ne plus manger après le déclin du soleil jusqu’au lendemain. Bien entendu, il ne faut pas en profiter pour se gaver à midi en prévision !

 

Comment votre religion a-t-elle évolué ces dernières années notamment sur les questions de bioéthique (santé, OGM) et de biodiversité ?

J.S. - Il est très difficile d’être informé de la réalité. Le grand public ne sait pas que les OGM récents sont de deux sortes : ceux qui produisent leur propre insecticide comme les BT et ceux qui y résistent et donc les absorbent. Ces poisons se retrouvent dans notre alimentation.

Il y a plutôt consensus pour considérer que les manipulations génétiques sur les végétaux et les animaux ne sont pas suffisamment empreintes de raison et de sagesse. Tout va trop vite et l’humain perturbe le cycle naturel de la vie. Aujourd’hui le rythme de disparition des espèces est multiplié par près de 1000 ! L’humain, au sommet de la pyramide, est donc menacé.

Je doute que les prières pour la nature, pour la paix, même si elles sont nécessaires, restent suffisantes, puisque les dégradations se poursuivent.

Si la prise de conscience mondiale est une excellente chose, n’est-ce pas à ceux qui ont produit ces problèmes d’en trouver aussi les remèdes ?

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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 06:57
« Le protestantisme porte une attention renouvelée à l’usage des aliments, au respect des animaux, au refus du gaspillage »

Nommé depuis un an à la présidence de la Fédération protestante de France, le pasteur François Clavairoly, 57 ans, est un des artisans de l’union en 2012 des églises réformées et luthériennes en France. Théologien de formation, il est très attaché à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux.

 

Quelle est la relation de votre religion avec l’agriculture et le monde rural ?

François Clavairoly - Le protestantisme en Europe comme en France a été très longtemps lié au monde rural. Son implantation géographique dans notre pays, même en dehors de ses régions de prédilection comme les Cévennes, le Poitou, la Thiérache, la Drôme ou le Vivarais, a cependant considérablement évolué ces 60 dernières années. L’exode rural, l’apparition de grandes agglomérations autour des métropoles, et surtout les mutations des modes de production de l’agriculture elle-même ont bouleversé le paysage. Le Mouvement d’Action rurale (MAR), un mouvement de réflexion économique et théologique porté par des agriculteurs et des spécialistes membres des Eglises protestantes, a accompagné durant toute cette période la réflexion des Eglises et du monde paysan protestant.

 

Quelles sont les pratiques alimentaires spécifiques à votre religion et le regard sur les modes de production et de consommation ?

F.C. - Le message de l’évangile ouvre tous les possibles en matière de recherche, d’innovation, de production et de consommation. Les premiers mots adressés à l’être humain, en forme de vocation, à savoir ces deux impératifs « croissez et multipliez », appellent à la responsabilité et tracent les perspectives d’un avenir fait de richesse et de partage. L’interprétation exclusivement quantitative de ce que peut être la croissance a cependant conduit à une productivité néfaste, à bien des égards. Et la conscience dans le monde protestant de la difficile réconciliation entre agriculture et environnement oblige à opérer encore aujourd’hui des modifications dans les modes de production mais aussi de consommation. Tous les citoyens sont donc concernés par l’agriculture et pas seulement les agriculteurs. « La clef des problèmes écologiques (qu’il faut désormais regarder au plan mondial) est dans les mains des consommateurs. Se soucier positivement de l’alimentation, c’est donner une chance à une agriculture moins intensive, moins paradoxale. Pour respecter l’environnement naturel et culturel, l’’essor d’une agriculture régionale, plus paysanne, à mi-chemin entre le productivisme et le biologique est plus que jamais nécessaire », comme le note un document du MAR.

Sur un autre plan, il faut remarquer que s’’il n’y a aucun interdit alimentaire en protestantisme, il n’en demeure pas moins qu’une attention renouvelée est à porter :

- à l’usage des aliments au plan de leur production et de leur fabrication comme au plan de leur consommation

- au respect des animaux pour ce qui concerne l’élevage et le soin, de la naissance à la mort,

- au refus des gaspillages et, depuis quelques années déjà à une vision du monde portée par ce qu’on pourrait appeler une frugalité joyeuse, renonçant aux excès de consommation en tous genres qui mettent en cause les équilibres de la nature. L’engagement de la Fédération protestante de France à l’occasion de la conférence de l’ONU Paris Climat 2015 en témoigne. (cf. www.protestant.org).

 

Comment votre religion a-t-elle évolué ces dernières années notamment sur les questions de bioéthique ?

F.C. - La recherche scientifique s’inscrit dans le paysage juridique, politique, économique et éthique du pays. Les enjeux financiers de cette recherche engagent de nombreux secteurs d’activité.

La question posée est donc complexe. Il s’agit de tenir à la fois les exigences de la santé publique et de la liberté de recherche, d’encourager les innovations sans mettre en danger des secteurs d’activité directement impactés par ces innovations. Il s’agit surtout de ne pas laisser l’hubris humaine l’emporter, au nom des intérêts financiers, sur l’intérêt général. Dans une économie et donc une agriculture mondialisées, la régulation politique et l’engagement citoyen sont ici en première ligne.

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 06:59
« Le judaïsme porte en ses racines bibliques les valeurs du monde rural »

Elu Grand Rabbin de France en juin dernier pour 7 ans, Haïm Korsia, 51 ans,  est aussi aumônier général des armées. Titulaire de nombreux titres universitaires dont un doctorat en histoire contemporaine, il est l’auteur de nombreux ouvrages porteurs d’un judaïsme ouvert et apaisé.

 

Quelle est la relation de votre religion avec l’agriculture et l’environnement ?

Haïm Korsia - Au début de son histoire, le peuple hébreu était essentiellement nomade et tirait sa subsistance de l’élevage des ruminants. Ainsi s’est forgée une relation très particulière avec le monde animal, empreinte de respect pour ces êtres, création du Tout-Puissant. C'est le sens de la mission que l’Eternel confie à Adam : travailler la terre et la conserver, dans sa diversité minérale, végétale et animale. Le berger de la bible est aussi porteur de valeurs humaines plus égalitaires, loin d’une société sédentaire qui hiérarchise les hommes et élève la possession au rang de valeur absolue. De nombreuses lois bibliques s’appliquent au monde de l’agriculture et de l’élevage, et ces lois sont toujours aujourd’hui respectées sur la terre d’Israël.

L’agriculture, pilier économique du royaume d’Israël dans l’Antiquité, devient source et modèle d'une certaine justice sociale. Le paysan n’est pas propriétaire de la totalité des récoltes mais doit en céder une part, certes faible, aux indigents (Lévitique XIX, 9-10). Ce rapport à la terre permet aussi l’apprentissage de la notion de reconnaissance envers le Créateur et relativise le lien entre le propriétaire et la terre ou les troupeaux possédés.

La terre elle-même fait objet d’un grand respect qui se traduit par la loi de la jachère (tous les 7 ans). La terre n’est pas un simple moyen de subsistance, exploitable à souhait et totalement épuisable ! Cette règle dite de Chemita est toujours respectée aujourd’hui moyennant quelques aménagements liés à l’agriculture moderne.

Imprégnés par les textes bibliques, les juifs ont toujours gardé ce lien fort à la Terre, témoin d’une conception digne et éthique de l’humanité et de la foi en le Créateur. Le judaïsme porte ainsi en ses racines bibliques les valeurs du monde rural.

 

Quelles sont les pratiques alimentaires spécifiques à votre religion et ont-elles évolué avec le temps ?

H.K. - Les règles alimentaires (cacherout) sont nombreuses. Révélatrices du rapport de l’Homme à la chose matérielle, ces règles ont une vocation identitaire et culturelle.

Ainsi parmi les mammifères, seuls les ruminants ongulés sont consommables. Les oiseaux appartenant aux familles des gallinacés, anatidés et colombidés sont seuls consommables. Ces animaux sont abattus rituellement. L’abattage rituel, pourtant si décrié aujourd’hui, a vocation à réduire la souffrance animale, comme l’écrit le Pr. Temple Gradin (Université du Colorado).   

Enfin, les poissons portant écailles et nageoires (téléostéens) sont aptes à être consommés. Tout autre animal est interdit. Seules les productions des animaux dits casher (aptes) sont consommables (lait, œufs….) à exception du miel. Tout produit, matière ou graisse d’origine animale, est proscrit.

Si les règles de base sont immuables, l’évolution de l’industrie agroalimentaire a nécessité une adaptation des habitudes de consommation. Ainsi la surveillance casher s’est étendue à la quasi-totalité des produits manufacturés. Le développement de certaines denrées labélisées casher va connaître un grand essor, avec la présence de logos facilement reconnaissables.

Une production particulière de fromage casher se développe pour éviter les présures d’origine animale. Le vin fait également l'objet d’une attention particulière. Boisson sacrée, le vin doit être surveillé pendant tout le temps de sa production, de la mise au pressoir jusqu’à la mise en bouteille.

 

Comment votre religion a-t-elle évolué ces dernières années notamment sur les questions de bioéthique (santé, OGM) et de biodiversité ?

H.K. - La santé et la bioéthique sont des préoccupations majeures du judaïsme. A cet égard, tout progrès en matière d'hygiène est accueilli avec enthousiasme.

La crise de la vache folle a été particulièrement significative. La transformation d’herbivores stricts en carnivores gavés de farine animale a mené à une catastrophe sanitaire sans précédent. Il a été prouvé alors scientifiquement que l’abattage rituel fut plus protecteur que l’abattage avec étourdissement préalable utilisant le pistolet à tige perforante.

Dans le domaine des OGM, le monde rabbinique ne s'est pas encore véritablement prononcé. Il existe certes une interdiction stricte de mélanger ou de greffer des espèces végétales différentes (Traité Kilaim michna 7) ou d’accouplement d’espèces animales différentes. Toutefois, dans le domaine génétique, la question demeure. Il sera essentiel de suivre l’évolution des données scientifiques, notamment l’impact des OGM sur la santé humaine.

Quant à la biodiversité, elle est un témoignage magnifique de l’existence du Créateur. Comme il est écrit « L’Eternel prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le travailler et le conserver » (Genèse, II, 15), l’homme a le devoir de préserver son environnement. Toute disparition d’espèce animale ou végétale doit être vécue comme un drame !

Transmettre ce patrimoine biologique à nos enfants est une mission essentielle pour nous tous. Sachons être à la hauteur de cette noble tâche !

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 06:44
Du lait sur le feu

Beaucoup pensaient à Xavier Dolan pour la Palme d’or au dernier festival de Cannes, il a finalement reçu le Prix du jury. Ce surdoué québécois qui n’a que 25 ans et a déjà réalisé 5 films, a stupéfié la presse et les festivaliers par la force, l’audace et la maîtrise de Mommy. A l’instar de John Cassavetes en son temps ou d’Abdellatif Kechiche plus récemment, le cinéaste canadien dérange, bouleverse les conventions, ose mêler un cinéma réaliste, viscéral à une très belle esthétique sans ne jamais se perdre. A l’heure où la plupart tournent en cinémascope voire en 3D, Xavier Dolan a choisi un format carré, que l’on n’avait pas vu depuis le temps du cinéma muet, qui a la qualité de concentrer l’attention sur les personnages et intensifier la puissance émotionnelle des situations. Rien n’est laissé au hasard avec ce perfectionniste touche à tout, le cadrage, la lumière, la mise en scène, la direction d’acteurs regorgent d’inventivité, d’énergie. Les trois comédiens principaux donnent d’ailleurs une dimension impressionnante à leur personnage, fluctuant sans cesse entre drame et insouciance. Dans la banlieue de Montréal, une mère veuve depuis 3 ans récupère la garde de son fils, qui vient de se faire renvoyer de l’établissement où il était scolarisé en pensionnat, après y avoir mis le feu et blessé gravement un camarade. Il faut dire que l’adolescent impulsif et violent souffre d’un trouble neurologique qui par moments le rend totalement imprévisible, mais le reste du temps, c’est plutôt un bon gars comme le dit sa mère qui décide de le garder avec elle plutôt que de le mettre en institution hospitalière. On ne ressort pas indemne de ce film, il est de ceux qui nous bouscule, nous raconte autre chose que ce que l’on voit habituellement, autant dans la forme que dans le fond. Il nous insuffle le chaud et le froid avec la même émotion, pour nous laisser au bout du compte, sonné et admiratif.

                                                                                                                     

Mommy – Un film de Xavier Dolan avec Anne Dorval, Suzanne Clément, Antoine Olivier Pilon, …

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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 07:02
Splendeur de la chapelle royale
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 06:28
Un des symboles de la Bretagne
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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 07:57
La passion du foot
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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 07:09
Les cubes de Rebecca Horn
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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 07:01
Jeune femme en noir et blanc
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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 08:19
Finalement on la regrette ... comparée au nouveau !
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