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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 07:09

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Professeur à l’université Paris-Sorbonne et à l’Ecole d’économie de Paris, Claudia Senik a publié une étude dont on a beaucoup parlé sur la mesure du bien-être dans l’économie, qui constate et tente d’expliquer le « malheur » français.

 

En quoi consiste l’étude que vous menez depuis plusieurs années ?

Claudia Senik - En analysant les données de l’enquête sociale européenne auprès des populations pour mesurer leur bien-être subjectif, on s’aperçoit que le fait d’habiter dans un pays plutôt qu’un autre a un impact énorme sur le bien-être déclaré par les gens. Il en ressort que les Français, à niveau de vie égal, sont moins heureux que la plupart des Européens voire des habitants des pays de l’OCDE. Ce phénomène s’appuie sur un large faisceau d’observations concordantes, mais il est aussi confirmé par d’autres enquêtes sur le bien-être émotionnel, par des indices plus élevés de détresse mentale et par une forte consommation de psychotropes. A force de se dire que ça va mal, ça va vraiment mal. Mais ce n’est pas un effet de langage : dans mon étude, j’ai observé que la langue française n’était pas responsable de ce pessimisme. Au Canada par exemple, les francophones sont plus heureux que les anglophones.

 

Quel constat en tirez-vous ?

C.S. - Je me suis demandée si les causes de ce mal-être français étaient objectives ou si elles relevaient davantage de la culture, des mentalités. Il est indéniable que le chômage et la croissance agissent sur le moral des Français, mais il n’y a pas que cela. Si l’on suit deux immigrés venant de la même région du monde, on se rend compte que celui qui vit en France n’est pas moins heureux que celui qui s’est installé dans un autre pays européen. Le malheur français ne peut donc pas être uniquement attribué aux circonstances objectives du pays ; il y a bien une attitude culturelle qui entre en jeu. Ce malheur français est totalement incompréhensible vu de l’étranger tant notre pays possède un très grand nombre d’atouts. Cela dit, l’intérêt que l’on porte aujourd’hui à mon étude me laisse penser que peut-être le moment est venu de se dire que ce pessimisme est exagéré, et de prendre les mesures pour en sortir.

 

Comment s’explique ce pessimisme français ?

C.S. - Il y a plusieurs pistes à explorer pour la recherche future. La principale est le rapport au temps. Concernant le passé, il y a une nostalgie, un sentiment de perte de puissance, de grandeur. La France n’est plus ce qu’elle était sur le plan international au niveau économique, diplomatique, culturel. Concernant l’avenir, les Français restent attachés à leur modèle égalitariste, jacobin, mais dans la mondialisation ce modèle est mis à mal. La vie économique est une série de chocs et la France n’a plus autant les moyens de les compenser, ayant plus de mal à taxer certaines personnes ou certains facteurs plus mobiles. On ne peut plus demander autant à l’Etat qu’avant, l’économie est moins étatiste, plus concurrentielle et de nombreux secteurs ont été privatisés et dérèglementés. Comme les Français sont habitués à attendre beaucoup de l’Etat, c’est très frustrant. Par ailleurs, cette attitude culturelle négative est certainement nourrie par la persistance du chômage, que l’on n’a jamais réussi à résorber depuis 1973, ce qui donne l’impression qu’il y a des problèmes que l’on ne résout pas.

 

Le bonheur et l’argent sont-ils finalement indissociables ?

C.S. – Oui, mais la recherche a montré que ce qui compte ce n’est pas seulement le niveau absolu de ce qu’on possède mais la comparaison par rapport aux autres. Or  la France n’est plus dans le peloton de tête de l’Europe du point du revenu moyen par habitant, et ce recul a forcément un impact négatif. Les perspectives futures sont aussi très importantes dans le sentiment de bien-être, et sans projet les Français ne peuvent pas non plus se réjouir en envisageant leur avenir. De plus, être malheureux ou pessimiste a un coût. Des expériences montrent que des gens de bonne humeur, qui se sentent bien, sont plus productifs, plus portés à prendre des risques. Au contraire, les pessimistes entreprennent moins de projets et de ce fait engrangent moins les bénéfices de l’innovation, ce qui, en retour, renforce leur pessimisme.

 

Dans votre étude, vous parlez d’un élitisme trop étroit à l’école qui crée des situations d’échec ?

C.S. - Nous avons ce modèle d’école qui nous est envié, produisant une élite extraordinaire, et il y a d’ailleurs énormément de scientifiques français dans les universités étrangères. Cela est très bien, mais ce modèle a été conçu avant que la massification scolaire ne se produise, et de fait une grande partie des élèves est laissée de côté par ce type d’excellence qu’on leur demande. Les mauvaises notes et appréciations génèrent de la frustration et un manque de confiance chez ces enfants, qui, au fur et à mesure des années, deviennent pessimistes sur leurs capacités. Jusqu’à présent, la porte de l’élite (en gros celle des Grandes Ecoles) était beaucoup trop étroite. Mais la situation est en train de changer progressivement et à bas bruit, avec la création de bi-licences sélectives et exigeantes dans les universités, qui offrent des débouchés aux étudiants.

 

En quoi l’école, du primaire au secondaire, fait-elle fausse route ?

C.S. – Tout simplement parce qu’il n’y a que les maths et le français qui comptent, le reste n’ayant aucune valeur. Le problème est que tout le monde n’est pas sur le même format, et que les élèves qui ont du talent dans d’autres matières ne sont absolument pas reconnus. Il y a aujourd’hui une certaine disjonction entre ce que l’on demande à l’école et la réussite professionnelle. Le jour où l’on fera sérieusement à l’école de la musique, des projets collectifs, du sport, du dessin ou d’autres matières dites « d’éveil », cela permettra à des élèves de recevoir pour une fois un regard d’admiration de leur professeur et de leurs camarades. Je trouve que la réforme des rythmes scolaires va dans le bon sens. En échange des heures supplémentaires faites le mercredi, les journées ont été raccourcies le mardi et le vendredi pour mettre en place des activités périscolaires. C’est une bonne chose que d’autres matières entrent dans l’école, à condition que cela soit fait sérieusement, pas comme une récréation.

 

Etes-vous favorable à l’enseignement en anglais à l’université?

C.S. - Cela dépend bien entendu des disciplines. Mais certaines matières comme l’économie ou les sciences devraient être enseignées en anglais à l’université, pour préparer les étudiants à la réalité de la vie active dans ces disciplines où tout se lit et s’écrit en anglais. Il y a un gros problème avec les langues pour les jeunes Français, notamment l’anglais qui est le principal outil de communication international, et dont le niveau est insuffisant.

 

Comment expliquez-vous le manque de popularité de François Hollande?

C.S. - Je ne comprends pas la dictature de la popularité imposée par les sondages. Un Président ne doit pas gouverner pour être populaire, il le devient éventuellement au vu des résultats de son action.

 

 

Claudia Senik en quelques mots

Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, agrégée de sciences sociales et des universités, docteur en économie, à 49 ans Claudia Senik est devenue une invitée très courue des médias, suite à la publication de son étude sur le malheur français et de son retentissement auprès de la presse anglo-saxonne. Après avoir travaillé durant 10 ans sur la transition vers le marché des pays anciennement socialistes, elle s’est intéressée à une approche plus subjective de l’économie, permettant d’introduire un peu de philosophie et de sociologie. Elle travaille notamment sur la question du rapport entre le revenu, les inégalités et le bonheur.

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 06:57

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Cinéaste d’origine libanaise vivant entre son pays, la France et les Etats-Unis, Ziad Doueiri, dont c’est le troisième long-métrage, nous plonge dans la complexité de la situation israélo-palestinienne en signant l’un des tous meilleurs films sur le sujet. Sans prendre parti pour qui que ce soit, sans stigmatiser les comportements les plus extrêmes, mais au contraire en essayant de comprendre sans ménager personne les contradictions des uns et des autres, le réalisateur avec cette distance donne encore plus de force à son propos. Si le fond est très subtilement traité, la forme l’est tout autant en oscillant entre le thriller politique et le drame intimiste avec la même aisance, mais aussi en proposant une qualité de mise en scène et de réalisation qui rappellent que le cinéaste s’est formé à Hollywood. Adapté du roman de Yasmina Khadra traduit dans une quarantaine de langues, le film admirablement interprété, notamment par Ali Suliman, met une nouvelle fois en lumière par son intrigue, par le déroulement du tournage en Israël et en Cisjordanie, par les réactions de la Ligue arabe à sa sortie, les difficultés insurmontables pour que les deux camps arrivent à se parler sans haine et à envisager un avenir plus serein. A Tel-Aviv, un homme et une femme se disent au revoir très amoureusement, elle, doit rendre visite à sa famille à Naplouse et revenir le lendemain. Lui, chirurgien israélien d’origine palestinienne est honoré par ses pairs en recevant le prix de la réussite médicale, où il apparaît outre ses compétences comme un modèle d’intégration. Le lendemain, il reprend son quotidien à l’hôpital quand survient durant la pause-déjeuner une détonation provenant d’un quartier voisin. Très vite, les ambulances arrivent avec des blessés dans un état très grave. Le film, par son histoire très bien sentie, ses personnages jamais caricaturaux, le contexte si sensible et si douloureux remarquablement restitué, provoque une déflagration qui nous touche profondément.

 

 L’attentat – Un film de Ziad Doueiri avec Ali Suliman, Reymonde Amsellem, …- Wild Side vidéo – 1 DVD : 12,99 €.

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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 07:11

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Originaire du Pays Basque auquel elle reste très attachée et qui est souvent présent dans ses romans, Marie Darrieussecq a depuis plus d’une quinzaine d’années pris une place importante dans la littérature française. A 44 ans, l’écrivain délaisse quelque peu son style plutôt provocant pour nous offrir ce qui est peut-être son plus beau roman, dans une veine plus romantique tout en interrogeant et en faisant voler en éclats les stéréotypes racistes. Avec une très belle langue faite de phrases courtes et percutantes, elle nous plonge dans le vertige de la passion et de l’attente de l’autre. Ses descriptions sont à la fois délicieuses, troublantes voire poignantes. En arrière-plan nous découvrons Hollywood, ses soirées privées et ses villas grandioses. Les protagonistes côtoient entre autres George Clooney ou le réalisateur Steven Soderbergh, le premier ayant un rôle à part entière tout au long de cette histoire. Autre élément important, qui est à l’opposé de la capitale du cinéma et de ses paillettes, l’Afrique, où l’auteur nous emmène au cœur de la forêt équatoriale, sur un fleuve et dans un village perdu. Solange est française, Kouhouesso est canadien d’origine camerounaise, et ils sont tous deux acteurs de rôles secondaires à Hollywood. Ils se rencontrent dans une soirée chez George. Elle est tout de suite subjuguée par le magnétisme et la beauté de cet inconnu. Cet homme porte en lui un grand projet au Congo, ce qui le rend encore plus attirant mais partiellement disponible. Ce très beau roman teinté d’une certaine nostalgie explore merveilleusement le problème de l’altérité et le miracle de l’hétérosexualité, où un homme et une femme qui sont à la base si différents sur nombre de sujets, arrivent à construire tant bien que mal une relation.

 

 Il faut beaucoup aimer les hommes – Un roman de Marie Darrieussecq – P.O.L. – 312 pages – 18 €.

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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 07:10

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Beaucoup  de choses ont déjà été dites sur ce film, bien d’autres le seront encore, mais la seule vérité à retenir est qu’il s’agit d’une des plus belles histoires d’amour que le cinéma nous ait offerte. Lors du festival de  Cannes en mai denier, l’unanimité de la critique, du public et du jury qui a décerné au réalisateur et à ses deux comédiennes la Palme d’Or, en dit long sur le choc provoqué par cette œuvre inoubliable. A 52 ans, Abdellatif Kechiche qui nous avait déjà enthousiasmés avec « La graine et le mulet » et « L’esquive », explore ici magistralement l’apprentissage amoureux d’une jeune fille en étant au plus près de ses émotions. Le génie du cinéaste se trouve à la fois dans sa mise en scène avec des situations d’une rare justesse, dans sa réalisation à la beauté brute incomparable qui privilégie des cadrages serrés bouleversants de grâce et de vérité, et dans sa direction d’acteurs qui lui permet à chaque film d’obtenir un jeu époustouflant de naturel. C’est bien sûr le cas dans « La vie d’Adèle » où les deux comédiennes lui offrent une partition qui laisse sans voix, Adèle Exarchopoulos dont on n’a pas fini de parler, de même que Léa Seydoux, mais pour elle on le savait déjà. Une jeune fille de 17 ans, Adèle, quitte le domicile où elle vit avec ses parents à Lille pour se rendre au lycée. Elle est en 1ère littéraire et étudie en Français un roman de Marivaux, dont la description des sentiments amoureux semble la passionner. A la récréation et à la cantine avec ses camarades elles parlent des flirts éventuels, notamment d’un garçon qui aurait des vues sur Adèle. Le talent conjugué du réalisateur et de ses deux actrices font que ce film de près de 3 heures passe à la vitesse d’une étoile, et que l’on ressent un manque profond voire douloureux plusieurs heures et même plusieurs jours après avoir laissé Adèle à sa vie.

 

 La vie d’Adèle – Un film d’Abdellatif Kechiche avec Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, …

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 07:45

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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 07:05

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 06:30

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 06:58

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 09:30

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 06:59

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