Une autre Amérique

Publié le par Michel Monsay

Une autre Amérique

Cette jeune femme originaire du Bronx, qui en est déjà à son sixième album, franchit à 29 ans un palier et donne toute sa mesure à une voix, un univers d’une très belle richesse musicale et un message fort. Derrière le nom Hurray for the riff raff, que l’on peut traduire par Hourra pour la racaille, il y a Alynda Segarra, qui dans ce nouveau disque assume pleinement ses racines portoricaines, ce qui n’était pas forcément le cas jusqu’à présent, dont on retrouve les sonorités et les rythmes dans certains morceaux. Le reste de ce superbe album est composé de blues, folk, rock, soul, voire de gospel qui s’enchaînent naturellement à travers des mélodies et des tempos enthousiasmants. Il y a du Patti Smith chez cette artiste a, à la fois dans la magnifique voix puissante et rageuse qui sait aussi se faire plus douce, mais aussi dans l’attitude rebelle de par son vécu lorsqu’elle sillonnait l’Amérique en train de marchandises dès 17 ans, et par ce qu’elle représente aujourd’hui en encourageant dans ses chansons ses compatriotes bafoués à se réveiller pour vivre et s’opposer à M. Trump. Auteur, compositeur, interprète, elle joue de la guitare, du piano et des percussions, relayée pour celles-ci par d’excellents percussionnistes et entourée par des musiciens, qui passent d’un style à l’autre avec la même aisance, dont deux violonistes qui interviennent ponctuellement. Tout dans ce disque sonne juste, les paroles, la musique, la démarche, on ne peut qu’être touché par la beauté et la force de ces 12 morceaux. Tant qu’il y aura des artistes comme Alynda Segarra, les amateurs de musique vraie et non pas formatée continueront à dénicher des pépites comme cet album indispensable, dont malheureusement les médias de tous bords ne parlent pas suffisamment.

 

Hurray for the riff raff - The navigator - PIAS - 1 CD : 14,99 €.

Publié dans Disques

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Un seul être vous manque

Publié le par Michel Monsay

Un seul être vous manque

A 77 ans, Marco Bellocchio est l’un des derniers grands maîtres du cinéma italien, qui tout au long de son œuvre a su mêler avec talent et force, l’intime, le politique et le social. Son dernier film empli de nostalgie et de mélancolie s’articule dans la sphère de l’intime, mais le social et le politique ne sont jamais très loin de ce bouleversant drame familial. De nombreux allers-retours dans le temps à plusieurs époques entre 1969 et 1999 n’empêchent pas la mise en scène d’être toute en fluidité, et de mettre très finement différents moments de la vie du personnage central en résonnance avec la mort, la solitude, la souffrance, le mensonge qui l’ont accompagné durant ces 30 années. Le cinéaste capte les non-dits, les blessures enfouies, l’imaginaire enfantin avec des plans d’une étonnante puissance émotionnelle, relayé par des comédiens dont le jeu sobre et intense est au diapason, notamment un jeune garçon au regard déchirant. Les intérieurs souvent dans un très beau clair-obscur apportent un aspect mystérieux à cette histoire douloureuse qui ne sombre jamais dans le mélodrame. Nous sommes à Turin en 1969, un garçon de 9 ans faisant ses devoirs est attiré par sa mère pour venir danser le twist avec elle sur une musique qui passe à la radio. On sent une grande complicité entre eux et beaucoup de joie. Puis, ils regardent terrifiés et serrés l’un contre l’autre Belphégor à la télé. On les retrouve ensuite dans un bus où la mère apparaît beaucoup plus sombre et perdue dans ses pensées. C’est maintenant la nuit, elle vient étreindre son fils qui dort, en lui disant « Fais de beaux rêves ». Un cri perçant du père réveille le garçon un peu plus tard, il se lève et voit une effervescence dans l’appartement. On commence par lui mentir et lorsqu’on lui dira que sa mère est morte, il refusera d’y croire. Ce film poignant explore très intelligemment les dégâts provoqués par un traumatisme durant l’enfance, et l’impossible guérison que l’enfant grandissant et ensuite l’adulte recherchent en vain.

 

Fais de beaux rêves - Un film de Marco Bellocchio avec Valerio Mastandrea, Bérénice Bejo, Nicolo Cabras, … - Ad Vitam - 1 DVD : 19,99 €.

Publié dans DVD

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Troublant récit initiatique dans l’Espagne post-franquiste

Publié le par Michel Monsay

Troublant récit initiatique dans l’Espagne post-franquiste

Considéré comme l’un des plus grands romanciers de notre temps, Javier Marias éblouit dans sa dernière œuvre par l’intelligence de son écriture. Sa langue d’une envoûtante richesse mais toujours accessible, nous emmène au-delà de l’intrigue vers des digressions d’une justesse impressionnante. A 65 ans, le madrilène ausculte dans ce magnifique roman les comportements de l’Espagne franquiste et surtout postfranquiste, vu qu’une grande partie de l’histoire se passe en 1980 lorsque le pays est en pleine transition démocratique. Cela étant, le cœur du roman tourne autour d’un couple d’une quarantaine d’années, et les nombreux personnages gravitant autour qui chacun à son niveau est touché par ce vent de liberté après les années de plomb. A travers l’histoire personnelle de ce couple et le comportement des uns et des autres sous Franco, l’écrivain questionne le pardon, le mensonge, la trahison, le secret, les non-dits, l’amour, l’amitié et bien d’autres thèmes avec toujours une extrême lucidité et une acuité à analyser les consciences pour comprendre le sens de nos actes. Un homme, pas loin de la soixantaine, entreprend de nous raconter son histoire et celle des personnes qu’il a côtoyées lorsqu’il avait 23 ans et était secrétaire particulier d’un réalisateur à Madrid. Il nous évoque d’emblée le mariage désastreux de son patron uni depuis une vingtaine d’années à une femme dévouée et amoureuse, mais qu’il rudoie verbalement pour une raison mystérieuse. Le réalisateur fait part au jeune homme d’une rumeur qui le tracasse concernant un ami de longue date, et va le charger d’enquêter à son sujet. En suivant l’apprentissage de ce brillant jeune homme, le romancier nous passionne, nous intrigue et nous éclabousse de son immense talent à mêler l’intime, le contexte historique et une réflexion magistrale sur les choses de la vie.

 

Si rude soit le début - Un roman de Javier Marias - Gallimard - 576 pages - 25 €.

Publié dans Livres

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Beau, émouvant et foisonnant

Publié le par Michel Monsay

Beau, émouvant et foisonnant

Enfin récompensé du César du meilleur réalisateur l’an dernier, avec « Trois souvenirs de ma jeunesse », chroniqué dans ces colonnes, Arnaud Desplechin va de nouveau illuminer les écrans de son talent. Il revient une nouvelle fois au festival de Cannes, quasiment tous ses films y sont venus, cette fois pour en faire l’ouverture. A 56 ans, il est assurément l’un des tous meilleurs cinéastes français, sa dernière œuvre en est la parfaite démonstration dans l’intelligence de la mise en scène, les mouvements de caméra, les très gros plans si puissants, la direction d’acteurs, la construction tout autant complexe que fluide. Il nous emmène dans plusieurs histoires, utilise des retours en arrière, où on le suit aveuglément sans ne jamais perdre le fil et en prenant un immense plaisir à suivre ses personnages, dont certains se ressemblent, se dédoublent. Mathieu Amalric, pour la septième fois sous la direction du réalisateur, son alter ego en quelque sorte, joue merveilleusement un cinéaste tantôt chamboulé, tantôt frénétique, et les deux comédiennes qui l’entourent, Marion Cotillard et Charlotte Gainsbourg, sont aussi belles qu’émouvantes. Un homme arrive au ministère des affaires étrangères à Paris où il travaille. Avec des collègues ils évoquent le mystère qui entoure un diplomate dont ils ont perdu la trace. Ils se remémorent son entretien d’embauche au ministère, où l’on découvre un homme quelque peu lunaire. Puis, on se rend compte que tout cela sort de l’imagination d’un cinéaste en train d’écrire le scénario de son prochain film. Volontairement insomniaque pour échapper aux cauchemars qu’il fait immanquablement chaque nuit s’il essaie de dormir, il reçoit à 3h du matin un appel de son beau-père, secoué après avoir rêvé de sa fille disparue du jour au lendemain 21 ans plus tôt sans laisser aucune trace. On retrouve, comme souvent chez Arnaud Desplechin, une savoureuse dualité narrative qui donne à ce très beau film un relief composé de différentes strates toutes aussi passionnantes, mêlant habilement les genres en nous laissant admiratif devant ce formidable raconteur d’histoires.

 

 

Les fantômes d’Ismaël - Un film d’Arnaud Desplechin avec Mathieu Amalric, Charlotte Gainsbourg, Marion Cotillard, …

Publié dans Films

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Préhistorique

Publié le par Michel Monsay

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Echange intergénérationnel

Publié le par Michel Monsay

Echange intergénérationnel

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Visite commentée des huiles

Publié le par Michel Monsay

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Au bout, la mer

Publié le par Michel Monsay

Au bout, la mer

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Une vie après le 20h

Publié le par Michel Monsay

Une vie après le 20h

Seule femme à avoir présenté en semaine sur TF1 privatisé le journal télévisé le plus regardé d’Europe, Laurence Ferrari continue aujourd’hui sur CNews à nous parler d’actualité et de politique. Du magazine « Sept à huit » sur TF1 dès 2000 à « Punchline » sur C8 en 2017, elle a également animé plusieurs émissions de reportages et d’interviews avec toujours un souci d’innovation.

 

Quelques jours après le débat avec les 11 candidats à l’élection présidentielle sur CNews et BFM TV, Laurence Ferrari revient sur le défi qu’elle a relevé avec Ruth Elkrief en animant cette grande première dans l’histoire de la Ve République. Grande première qui restera unique jusqu’à nouvel ordre, puisque ce sera la seule confrontation entre tous les candidats. La journaliste est plutôt satisfaite de la manière dont l’événement s’est déroulé : « Il n’y a pas eu de prise en otage du débat par un candidat qui aurait créé du trouble, nous voulions un échange républicain qui permette à chacun de s’exprimer. Même s’il a fallu parfois taper du poing sur la table pour faire respecter les temps de parole, s’il y a eu quelques imperfections, des thèmes que l’on n’a pas eu le temps d’aborder, le débat a été globalement de bonne tenue et intéressant. » Elle a pris beaucoup de plaisir dans cet exercice, notamment en observant les réactions des uns pendant que les autres parlaient. En tout cas bien plus qu’en dirigeant avec David Pujadas le débat de l’entre-deux tours en 2012 qui opposait François Hollande à Nicolas Sarkozy, où elle avait été marquée par la tension et la violence de l’affrontement. Entre-temps, elle a aussi présenté avec Ruth Elkrief en novembre 2016 un des débats de la primaire de la droite et en janvier 2017 un de celle de la gauche.

 

Une femme déterminée

Que ce soit dans ce genre de débats ou lors d’interviews, la particularité de Laurence Ferrari est d’être assez spontanée, réactive aux propos de son interlocuteur, concise et percutante dans ses questions. Une interview réussie, à ses yeux, consiste à bousculer le politique : « Il faut le sortir de ses éléments de langage, de son déroulé habituel, il a un rythme, une musique que l’on se doit de bien connaître pour essayer de perturber la mécanique et obtenir une réponse plus naturelle. » Être une femme lorsqu’on est exposé de la sorte, notamment durant ses quatre années au journal de 20h sur TF1, a pour conséquence que l’on pardonne moins que pour un homme. Son moteur, qui lui permet de couper court aux éventuelles critiques, est de savoir se remettre en questions, de progresser afin de moins se laisser déstabiliser et d’avoir le recul historique sur le parcours de son interlocuteur. Cela dit être une belle femme a néanmoins été un atout, reconnaît-elle, tout en précisant qu’il faut d’autant plus gagner ses galons et travailler. L’impression de facilité et de fluidité qu’elle donne à l’antenne nécessite des heures de préparation en amont avec son équipe pour maîtriser au maximum l’actualité du jour et le profil de l’interviewé.

 

Nouvelles chaînes, nouveaux défis

« Le direct Ferrari » de 18h à 20h du lundi au jeudi sur CNews (canal 16 de la TNT) s’est transformé le temps de la campagne en « Grand journal de la présidentielle ». Il s’agit d’une émission avec une interview, un débat et un traitement de la matière politique et des dernières nouvelles. Le dimanche à 11h45 sur C8 depuis septembre 2016, Laurence Ferrari présente « Punchline » un magazine politique davantage dirigé vers les jeunes, qui leur donne la parole et décrypte les phrases fortes de la semaine, comme celle de Philippe Poutou s’adressant à Marine Le Pen durant le débat : « Quand on est convoqué par la police, nous ouvriers, on n’a pas d’immunité ouvrière. Désolé, on y va. » Elle aime la complémentarité de ces deux émissions, par leur approche différente de la politique, et leur format, la seconde étant diffusée sur une chaîne généraliste, la première sur un chaîne d’infos en continu. Souvent critiquées, ces chaînes se sont imposées aujourd’hui dans le paysage audiovisuel, affirme la journaliste : « Elles sont de plus en plus regardées et des processus ont été mis en place pour éviter les erreurs ou donner des informations trop rapidement. Il y a également plus d’émissions avec des personnalités qui permettent un décryptage de l’actualité. »

 

En pleine lumière puis en lumière tamisée

Le 20h de TF1, tous les soirs de la semaine, aucune femme ne l’avait présenté depuis la privatisation de la première chaîne. Dès août 2008, Laurence Ferrari relève le défi en prenant la suite de 21 années de PPDA. Malgré la tension, cela reste une expérience incroyable pour la journaliste qui, au-delà d’être suivie chaque soir par une audience très importante, se rappelle notamment les reportages sur le terrain en Iran, en Afghanistan, au Groenland, l’interview de Barak Obama, la campagne présidentielle de 2012 avec le fameux débat. Après la violence de la surexposition médiatique du 20h et des critiques qui l’accompagnent, elle opte pour un projet plus serein en animant un talk-show 100% féminin sur D8 de 2012 à 2016, Le grand 8. Elle s’entoure de quatre chroniqueuses, dont Roselyne Bachelot avec laquelle le courant passe à merveille. Cette bande de filles qui ne se prend pas au sérieux traite toutes sortes de sujets dans la bonne humeur et parfois l’émotion. Parallèlement, dès 2013 elle présente aussi une émission politique quotidienne sur iTélé, intitulée Tirs croisés, poursuivant ainsi le fil conducteur de son parcours. La journaliste prouve ainsi qu’il y a une vie après le graal que représente le 20h, et se dit bien plus heureuse depuis 5 ans en ayant plus de liberté et de souplesse.

 

Le hasard fait bien les choses

Son enfance à Aix-les-Bains, entre lac et montagne, a été sportive, le ski l’hiver, la voile l’été, ainsi que la course à pied qu’elle pratique toujours aujourd’hui, de même que la natation et la gym qui sont à ses yeux le remède le plus efficace pour évacuer le stress de son métier. Sa vocation est née par hasard, confie-t-elle : « Je voulais être chirurgien mais la médecine n’a pas voulu de moi, je crois qu’elle a eu raison ! J’ai ensuite cherché pour quoi j’étais faite, et après une école d’attachée de presse à Lyon, sans grand enthousiasme, j’ai commencé à faire des stages, notamment à Europe 1 où j’ai eu un coup de foudre pour cette rédaction. Je l’ai intégrée tout en continuant mes études à Paris, en faisant un DESS de communication politique et sociale. » Elle reste ainsi 10 ans à Europe 1 où elle apprend le métier de journaliste en gravissant progressivement les échelons, avant d’intégrer le groupe TF1, d’abord à LCI en présentant des journaux, puis sur TF1 en remplacement de Claire Chazal le week-end. Durant cette période, elle crée avec son premier mari Thomas Hugues le magazine de reportages « Sept à huit », qu’ils présentent ensemble tous les dimanches durant 6 ans, fait assez rare et peut-être même unique pour être souligné. Avant de se voir confier le fameux 20h en 2008, elle part deux années sur Canal+ où elle produit et présente une émission politique assez novatrice, « Dimanche + ».

 

Le travail ne lui fait pas peur

Tout au long de ses 30 ans de carrière à la radio puis à la télévision, elle s’est servi des deux clés qui lui semblent indispensables pour réussir dans son métier : la curiosité et le travail, pour lequel elle n’a pas rechigné, « surtout lorsque l’on n’a pas fait d’école de journalisme », comme elle le souligne. En novembre dernier, la grève à iTélé a fait couler beaucoup d’encre et la position de Laurence Ferrari n’a pas forcément été bien comprise : « J’ai toujours soutenu la rédaction et ses revendications, et je suis restée au plus proche d’elle tout au long de la grève. Simplement, je n’ai pas voulu moi-même faire grève, ça ne fait pas partie de mes valeurs. Nous avons la chance d’avoir un métier de libertés, que l’on doit pouvoir exercer tous les jours, il y a un droit à informer et à être informé. J’ai été très meurtrie que la moitié de la rédaction parte dans ces conditions. »

 

Faire des choix

A 50 ans, le seul petit regret qu’elle peut avoir est de ne pas avoir fait plus de reportages sur le terrain, elle qui voulait à la base être reporter mais a finalement choisi de travailler en plateau : « Etant mère de famille, il est plus simple d’être présentatrice, cela permet de savoir l’heure à laquelle on rentre, que reporter où on ne sait jamais ce genre de choses, le choix s’est imposé de lui-même. » Du coup, c’est vraiment en interview qu’elle s’épanouit le plus : « Dès que j’ai quelqu’un en face de moi, il y a cette interaction dans l’échange, l’adrénaline, le challenge, c’est là que je suis vraie. »

La notoriété est arrivée dans la vie de Laurence Ferrari depuis sa période à TF1, surtout durant ses quatre années au 20h : « Vous entrez dans la vie des gens tous les soirs au moment du dîner, vous faites partie de la famille en quelque sorte. On entre ainsi dans la notoriété sans s’en rendre compte et on n’en ressort jamais. » Si elle vit très bien ce lien avec le public, elle a par contre systématiquement porté plainte pour atteinte à la vie privée contre la presse people. Energique, optimiste et impulsive, elle prend ses décisions très rapidement. En plus du sport qu’elle pratique régulièrement, la lecture a une place de choix dans son temps libre. Elle se voit bien continuer dans la veine politique, d’autant que le quinquennat à venir s’annonce intéressant, selon ses propos, tout en allant un peu plus sur le terrain pour traiter des sujets de société.

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« La prochaine PAC devra accompagner les agriculteurs vers un modèle durable »

Publié le par Michel Monsay

« La prochaine PAC devra accompagner les agriculteurs vers un modèle durable »

Député européen socialiste depuis 2012 pour la circonscription du Grand Sud-ouest, Eric Andrieu est aussi premier Vice-président de la Commission de l’agriculture et du développement rural du Parlement européen. Il a été élu fin janvier 2017 porte-parole des socialistes et démocrates européens pour l’agriculture.

 

En quoi consiste l’accord économique et commercial nommé CETA, et quels en sont les risques potentiels?

Eric Andrieu - Le CETA, constitue le premier accord de libre-échange d’envergure signé par l’Union européenne (UE). Il aura pour principales conséquences de supprimer près de 99% des droits de douane et d’établir des normes réglementaires communes entre les deux puissances commerciales, l’UE et le Canada. Cet accord donnera le « la » pour les prochaines négociations qu’aura à mener la Commission européenne dans les années à venir. Dès lors, la plus grande précaution s’impose lorsqu’il s’agit de valider un tel accord. Or, trop d’incertitudes entourent le contenu du CETA. Incertitudes juridiques sur l'indépendance et l'impartialité des tribunaux d'arbitrage censés traiter des litiges entre investisseurs et États. Incertitudes économiques ensuite : selon une étude américaine, le CETA entraînerait la perte de plus de 200 000 emplois en Europe, dont 45 000 en France. Au niveau de l’agriculture, il risque de mettre en péril notre filière bovine, déjà à bout de souffle, en ouvrant le marché européen à 50.000 tonnes de viandes bovines nourries au maïs OGM, aux antibiotiques et aux farines animales. Enfin, le CETA n’intègre pas l’urgence climatique et environnementale, pas plus que le principe de précaution.

Pour toutes ces raisons, avec l’ensemble des eurodéputés socialistes français, nous nous sommes opposés à cet accord, contrairement à la droite française et une majorité de parlementaires, qui ont voté pour le CETA le 15 février dernier. L’accord doit désormais obtenir l'aval du Parlement canadien avant son entrée en vigueur provisoire, probablement en juillet. S’agissant d'un accord dit mixte, les parlements nationaux, devront aussi se prononcer. Certains volets de cet accord, comme par exemple le mécanisme de résolution des litiges entre investisseurs et États, n'entreront pas en vigueur avant que tous les états membres aient ratifié le CETA.

 

Quels sont les enjeux de l'élection présidentielle au niveau de l'Europe ?

E.A. - Le premier enjeu de ce scrutin est de savoir si nous souhaitons rester ou non dans l’Union européenne et à quelle Europe nous aspirons. Une Europe libérale, une Europe solidaire ou une Europe des nations ? Une Europe mondialiste et libre-échangiste comme le préconisent M. Fillon et M. Macron, qui se sont exprimés pour le CETA, ou une Europe plus protectionniste, réorientée sur le marché européen et la défense de nos territoires ? En tout état de cause, le futur Président français devra prendre toute sa part dans la future orientation de l’Union Européenne. Le repli sur soi et la défiance actuelle légitime de nos concitoyens vis-à-vis de l'Europe doivent être transformés en une opportunité. Celle de redéfinir, avec les États membres qui le souhaitent, un vrai projet européen, plus intégré. Il est urgent de sortir de la dérive libérale actuelle et d’associer davantage le citoyen au projet européen.

 

Comment faut-il interpréter le pessimisme de Jean-Claude Juncker et son renoncement à briguer un second mandat ?

E.A. - Le pessimisme de Jean-Claude Juncker et son renoncement à briguer un second mandat sont deux choses distinctes. Le Président de la Commission européenne semble privilégier une Europe à plusieurs vitesses, ce que je partage. En tout état de cause, face au nouveau contexte international, nous avons besoin d’une Europe plus forte qui défende nos concitoyens, aussi bien à l'intérieur qu’à l'extérieur de nos frontières. Cela passe par une Europe de la Défense. L’Union doit enfin assurer son rôle avec conviction et redevenir cette puissance d'équilibre dont le monde a aujourd'hui tant besoin. Alors que nous venons de célébrer le soixantième anniversaire du Traité de Rome, l'idée européenne n'a jamais fait plus sens qu'aujourd'hui : nous avons besoin de davantage de solidarité et de coopération entre les peuples.

 

Pourquoi la PAC actuelle ne convient-elle pas et que faudrait-il changer dans la future PAC ?

E.A. - La Politique agricole commune ne satisfait ni les agriculteurs, ni les organisations environnementales, ni les citoyens qui sont également contribuables. Elle doit être réformée. Les rénovations successives adoptées depuis 1992 ont favorisé les modèles d’exploitation intensive orientés vers les marchés à l’export, eux-mêmes alignés sur les prix bas mondiaux, au détriment des structures familiales, pourtant plus performantes en termes d’emploi et plus résilientes. Nous devons mettre fin au libéralisme actuel dévastateur pour les agriculteurs, l’emploi, l’économie de nos territoires, et dangereux pour notre sécurité alimentaire. Le marché seul ne peut pas tout réguler.

La future PAC devra, en premier lieu, répondre à la question de la volatilité des prix afin de stabiliser les revenus de nos agriculteurs et leur permettre de vivre décemment de leur travail. Cela passe par un rééquilibrage de la valeur ajoutée en faveur des agriculteurs au sein de la chaîne alimentaire, une adaptation de la politique de la concurrence aux spécificités de l’agriculture, une amélioration dans la cohérence des dispositifs de gestion des risques et, enfin, par le rétablissement d’outils publics afin d’équilibrer l’offre et la demande.

 

Souhaitez-vous une PAC environnementale et comment devra se comporter la politique commerciale européenne vis-à-vis de la PAC ?

E.A. - La prochaine PAC devra accompagner les agriculteurs vers un modèle durable qui préserve la biodiversité et les ressources naturelles. Cette nouvelle PAC devra promouvoir une agriculture qui contribue aux objectifs de la COP21, et en fait un acteur clé de la lutte contre le réchauffement climatique. Enfin, il s’agira de re-territorialiser la Politique agricole commune. L’agriculture reste une activité structurante pour les territoires, qu’il faut valoriser.

La politique commerciale européenne devra être en cohérence avec la PAC si l’on veut préserver notre modèle agricole et nos territoires. Cela implique de lutter contre le dumping sanitaire social et économique, en interdisant les importations de denrées agricoles qui ne respectent pas les mêmes règles sanitaires, sociales et environnementales, mais aussi, d’exclure systématiquement nos filières sensibles des négociations commerciales.

 

Comment expliquez-vous que Mme Le Pen soit au deuxième tour malgré les affaires qui la concernent et quelles conséquences auraient ses propositions pour notre agriculture ?

E.A. - Le vote Le Pen est un vote antisystème. Dès lors, les révélations des affaires qui touchent le Front National, bien qu’elles soient nettement plus nombreuses qu’au sein des autres formations politiques, n’affectent que très peu son électorat, voir confortent le discours victimaire de Mme Le Pen.

La victoire de Marine Le Pen serait catastrophique pour l’économie française. Dans le domaine agricole, la sortie de l’euro entrainerait automatiquement une hausse massive des taux d’intérêt et empêcherait nos agriculteurs d’emprunter, et, de ce fait, de se développer. Par ailleurs, la sortie du marché intérieur aurait un effet dévastateur sur notre agriculture. Aujourd’hui, nous exportons plus de 63% de nos produits agricoles vers nos voisins européens. Enfin, que pèsera la France seule dans les négociations à l’OMC face aux géants que sont les États-Unis, la Russie, la Chine, ou encore le Brésil ? Face aux crises, nous avons besoin d’une approche commune et non l’inverse !

 

 

Quelques repères

Originaire de Narbonne, Eric Andrieu s’est formé à l’Institut agronomique méditerranéen. Il a été conseiller général de l’Aude avant d’en devenir vice-président puis conseiller régional du Languedoc-Roussillon avant d’en devenir également vice-président. A 56 ans il est très impliqué dans les questions agricoles, au Parlement européen où il est député depuis 2012, et aux côtés de Benoit Hamon dont il est le porte-parole pour l’agriculture, l’alimentation et le développement rural.

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