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Troublant miroir à deux faces

Publié le par Michel Monsay

Troublant miroir à deux faces

Todd Haynes a un don pour creuser l’ambiguïté humaine. De fiction en documentaire, de sujet original en adaptation, de figure anonyme en célébrité iconique, il déploie un éventail complexe. Celui du regard d’un cinéaste sur des sujets d’études qu’il déconstruit pour mieux les reconstruire à sa manière, comme dans l'excellent Dark waters. Il filme ici un duo de femmes, entre fascination, vampirisation et affrontement, comme Ingmar Bergman le fit avec le remarquable Persona. May December est une réflexion sur la manière de raconter, de restituer, voire de penser une histoire et ses conséquences, tant du point de vue d'une actrice que d'un cinéaste. Une mise en abyme à la fois habile et honnête, puisque le scénario s’inspire d’une affaire réelle, celle de Mary Kay Letourneau, dans les années 1990. La présence des papillons, dont le cycle de vie (de l’œuf à la chenille, de la chrysalide à l’éclosion de l’adulte) rythme l’ensemble du film, esquisse le motif majeur de May December : la métamorphose qu’elle soit souhaitée, subie ou empêchée des différents protagonistes. Dans sa construction sous forme d’enquête où se télescopent des discours contradictoires, May December n’est pas sans rappeler les films de procès récents comme Saint Omer ou Anatomie d’une chute, qui butaient également sur l’impossibilité de déchiffrer une figure féminine opaque et suspendaient leur jugement. Natalie Portman, à l'instar de sa formidable prestation dans ce film, est rarement aussi convaincante que lorsqu’elle interroge son image d’éternelle bonne élève, comme dans Black Swan ou Jackie notamment. De May December, on pourrait dire que c’est une comédie légère, qui se moque de l'hypocrisie américaine. Non, c’est un drame en sourdine. Non, non, c’est une pièce de théâtre qui se moque du cinéma… Chez Todd Haynes, c’est toujours ainsi : avec talent, humour, finesse, le cinéaste nous balade dans divers genres, soulève quelques questions morales, se délecte des références filmiques glissées çà et là, et s’amuse à dynamiter les conventions sexuelles, comme dans ses deux plus beaux films que sont Carol et Loin du Paradis. Todd Haynes ne juge pas, ne condamne pas, mais, comme toujours, cherche l’inconfort du spectateur, et ça nous change tellement de la plupart des films, bien trop lisses et consensuels. Mensonges, faux-semblants, illusions… Peu à peu, tout change : rien n’est conforme à l’apparence, et les deux personnages de femmes se fondent en un seul, graduellement. Étonnante métamorphose, portée par deux actrices subtiles et déstabilisantes : on assiste, avec plaisir et malaise, à un vol d’identité.

Publié dans Films

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Portrait d'un homme exemplaire au destin hors norme

Publié le par Michel Monsay

Portrait d'un homme exemplaire au destin hors norme

L’immigration étant actuellement et comme toujours au centre d’un épineux et douloureux débat, il pourrait ne pas être inutile de considérer ce très beau documentaire d’Isabelle Wekstein, qui nous offre un exemple d’intégration républicaine particulièrement heureux. Ady Steg (1925-2021), curieusement peu connu du grand public, fut une figure importante du judaïsme français en même temps que de la recherche médicale. Né dans une bourgade juive perdue au fin fond de la Tchécoslovaquie, dans un milieu traditionaliste, il arrive en France avec sa famille en 1932, à l’âge de 7 ans et tombe amoureux des vertus émancipatrices de la République française. Retour de volée glaçant durant l’Occupation, port de l’étoile jaune, père déporté à Auschwitz, miracle de la survie. Ady Steg sort de la guerre avec plus que les honneurs, après avoir rejoint les Forces françaises de l’intérieur en zone libre, à l’âge de 17 ans. Et on n’a rien vu encore. La médecine l’attendait, il en conquiert bientôt les sommets. Avec le professeur Pierre Aboulker à la tête du service d’urologie de l’hôpital Cochin, il opère le général De Gaulle, puis succède au professeur en 1976, et y opère le président François Mitterrand, en 1992, d’un cancer de la prostate, puis partage avec lui le lourd secret de sa maladie jusqu’à la fin. On doit également au Professeur Steg notamment, l’organisation moderne des urgences. Soucieux, par fidélité à ses origines, de défendre un judaïsme intégré dans la cité, il devient une figure de la communauté, comme président du CRIF, puis de l’Alliance israélite universelle, sans parler, plus tard, de son rôle prépondérant au sein de la mission d’étude sur la spoliation des juifs de France. Sous le portrait d’un homme au destin exemplaire, ce que ce film évoque plus largement, c’est bel et bien la relation  que ce destin suggère, des juifs de France à leur pays au cours du XXe siècle. Histoire connue, certes, mais que le montage de ce film, que l’on sent à fleur de peau, présente sous le jour d’une menace qui, jusqu’au plus haut niveau de l’État, ne se sera jamais complètement éteinte. « Peuple sûr de lui et dominateur » (Charles de Gaulle sur la guerre des Six-Jours en juin 1967). « Français innocents » (Raymond Barre au sujet des victimes non juives de l’attentat de la rue Copernic, à Paris, le 3 octobre 1980), amitié indéfectible entre François Mitterrand et René Bousquet, cette belle guirlande nationale dit à quel point, après des siècles de massacre ininterrompu, après la Shoah et les 6 millions de juifs assassinés, l’antisémitisme se révèle une maladie incurable de l’humanité. On doit ce magnifique documentaire à Isabelle Wekstein, réalisatrice en plus d’être avocate, défenseure, notamment, des éditeurs indépendants face à l’ogre Bolloré. Elle était la belle-fille d'Ady Steg, qu’elle côtoya de près et filma longuement en 2011 : « Il ne voulait pas se mettre en avant mais il avait accepté, pour les archives familiales. » Un témoignage vivant, bouleversant d’humanisme et d’excellence, dont la sagesse résonne avec force dans les temps déchirés que nous traversons.

Ady Steg, un parcours juif, une histoire française est à voir ici ou sur le replay de France TV.

Publié dans replay

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Incroyable équipe de France de handball

Publié le par Michel Monsay

Incroyable équipe de France de handball

L'équipe de France de handball, championne olympique, a battu le Danemark, champion du monde, 33-31 après prolongation en finale du Championnat d'Europe, dimanche à Cologne (Allemagne), au bout d'un match palpitant. Après 2006, 2010 et 2014, les Bleus remportent leur quatrième titre continental en autant de finales jouées. La concentration de bonnes équipes est plus importante sur le Vieux Continent que partout ailleurs, de fait le Championnat d’Europe de handball est généralement jugé d’un niveau plus élevé que celui du Mondial ou des Jeux olympiques. Ce constat, flagrant à la lecture des palmarès internationaux, majore la victoire de l’équipe de France à cet Euro. Souvent menés, parfois malmenés par les Danois, les Français ont trouvé les ressources physiques et mentales pour ne pas craquer et toujours revenir dans la partie, égalisant à la dernière minute de la deuxième mi-temps (27-27). Lors des prolongations, ils ont réussi à prendre deux buts d’avance au milieu de la deuxième période, et n’ont plus lâché leur avantage. Pour ajouter cette nouvelle ligne à son imposant palmarès, l’équipe de France a fait preuve d’une grande force mentale tout au long du tournoi. Menés d’un but à moins d’une seconde de la fin de leur demi-finale face à la Suède, les Bleus avaient arraché les prolongations sur le gong grâce à un coup franc aussi sublime que miraculeux d’Elohim Prandi. Un pétard à 12 mètres en déséquilibre unanimement qualifié de «but d’anthologie». Les hommes de Guillaume Gille l’ont ensuite emporté durant le temps supplémentaire. Score final 34-30. Deux jours après cet exploit à la dernière seconde contre la Suède, les Bleus ont refait le coup à 30 secondes de la fin du temps réglementaire avant de s’envoler dans la dernière minute des prolongations grâce une nouvelle fois à Elohim Prandi. La cohésion et l'esprit de groupe sont une quête complexe dans les sports collectifs et, contrairement à l’adage, l’abondance de talents peut nuire. L’équipe de France en sait quelque chose : Le souvenir cuisant de l’Euro 2020, marqué par un délitement collectif et une 14e place déshonorante qui valut au coach Didier Dinart d’être limogé. Dès le début de cet Euro, Guillaume Gille a répété à ses hommes qu’il comptait sur eux tous, sans exception. Au final, seule formation invaincue de l’Euro, l’équipe de France a aussi su tirer profit de la virtuosité de ses individualités : Nedim Remili, élu meilleur joueur de l’Euro (avec trente-quatre buts et cinquante-trois passes décisives) ; Ludovic Fabregas, incroyable d’efficacité en attaque (88 %) et en défense ; Dika Mem, meilleur buteur de l’équipe avec quarante-neuf réalisations. Ce succès consacre aussi, l’inédite longévité de la légende du handball mondial, Nikola Karabatic, auréolé d’un 11e grand titre international (sur les treize remportés par la France dans son histoire). A trois mois de son 40e anniversaire, il a semblé vivre une deuxième jeunesse pendant l’Euro. Un enthousiasme de novice s’est emparé de lui à chaque but marqué (seize en tout) ou après chaque geste défensif décisif, n’hésitant pas à mettre son corps en opposition devant des adversaires qui pouvaient presque être ses enfants. Cela promet pour les Jeux Olympiques dans quelques mois ...

Le résumé de la finale est à voir ci-dessous :

Incroyable équipe de France de handball

Publié dans Chroniques

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Le nouveau prince du tennis mondial

Publié le par Michel Monsay

Le nouveau prince du tennis mondial
Le nouveau prince du tennis mondial
Le nouveau prince du tennis mondial

Mené deux manches à rien au bout de 1h25, Jannik Sinner a renversé Daniil Medvedev qui semblait intouchable, après une formidable remontée pour remporter la finale de l'Open d'Australie en 3h44 ce dimanche (3-6, 3-6, 6-4, 6-4, 6-3). Les promesses suscitées par Jannik Sinner en fin de saison dernière ont été tenues, et de quelle manière ! À 22 ans, il décroche ainsi sa première victoire en Grand Chelem, il est le troisième joueur italien à l'avoir fait, après Nicola Pietrangeli (Roland-Garros, 1959-1960) et Adriano Panatta (Roland-Garros, 1976). Medvedev a pour sa part subi son cinquième échec en six finales de Grand Chelem et revécu à Melbourne son cauchemar de 2022, où il avait vu Rafael Nadal remonter lui aussi un handicap de deux sets. Comme le grand Rafa, Jannik Sinner n'a pas renoncé après avoir été asphyxié par le pressing et la qualité de jeu de Medvedev dans les deux premières manches, mieux, son tennis reprenait progressivement des couleurs dans un troisième set accroché qu'il parvenait à remporter. Sinner a accentué sa pression dès le début du quatrième set. Ses jambes et son bras allaient bien plus vite qu'en début de partie. Dans une manche qu'il a globalement dominée, l'Italien n'a connu qu'une alerte, à 3 partout, où il a sauvé une balle de break grâce à un ace. Mais sa fin de set a été intraitable. Face à un joueur qui piochait de plus en plus physiquement, il s'est appuyé sur son coup droit pour empocher le set. Pour avoir joué près de six heures de moins que Medvedev sur l'ensemble de la quinzaine, Sinner se montrait logiquement le plus frais physiquement. Désormais, c'est lui qui avait la main. Sur un dernier coup droit foudroyant, Jannik Sinner a parachevé sa prise de pouvoir au terme d'un tournoi où il a montré un niveau de tennis impressionnant, notamment en demi-finale en battant l'invincible Novak Djokovic. Pour sa première finale d'un tournoi majeur, il a montré des capacités mentales insoupçonnées. C'est l'avènement d'un beau champion, dont l'humilité fait tellement de bien de nos jours. Cette première finale de l'Open d'Australie sans Nadal, Djokovic ou Federer depuis 2005 a vu l'éclosion au plus haut niveau de Jannik Sinner, qui avec Carlos Alcaraz nous promettent des combats d'anthologie, à moins que Djokovic à 36 ans continue de nous éblouir.

Pour voir un petit résumé de la finale, c'est ici.

Le nouveau prince du tennis mondial
Le nouveau prince du tennis mondial
Le nouveau prince du tennis mondial
Le nouveau prince du tennis mondial

Publié dans Chroniques

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Un contresens nourri de scandale et de gloire

Publié le par Michel Monsay

Un contresens nourri de scandale et de gloire

Avec ses lunettes, sa sucette et son rouge à lèvres rouge sur l'affiche du film de Stanley Kubrick, Lolita a longtemps été perçue comme le fruit défendu qui ne demanderait qu’à être croqué. Or, Lolita est une petite fille, elle a 12 ans, ce qui ne l’empêche pas de dire : « Regarde ce que tu m’as fait. Je devrais appeler la police et leur dire que tu m’as violée », comme l’écrit Vladimir Nabokov dans son livre Lolita, publié en 1955 en France, et trois ans plus tard aux États-Unis. Mais alors comment une enfant abusée a pu devenir une icône érotique dans l’imaginaire collectif ? Comment est-on arrivé à un si désastreux contresens ? Ce passionnant documentaire d’Olivia Mokiejewski se propose de faire le point sur la question. D’abord en revenant sur la genèse du livre. Vladimir Nabokov savait que Lolita serait une bombe à retardement : de fait, elle explosa au milieu des années 1950. En s’attaquant au tabou de la pédophilie, l’écrivain américain d’origine russe choque. Jugé immoral et pervers, le manuscrit est refusé par tous les grands éditeurs américains, et c’est finalement en France que le livre sera publié. Le ministère de l’intérieur le fait interdire, la censure durera un an. Mais, comme souvent, l’atmosphère sulfureuse qui entoure l’ouvrage, et déplaît à Nabokov, qui voulait un triomphe littéraire et non un scandale, attire moult lecteurs : le livre connaît un succès bientôt mondial. En 1962, Stanley Kubrick porte Lolita à l’écran, mettant de côté le côté pédophile de l’histoire, ce qui contribue à alimenter le malentendu et à faire de Lolita dorénavant un nom commun et non plus un nom propre. Invité, en 1975, sur le plateau de l’émission Apostrophes, Vladimir Nabokov corrige un Bernard Pivot égrillard : Lolita n’est pas une jeune fille perverse, mais « une pauvre enfant que l’on débauche ». Mais c’est sans aucun doute au Japon que l’image de Lolita a été la plus pervertie, comme en témoigne l’usage que l’on fait des jeunes filles dans les mangas, dans lesquels la pornographie juvénile est autorisée. Un contresens total pour Vanessa Springora. Pour l’auteure du Consentement, Lolita est une condamnation de la pédophilie : « Je me suis sentie prise en compte grâce à ce livre. Je me suis beaucoup identifiée à elle », affirme celle qui, à 13 ans, rencontra un homme de trente-six ans son aîné, Gabriel Matzneff. Quand est posée la question, à la fin du documentaire, sur la possibilité ou non de publier un ouvrage tel que Lolita à l’heure de #metoo, Vanessa Springora est catégorique : se priver d’un tel chef-d’œuvre serait « aberrant ».

Lolita, méprise sur un fantasme est à voir ci-dessous ou sur le replay d'Arte.

Publié dans replay

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Thriller politique haletant

Publié le par Michel Monsay

Thriller politique haletant

Jean-Paul Salomé, dont c'est le meilleur film à ce jour, orchestre habilement un climat paranoïaque teinté de sexisme dans La Syndicaliste, pour raconter un monde gouverné par les hommes (patrons, politiques, policiers). L’expression masculinité toxique n’est pas employée, pourtant, elle suinte à chaque séquence où l'héroïne affronte ces hommes de pouvoir. Le cinéaste n’invente rien, tout est vrai dans l'histoire de cette syndicaliste lanceuse d'alerte qui dérange, et, chose suffisamment rare pour être notée, tous les noms des protagonistes de cette affaire édifiante ont été conservés. Il met en scène avec beaucoup de finesse le combat d’une femme pour retrouver sa dignité et son honneur. Seul le talent tragique d’Isabelle Huppert permet à cette héroïne sacrificielle de rester debout, après tout ce qu’elle a subi. Avec ses lunettes stylées, ses tenues tirées à quatre épingles et sa blondeur d’une orgueilleuse féminité, la grande Isabelle Huppert mêle sécheresse et humanité, acier trempé et chair blessée, sourire carnassier et regard désemparé, parfois dans un même plan. L'ensemble de la distribution est irréprochable. La mise en scène frontale, rapide, autoritaire, rappelle le cinéma engagé d'Erin Brockovich, seule contre tous. La syndicaliste, ce brûlot passionnant et révoltant, véritable plongée dans les coulisses de la France industrielle, de ces enjeux secrets, de ces manigances et ces coups bas, est avant tout le beau portrait d'une femme engagée qui a payé très cher le prix de la vérité.

La syndicaliste est à voir ici pour 4 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

Publié dans replay

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Un couple à cran à l'ère du confinement

Publié le par Michel Monsay

Un couple à cran à l'ère du confinement

Dennis Kelly, qui est depuis une vingtaine d’années un auteur phare de l’autre côté de la Manche à la fois de théâtre mais aussi de séries, comme l'excellente Utopia chroniqué sur ce blog, s’empare d’une période récente mais qui, on le sent, commence à entrer dans l‘Histoire, celle du confinement. Quatre ans déjà en effet que le monde s’arrêtait et que nous étions assignés plusieurs semaines à résidence face à la violence de la pandémie de Covid. Quatre ans déjà qu’il fallait signer des autorisations pour sortir de chez soi et que les cellules familiales étaient mises à rude épreuve. Or, quand on est un couple comme celui de Together, qui d’emblée déclare se détester, réciproquement, on imagine le caractère vertigineux de l’aventure. Le texte de Dennis Kelly déploie parallèlement d’autres dimensions : Un arrière-plan politique où se rappellent à notre mémoire ce monde d’après qui n’adviendra certainement jamais, mais aussi les manquements, en Angleterre encore plus criants qu’en France, dans le traitement de la pandémie par les autorités publiques. Également bien sûr, car c’est l’une des marques de fabrique de l’auteur anglais, cette insondable violence que chaque humain porte en lui, capable du meilleur comme du pire, d’amour comme de haine, d’altruisme comme de cruauté. Dans Together, l’histoire du couple emprisonné dans le confinement s’épaissit d’un deuil familial, d’une sexualité à la fois éruptive et menacée de disparition mais aussi de ce petit être qui cimente le couple, leur fils Alfie, qu’on ne voit jamais et qui semble bien intrigué par la mort. Très complémentaires Emmanuelle Bercot et Thomas Blanchard interprètent parfaitement ce couple qui avance sur une ligne de crête entre la gravité, la violence des propos, la noirceur des sujets et la manière dont l’auteur les traite avec cet humour décapant. Une nouvelle fois remarquable, Emmanuelle Bercot, mélange de gouaille, d'ironie et de rébellion frustrée, l'actrice-réalisatrice passe avec finesse du comique au tragique. Cette pièce, qui se caractérise aussi par un savant et récurrent jeu d’adresses au public, navigue de manière très harmonieuse entre l'humour et le drame, le rire et les larmes dans l'intimité de ce couple qui se déteste, mais qui en même temps s'aime toujours, avec une dimension politique très bien sentie.

Together est à voir au Théâtre de l'Atelier.

Publié dans Théâtre

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Une enthousiasmante comédie piquante et politique

Publié le par Michel Monsay

Une enthousiasmante comédie piquante et politique

On n’attendait pas Cédric Kahn à la tête d’une comédie drôle et percutante, vu qu'il nous avait passionné jusqu’ici pour des films plus dramatiques, comme Le procès Goldman, La prière ou Une vie meilleure, tous trois chroniqués sur ce blog. Il nous entraîne ici dans les coulisses d’un tournage en pleine dérive et livre une réflexion savoureuse sur son métier de réalisateur. Il ne s'intéresse pas ici à la naissance d'une œuvre, qu'on ne verra jamais, mais au rapport entre le collectif et l'individuel. Making of progresse à coups de joutes oratoires drôles ou cinglantes, comme ce dialogue entre un machino qui balaie les envolées lyriques de la vedette du film sur la beauté désintéressée du geste artistique : lui, son travail consistant juste à se casser le dos en soulevant des caisses. Ainsi Cédric Kahn traduit-il cette colère, cet élan, enthousiaste ou désespéré, qui, malgré tout, nourrit ce monstre fascinant qu'on appelle le cinéma. Dans cette mise en abyme, il nous raconte l’histoire, savoureusement scénarisée, d’un capitaine de navire qui prend l’eau en filmant une usine qui coule, avec un sens du détail, très authentique et souvent comique, sur les dessous d’un tournage. Si celui-ci devient la métaphore du sujet qu’il aborde, avec des séquences à la mise en scène fluide et gracieuse qui rendent perméables les frontières entre les deux combats, Cédric Kahn en profite, aussi, pour poser en douce une question épineuse, morale : en quoi le cinéma, monde d’argent, de caprices et d’ego, peut-il rendre compte avec une absolue vérité des drames sociaux ? À contrario et tordant le cou aux fantasmes de tous poils, il démontre, avec un plaisir communicatif, que tous ceux qui travaillent dans le cinéma ne sont pas que des nantis, des pistonnés, ou des fils de... mais aussi du petit personnel soumis aux mêmes aléas que les ouvriers de n’importe quel secteur industriel. Pour parfaire sa démonstration, il n’oublie pas de parsemer le tout de quelques messages sur la lutte sociale et le délitement du sens du collectif. Sous une apparente légèreté, cette comédie très réussie, interprétée par une troupe de comédiens inspirés, pose de nombreuses questions sans avoir vocation à y répondre, puisqu’elle se veut délibérément plus divertissante que pédagogique, tout en parvenant à nous émouvoir.

Publié dans Films

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Une odyssée humaniste et spectaculaire

Publié le par Michel Monsay

Une odyssée humaniste et spectaculaire

Le Cercle des neiges réinvestit le drame inspiré par un fait réel, à savoir le crash d'un avion uruguayen dans la cordillère des Andes en 1972. Si l’événement a marqué son époque, Juan Antonio Bayona en tire un film à la mise en scène sensible et viscérale. Par ses courtes focales qui accentuent le moindre détail, la moindre texture et le manque flagrant de ressources à disposition du groupe de survivants, chaque plan se raccroche à l’interaction des corps et à leur transformation dans un désert glacial. Au fur et à mesure, on a l’impression de sentir le froid et les odeurs de cet espace mortifère, tandis que les rares signes de vie présents à l’écran semblent atteindre une forme poétique. Cette beauté s'exprime dans l’équilibre parfois précaire entre la dimension mélodramatique du récit, portée par la musique anxiogène et mélancolique de Michael Giacchino, et son souhait de coller au plus près de l’expérience éreintante des protagonistes. La prouesse du Cercle des neiges est de parvenir à traiter de front la dureté de son sujet et ses questionnements moraux, sans sombrer dans une vulgarité sensationnaliste. Le cinéaste creuse les systèmes qui naissent de nos instincts, de notre soif de survie et de notre peur de la mort, le tout avec une approche universelle aux allures quasi-mythologiques. Ce film bouleversant questionne notre humanité et notre rapport au sacré dans une approche sensible et subtile. Cette relecture immersive et profondément touchante de la catastrophe aérienne de 1972, sans sacrifier au sens du spectacle, est un tour de force à la fois visuel et métaphysique.

Le cercle des neiges est à voir ici sur Netflix pour 5,99 € avec pub ou 13,49 € sans pub, un mois sans engagement.

Publié dans replay

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Le sublime millefeuille du génie Picasso

Publié le par Michel Monsay

Le sublime millefeuille du génie Picasso

50 ans que Pablo Picasso est mort. Une célébration que le Centre Pompidou en collaboration avec le Musée national Picasso-Paris a organisé dans une magnifique exposition qui vient de se terminer, en réunissant près de mille œuvres : carnets, dessins à l'encre, au fusain, gravures, pastels,... Plus grande rétrospective de l’œuvre dessinée et gravée jamais organisée, Picasso. Dessiner à l’infini plonge dans le tourbillon de la création du génie. Le parcours proposé, non linéaire, bousculant la stricte chronologie, a permis de créer des échos entre différentes périodes et mis en regard des chefs-d’œuvre reconnus et des dessins présentés pour la première fois. Autour de thèmes multiples, l’exposition a démontré la foisonnante diversité de l’artiste à travers des œuvres de dimensions très variées, de tous styles, utilisant toutes les techniques possibles et une scénographie accompagnant cette idée de profusion. Les thématiques s’enchaînaient comme autant de questions posées autour de la représentation, de la ligne, de la place du dessin dans le travail de l’artiste. Même si Picasso est régulièrement l'objet d'expositions sur toutes sortes de sujet, celle-ci de par son ampleur et sa diversité fera date. Des estampes, de l'aquatinte au sucre, de l'eau-forte, des croquis minuscules et des grands formats aussi imposants que des tableaux, du papier à dessin de grande qualité et des livres de compte recyclés… Picasso dessinait sur tout, partout, et tout le temps. Il y a une prolifération du dessin dans sa création, c'est un travail quotidien, une sorte de journal intime de l'œuvre où le classicisme est toujours mis en tension avec un langage d'avant-garde, l'un ne va pas sans l'autre. Picasso. Dessiner à l'infini est une relecture magistrale d'une œuvre que l'on croit à tort connaître par cœur, une affirmation joyeuse et sensuelle de sa beauté étourdissante entre mélancolie et humour, douceur et cruauté. On en ressort complètement ébloui.

Voici quelques unes de ces merveilles !

Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso
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Le sublime millefeuille du génie Picasso
Le sublime millefeuille du génie Picasso

Publié dans Expos

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