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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 08:28
Drôle et déchirante comédie douce amère

Même si le cinéma italien n’est plus ce qu’il était, il y a de temps à autre encore quelques pépites qui nous rappellent le charme de la comédie italienne, capable de nous faire passer avec maestria du rire aux larmes. C’est exactement ce qu’arrive à faire Paolo Virzi dans ce film, où il enchaîne des scènes hilarantes avec d’autres très touchantes d’où ressort une belle humanité. Ce réalisateur italien de 52 ans se bonifie avec l’âge, ses derniers films étant bien plus maîtrisés et réussis que les premiers, notamment celui-ci qui malgré un sujet difficile parvient constamment à trouver la juste mesure et à nous enthousiasmer. Aborder la folie, la dépression, la bipolarité et la solitude que cela entraîne chez les personnes qui en souffrent, avec autant de grâce et de justesse, nécessite un scénario impeccable avec des personnages particulièrement bien écrits dans toute leur complexité. En plus de ces atouts, la caméra filme amoureusement dans la lumière ocre de la Toscane les deux comédiennes principales, remarquables chacune dans leur rôle, notamment Valéria Bruni Tedeschi qui signe là une de ses plus belles interprétations. Dans une magnifique villa transformée en institution thérapeutique pour des femmes mentalement instables, une grande bourgeoise extravagante et très bavarde tente de s’installer dans le minibus qui emmènent quelques pensionnaires se promener en ville. Le problème est qu’elle n’a pas le droit de sortir de la propriété, étant sous mesures judiciaires restrictives. Très sensible aux paroles ou marques d’affection qu’on lui témoigne, elle a néanmoins du mal à tisser des liens avec les autres résidentes. L’arrivée d’une jeune femme mal en point, fragile et plutôt introvertie, l’intrigue. Rapidement, elle lui propose de l’aider. Ce très beau film, qui fait penser par moments à « Thelma et Louise », nous embarque dans sa folie douce en nous procurant des émotions contrastées et en rendant ces deux femmes pas si dingues excessivement attachantes.

                                                                                                                      

Folles de joie – Un film de Paolo Virzi avec Valéria Bruni Tedeschi, Micaela Ramazotti, Valentina Carnelutti, … - Bac films vidéo – 1 DVD :19,99 €.

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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 08:17
Fascinant lien entre spiritisme et cinéma

Après un second film que l’on avait beaucoup aimé, « Grand central », Rebecca Zlotowski confirme avec « Planetarium » tout le bien que l’on avait entrevu. Cette jeune cinéaste française de 36 ans brille par sa direction d’acteurs, sa mise en scène d’une belle fluidité, ses cadrages qui captent l’essence des visages, sa grande culture cinématographique sous-jacente, et la beauté esthétique des images tournées avec une nouvelle caméra numérique révolutionnaire très peu utilisée jusqu’à présent. Pour l’écriture du scénario, elle a travaillé en binôme avec le créateur de la série « Les revenants ». Le résultat est remarquable d’équilibre entre les différentes trames qui composent l’histoire et l’environnement de ce film : le mystère du spiritisme, la puissance d’illusion du cinéma, la société parisienne des années 1930 puis la montée nauséabonde des extrémismes. A la fois rationnel, poétique et politique, Planetarium envoûte par ses zones d’ombres et de lumières au sens propre comme au figuré. Cocteau disait : « Le cinéma filme la mort au travail », autrement dit en regardant un film, on voit quelque chose qui n’est déjà plus là. Rebecca Zlotowski revisite cette idée en y apportant toute sa modernité de cinéaste, à travers la quête d’un de ses personnages qui cherche à capter l’existence des fantômes. A l’image d’une lumineuse Natalie Portman et d’un émouvant Emmanuel Salinger, tous deux très investis dans leur rôle, les comédiens de ce film magnétique sont irréprochables. Cela démarre en 1943 à Paris, où deux femmes se croisent par hasard après s’être perdues de vue depuis plusieurs années. Très vite, l’action se déplace au cœur des années 1930 où l’on retrouve l’une d’elles, qui est américaine, en compagnie de sa jeune sœur médium au pouvoir assez impressionnant, se produisant sur la scène d’un cabaret parisien chic. Elles y font la connaissance d’un riche producteur de cinéma. Tous les ingrédients sont réunis pour plonger sans retenue dans ce film à la fois romanesque, historique, mystérieux et se laisser emporter par la magie du cinéma.

                                                                                                                      

Planetarium – Un film de Rebecca Zlotowski avec Natalie Portman, Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger, Amira Casar, …

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14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 08:23
Des journées entières dans les arbres
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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 08:18
Tunnelier esthétique
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7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 08:25
Têtes baissées face à sa majesté
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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 08:01
Vieilles pierres et prés salés
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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 07:28
Portrait de groupe
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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 08:21
« Il faut sortir de l’incantation et des propos d’estrade »

Elu du XVIIIe arrondissement de Paris, Pierre-Yves Bournazel est à la fois conseiller de Paris et de la région Ile-de-France Les Républicains. Il est en charge de la candidature de Paris pour les Jeux 2024 et de la politique du cinéma de la région. Parallèlement, il s’est engagé auprès d’Alain Juppé pour l’élection présidentielle, dont il est un de ses porte-paroles.

 

Vous qui êtes originaire de Corrèze, quelles sont les pistes à explorer pour que la ruralité et le monde agricole se portent mieux ?

Pierre-Yves Bournazel - La ruralité a subi de plein fouet un certain nombre de mutations, et pour faire revenir la population, en finir avec le désenclavement, il faut une vraie stratégie d’emploi. Les nouvelles technologies, comme le numérique avec l’économie et les métiers qui en découlent, sont une chance pour le monde rural. Elles mettent tous les territoires à égalité en permettant de travailler facilement à l’endroit de son choix. Il faut donc investir dans cette logique du numérique afin de pouvoir agir sur le tourisme et l’attractivité d’une région pour les entreprises.

Pour le monde agricole, il faut réorienter la PAC par un soutien concret aux agriculteurs, sécuriser les relations entre les différents acteurs des filières, alléger les charges sociales, fiscales et règlementaires, soutenir l’investissement et l’innovation pour renforcer la compétitivité du secteur, refondre le statut des exploitations agricoles qui doivent être considérées comme des entreprises. Il faut aussi réformer notre système de retraites pour mettre fin à des inégalités qui ne sont plus acceptables, avec des pensions indécentes notamment pour des agriculteurs.

 

La nouvelle génération que vous incarnez contribue-t-elle à faire bouger les lignes en matière politique ?

P-Y.B. - Cette nouvelle génération doit amener un renouvellement des pratiques politiques pour mettre fin au cumul des mandats parlementaires et exécutifs, avec des élus à temps plein dans leur mission sur le terrain. Elle ne doit pas être dans l’idéologie mais la réalité en expérimentant, en recherchant des solutions efficaces avec les acteurs de la société civile. C’est ce que je m’efforce de faire dans le 18ème à Paris, arrondissement de la diversité dans lequel je vis. Tous les jours, en étant à l’écoute des habitants, j’apprends et je comprends des situations complexes, ce qui permet de favoriser le dialogue et la construction de projets. Mais il faut pour cela donner plus de liberté et de responsabilité aux collectivités territoriales qui sont au plus près du terrain. En étant dans le concret, comme je le fais, on sort des logiques partisanes qui sclérosent, cloisonnent et empêchent de faire les réformes nécessaires. Il m’arrive de voter des projets de la ville de Paris alors que je suis dans l’opposition, ce qui me donne d’ailleurs plus de légitimité pour dire ce qui ne fonctionne pas. Notre génération doit être créative, audacieuse et courageuse mais elle doit aussi accepter la transmission de personnes plus expérimentées qui ont également cet état d’esprit. Je n’aime pas que l’on me reproche mon âge en me disant que je suis trop jeune pour assumer des responsabilités, mais je n’aime pas plus que l’on reproche à d’autres leur âge parce qu’ils seraient trop expérimentés.

 

Quels sont les enjeux de la primaire de la droite et du centre, et sur quoi va-t-elle se jouer ?

P-Y.B. - Pense-t-on que c’est dans la radicalité, la division, le clivage permanent, que l’on peut obtenir des résultats ? Pour ma part, j’ai la conviction que pour réformer le pays et pouvoir agir dans un contexte de tension internationale, de risque terroriste, de difficultés économiques et sociales, le prochain Président de la République devra avoir une capacité de rassemblement des français autour d’un projet. Aujourd’hui, ne pas dire ce qui est doucereux à l’oreille des français, mais plutôt ce qui est bon pour l’avenir de la France, est une force face à la montée des populismes et de la démagogie, qui d’ailleurs ne résoudraient en rien les problèmes mais les aggraveraient. Avec Alain Juppé nous sommes des patriotes et non des nationalistes, Romain Gary disait : « Le patriotisme est l’amour des siens quand le nationalisme est la haine des autres ».

Je note que certains candidats ont peut-être trop regardé les shows de M. Trump, et dans cette primaire il ne faut pas que l’on « Trump » les français. Cela va se jouer sur l’efficacité des projets, mais aussi sur les tempéraments et les caractères. Il faut sortir de l’incantation et des propos d’estrade. Ce n’est pas en ressemblant à Marine Le Pen qu’on la battra. Tous les français peuvent aller voter à cette primaire, il n’y a pas besoin de carte de parti, il faut simplement vouloir l’alternance, notamment pour tous ceux qui ont été déçu par M. Hollande. En ne faisant qu’un mandat, Alain Juppé ne sera pas obnubilé par sa réélection. Si l’on ne veut pas de Mme Le Pen ni subir son candidat, il faut le choisir les 20 et 27 novembre.

 

Pourquoi la droite a voté contre la piétonisation des voies sur berge à Paris, et de manière globale quelles sont les relations entre Paris et la région ?

P-Y.B. - Ce n’est pas un problème parisien mais régional, les personnes qui circulent en voiture à Paris viennent essentiellement de la banlieue. On ne décide pas seul contre les maires des communes environnantes et contre la région sans concerter ni dialoguer, d’ailleurs l’enquête publique le dit. Je ne suis pas opposé et même favorable à terme et dans d’autres conditions à l’aménagement des voies sur berge. Il faudrait pour cela que la décision soit partagée avec les partenaires et qu’il y ait des solutions alternatives. La région Ile de France a beaucoup  de retard sur les transports en commun, faute d’investissement suffisant de la gauche pendant 20 ans. Il y a le projet du Grand Paris express porté par Valérie Pécresse qui va nous aider à désengorger Paris de la voiture, mais il faudra quelques années. Quant aux propositions de la présidente de la région, elles ne sont pas suivies d’effet par Mme Hidalgo et je le regrette. Notamment construire des parkings aux portes de Paris, permettant ainsi aux personnes venant de banlieue de pouvoir garer leur voiture et prendre les transports en commun. Cela délesterait la capitale et aurait un réel impact sur la pollution. Anne Hidalgo et Valérie Pécresse sont capables de travailler ensemble en bonne intelligence dans l’intérêt général, notamment sur la candidature de Paris pour les Jeux de 2024 et sur le tourisme, mais sur certains sujets il y a des différences de méthode.

 

Approuvez-vous l’aménagement de camps de réfugiés à Paris et quelle est votre position sur le problème dans sa globalité ?

P-Y.B. - Les campements sauvages sont la honte de Paris. C’est à la fois indigne pour les réfugiés qui vivent dans des conditions déplorables d’hygiène et de sécurité, et pour les riverains qui subissent toutes les nuisances. Un centre d’accueil peut être un moindre mal à conditions qu’il y ait concertation sur le lieu d’implantation, que ce ne soit pas toujours dans les quartiers qui connaissent déjà des problèmes de précarité. Mais aussi que ce soit un lieu qui cherche l’efficacité des politiques publiques, qu’il y ait une accélération des procédures de droit d’asile et pour ceux qui n’en bénéficieront pas, il faut une politique extrêmement ferme de reconduite à la frontière. Si l’on veut accueillir dignement les personnes, on doit mener une politique équilibrée et cohérente.

En même temps, je demande qu’il y ait une action forte au niveau de l’Etat pour démanteler les réseaux de passeurs qui profitent de la misère humaine pour gagner de l’argent, il faut durcir les sanctions. Il doit y avoir aussi une politique européenne avec un cap, pour agir sur Frontex, réformer Schengen et harmoniser le droit d’asile européen. Quand aurons-nous une stratégie internationale pour éradiquer l’Etat islamique en Syrie et en Irak, d’où fuient de nombreux réfugiés ? La France et l’Europe doivent également mettre au point une stratégie de développement et de coopération dans les pays d’où viennent les migrants économiques, pour leur permettre de vivre dignement sur leur terre.

 

Quel est votre sentiment sur la montée de l’islamophobie et la difficulté à parler sereinement des musulmans en France ?

P-Y.B. - Je suis un républicain et ne distingue pas les citoyens en fonction de leur origine, leur confession, leur condition sociale ou leur génération. Je demande seulement de manière transversale que chacun ait l’amour de la France et la volonté de la servir. La haine du juif, du musulman ou de l’autre est inacceptable, elle doit être condamnée et combattue avec la même force. La laïcité n’est pas la négation des religions, elle signifie qu’au-dessus des convictions religieuses, tout à fait respectables, il y a la communauté nationale avec le respect des valeurs républicaines. Pour contrer l’islamophobie, il faut montrer que l’immense majorité des musulmans de France se sent partie prenante du destin du pays, et n’a pas à être distinguée des autres citoyens à cause de son appartenance religieuse. Par contre, lorsqu’il y a un problème de fondamentalisme, il faut le traiter et lutter fermement contre la radicalisation sans accepter les dérives. Personne, quel que soit sa confession, ne doit imposer des lois religieuses dans un pays républicain et laïc. Il ne faut pas chercher à opposer les citoyens les uns aux autres, surtout en matière de distinction religieuse.

 

En quoi la candidature de Paris aux Jeux 2024 est-elle si importante pour notre pays ?

P-Y.B. - Comme il s’agit du plus grand événement au monde, c’est un formidable coup de projecteur sur Paris et la France pour donner envie d’investir dans notre pays. Nous travaillons dans l’unité, avec l’Etat, la ville de Paris, la région Ile de France et le monde sportif, afin d’assurer l’attractivité économique et culturelle du pays, mais aussi pour améliorer la vie quotidienne. L’organisation des Jeux olympiques et paralympiques peut s’avérer très positive dès lors que sont prises les bonnes décisions. Nous voulons faire en sorte que ce soit un accélérateur des politiques publiques en faveur d’un développement des réseaux de transport, du décloisonnement des quartiers et de la création de nouveaux éco-quartiers, d’une amélioration de la formation professionnelle dans l’innovation, le numériques et les métiers du sport. En plus, 95% des équipements existent déjà ou seront temporaires, il y a donc une sobriété financière contrairement à d’autres villes candidates.

 

                                                                                

Quelques repères

Natif du Cantal, il a vécu toute son enfance en Corrèze où sa famille vit toujours, département auquel il est très attaché même si aujourd’hui il est pleinement investi dans le 18ème arrondissement de Paris. Après avoir fait Sciences-Po, il a travaillé au Parlement européen, au ministère de la justice, et à son compte dans le conseil. A 39 ans, ce passionné d’histoire est engagé à fond dans la vie publique et politique, dans laquelle il a des objectifs pour 2017 avec Alain Juppé et en 2020 où il aimerait incarner la relève pour Paris.

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 08:25
Un parcours qui force l’admiration

L’étoile française des Jeux paralympiques de Rio, avec trois médailles dont deux en or sur le 400m et le saut en longueur, Marie-Amélie Le Fur, a illuminé la compétition de son talent et son sourire indéfectible. Un public grandissant a découvert avec engouement les exploits de cette championne, dont le palmarès compte désormais trois titres paralympiques, quatre mondiaux et de nombreuses médailles.

 

A son retour des Jeux paralympiques de Rio, Marie-Amélie Le Fur a le corps endolori. Sa préparation avant les Jeux a été fortement perturbée par une blessure à la cuisse qui a failli compromettre sa participation. Comme elle s’est malgré tout alignée dans quatre épreuves de la catégorie des athlètes amputés de membres inférieurs, les deux dernières courses l’ont fait énormément souffrir. Ce qui ne l’a pas empêchée d’obtenir une médaille de bronze sur le 200m et de finir sixième du 100m. Par contre, pour le saut en longueur et le 400m, tout s’est passé pour le mieux, elle a en effet remporté les deux titres paralympiques en améliorant pour les deux disciplines le record du monde. Même si elle a connu une belle médiatisation après les Jeux de Londres, notamment l’année suivante en  2013 avec les championnats du monde en France, elle savoure celle d’aujourd’hui qui est forcément plus forte : « C’est agréable un tel engouement. Grâce notamment aux retransmissions de France télévisions, les gens sont prêts maintenant à regarder du handisport pour l’aspect performance, bien plus qu’avant où ils étaient trop attachés à la notion de handicap. »

 

Un grand bonheur

Avec sa première médaille d’or paralympique sur le 100m à Londres en 2012, la plus dure à obtenir à ses yeux, celle qui libère et permet d’aborder la compétition plus sereinement, les Jeux de Rio sont évidemment le plus beau moment de sa carrière avec deux nouveaux titres, mais aussi avec la médaille d’or sur le 400m malvoyants de Nantenin Keita : « La réussite de mon olympiade passait par celle de Nantenin. Cela fait dix ans que nous sommes très proches, elle est ma partenaire de chambre dans la vie sportive et j’ai construit ma carrière à ses côtés, nous nous sommes toujours soutenues. » Outre le bonheur éprouvé pour son amie, Marie-Amélie Le Fur a pris tout autant de plaisir sur le côté humain de l’événement, en étant aussi heureuse d’être sur la piste que de partager ces Jeux avec l’équipe de France et avec sa famille qui était présente à Rio.

 

Le stress en moins

Un travail sur le mental lui a permis d’aborder la compétition avec beaucoup moins de stress, d’ouvrir sa bulle de concentration, qui était auparavant très hermétique et générait un stress négatif, ce qui parfois la faisait totalement passer à côté d’un concours de saut en longueur. Elle joue aujourd’hui davantage avec le public avant chaque saut. Cela s’est révélé payant à Rio où elle s’est présentée sans trop de confiance avec seulement deux petits entraînements en arrivant sur place, alors qu’elle n’avait pas sauté depuis deux mois suite à sa blessure. Résultat, elle bat le record du monde dès son premier essai et construit sa victoire saut après saut jusqu’au dernier où elle s’élance avec un sentiment de plénitude totale. Pour le 400m, son manque de préparation s’est fait ressentir à la fin de la course mais lorsqu’elle a franchi la ligne d’arrivée, et vu son nom sur le panneau d’affichage ainsi qu’un nouveau record du monde, elle a explosé de joie. Sur le podium, les deux marseillaises chantées par une partie du public lui ont aussi procuré beaucoup d’émotion.

 

Le handisport en pleine évolution

Cette perfectionniste, jamais satisfaite de ce qu’elle fait, aime l’entraînement et possède une vraie culture de l’athlétisme, sport qu’elle a démarré bien avant d’être amputée de la jambe gauche : « Cela me permet d’aborder le 400m, ma discipline de prédilection, plus facilement en acceptant de me faire mal, ce qui n’est pas encore le cas de certaines de mes adversaires que le 400m peut effrayer. C’est un sprint très long où le corps souffre énormément, qui nécessite une construction et une intelligence de course que l’on ne retrouve pas sur le 100m. »

Malgré ses succès, Marie-Amélie Le Fur se rend compte que la concurrence est de plus en plus rude, un professionnalisme pour le handisport se développe dans certains pays et de ce fait les performances sont en constante évolution et les athlètes se spécialisent davantage. Ce constat est une bonne chose pour le handisport mais le professionnalisme n’est pas encore une réalité en France. La championne espère qu’en cas de victoire de la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux 2024, dont elle copréside le comité des athlètes avec Teddy Riner, il y aura un déclic pour professionnaliser le handisport et améliorer la détection. Aujourd’hui, elle est obligée d’avoir un travail à côté et même si elle bénéficie d’un détachement de 50%, les temps de repos sont quasi inexistants avec neuf séances d’entrainement par semaine.

 

Parler du handicap sans tabous

La couverture médiatique des Jeux paralympiques de Rio avec 100 heures de direct est une grande première, puisqu’à Londres il s’agissait uniquement de résumés et de différés. Entre-temps, il y a eu les Jeux d’hiver de Sotchi en 2014 avec déjà du direct pour suivre notamment les exploits de Marie Bochet. Cette évolution n’empêche pas la difficulté de pouvoir parler du handicap librement : « Un commentateur a dit à propos de la fin de mon 400m : « Elle en a plein les jambes ». Le problème est que cela ait choqué, alors que cette expression fait partie de la langue française, d’ailleurs cela m’a fait rire. Les gens doivent comprendre que l’on ne doit pas adapter son discours dès lors que l’on parle d’une personne en situation de handicap. On peut rire de tout, et nous les premiers on en rit énormément. »

Afin de faire avancer les choses, elle répond aux nombreuses sollicitations pour aller parler du handicap dans les écoles, une fois par semaine, ou lors de séminaires d’entreprises. Elle aime particulièrement les échanges avec les enfants où il est question de notion de différence, d’accessibilité, où elle montre le matériel et explique que le handicap n’est pas forcément une souffrance au quotidien. Pour sa part, elle l’oublie totalement et lorsqu’elle est en jupe ou en short, c’est le regard des gens qu’elle croise, même s’il est toujours bienveillant, qui lui rappelle qu’elle a une prothèse.

 

L’accident

Ce handicap est survenu à l’âge de 15 ans pour Marie-Amélie Le Fur, après un accident de scooter où un automobiliste ne l’a pas vue au moment de tourner. Les nombreuses fractures ont entrainé l’amputation de la partie inferieure de sa jambe gauche, qu’elle a vécue sur le moment à la fois comme un soulagement de la douleur et la possibilité d’une nouvelle vie grâce à une prothèse. Son entourage et sa force de caractère lui ont permis de tout de suite positiver sans s’apitoyer sur son sort, même si certains jours elle pleurait et se rejetait. Si elle n’en veut pas à l’automobiliste pour son erreur, qui peut arriver à tout le monde selon ses propos, elle ne comprend pas qu’il ne soit pas venu la voir pour prendre de ses nouvelles.

Ses copains des jeunes sapeurs-pompiers, tout de suite après l’accident, ont l’idée de mettre en vente à son profit un t-shirt avec la citation de Saint-Exupéry « Fais de ta vie un rêve et de ton rêve une réalité », maxime qu’elle a fait sienne depuis. Cette opération lui permet de s’acheter des prothèses de sport qui l’aident dans sa rééducation. Elle participe ensuite au tournage d’un téléfilm où elle est la doublure de l’héroïne, une jeune fille amputée suite à un accident qui découvre l’athlétisme et ses capacités à courir. Ce tournage lui offre sa première prothèse de course appelée lame. Quatre mois seulement après son accident elle recourt, et son ascension vers les plus hauts sommets de l’athlétisme handisport est impressionnante.

 

Une carrière qui s’est adaptée

Lorsqu’elle démarre l’athlétisme à l’âge de six ans, c’est davantage pour accompagner sa sœur, mais au bout d’un an ou deux elle commence à se régaler dans les disciplines de demi-fond. Consciente qu’il est difficile d’en vivre, elle se projette sur un vrai métier qui la passionne, sapeur-pompier : « Pour le rapport aux autres, leur venir en aide, et ne jamais savoir ce que réserve une journée qui commence. Le plus dur après mon accident a été de faire le deuil de ce métier. » Elle est néanmoins toujours très proche de cet univers puisque son mari est pompier et elle conserve beaucoup d’amis à la caserne de Blois, sa ville d’origine. Parallèlement à l’athlétisme, elle poursuit ses études jusqu’à un master de recherche en physiologie du mouvement humain, mais EDF lui fait une proposition qui lui permet à la fois de s’entraîner et d’avoir un métier à côté. Elle trouve ainsi simultanément un sponsor en intégrant le team EDF et un employeur en travaillant à la centrale nucléaire de Saint-Laurent des Eaux, où elle accompagne les managers dans leurs projets de changement.

 

La championne n’a pas dit son dernier mot

Toujours à la recherche du geste parfait, elle estime ne pas maîtriser à 100% sa lame et avoir encore une marge de progression. Ce qui laisse supposer qu’après la coupure de compétitions d’un an ou deux dont elle a besoin pour elle et pour son entourage, il est fort probable que Marie-Amélie Le Fur revienne avec pour ambition de finir en beauté aux Jeux de Tokyo en 2020. A tout juste 28 ans, la championne qui pensait arrêter après Rio a toujours des rêves à plus ou moins court terme : « D’abord, vivre avec un peu plus de légèreté dans un premier temps, construire une vie de famille, évoluer professionnellement, mais aussi toujours l’ambition d’aller plus vite, plus loin en atteignant les 6 m en longueur. Sportivement ce n’est pas fini … »

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 07:03
Les ravages d’une société ultra libérale

A 80 ans, le lion rugit toujours aussi fort et son dernier film a bouleversé le festival de Cannes au point de remporter la Palme d’or. Ken Loach rejoint ainsi le cercle très fermé des cinéastes ayant reçu deux palmes. Eternel révolté devant l’injustice et les dysfonctionnements de nos sociétés, le réalisateur anglais a mieux que quiconque tout au long de sa carrière donné la parole à ceux qui souffrent, aux démunis, aux laissés-pour-compte que l’on n’entend quasiment jamais, en leur rendant leur dignité. Comme dans beaucoup de ses films, il parvient à nous passionner pour des histoires ordinaires grâce à une justesse de ton remarquable qui se ressent dans sa mise  en scène, ses cadrages, ses dialogues. Mais aussi dans un scénario très bien construit, une étonnante capacité à trouver des inconnus pour incarner ses personnages et les diriger de manière à les rendre plus vrais que nature, enfin une sincérité et un courage sans concessions assez uniques dans le monde du cinéma. Dans ce film où il dénonce la cruauté d’une administration anglaise semi-privatisée, qui se comporte de manière cynique pour accorder ou refuser une aide sociale à des personnes dans la détresse, il met en avant, par opposition, une histoire de solidarité et fraternité qui humanise un peu cette société devenue folle. Un menuisier de 59 ans, veuf, qui a été victime d’une crise cardiaque, doit faire appel pour la première fois de sa vie à l’aide sociale, afin d’obtenir une pension d’invalidité en attendant de pouvoir reprendre son travail, ce que son médecin lui interdit jusqu’à nouvel ordre. Malgré cela et après un interrogatoire ubuesque, la société mandatée par l’administration le juge apte à travailler et refuse de lui verser l’indemnité à laquelle il a pourtant droit. Il se voit donc obligé de s’inscrire au chômage, où commence pour lui un vrai calvaire. Un jour en attendant son tour à Pôle emploi, outré par le comportement de la conseillère et du responsable de l’agence à l’encontre d’une jeune femme avec deux enfants, il prend sa défense devant tout le monde. Ce film indispensable, qui met en lumière la brutalité de notre époque est tout à la fois révoltant, touchant mais malgré le constat douloureux, laisse entrevoir quelques notes d’espoir pour une société plus fraternelle.                                                                                                                      

 

Moi, Daniel Blake – Un film de Ken Loach avec Dave Johns, Hayley Squires, …

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