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Le génial Preljocaj transcende les corps par la danse

Publié le par Michel Monsay

Le génial Preljocaj transcende les corps par la danse

« Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé ». Les mots de Groucho Marx résonnent parfaitement dans la bouche du chorégraphe Angelin Preljocaj. Après 50 créations qui ont révolutionné le monde de la danse, il a décidé que la prochaine serait écrite pour des séniors. Fin 2022, il a donc fait passer des annonces sur les réseaux sociaux à la recherche de danseurs amateurs de plus de 65 ans. Sa femme, la documentariste Valérie Müller a suivi cette entreprise artistique et humaine délicate. Son regard empathique, sa caméra tranquillement immersive enveloppent et soutiennent les confidences et les évolutions de ces danseurs tardifs, des auditions aux représentations. Entre les moments de doute, les blessures et les grandes joies, La force de l’âge permet aussi de déconstruire certaines idées reçues sur la vieillesse. Au départ, ils sont plus de trois cents à venir passer ce casting hors norme. Seuls huit d’entre eux seront sélectionnés, dont la plus jeune a 67 ans et la plus âgée 79. Ils ont le cœur qui bat. Certains ont déjà dansé, d'autres en ont toujours rêvé et se disent que ce pourrait être enfin l'occasion. Ce documentaire semble plus fort encore que la pièce elle-même, Birthday Party, dont la première eut lieu en février 2023, car on y voit les meilleurs moments de cette aventure, et le chemin pas si facile parcouru par tous ces interprètes courageux. Ils parlent sans détour de l’âge qui vient, de leurs désirs toujours vivaces mais aussi de leurs angoisses, avec sagesse ou inquiétude, et un bel appétit de vivre toujours. L'ambiance est belle dans les studios durant les répétitions. À un moment, Preljocaj passe un enregistrement de Simone de Beauvoir qui explique qu'on traite les vieux comme des parias, en les empêchant de travailler si bien qu'ils meurent d'ennui. Pas question pour le chorégraphe de montrer « des vieux qui dansent ». Son spectacle doit avant tout bousculer les spectateurs par la beauté et l'émotion de la danse. L’âge des interprètes, même s’il est au cœur de sa nouvelle création, n’étant finalement qu’un paramètre comme un autre. Pari réussi pour Preljocaj mais aussi pour Valérie Müller, à qui l'on doit aussi le documentaire Danser sa peine, cet autre ambitieux projet du chorégraphe qu'il a monté en 2019 avec des femmes incarcérées. En donnant la parole aux huit interprètes, dont l'ancienne chanteuse Elli Medeiros, et en filmant sans filtre leurs corps dansants et vieillissants, La force de l'âge porte un regard essentiel sur la vieillesse, que bien souvent, on ne veut ni voir ni entendre, et qui peut pourtant se révéler pleine de grâce.

La force de l'âge est à voir ici ou sur le replay de France Tv.

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Impressionnante Julia Simon

Publié le par Michel Monsay

Impressionnante Julia Simon

Troisième médaille d'or en autant de courses lors des Championnats du monde de biathlon à Nove Mesto (République tchèque), Julia Simon a été impériale lors de l'épreuve de la poursuite hier, où elle a conservé son titre acquis l'an passé en Allemagne. Irrésistible avec sa technique de tir en rafale hyper rapide, Julia Simon a immédiatement mis la pression à toutes ses adversaires, et ne l'a pas relâchée durant les deux séances de tir couché et les deux de tir debout. Avec cette cinquième médaille d'or mondiale, elle est déjà dans l'histoire du biathlon français, et peut désormais tenter de passer devant Marie Dorin-Habert, également à cinq, qui était jusqu'à présent recordwoman de titres planétaires. Très appliquée en début de course, puis supersonique au moment de faire la différence, avant de revenir à un tir plus classique pour parachever son succès, Julia Simon a montré en une course tout le panel qu'elle possède carabine en main. Comme elle est loin d'être ridicule sur les skis, cela fait d'elle une adversaire intouchable en ce moment. Sur les 10 kilomètres de la poursuite dimanche, sous une pluie battante, celle qui avait déjà remporté le gros globe de cristal de la Coupe du monde 2023 a montré qu’elle était bien la meilleure biathlète de la planète.

Impressionnante Julia Simon
Impressionnante Julia Simon

Publié dans Chroniques

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Thriller fascinant dans la tête d'un tueur à gages

Publié le par Michel Monsay

Thriller fascinant dans la tête d'un tueur à gages

David Fincher réussit un film subtil et troublant, où excelle Michael Fassbender en génie du crime insensible et compulsif. Avec la promesse d’efficacité de son titre, The killer prend quelque peu le spectateur à contre-courant en s'affirmant comme un film d’auteur, échappant à l’étiquetage facile, et volontiers plus complexe qu'il n'y paraît. Tour à tour reptile et félin, ce tueur sans nom est un enfant du Samouraï joué par Alain Delon pour Jean-Pierre Melville, du Killer hong-kongais de John Woo ou encore du driver que filmait Nicolas Winding Refn dans Drive. Autant de corps blindés, de cerveaux mécaniques, de pros pour qui l'expression d'une quelconque humanité ouvrirait une faille dangereuse. Lumière glacée, cadrages très précis, montage carré et sans écueil… la mise en scène de David Fincher épouse avec classe et sobriété l'esprit mathématique de son personnage, avec aussi une fascination pour le geste méthodique et la solitude monacale de son tueur. À pas silencieux, l'ange de la mort infiltre toutes les strates de notre société, et à travers cet ouvrier indépendant du crime, le cinéaste nous raconte le monde d'aujourd'hui et son rapport au travail, son film étant comme le témoignage fascinant de l'ubérisation du meurtre. Avec ce thriller épuré à l’efficacité redoutable, millimétré comme son personnage principal à la voix off introspective déroutante, adaptation d’une bande-dessinée française, on peut voir une sorte d'autoportrait de David Fincher, connu pour ses obsessions, sa précision et sa cérébralité.

The killer est à voir ici sur Netflix pour 5,99 € avec pub ou 13,49 € sans pub, un mois sans engagement.

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La France perd l’une de ses dernières grandes consciences morales

Publié le par Michel Monsay

La France perd l’une de ses dernières grandes consciences morales

Homme d'exception, icône de l’humanisme à la française, orateur prodigieux et avocat redoutable, Robert Badinter est entré dans l’histoire en réussissant, comme garde des Sceaux de François Mitterrand, un doublé juridique magistral : l’abolition de la peine de mort, le 9 octobre 1981, et la dépénalisation de l’homosexualité, le 27 juillet 1982. Au-delà de ces deux avancées historiques, son bilan comme Garde des Sceaux est impressionnant au vu du nombre de réformes indispensables qu'il a mises en place. Il y a plus de quarante ans, Robert Badinter avertissait déjà : «Les générations à venir seront confrontées à un problème majeur de criminalité, car on ne peut pas construire une société sur le profit, sur la consommation, sur la rupture des liens de communauté et de solidarité, sur la rivalité entre les êtres et sur le repliement sur soi-même, et espérer qu’on n’augmentera pas en même temps la criminalité.» Qu’il est difficile aujourd’hui, quand la politique n’est qu’une lecture effrayée de sondages d’opinion et que tant de politiciens ne sont que des girouettes effarouchées du moindre coup de vent, de comprendre la trajectoire d’un homme qui a mené ses combats contre tout populisme et souvent contre une opinion publique chauffée à blanc par les ennemis de la liberté. La mort de Robert Badinter laisse un vide sidéral dans un pays qui ne l’aura pas assez écouté. Il n'y a plus aujourd'hui d'homme ou de femme politique de son envergure, voilà pourquoi on en est là, avec l'extrême droite si près du pouvoir, un Président tellement décevant et une classe politique au mieux insipide qui n'inspire plus rien. Encore une fois, merci à Libération pour cette magnifique Une pour rendre hommage à ce génial humaniste dont la force de conviction vous prenait aux tripes.

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Formidable hommage à une artiste tuée à Auschwitz

Publié le par Michel Monsay

Formidable hommage à une artiste tuée à Auschwitz

Usant de gouache et de mots, l’Allemande Charlotte Salomon a mis sa courte vie en dessins. Après le livre de David Foenkinos, Muriel et Delphine Coulin explorent son œuvre avant-gardiste dans un documentaire bouleversant. «Prenez-en soin, c’est toute ma vie. » C’est avec ces mots inquiets, laissant présager d’une issue fatale, qu’une jeune Allemande de 25 ans abandonne de lourds cartons remplis de dessins à un médecin de Villefranche-sur-Mer, un matin de 1943. Quelques semaines plus tard, elle est arrêtée et déportée à Auschwitz, où elle meurt dès son arrivée, enceinte de cinq mois. Il aura fallu des décennies pour que le précieux trésor de Charlotte Salomon, confié au bon soin du Dr Moridis, émerge aux yeux du monde. Et que se révèle le talent de cette artiste précoce, qui signa en quelques mois une œuvre graphique et autobiographique unique, intitulée avec une belle ambiguïté Vie ? Ou théâtre ? Un ensemble phénoménal de mille trois cents gouaches colorées et de textes calligraphiés, tout en noirceur lucide et en ironie mordante, imaginant une forme narrative hybride entre la bande dessinée, le livret d’opérette et le story-board de film. Pour donner vie à ce documentaire, les sœurs Coulin, à qui l'on doit deux très bonnes fictions, 17 filles et Voir du pays, plongent dans cette œuvre pléthorique, conservée au Jewish Museum d’Amsterdam depuis que la famille de Charlotte, qui a pu récupérer les précieux cartons de dessins, en a fait don, dans les années 1970. Les réalisatrices rendent magnifiquement hommage aux admirables qualités graphiques, qui étincellent de couleurs chaudes, d’expressivité poétique, de sens féroce de la caricature et dont le trait cousine avec Chagall, de cette précoce artiste originaire de la bourgeoisie juive berlinoise, dont l’insouciance fut balayée dès l’enfance par les drames familiaux puis le fracas de l’Histoire. Vicky Krieps, Mathieu Amalric, Hanna Schygulla, Catherine Ringer et André Wilms prêtent leur voix aux protagonistes du petit théâtre de Charlotte Salomon, tout à la fois noir et baigné de couleurs, où l’art fait figure d’ultime rempart face au désespoir et aux suicides en cascade qui enténèbrent l’histoire familiale. Aux superbes gouaches qui alimentent ce précieux documentaire se mêlent des images d’archives, des musiques et des bruitages, pour une évocation aussi émouvante que délicate d’une artiste au talent fauché par la barbarie nazie.

Charlotte Salomon, la jeune fille et la vie est à voir ci-dessous ou sur le replay d'Arte.

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Les ravages d'une masculinité meurtrière

Publié le par Michel Monsay

Les ravages d'une masculinité meurtrière

Iron Claw a beau s'ouvrir sur un match de catch, cette discipline sportive si particulière n'est que la toile de fond du film de Sean Durkin, et non son principal sujet d'étude. À travers le catch, c'est une histoire de fratrie sous l'emprise d'un père autoritaire, obsédé par la réussite et la gloire, que raconte le film, en l’occurrence celle de la famille Von Erich, qui a marqué l'histoire du catch dans les années 1980. Une des qualités du troisième film de Sean Durkin, après les très remarqués The Nest et Martha Marcy May Marlene, dont on a compris que le thème de prédilection était les mécanismes d’emprise masculine, est de raconter les dégâts d'une paternité toxique sans en grossir le trait, en en laissant décanter les vapeurs à mesure que le film avance. Tout en muscles suintant de testostérone et en cheveux longs, les quatre frères sont entrainés par leur père à poursuivre la soif de reconnaissance de ce dernier, quitte à s’y brûler la santé, le corps et le mental. Ce n’est pas une mystérieuse malédiction qui les poursuit, mais bien les ravages d’une masculinité meurtrière. À travers ce symbole du père, c’est aussi une certaine idée de l’Amérique, blanche, de droite et du sud, qui est battue en brèche. Si on pense parfois à Foxcatcher de Bennett Miller (2014) dans cette façon de mettre en scène l’épuisement et la chute de la puissance du corps masculin, Iron Claw rappelle aussi Celui par qui le scandale arrive de Vincente Minnelli (1960) dans sa critique d’un patriarcat assassin. Le plus beau et triste à la fois est que ces quatre frères classés par ordre de préférence et poussés à la rivalité, restent miraculeusement unis et aimants. Ils s'écoutent, règlent leurs différends quand ils en ont, s'admirent et prennent soin les uns des autres, malgré leur soif de reconnaissance paternelle. Zac Efron qui tient ici son meilleur rôle, physiquement métamorphosé, monstre herculéen au regard d’enfant, incarne avec justesse le frère ainé, habité par une naïveté salvatrice, face à un Holt McCallany impressionnant dans le rôle du père, tous deux entourés par une troupe d'acteurs et d'actrices convaincants, dont la lumineuse Lily James. Avec en arrière-plan toute la violence et la pudibonderie de la société américaine, qui voue un culte aussi fervent au Christ qu'aux armes à feux, Iron Claw nous interroge sur les codes de la virilité, et sur l'éducation et les conséquences de ce que l'on transmet comme valeurs aux garçons, dressés pour combattre, interdits de sentiments et d'émotions. Sean Durkin met en scène l'histoire de cette famille comme une tragédie grecque, avec par moments une esthétique de péplum qui figure très bien l'univers haut en couleur et proche de l'ambiance des arènes antiques de cette étrange discipline, quelque part entre le sport et le spectacle.

Publié dans Films

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Ils nous manquent tant !

Publié le par Michel Monsay

Ils nous manquent tant !

Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron, les champions olympiques et cinq fois champions du monde, qui ont décidé de se mettre en pause de compétition depuis mars 2022, ont cependant participé à des tournées et spectacles en 2023. ils n'ont pas pour l'instant décider s'ils allaient reprendre la compétition ou l'arrêter définitivement, voilà pourquoi ces occasions de les revoir danser ensemble nous procure un bonheur absolu, notamment sur Roses, une très belle musique de Jean-Michel Blais. Indéniablement, ils incarnent la grâce ultime et ce qui se fait de mieux dans l'histoire du patinage artistique.

Publié dans Chroniques

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Une déclaration d’amour au jazz et à la bossa nova

Publié le par Michel Monsay

Une déclaration d’amour au jazz et à la bossa nova

Ce très beau film d'animation est à la fois une ode à la bossa nova, une enquête sur la disparition d'un grand pianiste brésilien, et un hommage à une Amérique latine laminée par les dictatures militaires. C'est aussi un passionnant voyage musical, historique et nostalgique où l'on croise d'immenses légendes de la musique, de Vinícius de Moraes à Chico Buarque, de Jobim à Caetano Veloso, mais aussi Ella Fitzgerald, Bill Evans et Bebo Valdés... Le titre They Shot the Piano Player est un clin d'œil au film de François Truffaut Tirez sur le pianiste  (1960). Il rappelle que deux mouvements artistiques d'ampleur, la bossa nova au Brésil et la Nouvelle Vague en France, ont surgi au même moment, et que Truffaut a marqué fortement certains artistes brésiliens. Le duo de réalisateurs à la baguette de ce film est composé de Fernando Trueba, cinéaste, scénariste et producteur musical, et Javier Mariscal, illustrateur, auteur de BD, graphiste et peintre, qui avaient déjà coréalisé le film d'animation Chico et Rita  (2011), une immersion euphorisante et mélancolique dans le milieu du jazz cubain. Les voilà de nouveau réunis autour d’un long-métrage animé, pour célébrer le continent latino-américain et la musique, à travers l’enquête d’un journaliste américain sur la disparition à Buenos Aires d’un prodige brésilien du piano, à la veille du coup d’État militaire argentin. Francisco Tenorio Jr s’est évaporé une nuit de mars 1976. Entre fiction et réalité, ce film crée son univers en assemblant les pièces accumulées par Fernando Trueba, qui a initialement voulu réaliser un documentaire en prises de vues réelles sur ce mystère. Il a sillonné le monde et la capitale argentine, et filmé plus de cent cinquante interviews, jusqu’à l’épouse de Tenorio, qui s’est confiée pour la première fois. La création par l’animation permet de ressusciter judicieusement le disparu, artiste épatant et violemment éliminé, le berceau carioca de la bossa nova, et la propagation de la dictature argentine, tout en s’autorisant la fiction à travers un guide extérieur, journaliste musical contemporain, inventé pour faciliter la narration. L’équilibre était périlleux à trouver entre l’hommage musical et le thriller politique. Les auteurs y parviennent parfaitement à force de tissage ingénieux et de beauté plastique. Le travail de Javier Mariscal et de ses équipes sur la couleur est captivant de nuances, de la luxuriance à la noirceur, et le trait n’est jamais forcé. C’est donc la joie et la douleur, la lumière et l’ombre, la vie et la mort, qui s’entrelacent sur l’écran. Ces sensations gagnent aussi le spectateur, car le tour de force des réalisateurs repose sur l’expérience sensorielle d’un univers enfui, sur l’invincibilité de la musique, et sur le témoignage historique et politique d’un monde dominé par le totalitarisme. Un regard au présent, où il fait bon de rappeler les horreurs du passé. They Shot the Piano Player rappelle enfin combien les artistes demeurent des symboles de liberté, envers et contre toutes les dérives. Une vérité brûlante d’actualité, partout où violence et ségrégation sévissent. Au final, un passionnant thriller documentaire animé, politique et musical.

Publié dans Films

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Une fois de plus, écœurant !

Publié le par Michel Monsay

Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !
Une fois de plus, écœurant !

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Une heure hilarante d’introspection et d’élucubrations

Publié le par Michel Monsay

Une heure hilarante d’introspection et d’élucubrations
Une heure hilarante d’introspection et d’élucubrations

Dès les premières minutes d’Ô dedans, enregistré lors des ultimes représentations à l’Olympia, en décembre 2023, Roman Frayssinet, l’avoue : depuis son précédent spectacle, il a pris un sacré recul sur la vie et sur lui-même. À tout juste 30 ans, il s’est débarrassé de toutes ses addictions (drogue, alcool, sexe). Exit la nonchalance excessive, avec l’arrêt des substances, Roman Frayssinet s’est détaché de tous les travers qui en découlent, le culte de l’ego et des apparences, la peur du silence et de la solitude. Dans une scénographie minimaliste ingénieuse, nous donnant l’impression d’être quasiment seul au monde avec lui, il nous livre un spectacle hilarant en forme d’introspection, bourrée de digressions absurdes et rocambolesques. À la fois récit de vie lunaire et délirant, et cheminement intellectuel drôle, malin et émouvant, c’est le spectacle d’un homme apaisé, désormais à l’aise avec ses émotions, qui se révèle enfin à lui-même. La sobriété l’a rendu plus sensible, plus profond, sans nuire à son talent. L'humoriste déroule, sans temps mort, ses observations à propos notamment de la chirurgie esthétique, de ce que nos choix de vêtements disent de nous ou encore de l’injonction faite aux hommes de ne pas pleurer. Son souhait est, avant toute chose, de nous faire prendre du recul sur nous-même et nos propres perceptions du monde. À l’ère de la mise en scène de nos vies sur tous les réseaux, Roman Frayssinet rit des apparences. Il parle à la première personne et nous, on rit de ce que nous sommes. Assurément, un de nos tous meilleurs humoristes.

Ô dedans est à voir ici.

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