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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 07:11
Il a de l'allure
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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 07:51
En chemin vers le nez de Jobourg
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10 juin 2016 5 10 /06 /juin /2016 08:22
Dans les entrailles de New-York

Il y a d’un côté ses romans, le premier d’entre eux, « Les seigneurs » publié en 1974 à l’âge de 24 ans, avait déjà été très remarqué et adapté au cinéma. Puis de l’autre ses scénarios, notamment « La couleur de l’argent » de Martin Scorsese. Par ses deux activités, Richard Price est l’un des plus grands écrivains de l’Amérique urbaine, celui pour qui les rues de New-York n’ont pas de secret, même les plus mal famées. A 66 ans, ce natif du Bronx nous éblouit dans son neuvième roman par sa capacité à retranscrire le quotidien sordide d’une brigade de nuit de la police newyorkaise avec une incroyable justesse, mais aussi et peut-être surtout par son talent à dépasser les limites du polar pour creuser ses personnages et les confronter au sens de leur vie. Au fil de la passionnante double intrigue, l’auteur questionne la notion de justice, d’amitié, de vengeance, du devoir, dans un style réaliste et direct mais avec une touchante humanité que l’on n’attend pas forcément dans un tel contexte. Richard Price se sent bien au milieu de ces gens de l’ombre qui peuplent ses romans, les policiers bien évidemment, leurs familles mais aussi les criminels et les victimes. Tout au long de sa vie il les a côtoyés, observés et la description de leurs faits et gestes est minutieuse et fascinante. Nous pénétrons au cœur de Manhattan à une heure du matin en compagnie de Billy Graves, qui dirige la brigade de nuit du NYPD censée couvrir tous les délits criminels de ce quartier newyorkais. Comme chaque nuit, il ne sait pas ce que lui réservent les prochaines heures et espère au fond de lui le moins possible d’échauffourées voire de meurtres en cette nuit de la Saint-Patrick. Mais après quelques interventions bénignes, il est appelé sur une scène de crime et pas n’importe laquelle puisqu’il reconnait le cadavre d’une sinistre connaissance, coupable d’un homicide huit ans plus tôt qui s’en était sorti sans une condamnation. Remarquablement construit et dialogué, ce roman puissant nous tient en haleine d’un bout à l’autre, tout en mettant en perspective un questionnement moral à travers de nombreux personnages plus complexes qu’il n’y paraît et fort bien dessinés.

                                                                                                                      

The whites – Un roman de Richard Price – Presses de la Cité – 415 pages – 21 €.

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8 juin 2016 3 08 /06 /juin /2016 07:33
Véronique honorée à l'Académie française
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6 juin 2016 1 06 /06 /juin /2016 07:50
Un franc-parler qui interpelle

Romancier, essayiste, journaliste, éditeur, Denis Tillinac s’est servi tout au long de sa carrière de ces différents modes d’expression pour bâtir une œuvre qui oscille entre une peinture des mœurs provinciales et une défense des valeurs de la civilisation occidentale. Ce gaulliste qui a longtemps été proche de Jacques Chirac a toujours aimé parler de politique, même si aujourd’hui il n’éprouve plus la même appétence à l’approche de la présidentielle.

 

Avec son dernier essai « L’âme française » qui sort ces jours-ci, Denis Tillinac critique la classe politique de droite et tente de lui rendre son honneur et son panache. Il démontre que la droite a aussi des référents, des grands ancêtres, des figures littéraires et historiques à l’image de la gauche mais qu’elle ne le sait pas : « Elle a développé de ce fait une infériorité culturelle, intellectuelle et morale qui la laisse toujours à la traîne de la gauche sur le plan sociétal. Cette gauche a exercé une emprise quasi-totale dans les médias, l’université, les grandes écoles et les grands corps de l’Etat durant un demi-siècle. Ce qui était normal puisqu’elle portait les idées dominantes, mais ce système de valeurs aujourd’hui s’effondre. Beaucoup de symptômes montrent que la pensée dominante est passée à droite, plus conservatrice, plus attachée aux racines, à l’identité. » On aura compris pour ceux qui ne le savaient pas encore, la politique est incontournable dans la vie de cet écrivain depuis sa rencontre avec Jacques Chirac, et il en est devenu un chroniqueur lucide sans langue de bois à la fois dans ses articles de presse écrite et dans ses essais. Il y déplore la perte de légitimité des politiques dont les décisions sont dans l’éphémère et surtout liées à la pression des sondages et des médias. Il observe aussi la crise de civilisation que nous traversons et le désarroi qu’elle provoque. Pour la première fois, il ne ressent aucun intérêt pour la présidentielle à venir.

 

L’amitié de Jacques Chirac

Attaché à l’identité, aux terroirs, à cette ruralité dans laquelle il a toujours vécu en constatant avec tristesse sa lente agonie, Denis Tillinac, même s’il vient régulièrement à Paris, ne s’est jamais éloigné trop longtemps de la Corrèze de son enfance qu’il chérit toujours à près de 69 ans. Notamment Auriac, son village qui dépendait de la circonscription d’un certain député nommé Jacques Chirac, dont il fait réellement la connaissance en 1974 en devenant journaliste à La Dépêche du Midi : « Il n’y avait rien de particulier qui m’attirait chez un énarque pompidolien, mais Jacques Chirac avait un tel charisme que lorsqu’il arrivait dans une salle on sentait de l’électricité dans l’air. C’est un seigneur, un homme d’une formidable cordialité dont je suis honoré de l’amitié et de la confiance qu’il m’a accordée. D’ailleurs, tout ce qu’il m’a raconté durant toutes ces années, je n’en parlerai jamais à personne, je ne suis pas Jacques Attali. »

En prenant la direction des Editions de la Table ronde à Paris en 1990, il se rapproche de l’homme politique, lui rédige des notes, des discours, participe à des réflexions avec d’autres, et sans le vouloir se retrouve dans le premier cercle pour préparer l’élection présidentielle de 1995. Ce passionné de foot et de rugby, qu’il a pratiqué toute sa vie, est très excité par le challenge à relever, vu que le Maire de Paris de l’époque est à 11% dans les sondages au début de la campagne, et l’écrivain n’hésite pas à venir tous les jours à l’Hôtel de Ville. N’ayant aucune ambition politique, il devient après l’élection le représentant personnel du Président Chirac au Conseil permanent de la francophonie. Une façon de rester proche de son ami, qui par ailleurs l’appelle régulièrement pour lui demander son avis, qu’il sait franc, désintéressé à l’inverse de sa cour politique, et dont il apprécie le bon sens.

 

De la Corrèze à Paris et retour

Sa vie à cette époque est partagée entre plusieurs mondes, celui des intellectuels au Quartier latin, de la politique, du rugby qu’il aime tant, et toujours un retour à Tulle chaque semaine où il a longtemps vécu avant de rejoindre Auriac, le village de ses ancêtres, qui domine les gorges de la Haute-Dordogne. Comme beaucoup de corréziens, il nait et passe son enfance à Paris tout en partant chaque été chez sa grand-mère, où il rêve d’être vétérinaire mais aussi de devenir Raymond Kopa ou André Boniface. Il revendique la double citoyenneté, ayant besoin de ces deux rythmes si différents : « La mémoire et les valeurs de la paysannerie dans mon village, et l’effervescence, l’émulation, le monde contemporain à Paris. » Il commence à écrire dès son adolescence mais ne montre rien à un éditeur avant l’âge de 30 ans. Ce sera « Spleen en Corrèze » : « Sous forme de journal, j’ai décrit la ritournelle de la vie provinciale à Tulle sous l’œil du localier que j’étais. Il y avait Jacques Chirac qui arrivait le vendredi de Paris et tout prenait alors une autre dimension, mais aussi le ressac langoureux et monotone des événements qui rythment les quatre saisons d’une petite ville en région. » Ce premier livre lui apporte beaucoup d’articles de presse qui lui permettent d’avoir accès aux grands éditeurs.

 

L’écriture sous différentes formes

Après des études à Sciences Po Bordeaux, il entame une carrière de journaliste, d’abord localement à Tulle et en sillonnant les routes de Corrèze pour « La Dépêche du Midi », période qu’il apprécie particulièrement et qu’il vit comme un allegro de Mozart avec insouciance. Puis il sera éditorialiste à Madame Figaro et reporter au Figaro magazine sans oublier quelques papiers de-ci de-là.  Depuis sept ans, il signe un billet d’humeur dans Valeurs actuelles, dont la progression des ventes et la réputation ont évolué ces derniers temps, aime-t-il à rappeler. Exercice différent de l’écriture de ces essais, Denis Tillinac a besoin de continuer à s’exprimer toutes les semaines sur la réalité contemporaine. Mais c’est bien avec les romans qu’il prend le plus de plaisir : « C’est plus intime, j’ai l’impression de laisser couler ma psyché, après je n’ai plus qu’à jouer avec les mots, le style. Un essai est plus intellectuel, il faut de la documentation. » Sa plus belle vente est d’ailleurs un roman, « Maisons de famille » paru en 1987, succès qui correspond à une période où la bourgeoisie moyenne vivant dans les grandes villes a commencé à ressentir une certaine nostalgie de la ruralité de ses ancêtres. Une constante dans ses romans est la peinture de mœurs de sa génération entre Paris et la province avec souvent une histoire d’amour, comme le dernier en date, « Retiens ma nuit » dont l’action se passe à Blois, et qui a fait partie de la première liste du Goncourt 2015.

 

La France au cœur

Pour ses essais, Jacques Chirac a été à plusieurs reprises son sujet de prédilection, mais Denis Tillinac est aussi l’auteur du « Dictionnaire amoureux de la France », et en le lisant on comprend pourquoi l’éditeur l’a choisi pour célébrer notre pays : « La France, je l'aime corps et biens, en amoureux transi, en amant comblé. Je la parcours, je l'étreins, elle m'émerveille. C'est physique. J'aime enchâsser l'or et le sang de son histoire dans la chair de sa géographie. J'ai la France facile, comme d'autres ont le vin gai ; je l'ai au cœur et sous la semelle de mes godasses. Je suis français, ça n'a pas dépendu de moi et ça n'a jamais été un souci. Ni une obsession. Toujours un bonheur... ». Il y a deux ans un autre essai a également fait parler de lui, « Du bonheur d’être réac », que l’écrivain a conçu comme un pamphlet provocateur pour redonner son vrai sens au mot : « En réaction contre les tendances et convenances du moment », et l’épousseter de ses connotations manichéennes. Son prochain livre s’articulera autour de l’idée que la civilisation occidentale est en train de mourir.

 

Libre jusqu’au bout

 Même s’il n’a jamais appartenu à aucun parti, son attachement à Jacques Chirac et ses prises de position lui ont collé une étiquette qui l’a pénalisé auprès d’une certaine presse et l’a empêché d’avoir un lectorat plus large, ce dont il a souffert : « Je me suis dispersé, je voulais tout à la fois, la politique, être éditeur, écrire. Cette boulimie pathologique m’a privé d’une légitimité littéraire et d’une œuvre plus ample. » Durant 17 ans à partir de 1990, il dirige les éditions de la Table ronde en lui redonnant un second souffle et en contribuant à redorer son image.

Lui, qui ne sait pas se servir d’un ordinateur, a écrit à la main sur des cahiers de brouillon la cinquantaine de livres qui constitue son œuvre. Lorsqu’il passe une journée sans écrire, lire ou se balader, ses trois passions, il a l’impression d’avoir perdu son temps. Denis Tillinac n’a jamais cru à la comédie sociale que l’on joue quotidiennement, et sa devise est : « Or l’amour de Dieu, je me fous de tout. » Il ajoute : «  Grâce à ma femme, mon adjointe et ma secrétaire à la Table ronde, j’ai pu cultiver mon irresponsabilité foncière. Aujourd’hui, j’aimerai encore écrire quelques livres et défendre pour l’honneur les valeurs de la civilisation occidentale, comme je l’ai fait toute ma vie, et puis adieu. Je n’ai pas envie de vieillir, c’est inconvenant, on emmerde tout le monde. »

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 07:37
« Au CESE, le monde agricole et le monde environnemental arrivent à se parler »

Elu en décembre 2015 pour 5 ans à la présidence du Conseil économique, social et environnemental (CESE), Patrick Bernasconi dirige une entreprise dans le secteur des Travaux publics, dont il a été président de la fédération nationale. A 60 ans, ce fin négociateur qui était vice-président du Medef a pour ambition de redorer l’image du CESE.

 

Quels sont le rôle et le pouvoir du Conseil économique, social et environnemental ?

Patrick Bernasconi - Rappelons tout d’abord que le CESE est, avec l’Assemblée nationale et le Sénat, la troisième chambre constitutionnelle. Elle a pour rôle d’éclairer les pouvoirs publics et le Parlement en apportant l’opinion de la société civile sur les projets de loi. A travers la cinquantaine d’associations et d’organisations qui composent le CESE avec ses 233 membres dont 47% de femmes, vous y trouvez une vraie représentation de la société civile et une légitimité qui n’est pas toujours perçue. Le CESE intervient soit en amont des lois, soit sur des évaluations de politiques publiques, soit à la suite de pétitions citoyennes. Nous sommes la seule assemblée qui puisse  être saisie par le citoyen et je pense qu’il y a un espace pour le CESE à travailler davantage par ce biais devenu courant pour nos concitoyens. Pour cela nous avons mis en place une mission afin de réfléchir à l’exploitation des pétitions numériques ou la  préemption d’un certain nombre de sujets, sans attendre qu’ils fassent l’objet d’une pétition en règle avec les 500 000 signatures manuscrites exigées aujourd’hui. Autre nouveauté, nous allons travailler en partenariat avec la Cour des comptes sur les évaluations des politiques publiques. Par ailleurs, pour la première fois de l’histoire du CESE, avec l’ensemble des conseillers, nous avons arrêté les orientations stratégiques de la mandature, en souhaitant anticiper davantage les sujets à traiter afin d’être en résonnance avec les attentes des citoyens.

 

Que répondez-vous à ceux qui considèrent le CESE inutile ?

P.B. - L’utilité, elle se montre, et pour cela nous devons mieux faire connaître ce que produit le CESE. Beaucoup de mesures, de préconisations viennent d’ici et sont reprises par les gouvernements, notamment sur la Garantie jeunes, les travailleurs détachés dans la loi El Khomri et même au niveau européen, les zones franches urbaines, le fait-maison, le RMI, le droit au logement opposable, la transition énergétique et le changement climatique. Nous allons devoir nous améliorer dans tous nos modes opératoires, notamment  en communiquant bien plus sur l’apport du CESE dans tous les projets de loi qui sortent, et en renforçant nos relations avec les deux Assemblées et les ministres pour augmenter le nombre de saisines. Ainsi, durant la précédente mandature, 126 sujets ont été traités mais seuls 25 l’ont été par saisine gouvernementale et une par saisine parlementaire.

Les venues du Président de la République et du Premier Ministre en début d’année témoignent de leur volonté de saisir davantage le CESE et d’affirmer son importance. Le nouveau collectif qui est né lors de notre élection en décembre dernier est déterminé à moderniser le CESE avec plus de numérique, de participation citoyenne, et à démontrer son utilité à travers ses productions. Si la démocratie peut faire des économies, on ne peut pas faire des économies de démocratie. Nous croyons fortement aux corps intermédiaires qui portent la société civile et permettent de produire du consensus. Bâtir un consensus est souvent le plus sûr moyen d’arriver au bout d’une réforme, lorsque l’on veut aller trop vite et trop fort cela provoque des réactions qui empêchent le succès escompté.

 

Quelle solution préconisez-vous pour rehausser l’image du CESE ?

P.B. - Remplir pleinement notre rôle afin de permettre à un politique, sur un sujet qui a été traité au CESE, d’obtenir des préconisations votées par le plus grand nombre pour ainsi faire passer une réforme plus simplement. A l’image du Parlement européen, notre institution ne s’inscrit pas dans le dualisme du pour et du contre. Lorsqu’un conseiller veut pousser une idée, il doit trouver un accord avec d’autres membres qui ne pensent pas comme lui. C’est tout l’intérêt du CESE : Ne pas être dual, avoir une stratégie sur le long terme, pouvoir amener des réformes en les construisant avec des gens aux opinions parfois opposées. Ici le monde agricole et le monde environnemental arrivent à se parler, de même que le patronal et le syndical, et s’ils ne sont pas en accord sur un sujet ils parviennent souvent à trouver des équilibres pour avancer. De tous ces débats et auditions sortent des avis qui vont plus ou moins loin, à nous de faire en sorte aujourd’hui qu’ils soient encore plus forts. La France a besoin de consensus.

Nous avons choisi deux grandes thématiques à explorer : La cohésion sociale, et tout ce qui tourne autour des transitions comme l’ « ubérisation » avec les conséquences en termes de changement de métier, de mutualisation ainsi que le rôle de l’Etat sur ces problématiques. Il y aussi d’autres sujets sur lesquels nous travaillons comme les migrants, la ruralité des jeunes, l’amélioration du dialogue social, la justice environnementale, ou l’évitement fiscal que nous avions lancé avant l’affaire Panama papers, preuve que l’on est au cœur de l’actualité. Sur beaucoup de thèmes, si l’on appliquait les préconisations émises par le CESE il y aurait plus de modernité dans le pays.

 

Quel est votre regard sur les révélations des Panama papers ?

P.B. - En tant que président du CESE, je ne suis pas là pour donner ma position personnelle mais plutôt pour mettre en avant ce qui a pu faire accord sur un sujet au sein de cette institution et les recommandations qui en ressortent. Je vous donne donc rendez-vous à la fin du travail en cours sur l’évitement fiscal dans un mois ou deux, pour savoir où en est l’état de réflexion de la société civile et ce que nous préconisons afin qu’il y ait plus de justice et de clarté  dans ce domaine. Le nombre de pays qui échappent à la transparence est de plus en plus réduit et la prise de conscience augmente. Il s’agit de savoir comment on peut parvenir sans faire d’amalgames à des pratiques plus vertueuses en faisant le tri des informations dévoilées par les Panama papers. Le problème de l’opacité financière étant mondial, il est compliqué à traiter, et la mise en application de ce qu’il faut faire prend du temps et nécessite beaucoup de dialogue, mais malgré tout les choses avancent.

 

Que peut faire le CESE sur la réforme du droit du travail et comment sortir de cette contestation ?

P.B. - Une fois la loi El Khomri votée, tous les sujets n’auront pas été traités et le CESE pourra alors s’emparer de certains points, comme par exemple la place du contrat de travail par rapport à l’accord collectif, ou l’accompagnement des travailleurs indépendants, afin de mener une vraie réflexion avec plus de temps. Nous pourrons apporter un regard différent, plus posé, plus consensuel avec des lignes directrices pour la suite. La contestation autour de cette loi est de deux natures, certains pensent qu’elle ne va pas assez loin et d’autres l’inverse. Il faut donc bâtir par le dialogue un compromis à la frontière des deux, sous peine, si l’on prend en compte qu’une seule vision, d’arriver à une situation de blocage ou de rencontrer après des difficultés dans la relance de l’économie.

 

Le mouvement Nuit debout peut-il déboucher sur des propositions intéressantes pour le pays ?

P.B. - Ce sont des citoyens qui semblent ne plus se reconnaître dans les institutions et les modes de fonctionnement classique. J’aurai tendance à être prudent par rapport à ceux qui veulent enlever ou déconstruire les outils de la démocratie. Notre démocratie, que beaucoup nous envient, a besoin d’un cadre. Avec l’Assemblée nationale qui représente le citoyen, le Sénat qui représente les territoires et le CESE la société civile organisée et qualifiée, nous avons une articulation qui fonctionne plutôt bien. Ceci dit, tant que cela reste dans le cadre de la loi, il faut toujours écouter ce qui se dit dans ce genre de mouvement où des citoyens débattent entre eux, mais c’est une représentation parcellaire de la société. Que les gens s’intéressent à l’avenir du pays est une bonne chose mais il faut ensuite que tous ces débats retrouvent un cadre institutionnel, sinon comment gouverner un pays ? L’intérêt de ce mouvement va reposer dans sa capacité à se structurer, afin de faire des propositions qui soient représentatives de la société française dans toute sa diversité, ou en tout cas qui recueillent une certaine audience.

                                                                                  

 

Quelques repères

Ce normand d’origine italienne est né à Domjean près de Saint-Lô, où se trouve le siège de l’entreprise familiale de Travaux publics qu’il a reprise, après être sorti diplômé de l’Ecole spéciale de Travaux publics. Il a développé cette entreprise pour avoir aujourd’hui 100 salariés dans la Manche, le Tarn et la Guadeloupe. Il a été Président de la Fédération nationale des Tavaux publics de 2005 à 2013, et membre du Medef dont il a été vice-président et négociateur interprofessionnel avec une réputation de défenseur du dialogue social. 

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31 mai 2016 2 31 /05 /mai /2016 06:35
« L’avenir de l’agriculture passe par une biodiversité en bonne santé »

L’ancienne coprésidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale et députée de la Somme, Barbara Pompili, est depuis trois mois Secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité. Cette écologiste dans l’âme nous éclaire sur le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité et la future agence française pour la biodiversité.

 

Quels sont les principaux objectifs du projet de loi pour la biodiversité et ses conséquences pour l’agriculture ?

Barbara Pompili - Le projet de loi vise à protéger et valoriser nos richesses naturelles. Il conforte la complémentarité entre agriculture et biodiversité comme un principe général dans le droit. Nous mettons une fin définitive au débat de posture qui consiste à opposer préservation de la biodiversité et agriculture. L’agriculture actuelle, comme toutes les activités humaines, a des impacts sur la biodiversité : parfois en négatif, lorsque les intrants ou les rejets dégradent la qualité de l’environnement et perturbent les écosystèmes; mais parfois aussi en positif, par exemple les prairies de fauche sont souvent très riches en biodiversité. 

Le projet de loi inscrit explicitement dans son article 2 « le principe de complémentarité entre l’environnement et l’agriculture, l’aquaculture et la gestion durable des forêts ». De manière générale, le texte encourage à faire des agriculteurs des acteurs de la préservation et de la reconquête de la biodiversité. Le développement économique français et le maintien de l’attractivité de nos territoires passent par une agriculture de qualité. Et l’avenir de l’agriculture passe par une biodiversité en bonne santé.

 

Quelle place pour l’agriculture dans la future Agence française pour la biodiversité (AFB) ?

B.P. - Cette Agence sera formée d’organismes dont certains travaillent déjà de manière très étroite avec le monde agricole: l’ONEMA, l'Agence des aires marines protégées, l’Atelier technique des espaces naturels, et les Parcs nationaux de France. Leur réunion permettra d’optimiser leurs actions, de donner plus de visibilité et de lisibilité à notre politique pour la biodiversité et de développer des partenariats avec tous les acteurs dont, bien évidemment, le monde agricole. Celui-ci sera représenté au conseil d’administration de l’AFB.

 

Comment sera mise en place l’AFB et ses déclinaisons régionales ?

B.P. - Dès l’adoption de la loi, le décret de création de l’AFB sera publié, avec une mise en place opérationnelle au 1er janvier prochain. Pour ses déclinaisons régionales, le gouvernement tient à la mise en place, région par région, d’une organisation souple, sur mesure et en fonction des demandes des exécutifs régionaux, mais aussi départementaux quand ils le souhaitent, sans imposer une structure identique partout. Ce qui compte, c’est l’efficacité de l’action. Il faut reconnaître la diversité des territoires et respecter le rythme de chacun. Plusieurs régions ont déjà fait savoir leur volonté de participer à la création d’ « agences régionales de la biodiversité ». Avec elles, les travaux vont démarrer rapidement.

 

Quels outils permettront de concilier biodiversité et activités économiques ?

B.P. - Tout autant que les outils, l’esprit est essentiel : lorsqu’est précisée la séquence « éviter – réduire – compenser » les atteintes à la biodiversité, c’est la visibilité qui est accrue pour tous les porteurs de projets, qui devront intégrer la biodiversité dès la genèse de leur projet et non, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui, comme une contrainte bloquante qui survient à la fin du processus.

De même, l’inscription dans la loi du préjudice écologique, issu de la jurisprudence de l’Erika, proposition retenue suite à un amendement de la majorité sénatoriale, vise à sécuriser les acteurs économiques, qui seront mieux à mêmes d’évaluer les risques, d’éviter les atteintes à l’environnement et de se retrouver à faire face à des conséquences mettant en péril leur activité. 

L’AFB, pour ne citer qu’un outil important parmi d’autres, permettra de renforcer les synergies entre biodiversité et activités économiques. Elle soutiendra les filières de la croissance verte et bleue dans le domaine de la biodiversité, apportera son appui et son expertise aux acteurs socio-économiques et disposera non seulement des moyens affectés aujourd’hui aux 4 établissements qui la constituent, mais aussi de crédits du programme investissements d’avenir, permettant de renforcer son action vers les acteurs économiques.

 

 

Quelques repères

Petite-fille de mineur, Barbara Pompili est originaire du Pas de Calais où elle passe son enfance à Liévin. Après des études à Sciences-Po Lille, elle rejoint les Verts en 2000 où elle travaille auprès de Noël Mamère et Yves Cochet. En 2010, elle participe au congrès fondateur d’Europe écologie les verts. Elle quitte EELV en septembre 2015, puis rejoint cette année le nouveau parti « écologistes ! » créé par François de Rugy. Entre-temps en 2012, elle est élue députée de la Somme et devient coprésidente du groupe écologiste à l‘Assemblée nationale, avant d’être nommée en février 2016 Secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité.

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 07:10
Une merveille alliant romantisme et modernité

Déjà huit ans depuis le sublime premier album de ce groupe créé par le génie de la pop-rock anglaise, Alex Turner, leader des Arctic Monkeys, et l’excellent Miles Kane qui mène de son côté une carrière solo. Toujours influencés par la musique des années 1960, une pop classieuse et aérienne, le duo continue d’explorer cette voie avec leur talent inimitable en y injectant cette fois une dose plus contemporaine et plus rock par moments. A 30 ans, Alex Turner est au sommet de son art, tout en ayant amené les Arctic Monkeys tout en haut de la musique rock, il se paie le luxe d’avoir un  deuxième groupe qui propose un son et un univers différents mais tout aussi enthousiasmants. Dès que l’on entend sa voix suave de crooner rock, il paraît impossible de résister tant elle vous donne des frissons quel que soit  le tempo, il s’agit certainement de la plus belle voix de la musique anglo-saxonne actuelle. En plus de cela, il possède un impressionnant talent d’auteur compositeur qui lui permet de s’approprier le meilleur de ce qui a été créé avant lui, pour façonner des pépites de musicalité et de créativité. Les deux leaders, tous deux chanteurs et guitaristes, sont accompagnés par un bassiste, un batteur, et des cordes qui sont très présentes tout au long des onze morceaux, dont les arrangements lyriques et inventifs ont été confiés à l’excellent violoniste canadien Owen Pallett. Ces deux anglais installés aujourd’hui à Los Angeles disent avoir été inspirés pour l’écriture de cet album par Serge Gainsbourg et sa Melody Nelson, qu’ils revisitent ici tant avec leur romantisme que leur modernité. On ressort ébloui après l’écoute de ce disque intemporel chargé d’une richesse musicale faite de superbes mélodies ou de rythmes accrocheurs, concocté par deux musiciens qui se complètent parfaitement et font de leur art un moment de pure volupté.

 

The Last Shadow Puppets – Everything you’ve come to expect – Domino – 1 CD : 14,99 €.

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Published by Michel Monsay - dans Disques
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23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 07:51
La soif de vivre d’une jeune chanteuse sous Ben Ali

Après être venue à Paris étudier la littérature française à la Sorbonne et le cinéma à la Fémis, Leyla Bouzid, jeune tunisienne de 31 ans, fille de cinéaste, choisi pour son premier long-métrage d’en situer l’action à la fin de l’ère Ben Ali juste avant le printemps arabe. Son film permet ainsi aux occidentaux de se rendre compte de la peur que ce régime policier engendrait chez les tunisiens, et surtout il contribue à lutter contre l’amnésie. Elle le fait avec une liberté qui n’aurait pas été possible avant la révolution, un mélange d’énergie, de sensibilité à fleur de peau, de grande lucidité sans alourdir son film d’un message trop militant. Sa caméra est vivante, sensuelle, réaliste, tout est filmé en décors naturels avec l’atmosphère qui s’y rattache, comme dans les bars parfois mal famés où de vrais clients reluquent la jeune héroïne. La cinéaste s’approche au plus près de ses comédiens, qui sont tous vibrants de vérité, pour capter l’émotion brute tant dans les superbes parties musicales, que dans l’intimité du couple, ou dans la très belle et complexe relation entre une mère et sa fille qui jalonne le film. L’excellente musique, un rock mâtiné de sonorités orientales, qui est un élément central de ce passionnant portrait d’une jeunesse tunisienne, est transcendée par les musiciens et surtout la jeune comédienne chanteuse, dont le sourire ravageur nous bouleverse de même que son interprétation bouillonnante et émouvante. Le film démarre sur son visage en clair obscur qui se rapproche de celui de son amoureux pour une étreinte tendre, interrompue par l’ennui d’un copain qui les accompagne dans cette virée en bord de mer, et souhaite rentrer à Tunis. Ils prennent un train de banlieue dans lequel la cinéaste les filme dans un style proche du documentaire avec de magnifiques plans sur les passagers. Puis cette jeune fille de 18 ans rentre en taxi pour chez ses parents, elle y est accueillie par sa mère folle de rage et d’inquiétude, son père ingénieur étant souvent en déplacements. Difficile de résister au talent de cette jeune réalisatrice et à la finesse de son regard, à la merveilleuse spontanéité de son héroïne, à cette musique d’une incroyable force, symbole de la résistance qui couvait en cet été 2010.

                                                                                                                   

A peine j’ouvre les yeux – Un film de Leyla Bouzid avec Baya Medhaffar, Ghalia Benali, … - Shellac – 1 DVD : 19,99 €.

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Published by Michel Monsay - dans DVD
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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 07:25
Etre un enfant juif en 1943

Lorsque l’on choisit le même métier que son père, et que celui-ci s’appelle Jacques Doillon, dont le talent singulier a marqué le cinéma français de ces quarante dernières années, il n’est pas facile d’être à la hauteur. Mais après un premier film remarqué, « Et toi, t’es sur qui ? » en 2007, où Lola Doillon avait montré la même aisance que Jacques à filmer de jeunes acteurs, en l’occurrence des adolescents, elle revient aujourd’hui à 41 ans avec son troisième long-métrage où elle dirige cette fois merveilleusement des enfants. Pour cela, elle adapte à l’écran un récit véridique qui se déroule dans la France occupée de la seconde guerre mondiale. L’histoire retranscrit à hauteur d’enfants juifs l’insécurité dans laquelle ils se trouvaient, ne sachant jamais s’ils allaient être dénoncés ou aidés par les personnes qu’ils croisaient, dont certaines n’hésitaient pas à mettre leur vie en péril pour les sauver alors que d’autres avaient un comportement répugnant. Dans le contexte de cette France pétainiste, la cinéaste a réussi à obtenir de ses jeunes acteurs un jeu instinctif et spontané, ce qui lui a permis de capter très justement l’insouciance des enfants qui se transforme progressivement en peur, et pour certains en une émancipation accélérée. Les séquences en mouvement ou avec une foule importante sont filmés par une caméra fluide et inventive toute en maîtrise, il est juste un peu dommage que la musique soit trop présente. Alors que des enfants jouent dans la prairie d’un pensionnat à la campagne, une fille de 12 ans perchée sur un arbre écrit une lettre à sa mère pour lui donner des nouvelles de ses deux sœurs cadettes et lui dire qu’elle leur manque. Un peu plus loin une mère étreint douloureusement sa fille avant de la quitter en lui disant qu’elle sera bien ici en attendant de se revoir bientôt. A l’image de cette mère, beaucoup de parents juifs ont confié leurs enfants à des institutions ou organisations dans l’espoir de les sauver. En prenant le parti de ne pas montrer d’images du conflit ou de l’arrestation des parents, Lola Doillon se concentre sur les conséquences de cette guerre sur les enfants juifs, à travers un récit très touchant qui rend un bel hommage aux victimes et aux rescapés de cette persécution innommable.

                                                                                                                      

Le voyage de Fanny – Un film de Lola Doillon avec Léonie Souchaud, Cécile de France, Stéphane de Groodt, …

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Published by Michel Monsay - dans Films
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