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Une trajectoire hors normes

Publié le par michelmonsay

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D'abord médecin rhumatologue puis chercheuse jusqu'à devenir Docteur ès sciences en étant Bac + 19, Claudie Haigneré est à ce jour la seule femme astronaute européenne à avoir volé dans l'espace. Après avoir été Ministre de la recherche puis des affaires européennes, elle dirige aujourd'hui Universcience, la réunion du Palais de la découverte et de la Cité des sciences et de l'industrie.

 

Depuis deux ans et demi, Claudie Haigneré s'est vue confier la mission de regrouper le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l'industrie de Paris, dans un même établissement public appelé Universcience. Elle en a été nommée présidente en février 2010, une évidence dans la continuité de son parcours. La science, la technologie, le partage des connaissances, la transmission ont toujours été ses principales motivations. Pouvoir agir en réunissant ces deux lieux prestigieux l'a incitée à relever le challenge : "On est dans une civilisation de l'information, à la fois  complexe et accélérée avec des avancées scientifiques, des progrès technologiques. Il est important pour le public d'avoir des repères, Universcience a l'ambition d'accompagner chacun. Pour autant, cette réunion n'est pas facile, les deux maisons étant de taille, de culture et de statut différents, je dois penser à un avenir qui nous soit commun sans que chacune ne perde son âme et son identité."

 

Mettre la science à portée de tous

Cet ambitieux projet l'amène à rechercher des partenaires en région et des moyens financiers pour le mettre en place. Outre les subventions des ministères de la culture et de la recherche, Universcience a obtenu dans le cadre du grand emprunt 2010, une enveloppe dédiée à des investissements d'avenir, notamment dans le domaine de l'égalité des chances sur l'ensemble du territoire. A ce sujet le 1er forum territorial de la culture scientifique et technique qui s'est tenu en septembre 2010, a réuni l'ensemble des acteurs nationaux et régionaux pour définir la meilleure gouvernance possible à la mise en place de cet enjeu majeur du XXIe siècle irrigant aussi les territoires ruraux.

Comme le précise Claudie Haigneré : "Mon rôle est d'organiser la meilleure médiation entre les savoirs des scientifiques et la connaissance de chacun. Être un passeur entre les cahiers des chercheurs et ce que le public peut s'approprier de manière à comprendre la science et la technologie. Autant dans l'éducation des plus jeunes en suscitant des vocations que dans la formation à la responsabilité de citoyen, pour préparer l'avenir avec audace et créativité."

 

La politique pour servir la science

Femme d'engagement sur des sujets qui lui sont chers plutôt que femme politique, elle n'a toujours accepté des missions que dans des domaines où elle se sentait légitime. Lorsque Jean-Pierre Raffarin lui propose de devenir Ministre de la recherche en 2002, puis Ministre des affaires européennes en 2004, elle témoigne d'un cursus scientifique impressionnant et d'une collaboration de travail avec l'agence spatiale européenne de plusieurs années. Cette période au gouvernement, malgré un contexte difficile de guerre contre "l'intelligence" et de "non" au référendum du traité européen, a permis à Claudie Haigneré de porter certaines de ses convictions jusqu'au bout.

En premier lieu, elle a reconstruit la politique spatiale française et européenne après l'explosion en plein vol d'Ariane 5 en 2002, et depuis, plus aucun échec pour la fusée européenne sur les 38 lancements effectués. Une autre grande fierté pour la ministre de la recherche est l'attribution à la France, du lieu de construction et d'exploitation du démonstrateur du réacteur de fusion nucléaire ITER. Grand projet de production d'énergie par une fusion comme au cœur des étoiles, en collaboration avec l'Europe, les Etats-Unis, la Russie, le Japon, la Chine et l'Inde. Claudie Haigneré et son équipe ont aussi eu l'idée d'une agence nationale de la recherche, qui sera créée juste après son départ du gouvernement. Elle ajoute : "Je suis heureuse qu'entre 2004 et aujourd'hui, il y ait eu une prise de conscience concernant l'importance du développement de la recherche et des technologies innovantes. En 2004, ma voix a commencé à porter, la rue m'a aidée à la diffuser et aujourd'hui la recherche est une priorité reconnue et mise en œuvre."

 

Une élève surdouée

Au commencement de ce parcours, il y a une petite fille de 12 ans qui voit à la télé les premiers pas de l'homme sur la lune : "Ce qui appartenait au domaine du rêve est devenu possible. Je n'ai pas décidé cette nuit-là de devenir astronaute mais quelque chose s'est allumée dans ma tête, j'ai lu des revues, regardé des reportages." Claudie Haigneré est une brillante élève qui arrive au Bac avec 2 ans d'avance, ce qui l'empêche d'intégrer l'INSEP pour devenir prof de gym. Elle choisit alors médecine pour étudier la physiologie et l'anatomie afin de bien préparer le concours de l'INSEP l'année suivante. En finissant major cette première année si difficile, il lui paraît évident qu'elle doit continuer, tout en ne s'éloignant pas trop de sa première passion.

Elle devient médecin rhumatologue, spécialiste en traumatologie du sport, puis développera ensuite un programme de recherche en vol sur le fonctionnement du corps qu'elle présentera lors de sa candidature pour devenir astronaute. De sa pratique médicale, elle retient : "J'ai choisi d'exercer en équipe à l'hôpital Cochin la rhumatologie, qui n'est pas une spécialité d'urgence, où l'on s'occupe du fonctionnement du corps en prenant le temps d'expliquer au patient." Sa soif d'apprendre toujours plus, la pousse à aller jusqu'à Bac + 19 en accumulant les diplômes et en devenant étudiante chercheuse au CNRS, ce qui lui permet d'obtenir le titre de Docteur ès sciences.

 

L'aventure spatiale

L'appel à candidatures du Centre national d'études spatiales en 1985 pour recruter des astronautes, recueille 1000 dossiers, seulement 7 sont retenus dont une femme, Claudie Haigneré. Elle analyse ainsi sa sélection : "Des compétences, la détermination, une bonne santé, des bons critères physiques, physiologiques, psychologiques, une bonne structuration, des capacités à s'adapter, à communiquer, à apprendre les langues, et une part de chance." Après ses années de recherche en neurosciences sur le rôle de la gravité dans la coordination des mouvements, elle est choisie pour être astronaute doublure sur des vols franco-russes et part s'entraîner en 1992 à la cité des étoiles près de Moscou. Elle y passe près de 10 ans où malgré des entraînements difficiles durant lesquels elle se donne à 200%, être la seule femme ne lui pose pas de problèmes.

Elle devient la première et unique femme astronaute européenne à avoir volé, et ce à 2 reprises en 1996 (station orbitale russe MIR) et 2001 (Station Spatiale Internationale) où elle séjourne en tout 25 jours dans l'espace : "D'un seul coup tout se met en œuvre, vous êtes installé tout en haut de la fusée et c'est la mise à feu. Ce que vous aviez répété en simulateur s'avère bien différent de la réalité. En 8 min les 3 étages de propulsion de la fusée mettent en orbite le vaisseau Soyouz à 200 km de la terre, puis s'ensuivent 48h de manœuvres pour s'amarrer à la station spatiale qui se trouve à 400 km. La station se déplace à 28 000 km/h, on fait donc 16 fois le tour de la terre par jour. C'est magique d'ouvrir la porte de l'écoutille, d'être en microgravité, de regarder par le hublot… avec cette responsabilité de mener à bien le programme scientifique à bord de la station. Le retour est plus viril que le décollage qui se fait par poussées progressives. Ca bouge énormément et c'est tellement au-delà de ce que notre système vestibulaire est capable de comprendre, que j'ai eu l'impression la 1ère fois de m'écraser contre le pupitre de bord. J'ai donc fermé les yeux pendant une minute, le second vol, je ne les ai pas fermés."

 

Une reconnaissance à double sens

En tant que médecin et scientifique, Claudie Haigneré a particulièrement apprécié durant ses 2 vols, de découvrir les possibilités qu'a le corps d'utiliser les 3 dimensions de l'espace. Le spectacle vu par le hublot lui a fait prendre encore davantage conscience, de la responsabilité des humains face à la beauté et la fragilité de la terre porteuse de vie au milieu du cosmos noir. Toutes ces années passées en coopération internationale au cours des missions au sol et dans l'espace ou en travaillant pour l'Agence spatiale européenne lui ont apporté beaucoup de bonheur et de nombreuses distinctions russes, allemandes et françaises en étant notamment Commandeur de la Légion d'honneur.

A 55 ans, lucide sur son incroyable parcours, elle conclue simplement : "Avec tout ce que l'on m'a donné, j'ai eu beaucoup de chance, et de part toute l'estime que l'on m'a témoignée, je suis redevable à beaucoup de gens. Voilà pourquoi je suis aujourd'hui dans la transmission, le partage et la promotion de la culture scientifique et technique. Avoir cette responsabilité est une fierté et un engagement total."

 

Publié dans Portraits

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La beauté d’une pop-folk foisonnante

Publié le par michelmonsay

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Vivier créatif inépuisable, l’Angleterre continue à fournir à la musique pop, de jeunes groupes étonnants. Alt-J, raccourci clavier sur Mac qui fait apparaître un triangle, est le nom d’une jeune formation de musiciens originaires de Leeds qui ont entre 22 et 26 ans, initialement étudiants en Beaux-arts et littérature anglaise. Leur 1er album est une petite merveille d’une richesse musicale et d’une originalité à en faire pâlir plus d’un. Si on pense parfois à Radiohead, Vampire Weekend voire Simon and Garfunkel, ces 4 jeunes anglais ont dès à présent leur propre identité en naviguant entre une pop euphorisante et un folk serein et émouvant. Syncopée, exigeante, mélodique, leur musique surprend à chacun des 13 morceaux du disque par sa puissance créative qui explore sans cesse de nouveaux horizons. L’aspect répétitif et routinier de certains albums n’existe pas ici, changements de rythmes, harmonies vocales d’une grande beauté, on ne s’ennuie pas une seconde à l’écoute de ces paysages musicaux aux formes et aux couleurs enivrantes. Vocalement, cet album est d’une rare qualité tant par la voix très singulière du chanteur qui possède un registre incomparable, que par les chœurs, les jeux, les variations avec ses acolytes. On plonge et replonge sans fin dans ce bain de jouvence sans jamais s’en lasser, en ayant à chaque écoute la surprise d’en découvrir un peu plus, et en ressentant morceau après morceau les bienfaits de cette musique miraculeuse. On tient là incontestablement, l’un des tous meilleurs disques de cette année.

 

 Alt-J – An Awesome Wave – Pias – 1 CD : 12,99 €.

 

Publié dans Disques

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Un peu d’espoir malgré tout

Publié le par michelmonsay

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De manière inattendue, Thierry Binisti réalisateur de télévision de 48 ans dont c’est le 2ème long-métrage, nous offre un très beau film en adaptant un roman de Valérie Zenatti, qui aborde la situation israélo-palestinienne par un biais inhabituel et touchant. La romancière qui a coécrit le scénario, les dialogues et a été très présente durant tout le développement du film, dès la préparation jusqu’au montage, a apporté toute sa connaissance et son vécu de la conjoncture si particulière de ce pays. A l’image de son héroïne, l’auteure est partie avec ses parents vivre en Israël durant son adolescence avant de revenir en France 8 ans plus tard, après avoir accompli son service militaire là-bas. Ces années qui l’ont profondément marquée, ainsi que la manière très impliquée dont s’est emparé le réalisateur de cette histoire, donnent au film une authenticité et une simplicité remarquables. Les comédiens sensibles et très justes contribuent à ce que cette bouteille à la mer ne reste pas lettre morte. Ce long-métrage montre aussi qu’Israël n’est pas uniquement synonyme de guerre et d’attentats, même s’ils sont malheureusement bien présents, mais que des gens vivent au quotidien dans ce pays, plutôt mieux côté israélien que palestinien bien évidemment. Une jeune française de 17 ans qui habite Jérusalem avec ses parents, suite à un attentat dans son quartier, écrit une lettre à un palestinien imaginaire pour comprendre cette violence aveugle. Elle met son message dans une bouteille et demande à son frère militaire de la jeter dans la mer près de Gaza. La bouteille échoue sur une petite plage où 5 jeunes palestiniens passent le temps. L’un d’entre eux va répondre par mail à cette inconnue israélienne. Sans angélisme ni manichéisme, cette histoire captivante à la fois pleine de charme et de violence sous-jacente, adopte un double regard pour mieux cerner les espoirs et les contradictions des uns et des autres sans prendre parti.                                                                                                                      

 Une bouteille à la mer – Un film de Thierry Binisti avec Agathe Bonitzer, Mahmoud Shalaby, Hiam Abbass, Jean-Philippe Ecoffey, … - Diaphana – 1 DVD : 19,99 €.

Publié dans DVD

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Le pouvoir émotionnel et fulgurant du cinéma

Publié le par michelmonsay

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Grand oublié du palmarès de Cannes, le film fascinant, dérangeant et d’une incroyable créativité de Leos Carax, a complètement fait chavirer le festival et beaucoup y ont vu un vrai chef-d’œuvre. Lorsque la lumière se rallume à la fin du film, on reste complètement abasourdi par l’invention, la poésie, la beauté, la cruauté, l’humour, et la richesse des images que l’on vient de recevoir durant près de 2 heures. Plusieurs jours sont nécessaires pour digérer ce film inclassable, et en mesurer toute la dimension. Il est à la fois un magnifique hommage au cinéma où de nombreuses scènes font écho à des grands maîtres du 7ème art, mais aussi au jeu de l’acteur et à sa capacité de transformation, Denis Lavant y est étonnant. Holy motors nous tend aussi un miroir de nos vies, de la société avec ses outrances et ses évolutions. A 51 ans, Leos Carax l’enfant terrible du cinéma français, prend une magistrale revanche sur ses détracteurs et ceux qui ne lui ont pas permis de tourner pendant 13 ans. Un homme se réveille en pleine nuit dans sa chambre d’hôtel, et par une porte dérobée se retrouve dans une salle de cinéma pleine de spectateurs qui semblent endormis. L’action peut alors démarrer sur les traces de monsieur Oscar, homme d’affaires vivant dans une superbe maison avec gardes du corps, qui s’installe à l’arrière d’une très longue limousine pour partir au travail. Le chauffeur, qui est une femme, lui annonce qu’il a neuf rendez-vous dans la journée. Après quelques appels, il entame une métamorphose qui va lui permettre d’endosser la peau d’un personnage totalement différent de ce qu’il est, pour honorer son 2ème rendez-vous. On suit en étant littéralement hypnotisé la journée de monsieur Oscar, et en traversant toutes les émotions que le cinéma est capable de nous faire vivre.                                                                                                                   

 

Holy motors – Un film de Leos Carax avec Denis Lavant, Edith Scob, Kylie Minogue, Eva Mendes, Michel Piccoli, …

 

Publié dans Films

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« Il n’y a pas de liberté sans Etat, et je crois à la nécessité d’un Etat capable d’imposer l’intérêt général »

Publié le par michelmonsay

Jean-Louis Debré 009

 

Interview réalisée en janvier 2011 mais toujours d'actualité.

 

Gaulliste affirmé très proche de Jacques Chirac, Jean-Louis Debré a toujours eu un vrai sens de l’Etat dans ses différentes fonctions, Ministre de l’Intérieur, Président de l’Assemblée Nationale et aujourd’hui du Conseil Constitutionnel. A 66 ans, il est à la tête de cette cour suprême dont on parle de plus en plus, et qu’il nous fait découvrir par le menu.

 

Pouvez-vous nous expliquer l’évolution du Conseil Constitutionnel dont le rôle et le pouvoir se sont considérablement étendus ?

Jean-Louis Debré - Apparu en 1958 avec la constitution de la Ve République, le Conseil Constitutionnel (CC) s’est imposé peu à peu dans l’architecture institutionnelle. Au départ, il avait pour mission de veiller au bon fonctionnement du régime parlementaire et statuer sur le contentieux des différentes élections. Progressivement, il a affirmé un contrôle de la constitutionnalité des lois et l’on a ouvert sa saisine, initialement réservée au Président de la République, au Premier Ministre et aux présidents des assemblées, en 1974 aux députés et sénateurs, puis en mars 2010 aux citoyens. Aujourd’hui le CC examine les lois soit avant leur promulgation, quand il est saisi par les autorités politiques, soit à l’occasion d’un procès civil, pénal, commercial, lorsqu’un citoyen demande que l’on vérifie si la loi qu’on lui oppose est toujours constitutionnelle. Le rôle du CC est d’examiner que les lois nouvelles ou anciennes ne portent pas atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution. Il peut alors confirmer une loi, l’annuler ou mettre des réserves d’applications. Il y a désormais 3 cours suprêmes : La Cour de Cassation, le Conseil d’Etat et le Conseil Constitutionnel.

 

Comment s’organise le CC ?

J.-L.D. - Nous sommes une petite administration avec 60 personnes qui travaillent dans cette maison, tous personnels confondus. Le CC est composé de 9 membres désignés pour 9 ans, 3 par le Président de la République, 3 par le président de l’Assemblée Nationale et 3 par le président du Sénat, plus les anciens Présidents de la République. Depuis la réforme constitutionnelle, le rythme de travail est passé d’une séance tous les 10 jours à pratiquement tous les matins, de ce fait Jacques Chirac et Valery Giscard d’Estaing ne peuvent pas toujours être présents. D’autant que j’ai institué la règle d’assister aux audiences de plaidoirie pour venir aux délibérés.

 

Depuis quand ce nouveau droit donné aux citoyens de saisir le CC est-il effectif et qu’a t’il changé ?

J.-L.D. - La réforme s’applique depuis mars 2010, nous avons été saisis de 100 questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) et avons annulé 30% des lois. Tout citoyen peut saisir le CC à condition que ce soit dans le cadre d’une instance juridictionnelle. Le recours est d’abord examiné par la Cour de cassation ou le Conseil d’Etat pour être sûr qu’il est sérieux et conditionne le fond du débat, puis il est soumis au CC. Les décisions que nous rendons doivent être d’une parfaite transparence, les citoyens peuvent désormais assister aux audiences soit au siège du CC soit sur notre site Internet, qui reçoit 1 million de visiteurs chaque année. Je fais très attention que le CC n’apparaisse pas comme l’expression du gouvernement des juges, notre mission n’est pas de réécrire la loi mais de gommer ce qui nous apparaît contraire à l’ordre républicain. Notre instrument le plus utile est la gomme et non pas le crayon. Lorsque l’on change la jurisprudence, il ne faut pas ajouter une instabilité juridique. La législation ne doit pas changer au gré des modes ou des circonstances. Nous nous devons d’être le point fixe de l’Etat, et ne jamais donner raison à un clan contre un autre.

 

Quelles sont les principales décisions du CC faisant suite à des QPC ou des saisines parlementaires depuis votre entrée en fonction ?

J.-L.D. - Parmi les décisions significatives que nous avons prises, il y a celle concernant les pensions de retraite des anciens militaires ayant servi la France, où il existait une distorsion entre la pension d’un français et celle d’un étranger. Nous avons annulé la procédure de garde à vue, considérant que les droits de la défense n’étaient pas respectés. De même, la rétention douanière qui permettait de mettre en garde à vue quelqu’un durant 24h sans faire attention là aussi aux droits de la défense. Nous avons également annulé l’hospitalisation sans consentement, 75 000 personnes chaque année en sont l’objet dans une procédure sans garanties suffisantes. Nous avons supprimé les tribunaux maritimes datant de Colbert, qui allaient contre un principe du droit français.

Par ailleurs, dans le cadre de la saisine parlementaire, nous avons annulé la taxe carbone au motif qu’il n’y avait pas d’égalité des citoyens dans les charges publiques. Une partie de la loi Hadopi 1, au motif que la liberté d’expression n’était pas suffisamment garantie sans sanction possible. Egalement la rétention de sûreté au nom de la non rétroactivité des peines.

 

Après toutes ces hautes fonctions exercées, comment pourrait-on définir la patte Jean-Louis Debré ?

J.-L.D. - J’ai en moi l’héritage de mon père Michel Debré, qui m’a transmis le sens de l’Etat. Il n’y a pas de liberté sans état, et je crois à la nécessité d’un état capable d’imposer l’intérêt général. Lorsque j’ai été Ministre de l’Intérieur, j’étais au cœur du fonctionnement de l’Etat, d’autant que c’était au moment des attentats terroristes avec une tension permanente pour essayer de les empêcher. Puis en étant Président de l’Assemblée Nationale, je n’ai jamais pris parti pour un côté de l’hémicycle par rapport à l’autre, ni en votant un texte ni en favorisant le droit de parole. Pour moi, que vous soyez de la majorité ou de l’opposition, vous êtes avant tout un député de la Nation et vous avez les mêmes droits. J’ai d’ailleurs été ému lorsque j’ai quitté mes fonctions, c’était la première fois dans l’histoire de la République que cela arrivait, quand l’ensemble des députés s’est levé pour m’applaudir et me remercier. De même aujourd’hui au CC, je continue à me situer dans la tradition gaulliste de rassemblement. L’Etat n’appartient à personne, il n’est pas la chose d’un clan politique.

 

En 1995, vous disiez que si la presse arrêtait de parler des attentats, il n’y en aurait plus, aujourd’hui Brice Hortefeux continue dans cette voie avec les voitures brûlées, comment voyez-vous le rôle de la presse ?

J.-L.D. - La liberté de la presse est essentielle pour la respiration d’une démocratie, mais nous sommes entrés dans un monde hyper médiatisé. Un événement peut entraîner par sa médiatisation des effets néfastes. On est vis-à-vis du terrorisme et des trafiquants de drogue, dans une guerre très difficile, et il ne faut pas oublier la responsabilité des journalistes à l’égard de la société. Je suis opposé à toute censure, mais face à un certain nombre de phénomènes d’entraînement, chacun doit avoir le sens des conséquences de ce qu’il écrit ou ce qu’il dit.

 

Comment construisez-vous vos romans ?

J.-L.D. - Je n’ai pas suffisamment de talent pour tout inventer, par conséquent je suis observateur de la vie politique et de la lutte acharnée pour le pouvoir depuis ma plus jeune enfance. Avec l’effondrement des idéologies et la médiatisation de la vie politique, on assiste aujourd’hui davantage à un combat de clans, voire de personnes, et à un spectacle où on donne l’impression, on sème une image. En politique, on rencontre très peu d’originaux et beaucoup de copies, j’ai toujours été amusé par ces personnages qui voudraient et parfois se croient être des originaux, mais qui n’en n’ont ni le talent ni l’intelligence. Tout cela inspire mes romans, dans lesquels j’essaie de dire deux choses : La première est que l’histoire politique montre qu’il y a un ménage à 3 qui fonctionne mal entre la justice, la police et la politique. La seconde est que parfois lorsqu’un fait divers croise l’itinéraire d’un homme politique, cela devient une affaire d’Etat alors que ça devrait rester un fait divers.

 

Pourquoi écrivez-vous autant ?

J.-L.D. - L’écriture est un complément à l’action politique. Dans les fonctions que j’ai exercées, on est toujours dans l’immédiat, dans la parole, dans la réponse instantanée. Il faut à un moment fixer son raisonnement, structurer sa pensée et prendre du recul sur les événements, l’écriture permet tout cela. Les romans m’apportent la liberté et les essais historiques me permettent de m’instruire, de découvrir, en rendant hommage aux hommes et femmes connus ou moins connus qui ont fait la République et ce que nous sommes aujourd’hui. Jusqu’à la veille de ma mort j’essaierai toujours d’apprendre.

 

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Entre douceur et humour grinçant

Publié le par michelmonsay

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Portrait réalisé en mars 2011

 

 

Déjà 37 ans d’une carrière jalonnée de chansons entrées au Panthéon de la variété française de qualité, pour Louis Chedid. Il revient après le succès du Soldat rose, le conte musical qu’il a composé, avec un nouvel album plus intimiste enregistré avec son fils -M-. Il est actuellement en plein cœur d’une tournée, le meilleur moment pour cet humaniste à la fois rêveur et très lucide.

 

C’est un chanteur heureux que l’on retrouve, dont le dernier album sorti en novembre 2010 a reçu un accueil favorable des médias, et du public en devenant disque d’or. Aboutissement et récompense d’un travail assez long dans lequel Louis Chedid s’est beaucoup investi en parlant un peu plus de lui, et en allant chercher l’inspiration au plus profond de ses émotions. Ce monde d’apparences dans lequel on vit ne l’a jamais intéressé, et à 63 ans, il se concentre encore plus sur l’intériorité, que ce soit la sienne ou celle des gens qu’il rencontre. Chose rare à notre époque, il n’a pas peur des bons sentiments à partir du moment où ils sont sincères, voilà pourquoi il a intitulé son album : On ne dit jamais assez aux gens qu’on aime qu’on les aime. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à distiller des chansons aux paroles grinçantes, avec la douceur qui le caractérise si bien.

Malgré l’expérience accumulée avec ses 15 albums précédents et la notoriété acquise, il n’est pas assis sur des certitudes et ressent la même appréhension à chaque fois : « Les gens comparent toujours les nouvelles chansons aux anciennes, aujourd’hui il n’y a plus de valeur sûre, on peut avoir de très bonnes ventes pour un disque et puis beaucoup moins celui d’après. »

 

La belle entente

Cet album est à part dans sa carrière. S’il l’a écrit et composé comme toujours, pour la première fois il a entièrement enregistré les 11 chansons avec son fils Matthieu (-M- de son nom de scène) dans une approche artisanale en jouant tous les instruments uniquement à deux : « J’ai fait des disques très produits, notamment enregistrés aux fameux studios Abbey Road à Londres avec des instruments à cordes, mais là j’avais envie d’un album dépouillé qui mette en valeur l’émotion, la voix, les paroles, être le plus à nu possible. D’ailleurs, je ne désespère pas de faire un album guitare voix, en tout cas j’aimerai bien l’essayer sur scène, cela apporte une fraternité, un courant humain. »

Cela fait déjà 19 ans qu’il travaille avec son fils mais jamais encore totalement comme ici. Au-delà de l’entente humaine il y a une entente musicale qui a été le moteur durant toutes ces années de cette collaboration débarrassée de tout ego. Louis Chedid considère Matthieu comme l’un des meilleurs musiciens français actuels, et il n’a pas tout à fait tort au vu des demandes de toutes parts dont -M- est l’objet : « C’est un privilège de l’avoir à mes côtés, et il participe pleinement au succès de l’album. »

 

Le secret d’une réussite

Très humble par rapport à la longévité de sa carrière et à la chance de ne pas être un artiste dont l’heure de gloire n’a duré qu’un temps, il reconnaît avoir eu un acharnement salutaire dans les moments de doute : « Personne ne vous attend, il faut prouver que vous êtes encore là, notamment après des échecs. Une carrière est faite de hauts et de bas, les bas peuvent soit vous couler soit vous aider à avancer, savoir gérer ces moments est la base d’un métier artistique. » Pur autodidacte, il n’a jamais pris de cours de chant si ce n’est avec les Petits chanteurs à la croix de bois, ni de guitare où il a appris tout seul à l’oreille. A l’image de Paul McCartney, il compose ses chansons sans savoir écrire une note de musique.

Un premier jet vient instinctivement puis il peaufine les paroles et les arrangements. S’il aime avant tout les ballades avec de belles mélodies que l’on retrouve abondamment dans sa discographie, comme Anne ma sœur Anne ou Ainsi soit-il, il s’est régulièrement laissé aller avec bonheur à des morceaux plus rythmés comme l’excellent God save the swing. Sa préférence chez les autres artistes allant à des chansons empreintes d’une certaine tristesse, dont l’ambiance le fascine comme Avec le temps de Léo Ferré ou Yesterday des Beatles.

 

La communion avec le public

La scène a toujours été le moment le plus jubilatoire pour lui, surtout après la 3ème chanson une fois passée la tension au début du concert. C’est là qu’il peut donner la pleine expression de son art : « Dans notre métier en dehors de la scène, il y a soit un intermédiaire entre l’artiste et le public, soit ce sont des petits morceaux de votre travail comme à la télé. Alors qu’en concert, votre vie défile durant deux heures et vous êtes en direct avec les gens sans intermédiaire. Si vous leur donnez ce qu’ils attendent, vous recevez en retour un amour, une chaleur. » Ceux qui ne connaissent pas Louis Chedid sur scène pourraient penser que sa prestation est assez figée, alors qu’en fait c’est le contraire et le public finit debout en dansant.

Il reconnaît néanmoins l’importance de la télé ou la radio comme diffuseur, et il est toujours impressionné d’entendre la première fois une de ses chansons écrites seul dans son coin, qui tout d’un coup est écoutée par des milliers voire des millions de personnes.

 

Le Soldat rose

Ayant participé avec un grand bonheur à Emilie jolie en 1979, il a longtemps eu envie lui aussi de composer une comédie musicale pour enfants que les parents apprécieraient également. Il créé en 2006 avec Pierre Dominique Burgaud, Le Soldat rose, en réussissant à convaincre une sacrée brochette de grands noms de la chanson française, comme Alain Souchon, Francis Cabrel, Bénabar, Sanseverino, Vanessa Paradis, -M-, Jeanne Cherhal, et d’autres. Outre l’enregistrement de l’album, la prestigieuse troupe dont il fait partie en interprétant le rôle de la panthère noire en peluche, donne deux représentations au Grand Rex à Paris dans un spectacle qui sort par la suite en DVD. Au final, 2 Victoires de la musique pour Le Soldat rose, plus de 400 000 exemplaires vendus, et une tournée triomphale avec de jeunes chanteurs qui ont repris les rôles de leurs illustres prédécesseurs. Expérience très gratifiante pour Louis Chedid, qui au-delà du succès, a pu mesurer la confiance et l’amitié que lui ont témoigné tous ces artistes.

 

L’amour du cinéma

Cette aventure va se prolonger, puisque Louis Chedid va lui-même réaliser prochainement un dessin animé sur Le Soldat rose, en revenant ainsi à ses premiers amours. Passionné de cinéma durant son adolescence où il passe ses journées à la Cinémathèque, il rêve de devenir réalisateur. Par un concours de circonstances, il apprend le montage et en fait quelques années notamment à la Gaumont. A côté de cela, en 1973 il fait écouter des maquettes de chansons chez Barclay et enregistre son premier album. Il continue le montage et la musique en parallèle jusqu’à la fin des années 70 où il signe son premier tube T’as beau pas être beau. A partir de là, sa carrière prend une nouvelle dimension, il arrête le cinéma mais lui rend hommage à travers deux superbes chansons : Ainsi soit-il et Hold-up.

 

Un humanisme créatif de mère en fils

Fait assez rare, le succès a touché 3 générations dans la famille Chedid. Louis étant au milieu d’une incroyable filiation, avec Andrée sa mère, grande écrivaine humaniste, et Matthieu, un des leaders de la chanson pop actuelle : « Je ne crois pas au facteur génétique, si c’était aussi simple, tous les « fils de » réussiraient. Chacun de nous trois dans son domaine a eu la hargne d’y arriver, après il y a eu une transmission de sensibilité, d’ouverture sur les autres, de chaleur humaine, d’indépendance, de savoir être en harmonie avec le monde extérieur, d’aller au bout de ses projets, et de comprendre l’importance du travail dans nos métiers. »

Louis Chedid a toujours refusé la contrainte, dès l’école jusqu’après le Bac, où il choisit d’être artiste en partie pour être libre. Si on a compris qu’il ne rechigne pas à la tâche lorsqu’il est en période d’écriture, d’enregistrement ou de concert, le reste du temps c’est un doux rêveur qui aime se balader, bouquiner et arrêter le mouvement. Cela dit, ses bulles d’oxygènes ne durent jamais très longtemps, et assez vite se fait sentir un manque, qu’il ne manquera pas de combler en 2011 avec la tournée et la réalisation du dessin animé.

 

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Une détermination à toute épreuve

Publié le par michelmonsay

Florian Rousseau 009

 

En étant triple champion olympique et en ayant récolté 10 titres de champion du monde de cyclisme sur piste dans les disciplines de la vitesse, du keirin et du kilomètre, Florian Rousseau possède l’un des plus beaux palmarès du sport français. La reconversion de ce passionné s’est faite naturellement en devenant entraîneur national du sprint sur piste et de Grégory Baugé en particulier, avec de grands espoirs de médailles aux JO de Londres cet été.

 

A quelques jours du début des Jeux, l’excitation est palpable pour Florian Rousseau devenu entraîneur depuis 2005. La magie de cet événement opère toujours autant, le stress et les doutes sont aussi là, peut-être plus que s’il était lui-même sur le vélo. Se sont ses deuxièmes Jeux comme entraîneur après Pékin 2008, où la récolte avec une seule médaille d’argent était moyenne au regard des objectifs bien supérieurs pour Londres. L’or olympique est visé à la fois par équipe mais aussi en individuel avec notamment Grégory Baugé, le champion du monde de vitesse entrainé par Florian Rousseau. Celui-ci a rapidement su qu’il avait des dispositions pour transmettre, et apporter des conseils avisés aux jeunes cyclistes lorsqu’il était lui-même compétiteur.

 

Un virage naturel

A peine sa carrière terminée à 30 ans, il s’est retrouvé entraîneur de l’équipe de France sans passer par des niveaux intermédiaires, et tout s’est enchaîné sans qu’il ne se pose de questions : « Même si cela fait une vingtaine d’années que je suis à l’INSEP, il n’y a aucune lassitude, le métier d’entraîneur n’a rien à voir avec la vie d’athlète. Après 7 ans, je continue d’apprendre au quotidien, et en plus la relation humaine est passionnante. Même si je suis sur le bord de la piste, il y a toujours cette envie de gagne en moi, cette flamme. Je ne dis pas qu’au début l’adrénaline provoquée par une victoire ne m’a pas manqué, mais aujourd’hui les émotions que j’ai avec les athlètes que j’entraîne lorsqu’ils gagnent, sont très fortes aussi. »

Cette nouvelle expérience a forcé sa nature introvertie à s’ouvrir aux autres et à montrer davantage ce qu’il ressent. Florian Rousseau a aussi appris à s’adapter à la personnalité d’un coureur, sans essayer de calquer son propre modèle. La relation psychologique entre l’entraîneur et son athlète est aussi importante à ses yeux que la préparation physique. Aujourd’hui, 12 coureurs sont sous sa responsabilité à l’INSEP, 9 hommes et 3 femmes spécialisés dans les épreuves de sprint, et même s’il est l’entraîneur particulier du meilleur mondial Grégory Baugé, il tient à la cohésion du groupe qui s’entraîne le plus souvent ensemble. Le cyclisme sur piste français avec 88 médailles olympiques depuis 1896 est la 1ère nation mondiale, et Florian Rousseau contribue aujourd’hui à transmettre cet héritage, cette culture de la gagne que lui-même a porté si haut.

 

Un discret sur le devant de la scène

Son palmarès impressionnant avec 3 médailles d’or aux JO et une d’argent, plus 10 titres de champion du monde, lui a apporté une belle notoriété pour sa discipline plutôt confidentielle en dehors des Jeux. Cette hypermédiatisation des JO où il est passé au journal de 20h, a fait la une de L’Equipe et où on le reconnaît encore aujourd’hui dans la rue, l’amuse et ne lui laisse aucune amertume par rapport à d’autres sports sur le devant de la scène en permanence. Très rigoureux sur son entraînement et n’aimant pas se mettre en avant, il n’a pas profité autant qu’il aurait pu de sa notoriété durant sa carrière, en refusant des sollicitations notamment pour la télé. Maintenant qu’il est entraîneur, il l’accepte plus volontiers pour faire parler du cyclisme sur piste ou pour soutenir des causes, comme récemment avec la fédération française de cardiologie afin de promouvoir l’activité physique.

 

Rien ne vaut les Jeux Olympiques

Sport semi-professionnel, le cyclisme sur piste ne permet pas à tous ses pratiquants d’en vivre, seul les coureurs ayant un nom reconnu peuvent obtenir des partenaires pour du sponsoring, surtout lorsqu’ils brillent aux JO comme Florian Rousseau. Certains sont tétanisés par l’enjeu exceptionnel des Jeux, d’autres comme lui s’en nourrissent : « Etre champion olympique est le graal d’un sportif ». Il l’a été dans les disciplines du kilomètre en 1996, du keirin et en vitesse par équipe en 2000. Seul petit bémol de sa carrière, ne pas avoir été champion olympique de vitesse individuelle à Sydney en 2000, alors qu’il était le meilleur au monde depuis 4 ans. La forte rivalité avec un autre français Laurent Gané qu’il réussit à battre en ½ finale après 3 manches très disputées et épuisantes, l’empêche de se présenter en pleine possession de ses moyens pour la finale où il est dominé et obtient la médaille d’argent. Le lendemain en se battant comme un chien selon ses mots, il devient champion olympique de keirin.

 

Un mental hors du commun

Sydney avec 3 médailles, 2 d’or et une d’argent, restera le plus beau souvenir de sa carrière, ainsi que le 3ème titre consécutif de champion du monde de vitesse qu’il obtient en 1998, d’autant que cela se passe à Bordeaux devant sa famille et 5000 personnes qui hurlent dans le vélodrome. Sa fin de carrière est plus délicate, il se sent un peu usé, manque de motivation et ne se qualifie pas pour les Jeux d’Athènes en 2004. Il est temps de tourner la page pour Florian Rousseau surtout que le mental a toujours été une de ses principales forces. Capable de se surpasser lorsque l’enjeu est important à ses yeux, il a récolté ainsi 18 médailles mondiales et 4 olympiques en 13 ans de carrière. A côté de ce mental, il s’imposait une hygiène de vie sans concessions : « Si je loupais un entraînement, je culpabilisais, et même le 1er janvier j’y étais sans que je ne le ressente comme un sacrifice. Idem pour les soirées où je rentrais à minuit, le bon vin dont je ne prenais qu’un demi-verre, et mes amis d’enfance auprès desquels je n’ai pas entretenu les relations. J’étais égoïste, il n’y avait que le vélo à 100%. »

 

Un corps sculpté par le travail

Ses performances et sa morphologie impressionnante ont inévitablement éveillés des soupçons de dopage, notamment dans un reportage assez orienté de l’émission Envoyé spécial : « Cela m’avait blessé, mais quel moyen j’avais de prouver que l’on pouvait faire du très haut niveau dans ma discipline en étant sain. D’autant que c’était peine perdue avec le cyclisme sur route qui est vraiment touché par le dopage, et les gens n’hésitant pas à faire un amalgame. La masse musculaire des pistards s’acquiert avec des années de travail à soulever des barres, et 25 heures d’entraînement par semaine sur le vélo, où il y a de la souffrance physique. Pour repousser sans cesse mes limites, cela m’est arrivé d’aller très loin dans l’effort et de vomir après, d’avoir mal à la tête, de me sentir très mal. Pourtant, c’était toujours un plaisir d’aller à l’entraînement. »

 

A peine enfourché un vélo, déjà champion !

Assez rêveur en classe et d’un tempérament très sportif dès son plus jeune âge, le vélo est arrivé par hasard pour Florian Rousseau à 12 ans, lorsque son parrain lui en offre un à Noël, et lui propose de participer 6 mois plus tard à une course locale où il finit 2ème. Ce résultat va déterminer sa vie. Attiré d’abord par le cyclisme sur route dans lequel il s’identifie à Bernard Hinault, il gagne de nombreuses courses dans sa région natale près d’Orléans, où le terrain plat favorise les arrivées au sprint. Il fait parallèlement un peu de piste et à 16 ans on lui propose d’intégrer l’INSEP, détectant en lui un potentiel pour le haut niveau. A partir de là, tout s’enchaîne à une vitesse incroyable… puisqu’il devient rapidement champion de France, puis à 18 ans champion du monde juniors et dès l’année suivante, il obtient son 1er titre de champion du monde chez les grands.

 

Le culte de la performance physique

Ce besoin de sport qu’il a toujours eu est présent encore aujourd’hui à 38 ans, où il continue par addiction à s’entraîner 6 heures par semaine. Lorsqu’il ne fait pas de vélo, il pratique la plongée sous-marine, aime les voyages, la nature, bien manger maintenant qu’il peut se l’autoriser un peu plus, et aller voir d’autres sports ou des spectacles qui mettent en avant la performance physique, comme la danse ou le cirque. Pour l’avenir, il se souhaite une vie toujours aussi remplie avec des émotions aussi fortes en restant entraîneur encore quelques années. Puis, il sera temps de trouver un nouveau défi, peut-être à la direction technique nationale du cyclisme. Ou pour s’amuser de temps en temps, être consultant ponctuel à la télé, même si la 1ère expérience à la fin de sa carrière n’avait pas été concluante, mais c’était avant d’opérer sa mue d’athlète à entraîneur, époque où il était encore un peu sauvage et pas très à l’aise.

 

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« Il y a des excès dans l’agriculture mais nous avons tous notre part de responsabilité »

Publié le par michelmonsay

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Autant comédien de cinéma et de théâtre qu’humoriste de one-man-show, Didier Bénureau est l’un des meilleurs comiques de sa génération. A 55 ans, son humour caustique n’en finit pas de caricaturer les travers de ses contemporains, en créant des personnages hauts en couleurs et irrésistibles.

 

Pouvez-vous nous parler du métier d’humoriste ?

Didier Bénureau - C’est une question de nature, j’ai d’abord joué de la guitare puis j’ai voulu devenir comédien mais l’humour m’a vite rattrapé. J’ai commencé à écrire des sketches, une  pièce comique et j’ai intégré le Théâtre de Bouvard en 85. Déjà à l’armée lors d’une journée portes ouvertes, alors que je n’avais rien demandé, on m’avait proposé d’être clown dans un spectacle pour enfants. L’humour est la façon la plus évidente pour moi de m’exprimer, en dénonçant la bêtise, les défauts de la nature humaine, les travers de la société. Je plante une situation, pose un personnage et m’amuse à m’en moquer, sans pour autant régler des comptes. Lorsque des gens pas visiblement d’accord avec ce que je pense, se marrent de ce que je leur propose, j’estime avoir atteint mon objectif. Dans mes sketches qui ont un aspect théâtral, il y a différents niveaux de lecture, certains vont rire uniquement sur une grosse blague, d’autres sur le personnage, le texte, la situation et les subtilités apportées par mon jeu. Le plus jubilatoire est d’être sur scène en train de jouer un texte que j’ai écrit, et se sentir en phase avec le public quand il rit aux situations qui moi-même me font rire.

 

Quel regard portez-vous sur le monde agricole ?

D.B. - Bien qu’élevé en région parisienne, j’ai passé toutes les vacances de mon enfance dans la maison familiale située dans un petit hameau près de Saintes, au milieu des champs, des vignes et des forêts. J’y retourne régulièrement et aujourd’hui encore nous avons des champs cultivés par un cousin, et je connais là-bas des viticulteurs qui vendent leur vin blanc pour la fabrication du Cognac. J’aime une agriculture raisonnée, je pense que la nature se respecte et suis attristé par le productivisme et les saloperies que l’on met dans les champs. Un paysan beauceron m’a dit texto : « Je n’ai pas besoin de la terre pour faire pousser mes céréales, elle n’est qu’un support, c’est tout ce que je mets dedans qui fait que ça pousse. Le consommateur à toujours vouloir payer moins cher, nous contraint de procéder comme cela pour s’en sortir. » C’est vrai qu’il y a des excès dans l’agriculture mais nous avons tous notre part de responsabilité en tant que consommateur. Cela dit, il y a une prise de conscience et une évolution en cours qui est toute à l’honneur des agriculteurs. J’ai vu des vignerons plus heureux et plus fiers de fabriquer des bons produits bien faits dans une agriculture raisonnée, que ce qu’ils faisaient auparavant.

 

De quoi est faite votre actualité ?

D.B. - Je tiens le rôle principal d’une comédie policière loufoque intitulée « Cassos » qui vient de sortir au cinéma. En octobre, il y aura la sortie DVD de mon dernier spectacle, « Indigne » distribué par France Télévision. Puis du 27 novembre au 1er décembre à la Cigale de Paris, je vais proposer un spectacle sous forme de best of de tout ce que j’ai fait depuis 15 ans, avec mes meilleurs sketches et des musiciens sur scène. Enfin en septembre 2013, je vais jouer au théâtre du Palais-Royal avec Michel Aumont et Claire Nadeau, une comédie que j’ai écrite intitulée « Mon beau-père est une princesse ».

 

Avez-vous un sketch sur le monde agricole ?

D.B. – J’en ai un qui s’appelle « Le paysan du 3ème millénaire » dont voici un extrait : Je nettoie mes 400 hectares de vigne avec du Zerox 3000, ça te tue tout, il n’y a plus une brindille. J’ai fait poser du lino qui imite la pelouse et pour aller dans la vigne, il faut mettre les patins. Ca te nettoie aussi la nappe phréatique, l’eau des rivières est toute bleutée et il faut voir les bestiaux qu’on y trouve. Les anguilles, les gardons, les carpes, tout ça c’est fini, aujourd’hui on y pêche la hyène ou le chenapan, ça te fait comme des sardines de 85 kilos … A mes poules, je leur donne des gélules rouges, elles me défèquent des gélules vertes que je donne aux canards, qui me défèquent des gélules jaunes que je donne aux cochons, qui me défèquent des petites limaces fluorescentes, je jette ça en terre et ça me donne des choux-raves de 50 kilos … A la coopérative dans leur laboratoire, ils font des mutations. Ils te fabriquent le poulet cochon, avec un gros cul de cochon et toute la viande du porc, et devant il y a un petit bec de poulet, ça te fait comme une grosse limace de 150 kilos nourri exclusivement à la bille fluo plastique. Tu peux couper la viande directement dessus, il ne sent rien le poulet cochon, et deux jours après ça repousse…

 

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« On ne fait pas assez pour l’agriculture alors que c’est quand même l’essentiel »

Publié le par michelmonsay

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Lui qui vient de fêter ses 40 ans de scène, n’a pas finit de réinventer l’humour à chaque spectacle, voire même à chaque représentation. Son ton décalé, poétique, flirtant avec l’absurde, et son engagement écologique ont contribué à faire de Marc Jolivet un humoriste à part. A 62 ans, après avoir proposé un spectacle symphonique, un autour des présidentielles, il s’attaquera en 2013 aux coulisses du déclenchement de la 1ère guerre mondiale.

 

Pouvez-vous nous parler du métier d’humoriste ?

Marc Jolivet - Je suis d’un tempérament joyeux, déconneur et je n’ai pas la sensation de faire un métier, je suis moi-même. Humoriste ce n’est pas un métier mais une façon d’être, de vivre, et j’ai la chance merveilleuse que des gens payent pour venir m’écouter raconter les histoires que j’ai écrites. Rire est indispensable pour vivre. J’ai commencé par écrire des pièces, des chansons, des films et assez naturellement je suis passé au one-man-show. La vie est tellement courte que l’on a intérêt à avoir un maximum de rêves et essayer d’en réaliser le plus possible. En écrivant, on n’est jamais sûr de l’effet sur le public. Il m’arrive quelquefois d’être content et penser que telle idée est vachement bien et va marcher très fort, mais il s’avère que ce n’est pas le cas. Inversement, on est parfois étonné par le rire provoqué par un passage dans un sketch, où l’on ne s’attend pas vraiment à ce qu’il fonctionne autant. C’est là un des aspects passionnants de l’humour, qui démontre les limites d’une éventuelle technique, à laquelle je ne crois absolument pas. Le moment que je préfère est d’entendre rire les gens et les voir repartir heureux, avec en point d’orgue l’improvisation, lorsque notamment j’arrive à trouver des mots qui correspondent uniquement au public de telle ville et pas un autre. Un rire local en somme.

 

Quel regard portez-vous sur le monde agricole et y avez-vous des liens ?

M.J. - J’ai un bon ami vigneron, Jean Luc Isnard, qui fabrique un Cotes du Ventoux biologique, Terres de Solence, avec lequel j’espère un jour faire du vin.  Par ailleurs, j’ai été à un moment parrain des amis de la Confédération paysanne, et lorsque José Bové a rejoint les communistes, j’ai arrêté. Je souhaite que l’agriculture intensive devienne une agriculture plus responsable. J’ai vu les drames provoqués par les pesticides, c’est scandaleux, et j’espère que les agriculteurs vont en prendre conscience et se révolter, en tout cas je suis à leurs côtés. Je trouve que l’on ne fait pas assez pour l’agriculture alors que c’est quand même l’essentiel. Il faudrait que la FNSEA se rapproche de la Confédération paysanne, et que tous les agriculteurs se mettent ensemble pour faire une agriculture raisonnée, naturelle. Sans parler de nos estomacs, il faut que les agriculteurs qui s’empoisonnent eux-mêmes, comprennent qu’ils ne doivent pas rester entre les mains de Monsanto, pour cela nous devons lutter ensemble au niveau européen. Pour manger sainement et d’une façon naturelle, je suis très favorable aux AMAP ou aux démarches similaires. Il faut vraiment être taré lorsqu’on a le choix, pour préférer une nourriture avec des pesticides à une qui n’en a pas.

 

De quoi est faite votre actualité ?

M.J. - Durant un an et demi, je vais écrire un nouveau spectacle qui deviendra un film et s’appellera « Moi, Guitry, De Gaulle et les autres ». C’est une comédie dans le style de Feydeau autour des raisons du déclenchement de la guerre 14-18, que nous jouerons à partir de novembre 2013 au Théâtre du Rond-point. A côté de cela, je vais finir mon 2ème roman, peut-être faire un spectacle pour enfants et continuer à jouer mes précédents spectacles. Pour le « Comic symphonic », je serai à Toulon le 6 juillet, à Toulouse le 13, puis 3 dates en octobre que vous trouverez sur mon site. Pour « Marc Jolivet fête ses 40 ans de scène », je serai le 25 juillet à Roquebrune-Cap-Martin, puis toujours sur le site vous aurez les dates pour la rentrée.

 

Avez-vous un sketch sur le monde agricole ?

M.J. - J’ai un sketch qui a 15 ans et que j’actualise au fur et à mesure, dont la durée peut aller jusqu’à 45 minutes selon l’improvisation, mais je vais essayer de vous le faire court : C’est François Hollande qui va rejoindre son ex-compagne Ségolène Royal et il ne veut pas que ça se sache. Il part dans la campagne déguisé en José Bové, et sa voiture crève au milieu de nulle part à 3 heures du matin. Il voit une ferme, va demander si on peut l’aider. Le paysan appelle alors Emilio, arrive un cochon avec une jambe de bois. Le paysan lui demande d’aller réparer la roue de François Hollande. Le Président dit au paysan : Mais monsieur, c’est un cochon ! L’autre lui répond : Vous voulez qu’on vous aide ou pas ? Le président : Bon d’accord. Le cochon prend les clés dans son groin, part réparer la roue de la Ferrari, revient et rend les clés à François Hollande. Le paysan lui dit : Voilà monsieur, bonne nuit on va se recoucher. François Hollande lui répond : Excusez-moi, encore merci mais pourquoi ce cochon a une jambe de bois ? Le paysan conclut : Monsieur, un cochon avec des qualités pareilles, vous n’imaginez tout de même pas qu’on va tout manger d’un seul coup !

 

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Une Inde fascinante mais à deux vitesses

Publié le par michelmonsay

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Le prolifique réalisateur anglais de 51 ans, Michael Winterbottom, a régulièrement montré durant sa carrière d’un rare éclectisme, son intérêt pour des sujets à connotation politique ou sociale. On pense notamment dans sa filmographie récente à : « Un cœur invaincu » ou « The road to Guantanamo ». Pour sa dernière œuvre dont il situe l’action en Inde et plus particulièrement au Rajasthan et à Bombay, il filme ce pays passionnant, bouillonnant, coloré, dans un style parfois proche du documentaire pour en faire ressortir une réalité sociale très contrastée. Si l’idée de transposer Tess, le célèbre roman de Thomas Hardy, dans l’Inde contemporaine peu paraître audacieuse à la base, le résultat est troublant et totalement réussi tant l’histoire semble avoir été écrite comme telle. D’autant que le personnage principal est joué par la superbe actrice indienne Freida Pinto, qui porte le film avec une grâce, une justesse et une émotion remarquables. Quatre jeunes hommes anglais sont en vacances dans le Rajasthan, l’un deux qui a des origines indiennes, fait la connaissance d’une jeune paysanne à qui il propose un travail dans un hôtel luxueux de Jaipur appartenant à son père. Dans une région où les conventions sont encore très présentes, l’histoire d’amour qui pourrait se dessiner entre eux arrivera-t’elle à dépasser le fossé social qui les sépare ? Au travers de cette trame, le réalisateur nous montre un pays en pleine évolution, dans lequel les femmes tentent une difficile émancipation par les études et le tourisme, mais où la toute puissance masculine ne les aide pas beaucoup. Film à la fois hypnotisant et poignant dont le pouvoir perdure longtemps après le générique de fin.                                                                                                         

Trishna – Un film de Michael Winterbottom avec Freida Pinto, Riz Ahmed, …

Publié dans Films

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