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L'art de tourner en rond

Publié le par michelmonsay

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Bouleversante histoire de rédemption

Publié le par michelmonsay

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On pouvait s’en douter mais en le lisant cela paraît une évidence, le nouveau roman du prix Nobel de littérature Toni Morrison, est l’un des événements majeurs de cette rentrée littéraire. A 81 ans, la grande écrivaine n’en est qu’à son 10ème roman mais la qualité et la puissance de son œuvre lui ont apporté une reconnaissance mondiale. Ce petit livre, d’une rare concision pour son auteur, par une écriture remarquable, émouvante, juste, contient toute la force narrative, la poésie de Toni Morrison, et un témoignage capital de la réalité noire dans l’Amérique des années 1950. L’histoire se situe au lendemain de la guerre de Corée, avec en toile de fond la ségrégation, le racisme ordinaire et brutal de l’Amérique profonde. Ce même pays qui n’hésitait pas à envoyer à la guerre des jeunes noirs défendre au péril de leur vie les couleurs de cette belle Amérique. L’un d’eux revient traumatisé par ce qu’il a vécu là-bas, d’autant que ses deux meilleurs amis y sont morts. Ce jeune homme de 24 ans intervient régulièrement et de manière assez courte à la 1ère personne tout au long du roman, pour nous livrer intimement des moments forts de sa vie. Il commence en se rappelant une scène de son enfance, où cachés avec sa sœur de 4 ans sa cadette dans les hautes herbes de leur Géorgie natale, ils se sont émerveillés devant de superbes chevaux, et l’instant d’après ont vu des hommes balancer le corps d’un noir dans une fosse et l’ensevelir. Puis l’auteur entame une narration au présent, alors que le jeune homme s’apprête à s’évader d’un hôpital psychiatrique, pour partir secourir sa sœur gravement malade à l’autre bout des Etats-Unis. Entre présent et passé nous est contée l’histoire terrible et attachante de ces deux jeunes noirs, quelque part symboles de tout un peuple, avec le talent impressionnant de Toni Morrison que l’on espère fécond le plus longtemps possible.                                                                                                                     

 

Home – Un roman de Toni Morrison – Christian Bourgois éditeur – 153 pages – 17 €.

 

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Plaisir matinal à Barcelone

Publié le par michelmonsay

Barcelone 001

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Le jour se lève sur une matinée automnale

Publié le par michelmonsay

Anatole 9 ans 002

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Photo du jour

Publié le par michelmonsay

En cette rentrée, j'ai décidé de mettre également en avant mon travail de photographe en publiant régulièrement des clichés sur ce blog.

Pour ceux que cela intéresse, un large aperçu de mon travail est visible sur :

www.michelmonsay.com

 

Pour commencer, une photo prise à Noirmoutier :

 

1er mai 2008 076

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« En tant que femme, on est plus regardée et attendue au tournant, parfois un peu caricaturée »

Publié le par michelmonsay

 

MAUD-016 (2)

 

Interview réalisée dans le cadre d'un dossier sur les femmes

 

Première femme à avoir traversé l’Atlantique puis le Pacifique à la rame, mais aussi à avoir accompli un tour du monde à la voile en solitaire à contrecourant, Maud Fontenoy s’est reconvertie naturellement dans la préservation de l’élément qu’elle connaît si bien. Sa fondation qu’elle a créée en 2008, alerte, sensibilise, transmet autour de la nécessité de protéger les océans.

 

Quel a été votre parcours en quelques mots pour parvenir à votre activité ?

Maud Fontenoy - Ce qui m’amène aujourd’hui à essayer de sauvegarder les océans, est le fait que je les connais bien pour avoir passé dessus plus de temps que sur terre. Je suis partie en mer avec ma famille alors que j’avais à peine une semaine. Durant mon enfance j’ai toujours habité sur un bateau et appris à aimer les océans, que j’ai parcouru ensuite dans le cadre de mes aventures. Il m’est apparu naturel de m’engager dans la protection du grand bleu mais aussi dans l’éducation et la sensibilisation de la jeune génération.

 

Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme ?

M.F. - Les femmes sont peu nombreuses dans le milieu maritime. Comme mes aventures étaient des premières féminines, que ce soit à la rame dans l’Atlantique Nord puis dans le Pacifique et à la voile pour le tour du monde à contrecourant, elles m’ont permis de prouver que ce n’était pas qu’une question de gros bras mais de volonté et de détermination. En tant que femme, on est plus regardée et attendue au tournant, parfois un peu caricaturée. Pendant mon tour du monde, comme j’étais sponsorisée par L’Oréal, je disais que je m’épilais les jambes en mer et mettais de la crème antirides, ce qui a beaucoup fait rire les marins. Cela ne m’a pas empêché lorsque j’ai démâté de réparer mon mât et de réussir à boucler mon tour du monde. C’est sûr que l’on ne nous attend pas là, et pour trouver des sponsors lors de ma première traversée à la rame alors qu’aucune femme ne l’avait fait et que l’on s’attendait à voir arriver un gros gabarit, il m’a fallu redoubler d’arguments convaincants.

 

Que demande-t-on de plus ou de différent à une femme, dans les milieux où vous êtes ?

M.F. - On se dit qu’une femme a moins de chances de réussir ces aventures en mer vu sa morphologie, et on va lui demander d’être rassurante quant à ses performances physiques. Au fur et à mesure, on parvient à démontrer qu’il y a aussi l’organisation et la gestion de l’aventure qui sont très importantes. On adapte également un peu les bateaux à sa taille, même si pour mon tour du monde le mien faisait 26 mètres, 30 tonnes, avec un mât de 32 mètres de haut, et qu’il n’était pas franchement adapté à mon gabarit.

Dans la sauvegarde de l’environnement, on rencontre autant de femmes que d’hommes, mais il y a quand même une sensibilité très féminine pour tout ce qui touche cette cause. Les femmes, en gérant davantage les enfants, leur nourriture, leur santé, se sentent énormément concernées.

 

Quelles sont vos plus grandes satisfactions en tant que femme ?

M.F. - J’ai été très fière de réaliser ces 3 premières féminines, et voir par l’abondant courrier que j’ai reçu comment toute une génération de femmes a été portée par mes aventures, qui leur ont donné beaucoup d’énergie pour croire en elles et en leurs projets. Aujourd’hui, ma satisfaction au quotidien est d’arriver à consacrer du temps à mon petit garçon autant qu’aux autres. Je suis également heureuse de voir que le travail de ma fondation porte ses fruits, avec des enfants de plus en plus sensibilisés par les programmes éducatifs que l’on met en place.

 

Comment percevez-vous le métier d‘agricultrice et son évolution ?

M.F. - A l’image de celui de marin pêcheur, c’est un métier physiquement dur où l’on s’attend à voir plus des hommes que des femmes, un métier de l’ombre qui n’est pas assez valorisé et pourtant Dieu sait comme il est difficile. C’est un merveilleux métier que de produire quelque chose qui va nourrir d’autres humains.

Les femmes aujourd’hui sont agricultrices au même titre que les hommes, elles gèrent les exploitations aussi bien, ont la force physique pour le faire et sont respectées. J’espère aussi que l’agriculture saura se développer en préservant l’environnement.

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« Nous allons créer un observatoire national des violences faites aux femmes »

Publié le par michelmonsay

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Après avoir été porte-parole de Ségolène Royal, en 2007 et pour les primaires socialistes de 2011, Najat Vallaud-Belkacem le devient pour François Hollande durant la campagne présidentielle, et aujourd’hui pour le Gouvernement, dont elle est la benjamine à près de 35 ans. Tout comme l’appétence qu’elle a montrée pour la fonction de porte-parole, on la sent totalement déterminée à faire évoluer les droits des femmes, dont le Président lui a confié le Ministère.

 

Pourquoi François Hollande a recréé ce Ministère ?

Najat Vallaud-Belkacem - Depuis 1986, il n’y avait plus de Ministère des droits des femmes de plein exercice, alors qu’il est indispensable pour prendre à bras le corps un certain nombre de sujets qui sinon ne sont pas traités. Mon objectif est de conscientiser la société sur le fait que contrairement à une idée reçue, les inégalités entre les femmes et les hommes existent et se sont même creusées. D’un point de vue professionnel, avec des écarts de rémunération en moyenne de 27%, un développement du temps partiel subit et de secteurs d’activités où les femmes sont très présentes, avec des conditions de travail et de rémunération particulièrement difficiles. Nous avons aussi perdu du terrain sur le droit des femmes à disposer de leur corps, avec la fermeture de 150 centres d’accueil IVG ces 10 dernières années. Sur la question des violences faites aux femmes, les moyens ne sont pas là pour mettre en œuvre la très bonne loi adoptée en 2010 sur une initiative partagée entre la gauche et la droite, en particulier pour accompagner les femmes qui cherchent à se sortir des violences conjugales.

 

Comment allez-vous travailler ?

N.V.-B. - Le retour de ce Ministère permet de remettre la focale sur ces sujets, avec un travail dans la transversalité avec l’ensemble des ministères, qui permet d’avoir des moyens et d’impliquer les acteurs dans la proximité. Comme par exemple former les magistrats et les policiers à la spécificité des violences conjugales. Pour être efficace sur tous ces sujets, je ressuscite le comité interministériel aux droits des femmes qui n’avait plus fonctionné depuis 12 ans, et qui se réunira en octobre sous la présidence du Premier Ministre, pour voir comment nous pouvons dans tous les domaines faire avancer les droits des femmes.

Nous avons la chance d’avoir un Président et un Premier Ministre qui sont convaincus du sujet, et ne se bercent pas d’illusions sur la soi-disant égalité entre les hommes et les femmes. Cette illusion est très présente dans la société et elle est l’un des freins contre lesquels il faut se battre le plus souvent.

 

Quelles sont les principales mesures que vous souhaitez mettre en œuvre rapidement ?

N.V.-B. - La conférence sociale des 9 et 10 juillet a mis l’accent sur la nécessité d’être plus efficace dans les dispositifs de sanctions, à l’égard des grandes entreprises qui ne respectent pas l’égalité professionnelle. Nous souhaitons également accompagner les PME dans la mise en œuvre de cette égalité. Comme elles n’ont pas les moyens dont disposent les grandes entreprises pour expérimenter des pratiques innovantes, nous les aideront à s’approprier ces pratiques. Nous allons créer à l’automne un observatoire national des violences, chargé d’étudier et connaître les faits. L’inexistence d’études perpétue le silence et donc le tabou autour de ce phénomène, et n’incite pas les femmes à parler. L’observatoire aura aussi pour mission de prévenir, d’accompagner, de proposer des politiques publiques, de généraliser des expérimentations qui marchent. Tout cela en lien avec les collectivités locales, c’est un sujet que l’on traite beaucoup dans la proximité. Nous travaillons avec la Ministre des affaires sociales et de la santé, pour mettre en place un accès équilibré sur l’ensemble du territoire à un service IVG, et sur la question de la contraception des mineures.

Les sujets du harcèlement sexuel et de la prostitution vous tiennent aussi particulièrement à cœur ?

N.V.-B. - Sur le harcèlement sexuel, il y avait un vide juridique et nous venons de faire adopter au Parlement un projet de loi. Ce nouveau texte est beaucoup plus protecteur, il définit de manière plus précise et plus large les faits de harcèlement, qui sont beaucoup plus nombreux que l’on pourrait le croire, certaines études parlent de 300 000 par an. Désormais, le harcèlement sexuel sera puni de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende.

Aujourd’hui, 80% des personnes en situation de prostitution sont victimes de la traite, des réseaux et sont étrangères. Notre rôle est de trouver comment protéger ces personnes, comment prévenir leur entrée en prostitution, comment les aider à en sortir et trouver un emploi. Nous devons poursuivre le travail de réflexion sur tous les angles de ce sujet, pour réduire le nombre de portes d’entrée dans la prostitution. Il faut améliorer la prévention en termes d’information, d’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires, et d’éducation au respect entre les garçons et les filles.

 

Quelle est la situation des femmes dans le monde agricole ?

N.V.-B. - On a le sentiment d’une mutation ces dernières années, jusqu’alors les femmes d’agriculteur élevaient les enfants, géraient les tâches domestiques, aujourd’hui elles sont davantage l’alter ego des hommes dans la conduite de l’exploitation, voire la pilotent elle-même. Durant la conférence sociale, nous avons évoqué la problématique des retraites extrêmement faibles dans le secteur agricole, en particulier pour les épouses d’agriculteur dont beaucoup sont en situation de grande pauvreté. Nous voulons travailler sur la formation professionnelle et en particulier l’enseignement agricole afin d’améliorer certains sujets, notamment pour les jeunes filles. J’ai un déplacement en ce sens au mois de septembre en Aquitaine et en Limousin. Même si le monde agricole a des codes particuliers, on y retrouve pour les femmes, les difficultés que l’on connaît dans le reste de la société.

 

Comment jugez-vous votre rôle de Porte-parole du Gouvernement et les premiers mois du nouvel exécutif ?

N.V.-B. - C’est un exercice d’exactitude où lorsqu’on n’a pas l’information précise, on préfère ne pas répondre sans que ce soit de la langue de bois. Cela demande un énorme travail en amont pour se tenir informé de tous les dossiers de l’ensemble des ministères. Contrairement à la fonction de porte-parole de campagne, il n’y a pas de place au lyrisme, à l’interprétation personnelle, au sens de la formule, on se doit d’être très précis.

Le collectif budgétaire que l’on est en train d’adopter découle de l’ardoise que nous a laissée le précédent gouvernement, avec la nécessité de remettre de la justice dans les contributions des français à l’effort collectif, et en même temps faire face à toutes les dépenses non budgétées par nos prédécesseurs. Les engagements annoncés par François Hollande pour les trois premiers mois ont été respectés. Confronté à une situation difficile, notamment avec les plans sociaux, le gouvernement démontre à la fois une capacité à répondre à l’urgence avec des mesures comme le plan automobile, et à s’inscrire dans la durée avec la conférence sociale et des concertations sur différents sujets importants. Nous ne sommes pas là pour gérer à la petite semaine mais pour réformer structurellement le pays.

 

On parle de rentrée sociale difficile, d’efforts à venir, quels sont les projets du Gouvernement sur ces sujets ?

N.V.-B. - Nous voulons mettre fin à une anomalie du précédent mandat qui consistait à faire payer moins ceux qui avaient le plus, avec le bouclier fiscal et la réforme du barème de l’ISF. Il faut remettre de la justice dans le système fiscal, lutter contre la fraude et l’exil fiscal pour récupérer un certain nombre de recettes. Egalement, réfléchir en termes de dépenses pertinentes sur des secteurs stratégiques comme l’industrie, en soutenant l’innovation, la recherche, la technologie, et en luttant contre les délocalisations pour donner des bases plus saines à notre économie, relancer la croissance et l’emploi. Il faut toujours lier cette réflexion à ce que fait François Hollande au niveau européen.

L’abrogation de la TVA sociale a indiqué la voie que souhaite prendre le Président pour épargner les classes moyennes et populaires, en leur redonnant du pouvoir d’achat. Par ailleurs, une réflexion a été lancée pour savoir comment garantir la pérennité de notre système social. Concernant les entreprises en difficulté, la tonalité du débat a changé puisque nous essayons de remettre autour de la table systématiquement tous les acteurs concernés, pour envisager toutes les solutions possibles. Parfois, il faudra imposer la reprise par un repreneur viable, c’était une proposition de loi de François Hollande alors qu’il était dans l’opposition, nous allons l’adopter.

 

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Populaire et exigeant

Publié le par michelmonsay

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Depuis plusieurs années, Vincent Lindon est au sommet de son art. Il incarne ses personnages avec une justesse sidérante et a le bon goût de choisir ses films en faisant un quasi sans-faute. Cet homme bouillonnant au jeu physique et instinctif, aime les gens et s’en inspire par mimétisme pour toucher la vérité du métier de comédien. A 53 ans avec plus de 50 films à son actif, il est, chose assez rare, autant apprécié du public que de la critique et de la profession.

 

A l’affiche du plus beau film de la rentrée, « Quelques heures de printemps » , Vincent Lindon dont c’est la deuxième collaboration avec le réalisateur Stéphane Brizé après « Mademoiselle Chambon », a littéralement adoré à la fois le travail avec ce cinéaste et les deux scénarios qu’il lui a proposés. Si à la lecture d’une histoire, ce comédien instinctif rêve d’être le personnage, il acceptera le rôle, aucun autre critère ne compte : « Je ne choisis pas un film parce qu’il est engagé, a un rapport avec l’actualité, ou va me permettre d’être un acteur civique qui défend une cause. Cela dit, tous les grands films que ce soit des comédies ou des drames ont une résonnance sociologique. Pour qu’un film dure et entre dans la mémoire des gens, il ne doit pas être qu’une histoire, il doit aussi parler d’eux. »

Il se trouve que dans son dernier film il est question de la fin de vie, problème qui revient sur le devant de la scène avec la réflexion que vient de lancer le Président Hollande sur le sujet. Qu’un film soit rattrapé ou provoque l’actualité et que l’on en parle ailleurs que dans les pages cinéma, Vincent Lindon ne le recherche pas au début mais il en est ravi si cela arrive. Comme pour « Welcome » avec les immigrés clandestins de Calais. Il n’aime pas les classifications qui différencient un cinéma d’auteur d’un cinéma populaire, selon lui un film peut être les deux à la fois et il ne veut surtout pas être enfermé dans l’un ou l’autre.

 

Sa conception du métier

Même s’il ne souhaite pas trop parler de sa manière d’aborder un rôle, de s’approprier un personnage, il livre quelques pistes : « Si je cherche à expliquer comment je fais, je vais en devenir conscient et y perdre quelque chose. Je peux seulement dire que je regarde énormément les gens, leur façon de bouger, de parler, comment ils mettent leurs chaussures, retroussent les manches de leur chemise, tournent leur café, comment ils mangent. C’est ça qui m’intéresse et je pense que c’est là où sont les personnages, le reste est de la philosophie.» Lui qui vient d’une famille très bourgeoise, il n’est attiré que par des personnages appartenant aux classes moyennes ou des ruraux : « J’aime leur façon de vivre, d’être pudique avec leurs sentiments. » Etre acteur n’est pas un état mais juste un métier pour Vincent Lindon, et de ce fait il ne se sent pas supérieur aux autres et reste très abordable. Il aime faire des courses au supermarché, prendre le train, boire des coups au café avec des gens, avoir une vie de monsieur tout le monde.

Son jeu physique, qui utilise un incroyable mimétisme, s’épure avec le temps. Il essaie de plus en plus de remplacer une phrase par un regard, une réaction, une émotion, un silence. D’ailleurs, une dame croisée dans la rue lui a dit : « J’adore comment vous faites pour jouer en silence. »

 

L’incroyable absence de récompense

Depuis de nombreuses années, il est considéré comme l’un des tous meilleurs comédiens français et pourtant il n’a jamais obtenu de prix. A 35 ans, il l’analysait avec tristesse et aigreur, à 45 avec étonnement et aujourd’hui à 53 ans, avec philosophie et joie en se disant : « Pourvu que ça dure parce que ça commence à devenir très classe. Je préfère voir le titre du Parisien l’année dernière, « Vite un César pour Lindon », que de l’avoir. Pardon pour la comparaison mais Chaplin et Mitchum n’ont jamais eu l’Oscar, et Tom Hanks l’a eu deux fois. Ou bien en France, Montand, Ventura, Dewaere n’ont jamais eu de César, franchement ça a de la gueule de ne pas en avoir. » Il reconnaît cependant que des acteurs très talentueux ont un César, mais ce côté très direct lorsqu’il a quelque chose à dire quel que soit son interlocuteur, caractérise assez bien celui que l’on compare souvent à Patrick Dewaere.

Cette liberté qu’il revendique haut et fort est son luxe à lui, pour cela il n’est propriétaire de rien, ni maison, ni appartement, ni bateau, ni piscine et n’a aucun crédit. Il peut ainsi ne pas tourner pendant un moment, choisir les films qu’il veut, refuser des grosses productions mais lorsqu’il s’engage, il a une règle : « Un film est une entreprise et comme mon père m’a toujours appris à être scrupuleux, je ne veux pas qu’un producteur ou un distributeur perde de l’argent dans une entreprise à laquelle j’ai participé amplement. »

 

Des grands films et des belles rencontres

Sur la cinquantaine de films tournés, Vincent Lindon a l’impression que depuis 1996 et « Fred » de Pierre Jolivet, il s’est passé quelque chose et de ce fait sa filmographie a pris une autre dimension, même si avant il conserve une tendresse pour « La crise » et « Gaspard et Robinson ». Il faut bien reconnaître que depuis une quinzaine d’années, on l’a adoré autant que lui a pris du plaisir à tourner dans Vendredi soir, Welcome, Mademoiselle Chambon, Ceux qui restent, Ma petite entreprise, Toutes nos envies ou son dernier qui sort en septembre, Quelques heures de printemps. Cette carrière de grande qualité signifie aussi pour lui de belles rencontres humaines : « Coline Serreau, Philippe Lioret, Benoit Jacquot, Alain Cavalier, Stéphane Brizé, pour n’en citer que 5. Avec eux, au-delà de l’aspect cinématographique, c’est une façon de se parler, une courtoisie sur le tournage avec les gens de l’équipe et une absence de familiarité qui me plaisent. »

Le théâtre se jouant au moment de la journée où Vincent Lindon aime flâner, boire des coups, refaire le monde, il préfère s’en passer. Cela dit, le cinéma le comble pleinement par sa richesse, sa mobilité où chaque jour est différent, et il ne comprend pas ceux qui disent que le cinéma est moins dangereux que le théâtre du fait que l’on puisse refaire une prise. Lui, dès que la caméra tourne, il est à fond pour donner le meilleur de lui-même.

 

Une découverte qui a tout changé

Pourtant le cinéma est arrivé par hasard dans sa vie, en s’inscrivant à 24 ans au cours Florent où il y avait des belles filles, il ne pensait pas qu’il allait avoir le coup de foudre pour ce métier. L’adolescent avait rêvé d’être médecin, avocat ou haut gradé dans la police pour mener des enquêtes. Il garde un mauvais souvenir de son enfance jusqu’à 14 ans, avec plusieurs souffrances comme le divorce de ses parents, l’apparition de ses tics. Ensuite, cela s’est amélioré peu à peu et depuis l’âge de 20 ans, cet homme angoissé par la mort adore la vie tout en étant conscient de son caractère bouillonnant : « C’est vivant, ça bouge, ça circule à l’intérieur, je me sens comme le lapin Duracell, je fais marcher mon cerveau en permanence parfois pour des conneries, souvent même, j’ouvre ma gueule tout le temps pour dire ce que je pense y compris quand ça ne me regarde pas, et je suis souvent en colère. »

La presse people qui a régulièrement rendu compte de ses relations, il s’en moque éperdument et leur intente des procès pour le respect du droit à la vie privée et à l’image, et surtout pour qu’on lui fiche la paix.

 

Des valeurs saines

Nostalgique de la génération précédent la sienne, il n’apprécie que très moyennement notre époque : « Plein d’électrons se heurtent au sens de mes valeurs. » Il ne supporte pas les gens qui passent leur temps plongé dans leur téléphone mobile avec Twitter et Facebook notamment. Il revendique plus de civilité, d’humilité, d’attention aux autres. Lorsqu’il ne tourne pas, Vincent Lindon ne s’ennuie jamais, il aime passer du temps avec ses amis, s’occuper de ses enfants, courir, nager, jouer à la pétanque, regarder des films tard.

Sans plan de carrière même si elle évolue idéalement, il ne pense pas à l’avenir si ce n’est à continuer de découvrir des histoires qui déclenchent en lui l’étincelle : « Je n’ai jamais su vers où je voulais aller, je regarde souvent derrière pour voir si j’ai avancé, mais jamais devant. La définition de l’art est que l’on ne tombe jamais pile là où on l’avait décidé, ou alors on n’a pas fait de l’art. Si jamais demain, aucune proposition ne me plaît pendant 3 ans, j’arrête le cinéma et j’ouvre un restaurant. Je n’accepterai pas un film pour manger. Je ne galvauderai pas ce que j’ai fait avec autant de passion et de précision. »

 

Publié dans Portraits

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« On pourrait croire que nos métiers artistiques sont exempts de sexisme, mais c'est malheureusement faux »

Publié le par michelmonsay

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Interview réalisée dans le cadre d'un dossier sur les femmes suivi d'un portrait réalisé en septembre 2009

 

Depuis une dizaine d’années et la sortie de son 1er album, Jeanne Cherhal est l’une des artistes les plus attachantes de la chanson française. Après avoir reçu une Victoire de la musique décernée par le public en 2005, ses 2 derniers disques d’une très belle richesse musicale avec des textes mêlant subtilement émotion et humour, ont été vivement salués par la critique. A 34 ans, la chanteuse semble pleinement épanouie, notamment sur scène où elle montre une énergie et une sensibilité enthousiasmantes.

 

Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme durant votre parcours ?

Jeanne Cherhal - On pourrait croire que nos métiers artistiques sont exempts de sexisme, mais c'est malheureusement faux. J'ai la chance d'être ma propre « chef » et de me sentir respectée dans mon milieu, mais bien entendu, il y a toujours des hommes pour lesquels il est difficile d'admettre qu'une femme est leur égale, ou qu'elle est dans une situation d'autonomie.

Ça va de l'ingénieur du son qui vous accueille dans une salle, et au lieu de vous demander ce que vous souhaitez, s'adresse à l'un de vos musiciens ou techniciens parce que le langage technique ne serait pas l'apanage d'une femme; au type d'une maison de disque qui vous fait des avances déguisées sous couvert d'humour; en passant par le journaliste qui se permet des questions d'ordre privé quand il ne le ferait sans doute pas avec un homme. Il faut alors remettre rapidement les pendules à l'heure ! Comme dans tous les milieux.

 

Que demande-t-on de plus ou de différent à une femme dans le milieu où vous êtes ?

J.C. - Ce que l'on demande à un artiste comme à une artiste, c'est d'être singulier, de véhiculer de l'émotion, de créer, de parler aux gens. Mais j'ai l'impression qu'implicitement, on attend d'une femme une « sociabilité » pas forcément exigée chez un homme. Un chanteur un peu ours passera pour un être secret, tandis qu'une chanteuse ourse sera soupçonnée de dédain, ou de prétention mal placée.

 

Pourriez-vous nous confier quelques unes de vos plus grandes satisfactions en tant que femme ?

J.C. - Personnellement, j'ai eu l'impression de me réaliser lorsque j'ai produit un album toute seule, par exemple le dernier, Charade. Je n'avais pas de musiciens, le travail instrumental n'a reposé que sur moi. Je n'étais pas sûre de pouvoir le faire, alors une fois que le disque est sorti, j'ai été plutôt fière. Enfin, cette fierté a duré deux jours !

Par ailleurs en tant que femme, je me souviens avoir été invitée à la Journée internationale contre l'excision et les mutilations génitales, car j'avais écrit une chanson à ce sujet, « On dirait que c'est normal ». A la fin d'une grande réunion avec de multiples intervenants, ma chanson a été diffusée dans l'amphithéâtre, et toutes les femmes africaines qui étaient venues témoigner l'écoutaient avec beaucoup d'attention. J'ai rarement eu une telle émotion!

 

Comment percevez-vous le métier d’agricultrice, voyez-vous une évolution ces dernières années ?

J.C. - Je le perçois comme un métier difficile, épuisant et nécessitant un vrai amour de son travail. Je suis assez mal placée pour en parler car il n'y a pas d'agricultrices dans mon entourage proche, mais j'ai l'impression en effet que ce métier est en mutation.

Je me trompe peut-être, mais il me semble qu'il y a quelques années encore, une agricultrice était considérée avant tout comme une femme d'agriculteur, et devait à la fois avoir des compétences en comptabilité, travailler aux côtés de son mari et ne pas compter sur un salaire. Aujourd'hui j'ai l'impression qu'une évolution s'opère et qu'une femme agricultrice a désormais la possibilité d'exercer son talent pour elle-même, en travaillant avec et non plus pour ou grâce à son mari. C'est en tout cas un choix de vie que j'admire.


 

Portrait réalisé en septembre 2009

 

 

 

Plus pointilleuse et peut-être plus exigeante avec l'expérience, Jeanne Cherhal en plein enregistrement de son quatrième album qui sortira en janvier 2010, préfère se donner le temps nécessaire pour être totalement convaincue par son disque fini. De l'écriture à la réalisation et l'enregistrement, elle s'occupe de tout : "J'ai envie de creuser musicalement, notamment au niveau des arrangements." Elle a changé sa manière de travailler, en morcelant l'enregistrement et non plus en l'enchaînant durant trois semaines d'affilée. Dès que deux ou trois chansons sont écrites, elle entre en studio. L'enregistrement va s'étaler sur près d'un an, lui donnant ainsi un recul qui n'était pas possible auparavant.

Par ailleurs, elle a changé de maison de disques, en passant du label indépendant Tôt ou tard à Barclay, maison au prestigieux catalogue : "Avant de signer chez Barclay, j'étais déjà attirée par les artistes de ce label, et je me suis rendue compte que les gens qui y travaillent, ont un regard artistique très aiguisé dont je me sens vraiment proche."

 

Une évolution naturelle

Ce nouvel album qui sera plus fouillé musicalement, avec une tendance pop, Jeanne Cherhal l'a composé davantage à la guitare, il sera moins dans un format traditionnel avec couplet et refrain. Pianiste de formation, elle a toujours privilégié cet instrument au moment de créer une mélodie. La guitare est venue par la suite, elle lui ouvre aujourd'hui des horizons musicaux et harmoniques différents. Pour la première fois, elle a démarré l'écriture des chansons par les notes, puis sont venus les mots. Elle reconnaît que la musique sera plus présente dans cet album : "Avant, elle me servait à accompagner mes textes, il fallait tout le temps que je raconte un truc, aujourd'hui il y a de vrais passages musicaux."

 

De la solitude et des rencontres

L'un des moments qu'elle aime par-dessus tout dans son métier, est celui où elle vient de terminer la création d'une chanson et qu'elle en est contente : "C'est jubilatoire, j'ai encore l'impression de servir à quelque chose", elle ajoute à propos de son métier : "Il est solitaire dans l'aspect créatif, où j'ai besoin d'être dans ma bulle, mais le reste du temps je ne l'envisagerai pas sans toutes ces rencontres qui me font avancer, et les relations fortes avec les musiciens et techniciens lors des tournées."

A ce propos, Jeanne Cherhal réclame de plus en plus à son producteur d'aller chanter à l'étranger, même si cela est plus compliqué à organiser : "J'adore découvrir des pays en faisant ce que j'aime le plus au monde, chanter. On est partis 3 semaines en Afrique centrale dans 5 pays différents, l'expérience humaine a été fabuleuse. J'ai également un souvenir très émouvant  d'un concert à Beyrouth, où les affiches avaient été arrachées, et pourtant le soir la salle était remplie."

 

La portée d'une chanson

Jusqu'à présent, elle n'a laissé à personne le soin de lui écrire une chanson, par pudeur ou frilosité, elle ne se reconnaît pas dans les mots des autres. Pourtant les sujets abordés dans ses chansons ne sont jamais prémédités : "Quand je commence un texte, je ne sais jamais de quoi il va parler, je me laisse emporter par la musicalité des mots, et ensuite ça prend sens." S'il paraît évident qu'elle aime l'humour, elle donne à ses chansons, un point de vue volontairement féminin sur le monde sans se sentir pour autant engagée : "Une chanson n'est pas un bulletin d'information ni un programme politique, c'est avant tout une émotion, un bout de vécu." Ses influences vont de Barbara à Serge Gainsbourg, en lorgnant vers un aspect plus rock avec la chanteuse anglaise P.J. Harvey.

Par souci d'honnêteté, elle a besoin de se sentir concernée personnellement par ce qu'elle chante, voilà pourquoi elle n'abordera jamais certains thèmes comme elle l'a fait récemment en écrivant pour Amandine Bourgeois, la Nouvelle star 2008. Jeanne Cherhal a adoré ce nouvel exercice d'écrire pour les autres, qui lui permet de faire tomber les barrières qu’elle se fixe. Cette chanson intitulée "Etranger" sur la douleur de ne pas avoir connu son père durant l'enfance, elle ne se sentait pas de la chanter et a été bluffée par l"interprétation de la jeune artiste, dont elle a tout de suite apprécié le charisme, l'humilité et le talent. A l'écoute, on reconnaît tout de suite la patte de Jeanne Cherhal. Cette réussite devrait certainement donner le jour à de nouvelles collaborations.

 

Une fille très scène

La scène a toujours été très présente dans la carrière de Jeanne Cherhal, dès ses débuts où elle se produit seule avec son piano jusqu'à sa dernière tournée internationale en 2007 et 2008. Malgré l'expérience de 10 années de concerts et une incontestable renommée, le trac est présent comme au premier jour au moment de se produire devant un public, quelque soit la taille de la salle. Pourtant, la jeune nantaise se fait vite remarquer, on lui propose de participer au Printemps de Bourges un an seulement après son premier concert. Elle y rencontre son futur tourneur et sa future maison de disques.

Son premier album en 2002 est tout naturellement un enregistrement public. Depuis, elle a découvert l'univers du studio avec tout ce que l'on pouvait y faire, et à chaque nouveau disque, elle se fait un peu plus plaisir en osant de nouvelles trouvailles. Dès le second intitulé "12 fois par an", elle reçoit le grand prix du disque de l'Académie Charles Cros et une Victoire de la musique.

 

S'enrichir avec les autres

Il y a beaucoup de fraîcheur et de liberté dans la manière dont Jeanne Cherhal conçoit son métier. Elle n'hésite pas à répondre à des sollicitations juste pour le plaisir, et sortir régulièrement du cadre très formaté album, promo, tournée que suivent la plupart des artistes. Ainsi avec J.P. Nataf l'ancien chanteur du groupe "Les Innocents", elle a fondé un duo où ils interprètent des reprises dans des bars ou des premières parties. De même avec Katel une jeune chanteuse amie : "On a travaillé une douzaine de titres, des chansons françaises des années 1968-69, pour les chanter à l'occasion d'un concert unique. C'est du temps, ce n'est pas lucratif, mais j'adore çà." Elle a également participé au conte musical de Louis Chédid, "Le soldat rose", et parmi ses autres rencontres et collaborations, elle garde un souvenir ému du duo enregistré avec Jacques Higelin, intitulé "Je voudrais dormir".

 

Un élan artistique

L'étudiante qui se destinait à devenir prof de philo, délaisse du jour au lendemain le mémoire qu'elle prépare pour l'obtention de sa maîtrise, afin de se lancer dans la chanson. En faisant du théâtre amateur parallèlement à ses cours, elle croise un jeune auteur compositeur interprète. C'est la révélation : "J'ai compris à ce moment-là que c'était ça que je voulais faire, écrire des chansons." Après avoir rêvé d'être danseuse étant enfant, elle en fait tous les jours durant 4 ans dès l'âge de 9 ans, elle apprend ensuite le piano avec un prof durant une année puis préfère continuer toute seule son apprentissage. Cet instrument va devenir l'élément central de sa création musicale, même si aujourd'hui elle tend à s'émanciper.

Récemment, Jeanne Cherhal a eu l'occasion également de pousser un peu plus loin son expérience de comédienne, en étant l'une des interprètes de la pièce de théâtre "Les monologues du vagin", et en jouant dans deux courts métrages. Ce n'est pas pour autant qu'elle se considère lancée dans cette carrière : "Je suis tellement critique vis à vis des comédiennes qui chantent, que je me demande si j'ai une réelle légitimité là-dedans. Si ça doit se faire ça se fera, mais je ne vais pas le provoquer." La danse n'a pas non plus disparu de sa vie, puisqu'elle continue à en faire pour le plaisir, du classique elle est passée au contemporain.

Parisienne depuis seulement 5 ans, elle s'est totalement acclimatée à la capitale alors qu'elle arrivait tout droit d'une maison en pleine campagne de la région nantaise : "Je vis aujourd'hui dans un quartier du XXe qui ressemble à un village, je connais tous mes voisins et je prends le métro en évitant les heures de pointe. Je profite de la vie parisienne de manière privilégiée." A 31 ans, elle est bien dans sa vie et en particulier dans son métier, et il y a fort à parier que 2010 pourrait bien être l'année Jeanne Cherhal. 

 

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« Je n’ai pas souffert d’être une femme pour la bonne raison que je n’ai jamais voulu le pouvoir »

Publié le par michelmonsay

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Interview réalisée dans le cadre d'un dossier consacré aux femmes

 

Après avoir appris le métier aux côtés de Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber à l’Express, Catherine Nay rejoint Europe 1 où elle est journaliste politique et éditorialiste depuis 37 ans. Elle a toujours su préserver sa liberté et imposer un statut à part avec les livres qu’elle a consacrés avec succès aux hommes politiques, notamment François Mitterrand et Nicolas Sarkozy.

 

Quel a été votre parcours pour parvenir à ce que vous êtes aujourd’hui ?

Catherine Nay - Un jour, alors que j’étais adolescente et voyageais en train avec ma mère et mes frères, il y avait une femme assez jolie dans le couloir, qui fumait accoudée à la fenêtre entrouverte, elle était pour moi l’image de la liberté et je me disais qu’elle devait être journaliste. J’ai toujours voulu faire ce métier pour m’échapper et être indépendante. Afin d’y parvenir, étant originaire de Dordogne, je savais que je ne devais pas faire mes études à Bordeaux mais à Paris. Après avoir convaincu mes parents, j’y suis partie après le Bac avec une amie, où j’ai essayé plusieurs options d’études avant d'entamer une licence de droit. J’ai vite compris que l’indépendance était économique. Ayant jeté mon dévolu sur l’Express que je trouvais moderne, j’y ai fait un stage, puis en 1968 j’ai arrêté ma licence en 3ème année pour devenir journaliste.

L’ambition de ce 1er newsmagazine était de traiter l’actualité autrement que dans un quotidien, avec des papiers incarnés, en y mettant de la pâte humaine et en proposant des portraits. Françoise Giroud pensait que les hommes politiques parleraient plus facilement à des journalistes femmes pourvu qu’elles ne soient pas trop bêtes. Nous étions trois pour la politique avec chacune son pré carré, je m’occupais de la droite. Cela a été merveilleux d’apprendre le métier aux côtés de Françoise Giroud. Je suis resté 7 ans à l’Express, puis en 1975 j’ai intégré Europe 1 et comme dans le fond j’étais un peu timide, je n’étais pas tentée par la télévision.

 

Dans ce métier difficile et plutôt masculin qu’est la radio, avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme ?

C.N. – Assez vite, j’ai voulu écrire des livres à la fois pour prendre du recul sur l’actualité, et comme j’étais la seule fille au service politique d’Europe 1, pour me démarquer des garçons et m’imposer. Je me disais si mes livres marchent, j’aurai un statut qui m’évitera les corvées inintéressantes, comme aller tendre un micro à la sortie du conseil des ministres ou aller attendre à 23h à Roissy le retour d’un politique en déplacement. J’aime par-dessus tout le travail de longue haleine qu’est l’écriture d’un livre, en menant une grosse enquête durant des années. Mon premier livre paru en 1980, « La double méprise » sur la difficile relation entre Giscard et Chirac, s’est bien vendu et de ce fait a changé ma vie. Je ne peux pas dire que ma carrière a été difficile puisque dans le fond j’ai fait ce que j’ai voulu, sauf que j’ai eu des patrons avec lesquels je ne m’entendais pas comme Jérôme Bellay, qui m’a ignoré durant 9 ans à défaut de pouvoir me virer. Dans le métier de journaliste, il y a deux formes de carrière, les solistes et les chefs d’orchestre, j’ai toujours préféré la première même si je participe beaucoup à la vie de la rédaction. Comme femme, j’ai réussi dans un milieu d’hommes en travaillant beaucoup et en préservant ma liberté grâce au succès de mes livres et au bonheur que j’ai eu à les concevoir, notamment « Le noir et le rouge » sur Mitterrand. Je n’ai pas souffert d’être une femme pour la bonne raison que je n’ai jamais voulu le pouvoir.

 

Comment percevez-vous le métier d’agricultrice ?

C.N. – Tout d’abord un grand respect pour ces femmes qui font un métier très dur. J’ai toujours été fasciné par la capacité d’adaptation des agriculteurs. On a l’impression d’un métier éternel qui ne change pas, alors qu’aujourd’hui beaucoup ont des ordinateurs et sont au fait des dernières décisions de Bruxelles. Même si dans certains secteurs cela paraît plus facile, la vie de femmes d’agriculteur est un vrai apostolat avec peu de loisirs, beaucoup de contraintes, des sacrifices pécuniaires, surtout qu’à la télévision leur est proposée toute une gourmandise de la vie dont elles sont exclues. Je suis frappé par leur intelligence, leur bon sens et leur solidité. C’est un métier qui ne doit pas se perdre et j’admire celles qui veulent bien continuer ou prendre la relève.

 

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