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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 08:12

Florian Rousseau 009

 

En étant triple champion olympique et en ayant récolté 10 titres de champion du monde de cyclisme sur piste dans les disciplines de la vitesse, du keirin et du kilomètre, Florian Rousseau possède l’un des plus beaux palmarès du sport français. La reconversion de ce passionné s’est faite naturellement en devenant entraîneur national du sprint sur piste et de Grégory Baugé en particulier, avec de grands espoirs de médailles aux JO de Londres cet été.

 

A quelques jours du début des Jeux, l’excitation est palpable pour Florian Rousseau devenu entraîneur depuis 2005. La magie de cet événement opère toujours autant, le stress et les doutes sont aussi là, peut-être plus que s’il était lui-même sur le vélo. Se sont ses deuxièmes Jeux comme entraîneur après Pékin 2008, où la récolte avec une seule médaille d’argent était moyenne au regard des objectifs bien supérieurs pour Londres. L’or olympique est visé à la fois par équipe mais aussi en individuel avec notamment Grégory Baugé, le champion du monde de vitesse entrainé par Florian Rousseau. Celui-ci a rapidement su qu’il avait des dispositions pour transmettre, et apporter des conseils avisés aux jeunes cyclistes lorsqu’il était lui-même compétiteur.

 

Un virage naturel

A peine sa carrière terminée à 30 ans, il s’est retrouvé entraîneur de l’équipe de France sans passer par des niveaux intermédiaires, et tout s’est enchaîné sans qu’il ne se pose de questions : « Même si cela fait une vingtaine d’années que je suis à l’INSEP, il n’y a aucune lassitude, le métier d’entraîneur n’a rien à voir avec la vie d’athlète. Après 7 ans, je continue d’apprendre au quotidien, et en plus la relation humaine est passionnante. Même si je suis sur le bord de la piste, il y a toujours cette envie de gagne en moi, cette flamme. Je ne dis pas qu’au début l’adrénaline provoquée par une victoire ne m’a pas manqué, mais aujourd’hui les émotions que j’ai avec les athlètes que j’entraîne lorsqu’ils gagnent, sont très fortes aussi. »

Cette nouvelle expérience a forcé sa nature introvertie à s’ouvrir aux autres et à montrer davantage ce qu’il ressent. Florian Rousseau a aussi appris à s’adapter à la personnalité d’un coureur, sans essayer de calquer son propre modèle. La relation psychologique entre l’entraîneur et son athlète est aussi importante à ses yeux que la préparation physique. Aujourd’hui, 12 coureurs sont sous sa responsabilité à l’INSEP, 9 hommes et 3 femmes spécialisés dans les épreuves de sprint, et même s’il est l’entraîneur particulier du meilleur mondial Grégory Baugé, il tient à la cohésion du groupe qui s’entraîne le plus souvent ensemble. Le cyclisme sur piste français avec 88 médailles olympiques depuis 1896 est la 1ère nation mondiale, et Florian Rousseau contribue aujourd’hui à transmettre cet héritage, cette culture de la gagne que lui-même a porté si haut.

 

Un discret sur le devant de la scène

Son palmarès impressionnant avec 3 médailles d’or aux JO et une d’argent, plus 10 titres de champion du monde, lui a apporté une belle notoriété pour sa discipline plutôt confidentielle en dehors des Jeux. Cette hypermédiatisation des JO où il est passé au journal de 20h, a fait la une de L’Equipe et où on le reconnaît encore aujourd’hui dans la rue, l’amuse et ne lui laisse aucune amertume par rapport à d’autres sports sur le devant de la scène en permanence. Très rigoureux sur son entraînement et n’aimant pas se mettre en avant, il n’a pas profité autant qu’il aurait pu de sa notoriété durant sa carrière, en refusant des sollicitations notamment pour la télé. Maintenant qu’il est entraîneur, il l’accepte plus volontiers pour faire parler du cyclisme sur piste ou pour soutenir des causes, comme récemment avec la fédération française de cardiologie afin de promouvoir l’activité physique.

 

Rien ne vaut les Jeux Olympiques

Sport semi-professionnel, le cyclisme sur piste ne permet pas à tous ses pratiquants d’en vivre, seul les coureurs ayant un nom reconnu peuvent obtenir des partenaires pour du sponsoring, surtout lorsqu’ils brillent aux JO comme Florian Rousseau. Certains sont tétanisés par l’enjeu exceptionnel des Jeux, d’autres comme lui s’en nourrissent : « Etre champion olympique est le graal d’un sportif ». Il l’a été dans les disciplines du kilomètre en 1996, du keirin et en vitesse par équipe en 2000. Seul petit bémol de sa carrière, ne pas avoir été champion olympique de vitesse individuelle à Sydney en 2000, alors qu’il était le meilleur au monde depuis 4 ans. La forte rivalité avec un autre français Laurent Gané qu’il réussit à battre en ½ finale après 3 manches très disputées et épuisantes, l’empêche de se présenter en pleine possession de ses moyens pour la finale où il est dominé et obtient la médaille d’argent. Le lendemain en se battant comme un chien selon ses mots, il devient champion olympique de keirin.

 

Un mental hors du commun

Sydney avec 3 médailles, 2 d’or et une d’argent, restera le plus beau souvenir de sa carrière, ainsi que le 3ème titre consécutif de champion du monde de vitesse qu’il obtient en 1998, d’autant que cela se passe à Bordeaux devant sa famille et 5000 personnes qui hurlent dans le vélodrome. Sa fin de carrière est plus délicate, il se sent un peu usé, manque de motivation et ne se qualifie pas pour les Jeux d’Athènes en 2004. Il est temps de tourner la page pour Florian Rousseau surtout que le mental a toujours été une de ses principales forces. Capable de se surpasser lorsque l’enjeu est important à ses yeux, il a récolté ainsi 18 médailles mondiales et 4 olympiques en 13 ans de carrière. A côté de ce mental, il s’imposait une hygiène de vie sans concessions : « Si je loupais un entraînement, je culpabilisais, et même le 1er janvier j’y étais sans que je ne le ressente comme un sacrifice. Idem pour les soirées où je rentrais à minuit, le bon vin dont je ne prenais qu’un demi-verre, et mes amis d’enfance auprès desquels je n’ai pas entretenu les relations. J’étais égoïste, il n’y avait que le vélo à 100%. »

 

Un corps sculpté par le travail

Ses performances et sa morphologie impressionnante ont inévitablement éveillés des soupçons de dopage, notamment dans un reportage assez orienté de l’émission Envoyé spécial : « Cela m’avait blessé, mais quel moyen j’avais de prouver que l’on pouvait faire du très haut niveau dans ma discipline en étant sain. D’autant que c’était peine perdue avec le cyclisme sur route qui est vraiment touché par le dopage, et les gens n’hésitant pas à faire un amalgame. La masse musculaire des pistards s’acquiert avec des années de travail à soulever des barres, et 25 heures d’entraînement par semaine sur le vélo, où il y a de la souffrance physique. Pour repousser sans cesse mes limites, cela m’est arrivé d’aller très loin dans l’effort et de vomir après, d’avoir mal à la tête, de me sentir très mal. Pourtant, c’était toujours un plaisir d’aller à l’entraînement. »

 

A peine enfourché un vélo, déjà champion !

Assez rêveur en classe et d’un tempérament très sportif dès son plus jeune âge, le vélo est arrivé par hasard pour Florian Rousseau à 12 ans, lorsque son parrain lui en offre un à Noël, et lui propose de participer 6 mois plus tard à une course locale où il finit 2ème. Ce résultat va déterminer sa vie. Attiré d’abord par le cyclisme sur route dans lequel il s’identifie à Bernard Hinault, il gagne de nombreuses courses dans sa région natale près d’Orléans, où le terrain plat favorise les arrivées au sprint. Il fait parallèlement un peu de piste et à 16 ans on lui propose d’intégrer l’INSEP, détectant en lui un potentiel pour le haut niveau. A partir de là, tout s’enchaîne à une vitesse incroyable… puisqu’il devient rapidement champion de France, puis à 18 ans champion du monde juniors et dès l’année suivante, il obtient son 1er titre de champion du monde chez les grands.

 

Le culte de la performance physique

Ce besoin de sport qu’il a toujours eu est présent encore aujourd’hui à 38 ans, où il continue par addiction à s’entraîner 6 heures par semaine. Lorsqu’il ne fait pas de vélo, il pratique la plongée sous-marine, aime les voyages, la nature, bien manger maintenant qu’il peut se l’autoriser un peu plus, et aller voir d’autres sports ou des spectacles qui mettent en avant la performance physique, comme la danse ou le cirque. Pour l’avenir, il se souhaite une vie toujours aussi remplie avec des émotions aussi fortes en restant entraîneur encore quelques années. Puis, il sera temps de trouver un nouveau défi, peut-être à la direction technique nationale du cyclisme. Ou pour s’amuser de temps en temps, être consultant ponctuel à la télé, même si la 1ère expérience à la fin de sa carrière n’avait pas été concluante, mais c’était avant d’opérer sa mue d’athlète à entraîneur, époque où il était encore un peu sauvage et pas très à l’aise.

 

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Published by michelmonsay - dans Portraits
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