Fascinante méditation sur le temps, les souvenirs et l’approche de la mort
La beauté et la cruauté de ce film sont indissolublement liées. Les Fraises sauvages démontre l'inanité d'une existence si pleinement réussie aux yeux des hommes, la dérisoire fragilité de tout ce temps vécu, de tout ce temps perdu. Il est cruel ce jeu de la vérité, de l'ultime vérité, auquel Ingmar Bergman contraint son personnage central, un médecin chargé d'honneurs de 78 ans, à jouer avec lui-même. Tant de cruauté pourrait être insupportable mais nous entendons, presque à chaque image, l'appel de la jeunesse et du bonheur. Dans ce bilan d'une existence, le grand cinéaste se montre d'une honnêteté impressionnante pour dire l'hypocrisie qui mine une histoire familiale partie en lambeaux, la dureté du temps qui passe et finit par confondre la valeur de la vie et celle de l'héritage. Il n'a alors que 39 ans et semble avoir déjà tiré les leçons de toutes les désillusions possibles. Mais sa clairvoyance n'est jamais amertume. D'abord parce que son amour du cinéma le tourne vers le renouveau, la modernité : Les Fraises sauvages est un film libre, un road-movie avant l'heure. Ensuite parce qu'il sait brillamment entretenir le doute, montrer la relativité des choses, et surtout la poésie irradie. Rien de déprimant ici, mais une sourde mélancolie, une prise de conscience de tout ce qui fait le charme et les illusions de la vie, une rêverie nostalgique exprimée en images. C'est le grand réalisateur Victor Sjöström, ayant débuté à l’époque du muet, qui incarne le docteur. En demandant à l'une des plus célèbres personnalités du cinéma suédois, d'être son interprète, Ingmar Bergman, au-delà de l'hommage qu'il lui rend, a associé à son œuvre non pas un comédien mais un véritable créateur. Ce que Sjöström apporte au film est incalculable. Toutes les intentions de Bergman, Sjöström les a non seulement mises en évidence mais pour ainsi dire dépassées, c'est l'immense lassitude de son âme qu'il nous a fait saisir. Aux côtés du grand réalisateur acteur, Ingrid Thulin, belle et grave, et Bibi Andersson, exquise de fraîcheur, de fantaisie, de spontanéité dans un double rôle. Rêve et réalité, passé et présent, souvenirs et espoirs, regrets et mélancolie, le film est une magnifique promenade avec l’amour et la mort. Les Fraises sauvages a reçu, entre autres récompenses, l’Ours d’Or à la Berlinale 1958.
Les Fraises sauvages est à voir ou revoir ici pour 3,99 € en location.
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