Un chef d’œuvre d’une sensibilité et d’une délicatesse absolues
Le sol français accueille l'admirable cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi, qui nous avait déjà éblouis avec Asako et Contes du hasard ou Drive my car pour ne citer qu'eux, et lui permet d’y inscrire le cadre de son nouveau chef-d’œuvre : Soudain, au cœur duquel la formidable Virginie Efira trouve l'un de ses plus beaux rôles. Il y a au cœur de ce film deux femmes qui se rencontrent, et quasi instantanément se met à circuler une énergie singulière, et rarement filmée pour le grand écran : soit une relation dénuée de tout érotisme, mais entièrement focalisée sur l’écoute entière, l’échange, le dialogue, la conversation, le partage, le soutien mutuel, et, chose miraculeuse : une réelle compréhension. Tout, dans ce film bouleversant, participe ainsi de ce mouvement perpétuel, dont on sent l’élan naissant à l’instant précis de la rencontre. Tout dans ce récit repose sur une cadence douce, maîtrisée, apaisante, qui croit manifestement en un monde où la concorde aura damé le pion à la frénésie, où les névroses collectives auront trouvé leur antidote, où la mélancolie reculera au profit de l’entraide. Rien, jamais, ne vient troubler la beauté fulgurante qui se déploie à l’écran car Ryusuke Hamaguchi, en réponse à notre réalité capitaliste qui, au-dehors de la salle, se dévitalise de toute bienveillance et de toute recherche d’altérité, érige, lui, une douceur et une humanité fulgurantes. Voir ces deux femmes discuter, se comprendre et s’aimer, plonger leurs regards dans celui d’une vieille dame dévaste, terrasse, car cette douceur est une gifle rappelant tout ce dont on nous prive. Tout ce dont on se prive. Tout, dans Soudain, est vecteur d’émotion sans que l’on puisse toujours, ou tout à fait, savoir comment, pourquoi. Peut-être parce que, raconteur de génie, le cinéaste capte les vibrations invisibles du monde et crée la sidération avec rien ou si peu. Quand tout, au-dehors, pousse à la résignation, avec un talent très rare, Ryusuke Hamaguchi tente, pendant 3h16, de rendre possible l’impossible, de soigner le monde. Comment ne pas le suivre ? Soudain aurait dû avoir la Palme d’or du Festival de Cannes 2026. Au final, il est reparti avec un double prix d’interprétation féminine amplement mérité pour Virginie Efira et Tao Okamoto, deux actrices en état de grâce dans cette rencontre bilingue, entre français et japonais. Ryusuke Hamaguchi confirme une nouvelle fois sa place essentielle sur la carte du cinéma mondial.
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