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Quand la farce et la pensée écologique font cause commune

Publié le par Michel Monsay

Quand la farce et la pensée écologique font cause commune

Épicentre d’un groupe de six interprètes, Emmanuelle Bercot, que l'on avait déjà apprécié au théâtre dans Together et qui nous a aussi impressionné en tant que cinéaste avec La tête haute, orchestre une parodie d’émission de radio qui tente de repenser nos modes de vie dans un monde qui s’effondre. Signée par les comédiens Jules Sagot et Christophe Montenez, cette comédie aux accents de farce allie gaieté théâtrale, questionnements écologiques et tragique existentiel. Les différents protagonistes de cette émission de radio se laissent aller à des déséquilibres et des débordements, et au lieu d’essayer de recadrer cette édition spéciale consacrée à l’écologie, Dans le ventre des cerveaux s’enfonce dans leurs dérapages. Les trois personnages centraux vident des verres de vin aussitôt reremplis, mangent des plats préparés en direct par une cuisinière, ricanent, badinent, s’esclaffent, ne prennent finalement pas très au sérieux le sujet qui les occupe. Au bord du chaos, ils font le pari de la fuite en avant. C’est bien sûr la course folle de l’humanité vers un futur qui n’a plus grand-chose d’incertain qui est ici pointée du doigt. Allégorie des comportements souvent inappropriés, parfois absurdes, que nous brandissons face à l’emballement de la crise climatique, le spectacle satirique, imaginé par Jules Sagot, le geek du Bureau des légendes, et le sociétaire de la Comédie-Française Christophe Montenez, investit dans son propos comme dans sa forme, la situation complexe, voire insoluble, à laquelle nous sommes toutes et tous individuellement confrontés. Dépassant l’opposition simpliste qui renvoie dos à dos bons vivants et écolos, Dans le ventre des cerveaux casse peu à peu les codes de comédie réaliste instaurés en début de représentation pour avancer vers une forme de grotesque plus libre, dans la veine du film de Marco Ferreri, La grande bouffe. Déjantée et disparate, la pièce s’autorise des suites de rots et de flatulences, tout en ouvrant des champs de réflexions très sérieux sur la décroissance, la pensée systémique, la sixième extinction de masse, l’amnésie générationnelle. Sans dogmatisme, sans moralisme, nourrie d’enregistrements documentaires comme celui du grand Michel Simon qui nous parle de la disparition des oiseaux en 1965, de chant lyrique et de musique électronique, la pièce tend un miroir à notre sentiment d’impuissance et à nos contradictions. Entre bouffées burlesques, tragiques et poétiques, Dans le ventre des cerveaux chasse définitivement l’idée d’une solution facile qui pourrait résoudre les dilemmes existentiels qui tourmentent nos esprits. Par le biais de cette fausse émission de radio et avec une bonne dose de satire, le spectacle dézingue l’inertie du monde politique et médiatique face à la catastrophe climatique. On ne peut que s'en réjouir, d'autant que les performances épatantes d’Emmanuelle Bercot, de Sharif Andoura et de Jean-Charles Clichet participent pleinement à la réussite de la farce.

Dans le ventre des cerveaux est à voir au Théâtre des Bouffes du Nord jusqu'au 25 octobre.

Publié dans Théâtre

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Robert Capa, un photographe engagé et un destin romanesque

Publié le par Michel Monsay

Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque

Le Musée de la Libération de Paris consacre une exposition à Robert Capa, figure du photoreportage de guerre. De celle d’Espagne au Débarquement en Normandie, de la Libération de Paris jusqu’à l’Indochine, Robert Capa n’est pas seulement un témoin, il est un acteur de l’image, un homme engagé traversant son époque avec une vision humaniste. Immigré hongrois d’origine juive, il s’impose comme l’un des grands noms du photojournalisme en affrontant le danger pour capter l’intensité des combats. L’exposition s’attache autant à raconter son parcours qu’à dévoiler les mécanismes qui ont construit sa légende : choix du cadrage, sélection des images, montage éditorial, diffusion médiatique… Autant d’éléments qui façonnent notre perception des conflits. L’exposition donne accès à un ensemble de documents originaux : planches-contacts, tirages rares comme celui du premier Roch Hachana célébré dans une synagogue de Berlin en 1945, archives éditoriales, notes et objets personnels, photos en couleur. Inventeur d’un style direct et immersif, Capa a imposé une nouvelle manière de couvrir la guerre, au plus près de l’action, au risque de sa vie. Son personnage s’est construit autour d’un mythe, celui du photographe audacieux et insouciant, il en est mort à 40 ans durant la Guerre d'Indochine. Ses photographies interrogent la réalité toujours actuelle du métier de reporter de guerre et le danger inhérent au fait de témoigner des conflits. En 2024, cinquante-quatre journalistes ont encore perdu la vie dans l’exercice de leur mission, pour la plupart dans des zones de conflit.  Les engagements antifascistes de Capa prédominent son travail et son flair de photographe le guide. Il est dans l'action, là où il faut être, des plages de Normandie jusqu'à Bayeux, puis Chartres et il remonte vers Paris en ces mois de 1944, mais son humanisme ne le quitte pas. Preuve avec cette femme, une tondue de la Libération. C'est l'épuration, quand certains Français poursuivent de leur haine les femmes qui ont couché avec l'allemand. Capa s'éloigne d'elle et capte cette scène d'une foule et d'une accusée, son enfant sur les bras : Coupable de dénonciations et de collaborations ? Mère sacrifiée par l'Histoire ? Simone Touseau avait 23 ans. La force du photographe : ne pas juger cette jeune femme, ni cette foule mais poser en image les inextricables questions. Mais Capa ne serait pas Capa sans le personnage romanesque et flamboyant qu'il fut, ami d'Hemingway, de Steinbeck, amant d'Ingrid Bergman, il a cofondé la célèbre agence Magnum en 1947 pour que les photographes restent propriétaires de leurs images, contrôlent les légendes et interdisent les recadrages manipulateurs. À la fin de l'exposition, un étonnant montage d'archives cinématographiques nous montre Robert Capa en action durant la Libération de Paris et la liesse qui s'en suivit, un photoreporter qui n'a jamais trahi sa ligne, celle d'un exilé, d'un antifasciste, et d'un homme qui croyait que l'image pouvait changer le monde.

Robert Capa, photographe de guerre est à voir jusqu’au 20 décembre au Musée de la Libération de Paris.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première et faites défiler avec les flèches.

Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
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Publié dans Expos

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Prodigieux Paul Seixas, phénomène de précocité

Publié le par Michel Monsay

Prodigieux Paul Seixas, phénomène de précocité
Prodigieux Paul Seixas, phénomène de précocité
Prodigieux Paul Seixas, phénomène de précocité
Prodigieux Paul Seixas, phénomène de précocité
Prodigieux Paul Seixas, phénomène de précocité
Prodigieux Paul Seixas, phénomène de précocité

Vainqueur en solitaire après une accélération à 19 km de la ligne, Paul Seixas est devenu ce samedi le plus jeune vainqueur de l'histoire du Tour de Lombardie. À 20 ans, il remporte le premier Monument de sa carrière mais aussi devient le plus jeune vainqueur d'un Monument, détrônant un certain Eddy Merckx. Les cinq monuments du cyclisme sont les courses d'un jour sur route les plus anciennes, les plus difficiles et les plus prestigieuses du calendrier : Milan-San Remo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie. À 19,2 km de Côme, sur les pentes du terrible Civiglio, Paul Seixas est remonté en tête du peloton pour accélérer en restant assis. Pris en chasse par le champion du monde Brandon McNulty, le Français a insisté pour faire d'abord plier Remco Evenepoel, le 2e du Tour de France, et les autres leaders un à un, comme Isaac Del Toro, le 3e du Tour de France. Tom Pidcock et Giulio Ciccone ont tenté de faire de la résistance mais le Français a maintenu son effort au train pour se débarrasser du Britannique puis de l'Italien à 18 km de Côme. Il a ensuite été capable de creuser son avance jusqu'à l'arrivée alors qu'il restait encore l'ascension de San Fermo della Battagli. Paul Seixas a pu gérer un matelas d'une quarantaine de secondes d'avance sur Enric Mas, le récent vainqueur du Tour d'Espagne, qui finit deuxième et Giulio Ciccone, troisième. Avec cette magnifique victoire, Paul Seixas boucle une saison exceptionnelle, seulement sa deuxième chez les professionnels. Au total, il a remporté huit succès en 2026, notamment la Flèche Wallonne et le Tour du Pays basque, pris la quatrième place du Tour de France, dont il a été le plus jeune participant depuis 1937, et terminé deuxième de Liège-Bastogne-Liège et des Strade Bianche, à chaque fois derrière Tadej Pogacar. Il succède d'ailleurs au palmarès du Tour de Lombardie au Slovène, quintuple vainqueur sortant, qui était absent cette année après sa lourde chute sur la Vuelta en août. Le prodige français, frustré lors des récents championnats du monde au Canada, a montré toute l'étendue de son talent, qui fera certainement encore plus d'étincelles dès l'année prochaine, où son duel avec Pogacar sera très attendu.

Un résumé de l'exploit de Paul Seixas :

Publié dans Chroniques

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Une série d'une délicatesse à fleur de peau qui dépoussière notre vision de la maladie mentale

Publié le par Michel Monsay

Une série d'une délicatesse à fleur de peau qui dépoussière notre vision de la maladie mentale

Florence Longpré explore la psychiatrie avec réalisme et émotion dans cette étonnante série québécoise d'une belle justesse d’écriture, où soignants et patients se confrontent à leurs propres limites dans un voyage émotionnel au cœur des fragilités humaines. Le ton est donné, tendre et rugueux, mais aussi engagé : dès lors que le stigmate de la maladie mentale n’épargne pas les soignants, c’est une nouvelle conception de la psychiatrie qui se dessine, moins paternaliste. Traumatisée à différentes étapes de sa vie mais au professionnalisme aigu, le personnage central bouscule l’institut psychiatrique de Montréal avec un mélange d’autorité médicale et de sensibilité assumée, qui lui permet de dresser des ponts vers les patients les plus retranchés. Ce propos très actuel sur la santé mentale, la scénariste et épatante actrice Florence Longpré l’inscrit dans une narration flamboyante. Au Québec, cette comédie dramatique, romantique et féministe a remporté un succès historique. La Montréalaise de 41 ans, pour préparer Empathie, a passé trois ans à échanger avec des psychiatres, des psychologues et des patients, au fil de ce qu’elle appelle une étude clinique. Elle s’est aussi nourrie de sa propre expérience d’aide-soignante, ayant travaillé quatre ans en hôpital avant que sa carrière artistique décolle, et du souvenir d’une dépression traversée dans sa jeunesse. Cette série audacieuse, non dénuée d'humour et profondément humaine, alterne drame intime et moments d’empathie salvateurs, cette notion de plus en plus ignorée voire décriée dans notre société. Le duo formé par Florence Longpré et Thomas Ngijol, dans un rôle à contre-emploi qui lui va très bien, fonctionne parfaitement. Tel un couple de danseurs, chacun emboîte son pas dans celui de l’autre. En dix épisodes, Empathie, à la bienveillance contagieuse, injecte de l’humour dans cet univers, que ce soit à travers les réparties tranchantes de son héroïne ou le burlesque de certaines situations. On découvre au fil des épisodes des secrets de famille, histoires tragiques, suspense amoureux…, des ingrédients qui savent nous happer, dans cette série assez fine et mordante pour ne jamais sombrer dans le mélo. 

Empathie est à voir ici sur Canal + Séries pour 6,99 €, un mois d'abonnement que l'on peut résilier à tout moment. Pour s'abonner, c'est ici.

Publié dans replay

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Léa Drucker, bouleversante de vérité

Publié le par Michel Monsay

Léa Drucker, bouleversante de vérité

Après Les Amours d'Anaïs, avec l'irrésistible Anaïs Demoustier, Charline Bourgeois-Tacquet, figure montante de la jeune garde féminine du cinéma français, revient avec un deuxième long-métrage dans lequel elle brosse le portrait d'une quinquagénaire, grande chirurgienne, dont la vie survoltée est soudain ébranlée par une rencontre, tout en dressant un état des lieux de l'hôpital public sous pression. C'est l'histoire, dans toutes les sphères de sa vie, d'une femme accomplie, heureuse de ses choix, même si parfois, de manière fugace, des ombres traversent ses paysages intérieurs. Léa Drucker est exceptionnelle dans la peau de ce magnifique personnage débordant d'énergie, de courage et de liberté. Avec La Vie d'une femme, la réalisatrice met en scène sans concession les difficultés et carences de l'hôpital public, victime d'un manque de plus en plus criant de moyens, mais toujours debout grâce aux convictions et à l'énergie d'hommes et de femmes comme la merveilleuse héroïne de son film. Cette femme de cinquante-cinq ans continue à désirer, travailler, aimer et se transformer dans une société qui préfère souvent invisibiliser les femmes de son âge, et n’est ni une héroïne sacrificielle ni une femme en crise. Après avoir filmé scène après scène mille choses en même temps dans la première partie de son film, Charline Bourgeois-Tacquet se concentre sur une seule, un frémissement amoureux, et redouble par contraste son intensité avec une caméra vibrante de sensualité sans jamais céder à la complaisance. La réalisatrice et scénariste excelle aussi dans le détail piquant, le contrepoint burlesque, le dialogue incisif. Entourée d'une belle distribution, Léa Drucker porte avec maestria ce film délicat, portrait d'une femme épanouie et actrice de sa vie. Cette femme puissante, la comédienne aux deux Césars pour Dossier 137 et Jusqu'à la garde, dont l'immense talent illumine chaque seconde l'écran, s'en empare avec une vérité bouleversante, une force fragile dont la caméra sensible de Charline Bourgeois-Tacquet capte toutes les infinies nuances avec élégance et profondeur. 

Publié dans Films

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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal

Publié le par Michel Monsay

Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal

À la croisée de la bande dessinée, de la peinture et du cinéma, Enki Bilal a construit une œuvre unique et visionnaire. Désormais, cet univers trouve un point d’ancrage permanent avec l’ouverture d’un fonds au nom de son créateur au cœur de la capitale. Ce nouvel espace inaugure ses activités avec une vaste rétrospective qui retrace le parcours d’un artiste qui occupe une place à part dans le paysage culturel français. Auteur de bande dessinée devenu peintre, cinéaste, scénographe et observateur aigu des bouleversements du monde contemporain, Enki Bilal a fait sortir le neuvième art de ses cases habituelles pour l’installer dans les musées et les centres d’art. Pour inaugurer ce nouveau lieu, une vaste rétrospective rassemble plus de 200 œuvres : planches originales, peintures, dessins, sculptures et extraits de films. Ses récits d’anticipation, souvent qualifiés de prophétiques, interrogent la guerre, les nationalismes, l’environnement ou encore les mutations technologiques. Marqué par son enfance dans la Yougoslavie de Tito, Enki Bilal scrute depuis plus de 50 ans dans son œuvre les dérives politiques, les fragilités démocratiques, et s’inquiète ces dernières années de l’accélération de notre société, et de l’addiction au numérique. À l'aube du XXIe siècle, Enki Bilal a opéré une évolution fondamentale dans sa manière de travailler. Délaissant la planche conçue comme un ensemble, le fabuleux dessinateur réalise désormais chaque case comme une peinture autonome, à l’acrylique ou au pastel, avant d’assembler la séquence et d’ajouter les textes. En plus d'avoir révolutionné le genre de la science-fiction, il a créé un univers graphique fascinant marqué par la grisaille et les éclaircies de rouge et de bleu. Un monde où le chaos, la violence et les dérives de notre monde contemporain deviennent une esthétique à part entière. Ce qui frappe dans cette très belle rétrospective, c’est l’étonnante actualité de ces visions, élaborées parfois plusieurs décennies auparavant. Enki Bilal n’a jamais conçu la science-fiction comme une échappatoire. Son matériau premier demeure l’information. Chaque crise, chaque conflit, chaque basculement géopolitique devient pour lui un point de départ vers une fiction d’anticipation. Derrière les visions sombres de son univers subsiste toujours la possibilité d’un sursaut, la conviction que l’humain conserve une capacité de résistance face au désastre. L’exposition met aussi en lumière son goût pour l’hybridation. Humains augmentés, corps transformés, créatures à la frontière de l’animal et de la machine, traversent ses œuvres. Derrière ces métamorphoses se dessine une réflexion constante sur les limites de la puissance humaine et les ambiguïtés du progrès technologique. Le maître de la BD d’anticipation de 74 ans présente l'ouverture de ce nouvel espace d'exposition muséal comme un acte de résistance face aux dangers menaçant l’art. On applaudit des deux mains pour l'initiative et le bonheur de se plonger dans les toiles et dessins de ce créateur de génie.

Exposition inaugurale Enki Bilal est à voir au Fonds Enki Bilal jusqu'au 1er novembre.

Pour voir les sublimes dessins et peintures d'Enki Bilal en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal

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Émouvant récit d'apprentissage entre ombres et lumière

Publié le par Michel Monsay

Émouvant récit d'apprentissage entre ombres et lumière

Félix de Givry porte de nombreuses casquettes : d'abord brièvement acteur, il a notamment joué dans Eden de Mia Hansen-Love en 2014, puis en 2018, il fonde une société de production avec Ugo Bienvenu. Les deux amis produisent et coécrivent Arco, le très beau film d'animation réalisé par Ugo Bienvenue qui a cumulé plus de 400.000 entrées en France et remporté deux César en début d'année, coproduit par Natalie Portman. Aujourd'hui, Félix de Givry réussit son passage à la mise en scène avec Adieu monde cruel, une évocation lyrique de l’adolescence qui se différencie d'autres œuvres sur le sujet par la teneur des personnages, mais aussi par son approche cinématographique. Sans être strictement autobiographique, le scénario s'appuie sur des souvenirs. Adolescent, Félix de Givry a subi du harcèlement scolaire au collège, mais à peine cette porte ouverte au début du film, il prend soin de s’en éloigner, refermant bien vite l’accès à ce sujet social. Dès l’ouverture du film, la voix off de Françoise Lebrun ancre le film dans la tradition du conte, avec ce plaisir de raconter qui transparait dans l'usage de la pellicule 16 mm, donnant une texture granuleuse et imprimant au film une apparence joliment datée. Le déroulé de l'histoire jusqu'à son traitement nous ramène à une autre époque du cinéma. Celle des années 1960 et de la Nouvelle Vague à laquelle le jeune réalisateur rend hommage, jusque dans la typographie du générique et du mot Fin inscrit sur la dernière image figée. On pense notamment à François Truffaut et son Antoine Doinel. Ce qui intéresse Félix de Givry, c’est de saisir une certaine vibration de l’adolescence. La sienne, sans doute, comme celle des enfants d’aujourd’hui. A commencer par ce rapport plus intense à l’existence. Le charme d'Adieu monde cruel opère aussi grâce à l’alchimie du couple de jeunes acteurs : le garçon est interprété avec autant de candeur que de noirceur par Milo Machado-Graner, révélé en fils malvoyant et extralucide dans Anatomie d’une chute, le chef-d'œuvre de Justine Triet, et la fille par la révélation Jane Beever qui, pour son premier rôle, irradie à chaque image. À travers ce récit d’une fugue adolescente, Félix de Givry signe un très beau film baigné d'une douce mélancolie, hors du temps et dans la vie, sur le mal-être des jeunes, qui s’ouvre dans la nuit noire et nous laisse dans la lumière de l’été, avec deux jeunes acteurs très touchants.

Publié dans Films

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Fascinante méditation sur le temps, les souvenirs et l’approche de la mort

Publié le par Michel Monsay

 Fascinante méditation sur le temps, les souvenirs et l’approche de la mort

La beauté et la cruauté de ce film sont indissolublement liées. Les Fraises sauvages démontre l'inanité d'une existence si pleinement réussie aux yeux des hommes, la dérisoire fragilité de tout ce temps vécu, de tout ce temps perdu. Il est cruel ce jeu de la vérité, de l'ultime vérité, auquel Ingmar Bergman contraint son personnage central, un médecin chargé d'honneurs de 78 ans, à jouer avec lui-même. Tant de cruauté pourrait être insupportable mais nous entendons, presque à chaque image, l'appel de la jeunesse et du bonheur. Dans ce bilan d'une existence, le grand cinéaste se montre d'une honnêteté impressionnante pour dire l'hypocrisie qui mine une histoire familiale partie en lambeaux, la dureté du temps qui passe et finit par confondre la valeur de la vie et celle de l'héritage. Il n'a alors que 39 ans et semble avoir déjà tiré les leçons de toutes les désillusions possibles. Mais sa clairvoyance n'est jamais amertume. D'abord parce que son amour du cinéma le tourne vers le renouveau, la modernité : Les Fraises sauvages est un film libre, un road-movie avant l'heure. Ensuite parce qu'il sait brillamment entretenir le doute, montrer la relativité des choses, et surtout la poésie irradie. Rien de déprimant ici, mais une sourde mélancolie, une prise de conscience de tout ce qui fait le charme et les illusions de la vie, une rêverie nostalgique exprimée en images. C'est le grand réalisateur Victor Sjöström, ayant débuté à l’époque du muet, qui incarne le docteur. En demandant à l'une des plus célèbres personnalités du cinéma suédois, d'être son interprète, Ingmar Bergman, au-delà de l'hommage qu'il lui rend, a associé à son œuvre non pas un comédien mais un véritable créateur. Ce que Sjöström apporte au film est incalculable. Toutes les intentions de Bergman, Sjöström les a non seulement mises en évidence mais pour ainsi dire dépassées, c'est l'immense lassitude de son âme qu'il nous a fait saisir. Aux côtés du grand réalisateur acteur, Ingrid Thulin, belle et grave, et Bibi Andersson, exquise de fraîcheur, de fantaisie, de spontanéité dans un double rôle. Rêve et réalité, passé et présent, souvenirs et espoirs, regrets et mélancolie, le film est une magnifique promenade avec l’amour et la mort. Les Fraises sauvages a reçu, entre autres récompenses, l’Ours d’Or à la Berlinale 1958.

Les Fraises sauvages est à voir ou revoir ici pour 3,99 € en location.

Publié dans replay

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Un film intense sur l'emprise, porté par deux interprètes épatants

Publié le par Michel Monsay

Un film intense sur l'emprise, porté par deux interprètes épatants

La réalisatrice Géraldine Nakache nous a déjà prouvé l’acuité de son regard sur la complexité des rapports humains. De Tout ce qui brille (2010) à J’irai où tu iras (2019), il a toujours été question, derrière la comédie, de liens, d’appartenance, de loyauté, de la place que l’on occupe dans la vie des autres et du regard qu’ils posent sur nous. Pour son quatrième long-métrage derrière la caméra, elle change radicalement de registre sans tout à fait changer de sujet. Avec ce thriller psychologique et pamphlet contre une interprétation dévoyée de la religion à des fins d'instrumentalisation, Géraldine Nakache réussit son incursion dans un genre dramatique. Comme Maïwen avec Mon roi, ou encore Valérie Donzelli dans L'amour et les forêts, adapté du roman d'Éric Reinhardt, Géraldine Nakache raconte une histoire d'emprise, et l’état de confusion dans lequel elle plonge la femme au sein du couple. Le film ajoute une singularité à cette thématique, en y intégrant la dimension religieuse, qui offre quand elle est pratiquée de manière radicale un cadre propice à l'expression des rapports de domination masculine, et donne ici au mari des armes supplémentaires, sous forme d'arguments, pour soumettre sa femme. L'excellente interprétation de Mona Chokri, l'actrice réalisatrice de Simple comme Sylvain notamment, sobre, nuancée, transmet avec justesse les sentiments contradictoires qui traversent son personnage, nous faisant saisir son chemin intérieur, la complexité de ce type de relation, et les difficultés pour la victime pour s'en extraire malgré l'évidence de la violence qui conduit à l'impasse. En face, Niels Schneider incarne remarquablement un spécimen classique de ce type de dominateur toxique, un homme beau, charismatique, plein de charme, capable de passer de la douceur à la brutalité, des insultes aux larmes, du mâle dominant colérique à la victime pleurnicharde, en un claquement de doigts. Clémentine Célarié est très juste en mère aimante, constamment tiraillée entre sa joie naturelle, son optimisme, ses doutes et sa terreur grandissante. L'une des réussites du film tient à son approche presque clinique de la violence psychologique. Géraldine Nakache privilégie une violence invisible aux démonstrations spectaculaires. Ici, pas de coups ni de sang : la domination passe par les mots qui rabaissent, culpabilisent, menacent, isolent et enfin dépossèdent. Elle installe progressivement un malaise qui contamine chaque échange, jusqu’à transformer le quotidien conjugal en véritable piège mental. Par une caméra toujours proche de sa protagoniste, le film met le doigt avec une grande justesse sur la masculinité toxique de son mari, en apparence bien sous tous rapports mais qui allie rigueur religieuse détournée à ses propres fins et contrôle de sa compagne. 

Publié dans Films

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Marina Vlady ou la liberté d'une vie artistique et militante bien remplie

Publié le par Michel Monsay

Marina Vlady ou la liberté d'une vie artistique et militante bien remplie
Marina Vlady ou la liberté d'une vie artistique et militante bien remplie
Marina Vlady ou la liberté d'une vie artistique et militante bien remplie

L'actrice, écrivaine et chanteuse Marina Vlady est décédée jeudi à 88 ans. Longs cheveux blonds et visage à la Botticelli, Marina Vlady est née en 1938 à Clichy (Hauts-de-Seine) de parents émigrés russes. Sa mère, danseuse étoile et son père, chanteur d'opéra lui ont très tôt transmis le goût de la scène. D'abord petit rat de l'Opéra de Paris, elle décroche son premier rôle au cinéma à l'âge de 11 ans. Elle a ensuite tourné plus de 80 films avec entre autres Jean-Luc Godard, Orson Welles, Bertrand Tavernier, André Cayatte, Ettore Scola, et Robert Hossein avec lequel elle fut mariée dans les années 1950. Marina Vlady a tourné quatre films avec lui, dont Les salauds vont en enfer, elle a 17 ans, marche sur les plages de Camargue, recueille deux voyous meurtriers (Henri Vidal et Serge Reggiani) qu’elle manipule à sa guise. Elle est impassible devant le désir qu’elle suscite. À l'inverse, dans Toi le venin, du même Robert Hossein, elle est clouée dans un fauteuil roulant. C’est un visage qu’il filme, scrute, détaille. Pur, immaculé, étonnant, fascinant. C’est cette dualité que va constamment refléter l’actrice : visage de Joconde, corps de Messaline. Dans La Princesse de Clèves (1960), qui reste hélas son film le plus célèbre, en effet l’académique Jean Delannoy n’utilisant que sa beauté froide, elle n’est que la moitié d’elle-même. Corsetée, comme asphyxiée. Marco Ferreri, malin comme un singe, l’utilisera à merveille dans Le Lit conjugal. Il la métamorphose en bourgeoise catholique bien décidée à enfanter, puisque ses parents le veulent et que ces chers curés l’exigent. La splendeur de son visage va attirer celui qu’elle a choisi pour mari et futur père. Et son corps le tuera à force d’amour. La férocité du cinéaste culmine lors du dénouement : une veuve, de noir vêtue, fixe l’objectif, son beau bébé dans les bras. Le film fait évidemment scandale, mais Marina Vlady obtient, lors du Festival de Cannes 1963, un Prix d’interprétation amplement mérité : c’est l’aboutissement de son image ambiguë, osmose entre la chair et l’esprit. Toute sa vie, elle sera une comédienne engagée, à gauche toute. Marina Vlady a milité pour l’indépendance de l’Algérie, signé le « Manifeste des 343 » sur l’avortement, soutenu son troisième mari le chanteur soviétique Vladimir Vyssotski, censuré par le régime, et avec le cancérologue Léon Schwartzenberg, son dernier compagnon, défendu tous les « sans » : sans-toit, sans-papiers, sans-travail, en créant le DAL, l'association pour le droit au logement. Au milieu de films populaires, elle tourne également des œuvres d'auteur ou politiques, comme Sirocco d’hiver (1970), de Miklós Jancsó, ou Sept Morts sur ordonnance (1975), de Jacques Rouffio. S’il ne fallait retenir qu’un film dans sa carrière, ce serait celui de Michel Deville, Adorable menteuse (1962). Parce qu’il aura été l’un des très rares, avec Bertrand Tavernier dans Que la fête commence (1976) et Ettore Scola dans Splendor (1989), à avoir su allier sa beauté à sa gaieté. Dans Adorable Menteuse, Marina Vlady invente et s’invente, trompe et se trompe, mue par cette seule certitude : l’artifice révèle la vérité de la vie. À la fin de cette comédie euphorisante, on la quitte sereine, épanouie, accueillant la naissance du jour comme la promesse d’un bonheur possible.

Publié dans Chroniques

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