Des anti héroïnes qu'on adore détester
Créée en 2012 cette série est l’œuvre d’une jeune femme précoce, alors âgée d’à peine 25 ans, Lena Dunham. Elle nous raconte la vie de quatre copines qui ont la vingtaine, vivent dans le quartier new-yorkais de Brooklyn et évoluent dans cet entre-deux qui sépare la fin des études et l’entrée dans l’âge des responsabilités. Elles sont ballottées entre recherches de boulot et déboires sexuels, bohème cool et peur viscérale de l'avenir, dans cette série drôle et crue qui montre l’angoisse d’une partie de la jeunesse d’aujourd’hui. Ces femmes mises en avant ressemblent à celles que l’on croise dans la rue. Une idée neuve dans un monde des séries alors dominé par les voix masculines. Les physiques y sont imparfaits, parfois très beaux, mais surtout vivants. Le quotidien y est filmé avec une frontalité inédite, et la série dissocie volontiers nudité et sexualité. Girls prouve aussi que le sexe peut être raconté autrement que sous l’angle du dilemme avec ou sans sentiments, récurrent dans les séries de filles. Cette génération-là ne se préoccupe plus de savoir si elle doit coucher le premier soir. D’ailleurs, le sexe y est rarement satisfaisant. En revanche, la question du consentement est centrale dès les premiers épisodes. Lena Dunham prouvera d’ailleurs sa capacité à saisir l’air du temps dans le troisième épisode de la dernière saison, qui met en scène un écrivain célèbre accusé d’avoir contraint sexuellement plusieurs jeunes femmes. Cela en 2017, quelques mois avant que n’éclate l’affaire Weinstein, ce producteur américain accusé d’avoir agressé sexuellement et violé plusieurs femmes, et que n’explose le mouvement #metoo. Qui peut se targuer, à 30 ans, d’avoir fait tenir une série pendant six saisons sur HBO, avec une telle liberté ? Girls a la paternité des séries, où le personnage central est une jeune femme attachante mais un peu paumée, qui ont envahi les écrans, notamment au Royaume-Uni avec Fleabag. Ces séries ont toutes en commun d’être un peu autobiographiques et assez autocentrées, mais authentiques et sans filtre. Il y a une volonté de mettre en scène le chaos, un verrou a lâché, et personne n’oubliera que c’est Girls qui a forcé la porte. Auparavant, le plus gros de la production se révélait particulièrement stéréotypé et quasiment archaïque. Alors qu’avec Girls la créatrice et comédienne Lena Dunham révolutionne l’idée du désir : elle dévoile très souvent son corps en surpoids en tant que corps qui désire et qui est désiré. Un autre personnage de la série, Marnie, incarne cette génération de jeunes femmes qui se débat avec des images très contradictoires de la sexualité, entre éducation conservatrice et accès illimité au porno sur Internet. C’est la jeune fille prude au corps parfait, qui aura des scènes de sexe sans que l’on montre son corps, ce qui est particulièrement novateur parce que, précisément, on n’utilise pas sa plastique parfaite. En six saisons, Girls n’a eu de cesse de souligner le gouffre entre fantasme et réalité, ses personnages se contentant de jouer une maturité qui leur manque cruellement. Portée aux nues par certains, descendue par d'autres, Girls a été un raz-de-marée médiatique et culturel pendant les cinq années de sa diffusion (2012-2017). Avec son humour subversif, ses scènes de sexe graphiques et ses protagonistes délicieusement insupportables, la série audacieuse a bousculé un bon nombre de conventions télévisuelles et déclenché un flux infini de controverses, d'attaques misogynes et autres réactions outrées. Mais rétrospectivement, elle s'est bien avérée aussi emblématique que son héroïne l'aurait souhaité.
Girls est à voir ici sur HBO Max pour 6,99 € un mois sans engagement avec pub, ou 10,99 € sans pub.
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