Émouvant récit d'apprentissage entre ombres et lumière
Félix de Givry porte de nombreuses casquettes : d'abord brièvement acteur, il a notamment joué dans Eden de Mia Hansen-Love en 2014, puis en 2018, il fonde une société de production avec Ugo Bienvenu. Les deux amis produisent et coécrivent Arco, le très beau film d'animation réalisé par Ugo Bienvenue qui a cumulé plus de 400.000 entrées en France et remporté deux César en début d'année, coproduit par Natalie Portman. Aujourd'hui, Félix de Givry réussit son passage à la mise en scène avec Adieu monde cruel, une évocation lyrique de l’adolescence qui se différencie d'autres œuvres sur le sujet par la teneur des personnages, mais aussi par son approche cinématographique. Sans être strictement autobiographique, le scénario s'appuie sur des souvenirs. Adolescent, Félix de Givry a subi du harcèlement scolaire au collège, mais à peine cette porte ouverte au début du film, il prend soin de s’en éloigner, refermant bien vite l’accès à ce sujet social. Dès l’ouverture du film, la voix off de Françoise Lebrun ancre le film dans la tradition du conte, avec ce plaisir de raconter qui transparait dans l'usage de la pellicule 16 mm, donnant une texture granuleuse et imprimant au film une apparence joliment datée. Le déroulé de l'histoire jusqu'à son traitement nous ramène à une autre époque du cinéma. Celle des années 1960 et de la Nouvelle Vague à laquelle le jeune réalisateur rend hommage, jusque dans la typographie du générique et du mot Fin inscrit sur la dernière image figée. On pense notamment à François Truffaut et son Antoine Doinel. Ce qui intéresse Félix de Givry, c’est de saisir une certaine vibration de l’adolescence. La sienne, sans doute, comme celle des enfants d’aujourd’hui. A commencer par ce rapport plus intense à l’existence. Le charme d'Adieu monde cruel opère aussi grâce à l’alchimie du couple de jeunes acteurs : le garçon est interprété avec autant de candeur que de noirceur par Milo Machado-Graner, révélé en fils malvoyant et extralucide dans Anatomie d’une chute, le chef-d'œuvre de Justine Triet, et la fille par la révélation Jane Beever qui, pour son premier rôle, irradie à chaque image. À travers ce récit d’une fugue adolescente, Félix de Givry signe un très beau film baigné d'une douce mélancolie, hors du temps et dans la vie, sur le mal-être des jeunes, qui s’ouvre dans la nuit noire et nous laisse dans la lumière de l’été, avec deux jeunes acteurs très touchants.
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