Un film intense sur l'emprise, porté par deux interprètes épatants
La réalisatrice Géraldine Nakache nous a déjà prouvé l’acuité de son regard sur la complexité des rapports humains. De Tout ce qui brille (2010) à J’irai où tu iras (2019), il a toujours été question, derrière la comédie, de liens, d’appartenance, de loyauté, de la place que l’on occupe dans la vie des autres et du regard qu’ils posent sur nous. Pour son quatrième long-métrage derrière la caméra, elle change radicalement de registre sans tout à fait changer de sujet. Avec ce thriller psychologique et pamphlet contre une interprétation dévoyée de la religion à des fins d'instrumentalisation, Géraldine Nakache réussit son incursion dans un genre dramatique. Comme Maïwen avec Mon roi, ou encore Valérie Donzelli dans L'amour et les forêts, adapté du roman d'Éric Reinhardt, Géraldine Nakache raconte une histoire d'emprise, et l’état de confusion dans lequel elle plonge la femme au sein du couple. Le film ajoute une singularité à cette thématique, en y intégrant la dimension religieuse, qui offre quand elle est pratiquée de manière radicale un cadre propice à l'expression des rapports de domination masculine, et donne ici au mari des armes supplémentaires, sous forme d'arguments, pour soumettre sa femme. L'excellente interprétation de Mona Chokri, l'actrice réalisatrice de Simple comme Sylvain notamment, sobre, nuancée, transmet avec justesse les sentiments contradictoires qui traversent son personnage, nous faisant saisir son chemin intérieur, la complexité de ce type de relation, et les difficultés pour la victime pour s'en extraire malgré l'évidence de la violence qui conduit à l'impasse. En face, Niels Schneider incarne remarquablement un spécimen classique de ce type de dominateur toxique, un homme beau, charismatique, plein de charme, capable de passer de la douceur à la brutalité, des insultes aux larmes, du mâle dominant colérique à la victime pleurnicharde, en un claquement de doigts. Clémentine Célarié est très juste en mère aimante, constamment tiraillée entre sa joie naturelle, son optimisme, ses doutes et sa terreur grandissante. L'une des réussites du film tient à son approche presque clinique de la violence psychologique. Géraldine Nakache privilégie une violence invisible aux démonstrations spectaculaires. Ici, pas de coups ni de sang : la domination passe par les mots qui rabaissent, culpabilisent, menacent, isolent et enfin dépossèdent. Elle installe progressivement un malaise qui contamine chaque échange, jusqu’à transformer le quotidien conjugal en véritable piège mental. Par une caméra toujours proche de sa protagoniste, le film met le doigt avec une grande justesse sur la masculinité toxique de son mari, en apparence bien sous tous rapports mais qui allie rigueur religieuse détournée à ses propres fins et contrôle de sa compagne.
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