Une fresque horrifique et sociale très efficace
Cette nouvelle série élargit l’univers imaginé par le grand Stephen King dans son roman Ça, paru en 1986. Il s’agit ici d’une préquelle des deux films sortis en 2017 et 2019, c’est-à-dire une fiction dont l’action se déroule avant celle de ces deux adaptations. Avec un même nom aux manettes : le réalisateur Andy Muschietti, et le comédien Bill Skarsgard, apprécié dans La corde au cou, qui reprend avec délectation son rôle de clown maléfique. L’action démarre en 1962, à Derry dans l’État américain du Maine, et dès le premier épisode l'intrigue nous fait naviguer entre monstre effroyable, scènes gores ou qui font sursauter, tension psychologique, ambiance qui met mal à l’aise, légende amérindienne, pouvoirs surnaturels, hôpital psychiatrique et complots militaires. La série raconte aussi la société américaine des années 1960, et met en scène plusieurs formes de violence et de terreur. Il y a quelque chose de fondamentalement pourri à Derry et ce n’est pas qu’une question de racisme, bien qu'il soit omniprésent. Les actes cruels s’accumulent dans l’indifférence générale et c’est lorsque l’on essaie d’y échapper ou de les arrêter, qu’on s’écarte de la norme. Toutes les horreurs ne sont pas surnaturelles, elles peuvent être aussi quotidiennes et s'encrer dans la réalité. Plus radicale que ses prédécesseurs, la minisérie trouve son équilibre entre l’effroi physique et la terreur mentale. Chaque séquence de peur est un morceau de bravoure, surgissant dans les recoins les plus banals du quotidien (un cinéma, un supermarché, les toilettes d’un collège…). Fidèle à l’esprit du roman, le récit déplace la peur du fantastique vers le réel : les violences domestiques, les humiliations, les silences d’une communauté qui préfère détourner le regard. Ainsi, le clown maléfique n’est plus seulement le visage du mal. Ici, il devient le révélateur d’une société malade, rongée par ses propres terreurs et toutes les violences de l’époque : guerre froide et danger atomique, ségrégation, racisme. De légendes indiennes en dangereux secrets militaires, Ça, bienvenue à Derry renouvelle brillamment le mythe.
Ça, bienvenue à Derry est à voir ici sur HBO Max pour 6,99 € un mois sans engagement avec pub, ou 10,99 € sans pub.
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