Les films de Jean-Paul Rappeneau déclenchaient une sorte d’ivresse heureuse
En seulement huit réalisations, Jean-Paul Rappeneau aura marqué l’histoire du cinéma français. Avec Le Sauvage, Tout feu, tout flamme, La vie de château ou encore Le Hussard sur le toit, il avait su faire des films populaires, sans rien abdiquer de son ambition artistique. Son grandiose Cyrano de Bergerac (1990), notamment, avait remporté un nombre phénoménal de récompenses en France et à l’étranger, dont dix Césars. Ses films ont ce pouvoir que peu possèdent, ils vous rendent heureux avant même qu’on les revoie. Ses personnages féminins paraissent inspirés par ceux de Hawks ou de Lubitsch, mais ses actrices semblent un peu plus vivantes, un peu plus proches de nous. Elles ont un peu plus de colère, un peu plus de mauvaise foi ou d’inquiétude, un peu plus de chair, de tremblement, de désir. C’est souvent par elles qu’on entre dans ses films, parce qu’elles sont irrésistibles et qu’elles vous emportent. Et puis il y a cette mise en scène très physique, très engagée, les acteurs filent à toute vitesse et donnent le sentiment que les corps, bien plus que les voix, disent les dialogues. Cela donne beaucoup de grâce aux séquences. Les déplacements des personnages rendent l'ensemble aérien, léger. Au final, on se demande pourquoi seulement huit films, on en aurait voulu plus, mais il avait un processus de création extrêmement lent. Tout était pensé longuement, tout devait mijoter. Il y a d’ailleurs une sorte de paradoxe entre cette lenteur et le rythme trépidant de ses films. C’était un hyper perfectionniste qui avait besoin de latence avant d’entrer dans la phase concrète de la création. Le temps du rêve lui était essentiel. Chacun des films de Jean-Paul Rappeneau aura célébré la fougue, l’allure, en actes ou en mots et ainsi il nous a enchanté. Il s’est éteint mardi, à l’âge de 94 ans.
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