Fin et mélancolique, ce film explore avec tendresse la difficulté d’être soi
De l’horizon infini des plages naturistes de Maspalomas, station balnéaire des Canaries et repaire de la communauté homosexuelle, aux murs d’un hospice, ce drame doux et osé, sur les prisons qu’on se crée et celles qu’on nous impose, commence grivois comme du Alain Guiraudie dans L'inconnu du lac, pour basculer dans du Almodóvar hospitalier, plein d’amertume et de tendresse. Au centre, l’épatant José Ramón Soroiz, sorte de Victor Lanoux basque, dont l’interprétation a été récompensée par un Goya du meilleur acteur (César espagnol). Le personnage principal a vécu un mariage hétérosexuel malheureux. Il a une fille quadragénaire qui réapparaît pour prendre soin de lui, non sans questions sur leur passé, plein de blancs et de souvenirs amers. Fantômes du franquisme, homophobie parfois latente, parfois intériorisée, virilisme et difficultés de communication intrafamiliales, le film décrit avec habileté les différentes failles auxquelles se trouve confronté ce personnage de 76 ans, dans un ultime parcours en forme de bilan qui interroge la masculinité et le vieillissement. Un sujet rarement évoqué au cinéma : le vieillissement, parfois cruel, des homosexuels esseulés, coupés de toutes attaches et ressources à cause d’une forme de honte, surtout dans des environnements comme le Pays basque traditionnel, où l’homosexualité n’a guère la cote. Remarquablement servi par ses acteurs, le film interroge aussi notre regard sur la vieillesse en général et montre le destin qui lui est réservé dans ces résidences qui contraignent les êtres et les infantilisent. Avec ce protagoniste né dans l’Espagne des années 1940, ayant connu la dictature militaire, la dépénalisation de l’homosexualité (en 1978), mais aussi la honte persistante, intériorisée et le non-dit, puis une sorte de parenthèse tardive enchantée, comme coupée du monde, les auteurs-réalisateurs du troublant Marco, l’énigme d’une vie réussissent un portrait générationnel rare, sinon inédit. Sous couvert de légèreté, Maspalomas rappelle que la liberté n’est jamais définitive et qu’il convient de toujours continuer à se battre pour la préserver. Un beau film sur la résistance d’être soi.
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