Un premier film incandescent
Il y a au centre de La Frappe un non-dit, un mot terrible qui en est à la fois la clé et l’abîme terrifiant. Avec précision et sans jamais l’image de trop, Julien Gaspar-Oliveri, pour son premier long-métrage, filme comment ce mot impossible à dire, ronge un frère et une sœur, tandis que leur père fait son retour. Avec sa caméra au plus près de la peau, le réalisateur nous plonge petit à petit au cœur du film comme on s’enfonce dans une allée sombre. Tandis que peu à peu, l’innommable se dessine à travers des gestes, des regards, La Frappe échappe au voyeurisme et raconte avec pudeur, privilégiant une approche suggestive plutôt qu’explicite, ce que cette violence détruit profondément, en restant collé à son personnage principal. Face aux performances habitées des jeunes Diego Murgia et Romane Fringeli, duo frère-sœur cabossé, complexe, remuant, l'excellent Bastien Bouillon hante le film d’une ambiguïté chaleureuse et inquiétante entre tendresse et manipulation. Ce que dit le film, seul le temps du cinéma peut le raconter. La violence qui détruit, ronge et rend étranger à soi-même. L’incompréhension face à un mot, « famille », qui ne fait soudain plus sens. La Frappe a été tourné vite, en 22 jours, dans une forme d’urgence, et d’authenticité brute préservée par l’absence de toute répétition. Sujet autobiographique pour Julien Gaspar-Oliveri, mais pur récit de fiction, fort et glaçant, La Frappe parle de la difficulté de ne plus aimer ses parents, mais surtout des dégâts irréversibles causés par les abus sexuels. Des séquelles enfouies, cachées même, jamais soignées, qui n’apportent rien de bon lorsqu’elles se réveillent. Sur un sujet glaçant, Julien Gaspar-Oliveri opte pour un portrait intime tout en nuances, se focalisant sur les non-dits et leur coût psychologique et social.
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