Léa Drucker, bouleversante de vérité
Après Les Amours d'Anaïs, avec l'irrésistible Anaïs Demoustier, Charline Bourgeois-Tacquet, figure montante de la jeune garde féminine du cinéma français, revient avec un deuxième long-métrage dans lequel elle brosse le portrait d'une quinquagénaire, grande chirurgienne, dont la vie survoltée est soudain ébranlée par une rencontre, tout en dressant un état des lieux de l'hôpital public sous pression. C'est l'histoire, dans toutes les sphères de sa vie, d'une femme accomplie, heureuse de ses choix, même si parfois, de manière fugace, des ombres traversent ses paysages intérieurs. Léa Drucker est exceptionnelle dans la peau de ce magnifique personnage débordant d'énergie, de courage et de liberté. Avec La Vie d'une femme, la réalisatrice met en scène sans concession les difficultés et carences de l'hôpital public, victime d'un manque de plus en plus criant de moyens, mais toujours debout grâce aux convictions et à l'énergie d'hommes et de femmes comme la merveilleuse héroïne de son film. Cette femme de cinquante-cinq ans continue à désirer, travailler, aimer et se transformer dans une société qui préfère souvent invisibiliser les femmes de son âge, et n’est ni une héroïne sacrificielle ni une femme en crise. Après avoir filmé scène après scène mille choses en même temps dans la première partie de son film, Charline Bourgeois-Tacquet se concentre sur une seule, un frémissement amoureux, et redouble par contraste son intensité avec une caméra vibrante de sensualité sans jamais céder à la complaisance. La réalisatrice et scénariste excelle aussi dans le détail piquant, le contrepoint burlesque, le dialogue incisif. Entourée d'une belle distribution, Léa Drucker porte avec maestria ce film délicat, portrait d'une femme épanouie et actrice de sa vie. Cette femme puissante, la comédienne aux deux Césars pour Dossier 137 et Jusqu'à la garde, dont l'immense talent illumine chaque seconde l'écran, s'en empare avec une vérité bouleversante, une force fragile dont la caméra sensible de Charline Bourgeois-Tacquet capte toutes les infinies nuances avec élégance et profondeur.
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