Ce roman puissant et poétique nous tend un miroir d'une netteté implacable
Laura Vasquez, qui avait reçu le Prix Goncourt de la poésie il y a trois ans pour l'ensemble de son œuvre, avait publié l'année dernière un deuxième roman, Les Forces, Prix Décembre 2025. Ce prix a été créé en 1989 pour récompenser un roman oublié des autres grands prix littéraires de l’automne. La narratrice y explore un monde de mensonges et de forces imposées, questionnant la littérature et la société. Mêlant tragédie et humour, essai philosophique, politique, conte, poème en prose, ce roman protéiforme trouve sa force dans sa diversité et dénonce pas seulement le capitalisme, mais aussi la langue morte et les expressions prêtes à l'emploi. Laura Vazquez pétrit les mots comme elle explore les profondeurs de notre société, plongeant dans les marges auprès des agonisants et des drogués. Elle prend une des formes les plus anciennes de la littérature, le récit d'apprentissage, le récit initiatique, et elle en fait quelque chose d'extrêmement contemporain. On s'approche d'un visage, on pénètre dans les pores, dans le corps, jusqu'aux viscères et au sang. Les images surgissent avec une violence poétique saisissante. Laura Vazquez nous fait redécouvrir les mots comme s'ils étaient neufs, sans aucune prétention, en tissant naturellement dans son texte les voix de Thomas Bernhard, Kierkegaard, Nietzsche, Rousseau ou Simone Weil. Les Forces retrace avant tout l’histoire d'un corps qui, au gré du voyage et des soubresauts du roman, se réveille, expérimente l’usure et la tristesse, la paix et la beauté. Mais c’est aussi une aventure de la pensée. A mesure qu’elle avance, l’héroïne voit sa manière d’appréhender le monde se défaire. Avec intensité, Laura Vazquez explore les forces qui nous traversent et nous constituent, forces obscures ou lumineuses, assourdissantes ou silencieuses. C'est une plongée par palier vers les profondeurs de l’âme humaine. Explorant au fil de quelques rencontres nos contradictions, nos paradoxes, nos aliénations, nos fuites en avant, notre superficialité, elle nous convie à une vaste critique du monde contemporain. Son écriture, terriblement vivante, se déploie en boucles et accélérations, en flux et reflux. Les Forces s’attaque à des questions immenses : Comment vivre sans répéter, sans imiter, sans refaire ? Et qu’est-ce que vivre ?, non pas en prétendant leur trouver des réponses, mais en éprouvant leur épaisseur, leur densité. Laura Vazquez s’engage dans le puits de nos angoisses avec pour seule lumière une langue venue du fond du corps. Ses mots s’apparentent à des muscles, ils tiennent la phrase, la rendent mobile, explosive, organique et juste.
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