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Saisissante plongée dans la communauté tamoule parisienne

Publié le par Michel Monsay

Saisissante plongée dans la communauté tamoule parisienne

Dans Little Jaffna, Lawrence Valin interprète et réalise un polar vibrant et personnel au cœur de la mafia tamoule à Paris en 2008. Il y incarne Michael, un flic infiltré confronté à une double identité entre loyauté à la France et redécouverte de ses racines sri-lankaises. Inspiré par les cinémas indien, américain et français, le film mêle action stylisée, quête identitaire et tension sociale dans un univers exubérant et singulier. Premier long-métrage audacieux, Little Jaffna bouscule les codes du genre et propose un regard neuf sur la communauté tamoule, porté par une mise en scène inventive et une interprétation intense. On est impressionné par le magnétisme et la placidité inquiétante dégagés par le parrain tamoul, Vela Ramamoorthy, de même que l'interprétation de Lawrence Valin, à la présence troublante, incarnation timide, effacée, silencieuse de l'opposition de deux sociétés qui vivent ensemble sans jamais essayer de se comprendre. Citons aussi Raadhika dans le rôle de la grand-mère, qui, en une caresse, un regard, en dit plus que vingt minutes de dialogue, et le charismatique Puviraj Raveendran au regard de granite. Tandis qu’au Sri Lanka, les Tigres de la libération, organisation séparatiste qui lutte pour la création d'un État indépendant dans l’Est et le Nord du pays, à Paris, un groupe mafieux pratique le trafic des clandestins et extorque des fonds aux membres de la communauté tamoule dans le but d’aider au financement de ces Tigres. Le film comporte un récit policier, à l’instar des scènes d’affrontement et de poursuites rondement menés dans une mise en scène nerveuse, mais les aspirations les plus solides de Lawrence Valin sont liées à l’intime : les questions liées à la double-identité, le trouble du respect des racines comme de la nécessaire intégration, comprendre les évènements qui ont  bouleversé l’histoire de son pays d’origine et nous ouvrir les yeux sur un drame humanitaire qui est loin d’être terminé. Le film opère une véritable plongée dans un quartier parisien avec ses problématiques religieuses, culturelles et sociales, mais également politiques en raison de l'instabilité au Sri Lanka. Avec également ses petits commerces, lieux de rencontres, d'échanges ou de chantages en tout genre. Le naturalisme brut presque documentaire de ce premier film prometteur, avec les acteurs non-professionnels de la communauté qui jouent au milieu d’une distribution tamoule aguerrie, renforce une dramaturgie tendue, où le réalisme côtoie la stylisation. On reproche parfois au cinéma français son uniformité et son manque d'audace, ce n'est clairement pas le cas de Lawrence Dalin, qui, outre le contenu de son film, n'a pas posé sa caméra, à l'inverse de beaucoup de cinéastes, dans les zones touristiques parisiennes ni dans les territoires arpentés par les bobos ou intellectuels.

Little Jaffna est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

Publié dans replay

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Un grand film d’illusionniste pour retrouver la possibilité d’un regard innocent

Publié le par Michel Monsay

Un grand film d’illusionniste pour retrouver la possibilité d’un regard innocent

Après Rencontres du troisième type, E.T, La Guerre des mondes, ou Minority Report, Steven Spielberg est de retour avec un film de science-fiction. Le génial cinéaste braque de nouveau sa caméra sur les lumières dans le ciel pour mieux sonder notre besoin, voire notre devoir, d’altérité, de communication et d’empathie. Comme tous ses films, Disclosure Day ne parle finalement pas tant d’autres mondes que du nôtre. La question qu’il nous pose peut paraître extravagante, d’autant plus qu’il ne fait pas mystère de sa croyance en une telle éventualité : comment réagirait-on si la présence d’extraterrestres parmi nous était révélée ? La réponse de Spielberg est profondément empathique, parvenant à relier dans un même mouvement l’intime et le cosmique, le politique et l’artistique. Il est savoureux d’être encore agréablement surpris par l’œuvre d’un cinéaste aussi important que Steven Spielberg, dont on avait adoré ses deux derniers films, The Fabelmans et West side story, quand il s’empare d’une thématique aussi souvent déclinée sur grand écran. Disclosure Day (le jour de la révélation) évite les écueils dans lesquels un blockbuster sur les extraterrestres aurait pu tomber. À rebours d’une science-fiction invraisemblable, le film revendique un ancrage réaliste et met en lumière la diversité des réactions humaines (fascination, peur, combat) face à ce qui relevait jusqu’alors de l’impensé, voire de l’impensable. Ce nouveau film de Steven Spielberg, qui offre plusieurs niveaux de lecture et d'interprétations, concentre toutes les marottes et préoccupations du réalisateur américain depuis ses débuts : le cosmos, l'enfance, la famille, la tolérance et le cinéma dans sa capacité à nous émerveiller et à nous faire comprendre qui nous sommes. La question de la manipulation et de la vérité, ici inscrits de la sphère intime jusqu'au champ politique, irriguent le scénario de Disclosure Day. Les gens ont le droit de connaître la vérité : cette injonction renvoie également à l'Amérique de Trump, et plus largement au monde d'aujourd'hui, où la manipulation est devenue, plus que jamais, une arme politique. Mais derrière cette aventure, pleine de mystère, de rebondissements, de suspense et d'effets spéciaux, se cache également une réflexion humaniste. Chaque nouveau film de Steven Spielberg est un événement auquel on assiste perchés sur nos bagages cinéphiles, espérant tout à la fois un éblouissement inédit et d’affectueuses retrouvailles avec la magie du grand conteur hollywoodien. Disclosure Day récompense pleinement nos attentes. 

Publié dans Films

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Un regard frais et joyeux sur un monument de la culture française avec un sens du rythme imparable

Publié le par Michel Monsay

Un regard frais et joyeux sur un monument de la culture française avec un sens du rythme imparable

Une troupe de prestige, une représentation imminente, des imprévus en cascade : De la Comédie-Française, premier long-métrage de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, emballe par son humour irrésistible, ses interprètes virtuoses et sa vitalité contagieuse. Menée tambour battant avec une fluidité grisante, cette comédie respire un amour du spectacle, de celles et de ceux qui en forment le cœur battant, et une foi dans le collectif capable de remuer des montagnes face aux contingences du réel. On se délecte de ses dialogues ciselés, de ses trouvailles, de l’écriture des personnages jusqu'aux détails saugrenus de cette plongée hilarante et documentée dans les coulisses de l'institution. À trois heures de la première de Macbeth, la tension monte et personne, à commencer par l’agent à l’accueil, n’est décidé à aider Nina, la comédienne et metteuse en scène, à ce qu’elle se détende. Entre l’ego des uns, les problèmes perso des autres, et les galères techniques, Nina va vivre l’enfer. Cette comédie de coulisses, filmée comme un thriller tambour battant, parle avec finesse et éclats de rire de charge mentale, de gestion des autres et de tout ce qui pourrait bien un jour nous faire craquer. Mais à voir la troupe du Français s’amuser ainsi sur l’écran, c’est aussi la démonstration de la joie de fabriquer avec les autres et du besoin salvateur d’autodérision. Autour de l’extraordinaire et irrésistible Pauline Clément, également coscénariste, à la force comique naturelle, Marina Hands, Christian Hecq, Laurent Stocker, Florence Viala, Guillaume Gallienne et tous les autres donnent à ces caricatures le supplément d’âme qui font les grandes comédies. Un hommage aussi espiègle qu’affectueux à la Maison de Molière qui peut apparaître secrète pour le grand public, alors que ceux qui la représentent n'en restent pas moins des hommes et des femmes d'aujourd'hui, avec leurs joies et leurs problèmes. Cette très bonne comédie, tellement meilleure que celles qui font des cartons au box-office, parvient à composer un portrait si ludique et joyeux de la Comédie-Française, à rebours de tout préjugé sur son image prétendue compassée, qu'il est difficile de résister, à la fin de la projection, au désir impérieux de revoir tous ces comédiens dès que possible sur scène.

Publié dans Films

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Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse

Publié le par Michel Monsay

Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
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Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse

C’est peu dire que Lee Miller a eu plusieurs vies : modèle photo, mannequin, photographe avec les surréalistes, photographe d'art, portraitiste, photographe de mode, puis photographe de guerre… La très belle exposition au Musée d’Art moderne de Paris est l’occasion de découvrir tout cela et d'apprécier la richesse et la précision de son travail. À travers un parcours de 248 photographies, la plus importante rétrospective en France, dont 173 d'époque, des pièces rares, des tirages pour la plupart réalisés par Lee Miller elle-même, où on s'aperçoit que la photographe ne se contentait pas d'appuyer sur le déclencheur, elle développait, tirait, et maîtrisait chaque étape. Lee Miller et Man Ray. Pendant trop longtemps, le nom de la première a été accolé au second. Comme si elle n'avait existé qu'en satellite d'un astre plus brillant. L'exposition en finit avec cette vision réductrice et replace Lee Miller là où elle doit être : au cœur du modernisme photographique naissant. Avant cela, sa beauté, son indépendance et sa fougue font d’elle la mannequin la plus prisée de New York. Farouchement indépendante, elle abandonne le mannequinat new-yorkais pour Paris où elle devient photographe. Son Rolleiflex sous le bras, elle pose un regard cru sur le monde. Après avoir été modèle, elle passe donc de l’autre côté de l’objectif et ouvre son propre studio photo. Son œil interpelle. Elle se lie au magazine Vogue et parallèlement est exposée aux côtés des plus grands artistes de l’époque, tels que Germaine Krull et Brassaï. Correspondante de guerre pour Vogue, Lee Miller aurait pu être cantonnée à l'arrière, à cette époque, être femme suffit pour se voir fermer certaines portes. Or, c'est cette contrainte qui forge la singularité de son regard. Là où ses confrères masculins courent après l'héroïsme et les images spectaculaires, elle s'arrête sur les détails, les visages des femmes, l'envers du décor. Ce sont souvent des cadrages simples, mais qui vont avoir une force et une poésie qui lui sont tout à fait propres. Pourtant, cette apparente sobriété n'atténue rien : En s'attachant aux détails, elle fait surgir toute la violence, toute la cruauté de la guerre, mais avec un autre vocabulaire. Et puis, il y a ce fameux autoportrait dans la baignoire d'Hitler, symbole de provocation et de libération face à l’inhumanité nazie : "Je me suis lavée de la boue de Dachau dans la baignoire d’Hitler", dira-t-elle. La guerre terminée, Lee Miller est célébrée, puis elle reprend sa collaboration avec Vogue et continue à faire le portrait d'artistes amis comme Picasso, mais quelque chose s'est fissuré. Les images des camps de concentration qu'elle a photographiés ne la quittent plus. Cette passionnante exposition évoque toutes les périodes de la vie de cette femme, éminemment libre, et stupéfiante par son talent, son courage et sa capacité à se réinventer.

Lee Miller est à voir au Musée d'art moderne de Paris jusqu'à dimanche 2 août.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
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Publié dans Expos

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Un grand jour pour le football français

Publié le par Michel Monsay

Un grand jour pour le football français
Un grand jour pour le football français
Un grand jour pour le football français
Un grand jour pour le football français

L'icône du football français, Zinedine Zidane, prend le relais de Didier Deschamps et ses 14 années passées comme sélectionneur de l'équipe de France avec un titre de champion du monde en 2018. Peu de joueurs ont autant marqué l’histoire du football français que Zinedine Zidane. Entre gestes de génie, matches historiques et émotions fortes, Zizou a laissé une empreinte unique chez les Bleus. De son propre aveu, il vit le plus beau jour de sa carrière d’entraîneur. Depuis son départ de Madrid il y a 5 ans, en 2021, il a refusé toutes les propositions de contrat pour l’équipe de France : « la seule chose que je voulais faire ». L'ancien entraîneur du Real Madrid, avec qui il a remporté trois Ligues des champions d'affilée (2016, 2017 et 2018), prendra place sur le banc de l'équipe de France pour la première fois lors d'un match en Turquie le 25 septembre, dans le cadre de la Ligue des nations. L’actualité offre assez de sujets angoissants pour se raccrocher à des moments comme celui-ci : Zidane assis derrière un bureau au siège de la Fédération française de foot. Rien ne manque dans le tableau. Le port impeccable du génie du foot qu’il fut sur le terrain, l’autorité du coach couvert de gloire dans le plus grand club du monde, l’homme élégant et jusqu’à ce sourire de bonheur à l’idée qu’il renoue avec ses rêves d’enfant. Un sans-faute à faire pâlir le peloton des candidats à l’indice de popularité qui envahit régulièrement nos écrans. Qu’a-t-il de plus ce fils de maçon algérien immigré grandi dans les quartiers de Marseille ? La sincérité tout simplement. Elle transpirait hier dans le peu de mots que Zidane a confié pour son intronisation au poste de sélectionneur des Bleus. Alors que les plus grands clubs lui proposaient des ponts d’or pour quitter sa retraite, Zinedine Zidane a attendu quatre ans que l’heure vienne où il pourrait renouer avec la folie bleue de 1998, le plus grand souvenir de sa vie de champion. Le monde du sport offre peu d’exemples d’une telle plénitude dans l’ambition. Comme si son image n’avait pas dû souffrir du fameux coup de tête asséné à un Italien qui avait insulté sa sœur et sa famille. Chuter et se relever font partie de la légende d’un timide qui se soigne en s’exposant aux micros et caméras du monde entier. Un exercice à hauts risques qu’il pratique sans les artifices d’usage de la com’ ultra formatée du foot. La cohabitation avec Kylian Mbappé, la superstar qui s’offre des pages de pub dans les journaux, s'annonce intéressante. Un taiseux et un roi de la com’ associés chez les Bleus, deux as du dribble pour nous offrir les parenthèses enchantées dont rêvent les amoureux du ballon rond. Quel bonheur de revoir ce footballeur exceptionnel, au charisme naturel impressionnant, associé à nouveau avec l'équipe de France.

Publié dans Chroniques

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Passionnant final du Tour de France

Publié le par Michel Monsay

Passionnant final du Tour de France
Passionnant final du Tour de France

À l'issue d'une bagarre époustouflante dans l'ambiance impressionnante de la Butte Montmartre, Mathieu Van der Poel a conquis la 21e et dernière étape, ce dimanche. Le Néerlandais, petit-fils de Raymond Poulidor, a été accompagné dans son échappée par l'immense Tadej Pogacar, qui remporte son 5e Tour de France. En binôme avec un Pogacar déchaîné, qui a fait preuve une nouvelle fois d'un incroyable panache dans la bouillante rue Lepic, Mathieu Van der Poel a montré aussi qu'il était un formidable champion. Les deux rivaux des grandes classiques du printemps, Mathieu van der Poel et Tadej Pogacar, chacun triple vainqueur du Tour des Flandres et habitués à se tirer la bourre, étaient décidés à faire de la butte Montmartre un vrai mont flandrien. Ils se sont fait la malle une première fois dans la deuxième des trois ascensions de la rue Lepic, avant d'être repris par le peloton. Le dernier passage sous le Sacré-Cœur aura été le bon pour s'échapper définitivement. Cette fois, c'est Mathieu van der Poel qui a pris les devants, avec un Tadej Pogacar souffrant comme rarement dans sa roue mais décidé à débouler en tête devant l'Arc de Triomphe. Au moment où ses dernières forces le quittaient, avant de se faire engloutir par la meute, grand seigneur, le Maillot Jaune a offert un dernier relais à Mathieu Van der Poel, pour l'aider à signer sa deuxième victoire sur cette Grande Boucle. L'image, dantesque, restera gravée dans la légende des arrivées sur les Champs-Elysées : un Mathieu van der Poel aux cuisses brûlantes, lancé dans un dernier sacrifice par son plus grand adversaire, qui résiste au bout de l'acide lactique, jusqu'à la photo-finish, au retour de sprinteurs décidés à ne plus laisser Montmartre les priver de l'emballage final le plus prestigieux du monde. Tadej Pogacar, l'autre grand bonhomme de cette joute monumentale, rejoint le légendaire quatuor Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain dans le cercle ultra-fermé des quintuples vainqueurs du Tour de France. Chapeau Messieurs !

À voir ci-dessous un résumé de cette mémorable dernière étape, cliquez sur Regarder sur YouTube.

Passionnant final du Tour de France

Publié dans Chroniques

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Magnifique album où le jazz rencontre la musique orientale

Publié le par Michel Monsay

Magnifique album où le jazz rencontre la musique orientale

Ce musicien touche-à-tout, qui a collaboré avec énormément de grands noms de la musique française, nous livre un album d'excellente facture, où il continue d’explorer ses racines arméniennes à travers le jazz, les improvisations, les musiques traditionnelles et même le classique. C’est un voyage dès les premières notes. Avec La sultane, André Manoukian a composé un disque dont la douceur et l’émotion vous étreignent instantanément. Sur les douze titres, deux sont chantées par Arpi Alto, célèbre mezzo-soprano et contralto arménienne, et sur les autres morceaux on apprécie la présence de plusieurs instruments assez rares chez nous comme les tablas, percussions très présentes dans la musique indienne notamment, ou le cajon, instrument à percussion qui nous vient d'Amérique latine. Portés par un bel ensemble de cordes et de chœurs, interprétés avec l’orchestre Appassionato, certains morceaux résonnent d’une somptueuse ampleur symphonique. Avec La Sultane, André Manoukian déroule le long fil de sa mémoire musicale. Après Anouch (2022), dédié à sa grand-mère rescapée du génocide arménien, le pianiste revient avec un album inspiré, plus rythmique, plus incarné, où se mêlent les parfums d’Orient et les accents du jazz, dans un carrefour de cultures où les frontières s’effacent pour laisser place à un dialogue entre les peuples et les sons. La sultane, c’était le mot que sa mère employait pour parler tendrement à sa sœur. Derrière ce titre, se cache un hommage intime aux femmes de sa famille, à leur douceur, leur force, leur beauté souveraine. Chaque morceau raconte une histoire, chaque note tisse un lien. André Manoukian s’inscrit ici dans une tradition de passeurs, d’artisans du son. Il explore les textures, les rythmes, les résonances, et son piano qui puise dans le folklore pour créer du neuf, n’impose pas : il interroge, il caresse, il écoute, en cherchant la nuance plus que l’éclat dans cet album vibrant, entre mémoire et métissage, porté par un musicien qui n’a jamais cessé de chercher le lien entre les peuples et les âmes.

Publié dans Disques

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Fascinante fresque familiale qui explore les secrets et les souffrances de plusieurs générations

Publié le par Michel Monsay

Fascinante fresque familiale qui explore les secrets et les souffrances de plusieurs générations

Ce formidable roman, Prix Goncourt 2025, est le parfait exemple de la puissance et du pouvoir de la littérature, qui fait exister plus vrai que nature les corps, les rides, les rictus, les fausses modesties, les désirs louches, les petites humiliations, les vengeances sociales et le poids des traditions. Une demeure terrienne impressionnante, une famille bourgeoise attachée à ses terres, des générations soumises au devoir et aux conventions : tous ces éléments ont alimenté l'imaginaire de Laurent Mauvignier, dont celui d'une arrière-grand-mère, figure centrale du roman, passionnée par le piano et les compositeurs allemands. En écrivant La maison vide, il se lance dans une quête de compréhension généalogique, entre un père qui se donne la mort alors que Laurent Mauvignier n'a que 16 ans, et une grand-mère, Marguerite, qui avait été tondue à la Libération pour collaboration horizontale, après avoir couché avec un Allemand pendant que son mari était prisonnier en Allemagne. Son enquête lui révèle que le rêve empêché de son arrière-grand-mère Marie-Ernestine est à l'origine de drames successifs, comme des ondes négatives qui se propagent de génération en génération. Le roman raconte l'histoire de femmes sacrifiées par le devoir conjugal et d'hommes prisonniers d'une virilité destructrice. La Maison vide devient une tentative de lever ce voile imposé par les convenances, de nommer enfin ce qui a été tu, d'humaniser ceux que les scandales ont transformés en fantômes familiaux. Laurent Mauvignier nous embarque par son écriture remarquable, le rythme de ses phrases dans lesquelles il déploie toute la complexité de ses personnages jusque dans leurs propres contradictions, pour aller toucher l'exactitude de la réflexion humaine. Au-delà de ses pures qualités littéraires La Maison vide se distingue par son originalité de ton, de taille, de fond. Son exigence et sa pudeur ne cèdent rien aux prétendus diktats de l’époque, et même les contredit tranquillement, sans ostentation. Alors que partout la rapidité est vantée, dans la transmission de l’information, le jugement, le commentaire, les sept cents pages du roman demandent du temps, et une forme d’engagement dans cette lente et passionnante exploration d’une généalogie familiale. Il n’a rien de spectaculaire, au contraire, il nous promène pas à pas dans une famille ordinaire d’une petite commune du sud de la Touraine au début du XXᵉ siècle. Un microcosme régi par ses règles non dites, ses mesquineries ordinaires, ses beautés aussi, peuplé de personnages pas toujours très aimables et souvent complexes. Laurent Mauvignier brosse au passage de formidables portraits de femmes, grandes oubliées des histoires officielles, en portant leurs voix comme rarement un auteur masculin est parvenu à le faire. Ses longues phrases à la beauté parfois hypnotisante et à l’inventivité remarquable lui permettent d’opérer des allers-retours à travers le temps et l’espace, retiennent le lecteur au plus près des protagonistes, alternent plans larges et plans serrés pour replacer les individus dans la grande histoire. La Maison vide est ainsi profondément imprégné des deux guerres mondiales, de ce qu’elles ont fait aux femmes et aux hommes de la famille, et fourmille de personnages inoubliables et de scènes appelées à rester gravées dans l’esprit des lecteurs. Un très grand Goncourt.

Publié dans Livres

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Sidérante minisérie qui scrute le chaos de la Serbie après les guerres de Yougoslavie

Publié le par Michel Monsay

Sidérante minisérie qui scrute le chaos de la Serbie après les guerres de Yougoslavie

Ce thriller politique passionnant revient sur l’histoire de l’assassinat du Premier Ministre serbe Zoran Đinđić en 2003, peu de temps après la chute de Milosevic, et sur ces années sombres, minées par les trafics d’influence, de drogues et d’êtres humains, la prostitution, les assassinats… qui ont mené à l’une des plus importantes opérations contre le crime organisé du pays. Réaliste, sombre, et avec un sens du rythme parfaitement maîtrisé, la série en huit épisodes suit cette traque effrénée, mêlant au récit des images d’archives saisissantes. À la fois inspiré de faits documentés et en partie jugés, et fiction qui embarque des personnages créés de toutes pièces, cette minisérie tant par l’image que l’écriture rivalisent avec n’importe quel thriller américain du même acabit. Les dialogues, fins et humains, permettent d’interroger la corruption, la violence armée et les conséquences des guerres de Yougoslavie tout en représentant toutes les opinions. Le choix de narrer les faits par le prisme d’une journaliste, d’un commissaire de police, et d’un jeune criminel piégé par un gang de Belgrade, fait gagner l’œuvre en humanité. À travers leurs yeux, le film explore les dilemmes moraux, la lutte pour la survie et les conséquences dévastatrices des choix faits dans un pays en crise. Les chemins de ces personnages s'entrelacent alors qu'ils tentent de naviguer dans un paysage où la loyauté, la trahison et la quête de justice se heurtent dans un contexte délétère. Tendue et efficace, la mise en scène décrit le chaos du pays entre corruption et souci de justice. Portrait engagé et captivant de ce fait historique méconnu du reste de l’Europe, et de ses conséquences encore très actuelles sur la société serbe, qui malheureusement est toujours gangrénée par les mêmes maux plus de vingt après. 

Opération sabre est à voir ici ou sur le replay d'Arte ou ci-dessous jusqu'à vendredi 24 juillet.

Publié dans replay

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Une épopée magistrale d'une profonde modernité

Publié le par Michel Monsay

Une épopée magistrale d'une profonde modernité

 Cette magnifique épopée se révèle être une transposition extrêmement fidèle de Homère où chaque choix d’adaptation impose sa pertinence et sa justesse. Mais aussi, et c’est le plus remarquable, un film absolument typique du grand Christopher Nolan, dont on a tant aimé Oppenheimer, Interstellar ou Dunkerque pour ne citer qu'eux, avec sa structure non-linéaire, son brio à malaxer la matière temporelle où le récit juxtapose les époques en une coupe avec un montage remarquable, sa capacité à créer de l’intime dans le spectaculaire et, bien sûr, ses grandes thématiques : la peur de perdre sa famille, le retour à la maison, le clash entre temps et mémoire, la figure sacrificielle du héros,... Le prodige de l’entreprise réside sans aucun doute dans la crédibilité qui affleure de chaque image : que la caméra, mobile, colle aux personnages ou que la lumière naturelle les baigne dans un naturalisme, tout concourt à propulser le spectateur aux côtés d’Ulysse, à l’aspirer dans l’image. Ces récits ont beau nous avoir été contés mille fois, jamais l’ont-ils été avec cette immédiateté, cette plausibilité concrète, cette approche viscérale qui nous emporte à chaque plan. En se saisissant du texte de Homère, le cinéaste rappelle que ce qui est intemporel est, par définition, perpétuellement contemporain sur les horreurs de la guerre, les sacrifices qu’elle impose à nos corps, à nos âmes, à nos civilisations. L’Odyssée a beau mettre en scène un mythe trois fois millénaire, ces images dévastent car elles semblent sorties des actualités de toute époque. Les yeux dans les nôtres, Ulysse, campé par l’un des acteurs auxquels il est le plus facile de s’identifier, l’extraordinaire Matt Damon tout en intériorité, regarde cette barbarie, ces femmes, ces enfants, ces hommes que l’on sacrifie au nom d’un drapeau, d’un intérêt économique ou de divinités, ces dernières souvent prétextes à dissimuler les deux autres. Alors l’évidence apparaît, mordante : il y aura toujours un nouvel ennemi, une guerre à venir, quitte à s’inventer des raisons de la faire. Les grandes histoires servent à ça : raconter, questionner, informer. Et inscrire notre passé commun dans l’éternité, nous le rappeler encore et encore, pour qu’un jour, peut-être, on en retienne enfin les leçons. Christopher Nolan revient au texte fondateur de la culture occidentale comme si celui-ci contenait déjà toutes les interrogations de notre présent. Le véritable sujet du poème n’est pas la guerre de Troie mais ce qui vient après : le retour, la mémoire, la culpabilité, l’impossibilité de redevenir celui que l’on était avant les combats. Son Ulysse est moins un conquérant qu’un survivant. Derrière les monstres qu’il affronte se profile un autre adversaire, invisible celui-là : le poids des morts, des choix passés et des remords. Peu de cinéastes contemporains ont autant réfléchi que Christopher Nolan à la question de la temporalité, et il est frappant de constater à quel point cette obsession rejoint celle d’Homère. Là où beaucoup d’adaptations simplifiaient l’épopée pour en faire un récit d’aventures linéaire, Nolan conserve l’architecture complexe des chants qui constituent le poème. Le film épouse le rythme du texte plus qu’il ne cherche à le moderniser. Cette fidélité produit paradoxalement une profonde modernité. Il y a une recherche de simplicité qui irrigue toute la direction artistique. Christopher Nolan s’éloigne des excès décoratifs qui ont parfois caractérisé le néo-péplum contemporain pour retrouver une Antiquité minérale. Les paysages, les palais et les fortifications privilégient la pierre, la lumière et les matières plutôt que l’accumulation ornementale. Cette sobriété confère au monde grec une crédibilité presque archéologique sans sacrifier la puissance du mythe. Le cinéaste a choisi de tourner dans les paysages naturels de Sicile, Grèce, Islande, Irlande ou au Maroc, qui, outre la beauté plastique, donnent au voyage une matérialité saisissante, proche des hypothèses formulées sur l’itinéraire réel d’Ulysse dans le bassin méditerranéen et l’Atlantique. Ulysse est le seul grand héros antique dont l’exploit ne consiste pas à conquérir un territoire mais à retrouver le sien, l'histoire d’un homme qui découvre que la plus difficile des batailles commence lorsque la guerre est terminée et qu’il faut endurer le long face à face avec soi-même. Là où tant de productions contemporaines multiplient les effets numériques jusqu’à l’épuisement, ce si précieux cinéaste choisit la retenue et quasiment tout ce que l'on voit à l'écran est réel et nous fait vivre un grand voyage de cinéma.

Publié dans Films

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