Overblog Tous les blogs Top blogs Photographie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Haletant thriller aux allures de pamphlet politique

Publié le par Michel Monsay

Haletant thriller aux allures de pamphlet politique

Ce film intense, électrique et puissant marque le grand retour d’un cinéaste engagé et populaire à la fois : Gus Van Sant. Palme d’or pour Elephant, il est aussi l’auteur de Harvey Milk ou Promised Land, mais cela fait un moment qu'il nous avait pas enthousiasmés sur grand écran. Cependant, l'année dernière nous avions bien aimé sa série Feud, les trahisons de Truman Capote. En prenant comme base un fait divers de février 1977 à Indianapolis, suivi à la télévision par des millions d’Américains, il prend cette fois parti contre les agissements sans foi ni loi des banquiers ou autres usuriers. L’incident transformé par les médias en événement national rappelait celui survenu à New York en 1972, porté à l’écran par Sidney Lumet sous le titre d’Un après-midi de chien avec Al Pacino. Ce même immense comédien dans un rôle réduit, excelle ici dans la cruauté frontale d’un égocentrisme capitaliste éhonté, et dont le côté acteur emblématique des années 1970 octroie une forte dimension socio-mythologique à ce retour en force d'un grand cinéaste. Ce dix-huitième film de Gus Van Sant renoue donc avec la réussite de ses meilleurs opus, et comme toujours ses interprètes nous offrent des prestations d’une très grande justesse. À l'image de Bill Skarsgård, parfait de nervosité mal contrôlée dont l'ambivalence laisse entrevoir une humanité fragile, presque conviviale, qui vient effleurer un mal-être à la fois délirant et attendrissant. Également Dacre Montgomery, dont le personnage est tiraillé entre la peur et le syndrome de Stockholm, et de Colman Domingo, remarquable en animateur radio. Dans La Corde au cou, il est moins question de reconstituer un épisode criminel que de saisir une époque crépusculaire où affleurent les inégalités et une violence latente. La mise en scène installe une atmosphère oppressante, au diapason de la tension intérieure de son personnage, mais aussi de celle du cirque médiatique qui entoure l'affaire. En ajoutant une note comique aux situations pourtant tragiques qui se déroulent sous nos yeux, le film souligne l'idée de mise en spectacle de la violence, et du fait divers. Cette idée est encore renforcée par la musique, des mélodies de jazz, de funk ou de rythm and blues, légères et chaloupées, radicalement à contre rythme de ce qui se joue à l'écran. À travers ce très bon thriller, Gus Van Sant dessine les prémisses de l'Amérique d'aujourd'hui, celle de Trump, ultralibérale, et cynique, et donne à voir, sans faire l'apologie du preneur d'otage, l'envers de la médaille du rêve américain, et l'illusion tragique de toute forme de résistance à un système qui protège les puissants.

Publié dans Films

Partager cet article
Repost0

Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf

Publié le par Michel Monsay

Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf

Bien sûr, il y a ses jungles. Ce monde luxuriant de feuilles et de branchages enchevêtrés, de végétaux exubérants comme jaillis d’un rêve. C’est dans ce costume de peintre d’un exotisme fantasque et fantasmé, facilement qualifié de naïf qu’on a souvent enfermé Henri Rousseau (1844-1910). Mais l’arbre cache parfois la forêt, et les siennes, assurément fascinantes, ont occulté le répertoire plus vaste de cet opiniâtre autodidacte qui avait fait profession d’artiste comme on entre en religion. À travers une cinquantaine d’œuvres, le Musée de l’Orangerie montre que Rousseau ne peut être réduit à la peinture d'une jungle fantasmée. Au fil de sa brève carrière, le plus fameux douanier de l’histoire de la peinture, à ses heures fonctionnaire à l’octroi de Paris, à la trajectoire atypique et au style inclassable, aura largement varié les formes et les formats. Alignant tout à la fois d’imposants portraits de femmes ou d’enfants dans des décors verdoyants, des paysages périurbains en pleine mutation industrielle, des allégories comme La Guerre, ce tableau célèbre, dont la puissance sauvage est intacte, avec cette cavalière à l'allure enfantine qui survole un champ de cadavres dans une forêt ravagée, une lame dans une main et dans l'autre un flambeau. C'est un tableau très grand, qui fait basculer l'exposition dans une autre dimension : Rousseau entre dans la cour des grands. C’est Guillaume Apollinaire, promoteur acharné du travail de l’ancien douanier dont il avait été l’ami, qui avait aiguillé l’attention du marchand d’art Paul Guillaume. Ce dernier, qui exposait Picasso, Matisse ou Modigliani, avait perçu chez cet autodidacte l’essence d’un moderne. Modernité éclatante d’un contrebandier de la peinture qui avait développé un vocabulaire unique, mettant le monde à plat, balayant la perspective et nourrissant une inventivité aussi foisonnante que ses forêts tropicales. De la fin de ce siècle colonialiste, il avait saisi le goût pour l’exotisme et les ailleurs fantasmés, qui traversent des jungles fabuleuses, édens aux fleurs surnaturelles ou inquiétants lieux de combat de bêtes féroces. Derrière le mythe du grand voyageur, Henri Rousseau n’aura en réalité jamais quitté le sol français, de sa naissance en Mayenne à sa mort, dans l’indigence d’une fosse commune parisienne, alors que ses tableaux se vendront par la suite à des sommes astronomiques. Mais à l'initiative de l'Association des amis d'Henri Rousseau, sa dépouille est transférée à Laval, sa ville natale, dans le jardin de la Perrine où il repose toujours. Sur sa pierre tombale est gravée une longue épitaphe d'Apollinaire, et le peintre est figuré de profil dans un médaillon en bronze, œuvre du sculpteur Constantin Brancusi. Deux de ses chefs-d'œuvre, présents à cette belle exposition, appartiennent aux plus grand musées du monde : La fabuleuse Bohémienne endormie est au MOMA de New-York, et la fascinante Charmeuse de serpents au Louvre.

Henri Rousseau, l’ambition de la peinture est à voir au Musée de l'Orangerie jusqu'au 20 juillet.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf

Publié dans Expos

Partager cet article
Repost0

Tendre comédie qui réfléchit à ce qui fait famille

Publié le par Michel Monsay

Tendre comédie qui réfléchit à ce qui fait famille

Grand Prix du Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez, C'est quoi l'amour ? mêle avec tendresse, amour, spiritualité et comédie. Fabien Gorgeart signe un troisième long-métrage qui questionne une nouvelle fois le couple et la famille, cette fois sous l'angle de la recomposition et des liens qui en découlent. L’amour sous toutes ses formes émerge de ce maelström de situations et d’émotions : est-ce qu’on ne s’aime plus quand on s’est aimé fort et qu’on aime quelqu’un d’autre ? Qu’est-ce qu’un beau-père et une future belle-mère dans la vie d’une jeune femme qui adore ses parents ? Un premier amour de lycéenne résiste-t-il aux nouvelles rencontres ? Deux générations et de multiples façons de voir son cœur chavirer : voilà l’équation ici exposée sur un rythme effréné. Dans le tendre méli-mélo de cette troupe, au fil des quiproquos, se jouent plusieurs variations sur le sentiment le plus complexe de l'humanité, à travers plusieurs mises en regard d'amours à différents âges de la vie, et à différents stades. Fabien Gorgeart manie avec ingéniosité les changements de registre, le comique passant aussi bien par le langage que par le décalage de situations. Le film parvient à aborder la religion par la comédie sans jamais tomber dans la dérision. De dialogues rocambolesques en virée improbable au Vatican, ce film est le plus bel hommage que l'on puisse faire au joyeux bazar des familles recomposées. L’alliance du feu incandescent de Laure Calamy, qui fait une nouvelle fois des étincelles, de la lenteur pataude de Vincent Macaigne et de la grâce singulière de Mélanie Thierry en catho pas si coincée, fait mouche et participe à la réussite de cette comédie attachante.

Publié dans Films

Partager cet article
Repost0

Irrésistible Jessie Buckley

Publié le par Michel Monsay

Irrésistible Jessie Buckley

Ce film musical épatant sorti en 2019 est aussi enlevé que drôle et touchant, et a révélé la formidable Jessie Buckley, que l'on a adoré récemment dans Hamnet et qui lui a valu l'Oscar de la meilleure actrice. Elle signe dans Wild Rose une impressionnante performance vocale, elle est aussi chanteuse, et déploie déjà tous ses talents dramatiques. La musique country ? C’est « trois accords et la vérité », dit Rose-Lynn, son personnage, qui n’a que ce credo en tête. Elle croit en son talent, se rêve en Dolly Parton et n’aspire qu’à rejoindre Nashville. Sauf qu’elle habite la banlieue de Glasgow, sort de prison, néglige ses deux enfants, jure comme un charretier et subit les remontrances d’une mère. Boule d'énergie contagieuse, Jessie Buckley insuffle ce qu'il faut de fragilité et de férocité à cette femme qui voudrait simplement ne pas rester prisonnière de sa condition féminine, sociale, géographique. Wild Rose s’impose comme un mélange particulièrement équilibré de film social britannique et d’éloge de la musique country. Avec comme toile de fond, HLM de banlieue, pub écossais où les tables collent à force de bières renversées, et quotidien d’une classe populaire condamnée à subsister dans le même périmètre étroit. La mise en scène de Tom Harper, dont on a apprécié récemment Peaky blinders l'immortel, épouse le tonus de cette héroïne qui marche à grandes enjambées rageuses, déchirée entre son idée fixe et ses deux gamins qu’elle réapprivoise maladroitement. Face à elle, l'actrice Julie Walters incarne avec une émouvante retenue une mère qu’une vie sans ambition a peu à peu raidie, ne lui laissant qu’un pâle sourire. Ces deux personnages offrent, en creux, une réflexion sur le thème du sacrifice maternel. Plein d'allant et de vie, cette émouvante ode à la folie et aux mirages impossibles reste résolument sociale, avec un message : pour devenir quelqu’un, il faut accepter d’où l’on vient.

Wild Rose est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

Publié dans replay

Partager cet article
Repost0

Le monde de la voile pleure l’un de ses plus grands marins

Publié le par Michel Monsay

Le monde de la voile pleure l’un de ses plus grands marins

Charlie Dalin avait réalisé un incroyable exploit en remportant le Vendée Globe 2025 en un temps record. Il livrait en même temps une bataille contre le cancer. Une maladie qui vient de l'emporter à l’âge de 42 ans. Impossible d’oublier le sourire du skipper perché en haut de son mât au beau milieu de l’Atlantique, livrant bataille contre l’océan et dominant la concurrence. Qui pouvait imaginer qu’une autre bataille, indicible, se jouait à cet instant… Une bataille intime contre la maladie, contre ce cancer qui avait été diagnostiqué au jeune quadragénaire quelques mois plus tôt, avec avec une tumeur de la taille d'un pamplemousse dans le ventre. Charlie Dalin avait choisi de prendre la mer coûte que coûte, bravant autant les éléments que la maladie, en allant faire le tour du monde et remporter l'une des épreuves les plus éprouvantes qui soient. Diminué par la maladie, le marin a pourtant remporté ce tour du monde à la voile en solitaire, sans escale, sans assistance mais sous traitement en seulement 64 jours, un record. Lui qui a survolé les quarantièmes rugissants et dominé les cinquantièmes hurlants a été rattrapé par un mal plus silencieux. Durant sa carrière, Charlie Dalin a aussi remporté la Transat Jacques-Vabre en double avec Yann Eliès en 2019, la course New York Vendée-Les Sables d'Olonne en 2024, ou encore la Fastnet Race en 2021 et 2023, et avait décroché le titre de champion du monde Imoca en 2021 et 2022. En décembre dernier, le skipper avait été désigné marin de l'année à l'unanimité, une première depuis la création du trophée. Nous restons terriblement choqués par la nouvelle de sa disparition. 

Publié dans Chroniques

Partager cet article
Repost0

Comédie tendre sur la famille, les années 80 et le vivre-ensemble

Publié le par Michel Monsay

Comédie tendre sur la famille, les années 80 et le vivre-ensemble

Ils se font la plus haute idée de la comédie, on les en remercie. Depuis deux décennies, le duo Eric Toledano et Olivier Nakache enchante le public avec des histoires où l'humour et le sens de l'absurde avancent main dans la main avec audace et profondeur. Après avoir évoqué le handicap dans l'irrésistible Intouchables, le sort des sans-papiers dans Samba, l'autisme dans Hors normes et la surconsommation dans Une année difficile, sans oublier le génial Le sens de la fête, et leur incursion très réussie dans l'univers de la série avec En thérapie, les cinéastes captivent une nouvelle fois avec Juste une illusion, fiction en forme de chronique familiale qui dessine aussi un portrait de la France des années 1980. A la fois récit initiatique et comédie romantique émouvante, Juste une illusion entrelace avec habileté les fils de son scénario et rappelle s'il en était besoin que Toledano et Nakache maîtrisent comme personne dans le cinéma français l'art du tempo et de l'équilibre scénaristique. En creux, les cinéastes, à travers leur famille de la classe moyenne, décrivent la France d'une décennie certes affligée par de nombreux maux, crise économique, sida, racisme, mais cependant à l'abri du communautarisme et des crispations identitaires qui déchirent aujourd'hui le tissu social. La grande question qui traverse l’œuvre d’Olivier Nakache et Eric Toledano a toujours été celle du vivre-ensemble. Les cinéastes font ici de la famille, de l’immeuble, puis de la ville, trois espaces où des identités différentes peuvent apprendre à cohabiter, en se nourrissant de l’altérité. En forme de comédie à l'italienne et de récit d'apprentissage, c'est aussi une mise en lumière de la sociologie de l'époque avec les débuts du chômage ou encore l'émancipation des femmes, que donne à voir le film. La distribution, comme toujours chez le plus célèbre duo du cinéma français, est très juste et drôle, à l'image de Louis Garrel, faisant une nouvelle fois la démonstration de cette verve comique qui lui va comme un gant, Pierre Lottin, qui fait merveille dans le rôle du gardien de la résidence, pas si benêt qu'il n'y paraît, et les jeunes acteurs d'un naturel confondant. En signant leur film le plus personnel, Olivier Nakache et Éric Toledano nous offrent un émouvant périple dans notre mémoire collective, sans rien perdre de leur talent à susciter le rire et l’émotion.

Publié dans Films

Partager cet article
Repost0

Fascinant portrait sans concession de la ville de Baltimore

Publié le par Michel Monsay

Fascinant portrait sans concession de la ville de Baltimore
Fascinant portrait sans concession de la ville de Baltimore

Créée en 2002 par un ancien journaliste du Baltimore Sun, le grand David Simon, devenu depuis une des plumes les plus fines des séries américaines, et un ancien policier, Ed Burns, et coscénarisée par des grands noms du roman noir américain, la série américaine The Wire (Sur écoute) est devenue culte. S'appuyant sur des investigations de terrain de plusieurs années, elle décrit finement la réalité sociale, économique et politique des habitants du ghetto de Baltimore. Consacrée meilleure ethnographie jamais réalisée de l'Amérique urbaine contemporaine par le sociologue William Julius Wilson, saluée par Time Magazine ou le New York Post comme étant la meilleure série de l'histoire de la télévision américaine, elle est un outil efficace de discussion et de débats autour des problématiques qui parcourent les quartiers populaires. On ne compte plus les articles et les personnalités qui l'encensent et la considèrent comme l'une des toutes meilleures séries de tous les temps. Sur écoute est écrite comme un livre, réalisée comme un film, mise en scène comme une pièce de théâtre, et pourtant est une série. C'est le récit du trafic de drogue à Baltimore et de la manière dont cette économie souterraine irrigue tout, depuis les bas-fonds jusqu'au bureau du maire. C'est l'un des plus beaux portraits de ville qui soit, une ville violente et dysfonctionnelle, comme une famille. Complexe, fouillée, l'œuvre démontre que le genre sériel convient bien à la description lente et minutieuse de la cité moderne. On reste stupéfait devant la richesse d’écriture développée pour chacun des personnages, tous remarquablement interprétés. Sur Écoute est une série vraiment à part à mi-chemin entre le polar urbain sec et efficace et un film documentaire sur les dessous d’une ville rongée de l’intérieur, vu des deux deux camps, flics et trafiquants de drogue. En quelque sorte la relecture évanescente d’un genre oublié mais toujours fantasmé à savoir le film noir dans ce qu’il a de plus flamboyant. Une étude grandeur nature mettant à nu conflits raciaux, inégalités sociales et déviances du système politique. Ce sont les états d’âme, et finalement la part d’humanité, qui intéressent les scénaristes, avec cette façon magistrale de suggérer que, d’un côté ou de l’autre de la barrière, ils ne sont finalement pas si différents. Au fil des cinq saisons, le panorama s'élargit et on plonge aussi dans l'univers des juges, des dockers du port de Baltimore, des politiciens, des avocats, des enfants, des professeurs, des journalistes et des toxicomanes. The Wire montre à tous les niveaux des individus broyés par la société, où toutes les initiatives individuelles pour améliorer les choses sont anéanties par le système, qui est trop corrompu et dont les institutions sont défectueuses. Une série irrévocablement noire, où l’humour n’est jamais laissé pour compte, avec une palette de personnages attachants. En résumé, une série subtile qui, par sa cohérence et le traitement des problèmes qu’elle expose, respecte l’intelligence de son audience, chose très rare de nos jours et s'inscrit à jamais dans les séries qu'il faut absolument avoir vues.

The Wire (Sur écoute) est à voir ici sur HBO Max pour 5,99 € un mois sans engagement avec pub, ou 9,99 € sans pub.

Publié dans replay

Partager cet article
Repost0

Une œuvre passionnante d’une grande densité émotionnelle et romanesque

Publié le par Michel Monsay

Une œuvre passionnante d’une grande densité émotionnelle et romanesque

Déjà venu à Cannes, mais pas en compétition, avec le percutant As Bestas, Rodrigo Sorogoyen nous a offert aussi des films policiers ou thrillers de premier plan comme El Reino, et Que Dios nos perdone. Ce grand cinéaste nous livre cette fois un drame familial particulièrement tendu, qu'il filme un peu comme un thriller, faisant monter régulièrement la pression entre les deux principaux protagonistes, un père réalisateur qui a réussi et une fille actrice qui doit encore s’affirmer et n'a pas vu son géniteur depuis treize ans. Rodrigo Sorogoyen dépeint comme rarement le microcosme d’un tournage comme un lieu de pouvoirs. Il ajoute avec L'être aimé une fascinante pierre à son travail cinématographique, qui s'intéresse depuis ses débuts aux relations humaines et à la masculinité. À 44 ans, il est non seulement devenu le réalisateur espagnol majeur de sa génération, mais aussi un auteur que l’on adore suivre, y compris lorsque récemment il réalise une série, la passionnante Los años nuevos. La scène d’ouverture du film est d’emblée remarquable, totalement étouffante par les très gros plans entre les deux personnages, modèle de cinéma réaliste, instinctif, viscéral. La créativité furieuse de Rodrigo Sorogoyen, dont le génie visuel n’est plus à douter, s'exprime dans un kaléidoscope narratif, maelström d’images, de formats, de couleur et de grain. De multiples entrées peuplent le film, qui happe de la première à la dernière image. Le cinéaste espagnol a un sens de la mise en scène précis et intense, tout en accueillant les opportunités de l’instant présent du filmage. En témoignent deux longues séquences, qui tiennent en haleine par leur rythme et leur construction narrative et formelle, autant qu’elles happent par les enjeux relationnels qu’elles révèlent, par les questions qu’elles soulèvent, et par l’incarnation des interprètes. À savoir le repas inaugural au restaurant, et le tournage d’une scène de déjeuner. Film de ressenti, récit d’émancipation de la figure paternelle, L’Être aimé secoue le spectateur autant qu’il semble étrangler son personnage féminin, remarquablement interprété par Victoria Luengo. Quant à Javier Bardem, magistral, il impressionne par sa capacité à marier puissance et subtilité avec un charisme unique et une présence organique. L’Être aimé est un film puissant qui aborde la question des rapports de domination masculine à travers l'histoire d'une paternité ratée en séance de rattrapage, et nous étreint dans son tourment, grâce à deux interprètes en état de grâce et à une mise en scène magistrale.

Publié dans Films

Partager cet article
Repost0

Profondément choqué par la mort de cette grande artiste

Publié le par Michel Monsay

Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste

Marjane Satrapi était l’une des voix précieuses d’un Iran rêvé, libre et démocratique. L’auteure de l’excellent Persépolis est décédée ce 4 juin 2026, à l’âge de 56 ans, morte de tristesse un peu plus d’un an après la disparition de Mattias Ripa, son mari et compagnon de vie. Dans Persepolis, elle s’en prenait avec force et causticité au terrible régime des Mollahs. Elle n’aura donc pas assisté à la chute de ces tyrans, qui ont survécu une fois de plus à la dernière révolution du mois de janvier et semblent même s’être renforcés après les attaques récentes d’Israël, en collaboration avec les Etats-Unis d’un Trump peu disposé à reconnaître qu’il s’est totalement fourvoyé. Née en Iran, Marjane Satrapi fut élevée dans une famille progressiste et cultivée, et grandit sous le régime du Shah puis sous la République islamique après la révolution de 1979. Adolescente, elle est envoyée seule à Vienne pour ses études, avant de revenir en Iran, puis s’installer définitivement en Europe, d’abord à Strasbourg, puis à Paris. C’est avec Persepolis qu’elle s’impose sur la scène internationale. Il existe des œuvres qui s’inscrivent instantanément dans l’Histoire, parce qu’elles capturent quelque chose de profondément et d’universellement juste, parce qu’elles rendent leur humanité aux hommes. Cette autobiographie en bande dessinée retrace son enfance et son adolescence entre Iran et Europe, sur fond de révolution islamique et de guerre Iran-Irak. Le succès est mondial : traduit dans une trentaine de langues, l’ouvrage devient une référence du genre. Elle en réalise avec Vincent Paronnaud une très belle adaptation animée au cinéma en 2007 avec les voix entre autres de Catherine Deneuve et Danielle Darrieux, qui remporte le Prix du Jury à Cannes, deux Césars, est nommée aux Oscars et obtient un triomphe critique et public avec 1,2 million d’entrées. Au-delà de Persepolis, elle coréalise, toujours avec Vincent Paronnaud, Poulet aux prunes (2011), film en prises de vues réelles mêlant onirisme et mélancolie, adapté de sa bande dessinée du même nom, Prix du meilleur album au Festival international d’Angoulême. Celle qui bouscula son confortable statut d’auteure de BD à succès pour se réinventer sans cesse derrière la caméra, a toujours préféré l’aventure aux honneurs, l’irrévérence à la routine, et tourna quatre autres films. Voix importante de la diaspora iranienne, elle s’est exprimée régulièrement sur les droits des femmes, la liberté d’expression et la situation politique en Iran, notamment lors du mouvement Femme, Vie, Liberté à partir de 2022. Marjane Satrapi était aussi peintre et il y a cinq ans ses magnifiques toiles étaient exposées dans une galerie parisienne. Dans l’un de ses plus beaux albums, Poulet aux prunes (2004), elle mettait en scène un grand musicien iranien qui se laisse mourir après que son instrument, un târ, sorte de luth persan, s’était cassé. L’artiste franco-iranienne semble malheureusement avoir fait de même.

Ci-dessous les merveilleuses peintures de Marjani Satrapi, dont je disais dans un précédent article : L'exposition intitulée Femme ou rien comporte 15 tableaux grand format aux couleurs éclatantes de femmes qui échappent au conformisme et prennent leur destin en main, dans un style figuratif sublime dont elle a le secret. Avec un art du glamour scénarisé, des traits nets, des silhouettes sensuelles aux bouches écarlates, l'artiste peint des femmes qui lui ressemblent. C'est aussi un hymne à la beauté des femmes, à leur indépendance d'esprit, leur mystère.

Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste
Profondément choqué par la mort de cette grande artiste

Publié dans Chroniques

Partager cet article
Repost0

Un ouvrage fort et courageux sur la perte d’un proche

Publié le par Michel Monsay

Un ouvrage fort et courageux sur la perte d’un proche

C'est un dîner habituel, un soir banal. Joan Didion est avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne, qui soudain s'écroule, victime d'une crise cardiaque. Dans un récit à la fois distant et intime, Joan Didion décrit le deuil, des premières minutes où tout est mécanique aux heures et jours suivants où plus rien n'est logique. Elle dit les gestes fous qu'elle ne peut s'empêcher de faire, les lectures qui la soutiennent, le silence de la nuit. Une année s'écoule à faire des efforts, à égrener les jours, mais aussi à craindre de s'éloigner de l'autre, le laisser partir au fil de l'eau. Joan Didion est l’auteur de cinq romans et une douzaine d’ouvrages de non-fiction, reportages ou critique sociale, que plusieurs grands de la littérature américaine auraient rêvé d’écrire, à commencer par Bret Easton Ellis. En rédigeant L’Année de la pensée magique, juste après la mort de son mari et pendant la maladie qui devait emporter sa fille unique, Quintana, Joan Didion s’est attaquée frontalement au deuil avec un courage et une obstination inouïs. Vendu à des centaines de milliers d’exemplaires aux Etats-Unis, récompensé par le National Book Award (la plus prisée des distinctions littéraires américaines), ce livre est une exploration minutieuse, presque maniaque et tout à fait saisissante, du monde parallèle où vivent ceux qui ont perdu un proche. Comment passe-t-on de la vie ordinaire au cauchemar absolu ? C’est très simple : en une fraction de seconde. Savoir, se forcer à regarder la mort en face, même au prix de la souffrance, ne pas se détourner fait d’ailleurs partie de sa façon d’être au monde, à la fois comme journaliste, comme essayiste et comme romancière. Impressionnant, sa manière clinique de déplier une à une toutes les couches de douleur, de rage et d’incrédulité qui forment l’enveloppe du deuil, où tout n’est pas réductible à la raison et à la science. Joan Didion nous éclaire comme rarement sur ce que sont la mort et l'absence dans un livre bouleversant au style sans pareil, un voyage aride, sans consolation, au fin fond des terres désolées de la stupeur, du chagrin et de l’affliction, qui a été récompensé par le Prix Médicis essai 2007.

Publié dans Livres

Partager cet article
Repost0