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Une œuvre chorale vibrant de rituels et de mystères, d’expériences d’exil et de retour

Publié le par Michel Monsay

Une œuvre chorale vibrant de rituels et de mystères, d’expériences d’exil et de retour

Dao est une épopée existentielle, qui mêle l’individu au collectif, en juxtaposant pour mieux les relier vie et mort, présent et passé, Afrique et Europe, ancestral et contemporain, et floute toutes les frontières temporelles, géographiques, cinématographiques. Mêlant les langues française, manjak, wolof et créole portugaise, Dao est mouvement. Une vitalité profonde irrigue chaque scène, et particulièrement deux grandes célébrations, l'une matrimoniale et l'autre funéraire, nées de véritables événements vécus par le cinéaste franco sénégalais Alain Gomis à quelques mois d’écart. Comme dans le récent et magnifique Le Rire et le Couteau de Pedro Pinho, la durée longue de Dao (3h) permet une immersion profonde. Le public peut avancer progressivement avec Gloria, sa fille et ses proches, d’autant qu'Alain Gomis a la bonne idée d’intégrer l’étape des essais et du casting dans son long-métrage, comme pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un documentaire. Coulisses et fiction se donnent la main entre la banlieue parisienne et la Guinée-Bissau, entre le duo central féminin (les révélations Katy Correa et D’Johé Kouadio) et les vedettes amies venues peupler le mariage, dont l'excellent Samir Guesmi. Cette aventure envoûte par les allers-retours entre les deux continents et les deux temporalités, par certaines très belles séquences qui en découlent, et par les différentes musiques saluant les nouveaux départs du défunt ou des mariés. Le film est empreint d'une dualité, d’abord celle de la vie et de la mort, de la descendance et de l’ascendance dans les deux sens de la transmission, celle du père disparu vers Gloria et ses frères et sœurs, et de Gloria à sa fille, entourés de toute la grande famille. C’est aussi la dualité de la migration, de l’exil et du retour, entre le pays d’origine du père, où vit toute une partie de la famille, et le pays de Gloria et sa fille, où se rencontrera, mariage oblige, toujours plus de famille. Si le réalisateur exprime visiblement son respect envers les traditions, il les questionne à travers les évolutions sociétales : statut des femmes, violences envers les femmes et les enfants, mais aussi entre hommes, maintien ou non des rites, ou encore, plus ponctuellement, homosexualité et polygamie. Sans oublier  la colonisation, l’esclavage, l’immigration, ainsi que des sujets connexes comme la dispersion des familles et les relations avec les Blancs. Au final, Dao est un film riche en questionnements sans pour autant s’égarer car tout se rejoint, et très généreux dans les rapports humains. À la manière d'Abdelatif Kechiche, Alain Gomis fait ressentir dans l’absolue densité de ce que la caméra parvient à filmer, la durée de la fête, l’énergie des corps, tout en racontant aussi plusieurs histoires dans un aller-retour permanent entre la Guinée-Bissau et la France, et c’est dans cet entre-deux d’identité que le film trouve sa puissance politique et intime. Dao voit double et nous offre une expérience de cinéma inédite et de grande ampleur, où les enjeux familiaux se conjuguent à la dimension culturelle et ethnologique.

Publié dans Films

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Génial sociologue et philosophe, Edgar Morin s'en est allé

Publié le par Michel Monsay

Génial sociologue et philosophe, Edgar Morin s'en est allé

Analyste assidu de la société contemporaine, Edgar Morin, qui fut de tous les combats pendant un siècle, est mort vendredi à l'âge de 104 ans. Il était notamment connu pour sa théorie de la "pensée complexe", où l'humain, l'éducation et la préservation de la nature étaient au cœur de sa réflexion. Il y a encore quelques années, il courait les conférences malgré son âge avancé, témoignant d'une urgence à transmettre. Ni vraiment sociologue, ni tout à fait philosophe, ni historien, ni économiste, ni sémiologue, mais chercheur sans frontières dans toutes ces disciplines, Edgar Morin a été, jusqu’à son dernier livre, sa dernière conférence, sa dernière apparition télévisée, son dernier tweet, un intellectuel engagé dans son temps et un exceptionnel penseur sans frontières du monde contemporain. Edgar Nahoum, de son vrai nom, jeune juif parisien d’origine séfarade, qui perdit sa mère avant son 10ᵉ anniversaire, s'engage à 20 ans dans la Résistance comme combattant volontaire puis devient lieutenant des Forces françaises combattantes en 1942. Le nom Morin, qu'il gardera pour le reste de sa vie, est un dérivé d'une de ses couvertures lors de l'Occupation. Le communisme, auquel il adhère, se confondit d’abord avec la résistance au nazisme pour le jeune Edgar Morin, mais écœuré il s'en éloigne dès 1951, avant d'être définitivement exclu du parti après une vive critique du totalitarisme stalinien. Il aura traversé le XXe siècle et les 26 années du XXIe sans jamais se laisser enfermer dans une discipline, une école ou un camp. Il aura été l'un des rares intellectuels qui a su se remettre en cause, faire son autocritique. Il a créé une sociologie de l’empathie, de la fraternité, opposée à une sociologie de surplomb. Au-delà de la figure intellectuelle se trouvait un homme au charme pétillant profondément attaché à la vie : il aimait manger, danser, rire, chanter. Il y avait un instinct de vie chez Edgar Morin qui était très contagieux et très joyeux. Auteur d'une petite centaine d'ouvrages, il a été l’objet de thèses nombreuses, le bénéficiaire de titres et d’honneurs dans le monde entier, et docteur honoris causa de trente-quatre universités. Un hommage national amplement mérité lui est rendu aujourd'hui. Son œil malicieux, son sourire, sa pensée complexe et si clairvoyante vont terriblement nous manquer pour nous éclairer. En voici un exemple parmi tant d'autres : "À force d'oublier l'essentiel pour l'urgent, on oublie l'urgence de l'essentiel."

Ci-dessous, un extrait de La grande librairie pour le plaisir de revoir Edgar Morin durant 6 minutes. Cliquez sur regarder sur YouTube.

Publié dans Chroniques

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Passionnant doc dans les coulisses d'une édition exceptionnelle

Publié le par Michel Monsay

Passionnant doc dans les coulisses d'une édition exceptionnelle

C'est une étrange sensation. Vibrer devant un match de tennis datant de l'an passé. Comme si le résultat pouvait changer... Une sorte de distorsion de l'espace et du temps. La série documentaire Roland-Garros : Entre les lignes, en quatre épisodes au montage hyper rythmé et consacré à l’édition 2025 du tournoi, repose sur ce ressenti. Outre le bonheur de revivre une édition historique par la qualité de son contenu, le documentaire offre une plongée inédite dans les coulisses du plus prestigieux tournoi sur terre battue. Outre la compétition en elle-même, on partage notamment la vie des jeunes ramasseurs de balles, il y a aussi un passionnant focus sur le tournoi en fauteuil roulant, et les réalisateurs Julien Bossenie et Yann L’Hénoret arrivent à capter des moments où on oublie caméras et micros : Exemple avec un journaliste misogyne qui fait une remarque sur le physique de Loïs Boisson et parle de "muscles qui ressortent" lors d'une interview avec la directrice du tournoi. Quelques heures plus tard, Amélie Mauresmo s'adresse de façon très ferme au journaliste : "je ne te félicite pas sur la question que tu m'as posée sur le physique de Loïs. Je ne te félicite pas sur ce genre de propos. Y'a 25 ans, je me tapais la même chose... La petite, elle a 22 ans, vous n'allez pas commencer à la faire chier là-dessus, parce qu'elle a des muscles. C'est une athlète en fait !" La chance des réalisateurs est d’avoir trouvé avec Amélie Mauresmo, la directrice du tournoi, une personnalité charismatique qui sert de fil rouge au récit et fait le lien entre tous les intervenants (joueurs, personnel du stade, responsables de la Fédération, journalistes…). Son naturel illumine le documentaire. Le spectateur suit pas à pas l’ancienne numéro un mondial, qui se démène pendant la quinzaine, tour à tour patronne, maman, psychologue, maîtresse d’école, bonne copine… sans jamais se départir de sa bonne humeur. Roland-Garros : Entre les lignes est un condensé d'émotions fortes dans une succession de séquences étonnantes, émouvantes, drôles ou décalées, comme la belle cérémonie hommage à l'immense Rafael Nadal, 14 fois vainqueur du tournoi. Par ailleurs on sourit en découvrant les problèmes récurrents de toit du court central, ou le parcours incroyable d'une inconnue, française qui plus est, Loïs Boisson, jusqu'en demi-finale, et on revit avec intensité la très belle finale dames entre Coco Gauff et Aryna Sabalenka, ainsi que l'inoubliable finale hommes entre Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, une rencontre de 5h30 qui restera dans les annales de l’histoire du tennis comme l'un des plus beaux matchs de tous les temps. Devant les caméras, se relaient sans langue de bois entre autres Caroline Garcia, Carlos Alcaraz, Yannick Noah, Coco Gauff, Arthur Fils, Mickaël Jeremiasz, Gaël Monfils et… Stan Wanwrinka. A 40 ans, il sait que sa carrière touche à sa fin. Une conversation avec Amélie Mauresmo dévoile ainsi ses doutes, ses questionnements sur l'après. Même problématique pour Caroline Garcia. Se dessine en filigrane de ces bouts de conversations captés, la nécessité de prendre soin de l'intégrité physique et mentale des athlètes. Cette très bonne série documentaire en quatre épisodes trouve le ton juste en ne se focalisant pas uniquement sur les stars du tennis, et pour ne pas louper une miette de l’événement, cinq équipes ont filmé simultanément durant quatre semaines dans des endroits habituellement interdits aux caméras. Au final, une belle réussite qui contribue à nous donner un regard nouveau sur l'édition en cours.

Roland-Garros : Entre les lignes est à voir ici sur France.tv en créant un compte gratuitement ou en vous connectant si vous en avez déjà un, ou ci-dessous après la bande-annonce les quatre épisodes en cliquant sur Regarder sur YouTube.

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L’amour des hommes et de la terre sublimé par le regard d'un immense photographe

Publié le par Michel Monsay

L’amour des hommes et de la terre sublimé par le regard d'un immense photographe

Paris célèbre la mémoire du grand photographe Sebastião Salgado, disparu il y a un an, dans une exposition hommage à l'Hôtel de Ville, avec près de 200 œuvres réunies pour retracer l’itinéraire d’un artiste dont l'objectif aura marqué l’histoire de l’image contemporaine. Né au Brésil, parisien d’adoption depuis 1969 pour fuir la dictature, infatigable voyageur, il a consacré sa vie à montrer au monde la beauté de la terre et des hommes, y compris les plus vulnérables, cherchant à mettre en exergue la dignité de créatures ballotées par la folie de certains des leurs, faiseurs de guerres et de désastres. Portraits, scènes de labeur, paysages monumentaux, les grandes séries emblématiques de Sebastião Salgado, dans un superbe noir et blanc contrasté, révèlent les multiples facettes de la carrière et de la vie d’un homme engagé : guerres de décolonisation en Afrique, sécheresse et famine au Sahel, Amérique latine profonde des années 80, mines d’or du Brésil, guerre du Golfe, beauté du monde sauvage au plus près des origines, entre autres. Au-delà de l’artiste mondialement reconnu, l’exposition dont la scénographie a été réalisée par sa femme, avec laquelle il avait fondé sa propre agence après avoir travaillé pour Sygma, Gamma et Magnum, met en lumière un homme profondément attaché aux valeurs humanistes, défenseur d’un monde plus juste et écologiquement durable. Dès l'entrée de l'exposition, le visiteur tombe face à une image de toute beauté au format XXL d’un groupe de Waura sur leur barque en train de pêcher sur un lac au Brésil où la brume et le soleil à contrejour dessinent leurs silhouettes. On poursuit le parcours dans un entrelacs de chemins bordés d’une sélection de tirages d'images puissantes et magnifiques, qui ne sont pas uniquement des belles photos ou un récit, mais toute la vie de Sebastião Salgado, comme il le disait. Il y a même un tunnel immersif imitant une forêt tropicale. On découvre aussi à l'occasion de cette très belle exposition son engagement pour la planète, avec la création de Instituto Terra, projet colossal de reforestation au Brésil. Leur initiative a permis de replanter 3,5 millions d’arbres pour faire renaître la forêt, elle est devenue aujourd’hui un modèle mondial. Membre de l'Académie française des Beaux-Arts et membre honorifique de l'Académie américaine des arts et des lettres, ce génial photographe était aussi un grand Monsieur.

Sebastião Salgado est à voir à jusqu'au 6 juin, à la Salle Saint-Jean, au sein de l’Hôtel de Ville de Paris.

L’amour des hommes et de la terre sublimé par le regard d'un immense photographe
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Publié dans Expos

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Deux géants du jazz

Publié le par Michel Monsay

Deux géants du jazz

Hier, c'était le centenaire de la naissance du génial Miles Davis, et nous apprenions la disparition d'un autre génie du jazz, Sonny Rollins, à 95 ans.

Pour le plaisir, réécoutons les lorsqu'ils jouaient ensemble dans les années 1950 sur But not for me et sur Out of the blue, et pour finir le formidable Tutu de Miles Davis.

Publié dans Chroniques

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Sous le charme de la merveilleuse Jeanne Cherhal

Publié le par Michel Monsay

Sous le charme de la merveilleuse Jeanne Cherhal

Jeanne, sorti il y a un an, est le septième album de Jeanne Cherhal, mais le premier qu'elle sort de manière indépendante en l'autoproduisant avec son tourneur. L'occasion pour elle de maîtriser l'intégralité de sa conception. C'est un disque qui laisse entrer l'espace, l'air et la lumière, un portrait en treize titres qui célèbre, plus que jamais, sa liberté. Jeanne est né d'une conversation avec Benjamin Biolay, complice de longue date, qui lui remet le pied à l'étrier et propose de produire les arrangements de ses nouvelles chansons. Elles surgissent de son instrument de prédilection, le piano, sublimées par les touches cristallines d’un quatuor à cordes d'une extrême élégance, le cœur battant de la batterie, des guitares, de la basse, et des claviers dans des sonorités pop. Un album réalisé dans la joie et la débrouille, au point que presque toutes les mélodies sont issues des premières prises de voix. Un timbre plus que jamais souple et délié, qui s'accorde avec le déploiement d'une extrême sensualité. Parmi cette superbe nouvelle collection de chansons, certaines rappellent notamment l’engagement féministe indéfectible de Jeanne Cherhal, comme Le cri des loups qui n’aboie pas avec la meute mais cloue le bec aux oiseaux de mauvais augure, avec toujours une bonne dose d’humour. La grande réussite de Jeanne Cherhal avec ce disque est d’embrasser son époque, son sexe et son âge (47 ans), réjouissances et colères comprises dans une langue forte en images et nuances. Elle y aborde la liberté amoureuse, sentimentale, fantasmée qui grandit avec l’expérience, un éloge de la nature quasi érotique, les agresseurs impunis, ou la ménopause dans La marée, miroir délicat au douloureux et précurseur Douze Fois par an de son premier album. Ce n’est pas le seul écho à sa discographie puisque Jeanne Cherhal se fend d’une drolatique suite à Brandt Rhapsodie, son célèbre duo avec Benjamin Biolay. On entend dans Jeanne son envie d’aller se frotter à la variété de luxe des années 1970-1980 où les mélodies, les amples orchestrations et le groove de Michel Berger et Véronique Sanson ont donné un coup de jeune à la chanson populaire, pour y associer ses textes ciselés, qui n’ont rien perdu de leur engagement. Ce septième album, que l’on classe immédiatement parmi ses tout meilleurs, regorge de mélodies somptueuses, de son jeu de pianiste sublimé par les arrangements du complice Benjamin Biolay, et de textes d’une pertinence confondante chantés de sa très belle voix.

Publié dans Disques

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Magnifique comédie qui virevolte jusqu’à procurer un plaisir physique

Publié le par Michel Monsay

Magnifique comédie qui virevolte jusqu’à procurer un plaisir physique

La réussite d’un film de Pierre Salvadori, cet alchimiste de la comédie, qui nous enchante depuis plus de 30 ans, citons par exemple le formidable En liberté, tient d’un fragile alliage entre horlogerie scénaristique, tempéraments en présence et finesse d’exécution, qui n’a peut-être jamais été aussi harmonieux que dans La Vénus électrique, une comédie emballante sur l’illusion, le mensonge et la croyance. Comme boosté par le gain de fantaisie qu’offre l’ancrage dans le passé et parmi des saltimbanques, le cinéaste trouve un fabuleux terrain de mise en scène et de jeu pour les acteurs, au diapason, à la jonction du burlesque du cirque et de la peinture des sentiments. D'Anaïs Demoustier à Vimala Pons, en passant par Pio Marmaï et Gilles Lellouche, ils sont tous les quatre parfaits dans leur rôle. Dans tous les films de Pierre Salvadori, le mensonge, la fabulation, la manipulation, sont un vecteur dans une quête qui conduit immanquablement au dévoilement d’une vérité. Tous les personnages de La Vénus électrique trichent, inventent, travestissent les faits et les sentiments. Mais dans cette démultiplication des apparences trompeuses, quelque chose éclot qui bientôt va renverser de l’intérieur cette logique falsificatrice pour que s’impose l’absolu d’une vérité. La musique de Camille Bazbaz, compositeur régulier des films du cinéaste, donne le ton funambule de cette fable mélancolique et virevoltante, drôle et intelligente, dont les couleurs chatoyantes et les récits enchâssés créent du vrai avec du faux, et réciproquement. Avec son onzième long métrage, Pierre Salvadori vient d'ouvrir, hors compétition, le 79e Festival de Cannes. C’est un beau programme pour le plus grand festival de cinéma de se placer sous l’égide d’un film qui magnifie les vertus imaginatives et créatives de la fiction, pour atteindre en dernière instance l’expression de la vérité. La fiction comme absolu contrepoison de la fake news en quelque sorte. Surtout si le film en question est aussi accompli et jubilatoire, si propre à exalter les propriétés du spectacle et de la représentation que La Vénus électrique, réussite totale qui constitue le couronnement de la carrière patiente et remarquablement cohérente de Pierre Salvadori. 

Publié dans Films

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Impressionnante déflagration

Publié le par Michel Monsay

Impressionnante déflagration

La fin d’un couple, d’une histoire d’amour. En deux longs monologues percutants, écrits sur mesure par Pascal Rambert pour Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, tout doit être dit, jusqu’au bout de la colère. Pour clôturer ce qui a été. Dans ce théâtre de pur langage de ce grand dramaturge contemporain, les corps parlent avec force, comme nous l'avions constaté et apprécié en novembre dernier dans Les conséquencesPascal Rambert a donné à ses personnages les vrais prénoms des deux comédiens, comme pour créer le trouble, supprimer les filtres, les mettre à nu. Leur amour est fini, il faut conclure. À tour de rôle, ils disent leur vérité, sans majuscule, sans ponctuation. La salle de répétition qui accueille leur huis clos devient chambre des tortures où les armes destructrices sont les mots. Telle une danse mentale, les mouvements invisibles de l’âme se débattent à l’intérieur des corps. Le fleuve ininterrompu des mots, les questions-réponses qu'on enchaîne, la respiration bloquée, dans une sorte de marathon entre peur et libération : c'est là, au cœur de ce moment douloureux, que nous installe Pascal Rambert, ne craignant pas de déranger, de créer le doute, de nous balloter dans les méandres d'une histoire qui mène inexorablement à la rupture et, peut être, à l'aventure d'une autre vie. Dans la brutalité d'un verbe omniprésent, dans l'incroyable rigueur d'une écriture froide et meurtrière se déroule un combat sans merci. Stanislas attaque et Audrey doit se battre contre l'effacement qu'il veut lui imposer. Ils sont à armes égales, mais ne les utilisent pas de la même façon. Il y a le masculin et le féminin. Il y a deux regards, deux silences, deux paroles pour dire la violence d'un amour qui meurt. Depuis sa création triomphale à Avignon en 2011, l'œuvre pour deux acteurs de Pascal Rambert est devenue l’une des pièces françaises contemporaines les plus jouées à l’étranger. Clôture de l’amour est un spectacle d’une intensité continue, où les mots s’échappent et fusent avec une puissance rare sur un plateau de théâtre, dans un rythme et une sincérité d’une immense exigence, disséquant sans ménagement le sentiment amoureux. Deux grands interprètes incarnent le couple : le comédien-metteur en scène Stanislas Nordey et l'incandescente Audrey Bonnet. Le premier donne à son personnage la rage d'un guerrier antique, mâtinée de l'ironie d'un homme d'aujourd'hui. La seconde est bouleversante de sincérité et d'orgueil blessé. La façon dont elle reprend le dessus après l'assaut verbal de son compagnon est impressionnante. Pièce unique dans le théâtre contemporain, qui nous raconte l'histoire d'un passé commun, d'un présent douloureux, et d'un futur absent, Clôture de l’amour parle à chacun, de manière profonde, viscérale. La pièce non seulement touche des enjeux humains universels, mais aussi fait du langage comme de l’art de l’acteur un moyen d’expression qui va au bout de ses possibilités, qui se fait incarnation tranchante, sidérante. 

Clôture de l'amour est à voir au Théâtre de l'Atelier jusqu'au 14 juin.

Publié dans Théâtre

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Un documentaire que tout le monde devrait voir

Publié le par Michel Monsay

Un documentaire que tout le monde devrait voir

Grâce à des images d'archives, Alfred de Montesquiou, grand reporter, a réalisé un film en deux parties sur le procès de Nuremberg qui, en jugeant les responsables nazis survivants, en 1945, a posé les fondements de la justice internationale sous le regard de la presse. Dix mois d'audience à travers les yeux de 300 journalistes et photographes du monde entier, de Joseph Kessel à Willy Brandt. Pour le procureur général américain, le sort individuel des 21 nazis inculpés importe peu. C’est la mise en récit de ce jugement qui est fondamentale, pour que le monde comprenne qu’il y a la victoire du droit sur la violence, de la démocratie sur le fascisme. Deux mois avant de couvrir Nuremberg pour France-Soir, Joseph Kessel était encore pilote dans une escadrille qui bombardait l’Allemagne. Madeleine Jacob, juive, résistante, était dans les réseaux FTP, traquée par la Gestapo pendant quatre ans, avant d’écrire pour Franc-Tireur. Ernest Michel, juif allemand et seul survivant de la Shoah présent dans la salle, qui travaille pour l’agence allemande Dana, est assis à quelques mètres d’Ernst Kaltenbrunner, qui a déporté toute sa famille à Auschwitz. Au neuvième jour du procès, les premières images insupportables des camps de concentrations sont projetées. Les chroniqueurs, abasourdis, essayent de relater l’indescriptible qui laisse de marbre les accusés. Durant ces semaines éprouvantes, beaucoup de journalistes vacillent, sombrent dans l’alcool et peinent à dormir. Tous comprennent qu’ils sont les témoins d’un moment fondateur, où le crime contre l’humanité devient un chef d’accusation. C’est l’histoire de ce face-à-face entre journalistes et accusés que raconte ce passionnant documentaire. On y croise des grands noms comme Joseph Kessel, Elsa Triolet, John Dos Passos… et des figures plus méconnues, Madeleine Jacob, Janet Flanner, Boris Polevoï… dont les extraits d’articles, lus en voix off, scandent le récit. Porté par une intelligente narration et un vrai travail sur le rythme, le film réussit brillamment à croiser à la fois l’exposé chronologique du procès et à nous plonger dans ses coulisses, aux côtés de cette faune journalistique pleine de faiblesses, de doutes, d’humanité. Jusqu’au jugement final, véritable pierre angulaire du droit international moderne. Souvent raconté en documentaire, Nuremberg l’avait rarement été avec une telle intensité. Découpé en deux épisodes, le film aborde aussi les tensions entre les Occidentaux et les Soviétiques, et le début de la Guerre Froide. En adaptant en images son livre Le Crépuscule des hommes, prix Renaudot de l’essai 2025, Alfred de Montesquiou rappelle que l’histoire de Nuremberg s’est autant jouée dans le prétoire que dans les salles de rédaction où se fabriquait, jour après jour, la conscience du monde, dans ce documentaire indispensable.

Au cœur de l'Histoire : Le procès de Nuremberg est à voir ici pour 2,99 € en location. 

Publié dans replay

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Le miracle de la vie

Publié le par Michel Monsay

Le miracle de la vie

Publié dans Chroniques

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