Une œuvre chorale vibrant de rituels et de mystères, d’expériences d’exil et de retour
Dao est une épopée existentielle, qui mêle l’individu au collectif, en juxtaposant pour mieux les relier vie et mort, présent et passé, Afrique et Europe, ancestral et contemporain, et floute toutes les frontières temporelles, géographiques, cinématographiques. Mêlant les langues française, manjak, wolof et créole portugaise, Dao est mouvement. Une vitalité profonde irrigue chaque scène, et particulièrement deux grandes célébrations, l'une matrimoniale et l'autre funéraire, nées de véritables événements vécus par le cinéaste franco sénégalais Alain Gomis à quelques mois d’écart. Comme dans le récent et magnifique Le Rire et le Couteau de Pedro Pinho, la durée longue de Dao (3h) permet une immersion profonde. Le public peut avancer progressivement avec Gloria, sa fille et ses proches, d’autant qu'Alain Gomis a la bonne idée d’intégrer l’étape des essais et du casting dans son long-métrage, comme pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un documentaire. Coulisses et fiction se donnent la main entre la banlieue parisienne et la Guinée-Bissau, entre le duo central féminin (les révélations Katy Correa et D’Johé Kouadio) et les vedettes amies venues peupler le mariage, dont l'excellent Samir Guesmi. Cette aventure envoûte par les allers-retours entre les deux continents et les deux temporalités, par certaines très belles séquences qui en découlent, et par les différentes musiques saluant les nouveaux départs du défunt ou des mariés. Le film est empreint d'une dualité, d’abord celle de la vie et de la mort, de la descendance et de l’ascendance dans les deux sens de la transmission, celle du père disparu vers Gloria et ses frères et sœurs, et de Gloria à sa fille, entourés de toute la grande famille. C’est aussi la dualité de la migration, de l’exil et du retour, entre le pays d’origine du père, où vit toute une partie de la famille, et le pays de Gloria et sa fille, où se rencontrera, mariage oblige, toujours plus de famille. Si le réalisateur exprime visiblement son respect envers les traditions, il les questionne à travers les évolutions sociétales : statut des femmes, violences envers les femmes et les enfants, mais aussi entre hommes, maintien ou non des rites, ou encore, plus ponctuellement, homosexualité et polygamie. Sans oublier la colonisation, l’esclavage, l’immigration, ainsi que des sujets connexes comme la dispersion des familles et les relations avec les Blancs. Au final, Dao est un film riche en questionnements sans pour autant s’égarer car tout se rejoint, et très généreux dans les rapports humains. À la manière d'Abdelatif Kechiche, Alain Gomis fait ressentir dans l’absolue densité de ce que la caméra parvient à filmer, la durée de la fête, l’énergie des corps, tout en racontant aussi plusieurs histoires dans un aller-retour permanent entre la Guinée-Bissau et la France, et c’est dans cet entre-deux d’identité que le film trouve sa puissance politique et intime. Dao voit double et nous offre une expérience de cinéma inédite et de grande ampleur, où les enjeux familiaux se conjuguent à la dimension culturelle et ethnologique.
/image%2F0995038%2F20260522%2Fob_018a07_dao-affiche-scaled.jpg)
/image%2F0995038%2F20260602%2Fob_12c55d_260529-img-sociologue-et-philosophe-ed.jpg)
/image%2F0995038%2F20260525%2Fob_072b90_php5nfxhx.jpg)
/image%2F0995038%2F20260526%2Fob_1ded52_71mngsd-iis-uf1000-1000-ql80.jpg)
/image%2F0995038%2F20260520%2Fob_e1341c_capture-d-ecran-2026-05-20-120337.jpg)
/image%2F0995038%2F20260519%2Fob_ce927b_venuselectrique-doc120-hd.jpg)
/image%2F0995038%2F20260518%2Fob_d74a88_0x1200x81836-or.jpg)
/image%2F0995038%2F20260516%2Fob_081cb4_capture-d-ecran-2026-05-16-145325.jpg)
/image%2F0995038%2F20260520%2Fob_234344_image0.jpeg)