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Merveilleuse ode à la tolérance vibrante d'humanité

Publié le par Michel Monsay

Merveilleuse ode à la tolérance vibrante d'humanité

Impossible de ne pas se sentir ému en voyant ou revoyant le premier chef-d'œuvre du regretté David Lynch, disparu en début d'année. Cette bouleversante histoire de l’homme-éléphant, exhibé comme un monstre, maltraité, qui croise la route d’un homme enfin humain, est admirablement mise en scène et interprétée. La composition de John Hurt dans le rôle-titre tient du prodige, celle d’Anthony Hopkins est exceptionnelle, sans oublier la grande Anne Bancroft, et le film est magnifié par les lumières contrastées de Freddie Francis, le directeur de la photographie, dans un superbe noir et blanc expressionniste. C'est un chef-d'oeuvre d'une noirceur, d'une violence psychologique et d'un humanisme qui n'ont qu'un égal dans l'histoire du cinéma, Freaks de Tod Browning. Elephant Man est bien une apologie de la tolérance et du respect de la dignité humaine. Ce n'est pas l'aspect physique de l'homme-éléphant qui est insoutenable, mais ce que les autres lui font endurer. Le film de David Lynch est très beau. Très beau par le sujet qu’il traite, et qui est naturellement celui d’un conte réaliste élargi aux dimensions d’une parabole sur nos peurs, nos mépris, nos racismes. Très beau également par le tact et la délicatesse de la mise en scène dans les séquences au cours desquelles nous sont à la fois révélées la hideur du monstre et son humanité profonde. Elephant man est de ces films qu'il faut absolument avoir vu tant il bouleverse par ses nombreuses qualités.

Elephant man est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

Publié dans replay

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À la découverte d'un génie du clair obscur

Publié le par Michel Monsay

À la découverte d'un génie du clair obscur

Enlevé et captivant, le documentaire revient sur la longue traversée du désert que subit l’œuvre de Georges de La Tour (1593-1652), tombée dans l’oubli après la mort du peintre, alors qu'elle avait été clélébrée de son vivant, elle renaît au XXe siècle grâce au coup d’œil de l’historien allemand Hermann Voss. En 1915, le spécialiste fait une merveilleuse découverte ! Il parvient à regrouper plusieurs tableaux du XVIIe siècle sous le nom d’un seul et même auteur, un certain Georges de La Tour, dont les peintures étaient jusque-là attribuées à Rembrandt, Vermeer, Caravage, Velázquez et même Maurice-Quentin de La Tour, pourtant né au siècle suivant. Le documentaire s’arrête aussi sur la seconde étape de cette renaissance, quand Charles Sterling, conservateur au Louvre, organisait en 1934 l’exposition intitulée Les peintres de la réalité. L’événement remit en selle les grands oubliés du règne de Louis XIII, Georges de La Tour donc, mais aussi les frères Le Nain ou Simon Vouet. Avec Georges de La Tour : Peindre la condition humaine, la documentariste Juliette Garcias fait preuve d’originalité, en puisant notamment dans des extraits de films muets pour illustrer la guerre de Trente Ans qui ruina la Lorraine, terre natale de l’artiste. Si le film n’enjolive pas la figure de Georges de La Tour, personnage hautain, cupide et même violent avec les plus faibles, il rappelle combien son œuvre, par son dépouillement, ouvrit la voie à la peinture moderne. Pointe alors un véritable paradoxe, brillamment résumé dans le documentaire de Juliette Garcias : comment ce peintre brutal et arrogant parvient-il à transcrire la misère avec tant d’humanité ? Au-delà de ce mystère, ses tableaux sont simples, directs, très réalistes, faciles à comprendre et jouent constamment avec la lumière dans un rendu éblouissant, comme ceux éclairés à la bougie. À propos d'éclairage, ce beau documentaire nous en apporte un très intéressant pour tenter de percer l'énigmatique personnage et ses toiles qui fascinent toujours autant.

Georges de La Tour : Peindre la condition humaine est à voir ci-dessous ou sur le replay d'Arte.

Publié dans replay

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Réflexion profonde et nécessaire sur l’état critique de notre démocratie

Publié le par Michel Monsay

 Réflexion profonde et nécessaire sur l’état critique de notre démocratie

Tout, dans ce film très documenté, Dominik Moll est le premier cinéaste à avoir eu accès au très secret service de l’IGPN grâce au succès de l'excellent La Nuit du 12, repose sur un dosage fragile : y a-t-il encore une raison d’espérer, de croire en la justice, en la démocratie ? Le cinéaste refuse le manichéisme facile, il préfère la zone grise, là où la violence d’État devient systémique parce qu’elle est banalisée, normalisée, inscrite dans la langue même de la procédure. Au fil d’un récit à la ligne claire, au montage précis et sans effet de manche, Dominik Moll s’interroge sur le rapport de la Nation avec ses citoyens, sur le mépris de classe, la doctrine du maintien de l’ordre, le sens des images, l’impunité dont bénéficient les forces de l’ordre, ou les biais racistes de la justice, et parvient à donner de la chair à une litanie de procès-verbaux. Il faut regarder le visage et la gestuelle de Léa Drucker, une fois de plus très juste, entre précision, impassibilité, neutralité, laissant l’humain se glisser imperceptiblement dans les interstices de la procédure. Au-delà de la recherche de la vérité, parfois sur le terrain, la policière voit ses idéaux vaciller. Dominik Moll fait preuve d'une grande intelligence à la fois dans la mise en scène et dans son propos. Refusant de fustiger l'un ou l'autre parti, il laisse le temps à chacun de développer un discours et un contre discours. Comme en démocratie, tout le monde a le droit à la parole, les gilets jaunes, les forces de l'ordre, et l'IGPN qui se trouve inévitablement prise entre deux feux. Cette démarche était nécessaire, car c'est justement le portrait d'une France totalement fermée au dialogue qui est dressé ici. Dossier 137 n’est pas un film anti-flic, il démontre, preuves à l’appui, la difficulté de faire reconnaître les violences policières dans un pays où les ministres de l’Intérieur successifs refusent jusqu’à employer l’expression. Préférant saisir les nuances et les paradoxes plutôt que les raccourcis et les préjugés, le redoutable film de Dominik Moll fait mal sans jamais élever la voix.

Publié dans Films

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Magistrale exploration du peuple et de l'âme russes

Publié le par Michel Monsay

Magistrale exploration du peuple et de l'âme russes

Cinq livres en douze ans, puis seize ans de silence. Et soudain, en 2013, surgit l’œuvre la plus monumentale de la grande Svetlana Alexievitch : La Fin de l’homme rouge, ou le temps du désenchantement, un ensemble issu d’innombrables entretiens menés dans les années 1990 et 2000 à travers l’ex-URSS, de son Ukraine natale au Tadjikistan. Au-delà de ce qu’il apprend du monde soviétique, La Fin de l’homme rouge est un texte qui parle au fond commun de notre humanité, explorant ce que signifie vivre, aimer, mourir, la nécessité de croire en un idéal et le fait de se sacrifier pour lui. L’écrivaine biélorusse a inventé une forme propre : le roman de voix, reposant sur une manière d’assembler la matière brute. C’est d'ailleurs dans la différence entre le témoignage pur et l’œuvre finale que se joue la définition de la littérature. Svetlana Alexievitch travaille le matériau pour lui donner sa puissance. Lorsqu'elle reçoit le Prix Nobel de littérature en 2015, c'est pour couronner ses écrits polyphoniques formant un monument de souffrance et de courage à notre époque. Singuliers et poignants témoignages, le travail de confection consiste à coudre entre elles les paroles recueillies, en préservant, outre les faits égrenés, le timbre, la respiration, les hésitations, les omissions, l’émotion contenue ou éclatante, la vitalité de chaque voix. Dans ce livre remarquable, elle ausculte comme jamais le cœur et l'âme soviétiques. Un individu passé sans transition du totalitarisme à une nouvelle forme de nihilisme. Né et élevé dans l’utopie socialiste, brutalement sommé de renoncer à ses routines, ses savoirs, son histoire et ses mythes, et enjoint à jouir de sa liberté toute neuve, essentiellement synonyme de consommation effrénée, d’inégalités sociales criantes, de conflits d’une violence effarante entre les peuples anciennement rassemblés derrière le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau. Les hommes et les femmes dont Svetlana Alexievitch a recueilli les confessions racontent ici à mots concrets leur quotidien, leurs souvenirs d’enfance. Ils confient leurs aspirations passées ou présentes, leur conception de la liberté. Ils disent leurs histoires d’amour, leurs deuils, les profonds malheurs et menus bonheurs dont sont faites leurs vies. La Fin de l’homme rouge fait résonner avec une force bouleversante, et sans ne jamais se rendre à des conclusions simples, les voix des témoins brisés de l’époque soviétique, voix suppliciées des Goulags, voix des survivants et des bourreaux, voix magnifiques de ceux qui ont cru qu’un jour ceux qui ne sont rien deviendraient tout, et sont aujourd’hui orphelins d’utopie. La Fin de l’homme rouge est un tombeau littéraire pour les citoyens d’un empire qui a disparu en trois jours, aussi vite que la Russie tsariste était devenue, en 1917, l’Union des soviets. Mais c’est surtout un monument à la mémoire de tous ceux qui, dans l’Histoire, se sont un jour retrouvés égarés dans leur époque. Cet exil intérieur ne peut se dire, qu’à la première personne, et la grande historienne des âmes nous bouleverse avec tous ces récits de vie.

Publié dans Livres

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Émouvant documentaire qui met des mots sur les maux

Publié le par Michel Monsay

Émouvant documentaire qui met des mots sur les maux

Sans prétendre à la moindre relecture, ce documentaire fait parler victimes et personnalités qui ont vécu les attentats de 2015, et sonde subtilement le lien indicible qui les unit. Le 7 janvier 2015, des tirs claquent dans Paris : l’attaque terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo a démarré. Avec son bilan de 12 morts, c’est le premier plongeon dans l’abominable et le début d’une année tragique. Suivront l'hyper cacher, le Thalys, et la soirée du 13 novembre où huit attentats se succèdent en trente-trois minutes à Paris, dont celui du Bataclan, faisant 132 morts, des centaines de blessés, des dizaines de milliers de victimes, directes et indirectes. L’onde de choc est nationale, puis internationale. Le documentaire s'ouvre sur un rappel chronologique, et souligne notamment, fait aberrant, qu’avant d’être abattu le terroriste de la prise d’otage de l’Hyper Cacher s’exprimait en direct sur BFMTV. Puis, pour évoquer l’impact de ces attentats sidérants, une décennie plus tard, Claire Denavarre et Agnès Pizzini (L’Affaire d’Outreau), donnent la parole à ceux qui les ont vécus : Riss, directeur de Charlie Hebdo, Stéphanie, présente au Bataclan, rongée par une culpabilité irrationnelle, Gaëlle et Aurélie, dont les maris y furent tués, Didi, héros de tous, qui a sauvé la vie de centaines de personnes au Bataclan, médecins, pompiers, François Molins, Anne Hidalgo, François Hollande… Leurs récits, filmés face caméra ou lors de tables rondes sur le site au Mont Valérien à Suresnes qui devait abriter le musée-mémorial du Terrorisme, avant que le choix se porte finalement sur une ancienne caserne dans le 13e arrondissement de Paris, se répondent et se complètent de façon troublante. En écho, on saisit les connexions très fortes, par-delà la diversité des expériences, qui unissent les rescapés, à la manière d’un langage commun. La voix des survivants touche à l’intime et à l’universel. Le documentaire montre qu’il n’existe pas une seule voie de reconstruction. Il est troublant, par exemple, d’entendre Riss, le directeur de Charlie Hebdo, dire que c’est même encore plus dur dix ans après. On ne peut pas préjuger de l’impact de ces événements sur chacun des rescapés. Les plus atteints ne sont pas forcément ceux que l’on pense. Stéphanie Zarev, que l’on entend dans le film, est sortie très vite du Bataclan, elle n’a pas été blessée physiquement. Mais elle reste peut-être beaucoup plus marquée psychologiquement que Gaëlle, autre survivante, qui a été gravement blessée au visage et à la main. Le statut de victime est complexe. Certains l’ont d’abord refusé, puis accepté, chacun menant son propre cheminement. L’ancien chef de la BRI, Christophe Molmy, raconte qu’au lendemain des attentats de 2015 il ne se voyait pas comme une victime. Sa rencontre avec un pompier new-yorkais, qui avait dirigé l’évacuation des tours jumelles le 11 Septembre, l’a fait évoluer sur la question. Il a été mis en garde sur des répercussions qui peuvent surgir bien plus tard. Des pompiers new-yorkais se sont suicidés des années après l’attaque terroriste. Intervenir dans le cadre d’une profession, se penser préparé, ne protège pas. Dans la somme de paroles importantes, émouvantes et nécessaires qui sont au centre de ce beau documentaire, celle de l’ancien procureur François Molins qui nous rappelle très justement : "la grande marche républicaine du 11 janvier 2015, organisée après l’attentat de Charlie Hebdo, a été la dernière manifestation d’une véritable concorde dans notre pays”. Nous avons peut-être un peu oublié ce moment intense où des milliers de Français sont descendus dans la rue pour dire leur attachement à la liberté, à la laïcité et à la liberté d’expression. Dix ans plus tard, n’est-il pas temps de se le rappeler ? 

Attentats 2015, ce qui nous lie est à voir ici ou sur le replay de M6.

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Un premier film solaire, généreux, énergique, drôle et émouvant

Publié le par Michel Monsay

Un premier film solaire, généreux, énergique, drôle et émouvant

En prolongement de L’Attente, César du meilleur court-métrage 2024, Alice Douard livre avec Des preuves d’amour la version longue et enrichie de la grande aventure d’un couple de femmes bientôt plongé dans la maternité. Sans tomber dans l’illustration thématique, elle raconte notre société contemporaine en imbriquant lien amoureux, comaternité et parcours d’une combattante. Plutôt que d’orienter ce parcours vers une guerre ou un chemin de croix, mais sans nier la réalité complexe, la réalisatrice opte pour l’élan et la vitalité. Son premier long-métrage vise même la réjouissance, par l’énergie, par la volonté, par le désir aussi de faire un cinéma ample et fédérateur, en montrant que les questions de ce duo féminin sont avant tout communes et universelles. La pulsion de vie contagieuse s’épanouit, de la douceur à l’explosion, de la perplexité au débordement émotionnel, grâce à une finesse des situations qui accueille l’humanité dans ses contradictions. Comment trouver sa place quand la société entière continue à ne reconnaître que celle dont on voit le ventre s'arrondir ? La mise en scène observe avec douceur une maternité en creux, qui se tisse dans le regard des autres, leurs silences embarrassés, leurs questions de travers. César de la meilleure révélation féminine pour sa prestation dans Le Théorème de Marguerite, la comédienne Ella Rumpf illumine chaque image et devient le vecteur bouleversant d’un sacré chemin de vie. Elles est entourée d’une pléiade de visages connus, dont des cinéastes venues en amies, avec une mention spéciale à la formidable Noémie Lvovsky. Des preuves d'amour est avant tout un film autobiographique lumineux sur une mère qui ne porte pas l’enfant. Il offre des scènes d'un réalisme absolu dans un style documentaire. En dépit de ses embûches et de ses tensions, le récit est truffé d'humour, de scènes comiques, de douceur et de joie. Les films qui évoquent l'homosexualité s'inscrivent très souvent dans un registre dramatique, d'où l'importance de celui-ci, où Alice Douard filme la vie avec une rare intelligence pour nous offrir un plaidoyer pour l’amour avec l’esprit pionnier des premières fois. Des preuves d'amour, œuvre sensible et toujours juste, qui s’amuse par moments du grotesque de différentes situations touchant de près ou de loin à la maternité, navigue entre charme et inquiétude tout en séduisant par sa capacité à restituer des réalités mouvantes.

Publié dans Films

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Pertinente et édifiante anatomie d'une chute

Publié le par Michel Monsay

Pertinente et édifiante anatomie d'une chute
Pertinente et édifiante anatomie d'une chute

À la radio, à la télé, en librairie, Britney Spears tourne en boucle. C’est dire la fascination que continue de susciter la carrière de l’icône pop, adulée pour ses tubes sexy avant d’être jetée en pâture à la presse people et aux réseaux sociaux. La réalisatrice de Britney sans filtre a elle-même grandi en écoutant Baby One More Time (1998) et en singeant les chorégraphies suggestives de la petite princesse de la pop. Vingt-sept ans après la sortie du premier tube, Jeanne Burel propose une dissection de la carrière de la chanteuse en cinq épisodes, dont chacun emprunte son titre à la discographie de l’Américaine. Les images d’archives de Britney Spears enfant font pourtant froid dans le dos tant on a l’impression de voir se produire un petit singe savant. Membre de la troupe du Mickey Mouse Club (aux côtés de Justin Timberlake, Ryan Gosling…), elle amuse la galerie jusqu’à ses 18 ans, puis enregistre un premier album mi- sage mi- sexy au succès colossal. La popularité de Britney Spears coïncide avec l’essor de la télévision poubelle, et le documentaire rappelle à quelle sauce médiatique la jeune femme fut mangée. Les archives, que l’on avait oubliées ou tout simplement jamais vues, sont d’une grande violence. La suite est connue : pétage de plombs, rasage de tête sous l’œil des paparazzi. Pourtant, tout le monde laisse faire, comme le souligne une intervenante, « elle est beaucoup plus divertissante comme ça ».  Sans oublier sa mise sous tutelle paternelle en 2008, alors qu’elle a 26 ans et deux enfants. Il faut attendre 2021 et le mouvement Free Britney, émanation de son immense communauté de fans, pour que la tutelle soit levée. Dans le dernier volet de la série, on entend un fragment de son audience devant la justice, dans lequel elle dénonce, d’une voix méconnaissable, des conditions de travail comparables au trafic sexuel. Si le parcours de la star nous parle de célébrité, de puritanisme, de l’Amérique et de notre rapport aux idoles, il en dit surtout long sur comment la société traite les femmes. La minisérie documentaire nous rappelle que l’époque où interroger une femme en plateau sur sa poitrine ou sa virginité semblait acceptable n’est après tout pas si lointaine. Les 42 millions de followers du compte Instagram de la star sont bien placés pour savoir que, si les choses ont changé, certaines femmes ne s’en sont jamais remises. Britney sans filtre est aussi inquiétant que fascinant, et triste à bien des égards.

Britney sans filtre est à voir ici ou sur le replay d'Arte ou ci-dessous l'intégralité des cinq petits épisodes.

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Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil

Publié le par Michel Monsay

Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil

La belle exposition L’Empire du sommeil présentée au musée Marmottan explore ce moment particulier de l’existence humaine qui occupe plus d’un tiers de notre temps. Entre la vie et la mort, le soin et le plaisir, 130 œuvres nous entraînent vers des au-delà insoupçonnés. Avec à la clef, plusieurs peintures jamais exposées en France d’artistes italiens, anglais ou autrichiens. À travers tableaux, dessins et sculptures, on dort dans tous les états : dans son lit comme cet enfant peint par Monet, mais aussi couchée sur un banc un été en plein après-midi, ou par terre dans la nature comme Rousseau. On dort assis, comme cette jeune fille endormie près de la cheminée ou épuisé comme ce petit vendeur de violettes, ou encore debout sur la corniche d'un immeuble comme la belle somnambule de Maximilian Pirner. Abandon confiant ou oubli des peines, porte ouverte vers le rêve ou le tourment, de la douceur de la sieste à l'effroi du cauchemar, l'exposition présente le sommeil dans ses ambivalences et montre la richesse d'un thème qui traverse les époques. Sans doute parce que le modèle qui dort est idéal. Il ne bouge pas et, dans son corps abandonné, le peintre peut capter un peu de son intimité, de son inconscient. Les œuvres exposées traversent cinq siècles d'histoire de l'art, de la fin du Moyen Âge à l'époque contemporaine, avec un focus sur le XIXe siècle. La dangereuse ivresse de Noé est ainsi évoquée par un tableau de Giovanni Bellini datant de 1515. Une étonnante sculpture médiévale de la dormition de la Vierge, où les apôtres sont joyeusement groupés le long de son lit, introduit la partie consacrée au Nouveau Testament. Non loin, un Christ ressuscitant la fille de Jaïre témoigne, sous le pinceau du peintre autrichien Gabriel von Max (1878), que la mort n'est qu'un sommeil transitoire en attendant la Résurrection. Les mythes antiques et les contes de fées sont quant à eux souvent prétexte à dévoiler la dimension érotique du sommeil, comme la belle Vénus assoupie. Naissance, mort, repos ou troubles du sommeil, le parcours puise à toutes les étapes de la vie, et à l'inverse de tout voyeurisme, ces œuvres nous touchent justement par l'intimité tendre qu'elles révèlent. Ce voyage artistique rejoint alors notre humaine expérience. C'est la première fois qu'une exposition parisienne est consacrée au sommeil. Pour montrer l'universalité du thème dans l'art occidental, les commissaires ont obtenu des prêts exceptionnels de la part de grands musées, en France mais aussi en Écosse, en Italie, en Irlande, en Espagne, au Danemark, au Canada. À côté de grands noms comme Rodin, Monet, Delacroix, Munch, Rembrandt, Redon, Vallotton, Picasso,... ces prêts nous permettent de découvrir des artistes que nous connaissons peu, comme la Britannique Evelyn De Morgan avec La Nuit et le Sommeil, une allégorie peinte en 1878 mais très influencée par la Renaissance italienne. La Nuit, encore rose du soleil couchant, étend son manteau pour obscurcir le ciel, et entraîne le Sommeil, semeur de coquelicots pour endormir les mortels. Le marchand de sable est passé dans le bel hôtel particulier du musée Marmottan, et après la visite de cette exposition, vous aurez de grandes chances de faire de beaux rêves.

L'empire du sommeil est à voir jusqu'au 1er mars au Musée Marmottan.

Ci-dessus et dessous une large sélection de l'exposition. Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
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Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
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Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil
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Délicieuse plongée dans l'empire du sommeil

Publié dans Expos

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Huis-clos judiciaire poignant et implacable

Publié le par Michel Monsay

Huis-clos judiciaire poignant et implacable

On vous croit est un premier film sec et choc, d’une intégrité rare, qui prouve que la plus grande intensité dramatique naît parfois d’un visage qui parle et d’un autre qui écoute. Ce premier long-métrage coécrit et coréalisé par Charlotte Devillers, infirmière dans un centre de santé engagé auprès des victimes de violences sexuelles, et Arnaud Dufeys, réalisateur de courts-métrages, s’inspire du réel pour le retracer, le transcender, dans une mise en scène simple mais étourdissante, légère mais implacable. Tourné en treize jours, minimaliste et pourtant gigantesque dans son impact, dense, intense, On vous croit est une claque. Le film par sa justesse d'écriture, d’une rigueur incontestable, refuse la psychologie expansive comme le pathos démonstratif. Sa force est dans le filmage frontal de la parole, dans la syntaxe des échanges, les respirations, les tremblements de la voix, les regards perdus, les interruptions, les reprises, les angles d’attaque des parents et des avocats. La mère est à la fois panique et résolution. Impressionnante et remarquable, Myriem Akheddiou l’incarne de toutes ses forces, de toute son âme. Face à d’authentiques avocats qui improvisent avec aisance dans leur propre rôle, elle est criante de vérité, vibrante, tremblante, et la seconde d’après, outrée avant d’être bouleversante lorsqu’elle prend la parole. Les mots agissent comme des poignards, musique discrète mais anxiogène, image dans un format carré asphyxiant, séquences en temps réel, c'est un exercice de haute voltige entre réalisme documentaire et forme fictionnelle que réussit le tandem de réalisateurs. Le film nous fait ressentir, avec une vraie subtilité, la complexité de cette situation, la question de la présomption d'innocence, la difficulté des adultes à accueillir la parole des enfants. Et il nous éclaire sur ces chiffres accablants donnés par la Ciivise : une plainte n'est déposée que dans 12 % des cas d'inceste, et 1 % de ces cas seulement aboutissent à une condamnation. Dans ce film où la tension ne retombe jamais, la séquence proprement dite de l’audience est un tour de force : cinquante-cinq minutes en temps réel, filmées en continu avec trois caméras, pendant lesquelles la parole est souvent reléguée hors champ pour mieux saisir en gros plans les réactions de celle ou de celui qui l’écoute. Il est des films que l’on regarde en apnée. Le souffle coupé par l’âpreté du propos autant que par la radicalité de la réalisation. Ce huis clos judiciaire glaçant, basée sur des vraies paroles des victimes, frappe en plein cœur grâce à son intensité et sa capacité à ne se concentrer que sur l’essentiel.

Publié dans Films

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Comédie chorégraphique délurée qui s’amuse de tous les codes de la danse

Publié le par Michel Monsay

 Comédie chorégraphique délurée qui s’amuse de tous les codes de la danse

Créé en 2014 et récompensé par le prix du public au Festival Off d’Avignon en 2015, Tutu, le ballet de Philippe Lafeuille qui a connu un gros succès en France comme à l'étranger, avec sa bande de six danseurs virtuoses dans leur cocon de tulle, revient à Paris. En choisissant de baptiser si joliment ce spectacle, Tutu, le chorégraphe le plus finement extravagant de la scène artistique a mis dans le mille. Entre classique et contemporain, la danse de salon et le haka néozélandais, ce show parodique et sans complexe fait sa fête à la danse, déclinée dans tous les styles. Les Chicos Mambo, la compagnie dirigée par Philippe Lafeuille voit donc des tutus partout, de toutes les longueurs et couleurs, en forme de tête de chou, tronche de navet, mais aussi bracelet, collant, couche-culotte, queue de canard, aile de cygne. Ceux pour qui la danse ne doit pas rester les deux pieds dans le même chausson se risquent avec bonheur sur le terrain de la comédie, rarement exploré dans ce domaine. Les effets sont souvent irrésistibles, et si les danseurs osent parfois les pointes, ils n’en rajoutent jamais trop. C’est toute la réussite de ce spectacle, plutôt que de tomber dans le pastiche facile et vulgaire, Tutu trouve la faille, le geste, l’attitude qui fera rire. C'est aussi un spectacle qui dénonce les stéréotypes masculins, comme dans cette scène où les danseurs forment un cercle de la honte excluant celui qui pratique la danse classique. Les six danseurs doivent aussi faire appel à leurs talents de comédiens, quand ils dialoguent entre eux ou s’adressent au public par la parole ou leurs mimiques. En parallèle au côté léger du spectacle, Philippe Lafeuille a glissé des moments plus profonds et poétiques. Le talent et la capacité d’adaptation de ces artistes sont présents du début à la fin, ce qui est un exploit compte tenu des changements de costumes, de tons et la vitesse d’enchaînement du show. Tutu, c’est de la danse pour rire ou au moins sourire mais qui ne rigole pas avec la technique et l’efficacité, en vingt tableaux et une heure quinze chrono. Chapeau messieurs pour cette ode à la danse, où la dérision côtoie l'exigence.

Tutu est à voir au Théâtre libre jusqu'au 11 janvier.

Publié dans Spectacles

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