Sans prétendre à la moindre relecture, ce documentaire fait parler victimes et personnalités qui ont vécu les attentats de 2015, et sonde subtilement le lien indicible qui les unit. Le 7 janvier 2015, des tirs claquent dans Paris : l’attaque terroriste contre la rédaction de Charlie Hebdo a démarré. Avec son bilan de 12 morts, c’est le premier plongeon dans l’abominable et le début d’une année tragique. Suivront l'hyper cacher, le Thalys, et la soirée du 13 novembre où huit attentats se succèdent en trente-trois minutes à Paris, dont celui du Bataclan, faisant 132 morts, des centaines de blessés, des dizaines de milliers de victimes, directes et indirectes. L’onde de choc est nationale, puis internationale. Le documentaire s'ouvre sur un rappel chronologique, et souligne notamment, fait aberrant, qu’avant d’être abattu le terroriste de la prise d’otage de l’Hyper Cacher s’exprimait en direct sur BFMTV. Puis, pour évoquer l’impact de ces attentats sidérants, une décennie plus tard, Claire Denavarre et Agnès Pizzini (L’Affaire d’Outreau), donnent la parole à ceux qui les ont vécus : Riss, directeur de Charlie Hebdo, Stéphanie, présente au Bataclan, rongée par une culpabilité irrationnelle, Gaëlle et Aurélie, dont les maris y furent tués, Didi, héros de tous, qui a sauvé la vie de centaines de personnes au Bataclan, médecins, pompiers, François Molins, Anne Hidalgo, François Hollande… Leurs récits, filmés face caméra ou lors de tables rondes sur le site au Mont Valérien à Suresnes qui devait abriter le musée-mémorial du Terrorisme, avant que le choix se porte finalement sur une ancienne caserne dans le 13e arrondissement de Paris, se répondent et se complètent de façon troublante. En écho, on saisit les connexions très fortes, par-delà la diversité des expériences, qui unissent les rescapés, à la manière d’un langage commun. La voix des survivants touche à l’intime et à l’universel. Le documentaire montre qu’il n’existe pas une seule voie de reconstruction. Il est troublant, par exemple, d’entendre Riss, le directeur de Charlie Hebdo, dire que c’est même encore plus dur dix ans après. On ne peut pas préjuger de l’impact de ces événements sur chacun des rescapés. Les plus atteints ne sont pas forcément ceux que l’on pense. Stéphanie Zarev, que l’on entend dans le film, est sortie très vite du Bataclan, elle n’a pas été blessée physiquement. Mais elle reste peut-être beaucoup plus marquée psychologiquement que Gaëlle, autre survivante, qui a été gravement blessée au visage et à la main. Le statut de victime est complexe. Certains l’ont d’abord refusé, puis accepté, chacun menant son propre cheminement. L’ancien chef de la BRI, Christophe Molmy, raconte qu’au lendemain des attentats de 2015 il ne se voyait pas comme une victime. Sa rencontre avec un pompier new-yorkais, qui avait dirigé l’évacuation des tours jumelles le 11 Septembre, l’a fait évoluer sur la question. Il a été mis en garde sur des répercussions qui peuvent surgir bien plus tard. Des pompiers new-yorkais se sont suicidés des années après l’attaque terroriste. Intervenir dans le cadre d’une profession, se penser préparé, ne protège pas. Dans la somme de paroles importantes, émouvantes et nécessaires qui sont au centre de ce beau documentaire, celle de l’ancien procureur François Molins qui nous rappelle très justement : "la grande marche républicaine du 11 janvier 2015, organisée après l’attentat de Charlie Hebdo, a été la dernière manifestation d’une véritable concorde dans notre pays”. Nous avons peut-être un peu oublié ce moment intense où des milliers de Français sont descendus dans la rue pour dire leur attachement à la liberté, à la laïcité et à la liberté d’expression. Dix ans plus tard, n’est-il pas temps de se le rappeler ?
Attentats 2015, ce qui nous lie est à voir ici ou sur le replay de M6.