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Un documentaire saisissant sur la réalité de cette guerre

Publié le par Michel Monsay

Un documentaire saisissant sur la réalité de cette guerre

Hélène Lam Trong a débuté sa carrière à Radio France avant de se lancer dans la réalisation et l’écriture de films documentaires. À commencer par l’Absente, Maman est en prison (2014), qui portait un regard sensible sur le sort d’enfants de mères incarcérées. Elle a ensuite tourné plusieurs documentaires poignants sur les enfants de djihadistes détenus en Syrie et laissés pour compte par l’État français, dont Daech, les enfants fantômes a été récompensée par le prix Albert-Londres. Dans son dernier documentaire, le puissant Dans Gaza, elle donne la parole à quatre journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) à Gaza. Ils racontent leur couverture éprouvante de l’information et leur quotidien marqué par les destructions, les déplacements forcés et la perte de proches. Le 7 octobre 2023, les brigades al-Qassam, branche armée du Hamas, sont entrées en Israël, tuant plus de 1200 personnes et capturant 251 otages. La riposte militaire de l’État hébreu, dévastatrice, a été immédiate, faisant 67 000 morts, civils en majorité. Dans les heures qui ont suivi, Israël a fermé l’accès de Gaza aux médias internationaux. Seuls les journalistes de l’Agence France-Presse, situés à Gaza City, sont restés en capacité de couvrir le conflit. Hélène Lam Trong a choisi, en puisant dans leurs vidéos et photos, de raconter comment ils ont documenté cette guerre dans le huis clos de leur territoire. Ces images, qui constituent un témoignage unique et nécessaire pour bien comprendre la réalité de cette guerre, n’ont quasiment jamais été reprises par les médias internationaux. Inadmissible ! En casque et gilet pare-balles, l’équipe de professionnels du bureau de l’AFP avait déjà couvert les offensives israéliennes sur Gaza de 2008, 2012, 2014, 2021. Mais la guerre de 2023 a détruit routes, villes, entraînant un exode massif. Sous le feu des bombardements, les Gazaouis ont enterré leurs morts, civils en majorité, et lutté pour survivre sans électricité, eau, nourriture… Sous des abris de fortune, puis en exil, Mohammed Abed, Adel Al Zaanoun, Mai Yaghi et leurs confrères livrent des témoignages poignants sur cette tragédie. Séparés de leurs enfants, dans des familles décimées par les pertes humaines, ils sont devenus des cibles pour l’armée israélienne. Sans emphase, tout en sobriété et précision, Hélène Lam Trong traduit la dimension héroïque de ces hommes et femmes, tout à la fois citoyens ordinaires, parents tentant de sauver leurs enfants, journalistes de terrain, envisageant, comme les autres Gazaouis, l’imminence de la mort. Plus de deux cents journalistes ont été tués (trois fois plus que durant la Seconde Guerre mondiale) dans une forme d’impunité, sans susciter de réaction majeure dans le monde. Au-delà d’un film en l’honneur des journalistes à Gaza, l’exceptionnel Dans Gaza décrypte la guerre des images, le silence écœurant de la communauté internationale, le sentiment d’abandon et le traumatisme d’une population brisée et… résistante. 

Dans Gaza est à voir ici ou sur le replay d'Arte.

Publié dans replay

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Ode à la joie végétale audacieuse, poétique et envoûtante

Publié le par Michel Monsay

Ode à la joie végétale audacieuse, poétique et envoûtante

L’ami silencieux du titre est un gigantesque ginkgo biloba datant de 1830, trônant au milieu du jardin botanique d’un campus allemand. L’arbre précède dans le temps les protagonistes des trois histoires situées en 1908, 1972 et 2020 qui s’entremêlent ici comme ses racines majestueuses. Et l’on sait que cet arbre immobile et immuable, témoin de nos vies éphémères sur Terre, leur survivra. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, le temps humain se fond dans le temps végétal. Les époques s’inscrivent dans un continuum vertigineux. Associant un très beau noir et blanc pour illustrer le début du XXe siècle à la chaleur des années 1970 et un rendu légèrement granuleux, puis à la précision des images contemporaines, Silent Friend est conçu comme une photosynthèse amoureuse de laquelle éclot une humanité totale. Au-delà du propos sur la nature qui nous aide à comprendre qui nous sommes et de l’indispensable connexion à entretenir entre les êtres vivants par tous les moyens possibles, de la parole aux ondes électriques, ce qui se passe sur l’écran est de l’ordre de la magie. Une formidable énergie sous-tend la partie en noir et blanc où nous suivons Grete, superbement incarnée par la jeune Lena Wedler, elle est la première femme à entrer dans cette université malgré le machisme ambiant et le mépris goguenard des professeurs qui lui font passer l’examen. La partie contemporaine, où la solitude frappe soudain le chercheur coincé pour cause de pandémie de Covid 19 avec pour seuls compagnons un gardien patibulaire et toute la flore alentour, est davantage dans la contemplation avec le toujours très charismatique Tony Leung Chiu-wai (In the Mood for Love de Wong Kar-Wai), qui nous emporte dans ses silences et ses sourires. Le septième long métrage de la réalisatrice hongroise, Ildikó Enyedi, lauréate de la Caméra d’or du Festival de Cannes en 1989 pour son premier film, Mon XXe siècle, et d’un Ours d’or en 2017 au Festival de Berlin pour Corps et Âme, est ample et généreux. La mise en scène sensuelle et sensorielle, est prodigue en cadrages de toute beauté, magnifiquement éclairés par le chef-opérateur Gergely Pálos. Il est question, pour les personnages comme pour le spectateur, d’apprendre à réinvestir le monde, de s’ouvrir à d’autres points de vue, de chercher la liaison invisible et un nouvel ancrage. Silent Friend est une merveilleuse caresse de cinéma, un réveil des sens d’une infinie délicatesse.

Publié dans Films

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Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art

Publié le par Michel Monsay

Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art

En réunissant soixante superbes œuvres du jeune Auguste Renoir, réalisées alors qu’il a entre 24 et 44 ans, la nouvelle exposition du musée d’Orsay, qui lui est consacrée, rebat les cartes autour de cette période magique. L’artiste fixe à jamais les images de la modernité vivante : parties de canotage, danse, repas à la campagne, camaraderie. Les œuvres, dont une part a fait le voyage depuis les États-Unis, impressionnent dans l'organisation des corps, la circulation des regards, la mise en scène du lien social dans la modernité parisienne, tel le magnifique Déjeuner des canotiers, ou La Fin du déjeuner (1879), d’une sérénité sans égale. La touche papillonne, tapote ou s’étire pour incarner et dynamiser les liens entre humains, faits d’amour, d’attirance ou d’amitié. Dans Le Bal du moulin de la Galette (1876), dont on célèbre le 150ᵉ anniversaire cette année, comme dans un film choral, les multiples personnages occupent tout l’espace, se frôlent ou se touchent, dansent, flirtent. Le pinceau les enveloppe, la lumière les rend beaux. À l'inverse de ses confrères, Renoir pose un regard qui n'est jamais moralisateur et n'enferme pas les gens dans une identité. S'il peint des prostituées, il les montre parmi d'autres, en train de s'amuser au bal et non en train de travailler. Sa technique, admirable, fusionne tous les éléments du tableau. Il baigne l'ensemble de la scène sous une même lumière, un peu bleutée, avec une touche fluide qui fait qu'il n'y a pas de contours précis. Chez Renoir, le bonheur enivre et les destins échappent à leur quotidien le temps d’un dimanche. Ce que montre l'exposition, c'est aussi un Renoir plus complexe qu'il n'y paraît. On le connaît peintre du bonheur, par sa manière de peindre des visages larges, ouverts, les yeux un peu écartés en amande, la bouche charnue et étirée, les joues roses… En fait, si on y regarde de plus près, il peint des corps, des modes de relation moins attendus qu'on ne le croit. La balançoire, que possédait Caillebotte, est un chef-d'œuvre qui irradie dans l'espace. Il est audacieux et c'est ce qui surprend, venant d'un Renoir qu'on croyait trop bien connaître. C'est une audace tranquille, qui se niche dans les détails. La qualité formelle de Danse à Bougival traduit une forme d'ivresse : le mouvement de la robe, le bouquet tombé à terre, le fond devenu flou comme lorsque nous tournons sur nous-mêmes. Renoir crée une connexion profonde entre ces deux personnages : Ils sont absorbés par le plaisir de la danse, plus rien n'existe autour d'eux. Il fait de l’intime et du sensible un véritable enjeu pictural, interrogeant la place du désir, de la proximité et de la relation à l’autre au cœur de l’invention impressionniste. Les parapluies est un tableau incroyable, il encapsule et cristallise sur la même toile deux moments de la carrière et du style de Renoir, la partie droite a été peinte en 1881 alors que la gauche et l'arrière-plan, cinq ans plus tard. Il invente une peinture vibrante, où la couleur et la lumière traduisent la douceur des relations humaines. Renoir place ses scènes dans les théâtres, guinguettes, boulevards ou jardins, nouveaux espaces de sociabilité où se joue la liberté amoureuse d’une époque en pleine mutation. Ses compositions, à la fois sensuelles et pudiques, réinventent les fêtes galantes pour questionner le désir, le regard et les rapports entre hommes et femmes. Cette très belle exposition explore le rôle central de l’amour dans l’œuvre de Renoir et révèle, derrière la joie apparente, la portée profondément moderne et humaine de sa peinture. En parallèle, également à Orsay une exposition dédiée aux œuvres dessinées de Renoir, met en lumière l’importance des techniques graphiques dans l’évolution de son art.

Renoir et l'amour est à voir au Musée d'Orsay jusqu'au 19 juillet

Renoir dessinateur est à voir au Musée d'Orsay jusqu'au 5 juillet.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Renoir réconcilie l'idée de joie à celle de grand art
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Publié dans Expos

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Un grand disque pour la poétesse punk dont les mots sont l’éternel refuge

Publié le par Michel Monsay

Un grand disque pour la poétesse punk dont les mots sont l’éternel refuge

Raconter les pires et meilleures folies de l’homme sur la trame sonore d’un rock galvanisant concocté par les Limiñanas, séduisant groupe de rock français, telle est la mission réussie du formidable dernier album de Brigitte Fontaine, Pick up, sorti il y a un an et demi. Une chanteuse engagée ? Une poétesse surréaliste ? Une comédienne de théâtre nomade ? Une punk sans foi ni loi ? Une extraterrestre venue sauver le monde ? Brigitte Fontaine est tout cela à la fois. Une artiste certainement inclassable, mais dont les multiples tentacules ont ramené dans leurs filets, au fil de cette carrière au long cours, de très estimables compagnons de route, chargés d’honorer sa prose insolente et rebelle. Pour les plus remarquables, ils se nomment Areski Belkacem, Jacques Higelin, l’Art Ensemble of Chicago, Jean-Claude Vannier, Etienne Daho, ou Alain Bashung. Dans Pick up, elle nous conte sa relation à la vie dans ce qu’elle a de plus enthousiasmant, improbable, décevant, cruel, drôle, tendre… et révolté. C'est sur un manifeste contre les violences policières que s’ouvre cet album, Neuf Trois, qui scande la jeunesse de leurs victimes, et c’est avec un rappel à l’ordre écologique qu’il se clôt : Le beau temps. Brigitte Fontaine à 86 ans en a vu des vertes et des pas mûres. Plutôt que de jouer la blasée, elle cultive obstinément son jardin avec un râteau qu’elle emploie à détruire et reconstruire le format chanson, qu’elle a pourtant contribué à réinventer durant plus de 50 ans de carrière. Aux manettes d’un Pick-up qui brille par sa cohérence rythmique et par ses envolées psychédéliques assez irrésistibles, The Limiñanas, le tout bénéficiant de l’apport aussi précieux et précis d’Areski Belkacem, toujours de la partie quand il s’agit de traduire en musique la prose déjà très en verve de son épouse. De cette confiance naît un disque qui se classe parmi les meilleurs et les plus accessibles de Brigitte Fontaine. Douze chansons pour rappeler à quel point la vie vaut d’être vécue en dépit d’une inconscience humaine, que Brigitte Fontaine souligne d’une plume lapidaire trempée dans un rock, teinté de châabi algérien, d'électro ou d'échos gainsbouriens. Il faut dire que l’alliance est parfaite entre cette nouvelle transe électrique et l’éternelle verve délirante et exaltée. Ce nouvel album est une pépite, à la fois rock, mélodieux et poétique, où Brigitte Fontaine chante la beauté d’une vie passée trop vite et la mort qui rôde. 

Écoutez ci-dessous quelques exemples de cet excellent Pick up :

Publié dans Disques

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Un numéro d’équilibriste dont le cinéma britannique a le secret

Publié le par Michel Monsay

Un numéro d’équilibriste dont le cinéma britannique a le secret

Le film, en deux heures qui filent à toute allure, emporte tout sur son passage avec une énergie profondément britannique : Faire cohabiter la dureté du réel avec un humour imprévisible, irrévérent, mais jamais moqueur pour nous conter l'histoire réelle de John Davidson, touché par le syndrome de Gilles de La Tourette. Une ligne de force que l’on retrouve chez des cinéastes comme Ken Loach, Martin McDonagh ou Peter Mullan, qui est ici devant la caméra dans un second rôle à la mesure de son talent. Les dialogues crus, drôlissimes et parfaitement imprévisibles, frappent juste, toujours, là où le rire devient inconfort, puis brisent le cœur, sans prévenir, avant de reprendre avec légèreté et folie douce. Au centre du film, une interprétation intense, avec des seconds rôles incarnés, inattendus, parfaits. Robert Aramayo, qui incarne John Davidson le personnage principal, livre une performance habitée, physique, traversée de tensions et de ruptures. Cette première performance a d’ailleurs été saluée aux BAFTA par la distinction du Meilleur Acteur face à Leonardo DiCaprio et Thimotée Chalamet. Chaque geste, chaque micro variation rend visible ce qui, précisément, échappe. Ce que le film met à nu, c’est l’intolérance face au corps indiscipliné, qui ne respecte plus les codes implicites de la bienséance. Ce n’est pas seulement John qui vacille, c’est la manière dont les autres le regardent, le catégorisent, l’excluent. Plus fort que moi ne cherche jamais à adoucir. Il dérange, déplace, maintient au bord. Il fait rire là où ça serre, et serre là où l’on pensait pouvoir respirer. Le film tient là, dans cette tension permanente. Et dans ce qu’il donne à voir, à comprendre, à vivre : la perte de contrôle, les troubles de santé mentale, la violence sociale, mais aussi la résistance, les portes qui s’ouvrent quand on n’y croit plus, et l’humanité dans ce qu’elle a de meilleur face au pire. Le scénariste et réalisateur Kirk Jones a l’audace de ne pas se voiler la face : les stigmates de la maladie, ces tics qui verbalisent les pires insanités, peuvent parfois provoquer l’hilarité. Tout son talent est ensuite de déconstruire ce rire, de dévoiler la souffrance derrière les tics, sans pour autant oublier l’humanité de John Davidson, et son humour.

Publié dans Films

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Nous sommes forcément tristes

Publié le par Michel Monsay

Nous sommes forcément tristes
Nous sommes forcément tristes
Nous sommes forcément tristes
Nous sommes forcément tristes
Nous sommes forcément tristes

Nathalie Baye, la grande comédienne aux quatre Césars, incontournable figure du cinéma français durant cinq décennies, dont on a appris la mort samedi à l'âge de 77 ans, a joué dans une centaine de films, de Truffaut à Spielberg, en passant par Godard, Pialat, Tavernier, Blier, Chabrol, Beauvois, Dolan,.... Née en 1948, fille d’un couple d’artistes peintres fauchés, diagnostiquée dyslexique dès son plus jeune âge, elle quitte la scolarité classique à 14 ans pour entrer dans une école de danse professionnelle à Monaco. Ses parents la laissent ensuite partir, avant ses 18 ans, aux États-Unis, à une époque où bien peu de jeunes l’osent. Revenue en France, après un passage au Cours Simon elle est reçue au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, dont elle sort diplômée en 1972. Les débuts d’actrice de Nathalie Baye, c’est d'abord une succession de seconds rôles très remarqués, jusqu’au début des années 1980, où elle enchaîne désormais les premiers rôles. François Truffaut est le premier réalisateur de renom à lui confier un personnage saillant, la scripte de La Nuit américaine (1973), elle y apporte une singularité, une diction mélodieuse, une aura discrète. Elle retravaillera avec lui dans La chambre verte. Deuxième grand nom du cinéma, Jean-Luc Godard, avec lequel elle tourne également deux films, Détective avec Johnny Hallyday en 1985, et avant cela Sauve qui peut (la vie), qui lui vaut son premier César du meilleur second rôle. Dans les années 1980, il y a aussi Une semaine de vacances de Bertrand Tavernier, où elle est touchante en enseignante qui craque. Pour combattre l’image qui la suit et la dépasse de fille sage, sympathique, normale, rassurante, elle s’investit pleinement dans le personnage de prostituée cynique et gouailleuse de La Balance (1982), de Bob Swaim, elle remporte son premier César de la meilleure actrice. À la même époque, Notre Histoire de Bertrand Blier, où face à un Alain Delon dépressif, elle est lumineuse. Dans les années 1990, elle est enfin dirigée par des femmes, la première d'entre elles est Nicole Garcia pour Un week-end sur deux, dans le rôle d’une mère défaillante, en fuite, transfigurée et captivante par son seul jeu. Et puis, Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall, fantaisie grave à la Jacques Demy, triomphe commercial et lauréat de quatre Césars, dont celui du meilleur film. Nathalie Baye y entame alors sa cinquantaine en esthéticienne, simple employée, célibataire bohème sans enfant. Elle rejoint le club fermé des grandes actrices captivantes à regarder dans les plus petits gestes du quotidien. Sur les traces de la reine Catherine Deneuve, et précédant en cela Isabelle Huppert, elle conjure aussi, superbement, le déclin supposé obligatoire des actrices matures. Parmi les rôles marquants de cette époque faste, on compte aussi une politicienne trouble et haute en couleur de la région bordelaise dans La Fleur du mal (2003), seule collaboration de Nathalie Baye avec Claude Chabrol. Et, bien sûr, peut-être son plus beau rôle, la flic chevronnée, ancienne alcoolique sans cesse guettée par ses démons, dans Le Petit Lieutenant (2005), de Xavier Beauvois, où son interprétation, magistrale, lui vaut, un deuxième César de la meilleure actrice amplement mérité. Incontournable, Nathalie Baye a même droit à un rôle envié dans une superbe comédie policière de Steven Spielberg, Arrête-moi si tu peux, en devenant la maman sévère du jeune escroc Leonardo DiCaprio. Elle est d'ailleurs la seule actrice française à décrocher un rôle de poids chez le cinéaste superstar. Citons aussi en 2016, Juste la fin du monde de Xavier Dolan, Grand Prix au Festival de Cannes et un million de spectateurs, où elle est une matriarche malicieuse et fêlée, à la fois paumée, drôle, effrayante et poignante. Tous ces rôles plus tant d'autres ont fait de Nathalie Baye un monument du cinéma français, une actrice très appréciée pour son jeu tout en nuances et en justesse, aussi à l'aise dans le cinéma d'auteur que dans les rôles plus grand public, dans des seconds rôles ou en tête d'affiche. La grande tristesse que sa mort provoque s'explique, outre son immense talent, par le fait qu'elle laisse l’empreinte d’une présence familière, intime, profondément ancrée dans la mémoire collective, une discrétion solaire, une élégance et un sourire qui nous manquent déjà.

Ci-dessous, le bonheur de revoir Nathalie Baye :

Publié dans Chroniques

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Magistral Arthur Fils

Publié le par Michel Monsay

Magistral Arthur Fils
Magistral Arthur Fils
Magistral Arthur Fils
Magistral Arthur Fils
Magistral Arthur Fils

Dans la finale du tournoi ATP 500 de Barcelone, Arthur Fils a montré toutes les qualités qui en font un si grand espoir. Il a d'abord été grandiose dans le jeu, et le mot est faible. Malgré un petit retard à l'allumage et un break concédé d'entrée, il a ensuite roulé littéralement sur un adversaire pourtant pas né de la dernière pluie, Andrey Rublev, qui disputait sa 29e finale, pour se détacher 6-2, 5-2. Ce n'était pas une domination. C'était une démonstration. Coup droit d'une lourdeur à assommer un bœuf, revers d'une précision diabolique, service chirurgical… Il n'y avait rien à jeter, vraiment. Juste à admirer ce spectacle rare d'un jeune Français de 21 ans donner une leçon de tennis, presque en marchant, au 15e joueur mondial quasiment réduit au rôle de punching-ball, au point d'encaisser notamment une série de dix points d'affilée, et sept jeux consécutifs. Cela après avoir fait quasiment la même chose en demi-finale face à Lorenzo Musetti, 9e joueur mondial. Après un trou d'air à 5-2 dans le deuxième set de cette finale, il s'est retrouvé mené 6-5. Si l'on voulait jauger de sa force mentale, c'était le moment. Et on a vu. Le protégé de Goran Ivanisevic a retrouvé ses esprits en débreakant illico, le tout en lâchant une paire de "Vamos" tonitruants qui ne laissaient guère de doutes sur son moral retrouvé. Derrière, malgré un début de tie-break timide (0-2), il a réenclenché le mode rouleau compresseur pour remporter les sept derniers points et conclure cette finale avec panache. Après Hambourg et Tokyo en 2024, il s’offre ainsi un troisième titre en ATP 500 et à un mois de Roland-Garros, reprend sa place de numéro 1 français et marque les esprits. Depuis son retour de blessure et huit mois d'absence, Arthur Fils s'était déjà montré impressionnant. À Doha, il avait fallu un Carlos Alcaraz stratosphérique pour le stopper en finale. À Miami, il était arrivé en demi-finales d'un Masters 1000. Ne lui restait plus qu'à concrétiser tout ça avec un titre. C'est fait et on ne peut que se réjouir d'avoir enfin un joueur français qui nous fait rêver.

Ci-dessous, un résumé de la finale :

Publié dans Chroniques

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Jusqu'où peut mener le désir maladif d’être regardé ?

Publié le par Michel Monsay

Jusqu'où peut mener le désir maladif d’être regardé ?

Il y a tout juste vingt ans, un immense scandale secouait l'Espagne. Quelques jours avant les célébrations du 60e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale et alors que le Premier ministre du pays, José Luis Zapatero, s'apprêtait à présider une cérémonie en mémoire des victimes des camps nazis à Mauthausen, le Barcelonais Enric Marco était mis en cause dans une sombre affaire. C'est cette histoire, à laquelle le grand écrivain Javier Cercas avait déjà consacré un livre remarquable en 2015, L'Imposteur, que racontent les réalisateurs basques Aitor Arregi et Jon Baraño. Leur film, récompensé aux Goya (l'équivalent des César en Espagne) pour la magistrale prestation de l'acteur catalan Eduard Fernandez dans le rôle de Marco, questionne la manière dont un homme perd tout lien avec la réalité. Il explore surtout la mythomanie du personnage, dangereusement charismatique, dans sa double dimension de pathologie mentale et de maladie sociale. Les grands mensonges peuplent la littérature et le cinéma, mais celui de Marco, l'énigme d'une vie est l'un des plus stupéfiants, tant il a perduré et tant cet homme a berné tout un pays. Les réalisateurs ont l’intelligence de laisser s’exprimer toute l’ironie de la situation sans en rajouter, toute son opacité psychologique sans chercher à l’expliquer, et toute son ambiguïté morale sans porter de jugement. La vie d’Enric Marco est en fait le véhicule idéal pour illustrer la manière dont les récits façonnent notre perception, en explorant ces frontières entre vérité et fiction, entre mémoire et distorsion, et en nous interrogeant sur la façon dont les histoires collectives sont construites et qui a l’autorité de les définir. Les mensonges de Marco n’étaient pas seulement destinés à tromper. Ils faisaient également appel à quelque chose de plus profond : le besoin de la société de croire aux héros, de trouver des personnages qui nous réconcilient avec nos propres récits historiques et culturels. Troublant et passionnant.

Marco, l'énigme d'une vie est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

Publié dans replay

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Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire

Publié le par Michel Monsay

Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire
Nan Goldin célèbre la vie avec empathie pour le meilleur et pour le pire

Souvent copiée, rarement égalée, l’œuvre de Nan Goldin est devenue une référence intemporelle, passée des marges de l'underground aux plus grands musées internationaux. La photographe s'est donnée le droit de faire des choses que d’autres artistes ne se permettent pas. Sa manière de raconter les histoires, de se rapprocher des gens de façon très directe, donne à ses images une rare énergie. Depuis le début des années 70, Nan Goldin n’a, en effet, cessé de documenter son environnement tout en dénonçant les injustices. Un engagement citoyen et activiste qui nourrit ses travaux, comme celui contre l’industrie pharmaceutique avec l’épidémie d’opioïdes aux États-Unis, un combat que l'on retrouve dans le puissant documentaire Toute la beauté et le sang versé, Lion d'Or à Venise en 2023. La rétrospective du Grand Palais intitulée This Will Not End Well (cela ne finira pas bien) porte les couleurs du deuil. Dans cette évocation d’un demi-siècle de création, Nan Goldin n’expose aucun tirage, mais un flux de photographies, constitué de cinq installations, diaporamas ou vidéos. Chacune se dévoile, isolée, dans autant de cellules architecturées de velours. Chantre d’une génération décimée par la drogue et le sida, Nan Goldin s’impose en survivante. Agée de 72 ans, elle embrasse le rôle avec conviction, au fil d’une exposition qui se fait déploration. Au générique de chacun de ses montages, réédités à l’occasion de ce projet qui a tourné à Amsterdam, Berlin, Stockholm et Milan, l’artiste a pris soin d’énoncer les noms de tous ceux qui, autour d’elle, sont tombés. La liste est longue. Elle y a ajouté un hommage douloureux aux morts de Gaza, dans un montage vidéo de journalistes qui ont pour un grand nombre été exécutés. Parmi les installations, il y a évidemment The Ballad of Sexual Dependency, série culte qui a consacré la photographe. À travers 700 images, elle évoque l’underground de New York, de Boston et de Berlin à la fin des années 1970 : Les parties enivrées, les belles au bout de la nuit rescapées des coups de l’amant, les divas en leur lit de motel, choucroutes crêpées et robes léopard, piquouses et rails de coke, les gueules plus ou moins cassées, qui semblent parfois surgies du Berlin de l’entre-deux-guerres ou du Trianon de Marie-Antoinette, des papas sidérés, des enfants balancés dans un monde où, clairement, ils n’ont pas leur place… Une foule d’anonymes, d’où surgit parfois le visage de Jim Jarmusch, d’Andy Warhol ou de Keith Haring. C’est le temps du disco, mais il a des airs de blues, et une infinie tristesse se dégage de ces photos. La bande-son de Nan Goldin, qui accompagne les diaporamas, va de Maria Callas à Jimmy Somerville, en passant par James Brown : mélodies qui transcendent ses images coups de vent, prises à l’arraché, et les transforment en une ode à l’instant présent, si déglingué soit-il. L’éphémère, surpris dans sa course. Monté une décennie plus tard, le diaporama The Other Side est tout aussi pionnier, porté par Comme ils disent, d’Aznavour. Nan Goldin y convoque ses amis et amies transgenres, beautés entre chien et loup. Leurs nuits sont roses, leurs brassières d’or, leurs perruques bleu acier. La fierté est de mise, et la mort jamais loin. Peut-être, ses plus beaux clichés. Cette passionnante exposition est une œuvre totale, parfois sombre par ses sujets, mais profondément lumineuse par l’humanité que Nan Goldin porte sur les communautés souvent en marge, qui brillent par leur vitalité. En travaillant à partir de sa propre expérience, ses photographies sont traversées par le collectif. Pour Nan Goldin, photographier le quotidien n'a rien de banal, et ces poignants témoignages de la communauté queer qui fut la sienne, des années sida ou de sa toxicomanie, délivrent un récit d’une infinie tendresse.

Nan Goldin, This Will Not End Well est à voir au Grand Palais jusqu'au 21 juin.

Publié dans Expos

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Une journée particulière empreinte de nostalgie

Publié le par Michel Monsay

Une journée particulière empreinte de nostalgie

Après des clips, des films réalisés pour le compte de grandes marques de mode et un court-métrage récompensé à Sundance, Akinola Davies Jr. passe au long-métrage. Dans ce film très personnel, récompensé par le Bafta du meilleur premier film, l'équivalent britannique des Césars, coécrit avec son grand frère, le réalisateur s’intéresse autant à deux jeunes garçons qui leur ressemblent, à ce père qu’ils s’inventent comme une légende locale, eux qui n’ont pas connu le leur (il est mort quand ils étaient tout jeunes), qu’à leur pays natal, le Nigéria de 1993, digne personnage à part entière qu’il filme avec appétit et nostalgie, de la luxuriante nature aux marchés bondés de Lagos. Bien qu’anglais d’adoption, Akinola Davies Jr. regarde son pays comme un clan sans chef, sans leader pour le défendre des turbulences. De ce film émane une angoisse toute enfantine à voir le monde des adultes trembler et s’écrouler. Comme la lettre de deux enfants à leur père, comme un souvenir qu’ils tentent de graver dans leur esprit avant qu’il ne s’évanouisse, Une journée avec mon père nous touche par le contraste entre la grande maturité de sa forme, forgée par deux adultes, et la grande souffrance des deux enfants qui s’expriment à cœur ouvert. Dans ce récit semi-autobiographique, Folarin, superbement interprété par Sopé Dìrísù, a quelque chose de la figure du père mythifié, comme un souvenir d’enfant authentiquement vécu ou seulement rêvé, le doute subsiste… Peu à peu s’éclaire aussi la double vie de Folarin, mêlé à une organisation politique persécutée par le gouvernement. Nous sommes en 1993, après de longues années de dictature militaire, une période d’espoir démocratique est née et semble devoir culminer en ce jour d’élection présidentielle. Tandis qu’une menace gronde et que la violence semble se propager comme un vent mauvais à tous les coins de rue, se dévoilent peu à peu des pans entiers de la vie de ce père qu’ils ne connaissent pas, ainsi que les terribles remous dans le pays. La mise en scène instille des nuances délicates, des décalages sensoriels, qui nous font pressentir que les enfants d’un côté et le père de l’autre ne vivent pas forcément dans la même réalité. Porté par une très belle photographie et une colorimétrie qui fait écho aux images d'archives qui traversent la fiction, Un jour avec mon père se distingue aussi par l’écriture poétique de son montage, qui relie sans cesse les actions concrètes des personnages à une sorte d’état intérieur ou à quelque chose de plus grand qui les dépasse, sûrement l’univers riche et intime d’un cinéaste à suivre, qui nous séduit dès son premier film. 

Publié dans Films

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