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L'émancipation d'une femme par le rire dans une série tout en finesse et fantaisie

Publié le par Michel Monsay

L'émancipation d'une femme par le rire dans une série tout en finesse et fantaisie
L'émancipation d'une femme par le rire dans une série tout en finesse et fantaisie

Traversée d’une certaine allégresse et portée par le charisme de son interprète Rachel Brosnahan, La fabuleuse Madame Maisel déploie dès la première scène de la saison 1 ses plus beaux atours. Les Golden Globes 2018 ne s'y sont pas trompés en la désignant meilleure comédie de l'année et Rachel Brosnahan meilleure actrice, tant cette série représente le parfait antidote à la morosité. Il suffit d'observer Midge, le personnage principal, toute de rose vêtue, valsant dans les rues de ce New York de la fin des années 50, pour être saisi par une bonne humeur communicative. Il y a une indéniable fibre féministe dans la série, sans pour autant être militante. Amy et Daniel Sherman-Palladino, créateurs de la série, déploient dans les cinq saisons leur style enlevé, leurs dialogues piquants, leur capacité à imaginer des personnages à la fois mélancoliques et débordant d'énergie. Ils portent un regard rafraîchissant sur le stand-up, et imaginent une révolution féminine intime, drôle et émouvante. Midge, en se découvrant anticonformiste, va devoir affronter le regard des siens, celui de la société, et dépasser ses propres a priori. C'est aussi le choc des cultures, lorsque la bourgeoise Midge se lie à sa manager, la beatnik sans le sou, la revêche Susie (inégalable Alex Borstein). Car la série serait moins percutante sans cette figure secondaire, extrêmement mal assortie à l'héroïne et pourtant indispensable à sa réussite. Elle est aussi ambitieuse et mordante que Midge, ce qui suffit à lier les deux femmes plus profondément qu'à leur propre famille. La Fabuleuse Madame Maisel s’inspire de la véritable histoire du stand-up féminin américain, qui débuta au milieu des années 50. Elle recrée l’ambiance du Gaslight Café, authentique club underground ouvert en 1958 dans Greenwich Village, où se produisirent, entre autres, Bill Cosby, Bob Dylan et Charles Mingus. Tendrement vache avec une communauté juive new-yorkaise incarnée par les insupportables parents et beaux-parents de Midge, Amy Sherman-Palladino s’attaque frontalement à l’Amérique de la fin des années 1950, paternaliste et phallocrate, et, en écho, à celle de Trump. Midge Maisel trouve dans le stand-up mieux qu’un exutoire à sa position de femme trompée et délaissée. Elle s’y révèle, donne corps à son personnage de femme battante (qui n’est autre qu’elle-même, débarrassée des carcans de la société) et prend en main le récit de sa vie, avec les bons côtés comme les pires. Car sous son optimisme pop et coloré, cette épatante série laisse en effet filtrer une bonne dose de mélancolie. Midge ne devient pas une vedette en trois épisodes, elle paye cher ses moqueries à l’égard des castes dominantes, doute, trébuche parfois dans sa marche vers l’indépendance, mais elle ne perd jamais son dynamisme. Elle doit beaucoup à Rachel Brosnahan, entourée d’un ensemble de comédiens remarquables, parfaite de candeur et de malice mêlées qui, sans jamais cabotiner, imprime au personnage un tempo comique impeccable et une énergie contagieuse. De ménagère à pionnière voire avant-gardiste, on la suit dans sa trajectoire virevoltante à la fois plaidoyer et hommage aux luttes féministes, dans le monde du show-business en particulier et en Amérique en général. Un portrait de femme dessiné avec autant d’esprit que de tendresse, tout autant qu'une lettre d’amour à ceux qui ont fait de New York l’écrin bouillonnant du spectacle vivant et de la comédie.

La fabuleuse Madame Maisel, les 5 saisons sont à voir ici ou sur le replay de M6.

La bande-annonce ci-dessous est en vo, mais en regardant la minisérie vous aurez les sous-titres en français.

Publié dans replay

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L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne

Publié le par Michel Monsay

L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne

Le Musée d’Art Moderne de Paris consacre une très belle exposition à l'artiste allemande Gabriele Münter (1877-1962), qui permet de découvrir près de 170 œuvres retraçant six décennies de création, entre peinture, gravure, photographie et broderie. C'est la première rétrospective française dédiée à cette figure majeure de l’expressionnisme allemand, elle met en lumière l’étendue de l’œuvre de cette artiste, cofondatrice du mouvement Cavalier Bleu (Blaue Reiter), dont les peintures sont d'une grande diversité technique et une modernité étonnante. Si son nom est souvent associé à celui de Kandinsky, dont le très beau portrait qu'il a peint d'elle ouvre l'exposition (le premier ci-dessous), cette exposition insiste sur son indépendance artistique et sur l’importance de son œuvre dans le contexte du XXe siècle. Une femme en retrait, une œuvre en pleine lumière. Gabriele Münter a longtemps été cantonnée à un rôle secondaire, son nom attaché à celui de Kandinsky. Une compagne, une élève, une silhouette à peine esquissée dans l’ombre du génie. Pourtant, ce récit éclipse une évidence : sans Gabriele Münter, l’histoire de l’art moderne aurait suivi un autre cours. L’artiste a contribué à ouvrir une voie nouvelle. Son trait acéré et ses aplats de couleurs saturées cernés de noir confèrent à ses œuvres une immédiateté presque brute, une tension permanente entre construction et spontanéité. Puis vient la rupture. L’exil en Scandinavie après sa séparation avec Kandinsky bouleverse sa palette : la lumière se tamise, la mélancolie affleure. La guerre qui repousse l’art dans l’ombre. Münter dissimule des œuvres menacées, peint à huis clos, loin des circuits officiels. La couleur devient plus intérieure, plus resserrée. Peindre n’est plus une conquête, c’est un acte de résistance. Sa peinture n’a jamais cherché à séduire, elle traverse la matière avec une lucidité implacable. Durant sa période d’exil en Scandinavie, elle travaille et expose sans relâche avec un succès constant. Les traits s’adoucissent et les coloris refroidissent, mais pas son œil-caméra qui capte tout. Entre 1920 et 1930, Gabriele Münter vit principalement à Berlin. Elle est rattachée à la Nouvelle Objectivité, une peinture vériste, qui épingle les travers de la société. Pour elle, il s’agit plutôt de montrer la réalité des femmes qui gagnent leur vie et s’émancipent, d’un trait filant et cristallin. Sa rencontre avec Johannes Eichner, philosophe et historien de l’art, marque le retour à Murnau en 1931. C’est lui qui lui enjoint de cacher les œuvres dangereuses de la période du Blaue Reiter à la cave. Lui qui la pousse à arrondir les angles et à baisser l’intensité de la couleur de ses peintures pour échapper à la censure du national-socialisme. Gabriele Münter passera à travers les mailles du filet nazi et ne sera jamais, contrairement à la totalité de ses camarades, classée comme artiste « dégénérée ». Après la guerre, septuagénaire, elle continue de peindre et laisse Johannes Eichner s’atteler à sa reconnaissance internationale et son œuvre est exposée partout. D’une ampleur exceptionnelle, la rétrospective que lui consacre le musée d’Art Moderne de Paris apporte un nouvel éclairage sur l'œuvre de Gabriele Münter et sa place importante dans l’histoire de l’art.

Gabriele Münter - Peindre sans détours est à voir au Musée d'art moderne jusqu'au 24 août.

Voici un aperçu de l'exposition, cliquez sur la première photo pour la voir en grand et faites ensuite défiler pour voir les suivantes.

L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
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L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
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L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
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L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne
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L’expressionniste flamboyante Gabriele Münter, pionnière de l’art moderne

Publié dans Expos

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Éblouissant numéro de claquettes

Publié le par Michel Monsay

Éblouissant numéro de claquettes

Dans ce chef-d'œuvre de la comédie musicale, Chantons sous la pluie, Gene Kelly et Donald O'Connor livrent l'un des plus beaux numéros de claquettes de l'Histoire du cinéma.

Publié dans Chroniques

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Tendresse en terres arides

Publié le par Michel Monsay

Tendresse en terres arides

Le premier long-métrage de Mo Harawe est traversé de moments tendres, émouvants, d’une grande beauté. Cela tient au regard que ce jeune cinéaste austro-somalien porte à la fois sur un adorable petit garçon au potentiel remarqué par son institutrice, son père qui l’élève seul et se démène pour lui offrir une scolarité, et sa tante qui les rejoint après avoir divorcé et ne lâche rien de ses rêves. Le regard de Mo Harawe reste toujours à juste hauteur de ses personnages courageux. Épaulé par le très beau travail de son directeur de la photographie Mostafa el-Kashef, il filme les tribulations de ce père généreux au beau milieu d’un pays qui convulse sous la guerre civile et les catastrophes naturelles. Sans édulcorer la brutalité de cette réalité, il donne à voir la part sublime de cette région désertique, qui est aussi le plus grand littoral d’Afrique, entre l’Océan Indien et le golfe d’Aden. Il en fait l’écrin d’une histoire émouvante, où se racontent l’amour inconditionnel d’un père pour son fils, et la dignité d’hommes et de femmes qui cherchent à contrer l’adversité et se frayer coûte que coûte un chemin vers un horizon ouvert. Il transparaît dans le grain de l’image, l’harmonie des teintes chaudes, la lumière qui révèle les peaux, les gestes attentionnés. La beauté du film, au-delà de l’image elle-même, sublime, à la fois naturaliste et forte en contrastes, réside dans la manière que le cinéaste a de traiter avec le même intérêt et la même tendresse chacun de ses trois personnages, qu’importe leur âge, leur sexe ou leur parcours. Qu’il les isole dans le plan, les filme en duo ou en trio, chacun a sa partition à jouer dans cette symphonie collective qui valorise l’individu et ses choix, bons ou mauvais. Mais au-delà des différentes quêtes qui animent les trois personnages, qu’elles soient de survie, d’indépendance ou d’amour, Le village aux portes du paradis n’est jamais aussi touchant que lorsqu’il ausculte les liens familiaux et les drames intérieurs de ses trois héros. Ce beau premier film somalien, malgré l'alignement d'injustices, s'affirme comme une œuvre positive, aux plans magnifiques.

Publié dans Films

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Marivaux, ou le triomphe de l'amour et du double jeu

Publié le par Michel Monsay

Marivaux, ou le triomphe de l'amour et du double jeu

Chez Marivaux, les jeux de l’amour sont d’abord des jeux du langage, qui masque ou trompe autant qu’il dévoile. La langue est première chez le maître de l’amour français, et c’est d’abord elle qu’Alain Françon fait entendre dans sa mise en scène limpide et subtile. Si l’ensemble de la représentation coule avec évidence, c’est que le mélange de naturel et de théâtralité au cœur de l’art de Marivaux est dosé de manière si parfaite que justement il ne se voit plus. Que se joue-t-il ici, dans cette nouvelle variation sur la machination matrimoniale chère au dramaturge ? En sa demeure, Araminte, jeune veuve aussi belle que richissime, va être l’objet d’une étrange conspiration. Ayant besoin d’un nouvel intendant, elle se voit recommander un jeune homme, Dorante, qui n’a pas réussi comme avocat et connaît un revers de fortune. Dubois, valet de Dorante, qui a autrefois servi chez Araminte, permet à Marivaux de déployer sa machination théâtrale, à coups de billets doux, de portraits cachés et de fausses confidences tous azimuts. La beauté de la pièce tient tout entière dans le chemin que va faire Araminte, à travers cette manipulation, pour trouver sa liberté et décider d’aimer Dorante, malgré tout. C’est elle qui le choisit, au final, contre les conventions de son temps, contre sa mère, l’effroyable et moliéresque Madame Argante, qui voulait à tout prix la voir épouser un comte. Elle le fait au fil d’un parcours initiatique où la vérité de l’amour et l’amour de la vérité semblent aussi friables l’un que l’autre, mais doivent néanmoins faire l’objet d’un pari existentiel. Georgia Scalliet, comédienne devenue trop rare, est Araminte, laissant affleurer sur son visage et dans tout son être une infinité de sentiments. Pierre-François Garel est convaincant en Dorante, opaque aux autres comme à lui-même, sans doute. Gilles Privat, merveilleux acteur qui tient du clown aérien et naïf, est un Dubois inattendu, à contre-emploi : il a un petit côté Nosferatu, avec son crâne rasé et son visage très blanc, qui suggère qu’il est bien le vrai vampire de l’histoire. Quant à Dominique Valadié, elle offre de beaux moments dans la peau d’une Madame Argante dont la méchanceté s’appuie sur une bêtise crasse. Avec ces Fausses Confidences, Alain Françon laisse s’exprimer une vibration rare au théâtre, où la gravité s’enveloppe de légèreté, où la fraîcheur et le sentiment semblent malgré tout à même de faire place à la noirceur et à la manipulation. Avec une grande rigueur, et donc une grande liberté, le metteur en scène poursuit parfaitement son exploration de Marivaux, après l'excellente Seconde Surprise de l'amour. Il en révèle l’écriture cristalline et incroyablement dense autant qu’il fait apparaitre le propos féministe et la revanche des déclassés contenus dans ce texte de 1737.

Les fausses confidences sont à voir au Théâtre de la Porte Saint-Marin jusqu'au 25 mai.

Publié dans Théâtre

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La réjouissante revanche des invisibles

Publié le par Michel Monsay

La réjouissante revanche des invisibles

Des femmes de ménage qui se lancent dans le délit d’initiés pour sortir de la précarité, c’est le pari de cette charmante minisérie qui dépoussière le genre de la comédie sociale. Quitte à être invisibles, autant que cela soit utile. Cela pourrait être la devise de Lola et ses collègues, des femmes de ménage qui s’échinent tard le soir ou tôt le matin dans les locaux d’une banque. Il y a quelque chose de jubilatoire à voir ces femmes tenter de doubler des escrocs de la finance. Allègre et rythmée, portée par la réalisation pleine d’invention et d’énergie de Cathy Verney (Hard, Vernon Subutex), cette originale comédie à suspense fait de ces femmes des figures complexes, à la fois victimes et coupables, rebelles et complices. Des personnages de premier plan, enfin visibles. Dans le rôle principal, Alix Poisson, toujours aussi juste dans son jeu, que l'on avait déjà beaucoup aimé notamment dans la remarquable minisérie Sambre, incarne remarquablement une femme qui déborde et qui éprouve un plaisir quasi enfantin à se travestir, à se grimer, à se transformer en businesswoman. Cette comédie trépidante teintée de thriller est l'adaptation d'une série anglaise en moins sombre et en insistant davantage sur les rapports de pouvoir.

Clean est à voir ici ou sur le replay de M6.

Publié dans replay

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Très belle version d'une des plus émouvantes chansons de Gainsbourg

Publié le par Michel Monsay

Publié dans Chroniques

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Passionnante saga sur les petites guerres entre générations

Publié le par Michel Monsay

Passionnante saga sur les petites guerres entre générations

La beauté lancinante de ce grand roman étrangement vif et mélancolique, paru en 2008, avait conquis les lycéens qui lui avaient décerné leur Goncourt. Sans doute Catherine Cusset, affûtée normalienne qui vit à New York depuis plus de vingt ans et y est mariée à un Roumain devenu américain, a offert beaucoup d'elle-même dans cette bouleversante mais toujours pudique et minimaliste saga sur quatre générations de 1950 à 2006, dans quatre pays, Roumanie, Israël, États-Unis, France. On trouve dans Un brillant avenir cette jubilation qui lui est propre à dépeindre nos mille guerres intestines et jouissances-souffrances quotidiennes. Mais rarement la romancière avait donné tant d'ampleur à un récit où elle jongle magnifiquement avec l'espace et le temps, met en scène au plus concret la dictature de Ceausescu, le conflit israélo-palestinien, ou l'Amérique des intellos émigrés. De ce puzzle virtuose surgissent de très beaux portraits de femmes. Catherine Cusset a construit son récit en bascule, oscillant tour à tour du présent au passé. Elle va et vient, des épreuves qu’Elena/Helen, le personnage central, fait endurer à sa belle-fille Marie, à celles que ses propres parents firent subir à son époux Jacob. De ce point de vue, ce qu’elle démontre est accablant, révélateur de l’incapacité d’un individu à retenir la leçon de ce qui lui fut infligé, effacer l’écart des générations, surmonter ce qui l’a irréductiblement façonné : l’Histoire, sa culture. Est-on condamné, après avoir été victime des préjugés de son père et de sa mère, à devenir à son tour inquisiteur de son fils et de celle qu’il a choisie pour vivre avec lui ? Cette petite guerre est dépeinte sans cynisme. Pour souligner que l'on est tous otage de vécus idéologiques, malade de son passé, bridé par des expériences incommunicables, la romancière montre au fil des chapitres que chacun a ses blocages, ses perceptions. Elle orchestre malentendus, phrases fielleuses, maladies, naissance, avec une lucidité malicieuse. Ces gens se font du mal en croyant se faire du bien. Catherine Cusset a construit avec la vivacité qui fait sa griffe un très beau roman sur la famille et l'exil.

Publié dans Livres

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Impressionnant !

Publié le par Michel Monsay

Regardez ce qui s'est passé dans une restaurant parisien :

Publié dans Chroniques

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Un regard poétique et décalé de jazz pour traduire les maux de notre époque

Publié le par Michel Monsay

Un regard poétique et décalé de jazz pour traduire les maux de notre époque

Vouloir saisir l’air du temps, non pas en mots mais en musique, l’idée surprend : comment tirer la moindre harmonie d’un présent dont le Beau paraît le dernier souci ? Passé l’étonnement, un soupçon d’appréhension point à la lecture des titres enregistrés par le batteur et compositeur Vincent Touchard, avec Jean-Charles Acquaviva au piano et Gabriel Midon à la contrebasse. Télétravail, D’après les sondages, Fake News, Selfie… Rien de très engageant. Oui, mais la musique ne se lit pas, elle s’écoute. Et c’est alors que tout s’éclaire. Car ces thèmes raffinés, la splendide ouverture, Aujourd’hui, a quelque chose de gainsbourien dans son mélange de soie et de venin, s’avèrent presque toujours sous-tendus par une passion galvanisante, loin de l’air du temps, donc. Dédaignant l’ironie, le trio s’engage dans de fécondes brèches entre mineur et majeur, des rythmes de samba douce et des échappées finalement optimistes, insouciantes. Ainsi, L’Air du temps apparaît moins comme le miroir de nos défaites ou anxiétés que comme une invitation à demeurer confiants dans ce que nous avons de meilleur en nous, l’imagination, la créativité et, oui, le sens intact de la beauté. Vincent Touchard explore pour l’occasion la formule reine du jazz, le trio piano – contrebasse – batterie, idéale pour incarner l’essence profondément mélodique de sa musique. Il s’est entouré de deux musiciens sensibles dont les esthétiques s’accordent parfaitement avec son univers musical. Fidèle à ses inspirations : les couleurs du classique, l’énergie de la pop et les rythmiques du monde s’entremêlent et sont autant d’occasions pour les trois compères d’exprimer leur talent d’interprète. Le résultat est d’une grande fluidité, l’évidence et la clarté des thèmes, la cohérence et la musicalité des improvisations, tout s’aligne pour proposer un album lyrique, sobre et élégant qui restera longtemps dans l’air du temps. De belles mélodies, sincères et accessibles, un jeu sans esbroufe mais précis et une véritable complicité font de ce disque un vrai coup de cœur.

Publié dans Disques

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