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Formidable tableau d'une paysannerie en voie de disparition

Publié le par Michel Monsay

Formidable tableau d'une paysannerie en voie de disparition

La cinéaste espagnole Carla Simon, dont on avait beaucoup aimé le premier film, Été 93, livre pour son second une œuvre solaire et vibrante qui a remporté l'Ours d'or du Festival de Berlin 2022. Un portrait choral, où l’amour de la famille, de la terre et du travail diffuse ses rayons nostalgiques et vivaces. On pense un peu à Tchekhov pour la cruelle mélancolie d’un monde en train de disparaître. A travers les yeux des plus jeunes dont l’insouciance des jeux d’été est menacée par la crise des adultes, Carla Simon saisit l’ampleur du drame qui est en train de se jouer. Comme dans Été 93, qui captait le bouleversement existentiel d’une gamine orpheline de six ans, en phase d’adaptation à son nouveau foyer, Nos soleils emballe par son ampleur émotionnelle. La caméra aime ces silhouettes et ces peaux d’interprètes non professionnels, qui offrent magnifiquement leur véracité et leur langue catalane au grand écran. Quelque chose du cinéma de Maurice Pialat irrigue les films de Carla Simon tant leur existence a à voir avec un sauvetage, un élan consistant autant à préserver, des gestes, des liens et des choses impalpables qui font le quotidien, qu’à capturer, dans sa plus vibrante vitalité, l’orée d’un crépuscule. Il y a une lucidité de regard rare, une recherche de la nuance, de l’ambivalence constante qui donne au film toute sa profondeur existentielle entre la comédie et le drame. Nos soleils connecte l'histoire personnelle de la cinéaste, qui a passé les étés de sa jeunesse dans l'exploitation familiale d'arbres fruitiers à Alcarràs, un petit village de Catalogne, à l'universel, en suivant le combat d'une famille pour continuer à exploiter une terre convoitée par des promoteurs de l'énergie solaire, et qui subissent aussi la guerre des prix menée par la grande distribution. Entre chronique familiale et défense d’un monde sacrifié, entre récits des anciens et insouciance des enfants, Carla Simon bâtit un récit dont la sincérité nous touche profondément. Avec une sensibilité aiguë et un réalisme âpre, elle met en scène la disparition progressive d'une certaine idée du monde agricole.

Publié dans Films

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Une pure merveille

Publié le par Michel Monsay

Une pure merveille

Le pianiste et chef d’orchestre allemand Lars Vogt, directeur musical de l’Orchestre de chambre de Paris, qui est mort d'un cancer en septembre dernier à l'âge de 51 ans, nous avait offert son dernier enregistrement six mois plus tôt : Les deux concertos pour piano de Mendelssohn qu'il joue et dirige depuis son instrument. Dès les premiers accords du Concerto n° 1, Lars Vogt nous entraîne dans l’atmosphère solennelle de cette partition, alliant brio, panache, fougue et légèreté. Empreint de verve dans les passages soumis à un tempo rapide, il n’en est pas moins raffiné dans les thèmes lyriques, respectant intelligemment les proportions entre la virtuosité et la poésie. La formation qu’il dirige ne lui cède pas le pas, déployant des couleurs chatoyantes et joyeuses, notamment chez les vents. Porté par une énergie solaire, l’Orchestre de chambre de Paris se montre à la fois précis, plein d’amplitude expressive ainsi qu’attentif aux nuances que lui entonne le piano. Lars Vogt aligne les octaves, les gammes et les arpèges en les investissant dramatiquement. Il chante les passages rêveurs avec une sonorité de piano charnue, lumineuse, admirablement timbrée, phrasée de façon éloquente. Sa main gauche virevolte, soutient, relance, chante aussi et impose une pulsation rythmique irrésistible. Dans le deuxième Concerto, Lars Vogt subjugue par la finesse de son interprétation et inculque à cette page un souffle de profondeur. On se penchera sur la sonorité satinée des cordes, tout autant que sur la consistance des cuivres et la délicatesse des bois, adoucie par des demi-teintes pastel. On est ébloui par le génie de Mendelssohn, le plus précoce de l'histoire de la musique, il n'a que 22 ans lorsqu'il compose le concerto n°1 et a déjà à son actif nombre de symphonies et autres concertos ou sonates. Sa musique est parfaite de forme, de fond, d'inspiration, elle lance un pont entre les maîtres anciens (Bach surtout, mais aussi Mozart), ceux d'un présent encore palpable (Beethoven meurt quand Mendelssohn a 18 ans) et le romantisme dont il est l'un des maîtres dans le domaine symphonique avec Berlioz et Weber, avant l'arrivée de Schumann puis de Brahms. Voici un disque-testament poignant, une preuve éloquente que Lars Vogt était au sommet de ses possibilités artistiques, avec un énorme potentiel et une approche intelligente de l’interprétation et de la direction.

Ci-dessous quelques extraits de cet album magnifique :

Publié dans Disques

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Portrait au vitriol d’une Amérique sexiste

Publié le par Michel Monsay

Portrait au vitriol d’une Amérique sexiste

Cette minisérie revient sur la divulgation en 1995 des ébats entre la sirène d’Alerte à Malibu et son rockeur de mari. Malgré son sujet scabreux, Pam et Tommy est la plupart du temps un modèle de délicatesse et d'intelligence. L’élégance avec laquelle est filmée Lily James, dans le rôle de Pamela Anderson, compte d’ailleurs pour beaucoup dans le charme de la série, qui raconte en huit épisodes le scandale de la sextape dérobée au couple qu’elle formait alors avec le batteur de Mötley Crüe, Tommy Lee. Médias, show-business, justice… toutes les institutions mêlées à un moment ou à un autre à cette sombre affaire en prennent férocement pour leur grade, et l’intérêt de la série est de parvenir à faire du spectacle de cette médiocrité un divertissement addictif. Cela tient évidemment à sa réalisation turbulente, mais aussi à l'interprétation des deux personnages centraux, loin de l'imitation désincarnée, tous les deux apportent une sensibilité à ceux qu'ils interprètent qui rend leur relation crédible et attendrissante, aussi exubérante soit-elle. Mention spéciale à Lily James, derrière la perruque blonde, le maquillage et les prothèses, l'actrice britannique est éblouissante en Pamela Anderson, intelligente, vulnérable, rêveuse. Elle nous offre une relecture de cette jeune Canadienne à la candeur envoutante, qui a vu son corps utilisé et transformé en un objet de désir par les hommes, puis sa vie privée être volée, vendue, exposée, partagée et commentée à travers le monde. Et lorsqu'avec toute son énergie, elle entame un combat judiciaire perdu d'avance durant lequel elle est constamment rabaissée et humiliée, jusqu'à se retrouver dos au mur, la douleur qu'elle cache derrière son sourire éclatant est aussi profonde que déchirante. Cette mini-série dresse un constat amer et toujours pertinent d'une Amérique misogyne où les femmes sont adulées pour leurs courbes et le fantasme qu'elles inspirent, mais jugées et condamnées quand elles affirment leur émancipation et leur liberté sexuelle. Sans refaire l'histoire, mais en disant la vérité telle qu'elle est, Pam et Tommy parvient à réhabiliter une victime du patriarcat, aux antipodes de la caricature de bimbo qui lui colle encore à la peau vingt-cinq ans plus tard.

Pam et Tommy est à voir ici en vous abonnant à Disney+ pour un mois sans engagement à 8,99 €.

Publié dans replay

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Le Castafiore du rock

Publié le par Michel Monsay

Le Castafiore du rock

Diva au physique d’extraterrestre, face blanche de clown triste, lèvres noires sur une bouche en cœur, coupe de cheveux anguleuse qui semble dessinée par un architecte-paysagiste, Klaus Nomi fut l’un des personnages les plus singuliers des années 80. Chanteur virtuose à la tessiture incroyablement étendue allant de baryton basse au contre-ténor, allemand d'origine installé à New-York, sa carrière n'aura duré que quelques années. En 1983 à l'âge de 39 ans, il a été l’une des premières célébrités à mourir du sida.

Retrouvons-le pour le plaisir lors d'un concert à New-York en 1981 où il interprète Total eclipse de sa voix extraordinaire.

Publié dans Chroniques

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Un bel équilibre entre légèreté et émotion

Publié le par Michel Monsay

Un bel équilibre entre légèreté et émotion

Par un jeu d’équilibriste extrêmement fin, Ann Sirot et Raphaël Balboni, dont c'est le premier long-métrage, abordent la maladie d'Alzheimer avec autant de rigueur que de fantaisie. En effet, les cinéastes belges, couple à la ville, filment avec humour et sans pathos l’irruption de la maladie dans une vie qui semblait sur les rails. Inspiré du vécu de ce duo, dont l'un des parents en a été victime, Une vie démente suit un couple de jeunes amoureux que la maladie envoie valser dans le décor, dans un récit dynamique, tenant à distance le chantage aux larmes. Le film qui s'ouvre sur la possibilité d’une parentalité classique devient le parcours d’une parentalité inversée. Tout du long, les cinéastes égaient leur mise en scène d'un léger décalage et de petites touches d'excentricité, par exemple en recourant à une palette monochrome à la Wes Anderson ou une stylisation pop art. Lauréat de sept Magritte, l'équivalent des Césars en Belgique, le film est à la fois élégant et attachant grâce à une fantaisie de chaque instant, aussi présente dans l’écriture et la poésie des séquences parfois improvisées, que dans une mise en scène précise et audacieuse. Le trio de comédiens est très juste, avec à sa tête Jo Deseure, dont l'intelligence du jeu et la manière dont elle retranscrit la maladie sont très touchantes.

Une vie démente est à voir ici pour 2,99 € en location.

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Impressionnante plongée dans l'univers de Proust

Publié le par Michel Monsay

Impressionnante plongée dans l'univers de Proust

À l’occasion du centième anniversaire de la mort de Marcel Proust, vient de se finir à la Bibliothèque nationale de France, Marcel Proust, la fabrique de l'œuvre, une exposition conçue comme une véritable traversée d'À la recherche du temps perdu. Conduisant le visiteur à travers les étapes de la composition du roman, elle raconte la fabrique de l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature à travers près de 370 documents, – manuscrits, tableaux, photographies, objets, costumes –, issus de l’exceptionnel fonds Proust de la Bibliothèque et d’autres collections publiques ou privées. Cette exposition, avec ses très nombreux manuscrits et leur légendaire lot d’ajouts à n’en plus finir, a pu montrer l’envergure du travail, le geste ou plutôt les gestes de l’écrivain, qui multipliait les brouillons, les essais, les expériences d’une même phrase, d’un même passage, faisant de La Recherche une sorte de monstre tentaculaire. Ou en tout cas un organisme mouvant, toujours vivant, puisqu’au fond jamais vraiment fini, toujours en cours de réécriture perpétuelle. Proust vivait dans un labyrinthe de papiers, avec autour de son lit, des masses de feuilles et de carnets… Il retrouvait pourtant sans mal tel ou tel passage écrit des années auparavant. Cette passionnante exposition comportait de très beaux tableaux de Van Dongen, Berthe Morisot, Renoir, Monet,... et le fameux portrait de Proust par Jacques-Emile Blanche, mais aussi des dessins et des photos qui offrent des respirations bienvenues, autant qu’elles éclairent l’époque, la biographie de l’écrivain et ses inspirations. Le parcours de l'exposition était à l’image d'A la recherche du temps perdu, sinueux, labyrinthique, zigzaguant entre la vie et la fiction. Reprenant l’ordre des volumes, la présentation permettait, salle par salle de voir se déployer avec clarté l’arc narratif de La Recherche, pour en repérer ses principales articulations, remonter à la source de ses épisodes emblématiques, et au final rendre vivante la construction d'une œuvre aprmi les plus importantes de la littérature mondiale.

Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust
Impressionnante plongée dans l'univers de Proust

Publié dans Expos

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Sur la réforme des retraites

Publié le par Michel Monsay

Sur la réforme des retraites
Sur la réforme des retraites

La meilleure pancarte de la manifestation du 19 janvier, et un dessin toujours d'actualité du très regretté Charb, assassiné en janvier 2015 dans les locaux de Charlie hebdo.

Publié dans Chroniques

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Humour et autodérision au programme

Publié le par Michel Monsay

Humour et autodérision au programme

Avec son scénario abracadabrant et ses personnages sévèrement détraqués, The Suicide Squad représente ce que la BD filmée peut nous offrir de plus rafraîchissant. Chaque minute de ce film coûte une fortune. Aucune n'est sérieuse. Jugez plutôt : l'un des héros est un gros requin qui marche sur deux pieds, porte un maillot de bain et parle avec la voix de Sylvester Stallone. Il espère se faire passer pour un humain en s'affublant d'une fausse moustache. Il y a aussi une ado taciturne qui ne fait que dormir et se bat en convoquant une armée de rats. Ou alors un garçon boutonneux qui fait gicler de son corps des pastilles fluorescentes explosives, tout en assumant son complexe d’œdipe. Bien entendu, la reine de la Suicide Squad est le personnage de Harley Quinn, campée par la délirante Margot Robbie. Au revolver, au javelot ou à mains nues, cette superbe lolita dégénérée zigouille tout ce qui bouge, avec la joie d'une fillette qui démembre des poupées. Derrière sa folie, The Suicide Squad est soutenu par la tendresse du réalisateur pour sa monstrueuse parade. Ce film d'anti-superhéros déviants est drôle, inattendu, on aime ces personnages et cette façon de jouer avec les clichés, ou de balancer des références à Ratatouille, Alien ou Godzilla

The suicide squad est à voir ici pour 1,99 € en location.

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Un huis-clos captivant

Publié le par Michel Monsay

Un huis-clos captivant

Le talentueux duo créateur de la série The Americans adopte le format minisérie pour théoriser sur la psychanalyse et la judéité avec The patient. Un huis-clos suffocant, parfaitement découpé en dix épisodes d’une trentaine de minutes. Épisodes serrés, froids et glaçants, dans une mise en scène ayant recours au hors champ pour mieux ciseler une anxiété au scalpel. Dans un face-à-face qui peut rappeler Misery le roman de Stephen King, la conversation qui se noue entre un thérapeute et un tueur en série embrasse un champ bien plus vaste que le seul suspense relatif à la survie ou non du premier. Depuis Foxcatcher, on savait que le registre de Steve Carell s’étendait bien au-delà de la comédie. Avec ses dix épisodes presque tout entiers voués au dévoilement de la psyché de ses deux personnages, The Patient lui permet d’entrer dans les moindres détails de la personnalité de ce thérapeute, ce qu’il fait avec une virtuosité et une intensité inouïes. Domhnall Gleeson, fils de l'excellent Brendan Gleeson que l'on peut voir actuellement dans Les Banshees d'Inisherin, parvient à préserver l'humanité de son personnage sans jamais défendre son aspect sociopathe. Il en fait un garçon gauche, immature, dépourvu de la démesure ou de la séduction que la fiction prête souvent aux tueurs en série. Ce thriller aux accents philosophiques est une histoire fine et crue, qui explore l’âme humaine jusque dans ses tréfonds et sait entretenir le suspense, grâce à une mise en scène intelligente et deux acteurs impressionnants.

The patient est à voir ici sur Disney + pour 8,99 €, abonnement d'un mois sans engagement.

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Une tragicomédie cruelle et déchirante

Publié le par Michel Monsay

Une tragicomédie cruelle et déchirante

Pour son quatrième film, Martin McDonagh, à qui l'on doit la délirante comédie noire Bons baisers de Bruges et plus récemment l'excellent 3 billboards : les panneaux de la vengeance, vient d'être récompensé aux Gloden globes en remportant trois prix : Meilleure comédie, classification bizarre vu que Les Banshees d'Inisherin est plus proche du drame que de la comédie, meilleur scénario et meilleur acteur pour Colin Farrell, ces deux derniers prix ont aussi été attribués au film à la Mostra de Venise. Drôle, tragique, absurde, grinçant, pathétique, tendre, ce récit d’une amitié dévorée par le temps est un blues celte au cœur de paysages magnifiques sur une île irlandaise. Après avoir tourné en Belgique puis aux États-Unis, le cinéaste et dramaturge revient sur les terres de ses ancêtres pour nous raconter cette histoire d'amitié brisée du jour au lendemain, qui se déroule en 1923, comme un écho à la guerre civile en Irlande que l'on entend gronder ponctuellement en arrière-plan. On est au pays des songes, avec des collines d’une grande beauté, des visages crevassés par le vent, une mer qui ressemble à un chaudron de cuivre en fusion. C’est gai, c’est triste, c’est humain, profondément. Martin McDonagh interroge le mythe des artistes torturés qui utilisent la création comme excuse pour justifier leur tyrannie, tout en sondant l'orgueil, la culpabilité, la solitude, et l'ambition. Par souci d’authenticité, le cinéaste a opté pour un casting 100 % irlandais, avec à sa tête le duo de Bons baisers de Bruges, Colin Farrell et Brendan Gleeson, qui se montrent, chacun dans son registre, exceptionnels dans leur voyage absurde de la tendresse à la haine. Cette fable étonnante nous raconte la pulsion de destruction qui traverse parfois les hommes, l'angoisse du temps qui s'écoule, mais aussi d'une vie qui passe sans laisser de trace. Le cinéaste nous emmène loin dans l’exploration de la nature humaine sur cette île hors du temps.

Publié dans Films

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