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Robert Capa, un photographe engagé et un destin romanesque

Publié le par Michel Monsay

Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
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Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque

Le Musée de la Libération de Paris consacre une exposition à Robert Capa, figure du photoreportage de guerre. De celle d’Espagne au Débarquement en Normandie, de la Libération de Paris jusqu’à l’Indochine, Robert Capa n’est pas seulement un témoin, il est un acteur de l’image, un homme engagé traversant son époque avec une vision humaniste. Immigré hongrois d’origine juive, il s’impose comme l’un des grands noms du photojournalisme en affrontant le danger pour capter l’intensité des combats. L’exposition s’attache autant à raconter son parcours qu’à dévoiler les mécanismes qui ont construit sa légende : choix du cadrage, sélection des images, montage éditorial, diffusion médiatique… Autant d’éléments qui façonnent notre perception des conflits. L’exposition donne accès à un ensemble de documents originaux : planches-contacts, tirages rares comme celui du premier Roch Hachana célébré dans une synagogue de Berlin en 1945, archives éditoriales, notes et objets personnels, photos en couleur. Inventeur d’un style direct et immersif, Capa a imposé une nouvelle manière de couvrir la guerre, au plus près de l’action, au risque de sa vie. Son personnage s’est construit autour d’un mythe, celui du photographe audacieux et insouciant, il en est mort à 40 ans durant la Guerre d'Indochine. Ses photographies interrogent la réalité toujours actuelle du métier de reporter de guerre et le danger inhérent au fait de témoigner des conflits. En 2024, cinquante-quatre journalistes ont encore perdu la vie dans l’exercice de leur mission, pour la plupart dans des zones de conflit.  Les engagements antifascistes de Capa prédominent son travail et son flair de photographe le guide. Il est dans l'action, là où il faut être, des plages de Normandie jusqu'à Bayeux, puis Chartres et il remonte vers Paris en ces mois de 1944, mais son humanisme ne le quitte pas. Preuve avec cette femme, une tondue de la Libération. C'est l'épuration, quand certains Français poursuivent de leur haine les femmes qui ont couché avec l'allemand. Capa s'éloigne d'elle et capte cette scène d'une foule et d'une accusée, son enfant sur les bras : Coupable de dénonciations et de collaborations ? Mère sacrifiée par l'Histoire ? Simone Touseau avait 23 ans. La force du photographe : ne pas juger cette jeune femme, ni cette foule mais poser en image les inextricables questions. Mais Capa ne serait pas Capa sans le personnage romanesque et flamboyant qu'il fut, ami d'Hemingway, de Steinbeck, amant d'Ingrid Bergman, il a cofondé la célèbre agence Magnum en 1947 pour que les photographes restent propriétaires de leurs images, contrôlent les légendes et interdisent les recadrages manipulateurs. À la fin de l'exposition, un étonnant montage d'archives cinématographiques nous montre Robert Capa en action durant la Libération de Paris et la liesse qui s'en suivit, un photoreporter qui n'a jamais trahi sa ligne, celle d'un exilé, d'un antifasciste, et d'un homme qui croyait que l'image pouvait changer le monde.

Robert Capa, photographe de guerre est à voir jusqu’au 20 décembre au Musée de la Libération de Paris.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première et faites défiler avec les flèches.

Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
Robert Capa,  un photographe engagé et un destin romanesque
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal

Publié le par Michel Monsay

Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal

À la croisée de la bande dessinée, de la peinture et du cinéma, Enki Bilal a construit une œuvre unique et visionnaire. Désormais, cet univers trouve un point d’ancrage permanent avec l’ouverture d’un fonds au nom de son créateur au cœur de la capitale. Ce nouvel espace inaugure ses activités avec une vaste rétrospective qui retrace le parcours d’un artiste qui occupe une place à part dans le paysage culturel français. Auteur de bande dessinée devenu peintre, cinéaste, scénographe et observateur aigu des bouleversements du monde contemporain, Enki Bilal a fait sortir le neuvième art de ses cases habituelles pour l’installer dans les musées et les centres d’art. Pour inaugurer ce nouveau lieu, une vaste rétrospective rassemble plus de 200 œuvres : planches originales, peintures, dessins, sculptures et extraits de films. Ses récits d’anticipation, souvent qualifiés de prophétiques, interrogent la guerre, les nationalismes, l’environnement ou encore les mutations technologiques. Marqué par son enfance dans la Yougoslavie de Tito, Enki Bilal scrute depuis plus de 50 ans dans son œuvre les dérives politiques, les fragilités démocratiques, et s’inquiète ces dernières années de l’accélération de notre société, et de l’addiction au numérique. À l'aube du XXIe siècle, Enki Bilal a opéré une évolution fondamentale dans sa manière de travailler. Délaissant la planche conçue comme un ensemble, le fabuleux dessinateur réalise désormais chaque case comme une peinture autonome, à l’acrylique ou au pastel, avant d’assembler la séquence et d’ajouter les textes. En plus d'avoir révolutionné le genre de la science-fiction, il a créé un univers graphique fascinant marqué par la grisaille et les éclaircies de rouge et de bleu. Un monde où le chaos, la violence et les dérives de notre monde contemporain deviennent une esthétique à part entière. Ce qui frappe dans cette très belle rétrospective, c’est l’étonnante actualité de ces visions, élaborées parfois plusieurs décennies auparavant. Enki Bilal n’a jamais conçu la science-fiction comme une échappatoire. Son matériau premier demeure l’information. Chaque crise, chaque conflit, chaque basculement géopolitique devient pour lui un point de départ vers une fiction d’anticipation. Derrière les visions sombres de son univers subsiste toujours la possibilité d’un sursaut, la conviction que l’humain conserve une capacité de résistance face au désastre. L’exposition met aussi en lumière son goût pour l’hybridation. Humains augmentés, corps transformés, créatures à la frontière de l’animal et de la machine, traversent ses œuvres. Derrière ces métamorphoses se dessine une réflexion constante sur les limites de la puissance humaine et les ambiguïtés du progrès technologique. Le maître de la BD d’anticipation de 74 ans présente l'ouverture de ce nouvel espace d'exposition muséal comme un acte de résistance face aux dangers menaçant l’art. On applaudit des deux mains pour l'initiative et le bonheur de se plonger dans les toiles et dessins de ce créateur de génie.

Exposition inaugurale Enki Bilal est à voir au Fonds Enki Bilal jusqu'au 1er novembre.

Pour voir les sublimes dessins et peintures d'Enki Bilal en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Fascinante immersion dans l'œuvre du génial Enki Bilal
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Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière

Publié le par Michel Monsay

Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière

Dans les années 1970, la photographe Madeleine de Sinéty s’est immergée dans la vie de paysans et d’ouvriers. D’un village breton à New York, elle a immortalisé des mondes aujourd’hui révolus. Une rétrospective lui est consacrée au Jeu de Paume, à Paris. Illustratrice de mode, elle travaillait au début des années 1970 pour des magazines féminins comme Marie Claire. Elle vivait à Paris avec son compagnon. En 1972, revenant seule des Côtes-d’Armor, fatiguée, elle prend une petite route et s’arrête pour la nuit dans un village en Ille-et-Vilaine : Poilley, cinq cents habitants. Après cette halte, elle décide, très vite, d’emménager dans le hameau, elle y restera huit ans. Elle se met alors à documenter de façon exhaustive, plus de 50 000 photographies, et avec une tendresse lumineuse, le quotidien de la vie rurale. C'est le cœur de cette très belle exposition, auquel s’ajoutent des séries inédites réalisées avant son installation et après son départ de Bretagne, en 1980. Un élargissement rendu possible grâce à l’envoi par conteneur, l’an passé, de quelque cent cinquante mille diapositives et négatifs stockés jusqu’alors aux États-Unis, dans le Maine, où elle s’est éteinte, victime d’un cancer du sein à 77 ans. Ce panorama complet de son œuvre, allant de ses premières photos prises dans le quartier de Montparnasse en pleine mutation, aux dernières réalisées aux États-Unis, montre le talent de cette autodidacte, amatrice de peinture et nourrie de références picturales, cultivant les clairs obscur ou des scènes bien composées, guidée par une ambition artistique, où elle utilise beaucoup la couleur, à une époque où les photographes français privilégient encore le noir et blanc. Fille d’un comte et d’une comtesse désargentés, Madeleine de Sinéty avait l’interdiction de visiter la ferme et de fréquenter les familles qui s’occupaient des bêtes autour du château familial. Il semble que la photographe ait consacré sa vie à transgresser cet interdit. Elle est une transfuge de classe à l’envers, et ne sera jamais dans une position surplombante par rapport à celles et ceux qu’elle photographie. Elle saisit sans les voler des moments de vie quotidienne et s’intéresse sans misérabilisme à des mondes en voie de disparition : les trains à vapeur, le vieux Paris, le village agricole breton de Poilley, le quartier des abattoirs de New York… Partout, cette femme, issue d’un milieu aristocratique qu’elle a rejeté, se lie aux gens du coin, se fait accepter. Son travail, jusqu’à sa mort en 2011, est resté confidentiel de son vivant, et pourtant il s’avère bouleversant à travers cette plongée dans une époque et une France rurale qui n’existent plus, mais qui renaît soudainement sous nos yeux grâce à la puissance d’interpellation des photos de Madeleine de Sinéty.

Madeleine de Sinéty, une vie est à voir au Jeu de Paume jusqu'au 24 septembre.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
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Madeleine de Sinéty, la tendresse en bandoulière
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Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis

Publié le par Michel Monsay

Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis

Près de deux ans après une première exposition couronnée de succès au Petit Palais, un nouvel accrochage met à l'honneur 75 artistes issus de la scène contemporaine du street art. L'exposition We are [still] here (nous sommes toujours là) s'installe dans la salle Concorde du musée et ponctuellement dans les collections permanentes, et dévoile près de 200 œuvres réalisées par de grands noms du street-art français et international. Ces cadors de l'art urbain dévoilent des installations monumentales et des œuvres plus discrètes, qui créent un dialogue nouveau et inattendu avec les chefs-d'œuvre des Beaux-Arts exposés dans le musée. Souvent, ces artistes sont aussi des créateurs engagés, qui utilisent leur art pour exprimer leur vision du monde, dénoncer des abus, faire entendre les voix des minorités. Dans cet art de la rue, on retrouve des œuvres profondes, aux multiples lectures. Inégalités et droits civiques, grands événements mondiaux, quête d'identité, revendication : l'exposition rappelle l'âme de cet art de rue, qui s'est développé des murs des quartiers populaires aux murs des plus grands musées parisiens. We Are [still] Here incarne la vitalité d’un mouvement global, puissant et multiculturel, profondément connecté à notre époque. Cette nouvelle fascinante exposition ancre le street art sur notre territoire, contribuant à faire de Paris le cœur de sa dynamique internationale.

We are [still] here est à voir au Petit Palais jusqu'au 20 septembre.

Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
Quand le Petit Palais propose une expo de street-art, on est conquis
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La peinture lumineuse de Károly Ferenczy

Publié le par Michel Monsay

La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
La peinture lumineuse de Károly Ferenczy

Né en 1862 et mort en 1917, Károly Ferenczy est un des artistes majeurs de la peinture hongroise. Il reste pourtant mal connu en France. La rétrospective au Petit Palais propose 140 toiles qui permettent de découvrir un artiste passionné par les scènes de nature et la représentation des corps, baignés de lumière. On y découvre des paysages vert dru où s’épanouit la vie en plein air, de multiples portraits familiaux, des scènes de baignade, quelques nus masculins ou féminins et des sujets bibliques. Car Ferenczy fait son miel de tous les sujets, empruntant un peu au naturalisme, flirtant avec l’impressionnisme, aimant l’art nabi, tout en restant lui-même. Un artiste cosmopolite au pinceau sensible, figure majeure de la modernité en Europe centrale, à la croisée des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Le parcours révèle un peintre profondément européen. Les toiles de jeunesse témoignent d’une fascination pour la nature, observée avec une précision presque tactile. L’une des réussites majeures de cette rétrospective est de montrer combien l’artiste dépasse le seul statut de peintre paysagiste auquel on l’a parfois réduit. Les portraits familiaux comptent parmi les œuvres les plus bouleversantes du parcours. L’épouse, les enfants, les proches apparaissent dans une intimité dépourvue de toute sentimentalité facile. Károly Ferenczy scrute les visages avec une attention presque psychologique, révélant les silences, les fragilités et les mystères qui habitent les êtres. Cette belle exposition rappelle que les innovations artistiques ne se sont pas uniquement élaborées à Paris, Londres ou Berlin, mais également dans ces foyers créatifs d’Europe centrale où se sont inventées d’autres réponses aux bouleversements de la fin de siècle. Peintre de la lumière mais aussi de l’intériorité, Károly Ferenczy apparaît comme l’un des plus subtils interprètes de cette modernité inquiète et lumineuse qui marque l’entrée de l’Europe dans le XXe siècle.

Károly Ferenczy, Modernité hongroise est à voir au Petit Palais jusqu'au 6 septembre.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

La peinture lumineuse de Károly Ferenczy
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Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse

Publié le par Michel Monsay

Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse

C’est peu dire que Lee Miller a eu plusieurs vies : modèle photo, mannequin, photographe avec les surréalistes, photographe d'art, portraitiste, photographe de mode, puis photographe de guerre… La très belle exposition au Musée d’Art moderne de Paris est l’occasion de découvrir tout cela et d'apprécier la richesse et la précision de son travail. À travers un parcours de 248 photographies, la plus importante rétrospective en France, dont 173 d'époque, des pièces rares, des tirages pour la plupart réalisés par Lee Miller elle-même, où on s'aperçoit que la photographe ne se contentait pas d'appuyer sur le déclencheur, elle développait, tirait, et maîtrisait chaque étape. Lee Miller et Man Ray. Pendant trop longtemps, le nom de la première a été accolé au second. Comme si elle n'avait existé qu'en satellite d'un astre plus brillant. L'exposition en finit avec cette vision réductrice et replace Lee Miller là où elle doit être : au cœur du modernisme photographique naissant. Avant cela, sa beauté, son indépendance et sa fougue font d’elle la mannequin la plus prisée de New York. Farouchement indépendante, elle abandonne le mannequinat new-yorkais pour Paris où elle devient photographe. Son Rolleiflex sous le bras, elle pose un regard cru sur le monde. Après avoir été modèle, elle passe donc de l’autre côté de l’objectif et ouvre son propre studio photo. Son œil interpelle. Elle se lie au magazine Vogue et parallèlement est exposée aux côtés des plus grands artistes de l’époque, tels que Germaine Krull et Brassaï. Correspondante de guerre pour Vogue, Lee Miller aurait pu être cantonnée à l'arrière, à cette époque, être femme suffit pour se voir fermer certaines portes. Or, c'est cette contrainte qui forge la singularité de son regard. Là où ses confrères masculins courent après l'héroïsme et les images spectaculaires, elle s'arrête sur les détails, les visages des femmes, l'envers du décor. Ce sont souvent des cadrages simples, mais qui vont avoir une force et une poésie qui lui sont tout à fait propres. Pourtant, cette apparente sobriété n'atténue rien : En s'attachant aux détails, elle fait surgir toute la violence, toute la cruauté de la guerre, mais avec un autre vocabulaire. Et puis, il y a ce fameux autoportrait dans la baignoire d'Hitler, symbole de provocation et de libération face à l’inhumanité nazie : "Je me suis lavée de la boue de Dachau dans la baignoire d’Hitler", dira-t-elle. La guerre terminée, Lee Miller est célébrée, puis elle reprend sa collaboration avec Vogue et continue à faire le portrait d'artistes amis comme Picasso, mais quelque chose s'est fissuré. Les images des camps de concentration qu'elle a photographiés ne la quittent plus. Cette passionnante exposition évoque toutes les périodes de la vie de cette femme, éminemment libre, et stupéfiante par son talent, son courage et sa capacité à se réinventer.

Lee Miller est à voir au Musée d'art moderne de Paris jusqu'à dimanche 2 août.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
Fabuleuse Lee Miller, de mannequin magnétique à photographe intrépide et si talentueuse
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Les flamboyants derniers feux d’un géant de l’art moderne, Matisse

Publié le par Michel Monsay

Les flamboyants derniers feux d’un géant de l’art moderne, Matisse
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Quelque 300 œuvres réalisées par le peintre au crépuscule de son existence ont été rassemblées dans la très belle exposition Matisse, 1941-1954. Un parcours rythmé par des compositions célèbres et inédites, qui en disent autant sur sa géniale inspiration que sur sa riche personnalité. Provenant de nombreux musées français et étrangers, mais aussi de collections particulières, ces œuvres, rarement vues en France pour nombre d'entre elles, éclairent d’un jour nouveau son intense période de créativité durant la dernière partie de sa vie, qui n'a jamais fait l'objet d'une exposition. Il y a évidemment les papiers gouachés découpés, dont on a longtemps professé que seuls ceux-ci intéressaient Matisse à la fin de sa vie. Or, l’exposition tord le cou à cette idée reçue en montrant également 27 superbes tableaux qui n'ont rien à envier aux pièces maîtresses des décennies précédentes. Les Intérieurs de Vence (1947-1948) prouvent que Matisse n’a jamais délaissé le chevalet, mais qu’il a insufflé à ses toiles la même respiration et la même intensité colorée que dans ses papiers découpés. Ils sont simplement plus compliqués à réaliser par un corps martyrisé : en 1941, Matisse a subi une opération chirurgicale très lourde. Lui-même pensait ne pas y survivre. Pourtant, c’est ce qui advient et à 72 ans, il se sent renaître. La visite de l'exposition reprend peu ou prou les étapes qui vont conduire Matisse, après sa renaissance, vers son œuvre ultime. Cela passe par le dessin, au fusain, à l'encre ou au crayon, dont une centaine d'entre eux sont exposés, et certains sont magnifiques. Dans une rotonde, on retrouve les planches de l'album Jazz, où Matisse va y systématiser l’usage de la gouache découpée. Le geste de la découpe est fluide, et exécuté apparemment sans intention préalable, les formes qui en surgissent gardant une spontanéité qui déterminera le titre de l’album, une allusion aux improvisations des jazzmen. Il décide d’appliquer ensuite cette méthode à de plus grands formats, comme le très beau Polynésie, la mer, souvenir du voyage qu’il fit à Tahiti en 1930. D'autres papiers découpés marquants sont présents à l'exposition comme La tristesse du roi, La gerbe, Zulma, Danseuse créole ou les nus bleus. Dans ces années-là, il y aura encore parallèlement d'autres remarquables huiles comme le célèbre Grand intérieur rouge, ou Deux Jeunes Filles sur fond jaune et rouge ou Deux Fillettes, fond corail, jardin bleu, sans oublier les merveilleux vitraux qu'il réalise à la fin de sa vie, comme Nuit de Noël ou ceux de la chapelle du rosaire de Vence. Capable de chercher la lumière dans les temps les plus sombres, Matisse, travailleur acharné, poursuit, envers et contre tout, son ode à la nature et la vie, jusqu’à son dernier souffle. Caractérisée par une grande audace et une infinie liberté, la dernière période de la création de Matisse que célèbre cette passionnante exposition, est à l'image de ce que souhaitait le maître quatre avant sa mort : « J’espère qu’aussi vieux que nous vivrons, nous mourrons jeunes ».

Matisse, 1941-1954 est à voir jusqu'au 26 juillet au Grand Palais.

Les flamboyants derniers feux d’un géant de l’art moderne, Matisse
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Un éclairage passionnant du mythe Marilyn Monroe

Publié le par Michel Monsay

Un éclairage passionnant du mythe Marilyn Monroe
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Cent ans après sa naissance, Marilyn Monroe est célébrée dans une très belle exposition à la Cinémathèque française, en revenant sur sa carrière éclair et à la façon dont elle est devenue, plus qu'une actrice, le véritable sex-symbol du 20e siècle. Seulement 15 ans de carrière, mais 32 films, dont plusieurs sont aujourd’hui inoubliables, et un éclat qui ne pâlit pas. Mais plus qu’un hommage à la star mondiale des années cinquante, cette exposition entend s’intéresser à l’actrice qu’elle était, aux choix qu’elle a faits, aux obstacles qui se sont dressés sur sa route, à commencer par le rouleau compresseur des studios hollywoodiens, fabrique à sex-symbols, et aussi aux regards qui se sont posés sur elle. Loin de l'image d'une starlette passive, Marilyn Monroe a bâti son talent par un travail acharné, débutant sa formation à l'Actors Laboratory de Los Angeles avant de rejoindre l'Actors Studio sous la direction de Lee Strasberg. Son apprentissage, à la fois théorique et pratique, incluait l'étude de la méthode Stanislavski, des cours d'escrime, d'histoire du théâtre, de chant et de danse avec le chorégraphe Jack Cole. Elle a également collaboré avec Mikhaïl Tchekhov et la danseuse Lotte Goslar pour parfaire sa présence physique et sa démarche unique. Cette exigence technique lui a permis de déconstruire son image de « blonde idiote », notamment dans le film Bus Stop où elle prouve son génie en interprétant délibérément une médiocre chanteuse de cabaret. Pas de sophistication inutile dans la scénographie chronologique de l'expo, de ses débuts en tant que pin-up à ces photos de paparazzi en noir et blanc de sa chambre, si peu luxueuse, de ce lit aux draps froissés où son corps fut retrouvé une nuit d’août 1962 à côté d’une table de nuit croulant sous les barbituriques. Rien d’artificiel pour égrener chaque étape de sa courte vie, de sa courte et si dense carrière, mais, à chaque fois, dans chaque salle, une volonté acharnée de retourner ce regard masculin qui cloua Norma Jean Baker comme un papillon à la pellicule. Plusieurs écrans géants sont disséminés proposant un florilège de magnifiques extraits, d'où ressort la sensibilité de l'artiste et l'évolution de son jeu film après film. L’exposition passionne aussi par ce parti pris de mise en contexte, sa volonté de montrer Marilyn comme une femme de son époque, avec des curiosités intellectuelles de son temps, mais aussi par son refus de s’attarder sur sa vie sentimentale, préférant, encore et encore, s’attacher à ses performances d’actrice, comme reflet de son talent mais aussi de ses états psychologiques au cœur d’un système qui la popularise et la réprime en même temps. Se dessine donc la femme derrière l’icône, et s’impose l’intelligence de l’interprète, qui ne cesse d’être inspirante 64 ans après sa mort. On sort de cette exposition riche et clairvoyante encore plus admiratifs de celle dont le mythe ne pourra jamais être piétiné.

L'exposition Marilyn Monroe est à voir à la Cinémathèque française jusqu'au 26 juillet.

Un éclairage passionnant du mythe Marilyn Monroe
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Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf

Publié le par Michel Monsay

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Bien sûr, il y a ses jungles. Ce monde luxuriant de feuilles et de branchages enchevêtrés, de végétaux exubérants comme jaillis d’un rêve. C’est dans ce costume de peintre d’un exotisme fantasque et fantasmé, facilement qualifié de naïf qu’on a souvent enfermé Henri Rousseau (1844-1910). Mais l’arbre cache parfois la forêt, et les siennes, assurément fascinantes, ont occulté le répertoire plus vaste de cet opiniâtre autodidacte qui avait fait profession d’artiste comme on entre en religion. À travers une cinquantaine d’œuvres, le Musée de l’Orangerie montre que Rousseau ne peut être réduit à la peinture d'une jungle fantasmée. Au fil de sa brève carrière, le plus fameux douanier de l’histoire de la peinture, à ses heures fonctionnaire à l’octroi de Paris, à la trajectoire atypique et au style inclassable, aura largement varié les formes et les formats. Alignant tout à la fois d’imposants portraits de femmes ou d’enfants dans des décors verdoyants, des paysages périurbains en pleine mutation industrielle, des allégories comme La Guerre, ce tableau célèbre, dont la puissance sauvage est intacte, avec cette cavalière à l'allure enfantine qui survole un champ de cadavres dans une forêt ravagée, une lame dans une main et dans l'autre un flambeau. C'est un tableau très grand, qui fait basculer l'exposition dans une autre dimension : Rousseau entre dans la cour des grands. C’est Guillaume Apollinaire, promoteur acharné du travail de l’ancien douanier dont il avait été l’ami, qui avait aiguillé l’attention du marchand d’art Paul Guillaume. Ce dernier, qui exposait Picasso, Matisse ou Modigliani, avait perçu chez cet autodidacte l’essence d’un moderne. Modernité éclatante d’un contrebandier de la peinture qui avait développé un vocabulaire unique, mettant le monde à plat, balayant la perspective et nourrissant une inventivité aussi foisonnante que ses forêts tropicales. De la fin de ce siècle colonialiste, il avait saisi le goût pour l’exotisme et les ailleurs fantasmés, qui traversent des jungles fabuleuses, édens aux fleurs surnaturelles ou inquiétants lieux de combat de bêtes féroces. Derrière le mythe du grand voyageur, Henri Rousseau n’aura en réalité jamais quitté le sol français, de sa naissance en Mayenne à sa mort, dans l’indigence d’une fosse commune parisienne, alors que ses tableaux se vendront par la suite à des sommes astronomiques. Mais à l'initiative de l'Association des amis d'Henri Rousseau, sa dépouille est transférée à Laval, sa ville natale, dans le jardin de la Perrine où il repose toujours. Sur sa pierre tombale est gravée une longue épitaphe d'Apollinaire, et le peintre est figuré de profil dans un médaillon en bronze, œuvre du sculpteur Constantin Brancusi. Deux de ses chefs-d'œuvre, présents à cette belle exposition, appartiennent aux plus grand musées du monde : La fabuleuse Bohémienne endormie est au MOMA de New-York, et la fascinante Charmeuse de serpents au Louvre.

Henri Rousseau, l’ambition de la peinture est à voir au Musée de l'Orangerie jusqu'au 20 juillet.

Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Henri Rousseau, la foisonnante inventivité d’un artiste tout sauf naïf
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L’amour des hommes et de la terre sublimé par le regard d'un immense photographe

Publié le par Michel Monsay

L’amour des hommes et de la terre sublimé par le regard d'un immense photographe

Paris célèbre la mémoire du grand photographe Sebastião Salgado, disparu il y a un an, dans une exposition hommage à l'Hôtel de Ville, avec près de 200 œuvres réunies pour retracer l’itinéraire d’un artiste dont l'objectif aura marqué l’histoire de l’image contemporaine. Né au Brésil, parisien d’adoption depuis 1969 pour fuir la dictature, infatigable voyageur, il a consacré sa vie à montrer au monde la beauté de la terre et des hommes, y compris les plus vulnérables, cherchant à mettre en exergue la dignité de créatures ballotées par la folie de certains des leurs, faiseurs de guerres et de désastres. Portraits, scènes de labeur, paysages monumentaux, les grandes séries emblématiques de Sebastião Salgado, dans un superbe noir et blanc contrasté, révèlent les multiples facettes de la carrière et de la vie d’un homme engagé : guerres de décolonisation en Afrique, sécheresse et famine au Sahel, Amérique latine profonde des années 80, mines d’or du Brésil, guerre du Golfe, beauté du monde sauvage au plus près des origines, entre autres. Au-delà de l’artiste mondialement reconnu, l’exposition dont la scénographie a été réalisée par sa femme, avec laquelle il avait fondé sa propre agence après avoir travaillé pour Sygma, Gamma et Magnum, met en lumière un homme profondément attaché aux valeurs humanistes, défenseur d’un monde plus juste et écologiquement durable. Dès l'entrée de l'exposition, le visiteur tombe face à une image de toute beauté au format XXL d’un groupe de Waura sur leur barque en train de pêcher sur un lac au Brésil où la brume et le soleil à contrejour dessinent leurs silhouettes. On poursuit le parcours dans un entrelacs de chemins bordés d’une sélection de tirages d'images puissantes et magnifiques, qui ne sont pas uniquement des belles photos ou un récit, mais toute la vie de Sebastião Salgado, comme il le disait. Il y a même un tunnel immersif imitant une forêt tropicale. On découvre aussi à l'occasion de cette très belle exposition son engagement pour la planète, avec la création de Instituto Terra, projet colossal de reforestation au Brésil. Leur initiative a permis de replanter 3,5 millions d’arbres pour faire renaître la forêt, elle est devenue aujourd’hui un modèle mondial. Membre de l'Académie française des Beaux-Arts et membre honorifique de l'Académie américaine des arts et des lettres, ce génial photographe était aussi un grand Monsieur.

Sebastião Salgado est à voir à jusqu'au 6 juin, à la Salle Saint-Jean, au sein de l’Hôtel de Ville de Paris.

L’amour des hommes et de la terre sublimé par le regard d'un immense photographe
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