Robert Capa, un photographe engagé et un destin romanesque
Le Musée de la Libération de Paris consacre une exposition à Robert Capa, figure du photoreportage de guerre. De celle d’Espagne au Débarquement en Normandie, de la Libération de Paris jusqu’à l’Indochine, Robert Capa n’est pas seulement un témoin, il est un acteur de l’image, un homme engagé traversant son époque avec une vision humaniste. Immigré hongrois d’origine juive, il s’impose comme l’un des grands noms du photojournalisme en affrontant le danger pour capter l’intensité des combats. L’exposition s’attache autant à raconter son parcours qu’à dévoiler les mécanismes qui ont construit sa légende : choix du cadrage, sélection des images, montage éditorial, diffusion médiatique… Autant d’éléments qui façonnent notre perception des conflits. L’exposition donne accès à un ensemble de documents originaux : planches-contacts, tirages rares comme celui du premier Roch Hachana célébré dans une synagogue de Berlin en 1945, archives éditoriales, notes et objets personnels, photos en couleur. Inventeur d’un style direct et immersif, Capa a imposé une nouvelle manière de couvrir la guerre, au plus près de l’action, au risque de sa vie. Son personnage s’est construit autour d’un mythe, celui du photographe audacieux et insouciant, il en est mort à 40 ans durant la Guerre d'Indochine. Ses photographies interrogent la réalité toujours actuelle du métier de reporter de guerre et le danger inhérent au fait de témoigner des conflits. En 2024, cinquante-quatre journalistes ont encore perdu la vie dans l’exercice de leur mission, pour la plupart dans des zones de conflit. Les engagements antifascistes de Capa prédominent son travail et son flair de photographe le guide. Il est dans l'action, là où il faut être, des plages de Normandie jusqu'à Bayeux, puis Chartres et il remonte vers Paris en ces mois de 1944, mais son humanisme ne le quitte pas. Preuve avec cette femme, une tondue de la Libération. C'est l'épuration, quand certains Français poursuivent de leur haine les femmes qui ont couché avec l'allemand. Capa s'éloigne d'elle et capte cette scène d'une foule et d'une accusée, son enfant sur les bras : Coupable de dénonciations et de collaborations ? Mère sacrifiée par l'Histoire ? Simone Touseau avait 23 ans. La force du photographe : ne pas juger cette jeune femme, ni cette foule mais poser en image les inextricables questions. Mais Capa ne serait pas Capa sans le personnage romanesque et flamboyant qu'il fut, ami d'Hemingway, de Steinbeck, amant d'Ingrid Bergman, il a cofondé la célèbre agence Magnum en 1947 pour que les photographes restent propriétaires de leurs images, contrôlent les légendes et interdisent les recadrages manipulateurs. À la fin de l'exposition, un étonnant montage d'archives cinématographiques nous montre Robert Capa en action durant la Libération de Paris et la liesse qui s'en suivit, un photoreporter qui n'a jamais trahi sa ligne, celle d'un exilé, d'un antifasciste, et d'un homme qui croyait que l'image pouvait changer le monde.
Robert Capa, photographe de guerre est à voir jusqu’au 20 décembre au Musée de la Libération de Paris.
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