Un film percutant sur un #MeToo espagnol avant l’heure
La talentueuse cinéaste espagnole Icíar Bollaín ainsi que ses comédiens Mireia Oriol et Urko Olazabal, tous deux extrêmement justes, réussissent avec brio à retranscrire des mécanismes pernicieux, toujours difficiles à rendre tangibles, de l'emprise et du harcèlement sexuel. Le film est inspiré du drame vécu par Nevenka Fernández en 1999, qui finira par intenter un procès retentissant à son bourreau, Ismael Alvarez, le maire de Ponferrada, en Espagne. Ce fut le premier cas de #MeToo politique dans ce pays, bien avant le début du mouvement. Icíar Bollaín signe une mise en scène minutieuse pour montrer l'évolution du verbe d'Ismael qui se fait de plus en plus violent envers Nevenka. Elle filme les "non" de la jeune femme à des moments charnière de son récit, que l'on voit progressivement dépérir à l'écran. Le regard de la jeune femme se fait hagard, fuyant : la caméra s'appesantit sur son attitude corporelle, sur ses mains qu'elle triture ou quand elle tente de disparaître au milieu d'une pièce. Elle se retrouve bientôt aux portes de la folie, persuadée qu'elle n'a aucune chance de convaincre les autres qu'elle est harcelée par un homme de pouvoir, puissant, manipulateur, asservissant les institutions pour imposer son crime. Icíar Bollaín réussit ici un film important sur le harcèlement et les violences morales et sexuelles, qui pointe intelligemment du doigt la cruelle relativité de la solidarité féminine, et met en évidence les conséquences physiques, psychologiques, comme parfois sociales, à tel point qu’il faut avoir une force incroyable pour les affronter, à l’image de cette bouleversante Nevenka. La cinéaste décompose avec une précision glaçante la mécanique du pouvoir et de la violence patriarcale vers une dérive manipulatrice. C’est tout un processus d’altération de ce qu’est le personnage central qui s’illustre graduellement, pour nous ouvrir les yeux. Le basculement de la souffrance psychologique à la terreur physique est radicalement impressionnant, preuve de la force du ressenti qui traverse ce film où la compassion est mise au service de la lucidité. Le courage de Nevenka y résonne aussi à travers la détermination de la réalisatrice, qui s’implique intensément et démontre sa volonté d’aider le combat réparateur des femmes meurtries. Son film illustre magistralement ce que signifie être sous emprise.
L'affaire Nevenka est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.
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