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Encore un piteux exemple de la droitisation extrême des élus LR

Publié le par Michel Monsay

Encore un piteux exemple de la droitisation extrême des élus LR

Le sens du timing est glaçant. À peine cinq jours après les obsèques de Nahel, tué par un tir policier mardi 27 juin à Nanterre, Valérie Pécresse a débaptisé le lycée Angela-Davis de Saint-Denis (93) pour le renommer Rosa-Parks, contre la volonté du conseil d’administration de l’établissement, des parents, des élèves et du ministre de l’Éducation nationale. Alors que les braises de la colère sont encore chaudes, ce coup de force nauséabond de la présidente de la Région Île-de-France sonne non seulement comme une ineptie, mais comme une provocation contre la jeunesse des quartiers populaires qui pleure la mort de l’un des siens. Au nom de quoi ? « Les différents propos d’Angela Davis critiquant la laïcité et la législation françaises nous amènent à proposer une modification de la dénomination de cet établissement », déclarait la Région en mars dernier. En ligne de mire, notamment, une tribune de 2021, signée par l’icône américaine des droits civiques et près de six cents universitaires de divers pays, dénonçant la « mentalité coloniale qui se manifeste dans les structures de gouvernance de la France », en particulier vis-à-vis des citoyennes et citoyens et des immigrés racisés. Oser critiquer un racisme systémique, en France, issu du colonialisme : voilà donc le principal reproche adressé à Angela Davis. Qui a surtout le tort d’être vivante et de continuer de s’exprimer, à la différence de Rosa Parks (morte en 2005), autre figure non moins radicale de l’antiracisme et pourtant présentée par la Région comme « un exemple et un modèle ». Pécresse instrumentalise ce lycée pour donner des gages à son électorat dans la course à la surenchère avec l’extrême droite, qu'elle mène avec Ciotti, Wauquiez et consorts. En rejetant cette icône, il s’agit ici de répondre au wokisme présumé d’un nom en le remplaçant par un autre jugé plus consensuel. Alors que le gouvernement exhorte les parents des quartiers populaires à garantir le calme, jeter ainsi de l’huile sur le feu, c'est totalement irresponsable.

Publié dans Chroniques

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Blockbuster magistral dans une nature sublimée et menacée par un impérialisme écocide

Publié le par Michel Monsay

Blockbuster magistral dans une nature sublimée et menacée par un impérialisme écocide

S’appuyant sur un univers onirique où s’affirme une volonté de préserver la nature, James Cameron signe un époustouflant blockbuster esthétique, écologique et humaniste. Le cinéaste aime l’innovation et les effets spéciaux. Preuve en est sa filmographie, de Terminator à Titanic en passant par Aliens le retour, True Lies, Abyss , et le premier volet d’Avatar, James Cameron s’est imposé comme un maître du cinéma à grand spectacle. La double prouesse d'Avatar : La Voie de l’eau réside dans ce paradoxe : rien n’a changé, et pourtant, tout a changé. L’héritage du premier film est toujours aussi prégnant, et la sensation d’être en terrain connu confirme à quel point la révolution de 2009 a été en avance sur son temps. Néanmoins, par une simple cicatrice sur la peau d'un personnage, par la subtilité d’une expression faciale et par la richesse photoréaliste du moindre centimètre carré de décor, Avatar 2 redéfinit la notion de cinéma virtuel. Tout est dans le sens du détail, quasi indiscernable et sublime, qui se dégage de chaque image, pour insuffler la vie dans les corps de ces extraterrestres numériques. La technologie, bien que flamboyante, s’efface au profit de ce qui a toujours été la priorité du cinéaste : la limpidité de ses images en mouvement, de leur enchaînement, et de la narration qu’elles servent. La beauté sidérante des séquences sous-marines, dont la qualité du rendu n’a d’égal que la richesse de sa faune et de sa flore, nous rappelle la passion de James Cameron pour l'océan et ses profondeurs. Cet Avatar confirme son savoir-faire et la richesse de son univers formel. Il emprunte à plusieurs genres : western, fable écologique, documentaire animalier, film de guerre. La Voie de l’eau est un peu un mix 2.0 entre La Horde sauvage (Peckinpah), La Forêt d’émeraude (Boorman), Le Monde du silence (Malle et Cousteau), percuté par le Moby Dick de Melville. Si Cameron a l’art de faire du neuf avec du vieux, il l’accommode à sa sauce pour le transformer en menu 3 étoiles, certifié bio. Au western classique dans lequel Hollywood a, jusqu’aux années 1970, donné le mauvais rôle aux Indiens, il substitue un récit alternatif, où les méchants sont des Yankees. Un petit coup de griffe du Canadien Cameron au grand frère envahissant états-unien. Il avait déjà égratigné la bonne société britannique dans Titanic. Avatar : La voie de l'eau confirme l’audace d’un cinéaste visionnaire, toujours un coup d’avance à Hollywood. De film en film, il repousse les limites de l’innovation technologique, renouvelant sans cesse l’invention des frères Lumière à la manière d’un Méliès des temps modernes. On savait James Cameron capable de nous ébahir à nouveau. On ne se doutait tout simplement pas du niveau d'excellence avec lequel il le ferait. Le projet pharaonique est réussi. Avec ses préoccupations environnementales de préservation du vivant, Cameron signe une épopée de plus de trois heures sidérante. Du grand spectacle qui rend métaphoriquement hommage à la beauté de notre planète bleue, à l’heure fatidique de l’effondrement des écosystèmes et de la disparition de milliers d’espèces, c'est la promesse d’un envoûtement collectif pour embrasser l’image idéale d’un monde déjà perdu. Ce film redéfini aussi ce qu'est le cinéma spectaculaire, quand le reste de la production se déploie dans la plus grande pauvreté formelle d’une image soumise à l’hommage permanent des franchises qu’il habite. On attendait de Cameron qu’il formule une réponse aux standards posés par Marvel. La démonstration est éclatante. Avatar : La voie de l'eau autorise le spectateur à s’oublier, à passer outre une prouesse technologique si omniprésente qu’elle devient évidente, naturelle. Cameron résout ainsi le grand paradoxe d’une fresque qui célèbre le vivant par l’exaltation du simulacre, prodigieux délire où le cinéaste n’embrasse le monde qu’à la condition d’en recréer le plus petit atome. Une véritable expérience sensorielle avec une rare cohérence et un résultat magnifique qui nous entraîne dans un voyage où il faut lâcher prise pour accepter l’inouï d’un monde inconnu.

Avatar : La voie de l'eau est à voir ici pour 1,99 € en location ou en VOD.

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Des dessins qui disent l'essentiel

Publié le par Michel Monsay

Des dessins qui disent l'essentiel
Des dessins qui disent l'essentiel
Des dessins qui disent l'essentiel

Pour finir, un détournement de photo ...

Des dessins qui disent l'essentiel

Publié dans Chroniques

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Passionnant voyage intérieur pour percer l'énigme

Publié le par Michel Monsay

Passionnant voyage intérieur pour percer l'énigme

Actrice fascinante par son physique, son regard, son aura trouble et bien sûr son talent, Charlotte Rampling se dévoile dans ce documentaire en forme d’autoportrait, qui s’appuie sur son journal intime. Beau portrait de cette artiste britannique dont le français est élégant et les confessions aussi troublantes que ses films aux personnages subversifs. Comment devient-on Charlotte Rampling, cette femme à la fois douce et menaçante, cette énigme qui vous attire au fond de l'image avec ses yeux vert mousse et ses paupières de légende ? Comment la fille d'un strict militaire anglais, médaillé olympique du 4 × 400 m aux JO de Berlin de 1936 et d'une peintre aussi gracieuse que volatile, est-elle devenue l'héroïne sulfureuse de tant de films ? Des Damnés de Visconti (1969) à Portier de nuit de Liliana Cavani (1974), en passant par La Chair de l’orchidée, de Patrice Chéreau, (1975), de Max mon amour de Nagisa Oshima (1986) à Swimming Pool de François Ozon (2003) pour ne citer qu'eux, elle danse délicatement, comme par inadvertance ou avec un sens inné du destin, sur la corde raide de la trans­gression et l'ivresse de la décadence. Charlotte Rampling a été surnommée « The Look ». Si clair, si lointain qu’il semble vous traverser en vous embrasant au passage, son regard est profondément déstabilisant. Et s’il y a un mystère Charlotte Rampling, il est contenu dans ses indéchiffrables prunelles… Repérée dans une rue du Swinging London, la jeune femme n’a pas eu le temps de jouir de l’insouciance de ses 20 ans. En 1966, le suicide de sa sœur aînée vient tout dévaster. Le documentaire identifie ce drame comme la matrice mortifère de toute son existence, et le cinéma comme une réponse visuelle dans une matière noire. Puisqu’il s’agit d’exorciser sa peine, elle se voue à des rôles subversifs et iconoclastes. Dans cette mise en danger permanente, l’actrice trouve son équilibre, toujours sur le fil. Jusqu’à l’arrivée au port dans le cinéma de François Ozon, avec lequel elle tourne quatre films. Dont le premier en 2000, Sous le sable, où le cinéaste offre à Charlotte Rampling le rôle suprême consistant à jouer ce qui précisément l’a hantée toute sa vie : une disparition. Ce très beau portrait signé Valérie Manns s’attache élégamment à lever le voile sur la présence paradoxale de cette actrice anglaise si continentale : timide et audacieuse, splendide et douloureuse, terriblement intense et fuyante à la fois.

L'énigme Charlotte Rampling est à voir ici ou sur le replay d'Arte.

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Un sourd et déchirant témoignage de souffrance et d’injustice

Publié le par Michel Monsay

Un sourd et déchirant témoignage de souffrance et d’injustice

Les frères Dardenne, cinéastes essentiels depuis La Promesse en 1996, fidèles à la morale et à la rigueur qui gouvernent toutes leurs fictions, racontent cette histoire terrible avec un sens de l'épure et une sobriété qui servent au mieux un récit tragiquement exemplaire. Un récit qui échappe aux pièges du didactisme comme à ceux, non moins redoutables, de l'angélisme et du misérabilisme. Dans cet univers brutalement contemporain où l'humanisme et la générosité sont foulés aux pieds, seule l'amitié indéfectible entre les deux jeunes personnages dessine une lueur d'espoir. Les cinéastes, sans une image de trop, mettent en scène ce sentiment de fraternité qui unit leurs protagonistes et qui leur permet, malgré les abominations de toutes sortes, de croire en des lendemains meilleurs. Qu’est-ce qui émeut tant dans Tori et Lokita ? Il y a tout d’abord cette évidente simplicité de ton et de regards posés sur deux enfants, une fille et un garçon d’origine africaine, des migrants, autant dire des parias. L’économie des mots tirant à l’épure, les ellipses, la force du hors-champ sont toujours bien présents dans ce film, des marques de fabrique essentielles des cinéastes belges tel le renouvellement de leur confiance en l’intelligence du spectateur. Pas besoin de montrer par le menu l’abjection de violences sexuelles, inutile de raconter le passé tourmenté des protagonistes. Ce sont de petits détails qui parlent, un plan, un mot ici ou là, une gestuelle ou une posture, un étonnement ou une hésitation, les situations encore, qui toutes, précisément, appellent à mieux voir, mieux entendre, mieux comprendre une réalité souvent niée, cachée, voire ignorée. Mais davantage, les frères Dardenne traitent dans Tori et Lokita d’un sentiment magnifique qui existe entre ces deux mômes malmenés, courant à perdre raison après leur destinée, étranglés par leurs réalités désespérées : ce besoin, cette nécessité rarement racontée au cinéma aussi finement jusqu’à présent, c’est celui de faire famille, de s’inventer une vie en se rassemblant, pour se rassurer, s’épauler, survivre, se sauver. Cette dimension porte le film à un point d’émotion insoupçonnée. S’il y a des œuvres qui touchent en premier lieu l’esprit pour finalement atteindre le cœur, Tori et Lokita fait superbement partie de celles-là. La loi du plus fort et l’exploitation du plus faible ont éradiqué l’innocence, la tendresse. Lesquelles subsistent entre Tori et Lokita, comme un trésor de contrebande, une solidarité magnifique et cependant menacée dans une vie qui les expose au pire. Leur souffrance est montrée pudiquement, exprimée à mi-voix, parce qu’elle ne fait aucun bruit et demeure invisible dans un monde qui ne veut rien entendre ni voir. Les frères Dardenne signent une fois encore un  scénario original d'une puissance qui serre le cœur pour stigmatiser une réalité contemporaine : l’immigration économique africaine en Europe. Lucides et courageux, ils réalisent un de leurs films les plus forts, Prix spécial du 75e Festival de Cannes, une récompense de plus à leur impressionnant palmarès.

Tori et Lokita est à voir ici pour 4,99 € en location ou sur toutes les plateformes de VOD.

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Magnifique album de l'éternel prince de la pop française

Publié le par Michel Monsay

Magnifique album de l'éternel prince de la pop française

Pour son nouveau chapitre discographique, le douzième depuis l’inaugural “Mythomane” en 1981, Étienne Daho signe un album plus immédiat que Blitz, aussi orchestral qu’Eden et mélodique que Corps et Armes, tout en replongeant dans l’inspiration malouine de La Notte, La Notte. Du Daho à la fois neuf et historique, imparable et profond. L'artiste navigue entre sa soif de nouveauté qui, à 67 ans, ne l’a pas quitté, et sa fidélité. Ainsi sur ce nouvel album, on retrouve aux crédits l’incontournable complice Jean-Louis Piérot, avec d’autres collaborateurs historiques, et des nouveaux venus comme le trio de Unloved ou Yan Wagner. Étienne Daho joue sur les deux tableaux quand il convoque sa filleule Calypso Valois aux chœurs, jeune chanteuse de la scène pop et fille de son amie Elli Medeiros. Il y a tout l'univers de l'artiste dans ce disque, écrit et enregistré dans ses trois villes de cœur : Saint-Malo, Londres et Paris. Trois villes qui l’ont toujours inspiré et fasciné. De Saint-Malo, le Breton aime l’austérité et le mystère. Il l’évoque directement dans plusieurs titres, et l’ambiance marine infuse l’album dans lequel il est aussi beaucoup question d'amour pour cet éternel amoureux, tour à tour sensuel ou tourmenté. Entre les studios d’Abbey Road, à Londres, et ceux de Motorbass à Paris, Étienne Daho continue de rester maître d’une pop ciselée entre samples électro et violons, claviers subtils et rythmes jungle, et il envoûte plus que jamais avec cette voix devenue si profonde avec le temps. Plus de quarante ans après ses débuts, Étienne Daho nous embarque pour une formidable échappée fiévreuse aux inflexions sixties, convoquant comme à son habitude beaucoup d’images cinématographiques. Derrière le vocabulaire subtil du désir et des non-dits qui hantent ses chansons, Daho repasse aussi le film de sa vie, de Saint-Malo, dont on entend les mouettes en ouverture, comme on en ressent la pluie, aux nuits agitées de Paris ou Londres, quand la pulsation jungle ou disco, toujours présente dans ses disques, se fait plus pressante. Dans les titres plus symphoniques, les cordes frémissantes et les basses onctueuses font ce pont entre l’Angleterre des Beatles, de Syd Barrett ou de Procol Harum et la France des égéries de Gainsbourg, dont il est toujours, à 67 ans, l’enfant le plus brillant.

En voici trois superbes exemples :

Publié dans Disques

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Au cœur d'une époque de grands changements

Publié le par Michel Monsay

Au cœur d'une époque de grands changements

Crépusculaire et violente, prenante dès le premier épisode et régulièrement émouvante, débordant de magnifiques décors naturels et éperdument romanesque, 1923, comme d'autres séries depuis quelques temps, remet le western au goût du jour. Dans cette série, qui évolue dans trois récits distincts, la sécheresse détruit les récoltes, la grippe espagnole tue, la prohibition génère de dangereux trafics, la crise de 1929 approche, les paysages sont sublimes et les jeunes filles trop éduquées commencent à vouloir s’émanciper. La question de la terre, de la propriété foncière, de qui était là avant et de qui exerce son droit sur le sol est au cœur de la série et sous-tend même un autre arc narratif plus rugueux dans un des trois récits, qui décrit l’assimilation brutale de jeunes Indiennes enrôlées de force dans un pensionnat catholique où elles subissent une mère supérieure sadique. Ce qui ne veut pas dire que la série ne montre pas de signes d’évolution, notamment à travers une peinture plus ouvertement progressiste du rôle des femmes dans la construction de l’Amérique moderne. Taylor Sheridan, le créateur de la série, n'est pas seulement auteur, il a aussi étudié l'histoire, la littérature, le théâtre, les sciences politiques et le cinéma. Et, s'il ne réalise pas lui-même ses séries, les confiant toutes à Ben Richardson, chaque plan renferme la somme de ses connaissances, des tragédies de Shakespeare aux westerns de John Ford. 1923 fait le lien entre l’Amérique des origines et celle d’aujourd’hui, en situant ses intrigues dans un immédiat après-Première Guerre mondiale où le monde est en train de basculer dans la modernité. Si la globalisation et le matérialisme galopants achèvent l’idée même de nature intacte et de grands espaces, que pourront transmettre à leurs descendants, le patriarche et sa femme, personnages centraux remarquablement incarnés par Harrison Ford et Helen Mirren, si ce n’est un rêve brisé ? L'ensemble de la distribution participe à la réussite de cette série, qui montre aussi sur différents plans ce que les valeurs de l’Amérique « traditionnelle » portent en elles de mortifère.

1923 est à voir ici sur Paramount + pour 7,99 €, un mois sans engagement.

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Réhabilitation d'un génie oublié

Publié le par Michel Monsay

Réhabilitation d'un génie oublié

Le cinéaste tchèque Petr Vaclav signe un biopic remarquable sur Joseph Myslivecek, un musicien aujourd'hui oublié. Au cœur du XVIIIe siècle, Josef Myslivecek, un jeune homme timide né en Bohême, est devenu l'un des musiciens et compositeurs les plus en vue d'Italie, idolâtré à Venise comme à Naples, sollicité par les plus grandes interprètes de l'époque et même applaudi par un certain Wolfgang Amadeus Mozart, qui admirait ses opéras et sa créativité hors norme. Encore méconnu en France, le cinéaste tchèque Petr Vaclav tourne depuis un quart de siècle des films plébiscités dans son pays natal et qui sont souvent sélectionnés dans les festivals internationaux. Aux antipodes des us et coutumes académiques et hagiographiques du biopic, Petr Vaclav dresse le portrait d'un personnage ambigu, insaisissable, et donne à voir une époque et un environnement culturel sans pitié. Au plus près de son héros, avec une caméra parfois portée à l'épaule, le cinéaste, dans des lumières en clair-obscur admirables, met en scène les aventures de ce compositeur dans les salons où les réputations se font et se défont, auprès de ses maîtresses qui sont parfois ses cantatrices, avec ses prétendus protecteurs qui ne respectent qu'en apparence cet étranger sans attache. Petr Vaclav suit à la trace un protagoniste énigmatique, à la fois ambitieux et naïf, et qui semble toujours chercher sa place en ce bas monde. Après le triomphe d'Amadeus, le grand Milos Forman avait souhaité consacrer un film à Josef Myslivecek, mais il n'y était pas parvenu. Petr Vaclav, l'a fait et son film, d'une grande beauté visuelle et musicale, nous captive de la première à la dernière scène. Il Boemo ne s’intéresse pas au génie mais à la vie besogneuse, amoureuse, précaire et fugace. Ce n'est pas un biopic d’apprentissage du «grand homme», mais une chronique de la condition la plus prosaïque de l’artiste, qui est également identifiée à la condition de la femme à cette époque. Le compositeur se laisse guider dans la carrière par des femmes d’influence, qui pour elles-mêmes ne peuvent prétendre à aucune existence remarquable hors de la sphère d’un père ou d’un mari, à aucune renommée, à l'exception d'une diva qui semble davantage maîtriser sa vie mais sans paraître vraiment heureuse pour autant. Les comédiens, inconnus en France, composent parfaitement une galerie de personnages hauts en couleurs et représentatifs de l'Italie du XVIIIe siècle à la fois libertine et corsetée. Dans le rôle principal, Vojtech Dyk fait penser à Ryan O’Neal dans Barry Lyndon. Il Boemo a du souffle, de l'ambition, évite les effusions de lyrisme et préfère une certaine sobriété pour servir et magnifier la musique de ce musicien, qui grâce à ce très beau film n'est plus un inconnu.

Publié dans Films

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Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes

Publié le par Michel Monsay

Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes

Le Jeu de Paume présente la plus grande exposition consacrée au photographe Frank Horvat depuis son décès en octobre 2020. 170 tirages et 70 documents d’archives personnelles retracent les quinze premières années de la carrière du photoreporter au photographe de mode, entre 1950 et 1965.  Les débuts de Frank Horvat, né Francesco Horvat en 1928 dans une famille juive en Italie, sont placés sous le signe du reportage : le jeune homme rêve d’intégrer l’agence Magnum, sur les pas d’Henri Cartier-Bresson. Un grand périple en Inde et au Pakistan lui vaut des publications dans Epoca, un magazine italien copié sur Life. Déjà, Frank Horvat s’intéresse aux lieux interdits ou secrets, où les corps des femmes se dévoilent, comme le « quartier rouge » de la ville pakistanaise de Lahore. De retour en Europe, il s’installe à Londres où il poursuit sa carrière de photoreporter, en travaillant pour l’agence Black Star de New York. Les Anglais lui inspirent des images humoristiques, voire ironiques, où le guindé côtoie l’excentrique. Fin 1955, le photographe s’installe à Paris pour ne plus jamais en repartir. Le magazine Réalités lui commande en 1956 un sujet sur le proxénétisme. Il explore de nuit ou de jour les rues et cafés de Pigalle, la rue Saint-Denis et les allées du bois de Boulogne. Toute sa vie, Frank Horvat a observé les corps comme une valse de regards et de désirs. Iconoclaste, il passait brillamment d’un registre à l’autre, du reportage au papier glacé, poussait la mode hors des studios pour défendre le naturel, débarrasser les modèles de leurs poses maniérées, d'un maquillage excessif et insuffler un vent de nouveauté. Les superbes photographies de mode réalisées par Frank Horvat entre 1957 et 1962 deviennent rapidement célèbres : on lui doit notamment l’image de Monique Dutto à la sortie du métro, Nico au Bois de Boulogne, Anna Karina lâchée au beau milieu des Halles, comme une fleur et en tenue de créateur, trônant entre un amas d’ordures, une pile de cageots et une foule de maraîchers circonspects, Tan Arnold au comptoir du restaurant Au Chien qui fume,… Il publie dans les plus grands magazines de l’époque et révolutionne cet univers en plaçant ses mannequins dans l’animation de l’espace urbain, comme pour un reportage. Maniant tour à tour le retrait, l’ironie et le détournement, Frank Horvat bouscula la photographie d’après-guerre avec ses clichés d’une étonnante vivacité que cette belle exposition nous permet de découvrir.

 Frank Horvat. Paris, le monde, la mode est à voir au Jeu de Paume jusqu'au 17 septembre.

Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
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Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes
Frank Horvat, le photographe amoureux des femmes

Publié dans Expos

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Un grand spectacle à la française

Publié le par Michel Monsay

Un grand spectacle à la française

Avec une quarantaine de films depuis 1903, est-il justifié de nous offrir une énième version des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas ? Étonnamment oui, Martin Bourboulon, dont on avait aimé Papa ou maman et beaucoup moins Eiffel, apporte du sang neuf au chef-d’œuvre de Dumas dans une version épique, âpre, romanesque, ponctuée de très beaux duels, et entièrement tournée en décors naturels. Ce grand film de divertissement populaire et exigeant adopte une narration fluide, et alterne les scènes de combat filmés de manière réaliste en se passant de tous les artifices numériques, avec des plans-séquences caméra à l'épaule impressionnants, et les intrigues de palais. Sur le patron intemporel du texte original, les scénaristes Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte, à qui l'on doit Le prénom, ont su coudre un film d'aujourd'hui avec humour en s'autorisant quelques libertés. Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan réinvente le film d’action dans un monde de capes et d’épées, où il est bon de revenir comme dans le jardin perdu de son enfance. Le réalisateur s'est entouré d'une troupe de comédiens talentueux pour interpréter ces célèbres personnages. Outre les quatre principaux, Louis Garrel est irrésistible en Louis XIII, Lyna Khoudri parfaite en Constance Bonnacieux, Vicky Krieps touchante en Anne d'Autriche et Éric Ruf, redoutable en Richelieu. Si on connaît l’histoire par cœur, on est surpris de se prendre au jeu d’une intrigue toujours efficace dans cette nouvelle version, qui s’en tire avec les honneurs en évitant les écueils du genre, et relève le niveau si mauvais des grosses productions françaises.

Publié dans Films

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