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Magistrale enquête, sur un mystérieux écrivain, qui avance sur les cadavres de notre civilisation

Publié le par Michel Monsay

Magistrale enquête, sur un mystérieux écrivain, qui avance sur les cadavres de notre civilisation

Quatre universitaires Européens partent sur les traces d’un auteur allemand dans une ville mexicaine rongée par des centaines de féminicides. En mille trois cent cinquante pages, le chef-d’œuvre labyrinthe du Chilien Roberto Bolaño nous immerge au cœur du mal et de la littérature. La mort prématurée de l’écrivain à l'âge de 50 ans, en 2003, laissa ce livre, paraît-il, inachevé. On veut bien le croire, mais quel roman pourtant ! Tissant cinq fils narratifs, le magistral 2666 n’en finit pas de surprendre, de digresser, de proliférer de fascinante façon, s’autorisant tous les développements et les changements de point de vue pour méditer sans fin sur le Mal. 2666 est un labyrinthe dont on ne sort pas, dont les boyaux serpentent autour de deux trous noirs aspirant tout : un mystérieux écrivain allemand et la ville mexicaine de Santa Teresa, double romanesque de Ciudad Juárez, dans la zone frontalière des États-Unis. L’effarante liberté qui unit le livre, entre chaos et cohérence, éclatement et unité, cette impression paradoxale résume celle saisissant tout lecteur de cette œuvre majeure qui ne suit aucune intrigue traditionnelle, à l’image de ses parties s’attachant à des personnages différents, mais dont l’ensemble converge vers un même noyau. La puissance de 2666 tient notamment à son extraordinaire inventivité formelle, mise au service d’une confrontation à la violence de l’histoire. Sa phrase promet, invente et joue sans cesse, aucune pesanteur ne plombe une écriture dont le style souple, énergique et allègre est remarquablement rendu par Robert Amutio, le traducteur en français de l’auteur chilien. Roberto Bolaño passe de la poésie du vulgaire au précieux (ou à sa parodie) avec une grâce inaltérée. Il croit à la littérature : il la joue, l’éprouve, s’y engage comme dans une cause perdue, pour lui la seule à mener. Toute son œuvre pourrait être lue comme une longue prière pour, par et à l’écriture, dont 2666 serait l’amen et le point culminant. C’est parce qu’il a foi dans la littérature qu’il dénonce ses compromissions, ses facilités, son regard fuyant quand on tue ou torture. Parce qu’il a foi en elle qu’il exige des écrivains et des lecteurs qu’ils soient courageux et se confrontent aux grandes œuvres, imparfaites, torrentielles, qui ouvrent des chemins dans l’inconnu. Ce livre aux pages folles, giflées par le vent du désert et une mélancolie furieuse est un texte testamentaire à la fois plein de vitalité et d’ombres, hanté par la mort, porté par un flux charriant horreur, amour, cruauté, tendresse, sarcasme, ironie. Encensé par la critique internationale comme l'événement littéraire de ce début de siècle, ce roman restera quoiqu'il arrive l'un des plus beaux et plus cruels du XXIe siècle et de la littérature moderne.

Publié dans Livres

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Une exploration sensible et drôle de la sororité

Publié le par Michel Monsay

Une exploration sensible et drôle de la sororité

Cette série en deux saisons est une comédie noire attachante, où dans la première saison, quatre sœurs pour protéger la cinquième, tentent de faire disparaître leur beau-frère toxique, pervers, misogyne, raciste et manipulateur. Elles brillent autant par leur inventivité que par leur incompétence à occire proprement l’indésirable. De ce concours criminel aux airs de Pieds Nickelés naît une série enthousiasmante qui recèle de mécanismes familiers de la comédie noire. L'intrigue se situe dans les environs de Dublin, entre plages balayées par les vents et intérieurs lumineux. Chaque sœur cache une histoire traumatique avec l’affreux beau-frère, dont les méfaits de plus en plus accablants sont révélés au fil des épisodes. L'absence de réaction de son épouse soumise, réduite à une forme de non-existence, est aussi lourde de sens. Le tout, contrairement à ce que son titre laisse penser, est au final une ode à la sororité, portée par une troupe d’actrices toutes impeccables et un Claes Bang (The Square) parfait en beauf infect. la deuxième saison de cette série réalisée par l’excellente Sharon Horgan, également scénariste et parfaite actrice de la série, allie avec brio meurtre, humour et portraits de femmes. Un programme irrésistible dans lequel la comédie jaillit là où on ne l’attend jamais, nous faisant passer du rire aux larmes dans la même scène. Dans les deux saisons, la série ménage admirablement son suspense, d’une part grâce à un parfait équilibre entre enquête et comédie, d’autre part grâce à un déséquilibre tout aussi jubilatoire entre les personnages féminins et masculins. Peu étonnant de la part de Sharon Horgan, dont l’humour impertinent est la marque de fabrique. Outre une écriture fine et patiente, qui laisse à chaque personnage le temps d’exister, la série bénéficie d’une réalisation aérée, qui fait des plages et des forêts d’Irlande un parfait décor pour cette belle histoire d’émancipation et de rédemption.

Bad sisters est à voir ici sur Apple Tv en profitant de l'essai gratuit et en résiliant avant la fin des 7 jours ou en prenant un mois d'abonnement sans engagement à 9,99 €.

La bande-annonce ci-dessous est en version originale mais en regardant la série vous aurez les sous-titres en français.

Publié dans replay

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Quelle saison du PSG !

Publié le par Michel Monsay

Quelle saison du PSG !
Quelle saison du PSG !

Après une remontée spectaculaire, le PSG remporte la Supercoupe d'Europe aux tirs au but contre Tottenham, 4 à 3. Mené 2-0 à la 85e, le PSG a complètement renversé la tendance. Même trop court physiquement après seulement une semaine d'entraînement, alors que leurs adversaires en avait 6, sans compter les matches amicaux de préparation, également 6 pour les anglais et aucun pour les parisiens, ce PSG est irrationnel. Il l'a de nouveau montré ce mercredi, en remportant la Supercoupe d'Europe, qui oppose chaque année le vainqueur de Ligue des champions à celui de la Ligue Europa. C'est la première Supercoupe d'Europe remportée par un club français. Pour se prendre à rêver d'un tel scénario, Paris a eu besoin de deux éclairs venus, comme un symbole, de deux joueurs peu utilisés lors de la campagne victorieuse de Ligue des champions : Lee Kang-in et Gonçalo Ramos. Remuant depuis son entrée en jeu en seconde période, le Sud-Coréen a redonné l'espoir d'une frappe croisée du gauche aux 18 mètres (85e minute). S'en est alors suivie une attaque-défense sur laquelle le PSG a soudainement retrouvé un second souffle et fait plier les anglais, sur un centre d'Ousmane Dembélé, parfait après 95 minutes dans les pattes sans avoir eu de préparation, pour la tête rageuse de Ramos (2-2). Les grandes équipes sont toujours celles qui refusent le mieux la défaite, et la dimension particulière des Parisiens est apparue quand on aurait juré qu'il était trop tard, alors que Tottenham menait 2-0, quelques minutes à tenir, et n'avait guère été visité par le danger. Cela en dit long sur le mental de cette équipe, sa force collective et un entraîneur de grande classe qui sait s'adapter à toutes les situations. Les Parisiens sont bien les rois de l'Europe.

Publié dans Chroniques

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Le Rohmer norvégien poursuit sa Trilogie d’Oslo avec un conte d’été solaire

Publié le par Michel Monsay

Le Rohmer norvégien poursuit sa Trilogie d’Oslo avec un conte d’été solaire

Nul besoin d'avoir déjà vu le premier film de la Trilogie d'Oslo pour profiter pleinement de ce second volet. Dag Johan Haugerud y explore les questions d’amours, au pluriel, au présent et au conditionnel. Après avoir raconté, avec une délicatesse infinie, les premiers émois d’une lycéenne éprise de sa professeure de lettres et les chamboulements que l’idylle interdite déclenche en cascade chez la mère et la grand-mère de l’apprentie amoureuse dans Rêves, Dag Johan Haugerud continue d’explorer la carte du tendre de l’Homo scandinavus dans Amour. Dans ce film, aucun personnage n’est défini par son âge, sa sexualité, son genre ou son activité, mais chacun écoute et prend soin de l’autre. On y croise une urologue oncologue fâchée avec la conjugalité, que ses amis s’obstinent à vouloir caser avec un géologue fraîchement divorcé. Également un infirmier gay adepte de la drague nocturne sur ferry, qui tombe amoureux d’un patient ayant le double de son âge et un cancer de la prostate. Aucun tabou dans cette comédie de mœurs où l’urologie, spécialité des zones intimes, s’invite dans la conversation avec une légèreté peu commune. Le film révèle les différents langages de l’amour avec habilité et loin des poncifs du genre. Film de l’entre-deux, l'action se déroule entre Oslo et Nesodden, une péninsule paisible située à quelques kilomètres de la capitale, Amour est bercé par les traversées en ferry qui emmènent, de jour comme de nuit, nos deux personnages d’un point à un autre. Ils y rejouent le dilemme de l’éternité et de l’instant. Que désire-t-on réellement vivre ? Une grande histoire d’amour ou de belles rencontres éphémères ? Amour est ainsi travaillé par cette tension entre une aspiration au sublime et une autre au plus trivial. Tout le mouvement du film va alors être de creuser par la parole l’intimité pour toucher à un partage plus profond. Amour va dans le sens d’un lâcher-prise, comme une incitation à être honnête avec ses désirs, à prendre à bras-le-corps l’existence dans toute sa complexité. A accueillir les choses qui nous arrivent, sans trop chercher à les intellectualiser. Pour s’autoriser un peu de joie et de bonheur, dans le désordre des relations humaines. Une nouvelle fois, Dag Johan Haugerud brandit sa force d’écriture pour entraîner ses personnages dans un flot de paroles entre douceur et cruauté, d’une grande délicatesse, mais savamment dosé pour ne pas ennuyer les spectateurs. Il y a une véritable théâtralité dans ces chassés-croisés amoureux qui font penser à un texte de Marivaux ou un film de Rohmer. Les personnages aiment parler de l’amour, des désillusions de leur existence, ou se mentir à eux-mêmes. Petite préférence pour Rêves mais Amour est un émouvant conte d'été du désordre amoureux, qui nous touche aussi.

Publié dans Films

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Émouvant portrait vibrant et intime de la ville-monde et de personnages touchants

Publié le par Michel Monsay

Émouvant portrait vibrant et intime de la ville-monde et de personnages touchants

Une femme désabusée mais pugnace part à la recherche de sa nièce trans dans les bas-fonds d’Istanbul. Une parfaite immersion documentaire dans la mégapole du Bosphore signée Levan Akin. Cinéaste un peu difficile à cerner, Levan Akin, 44 ans, est officiellement suédois, mais d’origine géorgienne. Cela explique pourquoi, après avoir avoir tourné des séries télévisées comme la futuriste Real Humans, il est revenu peu à peu à ses racines familiales lorsqu’il est passé au long métrage. Après Et puis nous danserons (premier film LGBT se déroulant en Géorgie), Levan Akin étudie de nouveau l’identité queer au cœur d’une société qui stagne dans la tradition et rend un hommage vibrant à la communauté trans d’Istanbul. Crossing Istambul est un film de croisement à travers les frontières, les genres, les générations, les langues. Levan Akin foule cette fois-ci la ville d’Istanbul, une terre de croisement par excellence, à cheval entre deux continents. Le long métrage y propulse un couple improbable : Lia, une institutrice géorgienne à la retraite accompagnée d’Achi, un jeune homme désœuvré de sa ville natale désireux de fuir le pays. Regardant ces deux êtres avec toujours beaucoup de justesse et d’intelligence, le cinéaste témoigne d’un vrai talent pour dessiner une galerie de personnages secondaires vivants et complexes. Pour tous ces visages qui traversent le film, il s’agira de retrouver espoir après avoir été exclus de la société en raison de leur pauvreté ou de leur différence. Porté par la vitalité de sa mise en scène, le cinéaste encapsule les pulsations de la communauté trans d’Istanbul et leur luttes politiques quotidiennes. Surtout, il y célèbre chaque geste d’acceptation comme une petite victoire salvatrice, remettant ainsi judicieusement la joie au centre de son geste politique. Avec une caméra qui se fait habilement sa place au milieu de l’effervescence générale, tout se joue dans la proximité. Tout le monde est ensemble. Pourtant, la distance s’inscrit aussi entre les uns et les autres. Metteur en scène sensible, lié à ses personnages par une émouvante tendresse, Levan Akin sait réunir dans un même mouvement la solitude de chacun et le besoin d’aller vers les autres. À nouveau inspiré par la question de la différence, il montre que le rejet persiste, tout en nous parlant, à travers Lia, qui regrette de ne pas avoir été plus protectrice, d’une humanité qui voudrait aimer mieux. Sur fond de gravité, Crossing Istanbul choisit la générosité et l’espoir pour nous faire partager un voyage exaltant.

Crossing Istambul est à voir ici pour 4,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

Publié dans replay

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Passionnante exposition aussi esthétique que politique

Publié le par Michel Monsay

Passionnante exposition aussi esthétique que politique

Les expositions qui se sont intéressées à l’art contemporain africain et afro-américain ont longtemps été peu nombreuses à Paris. Corps et âmes participe pleinement au renouveau des regards portés sur les œuvres d’artistes nés en Afrique ou afro-descendants. La très belle exposition intitulée Corps et âmes, à la Bourse de Commerce Collection Pinault à Paris, interroge la prégnance du corps dans la pensée contemporaine. A cette occasion, les œuvres d’une quarantaine d’artistes, dont Georg Baselitz, Michael Armitage, Duane Hanson, Niki de Saint Phalle,  Arthur Jafa, Deana Lawson, ou encore l’artiste peintre zimbabwéenne Kudzanai-Violet Hwam, l’artiste libanais Ali Cherri, sont à admirer dans ce magnifique musée dédié à l’art contemporain. Corps et âmes est la plus intellectuellement intrigante des expositions que l’on ait vue en ces lieux, à l’exception de l’inaugurale. À quelques exceptions près, la centaine de dessins, tableaux, installations, sculptures, vidéos ou photos ont tous été réalisés entre la seconde moitié du XXᵉ siècle et aujourd’hui. L'exposition occupe toute la Bourse de commerce, à la rondeur enveloppante et rassurante. Or les pièces qui la composent n’ont rien de rassurant. Ainsi une étrange tension s’établit-elle entre l’architecture et ce qu’elle contient, qui naît dès le début de l'exposition au sous-sol, où se succèdent les images de la vidéo d’Arthur Jafa Love is the Message, the Message is Death, montage syncopé d’images de la vie des Afro-Américains, des figures anonymes se mêlent à des stars de la musique et politique, de Miles Davis à Malcolm X, ou à des bavures policières. Au sous-sol également, la vidéo Lightning Dance de Cecilia Bengolea qui étudie l’influence du climat électrique sur l’imagination corporelle et envoûte le spectateur. En compagnie de Craig Black Eagle, d’Oshane Overload-Skankaz et de leurs équipes de danse respectives, l’artiste pratique le dancehall jamaïcain au bord d’une route passagère sous un orage fascinant, et fait part d’une énergie communicative. La tension se maintient jusqu’à la dernière salle, où les huit immenses corps masculins, vieux et presque décharnés, peints par Georg Baselitz sur fond noir, sont suspendus face à face. Lors de sa première présentation, à la Biennale de Venise en 2015, cette suite, intitulée Avignon, a frappé par son ampleur. Aujourd’hui, dans un espace étroit que l’artiste a voulu sombre, elle impose son angoisse de la mort. Entre les vidéos et les œuvres de Baselitz, l’accrochage rapproche et oppose deux types de créations. Les unes agissent par le saisissement et le choc. Les autres usent de l’ironie cryptée et du détournement. Mais toutes ont un point commun : L’histoire collective. Celle de la sujétion coloniale des peuples du Sud à ceux du Nord, de l’esclavage et de la ségrégation, et de la lutte jamais finie contre les racismes. Et, entremêlées à celle-ci et lui faisant écho, des histoires individuelles qui parlent pour la plupart de douleurs intimes. L’expressionnisme est l’un des modes opératoires : celui de Jafa et de Baselitz donc. Le terme vaut aussi pour l’installation de peintures de Miriam Cahn, nommée Ritual, qui occupe une salle entière. Ce rituel est celui du deuil de son père. Nus et visages, parfois diaphanes jusqu’au spectral, vont vers la disparition. Les orbites sont déjà vides pour certaines. La fraîcheur des couleurs accentue le malaise. Citons aussi le grand tableau de Michael Armitage montrant à la manière de Kokoschka un groupe de musiciens dans une décharge : celle de Dandora (Kenya), près de Nairobi. Des ordures brûlent dans le fond, un chien mord un homme au premier plan, mais les musiciens jouent quand même. Marlene Dumas peint en grand format et à grands gestes visibles un homme noir aux yeux bandés, une femme enceinte nue sur fond sanglant et un homme nu de face se dressant comme un revenant, toile de 2017 qui répond aux Baselitz. Quand le ghanéen Gideon Appah fait surgir des baigneuses aux corps bleus qui seraient nues s’il ne leur ajoutait des slips d’une blancheur crue, quand il teinte de rose la plage ou le ciel, il se saisit des motifs et du chromatisme de Gauguin en Océanie et se souvient autant de Matisse. Les questions de la fabrication de l’exotisme et du regret d’un paradis perdu sont donc posées, et donc celles des mythes dont vit toujours le tourisme international. Dans Beauty Examined, Kerry James Marshall, qui est l’un des artistes majeurs d’aujourd’hui, agit sur d’autres références classiques : la Vénus à son miroir, de Velazquez, et l’Olympia de Manet pour ses nus. La Leçon d’anatomie du docteur Tulp de Rembrandt devient la dissection de Saartjie Baartman, surnommée la Vénus hottentote, exhibée comme une curiosité en Europe au début du XIXe siècle, prostituée à Londres et présentée comme la preuve de l’animalité des Africains. N'oublions pas le Brésilien Antonio Obá, qui livre ici le portrait irradiant du chanteur d’une chorale religieuse, comme auréolé de grâce, la bouche et les yeux en extase. Dans un jeu de couleurs éclatant, Kudzanai-Violet Hwami, zimbabwéenne de 32 ans désormais installée en Grande-Bretagne, assemble pour sa part plusieurs toiles, chacune apparaissant comme des flashs de souvenirs d’enfance ou du pays natal attrapés au vol avant qu’ils ne disparaissent. Il y a également dans les vingt-quatre vitrines réparties autour du foyer de la grande rotonde, au rez-de-chaussée, l’artiste libanais Ali Cherri, qui décline un parcours de sculptures d’une grande force poétique : assemblages délicats d’artéfacts ou reliefs archéologiques, brisés par le temps, abîmés par les guerres et les invasions, qu’il hybride de ses propres créations de plâtres blancs ou d’objets symboliques. D’une tête sculptée du XIVe siècle à un masque de sarcophage égyptien, son art réparateur et renaissant agit comme celui d'un archéologue du futur, avec la question de la fragilité, du friable des œuvres. Pour finir et ne faisant pas partie de Corps et âmesClinamen, de Céleste Boursier-Mougenot, large et ronde piscine bleue, délicatement sonore, avec ses bols de céramique s’entrechoquant en une harmonie de timbres apaisante, dans la rotonde de la Bourse de commerce. Autant d’œuvres dans cette très belle exposition Corps et âmes, qui sonnent parfois comme un pied de nez, voire un doigt d’honneur, à la vision du monde impérialiste et coloniale figurée par la très belle frise orientaliste du XIXᵉ siècle qui orne la coupole de la Bourse de commerce, et imposent un autre récit de l’histoire du monde.

Corps et âmes est à voir jusqu'au 25 août à la Bourse de commerce - Collection Pinault.

Ci-dessous une large sélection de l'exposition. Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Passionnante exposition aussi esthétique que politique
Passionnante exposition aussi esthétique que politique
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Passionnante exposition aussi esthétique que politique
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Publié dans Expos

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Les retrouvailles douloureuses, tendres et drôles d'une mère et d'un fils

Publié le par Michel Monsay

Les retrouvailles douloureuses, tendres et drôles d'une mère et d'un fils

Cette chronique tragi-comique trouve le ton juste pour parler de la bipolarité et de ses conséquences sur tout l’entourage, et nous fait joliment passer du rire à l'émotion et réciproquement. Cette comédie d’aujourd’hui sur une nouvelle masculinité sans épines bascule suite à un coup de téléphone du côté de John Cassavetes. En vingt-quatre heures, d’un cimetière à une dune devant l’océan, d’explosions de colère en affection pérenne, quelque chose de neuf va fleurir entre le fils et la mère. C’est l’histoire d’un voyage minuscule, avec un couscous maison comme horizon, mais, pour son premier long métrage, teinté de son propre vécu, Julien Carpentier sait en dessiner avec une précision et une grâce admirables chaque étape, chaque virage et le moindre revirement de sentiment. Les réconciliations difficiles sont un pas de deux chaotique, avant, arrière, ressentiment et attendrissement. Le jeune réalisateur le met en scène en disposant de petits cailloux, comme ceux que l’on dépose sur les tombes juives. Cette comédie dramatique touchante balance entre des moments de honte parce que « maman est folle » d’autres, lumineux, car elle est émouvante, quand elle est fière d’avoir été « sage », et drôle, aussi, quand elle encourage son fils à se décoincer. Pour une telle partition à deux voix, il fallait des interprètes en osmose totale : face à Agnès Jaoui, impératrice de l’excès, blessante et blessée, dans une sorte de sensualité trouble et maternelle, William Lebghil, habituellement lunaire, trouve son grand rôle de la maturité : chacun de ses regards est un sommet d’amour filial empêché puis assumé. Agnès Jaoui se glisse à la juste mesure dans ce rôle qui semble n’avoir été taillé que pour elle, tant elle trouve la capacité à ne jamais se perdre dans une dérive vulgaire et à ne pas chercher à trop en faire non plus. La mécanique fine des échanges, l’outrance quasi permanente de la mère (ses vêtements, son maquillage, ses réactions, ses histoires), l’humour, la justesse de ton du fils (le regard sur sa mère sagement assise après sa visite dans une pharmacie, et une scène hilarante avec des jeunes…), l’émotion créée par cette relation mère/fils dans laquelle les rôles s’inversent, saisit par sa simple humanité. S’emparer d’un sujet grave tout en esquivant misérabilisme ou voyeurisme tient du jeu d’équilibriste, Julien Carpentier réussit l’exercice.

La vie de ma mère est à voir ici pour 3,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

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Les émouvantes brumes intérieures d’un amour adolescent

Publié le par Michel Monsay

Les émouvantes brumes intérieures d’un amour adolescent

Après avoir été présentés dans différents festivals (Berlin 2024, Venise 2024 et Berlin 2025, d’où le dernier volet, Rêves, est reparti avec la récompense suprême, l’Ours d’or), les trois films qui composent La trilogie d’Oslo nous parviennent d’un bloc ou presque, égrainés au rythme d’un par semaine. Fonctionnant indépendamment les uns des autres, ils peuvent être découverts dans n’importe quel ordre et sortent d’ailleurs dans une chronologie inverse à celle de leur présentation initiale. C’est sans doute que Rêves est à la fois le meilleur des trois opus, mais aussi le plus accessible, il est centré sur un personnage principal clairement identifié : une jeune fille de 17 ans, faisant face à ses premiers émois, et ce qu’elle considère comme sa première histoire d’amour. Le romancier et cinéaste norvégien Dag Johan Haugerud jouit d’une belle popularité dans son pays. Grâce à La Trilogie d’Oslo (Rêves / Amour / Désir), il conquiert à présent le cœur du monde entier en disséquant délicatement nos manières d’aimer. Voilà une trilogie où l’on parle avant tout de sentiment, de ce qui se meut en soi, et la beauté de Rêves tient aussi en sa pudeur. Le talent de dialoguiste de Dag Johan Haugerud côtoie ici la psychanalyse. On se remémore tour à tour certains héros des films de Woody Allen ou l’analyse des dynamiques de couple chère à Ingmar Bergman. Derrière la caméra du cinéaste norvégien, le premier amour est celui des plus grandes illusions et souffrances. Sa mise en scène fonctionne intelligemment par ellipses qui convoquent le temps long du deuil amoureux, et avec lui, le changement de perception des sentiments passés. Rêves trouble par le regard juste qu’il porte sur la solitude. On n’oubliera pas l’air perdu de la jeune fille amoureuse transie, jouée par la très touchante et lumineuse Ella Øverbye. Rêves est l’histoire tendre d’un éveil sentimental autant qu’artistique, une réflexion sur notre besoin de garder les traces de ce que l’on vit de plus intense, sur la joie à partager ce que l’on a de plus beau et sur la manière dont le regard d’autrui peut aussi nous déposséder de nos propres histoires. la jeune fille est ainsi surprise quand sa mère replace son récit dans une perspective queer, soudain dépassée par l’abîme que cela ouvre sur sa propre identité. Très écrit, littéraire et plein d'esprit, ponctué de promenades en forêt ou dans les rues d'Oslo, Rêves évoque l'univers d'Éric Rohmer alors même qu'il se passe dans la Norvège contemporaine. Dag Johan Haugerud y joue merveilleusement de cet instrument si complexe qu'est la voix off. Dans l'écart qui sépare ce qui nous est montré et ce qui nous est raconté, le cinéaste immisce un trouble délicieux. Son film en devient une réflexion stimulante sur la littérature, le réel et la création. Les qualités d'écriture, l'élégance de la mise en scène et le talent de ses interprètes font de Rêves un très beau film sur la découverte du sentiment amoureux.

Publié dans Films

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Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda

Publié le par Michel Monsay

Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda

Si Agnès Varda a arpenté le monde et a même vécu aux États-Unis, c'est le 14e arrondissement et la rue Daguerre qui ont conquis son cœur et ont constitué son refuge. Avec Le Paris d'Agnès Varda de-ci, de-là, le musée Carnavalet offre une plongée dans la vie et l'œuvre de l'artiste. C'est à la photographe et son lien à Paris que s'intéresse l’exposition à travers 130 clichés, des archives, des extraits de films, où elle montre comment l'œil de l'artiste montée de Sète s'est formée dans la capitale. Oui car, avant d’être cinéaste, Agnès Varda a été photographe. Une photographe curieuse, libre et inspirée. Entre deux boutiques et leurs dépendances liées par une cour à ciel ouvert, c'est là qu'elle a vécu pendant près de 70 ans. Lieu de vie et de création, le numéro 86 de la rue Daguerre (l’un des inventeurs de la photographie) abrite son studio de prises de vues, où elle rencontre, se raconte et photographie notamment ses amis, à commencer par Jean Vilar directeur du Festival d'Avignon et du TNP et sa troupe. Fièrement attachée à la capitale, la réalisatrice de Cléo de 5 à 7 (1962), du Bonheur (1965) et de Sans toit ni loi (1985) l’est plus encore à ses habitants, qu'elle croque au naturel soit avec une forme de noirceur soit avec ses calembours visuels. Dans un musée Carnavalet rénové, cette précieuse exposition rend ainsi hommage à l’œuvre méconnue d’une artiste protéiforme. Un ensemble de cent trente tirages noir et blanc a été exhumé du fonds de quelque trente mille prises de vue, réalisées à la chambre 13 × 18 et au Rolleiflex. Beaucoup de portraits d’amis et de voisins (dont sa colocataire et compagne Valentine Schlegel, son premier modèle), des artistes de l’époque (Brassaï, Calder, Fellini, Anna Karina, Gérard Philippe, Ionesco, Jean Vilar, Corinne Marchand, Delphine Seyrig, Jane Birkin,...) comme des anonymes croisés de-ci de-là. Les clichés dialoguent merveilleusement avec des extraits de ses films (documentaires, fictions, publicités) et dressent un portrait de Paris tout en espièglerie, fidèle à l’esprit Varda. Dans une errance artistique entre sa maison-atelier de la rue Daguerre, le Paris de Cléo de 5 à 7, les portraits des commerçants de son quartier, apparaît l’œuvre d’une femme poète, facétieuse, libre et éperdument éprise du genre humain dans ses fragilités, ses blessures, comme autant de marques d’ultime beauté. On se dit qu’on aurait aimé être regardé par Agnès Varda. Dans son regard, passent une attention, une empathie, une curiosité, une générosité rares. Ceux qu’elle a photographiés ont dû se sentir aimés.  

Le Paris d'Agnès Varda de-ci, de-là est à voir jusqu'au 24 août au Musée Carnavalet.

Ci-dessous une large sélection de l'exposition. Pour voir les photos en plus grand, cliquez sur la première photo et faites défiler avec les flèches.

Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
Le Paris espiègle de la photographe Agnès Varda
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Un jeune trio enthousiasmant

Publié le par Michel Monsay

Un jeune trio enthousiasmant
Un jeune trio enthousiasmant

Peut-être les avez-vous déjà entendu sur les ondes de France Musique. Amis de longue date, Théotime Gillot au piano, Thomas Briant au violon et Eliott Leridon au violoncelle forment un jeune trio que l’on compte déjà parmi les grandes formations chambristes françaises. Connu sous le nom de trio Zarathoustra, cet ensemble piano, violon et violoncelle est constitué de jeunes diplômés du Conservatoire national supérieur de musique de Paris. La formation, d'une moyenne d'âge de 23 ans, s’est inscrite en quelques années dans un cycle de productions prometteur d’une carrière internationale, en témoignent les parrainages de Renaud Capuçon, du Festival de La Roque d’Anthéron ou de France Musique, pour ne citer qu’eux. On apprécie sa lecture tout à la fois droite et passionnée dans le répertoire romantique, notamment sur le magnifique Trio n°2 en mi bémol majeur op. 100 de Franz Schubert, le son chaleureux et vibrant des cordes frottées, la grande complicité qui unit ses membres. Dans ce Trio de Schubert, le célèbre Andante con moto, qui nous a tous bouleversé dans le chef-d'œuvre Barry Lyndon de Stanley Kubrick, son thème funèbre obstiné, semble avancer avec la régularité d’une horloge implacable, tout en ouvrant des espaces de respiration où le chant intérieur se déploie avec une infinie tendresse. Ce soir-là dans le cadre du Festival européen Jeunes talents, le Trio Zarathoustra a également interprété D’un matin de printemps et D’un soir triste de Lili Boulanger, cette compositrice morte prématurément d'un mal mystérieux à 25 ans en 1918, laissant derrière elle les prémices applaudies d’une œuvre qui promettait d’être considérable. En 1913, elle était devenue la première femme à remporter le prestigieux prix de Rome dans la catégorie "composition musicale". Les deux œuvres en question composées peu avant sa mort en 1918 sont en phase avec la brutalité de l'époque et le destin tragique de Lili Boulanger, une musique sombre et étrange, surtout dans D'un soir triste. En plus en rappel, nous avons eu droit à un mouvement d'une langueur frissonnante d'un trio de Mendelssohn. Variété des couleurs, relief, belle énergie, sens des caractères, dans une entente parfaite, les trois jeunes instrumentistes plongent brillamment au cœur de la musique et emportent l’enthousiasme de l’auditoire. 

Le trio Zarathoustra sera en concert en Province jusqu'à la fin de l'année 2025 et devrait revenir à Paris en 2026. Si vous entendez parler d'un concert proche de chez vous, n'hésitez pas.

Ci-dessous deux enregistrements du Trio Zarathoustra et un du Trio Wanderer auprès duquel ils se sont formés :

Publié dans Spectacles

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