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Un film poignant et généreux sur ces images manquantes qui ont précédé la loi Veil

Publié le par Michel Monsay

Un film poignant et généreux sur ces images manquantes qui ont précédé la loi Veil

Blandine Lenoir évoque dans Annie colère l'histoire des militantes du MLAC qui, dans les années 1970, luttaient pour le droit à l'avortement. Ce beau film offre un nouveau rôle un or à la formidable Laure Calamy. En 1974, à quelques mois du passage de la loi Veil, alors que des centaines de femmes meurent encore chaque année des suites d’un avortement clandestin, une ouvrière, mariée, deux enfants, à distance de tout engagement politique, tombe enceinte accidentellement. Terrifiée, elle se rend dans l’antenne locale du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, une association regroupant médecins, paramédicaux, bénévoles, tous engagés pour la légalisation de l’IVG, où on la rassure. Ce qu’elle découvre là-bas d’écoute, de solidarité et d’engagement la lance dans un processus de métamorphose, déployé sur les deux heures du film solaire de Blandine Lenoir, sorti quelques jours à peine après le vote, à l’Assemblée nationale, sur l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution. Voici donc un roman d’apprentissage qui s’illumine des multiples contre-pieds pris avec les attendus du film militant traditionnel : les trajectoires ne sont pas nécessairement traumatiques, le mari d’Annie n’est pas un macho, les scènes d’avortement ne sont pas filmées comme un arrachement glauque mais comme une simple libération. La surprise permanente que traque la cinéaste sur le visage de Laure Calamy est aussi celle du spectateur, à qui fut très rarement contée l’aventure collective du MLAC. Ce pan méconnu de l’histoire du combat pour la légalisation de l’avortement a été habituellement laissé dans l’ombre de la figure de Simone Veil, dont le combat héroïque, malgré des débats houleux et même parfois violents, a abouti à faire voter la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) le 17 janvier 1975. Ce film très émouvant est le précipité d’une époque, qui mêle l’intime et le politique dans les scènes de groupe, comme dans celles, bouleversantes, d’avortement par cette méthode Karman, où l’aspiration remplace les aiguilles à tricoter ou le violent curetage à l’hôpital par des médecins traitant les femmes de salopes. Soutenue par une mise en scène qui filme avec pudeur et bienveillance des scènes d’avortements jamais sordides, l'excellente troupe d'actrices et d'acteurs est totalement investie dans la juste restitution de l'admirable combat de ces bénévoles. Citons notamment, la scène troublante de beauté où la sublime voix chaude de Rosemary Standley, chanteuse des groupes Moriarty et Birds on wire qui se révèle merveilleuse actrice, fait office d’anesthésie verbale lors d'un avortement. Cinquante ans après les faits, alors que les régressions sur le droit à l'avortement sévissent un peu partout sur la planète, de la Pologne aux Etats-Unis, ce film rappelle l'actualité et la nécessité de ce combat.

Annie colère est à voir ici pour 1,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

Publié dans replay

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Grandeurs et petitesses de la condition humaine

Publié le par Michel Monsay

Grandeurs et petitesses de la condition humaine

Le grand cinéaste turc, Nuri Bilge Ceylan, est un habitué du Festival de Cannes, il y a déjà reçu une Palme d'or pour Winter sleep, deux Grand prix du jury pour Il était une fois en Anatolie et Uzak et un Prix de la mise en scène avec Les trois singes. Pour son magnifique dernier film, Les herbes sèches, c'est son actrice principale, l'intense Merve Dizdar, qui a été récompensée par le Prix d'Interprétation Féminine. On pourrait aussi y associer, le personnage central masculin, remarquablement interprété par Deniz Celilogu, parfait d’ambiguïtés. Comme souvent dans la filmographie de Nuri Bilge Ceylan, les grands espaces naturels environnants servent d’écrin à l’examen d’une nature humaine isolée et circonscrite. Ici, sous des cieux tumultueux en Anatolie, la neige est partout, immaculée, majestueuse, colmatant le son des pas réduits à quelques crissements lointains. Ces paysages sont cadrés somptueusement, comme toujours chez ce cinéaste esthète. La finesse du regard de Nuri Bilge Ceylan n’aura jamais été plus exacerbée que dans ce film, dont le but est d’examiner au scalpel les limites entre le bien et le mal. Le dispositif qu'il met en place pour cela lui permet de balayer tout ce qui se délite dans nos sociétés, contaminé par la lâcheté, le cynisme, l’abêtissement, le communautarisme, l’individualisme, l’hypocrisie jusqu’au plus reculé des villages. La hauteur de vue déployée et la densité vertigineuse de certains échanges rapprochent l’œuvre d’un précis philosophique de très haute volée, qui interroge sur l’état de la Turquie rurale entre pauvreté et poids des traditions, et plus généralement ce qui peut se nouer de magnifique et de misérable dans les relations humaines.  Au cœur du film se forme un triangle amoureux où l'amour n'a rien de pur, c'est un jeu cruel et mélancolique que le cinéaste orchestre avec une lucidité terrible et superbe. Les images de Nuri Bilge Ceylan sont une nouvelle fois d’une grande beauté, on voit clairement l’œil du photographe qu’il est encore, et d’ailleurs le film est émaillé de superbes photos fixes de visages et de paysages. Plus qu’un très grand film, Les herbes sèches est une expérience à vivre comme le cinéma nous en offre ponctuellement, dont on ressort admiratif.

Publié dans Films

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