Un documentaire que tout le monde devrait voir
Grâce à des images d'archives, Alfred de Montesquiou, grand reporter, a réalisé un film en deux parties sur le procès de Nuremberg qui, en jugeant les responsables nazis survivants, en 1945, a posé les fondements de la justice internationale sous le regard de la presse. Dix mois d'audience à travers les yeux de 300 journalistes et photographes du monde entier, de Joseph Kessel à Willy Brandt. Pour le procureur général américain, le sort individuel des 21 nazis inculpés importe peu. C’est la mise en récit de ce jugement qui est fondamentale, pour que le monde comprenne qu’il y a la victoire du droit sur la violence, de la démocratie sur le fascisme. Deux mois avant de couvrir Nuremberg pour France-Soir, Joseph Kessel était encore pilote dans une escadrille qui bombardait l’Allemagne. Madeleine Jacob, juive, résistante, était dans les réseaux FTP, traquée par la Gestapo pendant quatre ans, avant d’écrire pour Franc-Tireur. Ernest Michel, juif allemand et seul survivant de la Shoah présent dans la salle, qui travaille pour l’agence allemande Dana, est assis à quelques mètres d’Ernst Kaltenbrunner, qui a déporté toute sa famille à Auschwitz. Au neuvième jour du procès, les premières images insupportables des camps de concentrations sont projetées. Les chroniqueurs, abasourdis, essayent de relater l’indescriptible qui laisse de marbre les accusés. Durant ces semaines éprouvantes, beaucoup de journalistes vacillent, sombrent dans l’alcool et peinent à dormir. Tous comprennent qu’ils sont les témoins d’un moment fondateur, où le crime contre l’humanité devient un chef d’accusation. C’est l’histoire de ce face-à-face entre journalistes et accusés que raconte ce passionnant documentaire. On y croise des grands noms comme Joseph Kessel, Elsa Triolet, John Dos Passos… et des figures plus méconnues, Madeleine Jacob, Janet Flanner, Boris Polevoï… dont les extraits d’articles, lus en voix off, scandent le récit. Porté par une intelligente narration et un vrai travail sur le rythme, le film réussit brillamment à croiser à la fois l’exposé chronologique du procès et à nous plonger dans ses coulisses, aux côtés de cette faune journalistique pleine de faiblesses, de doutes, d’humanité. Jusqu’au jugement final, véritable pierre angulaire du droit international moderne. Souvent raconté en documentaire, Nuremberg l’avait rarement été avec une telle intensité. Découpé en deux épisodes, le film aborde aussi les tensions entre les Occidentaux et les Soviétiques, et le début de la Guerre Froide. En adaptant en images son livre Le Crépuscule des hommes, prix Renaudot de l’essai 2025, Alfred de Montesquiou rappelle que l’histoire de Nuremberg s’est autant jouée dans le prétoire que dans les salles de rédaction où se fabriquait, jour après jour, la conscience du monde, dans ce documentaire indispensable.
Au cœur de l'Histoire : Le procès de Nuremberg est à voir ici pour 2,99 € en location.
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