Sous le charme de la merveilleuse Jeanne Cherhal
Jeanne, sorti il y a un an, est le septième album de Jeanne Cherhal, mais le premier qu'elle sort de manière indépendante en l'autoproduisant avec son tourneur. L'occasion pour elle de maîtriser l'intégralité de sa conception. C'est un disque qui laisse entrer l'espace, l'air et la lumière, un portrait en treize titres qui célèbre, plus que jamais, sa liberté. Jeanne est né d'une conversation avec Benjamin Biolay, complice de longue date, qui lui remet le pied à l'étrier et propose de produire les arrangements de ses nouvelles chansons. Elles surgissent de son instrument de prédilection, le piano, sublimées par les touches cristallines d’un quatuor à cordes d'une extrême élégance, le cœur battant de la batterie, des guitares, de la basse, et des claviers dans des sonorités pop. Un album réalisé dans la joie et la débrouille, au point que presque toutes les mélodies sont issues des premières prises de voix. Un timbre plus que jamais souple et délié, qui s'accorde avec le déploiement d'une extrême sensualité. Parmi cette superbe nouvelle collection de chansons, certaines rappellent notamment l’engagement féministe indéfectible de Jeanne Cherhal, comme Le cri des loups qui n’aboie pas avec la meute mais cloue le bec aux oiseaux de mauvais augure, avec toujours une bonne dose d’humour. La grande réussite de Jeanne Cherhal avec ce disque est d’embrasser son époque, son sexe et son âge (47 ans), réjouissances et colères comprises dans une langue forte en images et nuances. Elle y aborde la liberté amoureuse, sentimentale, fantasmée qui grandit avec l’expérience, un éloge de la nature quasi érotique, les agresseurs impunis, ou la ménopause dans La marée, miroir délicat au douloureux et précurseur Douze Fois par an de son premier album. Ce n’est pas le seul écho à sa discographie puisque Jeanne Cherhal se fend d’une drolatique suite à Brandt Rhapsodie, son célèbre duo avec Benjamin Biolay. On entend dans Jeanne son envie d’aller se frotter à la variété de luxe des années 1970-1980 où les mélodies, les amples orchestrations et le groove de Michel Berger et Véronique Sanson ont donné un coup de jeune à la chanson populaire, pour y associer ses textes ciselés, qui n’ont rien perdu de leur engagement. Ce septième album, que l’on classe immédiatement parmi ses tout meilleurs, regorge de mélodies somptueuses, de son jeu de pianiste sublimé par les arrangements du complice Benjamin Biolay, et de textes d’une pertinence confondante chantés de sa très belle voix.
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