Une journée particulière empreinte de nostalgie

Publié le par Michel Monsay

Une journée particulière empreinte de nostalgie

Après des clips, des films réalisés pour le compte de grandes marques de mode et un court-métrage récompensé à Sundance, Akinola Davies Jr. passe au long-métrage. Dans ce film très personnel, récompensé par le Bafta du meilleur premier film, l'équivalent britannique des Césars, coécrit avec son grand frère, le réalisateur s’intéresse autant à deux jeunes garçons qui leur ressemblent, à ce père qu’ils s’inventent comme une légende locale, eux qui n’ont pas connu le leur (il est mort quand ils étaient tout jeunes), qu’à leur pays natal, le Nigéria de 1993, digne personnage à part entière qu’il filme avec appétit et nostalgie, de la luxuriante nature aux marchés bondés de Lagos. Bien qu’anglais d’adoption, Akinola Davies Jr. regarde son pays comme un clan sans chef, sans leader pour le défendre des turbulences. De ce film émane une angoisse toute enfantine à voir le monde des adultes trembler et s’écrouler. Comme la lettre de deux enfants à leur père, comme un souvenir qu’ils tentent de graver dans leur esprit avant qu’il ne s’évanouisse, Une journée avec mon père nous touche par le contraste entre la grande maturité de sa forme, forgée par deux adultes, et la grande souffrance des deux enfants qui s’expriment à cœur ouvert. Dans ce récit semi-autobiographique, Folarin, superbement interprété par Sopé Dìrísù, a quelque chose de la figure du père mythifié, comme un souvenir d’enfant authentiquement vécu ou seulement rêvé, le doute subsiste… Peu à peu s’éclaire aussi la double vie de Folarin, mêlé à une organisation politique persécutée par le gouvernement. Nous sommes en 1993, après de longues années de dictature militaire, une période d’espoir démocratique est née et semble devoir culminer en ce jour d’élection présidentielle. Tandis qu’une menace gronde et que la violence semble se propager comme un vent mauvais à tous les coins de rue, se dévoilent peu à peu des pans entiers de la vie de ce père qu’ils ne connaissent pas, ainsi que les terribles remous dans le pays. La mise en scène instille des nuances délicates, des décalages sensoriels, qui nous font pressentir que les enfants d’un côté et le père de l’autre ne vivent pas forcément dans la même réalité. Porté par une très belle photographie et une colorimétrie qui fait écho aux images d'archives qui traversent la fiction, Un jour avec mon père se distingue aussi par l’écriture poétique de son montage, qui relie sans cesse les actions concrètes des personnages à une sorte d’état intérieur ou à quelque chose de plus grand qui les dépasse, sûrement l’univers riche et intime d’un cinéaste à suivre, qui nous séduit dès son premier film. 

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