Jane Goodall, une grande Dame s'en est allée
Celle qui murmurait à l'oreille des chimpanzés s’est éteinte hier à 91 ans. La grande éthologue et anthropologue anglaise Jane Goodall aura révolutionné la science en observant ces animaux dans leur milieu naturel, montrant qu’ils ont une personnalité et des émotions. Elle est aussi la première scientifique à avoir rapporté que les chimpanzés utilisaient des outils pour s'alimenter. Dans les années 1960, ses travaux menés dans la réserve de Gombe en Tanzanie sur les primates viennent chambouler la compréhension des comportements des animaux et redéfinir la frontière entre l'homme et les autres espèces. En révélant qu'ils savent eux aussi fabriquer des outils et les manier, la chercheuse a révolutionné le regard que l'homme porte sur sa place dans la nature. Durant des années, elle s'était fondue dans la brume, patiente, discrète. À quatre pattes, glissant entre les buissons, elle avait suivi les chimpanzés, pris le temps de comprendre. Elle n'avait cessé d'observer, guettant le moindre signe. Elle avait écouté les silences, perçu le sens d'un cri, saisi la fragilité d'un regard, l'habileté d'un geste, la particularité d'un caractère. Elle avait déchiffré les alliances, les tensions, la violence et la tendresse qui s'entrelacent dans la jungle. D'abord, ils l'ont regardée, curieux, distants, l'œil noir et perçant, habitués à ne voir l'homme que sous les traits d'un braconnier ou d'un intrus. Mais elle a su se fondre, passant des heures dans les arbres avec les primates, imitant leurs comportements, ou encore mangeant leur nourriture, qu'elle trouvait parfois meilleure que ses propres provisions. Plus elle les observe, plus elle prend conscience des similitudes qui existent entre les hommes et les chimpanzés et combien leurs émotions sont sincères et profondes. Elle sera fustigée pour avoir dit que les chimpanzés sont intelligents et possèdent une personnalité, mais elle défendra sa thèse sur ce sujet, et on lui donnera raison. Les honneurs et la reconnaissance arriveront assez vite et après une immense carrière commencée très tôt au Kenya en 1957, Jane Goodall est depuis devenue une source d'inspirations pour beaucoup. Durant ses recherches, Jane Goodall a vu le monde sauvage s'effacer. Elle l'a senti dans la chair de ses observations. Mais elle n'a pas sombré dans la défaite. Elle a pris la route avec, pour tout bagage, une parole et une certitude : il fallait convaincre, éveiller, alerter. En 1977, elle fonde l'Institut Jane Goodall pour la Recherche, l'Éducation et la Conservation. A travers sa fondation, elle essaye de porter des messages écologistes en devenant une défenseuse infatigable de la protection et de la restauration de la nature. A plus de 90 ans, elle continuait de parcourir le globe pour sensibiliser le public et exhorter les autorités à agir pour freiner le changement climatique. "Nous nous approchons littéralement d'un point de non-retour", alertait-elle auprès de l'AFP en 2022. Jane Goodall était aussi messagère de la paix des Nations unies depuis 2002. Dans un monde aussi chaotique, égoïste et totalement sourd aux enjeux environnementaux, la disparition de cette grande dame, dont la vie est une leçon pour l'humanité entière, laisse un vide immense.
Ci-dessous un documentaire et trois courtes vidéos pour mieux connaître le Dr Jane Goodall :
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