Mort de Lea Massari, actrice fascinante que nous avons tant aimée
D’Antonioni à Alain Cavalier, de Louis Malle à Claude Sautet, aucun cinéaste ne résistait à sa présence discrète et captivante. Celle qui fut une figure majeure du cinéma italien et français des années 60 et 70 s’est éteinte à Rome, sa ville natale, ce lundi 23 juin à 91 ans. Durant ces 20 années, à la fois omniprésente et discrète, dans une brassée de films majeurs, où sa beauté frémissante et expressive, le mystère qui émanait de sa personne, la sensualité un peu farouche de sa voix, cette musique rauque, aussi captivante que ses yeux de chat, son jeu instinctif mais précis, elle fut l’une des figures les plus mémorables et envoûtantes du cinéma européen. Lea Massari commença sa carrière avec son compatriote Mario Monicelli, qui, en 1954, repéra cette fille d’ingénieur, élevée entre l’Espagne, la France et la Suisse. Elle avait alors 21 ans, elle venait d’abandonner ses études d’architecture pour devenir mannequin, mais le cinéaste changea son destin en lui confiant un premier rôle inoubliable, Agnese, rebelle et passionnée face à Mel Ferrer dans Du sang dans le soleil. Grâce au trafic habituel de talents entre cinémas hexagonal et italien par le jeu des coproductions, la France sera très en demande de son regard, de ses gestes et de ses silences, comme lorsqu’elle se tripote le lobe de l’oreille en expliquant son métier d’avocate à Alain Delon avant de lui succomber dans l’Insoumis (1964), formidable film d’Alain Cavalier. Et puis, bien sûr, dans une filmographie en forme de monument à la gloire du septième art, Dino Risi, Sergio Leone, les frères Taviani, René Clément, Michel Deville, Chantal Akerman, et tant d’autres, il y a Louis Malle. Dans Le Souffle au cœur (1971), l’auteur lui a offert le moment le plus sulfureux de sa carrière, un personnage de mère incestueuse, qui a beaucoup fait parler. Elle tourne également avec Valerio Zurlini, Des filles pour l’armée en 1965, puis le Professeur en 1972 avec Alain Delon dans un de ses meilleurs rôles. Après un dernier beau personnage dans le Christ s’est arrêté à Eboli de Francesco Rosi, elle raréfie ses apparitions puis, après avoir quitté la lumière à 57 ans, s’installe en Sardaigne avec son mari, ancien pilote de ligne. Rétive aux hommages, come-back et entretiens rétrospectifs, elle se retire définitivement de la vie publique. Au total, de 1954 à 1984, Lea Massari tourna dans une cinquantaine de films. Elle pouvait se targuer d’avoir travaillé avec une brochette d’acteurs : Alain Delon, Michel Piccoli, Robert Hossein, Jean-Paul Belmondo, Jean-Louis Trintignant, Yves Montand, Marcello Mastroianni, Michel Bouquet, Serge Reggiani, Bernard Blier, Jean-Pierre Cassel, Jacques Dutronc, Laurent Terzieff, et Lino Ventura dont elle était très proche. Il y avait quelque chose d’obstiné dans son regard, d’une extrême élégance, sans aucune vulgarité, et une capacité à le perdre dans l’horizon, dans le vague. Lea Massari, actrice fascinante, avait à la fois la classe, le mystère et la beauté.
Le plaisir de la revoir ci-dessous et même de la réécouter dans une très belle reprise de Gilberto Gil :
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