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Palpitante série d'espionnage teintée d'humour noir

Publié le par Michel Monsay

Palpitante série d'espionnage teintée d'humour noir

Slow Horses n’est pas seulement une série d’espionnage avec tout ce qu’il convient d’action, d’enjeux géopolitiques majeurs et de mise en cause de la toute-puissance des services secrets sur la scène internationale. Elle fait aussi pour la première la première fois une incursion dans l’univers du second degré et de la comédie noire, par sa construction même autour de déclassés d’un système supposé sans faille. En résulte une œuvre d’autant plus critique qu’elle est drôle, alors même que le nœud de l’intrigue repose sur un postulat très sérieux. L’écriture est maîtrisée. La réalisation est soignée. L’interprétation est impeccable avec le génial Gary Oldman, mais aussi Kristin Scott Thomas et Jack Lowden notamment, qui sont totalement investis dans leur personnage. Un peu de satire politique, beaucoup de jeux de miroirs dans la grande tradition de la littérature d’espionnage britannique, et quelques séquences spectaculaires, font le sel de Slow Horses. Will Smith (scénariste homonyme du comédien oscarisé en 2022) y insuffle un vent de fraîcheur séduisant au genre en jouant subtilement la carte de l’humour noir. Il prend un malin plaisir à démontrer tout au long des deux saisons de cette série ambitieuse et originale que, dans un espace saturé de data et de vidéosurveillance, rien ne vaut l’expérience du terrain, la roublardise et le flair. En plus la chanson du générique est écrite et interprétée par Mick Jagger.

Slow Horses est à voir ici sur Apple Tv pour 6,99 € un mois d'abonnement sans engagement ou durant l'essai gratuit de 7 jours.

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Le sacrifice d’un père dans une Ukraine livrée à la corruption

Publié le par Michel Monsay

Le sacrifice d’un père dans une Ukraine livrée à la corruption

Hanté par le tragique mais sans cesse secoué par sa vitalité, Le serment de Pamfir a l’ampleur d’un récit biblique qui se métamorphoserait en polar. Le chaos n’est jamais loin et la trajectoire maudite, dont le magnifique Pamfir cherche à se défaire à toute force, est implacable. Le premier long métrage de l'ukrainien  Dmytro Sukholytkyy-Sobchukun est un film de genres qui mêle avec habileté mais sans aucun artifice les décors de l’Europe de l’Est et les codes du western, le folklore à la tragédie, le mythologique au politique, le film noir et la comédie. Le cinéaste passe d’un genre à l’autre, non pour faire une démonstration de virtuosité, mais pour servir la dramaturgie de ce film à la fois limpide et puissant. Tourné à la frontière de l’Ukraine et de la Roumanie juste avant l’invasion russe, Le serment de Pamfir frappe d’ores et déjà à coups redoublés à la porte de l’Europe. Dans une région de contrebande intense, le film met en scène le retour au village d’un rude père de famille, parti à l'étranger gagner l’argent de son foyer. Sans jamais tomber dans l’esthétisation vaine, Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk parsème le film de tableaux aux frontières du réel, dévoilant un théâtre hostile et sauvage, tout en bois, boue et brume. La force de conviction du Serment de Pamfir, son pouvoir d’entraînement, est de ne pas s’embarrasser d’explications, de ne pas traîner en route, d’avancer de manière irrésistible, fût-ce vers le pire. Filmé en longs et sinueux plans-séquence, englué dans la boue du village et l’obscurité primitive des bois, le récit, en son mouvement profond, marche vers la lumière. Il confère aux personnages qui le peuplent et qui s’y affrontent un statut qui les grandit, les transcende. Ils deviennent les personnifications d’une nation ukrainienne qui affirme avec de plus en plus de force, au risque de sa souveraineté et de son existence même, sa volonté de sortir de la sphère d’influence de la Russie. Telle est la grande force de Dmitro Sukholytkyy-Sobchuk. D’avoir su donner à un simple film de genre la résonance d’une mythologie politique. Ce remarquable premier film séduit par sa mise en scène virtuose et la performance incandescente de son interprète principal.

Le serment de Pamfir est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

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Un drame aussi féroce et poignant qu’étonnant

Publié le par Michel Monsay

Un drame aussi féroce et poignant qu’étonnant

Avec une gravité nouvelle dans sa filmographie, Julie Delpy transforme en drame touchant au fantastique la débâcle d’un couple qui se déchire autour de la garde de sa fille. Dans un parcours, aussi affranchi, aussi libre, aussi atypique que celui de Julie Delpy, chaque nouveau projet semble frappé d’une énergie renouvelée et invincible, fascinante et inclassable. Entre Paris et Los Angeles, où elle vit, son cinéma depuis ses débuts en tant que réalisatrice est bilingue, à l'image des autofictions comme Two Days in New York ou Two Days In Paris, qui la mettent en scène, tel un double trompeur d’elle-même. Il y a toujours chez elle un jeu avec le moi, un narcissisme paradoxal, entre impudeur et fragile nécessité de se livrer. Mais c’est en abordant un sujet a priori moins introspectif, avec l'excellent La Comtesse, que Julie Delpy se livrait peut-être le plus. Cette revisite de la légende noire d’Erzebeth Bathory trahissait un portrait en creux de l’actrice, face à ses angoisses, sa peur de vieillir, le regard sur le temps qui passe. Démythifiant le vampire pour y retrouver la femme, elle évoquait également comment se construisent les contes gothiques et les mensonges lorsqu’une femme à forte personnalité prend soudain trop de place dans un monde d’hommes dominants. My Zoé semble fusionner toutes les inspirations de la cinéaste entre l’amour de l’intime, du cinéma-vérité et ses accointances avec l’imaginaire et le fantastique. Très adroitement Julie Delpy divise son film en trois parties distinctes sans jamais cependant mettre en péril son équilibre, son harmonie. Le film respire une forme de douceur insidieuse, inquiète, dès sa mise en place du décor qui alterne entre beauté de la complicité mère/fille et confrontation extrêmement tendue entre les parents séparés. Sans occulter l’enjeu moral, la cinéaste écarte et dépasse les obstacles sacrilèges, moins intéressée par les dangers de la science que par le lyrisme discret qu’elle infuse à My Zoé, bouleversante variation autour de l’amour indéfectible, infini, immortel. Pour Julie Delpy, rien n’est au-dessus d’un cœur qui bat. Il y a quelque chose de résolument romantique dans la démarche même de ce film, dans sa beauté transgressive où le recours au fantastique fait se rejoindre les contraires, où l’impensable et le condamnable peuvent se métamorphoser en acte miraculeux. Atypique et atemporel, My Zoé affirme plus que jamais le pouvoir de l’imaginaire et du cinéma, d’un art au secours du réel, où seule la fiction s’avère capable de venger la mort, de soigner les deuils et l’irréparable sentiment de vide. Quelque chose de magique. Cru et frontal, étonnant de bout en bout, le film remue. Et Julie Delpy, bouleversante, parvient à faire ressentir, viscéralement, le lien fusionnel mère-enfant, ce point de rupture où plus rien d’autre ne compte que l’obsession de sentir à nouveau la peau douce et les cheveux d’une fillette adorée. Ce très beau film confirme la précieuse singularité de la réalisatrice actrice dans le paysage du cinéma international.

My Zoé est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

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Passionnants jeux de pouvoir

Publié le par Michel Monsay

Passionnants jeux de pouvoir

Délocaliser un roman d’Émile Zola dans l’Angleterre victorienne, le mouvement était osé. Mais Bill Gallagher  s’en débrouille si bien que l’on en oublie qu’il nous propose une adaptation d’Au bonheur des dames. De l’œuvre du romancier, il a conservé l’arène puisque The Paradise est le nom du grand magasin central dans sa dramaturgie. Retenu aussi, le thème de la naissance du commerce de masse comme point de bascule de la société. Et enfin celui du dilemme amoureux. Il s’en saisit mais les colore de cette touche si caractéristique des fictions historiques britanniques à la fois classique et pop. La force de cette série réalisée en 2012, mais inédite en France, est sa vitalité. Jamais les jupons, ni les hauts-de-forme ne sont des carcans pour une galerie de personnages immédiatement attachants, interprétés par un formidable ensemble de comédiens. Entre ceux d’en haut et ceux d’en bas, l’alchimie se révèle parfaite. De même dans la deuxième saison, avec un rare sens de la narration qui donne à la série toute sa puissance, Bill Gallagher poursuit efficacement ce qu’il a entamé dans la première saison. Épisode après épisode, la tension monte. Bien plus qu’une simple ficelle dramaturgique, elle est la caisse de résonance du thème sur lequel il se focalise : l’émancipation des femmes dans le monde du travail. Celles qui travaillent dur pour des salaires peu rémunérateurs, mais le scénario aborde aussi la condition d'autres femmes, ces oisives prisonnières de la cage dorée de leur foyer bourgeois. Les aspirations professionnelles de Denise, un des personnages centraux, son talent pour le commerce et son obstination à briser ce qui ne s’appelle pas encore le plafond de verre figurent les prémices de la lutte féministe en Angleterre. Ascension dans les hautes sphères de la société britannique, changement d'époque avec une aristocratie rentière qui plie face à l'avènement d'une nouvelle bourgeoisie ayant le sens des affaires, changements sociaux… Tout est décrit avec un superbe sens du détail sous la caméra de Marc Jobst, de quoi faire écho au livre culte d'Émile Zola qui aura réussi à capturer son temps. Cette série en deux saisons déploie tous les atouts d’une séduisante fiction en costumes, sentimentale sans mièvrerie, sociale sans lourdeur démonstrative. La critique de l’immobilisme comme celle de l’arrivisme sont finement distillées au fil d’une intrigue dont la conclusion attendue n’exclut ni les rebondissements, ni les imprévus.

The Paradise est à voir ici ou sur le replay d'Arte.

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L'insubmersible

Publié le par Michel Monsay

L'insubmersible

En finale du Masters 1000 de Cincinnati, un des tournois les plus importants après ceux du Grand Chelem, Novak Djokovic a battu Carlos Alcaraz au terme d'un match d'exception. C'était la revanche de Wimbledon, qui avait vu triomphé l'espagnol, après là aussi un match incroyable. C'est à croire qu'ils ne savent faire que dans l'épique. Carlos Alcaraz et Novak Djokovic ont livré un combat d'une intensité quasi inhumaine sous une chaleur étouffante dimanche soir, le second finissant par l'emporter à sa 5e balle de match. Dans une partie aux multiples rebondissements et au niveau de jeu atteignant des sommets, Novak Djokovic a fini par avoir raison du prodige espagnol en trois sets (5-7, 7-6, 7-6) et quasiment quatre heures de jeu. Entre-temps, le Serbe avait lui-même écarté une balle de match en fin de deuxième acte. C'est son 4e titre cette saison, le 95e de sa carrière et le 39e en Masters 1000 (record amélioré). Un record de plus pour le plus grand joueur de l'histoire, que rien ne semble arrêter. Revenu d'entre les morts après un gros coup de fatigue dans le deuxième set, Djokovic a réussi à le gagner au jeu décisif après avoir sauvé une balle de match. Puis peu à peu, il a repris l'ascendant mental et physique dans le troisième set. Et à force de mettre la pression à la relance, il a fait le break à 3-3 pour prendre à son tour une option sur le titre. La qualité des débats était remarquable, mais on n'avait encore rien vu. A 5-3, visiblement émoussé, Alcaraz a toutefois sauvé deux balles de match sur son service dont la seconde d'un passing de coup droit en bout de course ahurissant. Puis à 5-4, après un immense jeu de plus de dix minutes, il est allé reprendre le service de Djokovic, sauvant deux nouvelles balles de match, dont la dernière sur un coup droit long de ligne supersonique. De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace pour ce joueur qui possède tous les coups du tennis à la perfection et peut-être le jeu le plus imprévisible jamais vu sur un court. En mode survie mais toujours lucide pour aller chercher son destin au filet, il sauvait encore quatre balles de break dans le jeu suivant pour reprendre le score. Encore de retour d'un mini-break initial dans le tie-break décisif grâce à un retour-volée bluffant, le génie aux multiples vies a pourtant fini par céder. Car en face il y avait Djokovic, un monstre de sang-froid d'une précision diabolique à la relance, un mur face aux assauts répétés d'Alcaraz, qui a fini par l'épuiser. Pour ceux qui aiment le tennis, ce match est un pur régal entre deux extraterrestres. Cincinnati ne pouvait pas mieux annoncer l'US Open, qui démarre dans quelques jours. On en salive d'avance.

Alacaraz - Djokovic est à voir ici pour 9,99 €, un mois d'abonnement sans engagement à Eurosport.

Sinon ci-dessous, un résumé de la rencontre :

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Une comédie policière élégante et ironique

Publié le par Michel Monsay

Une comédie policière élégante et ironique

A peine échappé de l’Allemagne nazie, Douglas Sirk signe un polar soigné, spirituel, porté par une direction artistique au cordeau. Ce film appartient à la période la moins connue de l’œuvre de Douglas Sirk, entre ses mélodrames allemands des années 1930 et ceux, flamboyants, tournés à la fin de sa carrière américaine (1954-1958). De 1942 , il venait d’arriver à Hollywood, à 1954, il toucha à tous les genres : le polar psy, le film de guerre, le péplum, la satire sociale… Il réalisa surtout ce Scandale à Paris, drôlissime fantaisie en costumes sous influence de Billy Wilder, dont il disait que c’était l'un de ses films préférés. Cette variation très libre sur la vie de Vidocq où il s’affranchit de tout réalisme lui permet, en effet, d’exercer sa divine ironie en abordant son thème de prédilection : le poids du passé et comment s’en libérer. George Sanders, interprète idéalement élégant, est moqueur et ambivalent à souhait. Avec ce film rocambolesque, caustique mais délicat, Douglas Sirk se ­replonge avec délice dans la vieille Europe, celle des jeux de masques, et y oppose le bien et le mal de manière pleinement symboliste. Ce Scandale à Paris, tout en arabesques et en ruptures de ton, évoque à la fois Max Ophuls et le Sacha Guitry des Mémoires d’un tricheurL’Empereur de Paris, remake de Jean-François Richet, en 2018, avec Vincent Cassel dans le rôle de Vidocq, n’a pas le charme de cette version légère et mordante de 1946.

Scandale à Paris est à voir ici pour 9,99 €, un mois sans engagement à Molotov tv.

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Hommage poignant à la Résistance

Publié le par Michel Monsay

Hommage poignant à la Résistance

La Bataille du rail, qui fut tourné en mars et avril 1945, alors que la guerre n’était pas encore terminée, mêle employés de la SNCF et acteurs professionnels. Il reconstitue quelques faits d’armes de la résistance ferroviaire : les sabotages quotidiens ou le déraillement spectaculaire, sans trucage numérique, d’un convoi de troupes allemandes. La très belle image d'Henri Alekan, le grand directeur de la photo des Enfants du paradis entre autres, apporte au film un atout majeur. Tourné sans vedettes ni grands moyens financiers, La Bataille du rail a cependant connu un véritable succès populaire indéniable, en France comme à l’étranger et a consacré René Clément comme l’un des meilleurs réalisateurs de l’après-guerre. En 1946, il obtient ainsi le Prix de la mise en scène et le Prix du jury au Festival de Cannes. Tourné essentiellement à Saint-Brieuc et dans les Côtes d’Armor, La bataille du rail frappe par son côté à la fois artisanal et élaboré, technique et lyrique, avec un souci de la reconstitution impressionnant dans plusieurs scènes mémorables, dont celles des déraillements de trains allemands. L’œuvre a des points communs avec le néoréalisme italien de Rossellini, qui avait livré un brûlot esthétique et politique avec Rome ville ouverte. René Clément a bénéficié du concours de ceux-là mêmes qui furent les acteurs du drame. Il a su saisir leur véritable caractère et ils ont su, de leur coté, vivre simplement devant la caméra, et refaire les gestes qui furent les leurs. Rien n'est plus poignant que cette lutte sourde, implacable, que ces risques accumulés, que ces vies offertes avec une calme résolution. À voir ou à revoir, ce film indispensable et captivant reste l'un des plus puissants jamais réalisé sur cette époque de notre histoire.

La bataille du rail est à voir ici pour 2,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

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Une rareté signée René Clément

Publié le par Michel Monsay

Une rareté signée René Clément

René Clément, le grand cinéaste multi récompensé de La bataille du rail, Paris brûle-t-il ?, Jeux interdits, Plein soleil, Monsieur Ripois pour ne citer qu'eux, dans un registre très différent se moque de tout et de tous dans Quelle joie de vivre : de la politique, de l'héroïsme, des gendarmes, des généraux, des ministres, des vrais et des faux terroristes, mais il ne se moque ni de l'amour ni de ce goût de la liberté qui anime inconsciemment son héros. Nous sommes en 1921. L'Italie est désorganisée. Partout on pérore, on jacasse, on complote. Déjà la menace du fascisme pèse sur le pays. Ce qui suit pourrait être un drame. Mais René Clément a choisi de nous faire rire, et dès les premières images, c'est vers la comédie et la mascarade qu'il nous mène. C'est dans une famille de gentils hurluberlus, qui impriment des tracts anarchistes en pleine montée du fascisme à Rome et chantent des hymnes révolutionnaires, que déboule Ulysse, orphelin venant d’endosser la chemise noire pour les 150 lires promises à la signature. Tombé amoureux de la fille, il se laisse adopter par cette famille de doux-dingues, lui qui n’en a jamais eu. Ulysse ne s’occupe pas de politique, mais la politique va le rattraper. Il ment sur ses origines et se fait passer pour un célèbre anarchiste activiste. Interprété par Alain Delon, qui venait de tourner Plein soleil avec le même René Clément et Rocco et ses frères de Visconti, le jeune acteur de 26 ans fait preuve d'autant de romantisme que d'humour dans son personnage de faux anarchiste sentimental. René Clément s’est emparé de ce scénario de comédie à l’italienne pour réaliser une fable humaniste, à mi-chemin entre Vittorio De Sica et Frank Capra. Dans un noir et blanc soyeux, il dépeint une Italie en plein chaos où chacun se cherche une identité et où tout le monde aspire à être libre. Quelle joie de vivre est un film drôle, qui mêle savamment l'ironie, la tendresse et la gravité.

Quelle joie de vivre est à voir ici ou sur le replay d'Arte.

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Émouvante histoire d'amour dans l'Italie ouvrière des années 70

Publié le par Michel Monsay

Émouvante histoire d'amour dans l'Italie ouvrière des années 70

Dans les années 1970, le cinéma italien était rouge sang. Engagé à gauche toute, empruntant autant à la comédie qu’au drame réaliste. Un vrai crime d’amour (1974) est une fable ouvrière cinglante, ancrée dans ces années de plomb, quand la misère endémique et la corruption politique infusaient les scénarios. Après son conte cruel L’Argent de la vieille, Luigi Comencini réalise une variation de Roméo et Juliette en pays ouvrier. Un vrai crime d'amour est un titre important quoique plutôt méconnu du cinéma italien des années 70, et l’une des grandes réussites de son auteur. C’est un film qui dépeint avec beaucoup de justesse la classe ouvrière, et la difficulté de s’aimer quand on travaille dans la même usine mais qu’on n’appartient pas au même bord idéologique et culturel, et qu’on est contraint à des horaires épuisants, de longs trajets pour se rendre sur son lieu de travail et des logements vétustes ou exigus. Stefania Sandrelli est bouleversante dans le rôle de Carmela, une immigrée sicilienne catholique, dans la banlieue industrielle de Milan, qui tombe amoureuse d’un ouvrier communiste et athée, interprété par Giuliano Gemma. Luigi Comencini adopte le ton d’une tragédie sociale, dans un film qui aborde le sujet central dans l’histoire italienne de l’immigration interne. Depuis la fin du XIXème siècle les populations pauvres et rurale du sud du pays se déplacent vers le nord industrialisé. Ces mouvements migratoires s’accentuent après-guerre, dans les années 50 et 60, et provoquent le déracinement d’une partie du prolétariat, employée dans les usines turinoises ou milanaise mais issue de Sicile, Naples ou la région des Pouilles. Le personnage de Stefania Sandrelli est victime de sa condition et des contradictions culturelles qui divisent l’Italie. Le film n’est pas seulement un témoignage sur l’exploitation des ouvriers. Il dénonce aussi le désastre écologique provoqué par l’industrialisation intensive, mais c'est surtout une tragédie intense, ponctuée de tendresse, mise en scène avec finesse et une profonde empathie par Luigi Comencini, un humaniste lucide, et donc désespéré.

Un vrai crime d'amour est à voir ici ou sur le replay d'Arte.

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Un film poignant et généreux sur ces images manquantes qui ont précédé la loi Veil

Publié le par Michel Monsay

Un film poignant et généreux sur ces images manquantes qui ont précédé la loi Veil

Blandine Lenoir évoque dans Annie colère l'histoire des militantes du MLAC qui, dans les années 1970, luttaient pour le droit à l'avortement. Ce beau film offre un nouveau rôle un or à la formidable Laure Calamy. En 1974, à quelques mois du passage de la loi Veil, alors que des centaines de femmes meurent encore chaque année des suites d’un avortement clandestin, une ouvrière, mariée, deux enfants, à distance de tout engagement politique, tombe enceinte accidentellement. Terrifiée, elle se rend dans l’antenne locale du Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception, une association regroupant médecins, paramédicaux, bénévoles, tous engagés pour la légalisation de l’IVG, où on la rassure. Ce qu’elle découvre là-bas d’écoute, de solidarité et d’engagement la lance dans un processus de métamorphose, déployé sur les deux heures du film solaire de Blandine Lenoir, sorti quelques jours à peine après le vote, à l’Assemblée nationale, sur l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution. Voici donc un roman d’apprentissage qui s’illumine des multiples contre-pieds pris avec les attendus du film militant traditionnel : les trajectoires ne sont pas nécessairement traumatiques, le mari d’Annie n’est pas un macho, les scènes d’avortement ne sont pas filmées comme un arrachement glauque mais comme une simple libération. La surprise permanente que traque la cinéaste sur le visage de Laure Calamy est aussi celle du spectateur, à qui fut très rarement contée l’aventure collective du MLAC. Ce pan méconnu de l’histoire du combat pour la légalisation de l’avortement a été habituellement laissé dans l’ombre de la figure de Simone Veil, dont le combat héroïque, malgré des débats houleux et même parfois violents, a abouti à faire voter la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) le 17 janvier 1975. Ce film très émouvant est le précipité d’une époque, qui mêle l’intime et le politique dans les scènes de groupe, comme dans celles, bouleversantes, d’avortement par cette méthode Karman, où l’aspiration remplace les aiguilles à tricoter ou le violent curetage à l’hôpital par des médecins traitant les femmes de salopes. Soutenue par une mise en scène qui filme avec pudeur et bienveillance des scènes d’avortements jamais sordides, l'excellente troupe d'actrices et d'acteurs est totalement investie dans la juste restitution de l'admirable combat de ces bénévoles. Citons notamment, la scène troublante de beauté où la sublime voix chaude de Rosemary Standley, chanteuse des groupes Moriarty et Birds on wire qui se révèle merveilleuse actrice, fait office d’anesthésie verbale lors d'un avortement. Cinquante ans après les faits, alors que les régressions sur le droit à l'avortement sévissent un peu partout sur la planète, de la Pologne aux Etats-Unis, ce film rappelle l'actualité et la nécessité de ce combat.

Annie colère est à voir ici pour 1,99 € en location ou sur toute plateforme de VOD.

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