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Comédie humaine dans un Pérou en plein boom

Publié le par Michel Monsay

Comédie humaine dans un Pérou en plein boom

Quel bonheur de se plonger dans le dernier roman de Mario Vargas Llosa, le premier que le grand écrivain ait écrit depuis le Prix Nobel de littérature reçu en 2010. A 79 ans, il n’a rien perdu de son immense talent de conteur, de chroniqueur lucide et caustique d’une société péruvienne en pleine mutation, et de maître du bouillonnement romanesque en alternant deux histoires parallèles aussi captivantes l’une que l’autre. La peinture qu’il nous livre de son pays laisse entrevoir une pauvreté qui semble avoir quelque peu reculé, mais avec le développement économique sont venus se greffer une corruption, des mafias locales, des valeurs morales vacillantes notamment auprès de la jeune génération, et une presse qui ne s’intéresse qu’aux faits divers. Malgré cet arrière-plan au constat mitigé, les deux principaux protagonistes de ce magnifique roman ont quelque chose d’héroïque, d’admirable, un héroïsme ordinaire, invisible, notamment l’un d’eux capable de dire non au chantage même lorsqu’un danger de mort le guette. Il ne faut pas croire pour autant qu’il s’agit d’un roman noir, sinistre, bien au contraire il est truculent, l’humour y est souvent présent, et il est surtout remarquablement écrit et construit. Le patron d’une entreprise de transport à Piura dans le Nord du Pérou, un homme intègre, droit, qui s’est fait tout seul à force de travail, découvre un matin une lettre clouée sur sa porte, dans laquelle une organisation sans-doute mafieuse lui propose la protection de son entreprise fleurissante contre la somme de 500 dollars par mois. Il va porter plainte au commissariat pour cette tentative de racket, puis rend visite à une amie qui a des dons de voyance et en laquelle il a une confiance totale pour ses conseils toujours avisés. C’est là le point de départ d’une des deux intrigues que l’on suit avec la même jubilation alternativement d’un chapitre à l’autre. Les deux histoires, truffées de nombreux rebondissements, oscillent entre vaudeville et drame sous la plume virtuose d’un grand monsieur de la littérature.

                                                                                                                     

Le héros discret – Un roman de Mario Vargas Llosa – Gallimard – 479 pages – 23,90 €.

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Etourdissant portrait d’une Amérique en décomposition

Publié le par Michel Monsay

Etourdissant portrait d’une Amérique en décomposition

Maître incontesté du roman noir, James Ellroy sort un magistral quatorzième roman qui nous plonge dans la fureur de sa ville fétiche, Los Angeles, en décembre 1941 au moment de l’attaque de Pearl Harbour qui va précipiter les Etats-Unis dans la guerre. A 67 ans, l’écrivain américain a certainement gagné en fluidité et en clarté, sans perdre son écriture cinématographique qui a le pouvoir de nous transposer instantanément au cœur de son histoire. Ce roman d’une richesse, d’une densité impressionnante, suit la trajectoire de quatre héros masculins et féminins, admirablement écrits, et de très nombreux personnages réels et fictifs qui gravitent autour. Ils ne sont jamais faits d’un seul bloc, l’écrivain explore leurs failles, leurs vices, leur romantisme. Malgré toutes ces histoires parallèles, tous ces points de vue qui s’entrecoupent ou divergent, on ne s’y perd jamais, c’est du grand art. James Ellroy, qui aime vivre dans le passé et refuse de s’intéresser à notre époque, a une incroyable faculté à inventer le Los Angeles de 1941 sans pervertir l’Histoire. Il y règne une corruption généralisée, une cupidité, une immoralité, un antisémitisme et une xénophobie caractérisés, l’auteur allant même chercher des personnages aux déviances sordides. En préambule, une émission de radio nauséabonde où un pasteur et politicard américain fasciste explique à sa manière l’imminence de la guerre. Puis, nous retrouvons deux scientifiques du laboratoire de la police de L.A. en planque devant un drugstore qui a subi plusieurs braquages récemment. L’un deux, d’origine japonaise, a conçu un bidule photographique à déclenchement automatique très ingénieux, qu’il a installé devant le drugstore. Ils assistent à un nouveau braquage, mais n’étant pas policiers n’interviennent pas. Commence alors une enquête plutôt tranquille au regard de ce qui va suivre tout au long de ce roman passionnant, dérangeant, inoubliable. On n’en perd pas une miette, on en redemande même malgré la taille imposante de cette comédie humaine gouvernée par le désir et l’argent. Bonne nouvelle, une suite est déjà à l’écriture pour former au final un nouveau quatuor de Los Angeles après celui du fameux Dahlia noir il y a 25 ans.

 

                                                                                                                      

Perfidia – Un roman de James Ellroy – Editions Rivages – 829 pages – 24 €.

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Un pur roman noir sans complaisance

Publié le par Michel Monsay

Un pur roman noir sans complaisance

Jeune écrivain écossais d’une trentaine d’années, Malcom Mackay clôt ici une trilogie qui a valu à son auteur bien des éloges. Ce dernier roman, qu’on se le dise, pouvant être apprécié à sa juste valeur sans avoir lu les deux premiers. Point de héros dans cette histoire, ni du côté de la mafia ni de celui de la police, le romancier dessinant ses personnages avec une certaine froideur, tout en auscultant chaque geste, chaque comportement, leurs interrogations, leurs calculs, leurs doutes, leurs peurs. Derrière une écriture sèche, précise, composée de phrases courtes, il dépeint le crime organisé sans glorifier qui que ce soit, simplement des hommes avides d’argent et de pouvoir. Cela change de bon nombre de polars fascinés par la mafia ou pour le moins indulgents avec elle, et le résultat est d’autant plus glaçant, impressionnant. Après une séquence d’ouverture qui nous plonge directement dans la noirceur de ce roman, l’intrigue va s’épaissir, avec plusieurs personnages dont nous allons suivre les faits, gestes et manigances, dans un crescendo admirablement bien construit. L’action se déroule à Glasgow, un comptable de 61 ans qui a une clientèle de petits chefs d’entreprise honnêtes en apparence, pour lesquels il arrange parfois les comptes, finit un peu tardivement sa journée. En allant récupérer sa voiture sur le parking, deux policiers lui demandent de le suivre au commissariat pour lui poser des questions. Chemin faisant, il se rend compte que la voiture ne prend pas la direction du commissariat, et n’est plus tout à fait sûr qu’il s’agisse de policiers. Ce roman, qui devient rapidement addictif, nous entraîne dans l’univers glauque de la pègre que l’auteur retranscrit et analyse minutieusement, comme cela a rarement été fait jusqu’à présent. C’est à la fois très juste, épuré, et pourtant l’émotion est bien présente dans ce polar haletant.

 

                                                                                                                   

Ne reste que la violence – Un roman de Malcom Mackay – Editions Liana Levi – 337 pages – 19 €. 

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Un futur apocalyptique

Publié le par Michel Monsay

Un futur apocalyptique

Beaucoup pensent que le Prix Médicis, attribué à Antoine Volodine, est certainement le plus mérité des prix littéraires 2014. A 65 ans, ce romancier à l’œuvre déjà conséquente dans laquelle il a créé un univers à part entière à la fois imaginaire, poétique et politique que l’on retrouve au fil de ses romans, reçoit ce prix avec bonheur comme l’aboutissement de 30 années d’écriture. D’une très grande originalité, ce roman d’anticipation nous plonge dans un monde apocalyptique où les accidents nucléaires et les guerres ont eu raison d’une grande partie de l’humanité. Cette originalité tient autant dans la construction narrative que dans l’histoire en elle-même, étonnant mélange de conte, d’onirisme débridé, de chamanisme effrayant, et de noirceur parfois teintée d’humour. Il faut ici abandonner toute logique et se laisser porter par cette envoûtante odyssée, où l’écrivain nous emmène avec virtuosité autant dans des univers parallèles où la frontière entre la vie et la mort est devenue très poreuse, que dans des espaces bien plus réels détruits par les mauvais choix de l’humanité. Deux hommes et une femme, suite à la chute de la deuxième Union Soviétique égalitariste pour laquelle ils ont combattu, se sont réfugiés dans les immenses territoires vides de Sibérie totalement irradiés par des accidents nucléaires. Après 29 jours de marche, les rayonnements ont transformés les trois camarades en sorte de zombies, surtout la femme dont la vie ne tient plus qu’à un fil. Alors qu’ils n’ont plus ni nourriture ni eau, l’un deux voit au loin de la fumée qui pourrait peut-être venir d’un village, et décide de s’y rendre malgré l’épuisement, un train avec des soldats non loin d’eux et une forêt très dense à traverser. Ce roman incomparable se vit comme une expérience unique, dans ce qui pourrait être le futur de l’Humanité ou simplement l’incroyable imaginaire d’Antoine Volodine.

 

                                                                                                                      

Terminus radieux – Un roman d’Antoine Volodine – Editions du Seuil – 617 pages – 22 €. 

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Le destin gâché d’une femme remarquable

Publié le par Michel Monsay

Le destin gâché d’une femme remarquable

Ce magnifique roman est l’une des plus belles surprises de la rentrée littéraire. A 49 ans, Eric Reinhardt est au sommet de son art, celui de mêler on ne peut plus habilement réalité et fiction en s’incluant dans l’exercice. Il n’est pas question ici d’une autofiction classique, même si le roman est écrit par moments à la première personne et si l’auteur apparaît à plusieurs reprises dans l’intrigue, il s’agit bien plus d’un bouleversant portrait de femme. Si cette histoire nous touche autant, au-delà des intolérables faits relatés, c’est aussi dû à l’écriture empreinte de poésie, de romantisme, au style à la fois d’une grande précision jusque dans les détails et d’un usage de la métaphore qui touche à la perfection, enfin à une remarquable construction qui maintient une émotion constante de la première à la dernière ligne. C’est la colère qu’il ressent face à des destins empêchés qui motive souvent Eric Reinhardt à prendre sa plume. La rencontre avec des lectrices victimes d’harcèlement conjugal lui a inspiré son 6ème roman, véritable descente aux enfers entrecoupée de rares moments de plénitude. Le livre démarre justement lorsqu’Eric Reinhardt reçoit une merveilleuse lettre d’une lectrice, qui le touche profondément. Commence alors une correspondance de la même teneur entre l’écrivain et cette femme professeur de français dans un lycée de Metz, jusqu’à une première rencontre dans un café du Palais-Royal à Paris. Ils y parlent du dernier livre de l’auteur et à travers ce que cette lectrice lui raconte de son ressenti, Eric Reinhardt commence à entrevoir les problèmes qui empêchent cette femme d’être heureuse, qu’elle lui révèlera lors d’une deuxième rencontre quelques mois plus tard. Par un processus d’écriture d’une grande originalité, l’écrivain nous offre un roman poignant, un personnage inoubliable, un témoignage précieux sur le harcèlement conjugal, dont on ne sort pas indemne.

 

                                                                                                                      L’amour et les forêts – Un roman d’Eric Reinhardt – Gallimard – 366 pages – 21,90 €. 

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Passionnante fresque dans le Sud américain des années 1920

Publié le par Michel Monsay

Passionnante fresque dans le Sud américain des années 1920

De cette profusion de la rentrée littéraire il est toujours intéressant d’aller chercher la perle rare. Celle qui ne fait pas forcément la une des médias mais dont la lecture nous laisse un souvenir impérissable. « Nos disparus » en est le parfait exemple. Avec ce deuxième roman paru en France, Tim Gautreaux écrivain américain de 67 ans, professeur d’université et auteur d’autres écrits qui n’ont pas été traduits pour le moment, nous offre une épopée sur les rives du Mississippi à la fois rocambolesque, cruelle et émouvante. Son nom à consonance française lui vient de ses origines cajuns qu’il partage avec le héros de ce formidable roman. Avec un talent de conteur tout à fait impressionnant, il s’est nourri des histoires racontées par son père capitaine de remorqueur et son grand-père chef mécanicien de bateaux à vapeur, pour ressusciter la Louisiane des années 1920 à travers une intrigue palpitante. Si de grands écrivains sont régulièrement cités à la lecture de sa prose, comme Faulkner, Conrad ou Twain, Tim Gautreaux n’a rien à leur envier lorsqu’il nous raconte si remarquablement le Sud profond, les bourgades au bord du fleuve tantôt riches tantôt d’une écrasante pauvreté, les contrées reculées, les populations parfois arriérées, les paysages humides assommés de chaleur, le jazz naissant, les bateaux à aubes et leurs soirées dansantes mouvementées sur le Mississippi. L’histoire démarre sur un navire qui approche des côtes françaises avec à son bord 4000 soldats américains. Il touche terre à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918 devant une foule en délire suite à la signature de l’armistice. Après quelques jours de flottement, des soldats sont envoyés pour déminer les champs de bataille. Parmi eux, nous faisons connaissance avec Sam, 23 ans, dont la famille a été massacrée en Louisiane alors qu’il avait 6 mois et qui lui-même a perdu son fils de deux ans à cause d’une mauvaise fièvre. Derrière la noirceur de certaines situations, et alors que le protagoniste est confronté aux sentiments de culpabilité, de perte, de vengeance, le fond de ce roman indispensable est empreint d’optimisme et d’humanité. Un des chocs de cette rentrée.

                                                                                                                

Nos disparus – Un roman de Tim Gautreaux – Editions du Seuil – 540 pages – 23 €.

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Au cœur d’un scandale révoltant

Publié le par Michel Monsay

Au cœur d’un scandale révoltant

Après avoir été un très bon journaliste politique, Robert Harris est devenu romancier depuis une vingtaine d’années, en recueillant un succès international qui ne va pas se démentir avec son dernier chef-d’œuvre. A 57 ans, cet anglais à l’écriture incroyablement addictive nous fait vivre l’affaire Dreyfus sous un angle nouveau et palpitant, avec une précision remarquable ainsi qu’un sens du récit et du suspense à couper le souffle. Comme plusieurs de ses romans, D. va aussi être adapté au cinéma, une nouvelle fois par Roman Polanski comme pour l’excellent « The ghost writer ». C’est d’ailleurs le cinéaste qui lui a suggéré d’écrire un roman sur l’affaire Dreyfus. En lisant ce livre inoubliable, on ne peut que remercier Polanski de sa bonne idée, tant l’écrivain parvient admirablement à recréer le Paris de la fin du XIXe siècle et le climat nauséeux qui régnait autour de l’affaire Dreyfus. Dans ce sombre épisode de l’Histoire française, l’auteur explore minutieusement l’écœurante erreur judicaire pour mettre en lumière la honte de l’armée française, et l’épouvantable antisémitisme présent dans toutes les couches de la population. Le commandant Picquart, qui va être le fascinant narrateur de toute cette histoire, arrive chez le ministre de la guerre pour lui raconter par le menu, ainsi qu’au chef d’état-major, la dégradation publique devant 20 000 personnes du capitaine Dreyfus. Ce spectacle, de l’abominable humiliation d’un homme devant un parterre complètement hostile, a été organisé par le ministre mais il n’a pas pu y assister à cause du protocole. Il a donc chargé Picquart, qu’il estime et considère comme un officier littéraire, de lui rapporter moult détails et commentaires. A la fin du récit de Picquart, le ministre lui annonce que Dreyfus va être envoyé sur l’île du diable près de Cayenne pour y être incarcéré dans les pires conditions. Si tous les romans historiques pouvaient être aussi passionnants, aussi bien construits, aussi riches d’un arrière-plan intime des personnages tout en étant parfaitement documentés, on ne lirait plus que cela. Du grand art !

 

                                                                                                                      

D. – Un roman de Robert Harris – Plon – 483 pages – 22 €.

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L’implosion d’une famille auscultée avec une grande intelligence

Publié le par Michel Monsay

L’implosion d’une famille auscultée avec une grande intelligence

Professeur d’écriture à l’Université du Texas, âgé de 42 ans, Andrew Porter avait publié un recueil de nouvelles il y a quelques années, dans lequel certains avaient déjà repéré un talent qui se confirme aujourd’hui de manière éclatante. Ce formidable premier roman nous plonge au cœur d’une famille américaine, valeur-refuge de l’après 11 septembre, en pleine décomposition où le père, la mère, le fils et la fille, chacun à leur manière tente de se reconstruire avec difficulté en dehors du cocon familial. L’auteur, avec un sens inouï de la dramaturgie et du suspense, construit son récit en distillant au compte-gouttes des informations sur ses personnages et leurs agissements. Cela a pour effet de nous tenir constamment en haleine, tout en permettant au romancier d’analyser très finement l’évolution et les contradictions des 4 protagonistes et des personnes qui les entourent. Il revient régulièrement dans le passé de chacun, sans jamais nous embrouiller, pour dérouler judicieusement le fil de son intrigue et éclaircir les zones d’ombre de ses personnages. On pense parfois à la grande Laura Kasischke quand insidieusement s’installe une atmosphère étouffante avec des situations ambigües, secrètes, et où l’art de la manipulation se conjugue à toutes les personnes. Un architecte autour de la cinquantaine vivant à Houston, divorcé depuis quelques mois, se complait dans un alcoolisme quotidien, qu’il démarre chaque jour après le travail au bar d’un hôtel cossu et poursuit dans la soirée en compagnie de la femme qu‘il fréquente depuis son divorce. Ce jour-là, un événement va venir s’immiscer dans son rituel et le perturber durablement, ainsi que toute sa petite famille déjà bien secouée par le divorce. Son ex-femme, avec laquelle il entretient des rapports tendus, l’appelle pour le prévenir que leur fille s’est fait renvoyer temporairement de l’université où elle étudie. Crescendo, les problèmes et les dilemmes vont se succéder pour chacun des personnages, qui vont devoir prendre des décisions difficiles. A travers cette famille, ce romancier très prometteur dissèque avec une grande maestria, ces fameux tournants de nos vies où il ne faut pas se rater.

                                                                                                                      

Entre les jours – Un roman d’Andrew Porter – Editions de l’Olivier – 391 pages – 23 €.

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Thriller politique très proche de la réalité

Publié le par Michel Monsay

Thriller politique très proche de la réalité

Auteur de romans marquants comme « La chambre des officiers » sur des soldats défigurés de la grande guerre, « Une exécution ordinaire » qui met en scène notamment Staline, ou « La malédiction d’Edgar » sur la vie de Hoover redoutable patron du FBI, tous trois adaptés au cinéma ou à la télévision, Marc Dugain s’attaque aujourd’hui à la politique française et ses troubles ramifications. A 57 ans, l’écrivain dissèque avec une incroyable précision un monde qu’il connaît bien où le pouvoir est le principal enjeu, et où la forme a définitivement pris le pas sur le fond. Il construit très judicieusement un puzzle où de nombreux personnages prennent progressivement place, et laissent apparaître les manipulations et les liens dangereux entre les milieux politiques et économiques avec en arbitre les services de renseignements dont le pouvoir fait froid dans le dos. Des chapitres courts avec une écriture directe et très efficace, où l’on passe d’un personnage à l’autre avec la même excitation que dans les meilleures séries télé. Deux principaux protagonistes, que l’on découvre dès le début du roman, se détachent des autres. L’histoire s’ouvre sur une femme agent de la DCRI, vivant avec son fils atteint d’une forme d’autisme, qui reçoit son père à dîner pour lequel elle n’éprouve pas une grande affection. Puis, un député-maire chef de l’opposition et favori des sondages pour la prochaine élection présidentielle rend visite à son père, qui finit ses jours paisiblement dans une maison médicalisée. Il entame avec lui une conversation où à la fois il remercie le vieil homme et lui pardonne ses manquements, tout en ne sachant pas s’il comprend encore ses propos. Tous les personnages remarquablement pensés jusque dans les détails de ce passionnant roman, où l’aspect psychologique a une place importante, tendent à montrer sous la plume très lucide de Marc Dugain, l’état exsangue de notre démocratie. Entre thriller et comédie humaine, « L’emprise », dont une suite est prévue, nous apporte un formidable éclairage sur les coulisses du pouvoir sans jamais tomber dans la caricature.

                                                                                                                    

L’emprise – Un roman de Marc Dugain – Gallimard – 314 pages – 19,50 €.  

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D’une culpabilité à l’autre

Publié le par Michel Monsay

D’une culpabilité à l’autre

Classé comme roman policier, le dernier écrit de Thomas H. Cook est bien plus que cela, comme souvent chez cet auteur de polar. C’est un grand roman tout court, bouleversant et inoubliable. Certes, il y a une intrigue policière autour de la mort d’une femme, un procès, un suspense très habilement conçu, mais cet écrivain américain de 66 ans confirme son remarquable talent pour se servir de ce décorum afin de sonder la nature humaine. D’une belle écriture parsemée de réflexions existentielles très justes et lucides, mais aussi de savoureuses références littéraires, ce roman nous plonge au cœur d’une petite ville de Géorgie près d’Atlanta, dont la quiétude est perturbée par cette affaire. Les personnages centraux, secondaires, voire même ceux qui n’apparaissent que le temps d’une scène, sont décrits avec une rare finesse psychologique et une faculté d’observation qui font sourire, froid dans le dos ou émeuvent profondément. Un couple de professeurs d’université d’une quarantaine d’années est la colonne vertébrale de ce drame judicaire, dont l’homme est le narrateur. On avance à tâtons d’une révélation à l’autre, venant soit d’un témoignage soit des très nombreux souvenirs récents ou plus lointains qui rejaillissent à l’esprit de l’homme, afin de comprendre ce qui a pu se passer. Le récit démarre au moment où le jury va prononcer son verdict au procès du mari accusé du meurtre de sa femme, qui risque la peine de mort. Avant de connaître la sentence, nous allons revivre le déroulé du procès et pénétrer dans la vie de ce couple qui paraissait avoir tout pour être heureux. Thomas H. Cook parvient tout à la fois à nous passionner, nous tenir en haleine, nous troubler durablement et nous renvoyer à nos propres comportements, notre évolution dans la vie, avec une virtuosité confondante.

 

Le dernier message de Sandrine Madison – Un roman de Thomas H. Cook – Editions du Seuil – 386 pages – 21 €.

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