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livres

Passionnante fresque dans le Sud américain des années 1920

Publié le par Michel Monsay

Passionnante fresque dans le Sud américain des années 1920

De cette profusion de la rentrée littéraire il est toujours intéressant d’aller chercher la perle rare. Celle qui ne fait pas forcément la une des médias mais dont la lecture nous laisse un souvenir impérissable. « Nos disparus » en est le parfait exemple. Avec ce deuxième roman paru en France, Tim Gautreaux écrivain américain de 67 ans, professeur d’université et auteur d’autres écrits qui n’ont pas été traduits pour le moment, nous offre une épopée sur les rives du Mississippi à la fois rocambolesque, cruelle et émouvante. Son nom à consonance française lui vient de ses origines cajuns qu’il partage avec le héros de ce formidable roman. Avec un talent de conteur tout à fait impressionnant, il s’est nourri des histoires racontées par son père capitaine de remorqueur et son grand-père chef mécanicien de bateaux à vapeur, pour ressusciter la Louisiane des années 1920 à travers une intrigue palpitante. Si de grands écrivains sont régulièrement cités à la lecture de sa prose, comme Faulkner, Conrad ou Twain, Tim Gautreaux n’a rien à leur envier lorsqu’il nous raconte si remarquablement le Sud profond, les bourgades au bord du fleuve tantôt riches tantôt d’une écrasante pauvreté, les contrées reculées, les populations parfois arriérées, les paysages humides assommés de chaleur, le jazz naissant, les bateaux à aubes et leurs soirées dansantes mouvementées sur le Mississippi. L’histoire démarre sur un navire qui approche des côtes françaises avec à son bord 4000 soldats américains. Il touche terre à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918 devant une foule en délire suite à la signature de l’armistice. Après quelques jours de flottement, des soldats sont envoyés pour déminer les champs de bataille. Parmi eux, nous faisons connaissance avec Sam, 23 ans, dont la famille a été massacrée en Louisiane alors qu’il avait 6 mois et qui lui-même a perdu son fils de deux ans à cause d’une mauvaise fièvre. Derrière la noirceur de certaines situations, et alors que le protagoniste est confronté aux sentiments de culpabilité, de perte, de vengeance, le fond de ce roman indispensable est empreint d’optimisme et d’humanité. Un des chocs de cette rentrée.

                                                                                                                

Nos disparus – Un roman de Tim Gautreaux – Editions du Seuil – 540 pages – 23 €.

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Au cœur d’un scandale révoltant

Publié le par Michel Monsay

Au cœur d’un scandale révoltant

Après avoir été un très bon journaliste politique, Robert Harris est devenu romancier depuis une vingtaine d’années, en recueillant un succès international qui ne va pas se démentir avec son dernier chef-d’œuvre. A 57 ans, cet anglais à l’écriture incroyablement addictive nous fait vivre l’affaire Dreyfus sous un angle nouveau et palpitant, avec une précision remarquable ainsi qu’un sens du récit et du suspense à couper le souffle. Comme plusieurs de ses romans, D. va aussi être adapté au cinéma, une nouvelle fois par Roman Polanski comme pour l’excellent « The ghost writer ». C’est d’ailleurs le cinéaste qui lui a suggéré d’écrire un roman sur l’affaire Dreyfus. En lisant ce livre inoubliable, on ne peut que remercier Polanski de sa bonne idée, tant l’écrivain parvient admirablement à recréer le Paris de la fin du XIXe siècle et le climat nauséeux qui régnait autour de l’affaire Dreyfus. Dans ce sombre épisode de l’Histoire française, l’auteur explore minutieusement l’écœurante erreur judicaire pour mettre en lumière la honte de l’armée française, et l’épouvantable antisémitisme présent dans toutes les couches de la population. Le commandant Picquart, qui va être le fascinant narrateur de toute cette histoire, arrive chez le ministre de la guerre pour lui raconter par le menu, ainsi qu’au chef d’état-major, la dégradation publique devant 20 000 personnes du capitaine Dreyfus. Ce spectacle, de l’abominable humiliation d’un homme devant un parterre complètement hostile, a été organisé par le ministre mais il n’a pas pu y assister à cause du protocole. Il a donc chargé Picquart, qu’il estime et considère comme un officier littéraire, de lui rapporter moult détails et commentaires. A la fin du récit de Picquart, le ministre lui annonce que Dreyfus va être envoyé sur l’île du diable près de Cayenne pour y être incarcéré dans les pires conditions. Si tous les romans historiques pouvaient être aussi passionnants, aussi bien construits, aussi riches d’un arrière-plan intime des personnages tout en étant parfaitement documentés, on ne lirait plus que cela. Du grand art !

 

                                                                                                                      

D. – Un roman de Robert Harris – Plon – 483 pages – 22 €.

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L’implosion d’une famille auscultée avec une grande intelligence

Publié le par Michel Monsay

L’implosion d’une famille auscultée avec une grande intelligence

Professeur d’écriture à l’Université du Texas, âgé de 42 ans, Andrew Porter avait publié un recueil de nouvelles il y a quelques années, dans lequel certains avaient déjà repéré un talent qui se confirme aujourd’hui de manière éclatante. Ce formidable premier roman nous plonge au cœur d’une famille américaine, valeur-refuge de l’après 11 septembre, en pleine décomposition où le père, la mère, le fils et la fille, chacun à leur manière tente de se reconstruire avec difficulté en dehors du cocon familial. L’auteur, avec un sens inouï de la dramaturgie et du suspense, construit son récit en distillant au compte-gouttes des informations sur ses personnages et leurs agissements. Cela a pour effet de nous tenir constamment en haleine, tout en permettant au romancier d’analyser très finement l’évolution et les contradictions des 4 protagonistes et des personnes qui les entourent. Il revient régulièrement dans le passé de chacun, sans jamais nous embrouiller, pour dérouler judicieusement le fil de son intrigue et éclaircir les zones d’ombre de ses personnages. On pense parfois à la grande Laura Kasischke quand insidieusement s’installe une atmosphère étouffante avec des situations ambigües, secrètes, et où l’art de la manipulation se conjugue à toutes les personnes. Un architecte autour de la cinquantaine vivant à Houston, divorcé depuis quelques mois, se complait dans un alcoolisme quotidien, qu’il démarre chaque jour après le travail au bar d’un hôtel cossu et poursuit dans la soirée en compagnie de la femme qu‘il fréquente depuis son divorce. Ce jour-là, un événement va venir s’immiscer dans son rituel et le perturber durablement, ainsi que toute sa petite famille déjà bien secouée par le divorce. Son ex-femme, avec laquelle il entretient des rapports tendus, l’appelle pour le prévenir que leur fille s’est fait renvoyer temporairement de l’université où elle étudie. Crescendo, les problèmes et les dilemmes vont se succéder pour chacun des personnages, qui vont devoir prendre des décisions difficiles. A travers cette famille, ce romancier très prometteur dissèque avec une grande maestria, ces fameux tournants de nos vies où il ne faut pas se rater.

                                                                                                                      

Entre les jours – Un roman d’Andrew Porter – Editions de l’Olivier – 391 pages – 23 €.

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Thriller politique très proche de la réalité

Publié le par Michel Monsay

Thriller politique très proche de la réalité

Auteur de romans marquants comme « La chambre des officiers » sur des soldats défigurés de la grande guerre, « Une exécution ordinaire » qui met en scène notamment Staline, ou « La malédiction d’Edgar » sur la vie de Hoover redoutable patron du FBI, tous trois adaptés au cinéma ou à la télévision, Marc Dugain s’attaque aujourd’hui à la politique française et ses troubles ramifications. A 57 ans, l’écrivain dissèque avec une incroyable précision un monde qu’il connaît bien où le pouvoir est le principal enjeu, et où la forme a définitivement pris le pas sur le fond. Il construit très judicieusement un puzzle où de nombreux personnages prennent progressivement place, et laissent apparaître les manipulations et les liens dangereux entre les milieux politiques et économiques avec en arbitre les services de renseignements dont le pouvoir fait froid dans le dos. Des chapitres courts avec une écriture directe et très efficace, où l’on passe d’un personnage à l’autre avec la même excitation que dans les meilleures séries télé. Deux principaux protagonistes, que l’on découvre dès le début du roman, se détachent des autres. L’histoire s’ouvre sur une femme agent de la DCRI, vivant avec son fils atteint d’une forme d’autisme, qui reçoit son père à dîner pour lequel elle n’éprouve pas une grande affection. Puis, un député-maire chef de l’opposition et favori des sondages pour la prochaine élection présidentielle rend visite à son père, qui finit ses jours paisiblement dans une maison médicalisée. Il entame avec lui une conversation où à la fois il remercie le vieil homme et lui pardonne ses manquements, tout en ne sachant pas s’il comprend encore ses propos. Tous les personnages remarquablement pensés jusque dans les détails de ce passionnant roman, où l’aspect psychologique a une place importante, tendent à montrer sous la plume très lucide de Marc Dugain, l’état exsangue de notre démocratie. Entre thriller et comédie humaine, « L’emprise », dont une suite est prévue, nous apporte un formidable éclairage sur les coulisses du pouvoir sans jamais tomber dans la caricature.

                                                                                                                    

L’emprise – Un roman de Marc Dugain – Gallimard – 314 pages – 19,50 €.  

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D’une culpabilité à l’autre

Publié le par Michel Monsay

D’une culpabilité à l’autre

Classé comme roman policier, le dernier écrit de Thomas H. Cook est bien plus que cela, comme souvent chez cet auteur de polar. C’est un grand roman tout court, bouleversant et inoubliable. Certes, il y a une intrigue policière autour de la mort d’une femme, un procès, un suspense très habilement conçu, mais cet écrivain américain de 66 ans confirme son remarquable talent pour se servir de ce décorum afin de sonder la nature humaine. D’une belle écriture parsemée de réflexions existentielles très justes et lucides, mais aussi de savoureuses références littéraires, ce roman nous plonge au cœur d’une petite ville de Géorgie près d’Atlanta, dont la quiétude est perturbée par cette affaire. Les personnages centraux, secondaires, voire même ceux qui n’apparaissent que le temps d’une scène, sont décrits avec une rare finesse psychologique et une faculté d’observation qui font sourire, froid dans le dos ou émeuvent profondément. Un couple de professeurs d’université d’une quarantaine d’années est la colonne vertébrale de ce drame judicaire, dont l’homme est le narrateur. On avance à tâtons d’une révélation à l’autre, venant soit d’un témoignage soit des très nombreux souvenirs récents ou plus lointains qui rejaillissent à l’esprit de l’homme, afin de comprendre ce qui a pu se passer. Le récit démarre au moment où le jury va prononcer son verdict au procès du mari accusé du meurtre de sa femme, qui risque la peine de mort. Avant de connaître la sentence, nous allons revivre le déroulé du procès et pénétrer dans la vie de ce couple qui paraissait avoir tout pour être heureux. Thomas H. Cook parvient tout à la fois à nous passionner, nous tenir en haleine, nous troubler durablement et nous renvoyer à nos propres comportements, notre évolution dans la vie, avec une virtuosité confondante.

 

Le dernier message de Sandrine Madison – Un roman de Thomas H. Cook – Editions du Seuil – 386 pages – 21 €.

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Un imprévisible roman noir teinté d’ironie

Publié le par michelmonsay

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Assez peu connu du grand public, ce romancier et dramaturge de 60 ans est pourtant très apprécié de la critique depuis de nombreuses années, ainsi que d’un lectorat en constante progression. Dans son treizième roman, assez court, comme toujours chez cet auteur qui cultive la parcimonie et le sens de l’épure avec virtuosité, il installe rapidement une atmosphère doucement anxiogène qui va s’épaissir au fil des pages. Entre roman noir et polar à la Simenon avec une pointe d’ironie sous-jacente, le style d’Yves Ravey fait de phrases simples et le plus souvent de petits chapitres, impressionne par sa capacité à nous emmener dans des directions imprévues, et à nous révéler sans crier gare la vraie nature des personnages. Derrière le narrateur et protagoniste principal de cette intrigante histoire, qui nous apparaît comme un ami généreux et bienveillant, se dévoile progressivement une sorte d’antihéros combinard mais attachant. La force de ce roman se trouve également dans ses détails, que l’écrivain aime parsemer pour nourrir l’énigme et semer de fausses pistes, mais aussi pour laisser parfois entrevoir les surprenants événements à venir. Un homme arrive au chevet de son meilleur ami, victime d’une mine antipersonnel en Afrique et que l’on a rapatrié à l’hôpital de Montauban, pour le veiller les trois derniers jours qu’il lui reste à vivre. Le mourant lui révèle l’existence de sa fille dont il a perdu la trace, qui a été internée en asile psychiatrique et de ce fait a perdu la garde de son fils après son divorce. Notre homme promet à son ami de la retrouver et de veiller sur elle, sans en imaginer les conséquences. Avec une écriture d’une limpidité rare, Yves Ravey a construit un thriller très original et plutôt glauque, proche de certains films de Chabrol, que l’on dévore en ne sachant absolument pas ce qu’il nous réserve, le rendant ainsi encore plus excitant.

 

La fille de mon meilleur ami – Un roman d’Yves Ravey – Les éditions de Minuit – 156 pages – 14 €.

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Envoûtant portrait d’une idole et d’un monde révolu

Publié le par michelmonsay

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Celle que le monde entier a découverte un jour de juillet 1976 aux Jeux Olympiques de Montréal, en devenant la première gymnaste à obtenir la note de 10, continue de fasciner près de 40 ans plus tard. La romancière et chanteuse Lola Lafon, qui était à peine née lorsque Nadia Comaneci atteignait la perfection à l’âge de 14 ans, s’est emparée à bras le corps de la vie de cette athlète mythique, pour en écrire un passionnant roman à la fois très documenté et imaginaire. Ayant vécu une partie de son enfance en Roumanie, Lola Lafon explore, en plus des silences de la mystérieuse fée des Carpates, le régime communiste de Ceausescu sans nostalgie ni apologie bien évidemment, mais sans caricature non plus comme cela a souvent été le cas. Elle interroge subtilement le manichéisme Est/Ouest des années 1980, et se sert de dialogues fantasmés avec Nadia Comaneci pour démontrer que certains côtés du capitalisme occidental ne valaient guère mieux que le communisme. Son écriture virtuose à travers des chapitres courts et vifs, se situe très loin de la mode des biopics rébarbatifs et s’aventure, à l’image de son héroïne, dans des figures acrobatiques pour mieux cerner tout ce qui a participé à ce destin hors-normes. Rarement un roman n’a démarré de manière aussi éblouissante, Lola Lafon nous plonge directement dans la stupéfaction qui a suivi le passage à la poutre de Nadia Comaneci aux JO de Montréal. Même le panneau électronique est dépassé. Il n’était visiblement pas programmé pour afficher la note de 10. La plume de l’écrivaine virevolte entre tous les acteurs de ce moment d’exception, pour nous le faire revivre en nous procurant de vrais frissons. Avec ce roman très riche, outre le bonheur de mieux connaître celle qui a marqué l’Histoire du sport, Lola Lafon aborde magistralement l’envers du décor et ce n’est pas toujours très joli, notamment de la part des journalistes occidentaux.

 

 La petite communiste qui ne souriait jamais – Un roman de Lola Lafon – Actes Sud – 310 pages – 21 €.

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Manipulations à tous les niveaux

Publié le par michelmonsay

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D’un roman à l’autre, Ian McEwan continue à la fois de bâtir une œuvre de tout premier plan et d’explorer l’Histoire anglaise de ces 50 dernières années. Le décor de son dernier petit bijou se situe dans les années 1970 dans un climat de guerre froide culturelle. Les services secrets britanniques enrôlant à leur insu des écrivains hostiles aux idées communistes, pour contrer la tendance très à gauche des intellectuels du moment. A 65 ans, le romancier anglais se sert une nouvelle fois de faits réels pour bâtir autour, de manière vertigineuse, une fiction qui avance crescendo jusqu’à un épilogue renversant. Si l’on peut voir ce roman comme une autobiographie détournée, puisque l’un des personnages principaux est un jeune écrivain dont les nouvelles rappellent celles de McEwan à la même époque, ce n’est là qu’une des nombreuses strates qui le composent. Mensonges, manipulations, ambigüité, ambivalence des personnages, l’auteur excelle en eaux troubles mais aussi dans la description de profonds sentiments amoureux, ou dans une subtile réflexion sur le pouvoir de l’écriture. L’humour est un ingrédient sous-jacent mais assez présent tout au long de ce roman parfois féroce avec ses personnages, qui met en évidence les contradictions d’une société anglaise mal en point dans ces années-là. La narratrice, une anglaise d’une soixantaine d’années, commence son récit en affirmant que 40 ans plus tôt, les services secrets britanniques lui ont confié une mission, dont elle n’est pas sortie indemne et qui a également détruit son amant. Sans s’attarder sur son enfance et son adolescence, elle nous présente sa famille et évoque les premières rencontres décisives de sa vie d’étudiante, notamment celle d’un professeur qui va être son mentor et son premier grand amour. Moins noir que dans ces précédents romans, Ian McEwan nous passionne en mêlant fiction et réalité avec maestria et une légèreté inhabituelle qui lui va très bien.

 

 Opération Sweet Tooth – Un roman de Ian McEwan – Gallimard – 437 pages – 22,50 €.

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Une génération perdue

Publié le par michelmonsay

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Voilà certainement le roman qui a été au centre de toutes les conversations, à juste titre, ces derniers mois. À la fois pour la consécration obtenue en recevant le plus prestigieux des prix littéraires, mais surtout par le choc ressenti à la lecture de cette histoire dérangeante et passionnante. Son auteur de 62 ans, au parcours très atypique, n’a commencé à écrire qu’en 2006 et s’était spécialisé jusque-là dans le polar. Après plusieurs succès dans ce domaine, il a voulu tourner la page et s’essayer au roman. Grand bien lui en a pris avec cette épopée picaresque, foisonnante, qui a pour théâtre la fin de la première guerre mondiale et les deux années qui suivirent, dans une veine politiquement incorrecte sur le fond comme dans la forme. On est bien loin ici des commémorations qui vont se succéder à l’occasion du centenaire de la Grande guerre. L’auteur montre, une France qui préfère honorer ses morts en érigeant des monuments au lieu de s’occuper des rescapés de cette boucherie, livrés à eux-mêmes dans un total dénuement, ainsi que le commerce nauséabond qu’ont pratiqué certains au lendemain de la guerre. Le roman démarre à neuf jours de l’armistice dans une tranchée, où un ordre venu d’en haut obligent ceux qui s’en sont sortis jusque-là et auraient bien attendu la fin des hostilités tranquillement, à aller voir ce que font les allemands. Les deux soldats envoyés en reconnaissance par un lieutenant belliqueux se font descendre de manière assez surprenante, et à partir de là c’est l’engrenage. Les trois premiers chapitres, dans l’angoisse des tranchées et dans un décor de fin du monde, sont proprement stupéfiants. Plusieurs personnages très bien sentis émergent peu à peu de cette histoire aux multiples rebondissements, que l’on suit sans en perdre une miette. Si certains parlent de littérature populaire de qualité, les 500 000 ventes à ce jour en attestent, ce roman très documenté au style direct, implacable est de ceux qui nous éclairent sur des injustices occultées, tout en nous apportant un immense bonheur à leur lecture.

 

 Au revoir là-haut – Un roman de Pierre Lemaitre – Albin Michel – 564 pages – 22,50 €.

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Réjouissant et instructif

Publié le par michelmonsay

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Dans la collection des dictionnaires amoureux riche d’une soixantaine de titres, dont le dernier consacré à Proust vient de recevoir le Prix Femina de l’essai, celui sur le vin en est largement le plus gros succès. Deux raisons à cela : le sujet, qui passionne toujours les français, et la popularité de l’auteur dont l’humour et l’amour des mots ne pouvaient que parfaitement s’accommoder avec le vin. L’iconographie œnologique existante étant considérable, Bernard Pivot inaugure donc cette nouvelle collection illustrée des dictionnaires amoureux, avec plus de 130 photographies, reproductions de tableaux, sculptures et dessins pour accompagner ses textes. Enfant du Beaujolais et grand amateur de vins, l’auteur n’a pas voulu écrire un ouvrage technique mais plutôt mettre en avant les rapports du vin et de la culture sous toutes ses formes. Le célèbre journaliste a trempé sa plume dans sa mémoire et son imaginaire, vers des souvenirs gastronomiques, amoureux, professionnels ou provenant de son enfance dans les vignes. Celui qui voudrait se réincarner en cep de la Romanée-Conti et qui reconnaît avoir le vin gai, évoque avec légèreté, tendresse et émerveillement les vins d’exception, les grands vignobles, les acteurs et objets de cet univers. On ressort conquis de ce voyage richement arrosé tant par les mots instructifs, biens choisis et souvent drôles de Bernard Pivot, que par les illustrations de grande qualité dont regorge ce très beau livre.

 

 Le dictionnaire amoureux du vin – Version illustrée – de Bernard Pivot – Plon/Flammarion – 249 pages – 29,90 €.

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