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livres

Un petit roman noir comme on les aime

Publié le par Michel Monsay

Un petit roman noir comme on les aime

Sans superflu ni fioritures, ce polar très original est mené tambour battant de la première à la dernière page dans un style direct assez jouissif. Ecrivaine américaine de 47 ans dont c’est le onzième roman mais seulement le premier à être traduit en France, Christa Faust a un parcours pour le moins atypique puisqu’elle a travaillé dans l’industrie du porno et des peep-shows durant une dizaine d’années. C’est d’ailleurs de cet univers dont il s’agit en arrière-plan et par moments au premier plan de l’intrigue remarquablement construite, qui nous réserve moult rebondissements et une progression sans concessions ni ménagements. Cette histoire plus vraie que nature qui laisse entrevoir le marché inhumain entre pornographie et prostitution, que développe des sales types au détriment de très jeunes femmes venues de l’Est, fait froid dans le dos et donne des envies de meurtres. L’auteure avec un vrai sens du rythme et de l’humour nous conte à la première personne les déboires d’une femme qui pourrait être son jeune double, aux prises avec une galerie de personnages haut en couleurs ou patibulaires. Cela commence dans le coffre d’une voiture où se trouve une ancienne star du X attachée, bâillonnée, laissée pour morte et qui peu à peu refait surface. Elle s’est pourtant tenue à l’écart de la drogue et a su raccrocher à tant pour monter sa propre agence de filles qui officient dans ce domaine, mais elle s’est laissée tenter par un retour alléchant qui a mal tourné. La romancière joue avec les clichés du polar en leur donnant un sacré coup de fraîcheur, elle nous fait aimer son héroïne dès les premières lignes et l’empathie envers cette femme qui ne s’en laisse pas compter malgré les apparences, ne fait que s’accentuer au fil des épreuves qu’elle doit affronter.

                                                                                                                      

Money shot – Un roman de Christa Faust – Editions Gallmeister – 238 pages – 17,50 €.

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Dans les entrailles de New-York

Publié le par Michel Monsay

Dans les entrailles de New-York

Il y a d’un côté ses romans, le premier d’entre eux, « Les seigneurs » publié en 1974 à l’âge de 24 ans, avait déjà été très remarqué et adapté au cinéma. Puis de l’autre ses scénarios, notamment « La couleur de l’argent » de Martin Scorsese. Par ses deux activités, Richard Price est l’un des plus grands écrivains de l’Amérique urbaine, celui pour qui les rues de New-York n’ont pas de secret, même les plus mal famées. A 66 ans, ce natif du Bronx nous éblouit dans son neuvième roman par sa capacité à retranscrire le quotidien sordide d’une brigade de nuit de la police newyorkaise avec une incroyable justesse, mais aussi et peut-être surtout par son talent à dépasser les limites du polar pour creuser ses personnages et les confronter au sens de leur vie. Au fil de la passionnante double intrigue, l’auteur questionne la notion de justice, d’amitié, de vengeance, du devoir, dans un style réaliste et direct mais avec une touchante humanité que l’on n’attend pas forcément dans un tel contexte. Richard Price se sent bien au milieu de ces gens de l’ombre qui peuplent ses romans, les policiers bien évidemment, leurs familles mais aussi les criminels et les victimes. Tout au long de sa vie il les a côtoyés, observés et la description de leurs faits et gestes est minutieuse et fascinante. Nous pénétrons au cœur de Manhattan à une heure du matin en compagnie de Billy Graves, qui dirige la brigade de nuit du NYPD censée couvrir tous les délits criminels de ce quartier newyorkais. Comme chaque nuit, il ne sait pas ce que lui réservent les prochaines heures et espère au fond de lui le moins possible d’échauffourées voire de meurtres en cette nuit de la Saint-Patrick. Mais après quelques interventions bénignes, il est appelé sur une scène de crime et pas n’importe laquelle puisqu’il reconnait le cadavre d’une sinistre connaissance, coupable d’un homicide huit ans plus tôt qui s’en était sorti sans une condamnation. Remarquablement construit et dialogué, ce roman puissant nous tient en haleine d’un bout à l’autre, tout en mettant en perspective un questionnement moral à travers de nombreux personnages plus complexes qu’il n’y paraît et fort bien dessinés.

                                                                                                                      

The whites – Un roman de Richard Price – Presses de la Cité – 415 pages – 21 €.

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Un suspense sentimental d’une rare délicatesse

Publié le par Michel Monsay

Un suspense sentimental d’une rare délicatesse

A contretemps de notre époque où tout va très vite, Patrick Lapeyre, à la fois dans son approche du métier de romancier et dans le contenu de ses écrits, aime prendre son temps et cultive merveilleusement la patience et l’attente. Pour son huitième roman, cet écrivain de 66 ans nous offre une histoire toute en délicatesse, elle aussi en décalage avec le pragmatisme et le culte de la réussite qui caractérisent notre société. Ses protagonistes sont des antihéros qui hésitent, manquent de confiance en eux, préfèrent la conversation ou le silence au passage à l’acte, et aiment se promener  dans la nature. La construction utilisée par Patrick Lapeyre, que beaucoup de romanciers aujourd’hui ont adoptés qui consiste à alterner les récits, a un réel intérêt ici puisqu’elle nous permet de mieux comprendre Homer, le personnage principal. Fait de courts chapitres d’une très belle écriture, le roman nous fait revivre en alternance des épisodes de l’enfance d’Homer ainsi que la vie de ses parents, et sa rencontre avec une femme que leurs conjoints respectifs ont quitté pour vivre ensemble. Le livre démarre justement lorsque ce grand dégingandé d’origine suisse alémanique vivant à Paris, la quarantaine, plutôt maladroit et timide, arrive dans la maison en Seine et Marne de cette femme pour faire sa connaissance. D’emblée, ils parlent de leurs anciens compagnons pour savoir s’ils ont des nouvelles depuis un an et demi qu’ils sont partis ensemble, puis évoquent les dégâts causés par leur histoire respective et leur capacité à tourner la page. Au fil de l’intrigue, une étrange relation se noue entre eux, qui va évoluer progressivement, lentement, à la manière d’adolescents qui n’osent pas, qui se frôlent. A l’opposé de cette touchante naissance du désir, on assiste ponctuellement au délitement de deux couples, celui de leurs ex et celui des parents d’Homer. Par son indolence, ses manières d’un autre temps, ses personnages atypiques, son écriture sensible, son humour discret, ce roman fait un bien fou par les temps qui courent.

                                                                                                                      

La splendeur dans l’herbe – Un roman de Patrick Lapeyre – P.O.L. – 378 pages – 19,80 €.

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Du grand art

Publié le par Michel Monsay

Du grand art

Finaliste du Prix Pulitzer, ce roman est un pur chef-d’œuvre mêlant habilement les genres, de l’espionnage au thriller en passant par le roman sentimental de haut-vol, avec en toile de fond la guerre et ses dérives mais aussi les manœuvres géopolitiques des Etats-Unis et leurs conséquences. Écrivain américain de 64 ans qui a été correspondant de guerre et membre de l’agence américaine pour la paix « Peace Corps », Bob Shacochis aura eu besoin de dix années de travail pour concocter ce roman impressionnant, tant par la virtuosité de son architecture que par l’intelligence de son écriture, la maîtrise du contexte politique et historique sur plus de 50 ans, et enfin la multitude de personnages tous admirablement conçus. En particulier cette femme, au centre de toutes les attentions, fascinante de beauté, d’intelligence, de liberté, de folie, de force et de fragilité enfouie, bref un personnage inoubliable. Cette histoire passionnante est tout à la fois ample, foisonnante, complexe, elle nous convie autant dans l’intimité des relations entre les personnages qu’à travers une trame plus large où les protagonistes sont confrontés à des tragédies du XXe siècle, que ce soit en Haïti et en Croatie ou aux premiers actes de terrorisme à Istanbul et ailleurs. Le roman démarre en 1998 à Miami, où un avocat qui travaille dans l’humanitaire, est approché par un détective privé qui enquête sur le meurtre d’une américaine en Haïti. Connu notamment pour avoir mis en place une commission de la vérité dans ce pays, suite au coup d’état de 1991 et à l’intervention américaine trois ans plus tard, l’avocat se laisse convaincre d’accompagner le détective pour reconstituer sur place ce qui s’est passé. Il est des livres qui restent à jamais dans notre mémoire de lecteur, celui-ci en fait absolument partie pour sa faculté à nous surprendre tout au long de ses presque 800 pages. Sa fascinante construction, son propos ambitieux et sa puissance romanesque en font un des fleurons de la littérature américaine.

 

                                                                                                                     

La femme qui avait perdu son âme – Un roman de Bob Shacochis – Editions Gallmeister – 789 pages – 28 €.

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Une enquête totalement envoûtante

Publié le par Michel Monsay

Une enquête totalement envoûtante

Après un premier roman qui avait fait sensation en 2007, la romancière américaine surdouée Marisha Pessl a pris le temps de peaufiner son second, qui était forcément très attendu, pour nous offrir une merveille de thriller où la noirceur, le mystère et l’effroi sont parsemés avec virtuosité. A 38 ans, la ravissante américaine a décidément tout pour elle, son intelligence, son imagination nous éblouissent tout au long des 700 pages de ce roman, où elle crée de toutes pièces un cinéaste culte, sa filmographie d’une précision incroyable jusque dans les moindres détails, et son univers personnel très secret. Cet artiste charismatique, qui peut faire penser à Polanski, Kubrick ou Coppola mais en plus sombre, plus terrifiant, semble ne pas mettre de limite entre réalité et fiction dans sa vie. La romancière, en plus de son style qui nous rend très vite dépendants, de la construction impeccable de l’intrigue et de tous ses ressorts, renforce l’aspect réel de son personnage en incorporant des pages Internet plus vraies que nature, des photos et articles de presse qui participent à l’étrangeté de cette histoire fascinante. Un journaliste d’investigation, en faisant son jogging à 2 heures du matin dans Central Park à New-York, aperçoit une jeune femme mystérieuse qui ne semble pas être au meilleur de sa forme, puis la perd de vue avant qu’elle ne réapparaisse sur le quai du métro, mais après que les portes se soient refermées. Le journaliste, frustré, a la nette impression que la jeune femme voulait lui parler. Après ce prologue, nous apprenons que la fille du célèbre cinéaste, sur lequel le journaliste avait enquêté 5 ans plus tôt, ce qui lui avait coûté 250 000 dollars pour calomnie et avait ruiné sa carrière, a été retrouvée morte à 24 ans dans un entrepôt désaffecté. Nous sommes happés dès les premières lignes et la tension ne retombe quasiment jamais dans ce roman époustouflant, qui baigne par moment dans une atmosphère suffocante et nous entraîne dans l’univers inquiétant d’un artiste hors normes.

                                                                                                                     

Intérieur nuit – Un roman de Marisha Pessl – Gallimard – 710 pages – 24,90 €. 

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Admirable roman noir sentimental des années 1950

Publié le par Michel Monsay

Admirable roman noir sentimental des années 1950

Peu connu en France, cet écrivain américain décédé en 1985 a écrit 7 romans, des poèmes et des scénarios pour notamment Roberto Rossellini en Italie ou Fritz Lang à Hollywood. Gallimard a la riche idée de publier en France un autre de ses romans après « In love » il y a 4 ans, et d’en confier la traduction et la préface à Agnès Desarthe. Ecrit en 1958, « Une jolie fille comme ça » baigne dans une atmosphère désenchantée à la Raymond Chandler sans l’aspect polar mais avec la noirceur, une forme de désinvolture, une vision corrosive de la société hollywoodienne, le tout dans une écriture directe, d’une rare économie et au final implacable. Si l’on sent que le romancier connait bien cet univers hollywoodien avec toutes les illusions perdues qui l’entourent, c’est autour de deux personnages, très différents mais tous deux endommagés par la vie chacun à leur manière, qu’il bâtit son intrigue. Un scénariste new-yorkais proche de la quarantaine, travaillant quelques mois par an pour un studio hollywoodien, s’ennuie dans une fête qui s’étire en longueur. En sortant sur la terrasse pour contempler l’océan, il aperçoit en contrebas une jeune femme apparemment enivrée qui entre dans l’eau un verre à la main. Tout en avançant elle est déstabilisée par une vague, perd l’équilibre et semble se noyer. L’homme saute par-dessus la rambarde et court la secourir. Ambitions délaissées, rêves brisés par une réalité cruelle, arrangements avec la vie pour continuer d’avancer, ce superbe petit roman explore les sentiments, les contradictions des êtres à travers une relation venimeuse et envoûtante.

                                                                                                                     

Une jolie fille comme ça – Un roman d’Alfred Hayes – Gallimard – 167 pages – 17 €. 

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L’Orient source d’inspiration inépuisable

Publié le par Michel Monsay

L’Orient source d’inspiration inépuisable

Couronné par le prix littéraire le plus convoité, le Goncourt, Mathias Enard rend un vibrant hommage à l’Orient dans son sixième roman avec ça et là des échos très mélancoliques qui renvoient aux exactions d’aujourd’hui en Syrie et ailleurs. Son Orient est celui qui a tant inspiré les plus grands musiciens, écrivains, peintres, savants et aventuriers occidentaux. Cet ancien orientaliste de 43 ans qui a énormément voyagé et vécu dans plusieurs pays du Moyen-Orient, tout en étudiant l’arabe et le persan, se sert de son impressionnante érudition en la matière pour nous emmener sur les traces de tous ces prédécesseurs partis découvrir l’ailleurs avec toutes ses différences et ses richesses. Roman foisonnant admirablement écrit, cette Boussole mêle avec virtuosité les souvenirs personnels du narrateur avec des diversions pertinentes plus ou moins approfondies mettant en scène tous ces prestigieux orientalistes. Un musicologue autrichien spécialiste de l’influence de l’Orient sur la création occidentale, reclus dans son appartement viennois, s’interroge à propos d’un texte que lui a envoyé de Malaisie par la poste sa chère et tendre amie, alors qu’il était sans nouvelles depuis plusieurs semaines. A cette occasion, il relit tous les documents qu’il a en sa possession écrits par cette belle et brillante universitaire orientaliste, amour inaccessible, voyageuse insaisissable, et se remémore les nombreux souvenirs qu’ils ont partagé en Orient, à Vienne ou à Paris. Touchante histoire d’amour, ce roman passionnant, qui bouscule les codes de narration, est truffé d’anecdotes historiques sur les plus grands créateurs et savants des trois siècles derniers. En plus de nous avoir rendus plus érudits une fois le livre refermé, Boussole donne un merveilleux coup de projecteur sur l’Orient, loin de l’image simpliste renvoyée par les médias.

                                                                                                                   

Boussole – Un roman de Mathias Enard – Actes Sud – 378 pages – 21,80 €.

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Hédi Kaddour - Les prépondérants

Publié le par Michel Monsay

Hédi Kaddour - Les prépondérants

Magistrale fresque d’un Maghreb colonial qui se fissure

 

Prix Goncourt du premier roman en 2006, Hédi Kaddour est un jeune romancier de 70 ans qui nous offre aujourd’hui l’un des plus beaux textes de la rentrée, couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française. Egalement poète, ce professeur agrégé de lettres a passé sa vie à enseigner la littérature française et l’écriture au sein de grandes écoles comme Sciences-Po ou l’Ecole normale supérieure. Avec ce magnifique nouveau roman, il nous plonge dans le Maghreb des années 1920 sous protectorat français, mais aussi dans l’Allemagne humiliée qui se remet difficilement de la défaite et de la présence française arrogante et quasi colonisatrice sur son sol, donnant ainsi du grain à moudre au nationalisme naissant d’un certain Hitler. Ou encore dans l’Amérique hollywoodienne qui hésite entre puritanisme et liberté des mœurs. Il s’agit bien d’un roman-monde d’une ampleur remarquable, où des femmes commencent à se faire entendre chacune à la mesure du pays où elle vit, où des colonisés commencent à rêver d’indépendance, où des colons s’agrippent sans états d’âme à leurs privilèges. Plusieurs protagonistes de même importance, français, arabes, américains, se côtoient plus ou moins intimement dans ce roman passionnant, témoin d’un choc de cultures, de mœurs, de convictions, mais aussi d’histoires d’amour consommées ou silencieuses. En 1920 dans la capitale du Maroc ou de la Tunisie, l’auteur ne le précise pas, nous faisons la connaissance d’une jeune et jolie veuve revenue vivre chez son père, grand bourgeois et ancien ministre du Souverain, après la mort de son mari sous un obus en Champagne quatre ans plus tôt. Cette femme érudite, en avance sur son temps et qui refuse de se soumettre à la loi des hommes, part diriger la propriété de 900 ha de son oncle dont la femme est gravement malade, près d’une petite ville du Sud. Après le décès de celle-ci et de son mari quelque mois plus tard, la jeune femme convainc son père de la laisser régir ce domaine agricole assez lucratif, pour continuer cette vie qui lui convient parfaitement. Elle se prend au jeu et cherche à s’agrandir mais un colon qui est le plus riche propriétaire de la région obtient la parcelle qu’elle voulait acquérir. En assistant au procès de paysans émeutiers qui voulaient défendre leurs terres, elle fait la connaissance d’une journaliste parisienne. Rapidement d’autres personnages s’ajoutent à la trame, notamment un brillant bachelier, fils du chef militaire local ainsi qu’une actrice américaine et son mari réalisateur venus tourner un film d’aventures exotiques avec toute leur équipe. Cette arrivée fait basculer ce roman époustouflant dans un monde où les certitudes des uns se lézardent, et où les autres apprennent à se connaître dans la confrontation ou la séduction.

 

                                                                                                                      

Les prépondérants – Un roman de Hédi Kaddour – Gallimard – 460 pages – 21 €.

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Laurent Binet - La septième fonction du langage

Publié le par Michel Monsay

Laurent Binet - La septième fonction du langage

Savoureuse intrigue policière dans les milieux intellectuels et politiques

 

Lauréat du prix du roman Fnac en attendant peut-être d’autres récompenses, l’ouvrage de Laurent Binet est sans discussion l’une des plus belles surprises de cette rentrée littéraire. Après HHhH en 2010, prix Goncourt du premier roman et traduit dans 40 pays, cet auteur de 43 ans, qui a été prof agrégé de lettres, confirme un très grand talent en signant un livre remarquable d’intelligence où l’humour n’est pas en reste. Si l’alchimie fonctionne aussi bien entre la réalité et la fiction dans ce roman, nous le devons au minutieux travail de l’enquêteur Laurent Binet, qui a besoin de maîtriser totalement le contexte dans lequel il situe son histoire, et n’hésite pas pour cela à se documenter de manière obsessionnelle. Il revisite ainsi le tout début des années 80 à Paris et en Italie, à la fois sur le plan politique mais surtout dans le microcosme intellectuel, au travers d’une plume savante, pédagogique, ludique et très souvent  moqueuse à l’endroit de certains philosophes, écrivains et politiciens. En ce 25 février 1980, Roland Barthes sort d’un déjeuner avec François Mitterrand et marche d’un bon pas mais sans être très attentif pour rejoindre son bureau, quand soudain il est percuté par une camionnette. L’auteur nous explique alors ce qu’est la sémiologie, avant de nous emmener au chevet du célèbre sémiologue, qui a été transporté aux urgences de la Salpêtrière où un commissaire des Renseignements généraux mandaté par le Président Giscard démarre une enquête. Tout en analysant le pouvoir du romanesque, du langage, les limites entre la fiction et la réalité, Laurent Binet nous offre un thriller d’une incroyable richesse tout à la fois drôle, palpitant, insolent, jubilatoire, regorgeant de scènes d’anthologie et qui nous cultive autant qu’il nous amuse.

                                                                                                                     

La septième fonction du langage – Un roman de Laurent Binet – Grasset – 495 pages – 22 €.

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La vie comme elle vient

Publié le par Michel Monsay

La vie comme elle vient

Cette romancière de 49 ans possède un parcours à part dans la littérature française, elle a en effet exploré de nombreuses formes d’écriture, du roman pour enfants, aux nouvelles, essais, pièces de théâtre, tout en étant également une brillante traductrice de l’anglais. Elle revient à la fiction avec ce remarquable roman qui sera assurément l’un de ceux dont on parlera le plus en cette foisonnante rentrée littéraire. Le grand bonheur de lecture que l’on ressent en suivant les péripéties d’une jeune femme au début du XXème siècle à Paris, tient autant au style d’Agnès Desarthe qu’à l’histoire en elle-même. D’abord la construction de ce roman, faite d’ellipses, de retours en arrière, de rebondissements, est admirable de fluidité. Quant à l’écriture, sensuelle, tantôt légère tantôt plus grave, elle nous enchante par ses associations, ses images, sa poésie, sa précision. A la fois roman d’apprentissage et fresque familiale, l’arrière-plan est par moments très présent avec l’affaire Dreyfus, la guerre de 14-18, les années folles, la naissance du féminisme. Tout commence au Danemark en 1887, où un capitaine français de 27 ans vient rencontrer sa promise, la benjamine d’une grande famille danoise. Après une promenade en barque où la jeune femme très séduisante se révèle provocante et fantasque, l’officier fait la connaissance de sa future belle-mère. Cette femme est devenue énorme à force de se gaver de desserts pour noyer son chagrin, causé par l’épidémie de choléra qui a emporté quatre de ses enfants quinze ans plus tôt. Leur entrevue en deux temps à la fois assez inattendue et cocasse aboutit à l’assentiment au mariage, qui donnera 19 mois plus tard la naissance de Rose. Cette œuvre d’un romanesque éblouissant, peuplée de personnages très bien dessinés, nous emporte avec finesse et un vrai sens de la dramaturgie où l’humour est présent, sur les traces de Rose et de son destin mouvementé.

                                                                                                                   

Ce cœur changeant – Un roman d’Agnès Desarthe – Editions de l’Olivier – 337 pages – 19,50 €.

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