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livres

Ça raconte Sarah

Publié le par Michel Monsay

Ça raconte Sarah

Écrire un premier roman, qui raconte une passion amoureuse, est une sacrée gageure si l'on veut se faire remarquer tant le sujet a été épuisé jusqu'à la corde par plusieurs générations d'écrivains. Pourtant ce qu'a réussi Pauline Delabroy-Allard, documentaliste de 30 ans au lycée Michelet de Vanves, est un miracle de poésie, de fulgurance, de sensualité, d’exaltation. Son écriture puissante, où chaque mot vibre de la passion incontrôlable que l'auteur décrit si bien autant dans la douceur, la jouissance, l'euphorie, que dans la douleur et le déchirement, nous aspire dès les premières phrases sulfureuses et dramatiques du prologue. Le roman est construit en deux parties diamétralement différentes à la fois dans le rythme mais aussi sur le fond, où l'introspection de la narratrice dans la deuxième partie répond à la fièvre et la fougue de cette rencontre entre deux femmes que tout oppose, l'une menant une existence sans remous ni surprises, seule avec sa fille après que le père ait disparu du jour au lendemain, l'autre exubérante, excessive, dévorant la vie par tous les bouts. Cette histoire qui s’apparente à un premier amour, les deux femmes n'ayant connu jusque-là que des hommes dans leur vie, n'est en aucun cas un manifeste homosexuel, il s'agit plutôt de plonger le lecteur au cœur d'un ouragan émotionnel dont il ne sort pas indemne. Il y a du Marguerite Duras dans ce roman où la narratrice est un peu un double de Pauline Delabroy-Allard, on y découvre un style singulier fait de phrases et de paragraphes courts, de leitmotivs, une langue charnelle, enflammée, virtuose qui font de cet écrit l'un des plus beaux sur l'amour fou, ses immenses bonheurs et ses ravages.

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Leurs enfants après eux

Publié le par Michel Monsay

Leurs enfants après eux

Ce formidable roman social et politique, sur des adolescents désœuvrés qui grandissent dans une région sinistrée de l'Est de la France, lauréat bien mérité du Prix Goncourt, est seulement le deuxième écrit de Nicolas Mathieu, après le très noir et puissant "Aux animaux la guerre" en 2014. Cet écrivain de 40 ans s'est longtemps cherché avant de trouver son style, son univers : évoquer cette France périphérique ravagée par le libéralisme dans les années 1990, une classe ouvrière au chômage, une vallée désindustrialisée et une jeune génération qui reçoit cette sinistrose en héritage. Nicolas Mathieu a connu tout cela, originaire d’Épinal avec un père électromécanicien, il a grandi dans cet environnement et par la suite certaines expériences professionnelles l'ont conduit à transcrire des réunions dans lesquelles étaient décidés des plans sociaux. Hyper réaliste, son style empreint d'une énergie et d'une rage fascinantes trouve les mots justes pour décrire le bouillonnement de l'adolescence, le désir sexuel, l'ennui, les rêves, les frustrations, mais aussi pour démolir ce mythe de l'égalité des chances que l'on veut nous vendre. Remarquablement bien écrit, ce roman, parfois cru ou brutal, résonne très juste à l'heure des gilets jaunes, mais au-delà de son extraordinaire portée sociale, il est avant tout un roman d'apprentissage assez cruel, qui nous bouleverse par la force d'incarnation que la langue de Nicolas Mathieu donne à ses personnages et à cette chronique adolescente que l'on suit avidement sans en perdre une miette.

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Le Mars club

Publié le par Michel Monsay

Le Mars club

Lauréat du Prix Medicis étranger, ce roman implacable nous plonge sans complaisance dans l'univers carcéral américain, et plus particulièrement dans la vie d'une jeune femme fragilisée dès sa naissance et que la vie ne va pas épargner par la suite. Dans son troisième roman, Rachel Kushner, ancienne journaliste de 50 ans, évoque avec lucidité le déterminisme social et les conséquences qu'il induit chez toutes ces femmes dont elle dresse le portrait dans une histoire poignante et très documentée. Visiteuse de prison depuis plusieurs années, elle a noué des liens avec plusieurs détenues et connaît parfaitement cet univers, qu'elle décrit dans toute sa dureté et son inhumanité. Elle le fait au travers des yeux de son héroïne, qui est la narratrice d'une grande partie du roman, une femme de 29 ans incarcérée pour avoir tué le détraqué qui la harcelait. En nous racontant ses souvenirs d'enfance et de sa vie jusqu'à son arrestation, son quotidien carcéral, mais aussi en nous faisant part de ses réflexions pertinentes sur la société, elle dresse un tableau désespéré tout autant intime que collectif d'un monde contemporain qui condamne sans laisser de deuxième chance, ces femmes marginalisées dès le départ dont les chances de s'en sortir sont quasi inexistantes. Seule romancière à avoir été deux fois finaliste du fameux National book award pour ses deux premiers écrits, l'équivalent américain du Prix Goncourt, Rachel Kushner par son style direct sans fioritures illumine de son talent cette histoire qui mêle habilement la réalité de l'emprisonnement à un questionnement sur la destinée humaine. Un roman très noir, déchirant et puissamment politique.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Lauréat du Prix Femina et Prix spécial du jury Renaudot alors qu'il est sorti en avril et non lors de la rentrée littéraire, ce récit, indépendamment de ces récompenses, est incontestablement un des livres majeurs de 2018. Écrivain, journaliste littéraire à Libération et chroniqueur à Charlie hebdo, Philippe Lançon est un des rescapés de l'attentat de Charlie en janvier 2015 où 12 personnes furent assassinées. Si son livre fait l’unanimité, c'est avant tout pour le talent de son auteur, sa prose, son humour, sa culture littéraire, sa lucidité, sa sincérité, sa douceur. Il a réussit à écrire un ouvrage tout à la fois bouleversant et léger, sans haine ni rancune, comme un journal de reconstruction physique et mentale où le patient puise dans les souvenirs de sa vie passée, et ses passions littéraires et musicales pour l'accompagner sur ce long chemin de douleur. Outre la puissance du témoignage, la qualité littéraire de ce livre indispensable, et le style direct, cru, sans pathos de Philippe Lançon, il ressort une intime et profonde réflexion sur le rapport au temps, la perception d'une vie, la solitude face à la souffrance, le rapport à autrui. Cette autofiction sans la moindre pointe de narcissisme nous laisse admiratif, nous fait reconsidérer les choses de la vie et nous touche viscéralement.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Dans une époque de fureur, de vitesse, de course effrénée vers on ne sait quoi, ce très beau roman d'Hubert Mingarelli, romancier discret mais fécond de 62 ans, nous emmène alternativement sur les bords de la Baltique et sur un lac qui conduira le héros à remonter à la fois le cours de la rivière qui s'y déverse et le fil de sa vie, entre plaisirs simples d'une profonde amitié masculine sans connotation charnelle et lente déambulation à bord d'une petite embarcation à contempler la nature et se retrouver face à soi-même. D'une écriture épurée, touchante, emplie d'humanité, l'auteur ausculte les fêlures de ses personnages par petites touches pudiques, et dessine le portrait d'un homme à travers ses souvenirs, ses rêveries, une promesse brisée et ses répercussions. Ce roman envoûtant publié en 2009 s'inscrit dans un contexte hors du temps, loin des tumultes du monde où l'on se glisse avec délectation.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Paru en 2009, ce magnifique roman de Jean-Philippe Toussaint, qui a obtenu le Prix Décembre, est une composition principalement nocturne entre amour et catastrophes. D'une sublime sensualité, il possède une puissance d'évocation envoûtante autant dans la description rêvée ou fantasmée de la vie de Marie que dans celles haletantes d'une soudaine crise cardiaque de l'amant de celle-ci, de la cavalcade d'un pur-sang dans la nuit pluvieuse de l'aéroport de Tokyo ou d'un incendie qui ravage l'île d'Elbe. L'écriture du romancier belge, qui est d'une précision remarquable pour évoquer aussi bien le désir que la panique, est visuelle, teintée d'humour, d'une belle énergie et d'une impressionnante tension narrative. Ce roman, qui peut se lire tout à fait indépendamment des trois autres, le tout formant quatre saisons de la vie de Marie et du couple formé avec le narrateur se séparant sans y arriver vraiment, procure un bonheur de lecture dont il serait dommage de se priver.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Parue en 2009, cette remarquable fresque de la romancière vietnamienne Duong Thu Huong est tout à la fois une merveille de poésie et un réquisitoire féroce contre le communisme. Construit très ingénieusement sur quatre fils narratifs qui s'entrelacent, ce roman se déploie autour du Président Ho Chi Minh, dont l'auteure dessine un portrait poignant, pour nous conter les désillusions politiques de son pays, les souffrances de son peuple mais aussi avec beaucoup de sensibilité les amours contrariés des personnages centraux des quatre intrigues. L'écriture de Duong Thu Huong est lumineuse, précise, imagée, c'est un véritable bonheur de la déguster au fil des 800 pages qui composent cette histoire mêlant habilement réalité et fiction. Cette plongée au cœur d'un Vietnam déchiré à la fin des années 1960, en pleine guerre contre les américains qui fait suite à celle contre le colon français, et dont la révolution porteuse d'espoir a engendré un régime autoritaire monstrueux, n'est en aucun cas une lourde explication politique mais plutôt un roman ambitieux et passionnant de bout en bout.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Ce très beau roman de Goliarda Sapienza, paru en France il y a un peu plus d'un an et en Italie en 2015, a pourtant été écrit en 1984, mais comme pour "L'art de la joie" il a été publié après la mort de l'auteure, qui de son vivant n'a malheureusement pas connu la reconnaissance que ses écrits rencontrent à juste titre depuis une dizaine d'années. Elle nous conte ici dans une très belle langue le double envoûtement qui s'est emparée d'elle en découvrant Positano en 1948, charmant village escarpé de la côte amalfitaine près de Naples, mais aussi en faisant la connaissance d'une très belle femme sensuelle et fascinante. Il ne faut pas manquer ce roman d'amour, de profonde amitié, d'éblouissement, d'émotions intenses, qui nous emporte par l'écriture lumineuse d'une femme libre dans son style littéraire et dans sa vie.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Couronné par le Prix Goncourt en novembre dernier, ce petit livre d'Eric Vuillard a déjoué tous les pronostics. Paru en mai et non durant la rentrée littéraire comme c'est presque toujours le cas pour le lauréat, il s'agit en plus d'un récit et non d'un roman, le Goncourt récompensant pourtant chaque année la meilleure fiction. La force de ce court texte (150 pages) a sidéré les membres du jury, qui sont passés outre les recommandations de sélection pour attribuer le prix, tout comme le simple lecteur en découvrant les scènes saisissantes décrites par l'auteur, entre grotesque et tragique. La plume d'Eric Vuillard est celle d'un orfèvre qui s'emploie implacablement à rappeler l'inertie coupable des états, mais aussi des entreprises qui ont financé le parti nazi et ensuite exploité la main-d'oeuvre des camps de concentration dans des conditions abominables. Ces entreprises, qui ont continué de prospérer après la guerre comme si de rien n'était, sont toujours là parmi nous et équipent notre quotidien. A travers des faits avérés, l'écrivain regarde l'Histoire autrement et nous offre un récit tout autant terrifiant que passionnant contre la veulerie et la résignation.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Paru il y a deux ans, ce passionnant récit de Pascale Robert-Diard, excellente chroniqueuse judiciaire au Monde, dixit une avocate au goût sûr de ma connaissance, nous plonge au coeur d'une des affaires les plus médiatisées de ces quarante dernières années, dans laquelle une jeune riche héritière de 29 ans, Agnès Le Roux, disparaît mystérieusement fin octobre 1977 sans que son corps n'ait jamais été retrouvée depuis. L'accusé, son amant de l'époque, Maurice Agnelet, un homme cynique et manipulateur comparait en 2014 pour son troisième procès, au cours duquel un incroyable revirement va intervenir. Sans voyeurisme ni esbroufe, l'auteure, en s'appuyant sur ce qu'a vécu l'un des fils Agnelet durant 30 ans, explore magistralement les tréfonds de la nature humaine en livrant un thriller psychologique irrespirable.

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