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livres

Sigmaringen

Publié le par Michel Monsay

Sigmaringen

Paru en 2014, ce passionnant roman de Pierre Assouline remarquablement documenté sur un épisode pathétique de cette période noire de notre Histoire, nous fait revivre les huit mois où le gouvernement de Vichy et toute sa clique de collabos sont venus se réfugier au château et dans la ville de Sigmaringen, à travers l’œil du majordome général du château. Ce personnage, qui a vraiment existé mais que l'auteur a réinventé pour en faire le pivot de cette histoire, fait penser au majordome joué par Anthony Hopkins dans les Vestiges du jour, un homme intègre, fidèle à des valeurs et à ses maîtres, la famille princière Hohenzollern, obéissant jusqu'à l'absurde avec un sens du devoir de sa fonction inébranlable quelles que soient les circonstances, mais aussi ayant une part secrète et des convictions qu'il ne laisse jamais transparaître. C'est évidemment grâce à ce formidable personnage et celui d'une intendante française que le roman nous captive, tout en décrivant cette farce ubuesque peuplée de personnages pitoyables qui s'accrochent au semblant de pouvoir qu'il leur reste, sans oublier les français qui ont suivi cette fuite en avant et vivent en contrebas du château dans des conditions précaires, avec un certain docteur Destouches, alias Louis-Ferdinand Céline, qui soigne les malades. Ce roman mêle habilement l'intime à la grande Histoire en nous faisant revivre cette ambiance de déroute allemande mais aussi d'une certaine France collaborationniste, vécue dans ce château grandiose hors du temps mais où l'étau se resserre peu à peu.

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Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Publié le par Michel Monsay

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Lauréat du Prix Goncourt, ce très beau roman mélancolique, désabusé mais néanmoins empreint d'humour,  nous plonge dans une cellule de 6m² du pénitencier de Montréal, où un homme d'une cinquantaine d'années, qui purge une peine de deux ans pour un délit qui ne sera révélé qu'à la fin du livre, nous raconte son quotidien carcéral avec un Hells Angel tout aussi rustre que touchant, et déroule le fil de sa vie de Toulouse au Canada en passant par le Danemark en faisant revivre tous ses êtres chers qui ne sont plus. A 70 ans, Jean-Paul Dubois, cet ancien journaliste du Nouvel Obs, auteur notamment de "Kennedy et moi", "Le cas Sneidjer" ou "Une vie française", a écrit l'un de ses plus beaux romans, le meilleur pour de nombreux critiques, en se tenant à la règle qu'il s'est fixée depuis le début de sa carrière : se mettre à l'ouvrage toujours le 1er mars et l'avoir fini à la fin du mois pour profiter de la vie le reste du temps. Profonde, délicate, ironique, humaine, sont quelques unes des caractéristiques de cette œuvre qui décrit en creux un monde en train de disparaître pour laisser la place à un autre dirigé par le capitalisme, l'injustice, l'inhumanité sociale. Remarquablement construit entre passé et présent, ce roman conjugue l'échec à tous les temps, notamment dans la famille du narrateur, et rend hommage aux morts, à la force et au réconfort qu'ils apportent aux vivants. Comme le dit l’antihéros bienveillant de ce roman très émouvant  : "il y a une infinité de façons de gâcher sa vie", une chose est sûre Jean-Paul Dubois ne gâche pas la sienne, en marquant la littérature de son empreinte, qui à travers 22 livres, dissèque avec une formidable lucidité la nature humaine, et pour lui-même en étant propriétaire de son temps avec le moins de contraintes possibles.

Publié dans Livres

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La panthère des neiges

Publié le par Michel Monsay

La panthère des neiges

Lauréat surprise du Renaudot alors qu'il ne figurait pas dans la sélection finale et n'était pas un roman, énorme succès public avec 500 000 exemplaires écoulés qui en font la plus grosse vente de l'année, ce fabuleux récit de Sylvain Tesson célèbre la beauté de la nature, la lenteur, la patience, la liberté des animaux sauvages, la fugacité de l'émerveillement. L'écrivain voyageur qui aimait jusqu'à présent courir les routes, voire les estrades, apprend ici avec délectation sur les hauts plateaux du Tibet par -30° C, l'immobilité et le silence de l'affût. A contre-courant de la société actuelle, frénétique et souvent creuse, cette quête mystique fait un bien fou, tant à son conteur qu'à nous pauvres lecteurs qui n'auront pas la chance de vivre pareille aventure. Dans une écriture mêlant superbement poésie, lyrisme, et aphorismes qui nous invitent à réfléchir sur nos modes de vie, sur l'état du monde au XXIe siècle, notamment les méfaits de l'homme sur les richesses naturelles de la planète sous couvert de progrès, Sylvain Tesson nous transmet sa passion pour ce qu'il reste de sauvage sur terre et nous convainc de nous rendre invisible pour en admirer les merveilles, même sans aller aux confins du Tibet, et surtout d'arrêter de courir après les leurres de la modernité en prenant le temps de simplement regarder autour de soi.

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La tentation

Publié le par Michel Monsay

La tentation

Lauréat du Prix Médicis, cet impressionnant thriller familial, après une séquence d'ouverture intense entre un chirurgien chasseur et un magnifique cerf, évolue crescendo vers un final apocalyptique, où l'univers du personnage central s'effondre après s'être heurté à plusieurs incompréhensions avec son fils, sa fille, voire sa femme. A 63 ans, de son écriture précise, ample, puissante, sensorielle, rythmée, Luc Lang nous entraîne une nouvelle fois après l'excellent "Au commencement du septième jour" dans un roman où la tension ne faiblit quasiment jamais, se déroulant au cœur des Alpes, dont la beauté froide d'une fin d'automne ajoute au malaise qui s'installe au fil des pages. La violence sous-jacente ou bien réelle par moments irrigue cette histoire de liens familiaux distendus, où le père, notable lyonnais, ne sait plus comment s'y prendre avec ses deux enfants devenus adultes dont les choix de vie sont très loin de ses valeurs. A travers une construction originale, l'auteur mêle habilement tout au long de l'intrigue dans une langue virtuose, descriptions de paysages, dialogues, sensations, souvenirs, références bibliques, scènes répétées sous un autre angle comme pour percevoir différemment le passé. L’incompréhension entre le père et ses enfants est aussi l’affrontement de deux mondes, deux façons de concevoir la société, un humanisme bourgeois digne d'un côté et l'ultralibéralisme sans scrupules dans lequel se complaisent le fils et indirectement la fille. Il y a du Chabrol dans ce roman assez noir, où ce père va chercher une sorte de rédemption dans les actes inhabituels pour lui qu'il va accomplir, c'est tout à la fois introspectif, existentiel et haletant.

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L'art de la joie

Publié le par Michel Monsay

L'art de la joie

Pour ceux qui n'ont pas eu l'immense bonheur de lire ce chef-d’œuvre de la littérature italienne sorti en France en 2005, stoppez tout séance tenante et procurez-vous ce magnifique roman, qui avant de paraître en 1998 à titre posthume, deux ans après la mort de Goliarda Sapienza à 72 ans, fut refusé par plusieurs maisons d'édition. Et pourtant que de qualités dans cette œuvre foisonnante, d'une réjouissante liberté à l'instar de son personnage principal, Modesta, une femme qui aura tout connu dans sa vie, la pauvreté et le viol dans son enfance, le couvent, le communisme, le fascisme, la bisexualité, la maternité, le meurtre, le statut de princesse sicilienne, la prison, qu'elle affronte toujours avec intelligence, charisme, énergie et détermination. L'écriture de Goliarda Sapienza est somptueuse et lumineuse, sa narration fluctue invariablement entre la première, la troisième personne et des dialogues tantôt passionnels, vivants, exaltés, tantôt philosophiques, ses phrases dans un fabuleux mélange de poésie, de sensualité, de perspicacité, de psychologie touchent profondément à leur lecture. Féministe, libertaire et politique, ce roman spirituel et charnel démarre au début du XXe siècle pour en suivre toutes ses transformations durant sa première partie, à travers une saga familiale pour le moins originale. C'est peu de dire que l'on se passionne à suivre les aventures amoureuses, familiales, idéologiques de Modesta, dans ce portrait de femme inoubliable entourée de nombreux personnages attachants que l'on quitte à grand regret.

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La route

Publié le par Michel Monsay

La route

Sorti en France en 2008, ce roman impressionnant, qui a obtenu le Prix Pulitzer, un large succès et a été adapté au cinéma, est de ceux qui dérangent, laissent des traces, tout à la fois une histoire d'amour filial bouleversante et un récit apocalyptique très sombre.  Le grand romancier américain Cormac McCarthy, aujourd'hui âgé de 86 ans, nous plonge dans un cauchemar éveillé, qui nous renvoie à la folie et la violence des hommes, à l'urgence climatique et à toutes sortes de catastrophes qui pourraient se produire dans le futur, mais sans nous expliquer comment est arrivé l'inéluctable en amont de l'ouverture de cet effrayant roman d'anticipation. Sec et précis dans ses descriptions de paysages anéantis, de villes ravagées, de maisons abandonnées, de gestes ou d'actions répétés, il évite tout effet de style, tout apitoiement et nous emmène sur cette route avec un soupçon d'espoir malgré cette noirceur extrême, un refus de la barbarie, pour sauver ce qu'il reste de l'humanité. Le parcours de cet homme et son fils qui avancent coûte que coûte sur cette route se lit comme une parabole de la condition humaine, et ça fait froid dans le dos.

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Un livre de raison

Publié le par Michel Monsay

Un livre de raison

"Un livre de raison", paru il y a une quarantaine d'années, est l'un des cinq romans que l'américaine Joan Didion, aujourd'hui âgée de 84 ans, a écrit durant sa carrière. Devenue une icône intellectuelle outre-Atlantique, elle a aussi été une grande journaliste dans les années 1960-70, a écrit de nombreux essais, des scénarios, et a inspiré plus d'un écrivain, citons Bret Easton Ellis, Jay McInerney ou Donna Tartt. On retrouve dans ce roman son style caractéristique à la fois laconique, factuel, précis et sans fioritures, fait de phrases courtes et percutantes, d'une beauté noire et austère, pour dresser le portrait de deux femmes, une narratrice et une héroïne, à travers une enquête psychologique qui tente de sonder les désordres de l'âme. Située dans un petit pays d'Amérique centrale dans les années 1970, cette histoire intimiste et politique retrace le parcours d'une américaine morte stupidement à 40 ans durant les violences d'une révolution qui ne la concernait pas. La vie de cette femme en perdition depuis la disparition de sa fille âgée de 18 ans, suite à un attentat qu'elle a perpétré avec des camarades, racontée par une narratrice anthropologue atteinte d'un cancer, est au final touchante dans le récit sans concession que Joan Didion a concocté.

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Comptes à rebours

Publié le par Michel Monsay

Comptes à rebours

On ne présente plus Hubert Védrine, ancien Ministre des affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin et ancien Secrétaire général de l’Élysée sous François Miterrand après avoir été Porte-Parole de l’Élysée et conseiller diplomatique du Président dès son élection en 1981. Depuis, son avis est recherché et reconnu, quel que soit l'appartenance politique, les Présidents Sarkozy et Hollande lui ont chacun commandé un rapport, et les médias ne manquent pas de l'interviewer régulièrement sur des sujets de politique internationale. Outre la pertinence et la lucidité de ses propos sans langue de bois, ce livre "Comptes à rebours" qui a obtenu par l'Express le Prix de l'essai de l'année 2018 propose des solutions transversales, incluant l'urgence écologique qu'il faut impérativement intégrer à toute décision politique en arrêtant de promettre sans agir, sur toutes les problématiques européennes et mondiales. En lisant son ouvrage, on se dit que nos dirigeants feraient bien de s'en inspirer, autant en France qu'ailleurs, pour sortir des impasses dans lesquelles le monde s'enferme actuellement. Partisan de l'école réaliste en matière de politique internationale, il préconise d'en finir avec les illusions perdues des Occidentaux suite à l’effondrement du bloc communiste, et de réagir sans expiation ni idéologie droit-de-l'hommiste qui a montré ses limites afin d'envisager des solutions pour sortir de ce monde chaotique. Sur l'Europe, pour redonner l'envie aux sceptiques de bâtir une Union forte, sur la Chine, la Russie, les États-Unis, la Syrie, l'Afrique et la question démographique, sur l'immigration, l'Islam, l'interventionnisme, et bien évidemment l'écologisation de notre monde à tous les niveaux y compris économique, ..., Hubert Védrine explique avec une belle clairvoyance les tenants et les aboutissants de toutes ces situations et tire la sonnette d'alarme avant qu'il ne soit trop tard en donnant des pistes empreintes de réflexion et non dictées par l'émotion, lucides et dénuées de tout calcul politicien. A méditer et mettre en oeuvre au plus vite !

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Le monarque des ombres

Publié le par Michel Monsay

Le monarque des ombres

A la frontière du roman et du récit, ce neuvième livre traduit en français de l'un des plus grands écrivains espagnols, Javier Cercas, nous plonge une nouvelle fois en plein cœur de la tragédie de la guerre d'Espagne par le biais du grand-oncle maternel de l'auteur, héros de la famille mort à 19 ans sous les couleurs franquistes lors de la sanglante bataille de l'Ebre. Par une enquête minutieuse et rigoureuse, Javier Cercas homme de gauche, se confronte à l'histoire honteuse de sa famille avec une honnêteté remarquable et sans trop juger 80 ans plus tard avec le confort de notre époque les mauvais choix qu'a pu faire ce grand-oncle à peine sorti de l'enfance. S'il a longtemps reculé le moment d'écrire cette histoire, au vu du résultat, Javier Cercas a eu raison de prendre son temps, d'acquérir à 57 ans peut-être la maturité idéologique pour dépasser la difficulté de creuser cette ascendance embarrassante. Comme pour dépasser le cadre familial, il se dédouble en deux narrateurs, l'un romancier et l'autre, historien, qui vont chapitre après chapitre sonder à travers la vie de ce jeune sous-lieutenant franquiste mort en 1938, l'histoire contemporaine de l'Espagne, la réalité ambigüe d'une époque, notamment dans un petit village d'Estrémadure, et notre perception de la mémoire collective et des engagements idéologiques. A cela, il ajoute une part d'autofiction tout aussi passionnante que l'enquête qu'il mène pour reconstituer le parcours de son aïeul et que le récit découlant de cette reconstitution. Magistrale démonstration du rôle primordial de l'écrivain pour lutter contre la mort, contre l'oubli, pour comprendre l'Histoire, ne pas refaire les mêmes erreurs et rester vigilant.

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Arcadie

Publié le par Michel Monsay

Arcadie

Le nouveau roman de cette écrivaine de 53 ans, également prof de français dans un lycée de banlieue, est à la fois, comme souvent chez Emmanuelle Bayamack-Tam, subversif, drôle, poétique, cru, érudit, politique et d'une grande liberté. Elle nous plonge au cœur d'une utopie libertaire au sein d'une communauté hédoniste, sourde à la violence du monde extérieur, végétarienne, naturiste, vivant dans un manoir entouré d'un vaste parc situé dans une zone blanche près de Menton, préservé de toutes sortes d'ondes électromagnétiques, et occupé par une trentaine d'inadaptés sociaux en tous genres. Sa langue, dans un mélange de lyrisme, de causticité, d'audace, est jouissive tant elle diffère de la littérature actuelle, notamment par la richesse de son vocabulaire et sa puissance d'incarnation. Des personnages hauts en couleurs, dont l'adolescente intersexuée qui est la narratrice de cette histoire, habitent ce paradis perdu et provoquent autant l'hilarité que la réflexion. En effet, derrière cette ode à la liberté, beaucoup de nos comportements et d'aberrations environnementales que le monde d'aujourd'hui perpétue sont mises en exergue, comme un ultime avertissement avant que la planète n'explose. Ce onzième roman d'Emmanuelle Bayamack-Tam est autant dingue qu'inclassable, et nous transporte avec délice dans l'incroyable imaginaire de cette auteure précieuse.

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