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livres

La route

Publié le par Michel Monsay

La route

Sorti en France en 2008, ce roman impressionnant, qui a obtenu le Prix Pulitzer, un large succès et a été adapté au cinéma, est de ceux qui dérangent, laissent des traces, tout à la fois une histoire d'amour filial bouleversante et un récit apocalyptique très sombre.  Le grand romancier américain Cormac McCarthy, aujourd'hui âgé de 86 ans, nous plonge dans un cauchemar éveillé, qui nous renvoie à la folie et la violence des hommes, à l'urgence climatique et à toutes sortes de catastrophes qui pourraient se produire dans le futur, mais sans nous expliquer comment est arrivé l'inéluctable en amont de l'ouverture de cet effrayant roman d'anticipation. Sec et précis dans ses descriptions de paysages anéantis, de villes ravagées, de maisons abandonnées, de gestes ou d'actions répétés, il évite tout effet de style, tout apitoiement et nous emmène sur cette route avec un soupçon d'espoir malgré cette noirceur extrême, un refus de la barbarie, pour sauver ce qu'il reste de l'humanité. Le parcours de cet homme et son fils qui avancent coûte que coûte sur cette route se lit comme une parabole de la condition humaine, et ça fait froid dans le dos.

Publié dans Livres

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Un livre de raison

Publié le par Michel Monsay

Un livre de raison

"Un livre de raison", paru il y a une quarantaine d'années, est l'un des cinq romans que l'américaine Joan Didion, aujourd'hui âgée de 84 ans, a écrit durant sa carrière. Devenue une icône intellectuelle outre-Atlantique, elle a aussi été une grande journaliste dans les années 1960-70, a écrit de nombreux essais, des scénarios, et a inspiré plus d'un écrivain, citons Bret Easton Ellis, Jay McInerney ou Donna Tartt. On retrouve dans ce roman son style caractéristique à la fois laconique, factuel, précis et sans fioritures, fait de phrases courtes et percutantes, d'une beauté noire et austère, pour dresser le portrait de deux femmes, une narratrice et une héroïne, à travers une enquête psychologique qui tente de sonder les désordres de l'âme. Située dans un petit pays d'Amérique centrale dans les années 1970, cette histoire intimiste et politique retrace le parcours d'une américaine morte stupidement à 40 ans durant les violences d'une révolution qui ne la concernait pas. La vie de cette femme en perdition depuis la disparition de sa fille âgée de 18 ans, suite à un attentat qu'elle a perpétré avec des camarades, racontée par une narratrice anthropologue atteinte d'un cancer, est au final touchante dans le récit sans concession que Joan Didion a concocté.

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Comptes à rebours

Publié le par Michel Monsay

Comptes à rebours

On ne présente plus Hubert Védrine, ancien Ministre des affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin et ancien Secrétaire général de l’Élysée sous François Miterrand après avoir été Porte-Parole de l’Élysée et conseiller diplomatique du Président dès son élection en 1981. Depuis, son avis est recherché et reconnu, quel que soit l'appartenance politique, les Présidents Sarkozy et Hollande lui ont chacun commandé un rapport, et les médias ne manquent pas de l'interviewer régulièrement sur des sujets de politique internationale. Outre la pertinence et la lucidité de ses propos sans langue de bois, ce livre "Comptes à rebours" qui a obtenu par l'Express le Prix de l'essai de l'année 2018 propose des solutions transversales, incluant l'urgence écologique qu'il faut impérativement intégrer à toute décision politique en arrêtant de promettre sans agir, sur toutes les problématiques européennes et mondiales. En lisant son ouvrage, on se dit que nos dirigeants feraient bien de s'en inspirer, autant en France qu'ailleurs, pour sortir des impasses dans lesquelles le monde s'enferme actuellement. Partisan de l'école réaliste en matière de politique internationale, il préconise d'en finir avec les illusions perdues des Occidentaux suite à l’effondrement du bloc communiste, et de réagir sans expiation ni idéologie droit-de-l'hommiste qui a montré ses limites afin d'envisager des solutions pour sortir de ce monde chaotique. Sur l'Europe, pour redonner l'envie aux sceptiques de bâtir une Union forte, sur la Chine, la Russie, les États-Unis, la Syrie, l'Afrique et la question démographique, sur l'immigration, l'Islam, l'interventionnisme, et bien évidemment l'écologisation de notre monde à tous les niveaux y compris économique, ..., Hubert Védrine explique avec une belle clairvoyance les tenants et les aboutissants de toutes ces situations et tire la sonnette d'alarme avant qu'il ne soit trop tard en donnant des pistes empreintes de réflexion et non dictées par l'émotion, lucides et dénuées de tout calcul politicien. A méditer et mettre en oeuvre au plus vite !

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Le monarque des ombres

Publié le par Michel Monsay

Le monarque des ombres

A la frontière du roman et du récit, ce neuvième livre traduit en français de l'un des plus grands écrivains espagnols, Javier Cercas, nous plonge une nouvelle fois en plein cœur de la tragédie de la guerre d'Espagne par le biais du grand-oncle maternel de l'auteur, héros de la famille mort à 19 ans sous les couleurs franquistes lors de la sanglante bataille de l'Ebre. Par une enquête minutieuse et rigoureuse, Javier Cercas homme de gauche, se confronte à l'histoire honteuse de sa famille avec une honnêteté remarquable et sans trop juger 80 ans plus tard avec le confort de notre époque les mauvais choix qu'a pu faire ce grand-oncle à peine sorti de l'enfance. S'il a longtemps reculé le moment d'écrire cette histoire, au vu du résultat, Javier Cercas a eu raison de prendre son temps, d'acquérir à 57 ans peut-être la maturité idéologique pour dépasser la difficulté de creuser cette ascendance embarrassante. Comme pour dépasser le cadre familial, il se dédouble en deux narrateurs, l'un romancier et l'autre, historien, qui vont chapitre après chapitre sonder à travers la vie de ce jeune sous-lieutenant franquiste mort en 1938, l'histoire contemporaine de l'Espagne, la réalité ambigüe d'une époque, notamment dans un petit village d'Estrémadure, et notre perception de la mémoire collective et des engagements idéologiques. A cela, il ajoute une part d'autofiction tout aussi passionnante que l'enquête qu'il mène pour reconstituer le parcours de son aïeul et que le récit découlant de cette reconstitution. Magistrale démonstration du rôle primordial de l'écrivain pour lutter contre la mort, contre l'oubli, pour comprendre l'Histoire, ne pas refaire les mêmes erreurs et rester vigilant.

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Arcadie

Publié le par Michel Monsay

Arcadie

Le nouveau roman de cette écrivaine de 53 ans, également prof de français dans un lycée de banlieue, est à la fois, comme souvent chez Emmanuelle Bayamack-Tam, subversif, drôle, poétique, cru, érudit, politique et d'une grande liberté. Elle nous plonge au cœur d'une utopie libertaire au sein d'une communauté hédoniste, sourde à la violence du monde extérieur, végétarienne, naturiste, vivant dans un manoir entouré d'un vaste parc situé dans une zone blanche près de Menton, préservé de toutes sortes d'ondes électromagnétiques, et occupé par une trentaine d'inadaptés sociaux en tous genres. Sa langue, dans un mélange de lyrisme, de causticité, d'audace, est jouissive tant elle diffère de la littérature actuelle, notamment par la richesse de son vocabulaire et sa puissance d'incarnation. Des personnages hauts en couleurs, dont l'adolescente intersexuée qui est la narratrice de cette histoire, habitent ce paradis perdu et provoquent autant l'hilarité que la réflexion. En effet, derrière cette ode à la liberté, beaucoup de nos comportements et d'aberrations environnementales que le monde d'aujourd'hui perpétue sont mises en exergue, comme un ultime avertissement avant que la planète n'explose. Ce onzième roman d'Emmanuelle Bayamack-Tam est autant dingue qu'inclassable, et nous transporte avec délice dans l'incroyable imaginaire de cette auteure précieuse.

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Ça raconte Sarah

Publié le par Michel Monsay

Ça raconte Sarah

Écrire un premier roman, qui raconte une passion amoureuse, est une sacrée gageure si l'on veut se faire remarquer tant le sujet a été épuisé jusqu'à la corde par plusieurs générations d'écrivains. Pourtant ce qu'a réussi Pauline Delabroy-Allard, documentaliste de 30 ans au lycée Michelet de Vanves, est un miracle de poésie, de fulgurance, de sensualité, d’exaltation. Son écriture puissante, où chaque mot vibre de la passion incontrôlable que l'auteur décrit si bien autant dans la douceur, la jouissance, l'euphorie, que dans la douleur et le déchirement, nous aspire dès les premières phrases sulfureuses et dramatiques du prologue. Le roman est construit en deux parties diamétralement différentes à la fois dans le rythme mais aussi sur le fond, où l'introspection de la narratrice dans la deuxième partie répond à la fièvre et la fougue de cette rencontre entre deux femmes que tout oppose, l'une menant une existence sans remous ni surprises, seule avec sa fille après que le père ait disparu du jour au lendemain, l'autre exubérante, excessive, dévorant la vie par tous les bouts. Cette histoire qui s’apparente à un premier amour, les deux femmes n'ayant connu jusque-là que des hommes dans leur vie, n'est en aucun cas un manifeste homosexuel, il s'agit plutôt de plonger le lecteur au cœur d'un ouragan émotionnel dont il ne sort pas indemne. Il y a du Marguerite Duras dans ce roman où la narratrice est un peu un double de Pauline Delabroy-Allard, on y découvre un style singulier fait de phrases et de paragraphes courts, de leitmotivs, une langue charnelle, enflammée, virtuose qui font de cet écrit l'un des plus beaux sur l'amour fou, ses immenses bonheurs et ses ravages.

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Leurs enfants après eux

Publié le par Michel Monsay

Leurs enfants après eux

Ce formidable roman social et politique, sur des adolescents désœuvrés qui grandissent dans une région sinistrée de l'Est de la France, lauréat bien mérité du Prix Goncourt, est seulement le deuxième écrit de Nicolas Mathieu, après le très noir et puissant "Aux animaux la guerre" en 2014. Cet écrivain de 40 ans s'est longtemps cherché avant de trouver son style, son univers : évoquer cette France périphérique ravagée par le libéralisme dans les années 1990, une classe ouvrière au chômage, une vallée désindustrialisée et une jeune génération qui reçoit cette sinistrose en héritage. Nicolas Mathieu a connu tout cela, originaire d’Épinal avec un père électromécanicien, il a grandi dans cet environnement et par la suite certaines expériences professionnelles l'ont conduit à transcrire des réunions dans lesquelles étaient décidés des plans sociaux. Hyper réaliste, son style empreint d'une énergie et d'une rage fascinantes trouve les mots justes pour décrire le bouillonnement de l'adolescence, le désir sexuel, l'ennui, les rêves, les frustrations, mais aussi pour démolir ce mythe de l'égalité des chances que l'on veut nous vendre. Remarquablement bien écrit, ce roman, parfois cru ou brutal, résonne très juste à l'heure des gilets jaunes, mais au-delà de son extraordinaire portée sociale, il est avant tout un roman d'apprentissage assez cruel, qui nous bouleverse par la force d'incarnation que la langue de Nicolas Mathieu donne à ses personnages et à cette chronique adolescente que l'on suit avidement sans en perdre une miette.

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Le Mars club

Publié le par Michel Monsay

Le Mars club

Lauréat du Prix Medicis étranger, ce roman implacable nous plonge sans complaisance dans l'univers carcéral américain, et plus particulièrement dans la vie d'une jeune femme fragilisée dès sa naissance et que la vie ne va pas épargner par la suite. Dans son troisième roman, Rachel Kushner, ancienne journaliste de 50 ans, évoque avec lucidité le déterminisme social et les conséquences qu'il induit chez toutes ces femmes dont elle dresse le portrait dans une histoire poignante et très documentée. Visiteuse de prison depuis plusieurs années, elle a noué des liens avec plusieurs détenues et connaît parfaitement cet univers, qu'elle décrit dans toute sa dureté et son inhumanité. Elle le fait au travers des yeux de son héroïne, qui est la narratrice d'une grande partie du roman, une femme de 29 ans incarcérée pour avoir tué le détraqué qui la harcelait. En nous racontant ses souvenirs d'enfance et de sa vie jusqu'à son arrestation, son quotidien carcéral, mais aussi en nous faisant part de ses réflexions pertinentes sur la société, elle dresse un tableau désespéré tout autant intime que collectif d'un monde contemporain qui condamne sans laisser de deuxième chance, ces femmes marginalisées dès le départ dont les chances de s'en sortir sont quasi inexistantes. Seule romancière à avoir été deux fois finaliste du fameux National book award pour ses deux premiers écrits, l'équivalent américain du Prix Goncourt, Rachel Kushner par son style direct sans fioritures illumine de son talent cette histoire qui mêle habilement la réalité de l'emprisonnement à un questionnement sur la destinée humaine. Un roman très noir, déchirant et puissamment politique.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Lauréat du Prix Femina et Prix spécial du jury Renaudot alors qu'il est sorti en avril et non lors de la rentrée littéraire, ce récit, indépendamment de ces récompenses, est incontestablement un des livres majeurs de 2018. Écrivain, journaliste littéraire à Libération et chroniqueur à Charlie hebdo, Philippe Lançon est un des rescapés de l'attentat de Charlie en janvier 2015 où 12 personnes furent assassinées. Si son livre fait l’unanimité, c'est avant tout pour le talent de son auteur, sa prose, son humour, sa culture littéraire, sa lucidité, sa sincérité, sa douceur. Il a réussit à écrire un ouvrage tout à la fois bouleversant et léger, sans haine ni rancune, comme un journal de reconstruction physique et mentale où le patient puise dans les souvenirs de sa vie passée, et ses passions littéraires et musicales pour l'accompagner sur ce long chemin de douleur. Outre la puissance du témoignage, la qualité littéraire de ce livre indispensable, et le style direct, cru, sans pathos de Philippe Lançon, il ressort une intime et profonde réflexion sur le rapport au temps, la perception d'une vie, la solitude face à la souffrance, le rapport à autrui. Cette autofiction sans la moindre pointe de narcissisme nous laisse admiratif, nous fait reconsidérer les choses de la vie et nous touche viscéralement.

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Conseil de lecture

Publié le par Michel Monsay

Conseil de lecture

Dans une époque de fureur, de vitesse, de course effrénée vers on ne sait quoi, ce très beau roman d'Hubert Mingarelli, romancier discret mais fécond de 62 ans, nous emmène alternativement sur les bords de la Baltique et sur un lac qui conduira le héros à remonter à la fois le cours de la rivière qui s'y déverse et le fil de sa vie, entre plaisirs simples d'une profonde amitié masculine sans connotation charnelle et lente déambulation à bord d'une petite embarcation à contempler la nature et se retrouver face à soi-même. D'une écriture épurée, touchante, emplie d'humanité, l'auteur ausculte les fêlures de ses personnages par petites touches pudiques, et dessine le portrait d'un homme à travers ses souvenirs, ses rêveries, une promesse brisée et ses répercussions. Ce roman envoûtant publié en 2009 s'inscrit dans un contexte hors du temps, loin des tumultes du monde où l'on se glisse avec délectation.

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