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livres

Liv Maria

Publié le par Michel Monsay

Liv Maria

Avec ce cinquième roman, Julia Kerninon, écrivaine nantaise de 33 ans déjà très remarquée par ses précédents écrits, docteure en littérature américaine, nous offre ici un très beau portrait de femme au caractère bien trempé. Le livre s'ouvre alors que cette femme n'est pas encore née et que ses parents font l'amour. Nous allons la suivre ensuite jusqu'à ses quarante ans, à travers un parcours atypique et parfois douloureux qui va contribuer à faire d'elle une femme libre, puissante, mystérieuse, complexe, autonome et incontrôlable. La romancière explore merveilleusement à travers une très belle écriture toutes les identités de cette femme, sa vie intime, ses émotions, sa faculté d'adaptation à toutes sortes d'aventures jusqu'à une vie plus stable, elle dissèque aussi le rapport troublant entre les apparences et la vérité profonde d'un être. Cette héroïne va cacher toute sa vie un secret, qui selon les périodes va être autant une force qu'un fardeau, le récit s'articulant à la manière d'une tragédie grecque. Julia Kerninon aime les mots et la littérature à la folie, on le ressent d'ailleurs tout au long de "Liv Maria", elle a toujours baigné depuis son plus jeune âge dans cet amour des livres transmis par ses parents, et en devenant écrivain, elle a su trouver un style d'une rare élégance avec un sens de l'image et de la précision remarquables.

Publié dans Livres

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La vie mensongère des adultes

Publié le par Michel Monsay

La vie mensongère des adultes

Phénomène littéraire, tant par le succès de ses romans, que par le mystère qui entoure cette auteure italienne, mais aussi par le talent d'écriture sans fioritures mêlant habilement l'intime et le social, Elena Ferrante avec ce huitième ouvrage traduit en français nous plonge au cœur du tourbillon émotionnel que représente l'adolescence. Avec en toile de fond, une nouvelle fois la ville très contrastée de Naples, tout autant sordide que lumineuse, ce roman, dont l'héroïne et narratrice est une jeune fille intelligente et sensible que nous allons suivre de 12 à 16 ans dans son apprentissage et sa découverte perturbante de la vie mensongère des adultes, nous captive par la précision et la justesse de son étude de caractère, mais aussi dans la description des personnages complexes et des rapports de classe. Située dans les années 90, cette histoire où chaque détail a son importance, les territoires selon que l'on habite sur les hauteurs de la ville ou dans ses bas-quartiers, les mots qu'ils soient prononcés à mi-voix ou éructés, en italien ou en dialecte, les corps dont on découvre la transformation à l'adolescence avec l'éveil de la sexualité, les objets avec leur secrets de famille, tout contribue à nous passionner pour la douloureuse éclosion de la chrysalide de cette jeune fille attachante.

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Du domaine des murmures

Publié le par Michel Monsay

Du domaine des murmures

Ce roman fascinant paru en 2011 nous plonge au Moyen-âge, cette époque barbare où les croyances, les prières, les superstitions, les terreurs et la violence faisaient le quotidien du peuple. L'héroïne fait le choix à 15 ans d'être emmurée dans une cellule de 4m², avec juste une petite fenêtre qui lui permettra de communiquer avec l’extérieur, pour se consacrer à Dieu et échapper ainsi à un mariage que son père lui impose. En évoquant les recluses, Carole Martinez, qui a obtenu le Prix Goncourt des lycéens pour ce roman, fait la lumière sur ces femmes qui se sacrifiaient pour différentes raisons, notamment comme ici pour refuser un destin de "pudique récipient que les grossesses finiraient par emporter" comme le décrit la romancière. Ce roman épique, lyrique, entre réalité historique et un onirisme d'une remarquable poésie où le talent de conteuse de Carole Martinez fait des merveilles, aborde avec malice et force des sujets intemporels comme l'amour maternel ou paternel, la foi, les préjugés, pour ne citer qu'eux, et au final nous enchante malgré la cruauté de cette époque.

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La tâche

Publié le par Michel Monsay

La tâche

Déjà deux ans que le grand Philip Roth s'est éteint à l'âge de 85 ans, l'occasion de lire ou relire "La tâche", Prix Médicis étranger 2002 et gros succès public. Cet impressionnant roman où la férocité de l'écrivain est impitoyable pour décrire à la fois le fléau du politiquement correct et les ravages qu'il produit, mais surtout pour nous raconter la vie d'un homme qui a renié ses origines, abandonné sa mère qui l'aimait éperdument, et bâti son existence sur un mensonge, un faux-semblant dont sa femme et ses enfants ne sauront jamais rien. Autour de ce personnage plutôt détestable, accusé par ailleurs de racisme et qui entretient une relation avec une femme de ménage ayant la moitié de son âge, Philip Roth dresse une charge puissante et subtile contre le puritanisme américain et l'indignation hypocrite avec en toile de fond l'affaire Monica Lewinsky. Changer d'identité pour échapper au déterminisme social, si en apparence cela a réussi à cet ancien professeur et doyen d'université de 71 ans, dont Nathan Zuckerman, le narrateur et double de Philip Roth, entreprend de percer le mystère, au final lorsque le lecteur a tous les éléments pour recomposer le puzzle de cette vie de mensonges, on se rend compte que le boomerang revient de plein fouet à la face de l'éminent professeur. Brillamment construit à travers une narration virtuose d'allers-retours dans le temps qui n’embrouille jamais le lecteur, ce fabuleux roman foisonnant, profondément troublant et d'une grande liberté, est aussi une profonde réflexion sur l'identité, les choix de vie, les convenances, et un thermomètre dans le cul de l'Amérique, comme le dit son auteur, cette Amérique que l'on trouvait pathétique il y a 20 ans et qui est encore bien pire aujourd'hui sous l'ère de Trump.

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Ritournelle de la faim

Publié le par Michel Monsay

Ritournelle de la faim

Quelques jours après la parution de ce sombre mais magnifique roman en octobre 2008, Le Clézio reçoit le Prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre. Ce superbe portrait de femme qui est au centre du roman, est en partie inspiré par la mère de l'écrivain, il est à la fois tendre, retenu, empreint d'une gravité sourde et rend un vibrant hommage à une jeune femme qui fut malgré elle une héroïne à vingt ans. De l'exposition coloniale de 1931 dans le Bois de Vincennes, à la montée du nazisme mais aussi de l'antisémitisme dans les salons parisiens voire dans les médias bien avant la guerre, jusqu'aux années d'Occupation, la faim, la fuite, l'horreur du Vél' d'Hiv, ce roman d'une impressionnante maîtrise nous replonge intensément dans ce passé nauséeux sans pour autant en faire une fresque historique. La jeune Ethel traverse et vit de manière plus ou moins présente ces événements, mais ce livre s'attache surtout aux conséquences qu'ils provoquent sur elle, la faisant passer d'une certaine candeur et douceur à une rage et une force qui lui permettront de tenir ses parents à bouts de bras. L'écriture de Le Clézio est subtile, généreuse, précise, c'est un pur régal. Le Boléro de Ravel créé en 1928 apparaît pour l'auteur comme une prophétie, il y voit l'histoire d'une colère s'achevant dans la violence, et ajoute que le silence qui s'ensuit est terrible pour les survivants étourdis.  La lecture de ce roman apporte autant de bonheur que d'émotion, et fait de Le Clézio encore un peu plus un écrivain majeur de la littérature mondiale.

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Sigmaringen

Publié le par Michel Monsay

Sigmaringen

Paru en 2014, ce passionnant roman de Pierre Assouline remarquablement documenté sur un épisode pathétique de cette période noire de notre Histoire, nous fait revivre les huit mois où le gouvernement de Vichy et toute sa clique de collabos sont venus se réfugier au château et dans la ville de Sigmaringen, à travers l’œil du majordome général du château. Ce personnage, qui a vraiment existé mais que l'auteur a réinventé pour en faire le pivot de cette histoire, fait penser au majordome joué par Anthony Hopkins dans les Vestiges du jour, un homme intègre, fidèle à des valeurs et à ses maîtres, la famille princière Hohenzollern, obéissant jusqu'à l'absurde avec un sens du devoir de sa fonction inébranlable quelles que soient les circonstances, mais aussi ayant une part secrète et des convictions qu'il ne laisse jamais transparaître. C'est évidemment grâce à ce formidable personnage et celui d'une intendante française que le roman nous captive, tout en décrivant cette farce ubuesque peuplée de personnages pitoyables qui s'accrochent au semblant de pouvoir qu'il leur reste, sans oublier les français qui ont suivi cette fuite en avant et vivent en contrebas du château dans des conditions précaires, avec un certain docteur Destouches, alias Louis-Ferdinand Céline, qui soigne les malades. Ce roman mêle habilement l'intime à la grande Histoire en nous faisant revivre cette ambiance de déroute allemande mais aussi d'une certaine France collaborationniste, vécue dans ce château grandiose hors du temps mais où l'étau se resserre peu à peu.

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Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Publié le par Michel Monsay

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

Lauréat du Prix Goncourt, ce très beau roman mélancolique, désabusé mais néanmoins empreint d'humour,  nous plonge dans une cellule de 6m² du pénitencier de Montréal, où un homme d'une cinquantaine d'années, qui purge une peine de deux ans pour un délit qui ne sera révélé qu'à la fin du livre, nous raconte son quotidien carcéral avec un Hells Angel tout aussi rustre que touchant, et déroule le fil de sa vie de Toulouse au Canada en passant par le Danemark en faisant revivre tous ses êtres chers qui ne sont plus. A 70 ans, Jean-Paul Dubois, cet ancien journaliste du Nouvel Obs, auteur notamment de "Kennedy et moi", "Le cas Sneidjer" ou "Une vie française", a écrit l'un de ses plus beaux romans, le meilleur pour de nombreux critiques, en se tenant à la règle qu'il s'est fixée depuis le début de sa carrière : se mettre à l'ouvrage toujours le 1er mars et l'avoir fini à la fin du mois pour profiter de la vie le reste du temps. Profonde, délicate, ironique, humaine, sont quelques unes des caractéristiques de cette œuvre qui décrit en creux un monde en train de disparaître pour laisser la place à un autre dirigé par le capitalisme, l'injustice, l'inhumanité sociale. Remarquablement construit entre passé et présent, ce roman conjugue l'échec à tous les temps, notamment dans la famille du narrateur, et rend hommage aux morts, à la force et au réconfort qu'ils apportent aux vivants. Comme le dit l’antihéros bienveillant de ce roman très émouvant  : "il y a une infinité de façons de gâcher sa vie", une chose est sûre Jean-Paul Dubois ne gâche pas la sienne, en marquant la littérature de son empreinte, qui à travers 22 livres, dissèque avec une formidable lucidité la nature humaine, et pour lui-même en étant propriétaire de son temps avec le moins de contraintes possibles.

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La panthère des neiges

Publié le par Michel Monsay

La panthère des neiges

Lauréat surprise du Renaudot alors qu'il ne figurait pas dans la sélection finale et n'était pas un roman, énorme succès public avec 500 000 exemplaires écoulés qui en font la plus grosse vente de l'année, ce fabuleux récit de Sylvain Tesson célèbre la beauté de la nature, la lenteur, la patience, la liberté des animaux sauvages, la fugacité de l'émerveillement. L'écrivain voyageur qui aimait jusqu'à présent courir les routes, voire les estrades, apprend ici avec délectation sur les hauts plateaux du Tibet par -30° C, l'immobilité et le silence de l'affût. A contre-courant de la société actuelle, frénétique et souvent creuse, cette quête mystique fait un bien fou, tant à son conteur qu'à nous pauvres lecteurs qui n'auront pas la chance de vivre pareille aventure. Dans une écriture mêlant superbement poésie, lyrisme, et aphorismes qui nous invitent à réfléchir sur nos modes de vie, sur l'état du monde au XXIe siècle, notamment les méfaits de l'homme sur les richesses naturelles de la planète sous couvert de progrès, Sylvain Tesson nous transmet sa passion pour ce qu'il reste de sauvage sur terre et nous convainc de nous rendre invisible pour en admirer les merveilles, même sans aller aux confins du Tibet, et surtout d'arrêter de courir après les leurres de la modernité en prenant le temps de simplement regarder autour de soi.

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La tentation

Publié le par Michel Monsay

La tentation

Lauréat du Prix Médicis, cet impressionnant thriller familial, après une séquence d'ouverture intense entre un chirurgien chasseur et un magnifique cerf, évolue crescendo vers un final apocalyptique, où l'univers du personnage central s'effondre après s'être heurté à plusieurs incompréhensions avec son fils, sa fille, voire sa femme. A 63 ans, de son écriture précise, ample, puissante, sensorielle, rythmée, Luc Lang nous entraîne une nouvelle fois après l'excellent "Au commencement du septième jour" dans un roman où la tension ne faiblit quasiment jamais, se déroulant au cœur des Alpes, dont la beauté froide d'une fin d'automne ajoute au malaise qui s'installe au fil des pages. La violence sous-jacente ou bien réelle par moments irrigue cette histoire de liens familiaux distendus, où le père, notable lyonnais, ne sait plus comment s'y prendre avec ses deux enfants devenus adultes dont les choix de vie sont très loin de ses valeurs. A travers une construction originale, l'auteur mêle habilement tout au long de l'intrigue dans une langue virtuose, descriptions de paysages, dialogues, sensations, souvenirs, références bibliques, scènes répétées sous un autre angle comme pour percevoir différemment le passé. L’incompréhension entre le père et ses enfants est aussi l’affrontement de deux mondes, deux façons de concevoir la société, un humanisme bourgeois digne d'un côté et l'ultralibéralisme sans scrupules dans lequel se complaisent le fils et indirectement la fille. Il y a du Chabrol dans ce roman assez noir, où ce père va chercher une sorte de rédemption dans les actes inhabituels pour lui qu'il va accomplir, c'est tout à la fois introspectif, existentiel et haletant.

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L'art de la joie

Publié le par Michel Monsay

L'art de la joie

Pour ceux qui n'ont pas eu l'immense bonheur de lire ce chef-d’œuvre de la littérature italienne sorti en France en 2005, stoppez tout séance tenante et procurez-vous ce magnifique roman, qui avant de paraître en 1998 à titre posthume, deux ans après la mort de Goliarda Sapienza à 72 ans, fut refusé par plusieurs maisons d'édition. Et pourtant que de qualités dans cette œuvre foisonnante, d'une réjouissante liberté à l'instar de son personnage principal, Modesta, une femme qui aura tout connu dans sa vie, la pauvreté et le viol dans son enfance, le couvent, le communisme, le fascisme, la bisexualité, la maternité, le meurtre, le statut de princesse sicilienne, la prison, qu'elle affronte toujours avec intelligence, charisme, énergie et détermination. L'écriture de Goliarda Sapienza est somptueuse et lumineuse, sa narration fluctue invariablement entre la première, la troisième personne et des dialogues tantôt passionnels, vivants, exaltés, tantôt philosophiques, ses phrases dans un fabuleux mélange de poésie, de sensualité, de perspicacité, de psychologie touchent profondément à leur lecture. Féministe, libertaire et politique, ce roman spirituel et charnel démarre au début du XXe siècle pour en suivre toutes ses transformations durant sa première partie, à travers une saga familiale pour le moins originale. C'est peu de dire que l'on se passionne à suivre les aventures amoureuses, familiales, idéologiques de Modesta, dans ce portrait de femme inoubliable entourée de nombreux personnages attachants que l'on quitte à grand regret.

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