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livres

Passionnante histoire corse à dimension philosophique

Publié le par michelmonsay

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Il serait étonnant voire scandaleux, que le remarquable 5ème roman de Jérôme Ferrari ne soit pas récompensé d’un prix littéraire. Il est d’ailleurs toujours en lice pour plusieurs d’entre eux, dont le Goncourt et le Grand prix du roman de l’Académie française. Ce professeur de philosophie de 44 ans d’origine corse, a su créer l’unanimité dans cette avalanche de livres parus en cette rentrée, avec une histoire à plusieurs étages, dont le principal a pour décor le bar d’un village corse de nos jours. Tous les personnages de ce roman fascinant sont confrontés à des désillusions, des échecs ou à la fin du petit monde qu’ils se sont construits. Leurs histoires s’inscrivent en résonance du sermon qu’Augustin a prononcé en 410 sur la chute de Rome, avec notamment la phrase : « Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt. » Parmi les très nombreuses qualités de ce livre, l’écriture de Jérôme Ferrari, profonde, précise, tantôt triviale tantôt d’une infinie poésie, impressionne par sa virtuosité, à tel point que l’on est souvent ému par la musique des mots que l’auteur emploie à si bon escient pour décrire ses personnages et les situations qu’ils vivent. Le roman démarre sur une photo prise durant l’été 1918 d’une famille corse avec une mère et ses 5 enfants, d’où ressort l’absence du père prisonnier en Allemagne et du fils à venir plus d’un an après, Marcel, qui conservera cette photo tout au long de sa longue vie. Le romancier va nous conter l’histoire de Marcel au fil du XXe siècle, celle de son petit-fils Matthieu, et celle d’un bar de village, abandonné du jour au lendemain par sa gérante, dont la propriétaire va avoir du mal à trouver un remplaçant. A travers cette intrigue régionale, même s’il nous emmène aussi à Paris et en Afrique, l’auteur donne une dimension universelle à des rêves qui se brisent, à des mondes qui disparaissent, et si l’ambiance de ce livre indispensable est sombre, il n’en est pas moins traversé par des séquences d’une très belle vitalité.

 

 Le sermon sur la chute de Rome – Un roman de Jérôme Ferrari – Actes Sud – 202 pages – 19 €.

 

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Deux admirables portraits de femme

Publié le par michelmonsay

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Parmi les 646 romans de la rentrée littéraire, si l’on se penche plus particulièrement sur les premiers romans, au nombre de 69 cette année, il y a toujours l’espoir excitant de découvrir la perle rare. Cette attente est plus que comblée avec le livre de Yannick Grannec, un premier écrit dont la maîtrise structurelle, la qualité d’écriture, et l’étonnante capacité à mêler fiction et réalité pour nous passionner de bout en bout, sont véritablement impressionnantes. Cette femme designer et graphiste, passionnée de mathématiques, a consacré quatre années à l’écriture de ce roman, où elle réussit l’audacieux pari de redonner vie à quelques uns des plus grands scientifiques du XXe siècle. Parmi eux Einstein, Oppenheimer, Morgenstern et surtout le mathématicien autrichien père du théorème de l’incomplétude, Kurt Gödel, au centre de cette histoire qui prend sa source dans la Vienne bouillonnante de 1928 pour trouver son épilogue en 1980 à Princeton. C’est d’ailleurs là que démarre le roman, dans une maison de retraite où Anna une documentaliste de 28 ans, missionnée par le fameux Institut de recherche avancée de Princeton,  rend visite à Adèle Gödel, la veuve du logicien, dans le but d’obtenir les archives de celui-ci d’une valeur scientifique inestimable. Après une entrée en matière difficile entre les deux femmes, une émouvante relation directe et sans concessions va naître entre elles au fil des visites. L’auteur va réussir à nous captiver autant par les échanges entre ses deux héroïnes, que par l’histoire de la vie du couple Gödel, jalonnée d’épreuves et de nombreux événements historiques que l’on vit intensément d’un chapitre à l’autre.

 

La déesse des petites victoires – Un roman de Yannick Grannec – Editions Anne Carrière – 450 pages – 22 €.

 

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Bouleversante histoire de rédemption

Publié le par michelmonsay

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On pouvait s’en douter mais en le lisant cela paraît une évidence, le nouveau roman du prix Nobel de littérature Toni Morrison, est l’un des événements majeurs de cette rentrée littéraire. A 81 ans, la grande écrivaine n’en est qu’à son 10ème roman mais la qualité et la puissance de son œuvre lui ont apporté une reconnaissance mondiale. Ce petit livre, d’une rare concision pour son auteur, par une écriture remarquable, émouvante, juste, contient toute la force narrative, la poésie de Toni Morrison, et un témoignage capital de la réalité noire dans l’Amérique des années 1950. L’histoire se situe au lendemain de la guerre de Corée, avec en toile de fond la ségrégation, le racisme ordinaire et brutal de l’Amérique profonde. Ce même pays qui n’hésitait pas à envoyer à la guerre des jeunes noirs défendre au péril de leur vie les couleurs de cette belle Amérique. L’un d’eux revient traumatisé par ce qu’il a vécu là-bas, d’autant que ses deux meilleurs amis y sont morts. Ce jeune homme de 24 ans intervient régulièrement et de manière assez courte à la 1ère personne tout au long du roman, pour nous livrer intimement des moments forts de sa vie. Il commence en se rappelant une scène de son enfance, où cachés avec sa sœur de 4 ans sa cadette dans les hautes herbes de leur Géorgie natale, ils se sont émerveillés devant de superbes chevaux, et l’instant d’après ont vu des hommes balancer le corps d’un noir dans une fosse et l’ensevelir. Puis l’auteur entame une narration au présent, alors que le jeune homme s’apprête à s’évader d’un hôpital psychiatrique, pour partir secourir sa sœur gravement malade à l’autre bout des Etats-Unis. Entre présent et passé nous est contée l’histoire terrible et attachante de ces deux jeunes noirs, quelque part symboles de tout un peuple, avec le talent impressionnant de Toni Morrison que l’on espère fécond le plus longtemps possible.                                                                                                                     

 

Home – Un roman de Toni Morrison – Christian Bourgois éditeur – 153 pages – 17 €.

 

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Une satire sociale sombre et jubilatoire

Publié le par michelmonsay

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On ne connaît qu’assez peu le romancier américain de 81 ans, E.L. Doctorow, et pourtant nombre de ses écrits, traduits en 30 langues pour certains, ont été adaptés au cinéma comme le superbe Ragtime par Milos Forman. Dans son dernier roman, il s’inspire d’une histoire vraie en rallongeant la durée de vie des protagonistes, afin de pouvoir traverser l’Histoire du XXe siècle américain et en souligner les dysfonctionnements. Par sa belle écriture imagée, l’auteur nous raconte avec émotion, drôlerie et noirceur, la vie de deux frères marginaux liés par un indéfectible amour fraternel, qui aura raison des nombreux obstacles et malheurs qu’ils rencontreront. Devenu aveugle peu avant d’avoir 20 ans, le frère cadet est le narrateur de ce récit qu’il démarre en relatant son adaptation à la cécité. Rapidement, il replonge au cœur de l’enfance des deux frères dans la grande maison bourgeoise familiale. Premiers émois amoureux, camps de vacances, vie insouciante, puis départ à la guerre du grand frère, décès des parents, et au retour de l’ainé qui a été gazé dans les tranchées de 14-18, la vie des deux frères bascule dans une autre dimension. Ce roman à la fois lumineux, burlesque et empreint d’une touche de mélancolie, bien que centré sur les deux frères, voit défiler une galerie de personnages très bien croqués.

 

 Homer & Langley – Un roman de E.L. Doctorow – Actes Sud – 229 pages – 22 €. 

 

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Les dérives de cet insupportable puritanisme américain

Publié le par michelmonsay

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Un nouveau roman de l’un des plus grands écrivains américains est forcément un événement très attendu, d’autant que cette nouvelle plongée au cœur d’une Amérique qui fait froid dans le dos, est tout simplement magistrale. A 72 ans, Russell Banks met de nouveau en lumière les laissés-pour-compte d’une société moralisatrice qui n’a plus de repères humains, et ne cherche qu’à surveiller et punir. Cette peur de l’autre, qui est l’une des principales caractéristiques de ce début de XXIe siècle, un jeune homme inoffensif de 22 ans, certes délinquant sexuel condamné, mais pour une naïve erreur de jeunesse, la subit quotidiennement en étant obligé de vivre comme un pestiféré sous un viaduc à Miami avec d’autres parias, violeurs ou pédophiles. En s’attachant à ce personnage à priori peu recommandable, mais qui n’est en fait qu’une victime de l’abîme affectif dont il a toujours souffert et des dérives d’Internet, l’auteur avec une remarquable plume très réaliste nous fait partager au travers des rencontres et épreuves de ce gamin perdu, l’enfer de l’exclusion.

 

 Lointain souvenir de la peau – Un roman de Russell Banks – Actes Sud – 444 pages - 23,80 €.

 

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La vie rocambolesque d’un médecin provincial

Publié le par michelmonsay

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Cette remarquable plongée dans l’Ouest américain d’aujourd’hui, on la doit à cet écrivain de 72 ans, Thomas McGuane, ami de Jim Harrison et qui tout au long de ses romans a dépeint comme nul autre pareil les grands espaces, les petites villes perdues et les habitants qui les peuplent. Un médecin à Livingston dans le Montana revient par petites touches sur sa vie et les personnes importantes qui l’ont jalonnée, dans un récit d’une réjouissante truculence teinté d’une certaine mélancolie. L’auteur croque avec humour toute une galerie de personnages plus vrais que nature, mais il sonde aussi très finement les solitudes, les arrangements avec la vie de tous ces êtres plus ou moins heureux. Le parcours accidenté de ce médecin quelque peu lunaire et naïf mais dont le diagnostique est respecté, comporte en son centre une vie sentimentale qui n’est pas banale et un amour inconditionnel de la nature. Un roman que l’on dévore avec gourmandise autant pour l’histoire très attachante de son héros, que pour la peinture en relief de cette Amérique provinciale qui ne va pas si bien que ça.                                                                                                                      

 

Sur les jantes – Un roman de Thomas McGuane – Christian Bourgois éditeur – 495 pages – 23 €. 

 

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Pour en finir avec ces privilégiés de la République

Publié le par michelmonsay

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Cela fait 25 ans que Sophie Coignard,  journaliste d’investigation à l’hebdomadaire Le Point, dénonce avec succès à travers une quinzaine d’ouvrages, les dérives et les dysfonctionnements de notre société. Elle a travaillé avec un autre journaliste du même magazine pour écrire ce livre dont on parle beaucoup en ce début d’année, dans lequel ils mettent en lumière une caste de privilégiés totalement coupée de la réalité du quotidien. Par une enquête minutieuse avec des faits avérés à l’appui, ils nous démontrent comment ces patrons, haut fonctionnaires, élus nous gouvernent avec incompétence, lâcheté, et cumulent en toute impunité toutes sortes de passe-droits et de rémunérations démesurées. Ce brulot qui met en avant les comportements indécents de certaines de nos élites en ces temps de grave crise économique, pourrait bien se retrouver au cœur de la campagne électorale.

 

 L’oligarchie des incapables – Un essai de Sophie Coignard et Romain Gubert – Albin Michel – 368 pages – 20 €.

 

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La vie politique façon Grand siècle

Publié le par michelmonsay

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Grand romancier de 65 ans, lauréat du Goncourt en 1997 pour « La bataille », Patrick Rambaud est aussi un fameux pasticheur et sa plume cruelle et désopilante a déjà fait de nombreux ravages. Commencée avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, cette chronique irrévérencieuse écrite dans un style ancien que l’on pratiquait au temps de nos monarques, aborde dans ce 5ème tome tous les événements qui se sont passés à la cour et dans son entourage entre l’été 2010 et 2011, du discours de Grenoble à l’affaire DSK. Il se réapproprie tous les personnages et les croque dans une très belle langue, où personne n’est épargné pour le plus grand plaisir du lecteur. L’auteur, par son approche satirique mais néanmoins lucide, nous offre une respiration drôle et intelligente au milieu des nombreuses analyses politiques, qui a pour but d’éclairer les français sur la bouffonnerie de ce quinquennat.

 

 Cinquième chronique du règne de Nicolas 1er – Un roman de Patrick Rambaud – Grasset – 200 pages – 14,50 €.

 

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Stop au libéralisme financier

Publié le par michelmonsay

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Président d’honneur de Saint-Gobain après en avoir été le PDG durant plus de 20 ans, Jean-Louis Beffa a hissé l’entreprise au 1er rang mondial de l’habitat. Egalement administrateur de nombreuses grandes sociétés, son expérience industrielle et sa vision économique l’ont poussé à écrire un livre très instructif pour l’avenir de notre pays. En dressant un bilan sévère de la situation, il met en cause l’inconstance de la politique économique et industrielle de la France, et surtout le choix du modèle libéral financier qui privilégie les intérêts à court terme des actionnaires, provoquant une désindustrialisation et du chômage. Pour inverser la tendance, il préconise toute une série de mesures qui vont dans le sens d’un modèle commercial industriel, à l‘image de l’Allemagne, la Chine ou le Japon, avec un système de cogestion où salariés et syndicats sont impliqués dans la marche de l’entreprise. A méditer pour les candidats à la présidentielle.

 

 La France doit choisir – Un essai de Jean-Louis Beffa – Seuil – 288 pages – 18 €. 

 

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L’amour d’une mère pour conjurer le sort

Publié le par michelmonsay

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Le grand écrivain pacifiste israélien de 58 ans, David Grossman, a reçu en novembre dernier le prix Médicis étranger pour ce roman bouleversant qui nous entraîne dans un voyage au long cours à la fois intime, charnel mais aussi dans la traversée d’un pays à la nature magnifique constamment miné par un état de guerre. Dans une écriture tout à fait remarquable, il explore les dégâts causés par les conflits qu’Israël traverse depuis 40 ans, notamment chez les jeunes soldats qui risquent leur vie durant leur service militaire, chez leurs proches et chez les palestiniens. L’amour maternel a rarement été aussi bien senti, retranscrit jusque dans ses excès les plus viscéraux, la famille avec toutes ses difficultés, ses bonheurs, l’amitié poussée vers ses sommets, l’amour dans sa complexité, autant de facettes de l’âme humaine que l’auteur sonde avec une remarquable acuité. Nous sommes en 1967 durant la guerre des 6 jours, trois jeunes de 16 ans, deux garçons et une fille font connaissance dans un hôpital alors qu’ils sont en quarantaine pour une épidémie dont ils vont réchapper par miracle. Cette expérience va les souder. 33 ans plus tard, la jeune fille qui est devenu mère, accompagne la mort dans l’âme son fils cadet au point de rassemblement d’une opération d’envergure de 28 jours de l’armée israélienne dans les territoires, alors qu’ils devaient partir tous les deux pour une semaine de randonnée en Galilée. Comment va-t-elle supporter la terrible attente et la funeste nouvelle qui pourrait arriver à tout moment ? La vie de cette femme et de ses hommes, un mari, un ami amant et deux fils, restera longtemps gravée dans nos mémoires tant la force des personnages et des situations illumine chaque page de ce grand roman aux nombreuses lectures.

 

 Une femme fuyant l’annonce – Un roman de David Grossman – Seuil – 667 pages – 22,50 €. 

 

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