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livres

Un imprévisible roman noir teinté d’ironie

Publié le par michelmonsay

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Assez peu connu du grand public, ce romancier et dramaturge de 60 ans est pourtant très apprécié de la critique depuis de nombreuses années, ainsi que d’un lectorat en constante progression. Dans son treizième roman, assez court, comme toujours chez cet auteur qui cultive la parcimonie et le sens de l’épure avec virtuosité, il installe rapidement une atmosphère doucement anxiogène qui va s’épaissir au fil des pages. Entre roman noir et polar à la Simenon avec une pointe d’ironie sous-jacente, le style d’Yves Ravey fait de phrases simples et le plus souvent de petits chapitres, impressionne par sa capacité à nous emmener dans des directions imprévues, et à nous révéler sans crier gare la vraie nature des personnages. Derrière le narrateur et protagoniste principal de cette intrigante histoire, qui nous apparaît comme un ami généreux et bienveillant, se dévoile progressivement une sorte d’antihéros combinard mais attachant. La force de ce roman se trouve également dans ses détails, que l’écrivain aime parsemer pour nourrir l’énigme et semer de fausses pistes, mais aussi pour laisser parfois entrevoir les surprenants événements à venir. Un homme arrive au chevet de son meilleur ami, victime d’une mine antipersonnel en Afrique et que l’on a rapatrié à l’hôpital de Montauban, pour le veiller les trois derniers jours qu’il lui reste à vivre. Le mourant lui révèle l’existence de sa fille dont il a perdu la trace, qui a été internée en asile psychiatrique et de ce fait a perdu la garde de son fils après son divorce. Notre homme promet à son ami de la retrouver et de veiller sur elle, sans en imaginer les conséquences. Avec une écriture d’une limpidité rare, Yves Ravey a construit un thriller très original et plutôt glauque, proche de certains films de Chabrol, que l’on dévore en ne sachant absolument pas ce qu’il nous réserve, le rendant ainsi encore plus excitant.

 

La fille de mon meilleur ami – Un roman d’Yves Ravey – Les éditions de Minuit – 156 pages – 14 €.

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Envoûtant portrait d’une idole et d’un monde révolu

Publié le par michelmonsay

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Celle que le monde entier a découverte un jour de juillet 1976 aux Jeux Olympiques de Montréal, en devenant la première gymnaste à obtenir la note de 10, continue de fasciner près de 40 ans plus tard. La romancière et chanteuse Lola Lafon, qui était à peine née lorsque Nadia Comaneci atteignait la perfection à l’âge de 14 ans, s’est emparée à bras le corps de la vie de cette athlète mythique, pour en écrire un passionnant roman à la fois très documenté et imaginaire. Ayant vécu une partie de son enfance en Roumanie, Lola Lafon explore, en plus des silences de la mystérieuse fée des Carpates, le régime communiste de Ceausescu sans nostalgie ni apologie bien évidemment, mais sans caricature non plus comme cela a souvent été le cas. Elle interroge subtilement le manichéisme Est/Ouest des années 1980, et se sert de dialogues fantasmés avec Nadia Comaneci pour démontrer que certains côtés du capitalisme occidental ne valaient guère mieux que le communisme. Son écriture virtuose à travers des chapitres courts et vifs, se situe très loin de la mode des biopics rébarbatifs et s’aventure, à l’image de son héroïne, dans des figures acrobatiques pour mieux cerner tout ce qui a participé à ce destin hors-normes. Rarement un roman n’a démarré de manière aussi éblouissante, Lola Lafon nous plonge directement dans la stupéfaction qui a suivi le passage à la poutre de Nadia Comaneci aux JO de Montréal. Même le panneau électronique est dépassé. Il n’était visiblement pas programmé pour afficher la note de 10. La plume de l’écrivaine virevolte entre tous les acteurs de ce moment d’exception, pour nous le faire revivre en nous procurant de vrais frissons. Avec ce roman très riche, outre le bonheur de mieux connaître celle qui a marqué l’Histoire du sport, Lola Lafon aborde magistralement l’envers du décor et ce n’est pas toujours très joli, notamment de la part des journalistes occidentaux.

 

 La petite communiste qui ne souriait jamais – Un roman de Lola Lafon – Actes Sud – 310 pages – 21 €.

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Manipulations à tous les niveaux

Publié le par michelmonsay

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D’un roman à l’autre, Ian McEwan continue à la fois de bâtir une œuvre de tout premier plan et d’explorer l’Histoire anglaise de ces 50 dernières années. Le décor de son dernier petit bijou se situe dans les années 1970 dans un climat de guerre froide culturelle. Les services secrets britanniques enrôlant à leur insu des écrivains hostiles aux idées communistes, pour contrer la tendance très à gauche des intellectuels du moment. A 65 ans, le romancier anglais se sert une nouvelle fois de faits réels pour bâtir autour, de manière vertigineuse, une fiction qui avance crescendo jusqu’à un épilogue renversant. Si l’on peut voir ce roman comme une autobiographie détournée, puisque l’un des personnages principaux est un jeune écrivain dont les nouvelles rappellent celles de McEwan à la même époque, ce n’est là qu’une des nombreuses strates qui le composent. Mensonges, manipulations, ambigüité, ambivalence des personnages, l’auteur excelle en eaux troubles mais aussi dans la description de profonds sentiments amoureux, ou dans une subtile réflexion sur le pouvoir de l’écriture. L’humour est un ingrédient sous-jacent mais assez présent tout au long de ce roman parfois féroce avec ses personnages, qui met en évidence les contradictions d’une société anglaise mal en point dans ces années-là. La narratrice, une anglaise d’une soixantaine d’années, commence son récit en affirmant que 40 ans plus tôt, les services secrets britanniques lui ont confié une mission, dont elle n’est pas sortie indemne et qui a également détruit son amant. Sans s’attarder sur son enfance et son adolescence, elle nous présente sa famille et évoque les premières rencontres décisives de sa vie d’étudiante, notamment celle d’un professeur qui va être son mentor et son premier grand amour. Moins noir que dans ces précédents romans, Ian McEwan nous passionne en mêlant fiction et réalité avec maestria et une légèreté inhabituelle qui lui va très bien.

 

 Opération Sweet Tooth – Un roman de Ian McEwan – Gallimard – 437 pages – 22,50 €.

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Une génération perdue

Publié le par michelmonsay

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Voilà certainement le roman qui a été au centre de toutes les conversations, à juste titre, ces derniers mois. À la fois pour la consécration obtenue en recevant le plus prestigieux des prix littéraires, mais surtout par le choc ressenti à la lecture de cette histoire dérangeante et passionnante. Son auteur de 62 ans, au parcours très atypique, n’a commencé à écrire qu’en 2006 et s’était spécialisé jusque-là dans le polar. Après plusieurs succès dans ce domaine, il a voulu tourner la page et s’essayer au roman. Grand bien lui en a pris avec cette épopée picaresque, foisonnante, qui a pour théâtre la fin de la première guerre mondiale et les deux années qui suivirent, dans une veine politiquement incorrecte sur le fond comme dans la forme. On est bien loin ici des commémorations qui vont se succéder à l’occasion du centenaire de la Grande guerre. L’auteur montre, une France qui préfère honorer ses morts en érigeant des monuments au lieu de s’occuper des rescapés de cette boucherie, livrés à eux-mêmes dans un total dénuement, ainsi que le commerce nauséabond qu’ont pratiqué certains au lendemain de la guerre. Le roman démarre à neuf jours de l’armistice dans une tranchée, où un ordre venu d’en haut obligent ceux qui s’en sont sortis jusque-là et auraient bien attendu la fin des hostilités tranquillement, à aller voir ce que font les allemands. Les deux soldats envoyés en reconnaissance par un lieutenant belliqueux se font descendre de manière assez surprenante, et à partir de là c’est l’engrenage. Les trois premiers chapitres, dans l’angoisse des tranchées et dans un décor de fin du monde, sont proprement stupéfiants. Plusieurs personnages très bien sentis émergent peu à peu de cette histoire aux multiples rebondissements, que l’on suit sans en perdre une miette. Si certains parlent de littérature populaire de qualité, les 500 000 ventes à ce jour en attestent, ce roman très documenté au style direct, implacable est de ceux qui nous éclairent sur des injustices occultées, tout en nous apportant un immense bonheur à leur lecture.

 

 Au revoir là-haut – Un roman de Pierre Lemaitre – Albin Michel – 564 pages – 22,50 €.

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Réjouissant et instructif

Publié le par michelmonsay

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Dans la collection des dictionnaires amoureux riche d’une soixantaine de titres, dont le dernier consacré à Proust vient de recevoir le Prix Femina de l’essai, celui sur le vin en est largement le plus gros succès. Deux raisons à cela : le sujet, qui passionne toujours les français, et la popularité de l’auteur dont l’humour et l’amour des mots ne pouvaient que parfaitement s’accommoder avec le vin. L’iconographie œnologique existante étant considérable, Bernard Pivot inaugure donc cette nouvelle collection illustrée des dictionnaires amoureux, avec plus de 130 photographies, reproductions de tableaux, sculptures et dessins pour accompagner ses textes. Enfant du Beaujolais et grand amateur de vins, l’auteur n’a pas voulu écrire un ouvrage technique mais plutôt mettre en avant les rapports du vin et de la culture sous toutes ses formes. Le célèbre journaliste a trempé sa plume dans sa mémoire et son imaginaire, vers des souvenirs gastronomiques, amoureux, professionnels ou provenant de son enfance dans les vignes. Celui qui voudrait se réincarner en cep de la Romanée-Conti et qui reconnaît avoir le vin gai, évoque avec légèreté, tendresse et émerveillement les vins d’exception, les grands vignobles, les acteurs et objets de cet univers. On ressort conquis de ce voyage richement arrosé tant par les mots instructifs, biens choisis et souvent drôles de Bernard Pivot, que par les illustrations de grande qualité dont regorge ce très beau livre.

 

 Le dictionnaire amoureux du vin – Version illustrée – de Bernard Pivot – Plon/Flammarion – 249 pages – 29,90 €.

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A découvrir de toute urgence

Publié le par michelmonsay

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Il est l’un des plus grands écrivains espagnols et pourtant Jaume Cabré demeurait jusqu’à présent assez méconnu en France. Ce catalan de 66 ans a mis huit ans pour écrire Confiteor et nous offrir ainsi un roman inoubliable, un de ceux qui marque à jamais une vie de lecteur. Epoustouflant de richesse narrative, de liberté de style, de virtuosité à passer d’un personnage à l’autre ou d’une époque à l’autre sans jamais nous embrouiller, ce chef-d’œuvre se laisse dévorer avec une délectation ressentie tout au long des 772 pages que l’on aurait bien prolongée. Au-delà de la passionnante histoire d’un savant barcelonais, tout à la fois drôle, poignante, intelligente mais aussi d’une simplicité et d’une fluidité étonnante, l’auteur remonte le temps pour aller à la source d’objets de collection appartenant au père du narrateur, comme un très ancien parchemin, un violon ou un tableau. Dans cette exploration sur cinq siècles où Jaume Cabré redonne vie à des personnages broyés par l’Inquisition, le franquisme et l’enfer des camps de concentration, le mal ressort comme une constante dans l’Histoire de l’humanité. Le romancier démontre également très judicieusement les multiples conséquences de nos actes, tant sur un plan personnel que collectif. Un homme de 62 ans qui sent la mort approcher, entreprend d’écrire ses mémoires en s’adressant à la femme de sa vie. Il commence par prendre conscience qu’il a toujours été seul et n’a jamais pu compter humainement sur ses parents, qui ne voyaient en lui qu’un enfant surdoué pouvant faire leur fierté. Le narrateur démarre son récit dans le bureau de son père, véritable caverne d’Ali-Baba où enfant il s’émerveillait devant les nouvelles acquisitions de son antiquaire de père, et espionnait les conversations des grands, caché derrière un canapé. En découvrant ce roman phare de 2013, on ressent une grande humanité et un impressionnant talent de conteur chez Jaume Cabré, mais surtout on est très vite happé par cette écriture si inventive et les nombreuses histoires qui s’enchevêtrent si bien et nous fascinent toutes autant les unes que les autres.

 

 Confiteor – Un roman de Jaume Cabré – Actes Sud – 772 pages – 26 €.

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Un roman très cinématographique

Publié le par michelmonsay

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Originaire du Pays Basque auquel elle reste très attachée et qui est souvent présent dans ses romans, Marie Darrieussecq a depuis plus d’une quinzaine d’années pris une place importante dans la littérature française. A 44 ans, l’écrivain délaisse quelque peu son style plutôt provocant pour nous offrir ce qui est peut-être son plus beau roman, dans une veine plus romantique tout en interrogeant et en faisant voler en éclats les stéréotypes racistes. Avec une très belle langue faite de phrases courtes et percutantes, elle nous plonge dans le vertige de la passion et de l’attente de l’autre. Ses descriptions sont à la fois délicieuses, troublantes voire poignantes. En arrière-plan nous découvrons Hollywood, ses soirées privées et ses villas grandioses. Les protagonistes côtoient entre autres George Clooney ou le réalisateur Steven Soderbergh, le premier ayant un rôle à part entière tout au long de cette histoire. Autre élément important, qui est à l’opposé de la capitale du cinéma et de ses paillettes, l’Afrique, où l’auteur nous emmène au cœur de la forêt équatoriale, sur un fleuve et dans un village perdu. Solange est française, Kouhouesso est canadien d’origine camerounaise, et ils sont tous deux acteurs de rôles secondaires à Hollywood. Ils se rencontrent dans une soirée chez George. Elle est tout de suite subjuguée par le magnétisme et la beauté de cet inconnu. Cet homme porte en lui un grand projet au Congo, ce qui le rend encore plus attirant mais partiellement disponible. Ce très beau roman teinté d’une certaine nostalgie explore merveilleusement le problème de l’altérité et le miracle de l’hétérosexualité, où un homme et une femme qui sont à la base si différents sur nombre de sujets, arrivent à construire tant bien que mal une relation.

 

 Il faut beaucoup aimer les hommes – Un roman de Marie Darrieussecq – P.O.L. – 312 pages – 18 €.

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Un acte lourd de conséquences

Publié le par michelmonsay

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Lorsqu’un écrivain de la stature de Richard Ford, l’un des tous meilleurs américains, publie chose assez rare un nouveau roman, il est fortement conseillé de se le procurer dare-dare et de bien prendre le temps de le savourer. A 69 ans, l’ancien lauréat du Prix Pulitzer nous offre, avec un talent remarquable pour décrire autant les personnages que l’environnement dans lequel ils évoluent, une histoire troublante faite de solitude et de vies gâchées par un acte stupide perpétré en dépit du bon sens. La peinture des petites villes de la ruralité américaine et canadienne, de la nature dans toute sa beauté et sa rudesse, mais surtout l’incroyable sens des détails physiques et psychologiques dont l’auteur habille tous ses protagonistes, même les secondaires, contribuent à donner au roman une force qui enfle au fil des pages, à travers une construction rétrospective très originale et une fluidité qui accentue le plaisir de lecture. Le narrateur, un professeur de littérature de 66 ans, va nous raconter à la première personne les quelques mois qui ont bouleversé son existence et celle de sa famille alors qu’il avait 15 ans dans une petite ville du Montana. Il démarre son récit en nous annonçant que ses parents ont commis un hold-up et qu’un peu plus tard dans sa vie il y eu des meurtres. Une fois le décor planté, nous allons faire connaissance en amont des faits avec le père, la mère et la sœur jumelle de ce gamin de 15 ans qui formaient une famille ordinaire, et dont personne n’aurait pu imaginer que les parents puissent dévaliser une banque. L’écrivain ausculte au plus profond des êtres le douloureux apprentissage de la vie que va vivre ce jeune adolescent, se révélant plus aguerri qu’il n’y paraît, en nous livrant un magnifique roman sans fioritures ni concessions, d’une vérité parfois brutale mais avec une plume laissant entrevoir une belle humanité.

 

 Canada – Un roman de Richard Ford – Editions de l’Olivier – 476 pages – 22,50 €.

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Fascinante plongée au cœur du Japon

Publié le par michelmonsay

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Comme chaque fin d’été la rentrée littéraire nous propose un nombre impressionnant de romans français et étrangers, 555 cette année, chiffre qui est pourtant en retrait par rapport aux précédents millésimes. D’ores et déjà, le 5ème roman de Thomas B. Reverdy, écrivain français de 39 ans, est l’une des petites merveilles qui va illuminer cet événement culturel, et ce serait étonnant qu’il ne soit pas récompensé par l’un des fameux prix tant convoités. D’une admirable écriture à la fois poétique, subtile, sensible et souvent très réaliste, le romancier explore le phénomène des évaporés, assez fréquent au Japon, où des personnes disparaissent du jour au lendemain, comme un suicide social, même si parfois il s’agit simplement de sauver sa peau. Construit de nombreux chapitres assez courts, tout en maîtrise et en fluidité, ce roman passionnant est aussi un portrait sans concession du Japon un an après le tsunami et la catastrophe de Fukushima, mais aussi le Japon des yakuzas, des travailleurs pauvres, où l’on en apprend beaucoup sur ce pays finalement assez secret et méconnu. Un homme proche de la soixantaine, après avoir écrit une lettre d’adieu à sa femme et avoir laissé sur la table d’entrée de son domicile de Kyoto, ses clés, son portable et son portefeuille, embarque dans une camionnette avec deux déménageurs qu’il a embauchés pour la nuit en emportant trois cartons et une valise, et s’évapore. Après avoir fait connaissance avec les 3 autres personnages importants de cet envoûtant polar existentiel, qui chacun à sa manière cherche à redonner un sens à sa vie, l’auteur en mêlant habilement les genres nous offre un superbe moment de littérature. Rarement un occidental n’a aussi bien raconté le Japon.

 

 

Les évaporés – Un roman de Thomas B. Reverdy – Flammarion – 300 pages – 19 €.

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Le poids du passé et la douleur de l’absence

Publié le par michelmonsay

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Moins médiatique et moins connu en France que certains de ses collègues, à 64 ans Graham Swift est pourtant considéré Outre-manche comme l’un des tous meilleurs romanciers britanniques. Lauréat du prestigieux Booker Prize en 1996, l’écrivain continue de s’attacher à des personnages ordinaires, dont il explore le passé tel un orfèvre à la recherche des pensées les plus secrètes, des actes manqués, pour mieux cerner leur personnalité et comprendre les choix de leur vie. S’ajoute toujours en toile de fond des événements marquants de l’Histoire anglaise et une peinture minutieuse des paysages. Dans ce nouveau roman, il dissèque les conséquences désastreuses des crises sanitaires sur les éleveurs anglais, avec la disparition d’un monde où les fermes ont été transformées en maisons de campagne pour des citadins, et évoque également la guerre contre le terrorisme en Irak. Au-delà de ces arrière-plans assez présents, les deux principaux protagonistes de cette histoire où l’absence des êtres et les non-dits accumulés se font cruellement sentir, sont un homme et une femme mariés qui se connaissent depuis l’enfance, dont les pères étaient éleveurs de vaches laitières. Le livre démarre alors que Jack et Ellie viennent de se disputer et qu’elle est partie en claquant la porte de la villa qu’ils habitent sur l’île de Wight, où ils possèdent et gèrent un terrain de caravaning. La folie qui s’est emparée de leurs esprits renvoie Jack au souvenir douloureux de la crise de la vache folle, qui avait provoqué l’abattage de 65 bêtes et la faillite de la ferme familiale. Le romancier va ainsi replonger dans le passé récent et plus lointain de ses personnages, où peu à peu nous allons faire connaissance avec les différents membres de leur famille, et découvrir pourquoi ces deux natifs de la campagne du Devon sont venus vivre sur une île, et pourquoi Jack attend sa femme avec un fusil chargé qu’il a posé sur le lit.

 

J’aimerais tellement que tu sois là – Un roman de Graham Swift – Gallimard – 402 pages – 23,90 €.

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