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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 22:14

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Un sacré coup de fraîcheur en cette rentrée avec le premier album de jeunes bordelais, trois frères et un ami d’enfance qui ont entre 19 et 24 ans, et jouent ensemble depuis de nombreuses années déjà. Leur nom vient de l’arrière grand-père boxeur que l’on voit sur la pochette du disque, dont ils semblent avoir la détermination. On est sidéré dès les premières notes par leur maturité, leur cohésion musicale et une maîtrise de mélodies très efficaces. A peine arrivé sur le devant de la scène du rock français, dont beaucoup  de groupes ont du mal à se défaire de l’ombre de Noir Désir, ils s’installent déjà comme fer de lance en proposant un univers sous influence anglo-saxonne, qui n’a rien à envier à leurs illustres prédécesseurs. Entre rock new-yorkais et pop anglaise, ils avancent avec l’aplomb et l’inspiration de vieux briscards tout en laissant parler l’éclat et l’audace de leur jeunesse. A travers 12 superbes morceaux qui alternent les tempos, les changements de rythmes, cet album enchante nos oreilles tout en donnant souvent envie de nous trémousser. La voix grave, chaude du chanteur de 21 ans est un pur bonheur, elle apporte une profondeur, une assise à cette musique qui a déjà à elle seule une sacrée tenue. Des guitares inspirées et habiles, un chant en anglais d’une qualité irréprochable, un ensemble de rock haut de gamme et pourtant ce sont bien des petits français qui se cachent derrière cette surprise lumineuse.

 

 Kid Bombardos – Turnin’ wrong – Sober & Gentle – 1 CD : 15,99 €.

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 22:00

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Déjà lauréats de deux Palmes d’or à Cannes avec Rosetta et L’enfant, Jean-Pierre et Luc Dardenne ont failli en décrocher une 3ème cette année, du jamais vu, mais ils ont finalement reçu le Grand prix. Avec ce nouveau film, les frères belges confirment une fois de plus qu’ils font partie des plus grands cinéastes contemporains, en filmant comme nul autre les rapports humains dans un style âpre, direct, avec une incroyable justesse et pour la première fois une certaine tendresse. Autant ici que dans leurs autres films, les personnages ne sont pas gâtés par la vie, mais les réalisateurs ne tombent jamais dans l’emphase, ils n’ont pas besoin de cela pour chaque fois nous bouleverser en parvenant à toucher la vérité des êtres. Dans ce film encore, ils arrivent à obtenir de leurs comédiens, que ce soit un enfant ou une actrice reconnue, à la fois une intensité, une retenue et une authenticité en tous points remarquables. Un garçon de 12 ans, placé provisoirement par son père dans un foyer pour enfants, n’a plus de nouvelles de celui-ci depuis quelques semaines. Il cherche désespérément à le retrouver mais le père a déménagé. En voulant échapper aux éducateurs du foyer qui veulent lui faire entendre raison dans la cité où habitait le père, l’enfant s’agrippe à une femme sans vouloir la lâcher. De cette rencontre brutale naît une relation entre les deux, inhabituelle pour ce gamin abandonné. Moins noir qu’à l’accoutumée, le dernier Dardenne n’en est pas moins déchirant par sa réalité affective et sociale. Néanmoins, telle la fragilité d’une flamme de bougie fouettée par le vent, une lueur d’espoir traverse ce superbe film, va t’elle s’éteindre ?

 

 Le gamin au vélo – Un film de Jean-Pierre et Luc Dardenne avec Thomas Doret, Cécile de France, Jérémie Renier, … - Diaphana vidéo – 1 DVD : 19,99 €. 

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 21:51

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Avec son sixième roman, Delphine de Vigan provoque à coup sûr l’un des événements phares de la rentrée littéraire, qui comporte cette année 654 sorties. Cette romancière de 45 ans dont l’œuvre est souvent d’inspiration autobiographique, avait fait parler d’elle en 2007 avec No et moi vendu à 400 000 exemplaires et en 2009 où elle avait failli avoir le prix Goncourt pour Les heures souterraines. Ces deux livres ayant été traduits dans 25 pays. Son superbe dernier roman raconte avec une émotion rare et une vérité sidérante, la vie de sa mère, Lucille, qui s’est suicidée en 2008 à l’âge de 61 ans. Au-delà du parcours très accidenté de cette femme d’une grande beauté qui a toujours été un peu à part, secrète, introvertie, il y a une plongée passionnante au cœur d’une fratrie de 9 enfants dont Lucille était la 3ème, avec un père et une mère aussi différents que surprenants, chacun à sa manière. A travers une écriture sensible, précise, la        romancière explore les personnages de cette famille, leurs rapports, les drames, les non-dits, les moments plus lumineux avec toujours en fil conducteur, l’évolution de Lucille. Le livre s’ouvre sur le choc que l’auteure ressent à la mort de sa mère, et les mois qui suivirent avec la question de lui consacrer un livre, qui peu à peu est apparue vitale. Ce long chemin d’écriture, douloureux, semé de doutes, de remises en question, qui nous fait pénétrer au plus près des arcanes de la création, revient régulièrement entrecouper le récit en lui apportant une étonnante profondeur. On est captivé de bout en bout et souvent très ému par l’histoire de cette femme et de sa famille, qui trouve forcément un écho à nos propres histoires, tant les mots d’une incroyable justesse et la faculté de saisir l’essentiel nous touchent au plus profond.

 

 Rien ne s’oppose à la nuit – Un roman de Delphine de Vigan – Editions Jean-Claude Lattès – 437 pages – 19 €. 

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 21:47

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Cet auteur compositeur interprète de 39 ans moitié anglais moitié italien qui vit en France dans les Cévennes, sort un 4ème album d’une beauté renversante. Artiste complet, il est en plus de sa musique, peintre, photographe et poète. Avec ce nouvel enregistrement, sa sensibilité artistique s’exprime merveilleusement dans chacun des 11 morceaux, où il nous fait voyager à travers une musique chatoyante aux nombreuses inspirations. La pop folk d’une grande richesse qu’il nous propose se plaît autant dans des ballades douces et frémissantes que dans des envolées aux sonorités orientales ou africaines. Un métissage des plus heureux, provenant de ses origines et de ses diverses influences musicales, accompagne Piers Faccini lorsqu’il compose et lui permet de faire tomber les frontières pour un résultat enivrant. Chantant en anglais de sa très belle voix feutrée et sensible qui fait penser par moments à Ben Harper ou Nick Drake, il s’accompagne entre autres à la guitare acoustique, électrique et au piano. En plus des 3 musiciens qui l’entourent, on retrouve sur certains morceaux, le trompettiste de jazz Ibrahim Maalouf, des violoncellistes, un musicien africain qui apportent tous une qualité et une dimension supplémentaire à cette musique enthousiasmante. Indéniablement l’un des tous meilleurs albums de la rentrée, ce petit bijou apaise, transporte et fait éclater un horizon musical trop souvent compartimenté et formaté. On respire.

 

 Piers Faccini – My wilderness – Tôt ou tard – 1 CD : 13,77 €.

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 18:29

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Lorsque Woody Allen est autant en verve et inspiré, ses films sont baignés d’une incroyable magie et nous apporte un bonheur infini. A près de 76 ans, le réalisateur américain nous offre une de ses plus belles œuvres, empreintes de grâce, d’humour et d’une délicieuse nostalgie. On se demande toujours après tant d’années et une si grande productivité avec un film par an, comment il peut encore trouver d’aussi brillantes idées et nous étonner voire nous émerveiller quasiment à chaque fois. Cette déclaration d’amour à la ville lumière est la superbe toile de fond d’une histoire à la fois drôle, touchante dans laquelle on se sent si bien qu’on la quitte à grand regret. Un couple d’américains en vacances quelques jours à Paris, qui s’apprête à se marier en rentrant aux Etats-Unis, croise par hasard en dînant avec les parents de la jeune femme, un copain de fac de celle-ci accompagné de sa femme. Au grand dam du futur marié, ils se revoient tous les 4 le lendemain pour visiter Versailles, le musée Rodin et aller à une dégustation de vins. Après quoi la jeune femme et le couple d’amis veulent aller danser alors que lui ne rêve que de flâner dans les rues de Paris. Qu’à cela ne tienne, chacun va de son côté, et fort heureusement nous suivons le futur marié qui déambule et se perd dans Paris. Il s’assied sur les marches d’une église qui sonne les 12 coups de minuit, et à ce moment-là commence pour lui une fabuleuse aventure qui va changer sa vie. Servi par une très belle brochette de comédiens talentueux, ce nouveau chef-d’œuvre de Woody Allen sublime Paris, l’art, l’amour, nous fait rêver, nous donne à réfléchir et surtout nous transporte hors du temps, dans un lieu enchanteur que seul le cinéma de cette qualité peut nous faire atteindre.

 

 Minuit à Paris – Un film de Woody Allen avec Owen Wilson, Marion Cotillard, Rachel McAdams, … - TF1 vidéo – 1 DVD : 19,99 €.

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 18:27

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Assurément l’un des tous meilleurs écrivains français actuels, Emmanuel Carrère à près de 54 ans, crée l’événement à chaque nouveau roman. Son dernier, Limonov, a sans doute été le livre le plus attendu de cette rentrée littéraire, et une fois qu’on l’a lu, l’un des plus passionnants et des plus réussis. Succès public et critique, cette 12ème œuvre magistrale qui oscille entre le roman, la biographie et l’autofiction, nous fait découvrir à la fois un personnage hors du commun et nous plonge avec réalisme au cœur de la Russie communiste et postcommuniste sur près de 60 ans. L’auteur réussit le difficile pari avec un talent évident de nous captiver tant en éclaircissant l’Histoire et en nous faisant comprendre bien des choses sur ce qui est arrivé à ce pays, qu’en nous contant l’étonnante épopée de cet écrivain et homme politique russe sulfureux et baroudeur. De ce qui devait être au départ un reportage sur Limonov pour un magazine, Emmanuel Carrère en a fait une fresque inoubliable sans concessions, sur un homme et un pays pour le moins troublants.

 

Limonov – Un récit d’Emmanuel Carrère – P.O.L. – 489 pages – 20 €.

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 17:57

 

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Avec cette œuvre magnifique, qui vient d’être élu meilleur film européen 2011, on retrouve le grand cinéaste Lars Von Trier, dont on avait tant aimé « Breaking the waves » et « Dancer in the dark », qui s’était égaré depuis, autant dans son travail que dans ses paroles. L’incroyable force émotionnelle de Melancholia tient à sa beauté picturale, à sa réalisation toujours inventive, à l’originalité des situations, au talent des comédiens en particulier la superbe Kirsten Dunst, prix d’interprétation à Cannes, à la musique poignante du Tristan et Isolde de Wagner. Après un préambule mystérieux fait de plans stylisés au ralenti qui préfigurent plus ou moins directement le film, on se retrouve avec un couple de mariés à bord d’une limousine très longue, coincée dans un virage sur une petite route de campagne. Les mariés arrivent passablement en retard dans une grandiose propriété pour fêter leurs noces, et l’on sent rapidement que ce mariage malgré les apparences a quelque chose d’inhabituel, d’illusoire. La virtuosité de la caméra de Lars Von Trier nous entraîne au plus près des personnages, des visages pour capter miraculeusement la moindre émotion, notamment celui de Kirsten Dunst allant du sourire le plus charmant à une douleur intérieure dévastatrice. Ce film baigné d’une fascinante mélancolie, oscille entre des moments d’une étonnante fraîcheur, des tensions familiales prégnantes, une science-fiction poétique, qui montrent bien que le cinéma à ce niveau-là est un art majeur.

 

 

Melancholia – Un film de Lars Von Trier avec Kirsten Dunst, Charlotte Gainsbourg, Kiefer Sutherland, John Hurt, … - Potemkine Editions – 2 DVD : 19,99 €.

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 14:35

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Deux ans après « Impardonnables », Philippe Djian sort un nouveau roman à la noirceur et au désenchantement qui prennent à chaque écrit de sa part un peu plus d’épaisseur. A 62 ans, son œuvre incontournable dans la littérature française, est passée d’une marginalité rebelle à un pessimisme ambiant ou ses personnages supportent la réalité en abusant d’alcool et de cocaïne. L’un des talents de cet écrivain générationnel est de savoir nous captiver avec des hommes souvent irresponsables, égocentriques, à l’existence plutôt creuse qui se sentent impuissants à réagir. Avec un style et une construction très efficaces, ce roman à l’image de ses protagonistes nous rend addictif. Il sonde à la fois le gouffre entre les générations, la solitude des êtres, la difficulté à vivre dans notre société, qui plus est en couple, la désespérance d’une certaine jeunesse. Un artiste peintre et plasticien de 45 ans assiste au suicide de son fils de 18 ans au cours d’une soirée chez des voisins. Ce cataclysme lui fait prendre conscience peu à peu de ses manquements en tant que père, de l’incompréhension avec son fils, et d’une méconnaissance de ce que le jeune homme était devenu notamment depuis l’arrivée d’une nouvelle femme dans la vie de l’artiste. Pour survivre, il s’adonne encore plus qu’auparavant à l’alcool et la drogue lors de soirées chez ses amis ou dans des endroits branchés. En rentrant d’une de ses beuveries au petit matin en métro, il vient en aide à une jeune fille  complètement saoule et malade et la ramène chez lui. Elle s’avère être la petite amie de son fils décédé. La suite n’est pas du tout ce que l’on pourrait croire, et ce roman qui nous plonge dans les abimes existentiels de ses personnages, met admirablement en exergue certains maux de notre société.

 

 Vengeances – Un roman de Philippe Djian – Gallimard – 193 pages – 17, 50 €.

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 14:10

Jean-Marie Colombani 005 

Avec 30 années au journal Le Monde dont 13 à la direction, des émissions à la télévision, à la radio, des livres, Jean-Marie Colombani est assurément l’un des plus éminents journalistes politiques. Tout en continuant ses collaborations audiovisuelles, il est aujourd’hui à la tête de Slate.fr, un site en plein essor qui prend le temps d’analyser l’information.

 

Totalement investi dans l’Internet depuis 2 ans, Jean-Marie Colombani entouré de 4 partenaires a créé la version française du site américain d’informations « Slate.com » appartenant au Washington Post. Cela fait un moment qu’il était persuadé que l’univers de la presse allait se structurer autour d’Internet, il a d’ailleurs lancé la version web du journal « Le Monde » en 1995 lorsqu’il en était directeur. Avec Slate.fr, il a fait le pari de la qualité : « Devant la profusion d’informations en flot continu, j’ai pensé qu’il serait judicieux de proposer un site de réflexion et d’analyse non partisanes pour mieux comprendre ce qui se passe dans le monde. D’autant que les restructurations dues à la crise de la presse écrite, affaiblissent la force de frappe éditoriale d’un certain nombre de journaux. »

En s’appuyant sur la base très puissante en termes de contenus du site américain, dans laquelle l’équipe de Jean-Marie Colombani peut puiser tant qu’elle le souhaite en la traduisant, Slate.fr rencontre depuis 2 ans un succès croissant et a fait naître pour son plus grand bonheur, une entreprise de presse qui fait travailler un volant de 200 collaborateurs plus ou moins réguliers : « La réussite vient d’un mix de journalistes aux cultures différentes, les premiers issus du journal Le Monde, riches d’une plus-value professionnelle, les seconds étant des jeunes nés dans l’Internet. A cela s’ajoute la production importée de la planète Washington Post. »

 

Journaliste tout support

Autour de cette activité très prenante, qui plus est en plein développement avec notamment l’ouverture de Slate Afrique à Dakar en début d’année, où il est retourné pour la 1ère fois dans sa ville de naissance, Jean-Marie Colombani à 63 ans n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer. En plus de sa société de conseil en stratégie médias et communication, il a cofondé et participe à 2 sites dont un dédié à la philanthropie : Youphil.com, continue d’écrire naturellement sur Slate.fr, mais aussi des éditos pour l’Express, Challenges ou des journaux étrangers comme El Pais, anime depuis 10 ans chaque samedi sur France Culture « La rumeur du monde » et a une chronique le même jour sur France Inter. A côté de cela, il a une émission intitulée « Jean-Marie Colombani invite » sur la chaîne Public Sénat où il interviewe des personnalités en prenant le temps d’aller plus loin dans la réflexion.

La petite vingtaine d’essais politiques qu’il a écrits s’ajoute à tous ces supports où Jean-Marie Colombani peut exprimer sa passion du journalisme et de la politique : « La radio avec son instantanéité est un instrument de liberté phénoménal, Internet est devenu le centre des supports de presse qui doivent aujourd’hui apprendre à s’organiser en fonction de lui, mais ils ne disparaîtront pas pour autant. Les livres représentent une ascèse et beaucoup de temps que je n’ai pas actuellement, cependant ils m’ont permis chaque fois d’arrêter ma pensée et poser une réflexion approfondie. »

 

La télé pour démarrer et pour s’affirmer

Après des études à Sciences-Po, sa carrière démarrée en 1973 à l’ORTF, prend corps durant 3 ans à FR3 Nouméa en Nouvelle-Calédonie où il a passé d’ailleurs une partie de son adolescence. Il devient également correspondant local du journal Le Monde, ce qui lui permet en 1977 lorsqu’il revient en métropole d’être embauché à la rédaction pour couvrir le conflit entre Giscard et Chirac, l’un à l’Elysée l’autre à la Mairie de Paris. Son retour à la télé, cette fois au plan national se fait en 1987 aux côtés d’Anne Sinclair pour Questions à domicile sur TF1 : « C’était pour moi une chance d’approfondir l’art et la manière de l’interview à une époque où elle faisait événement à la télévision. D’autant que nous étions dans une période bénie pour les journalistes avec la première cohabitation entre Mitterrand et Chirac, puis l’élection présidentielle de 1988. »

Jean-Marie Colombani ne croit pas à l’objectivité d’un journaliste : « On est tous porteurs de sa propre subjectivité, le tout est de la faire reculer autant qu’il est possible et accomplir honnêtement son métier. » Il rejoint ensuite en 1989 l’équipe de L’heure de vérité, l’émission politique phare de la télévision française aux côtés de François-Henri de Virieu, Alain Duhamel et Albert du Roy. Un invité était interviewé durant une heure selon une dramaturgie précise où il se retrouvait successivement face aux 3 journalistes qui faisaient chacun feu de tout bois sous des angles différents. Ces 6 années sont riches en souvenirs pour Jean-Marie Colombani dont les pires sont les interviews de Jean-Marie Le Pen : « Il instaurait tout de suite un rapport de force physique violent, Jacques Chirac n’était pas commode non plus, il était péremptoire et habitué aux tunnels pour empêcher le journaliste de poser des questions, il a d’ailleurs toujours été mauvais à la télé. »

 

La consécration au Monde

Le plat de résistance de la carrière de ce journaliste revendiqué de gauche qui se considère comme un social démocrate, est bien évidemment les 30 années au journal Le Monde, où il gravit les échelons jusqu’à en prendre la direction en 1994. C’est une période où le quotidien va mal, Jean-Marie Colombani va le sauver et le relancer en lui redonnant son influence historique et même une puissance qui lui sera reprochée par la suite, tout en lui conservant son indépendance et ses valeurs. Il le fait en lançant une nouvelle formule qui rencontre rapidement un franc succès, en construisant avec la contribution d’Alain Minc un groupe de presse autour du Monde, et en créant la version web du journal.

Malgré un bilan plus que positif, il n’est pas réélu une 2ème fois en 2007 à cause de rancœurs nées avec une minorité de dirigeants de la société des rédacteurs du quotidien qui s’allient avec Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde, pour empêcher le directeur d’enchaîner un 3ème mandat et mettre en pratique son solide projet de recapitalisation : « Au lieu de ça, ils vont préférer tourner le dos à une stratégie de développement, en vendant des actifs pour ne garder que le journal Le Monde. C’était une voie condamnée à aboutir à la vente du quotidien, et de ce fait à la perte de son indépendance, tout cela est un grand gâchis. » Le point de départ de tous ces remous est le livre « La face cachée du Monde » publié en 2003 qui fait l’effet d’une bombe : « Cela me parait évident qu’il y avait des intérêts politiques très puissants autour de la démarche de l’auteur Pierre Péan, pour affaiblir durablement le journal qui avait acquis trop de rayonnement et de force. »

 

Un grand chapitre se referme

Au final, en étant 13 ans à la tête du Monde, Jean-Marie Colombani détient le record de longévité en dehors du fondateur historique Hubert Beuve-Méry. C’est pourtant comme une libération qu’il vit son départ en 2007, tant l’ambiance était devenue exécrable. Pour cet homme qui aime plus que tout observer et raconter, la passion du journalisme est née durant son adolescence avec la lecture des écrits de Jean Daniel, le fondateur du Nouvel Observateur. S’il est né à Dakar, son enfance est partagée entre la banlieue parisienne, la Corse où il a ses racines et Nouméa.

Après avoir tourné la page du Monde et avant d’ouvrir celle d’Internet avec Slate.fr, Jean-Marie Colombani, père de 5 enfants dont deux adoptés, s’est vu proposé une mission sur l’adoption au début du mandat de Nicolas Sarkozy, période d’ouverture où le président fait appel à de nombreuses compétences. Il rédige un rapport qui souligne les dysfonctionnements rencontrés par les familles, et qui a permis depuis d’en corriger une partie. Il espère qu’à l’occasion de la prochaine campagne présidentielle, certains se saisiront de l’autre partie.

 

Souvenir et avenir

De toutes les rencontres qui ont jalonné ses 38 ans de carrière, François Mitterrand est la personnalité qui a le plus impressionné Jean-Marie Colombani : « Il a été un grand président qui a fait des choix stratégiques majeurs, et il incarnait un art politique porté à son sommet. Ce qui ne nous a pas empêchés de l’attaquer par moments et moi-même d’avoir des relations conflictuelles avec lui. »

Ce grand journaliste concède qu’il est de plus en plus difficile de résister à l’emballement médiatique, comme pour l’affaire DSK, voilà pourquoi avec Slate.fr il essaie de proposer un regard plus distancié, rigoureux et analytique. Amateur de cinéma et d’opéra, il consacre le plus de temps possible à ce qu’il a de plus cher au monde, sa femme et ses 5 enfants. Il reste aujourd’hui toujours aussi passionné par son métier : « On a la chance de pouvoir faire partager notre curiosité, mais si on perd cette curiosité, on devient cynique et blasé. » Loin d’en arriver là, il jubile à l’approche de la campagne électorale qui va s’ouvrir.

 

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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 14:00

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L’univers de la boxe a inspiré de nombreux films et lorsqu’ils sont réussis, cela donne quelques chefs-d’œuvre du 7ème art comme Ali, Raging bull ou Million dollar baby. Fighter n’est que le 5ème film de David O. Russell, réalisateur américain rare de 53 ans qui rencontre ici une véritable consécration, même s’il s’était déjà fait remarquer auparavant. En plus d’un très bon accueil critique, le film a reçu 2 Oscars pour le meilleur second rôle masculin et féminin avec notamment un impressionnant Christian Bale. L’ensemble de la distribution contribue d’ailleurs à la force émotionnelle de cette histoire vraie remarquablement transposée à l’écran par David O. Russell, qui accorde autant d’importance à l’aspect humain de ses personnages qu’à la boxe en elle-même. Le film se nourri des rapports très forts et difficiles entre les différents protagonistes, filmés avec une belle sensibilité, mais aussi d’une authenticité des combats, entraînements et tout ce qui les entoure, pour être le plus fidèle possible à la réalité. Deux frères boxeurs très différents, le premier un peu plus âgé, plutôt extraverti, qui a eu son heure de gloire et dont une chaine de télé américaine tourne un reportage axé davantage sur sa dépendance aujourd’hui à la drogue. Le second plus réservé, est en activité mais a du mal à percer, il a d’ailleurs un travail de cantonnier à côté. Malgré 3 défaites successives, il se prépare avec son frère, quand celui-ci n’oublie pas l’entraînement, à affronter un ancien champion du monde. Autour d’eux, une famille nombreuse très présente composée d’une mère haute en couleurs, manageuse des deux fils, et toute une collection de sœurs. L’arrivée d’une jeune femme dans la vie du frère cadet va changer beaucoup de choses. Ce film aux nombreuses qualités nous passionne de bout en bout sans le moindre temps mort, pour nous laisser totalement k.-o.

 

 Fighter – Un film de David O. Russel avec Mark Wahlberg, Christian Bale, Amy Adams, Melissa Leo, … - Metropolitan – 1 DVD : 19,99 €.

 

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